Brexit, Luxleak : les mea culpa de Jean-Claude Juncker

(B2) A six mois de son départ, l’actuel président de la Commission européenne a reconnu mardi (7 mai), deux grandes « erreurs » durant son mandat. Un mea culpa tardif

Jean-Claude Juncker était devant la presse pour présenter le bilan de ses cinq années de mandat et ses propositions pour le sommet de Sibiu (Crédit : Commission européenne)

La réaction tardive sur les Luxleaks : une « grave erreur »

Sur les mécanismes d’évasion fiscale révélés par les Luxleaks en 2014, « j‘ai attendu trop longtemps avant de réagir, ce fut une grave erreur. Il m’a fallu deux semaines pour réagir. J’aurais du le faire immédiatement », reconnait l’ancien Premier ministre luxembourgeois. NB : à l’époque, la Commission européenne avait nié en bloc tout problème préférant ne pas communiquer sur le sujet (lire : Luxleaks ! Une formidable opportunité d’agir… un peu gâchée).

Brexit : un silence coupable 

« Ma seconde erreur a été d’écouter le gouvernement britannique, d’écouter Monsieur Cameron (1) qui m’a demandé de ne pas intervenir dans la campagne du Brexit. C‘était une erreur de ne pas intervenir et de ne pas interférer dans la campagne du référendum. Nous aurions été les seuls à pouvoir démonter tous les mensonges qui circulaient à l’époque. » Pour le président de l’exécutif européen, « rester silencieux à un moment aussi important a été une erreur »…

Elections : inquiétude

Malgré un optimisme de bon aloi, Jean-Claude Juncker n’a pas caché cependant son inquiétude à moins de trois semaines des élections européennes. « Tout le monde doit aller voter! […] Si tout le monde vote pour les extrêmes, à quoi ressemblera l’Europe de demain ? » 

(Leonor Hubaut)

(1) David Cameron était alors le Premier ministre conservateur britannique

le HMS Vanguard (crédit : UK Royal Navy)

God save … l’Angleterre et l’Europe ! Ne dites plus 28 mais 27

le HMS Vanguard (crédit : UK Royal Navy)

le HMS Vanguard (crédit : UK Royal Navy)

(BRUXELLES2) Jusqu’au dernier moment les sondages ont fait traîner un leurre, le « Remain » l’emportant assez largement. Jusqu’à minuit on était encore à des sondages gagnant à 52% (YouGov) voire à 54% (IpsosMori). Avant de battre en retraite piteusement. Le Brexit s’installait durablement durant la nuit au fur et à mesure des dépouillements dans l’Angleterre traditionnelle. Les pro-européens ont dû déchanter. Le ‘Leave » avait gagné. Mon analyse tranche sans doute avec la plupart des commentaires apitoyés. Mais je ne suis pas sûr que le Brexit — qui pose toute une série de questions — soit le désastre annoncé… pour plusieurs raisons. C’est un saut certain dans l’inconnu… Mais un saut contrôlé !

Le résultat était-il une totale surprise ?

Le contraire aurait été surprenant. Cela fait des années que les principaux journaux à gros tirage (Daily Mail, Daily Telegraph, Daily express) montrent, exemples à l’appui (souvent les plus farfelus…) que l’Europe n’est pas une bonne chose et qu’il serait bien meilleur d’être tout seul. Ils ont fait une campagne intense en faveur du Brexit. Cela fait des années, aussi, que de nombreux responsables politiques pointent du doigt Bruxelles pour éviter de s’interroger. David Cameron n’ayant pas été le dernier dans ce sport de l’ ‘Europe Bashing’. Sa volte-face pro-européenne, aurait constitué un véritable tour de force s’il avait réussi.

Est-ce une catastrophe pour l’Europe ?

Ce n’est pas sûr. D’une part il y aura un accord avec le Royaume-Uni pour permettre aux Européens et aux Britanniques de continuer à commercer et à se financer ensemble. La City, l’industrie, l’économie britannique ont besoin des débouchés européens. Et vice-versa. Il y a une convergence très nette d’intérêts qui va pousser dans le sens d’un accord permettant au Royaume-uni de continuer à s’arrimé économiquement au continent. Cette solution convient d’ailleurs aux Britanniques : bénéficier sans participer. Lire : Après le Brexit : fini le marché unique et tout le reste ? Raison gardons ! Scénarios… Ensuite tout dépend de la réaction des pays fondateurs qui, jusqu’à présent, sont restés (depuis une dizaine d’années) très timides (un mot gentil !) sur la construction européenne.

Un accord est-il facilement négociable ? Rapidement ?

L’accord ne sera pas facile à négocier. Car il y a une série de liens à dénouer et … à renouer. C’est un peu une procédure d’élargissement à l’envers. Dans cette négociation, il reste deux atouts majeurs : 1) le Royaume-Uni reste membre des autres organisations européennes (OCDE, Conseil de l’Europe, OTAN, OSCE) et il peut revenir à l’AELE qu’il avait contribué à créer. 2) Le Royaume-Uni ne participe déjà pas à la moitié des politiques européennes (Euro, Espace Schengen, Coopération policière et judiciaire). Il n’est pas membre ainsi de la Banque centrale européenne, de l’Agence Frontex. En matière de défense européenne, il reste un ‘outsider’.

Peut-on arriver rapidement à un accord ?

Ce sera difficile. Mais on peut penser que la négociation pourrait être plus rapide que prévu, au moins sur l’essentiel : l’économie. Il est hors de question pour le Royaume de laisser planer une quelconque incertitude pour les investisseurs étrangers, et pour tous les secteurs économiques (finances, commerce maritime, industrie, immobilier…) essentiels à l’économie britannique et sensibles aux mouvements extérieurs. Les derniers temps, ceux-ci ont retenu leur signature, ou inséré une « clause Brexit » de révision possible du contrat. Ce serait arrêter toute la machine économique britannique. Dès l’annonce du Brexit, les bourses ont chuté. Si l’incertitude se prolongeait, ce mouvement superficiel, de mauvaise humeur pourrait, lui aussi, se prolonger et endommager gravement l’économie britannique. Un accord, au moins transitoire, devrait donc être annoncé rapidement. La City insiste ainsi pour une solution provisoire.

Quand démarre la négociation ?

Officiellement il faut attendre la notification par le gouvernement britannique de sa décision de sortir de l’Union européenne et de faire jouer la procédure prévue à l’article 50 du traité européen (Lire : Brexit ! Quelle procédure pour le retrait ? Quand est-ce applicable ?). Dans les faits, point besoin d’attendre. Dès maintenant, juristes et sherpas sont au travail pour bâtir une solution convenable pour tout le monde. Si aucun délai n’est fixé pour la notification dans les traités, on peut se demander si une notification qui est juste la transcription des résultats d’un vote populaire peut vraiment tarder plusieurs mois. C’est douteux juridiquement et, surtout, très dangereux politiquement et… économiquement.

Quelles conséquences sur le gouvernement britannique ?

Il va être secoué. Ce référendum est une décision propre, personnelle, de David Cameron. Une promesse de campagne. Rien ne justifiait ni au niveau politique ni au niveau juridique la mise en place d’un référendum sur l’Union européenne. Le Premier ministre britannique s’est engagé pleinement dans la campagne, énergiquement. Mais il va désormais devoir assumer ce qui est, avant tout, sa défaite, personnelle. Il a d’ailleurs annoncé sa démission… d’ici le mois d’octobre, le temps de trouver un remplaçant. Les Tories vont sortir affaiblis de la bataille qui les a divisés.

Quelles conséquences pour le Royaume-Uni ?

C’est une vraie question. L’Ecosse, proprement européenne, pourrait être tentée par l’aventure solitaire et rejoindre de façon indépendante l’Union européenne. Ce qui est juridiquement tout à fait possible à condition que ce soit politiquement possible (avec un second référendum sur l’indépendance en Ecosse). Il suffit de négocier un accord dans l’accord pour permettre la continuation des Ecossais aux accords liant le Royaume-Uni à l’Union européenne. En soi, la question écossaise n’est pas très préoccupante pour la stabilité européenne… Le problème plus inquiétant, et souvent minoré, est l’Irlande du Nord. L’accord de paix signé en Ulster n’est pas encore parfaitement consolidé. L’idée d’une Irlande réunifiée est évoquée aujourd’hui clairement par certains partis comme le Sinn Fein (gauche, ancienne branche politique de l’IRA).

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Elles sont difficiles à estimer. Mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que l’Union européenne va sérieusement devoir réfléchir à son fonctionnement. La méthode du « vélo » semble morte. Les institutions européennes sont déconnectées de la population. Et la faute n’en revient pas au Royaume-Uni mais … aux pays fondateurs.

Quelles conséquences pour la défense européenne ?

Aucune ! (Lire : Brexit. Le Britannique est-il nécessaire à l’Europe de la défense ? (et article à suivre)

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : God save the Queen ! L’Europe à la veille d’une révolution politique ?

et notre dossier N°38. Brexit ou Remain. Quand le Britannique se tâte sur l’Europe

Il y a bien un QG européen qui fonctionne... au Royaume-Uni. Le QG de l'opération EUNAVFOR Atalanta. Ici le Contre amiral suédois Jonas Wikström avec le chef d'état-major de la marine pakistanaise Muhammad Zakaullah (crédit EUNAVFOR Atalanta)

Mogherini préparerait dans le grand secret une armée européenne. Du calme !

Il y a bien un QG européen qui fonctionne... au Royaume-Uni. Le QG de l'opération EUNAVFOR Atalanta. Ici le Contre amiral suédois Jonas Wikström avec le chef d'état-major de la marine pakistanaise Muhammad Zakaullah (crédit EUNAVFOR Atalanta)

Il y a bien un QG européen qui fonctionne… à Northwood au Royaume-Uni… le QG de l’opération EUNAVFOR Atalanta. Et c’est tout le paradoxe : il n’y a pas de QG européen à Bruxelles. Un manque. Ici le Contre amiral suédois de l’opération Atalanta Jonas Wikström reçoit le chef d’état-major de la marine pakistanaise Muhammad Zakaullah (crédit EUNAVFOR Atalanta)

(BRUXELLES2) La future « Global Strategy » que prépare l’équipe de Federica Mogherini devrait renforcer les projets d’une armée européenne à lire The Times récemment. Selon mon collègue, Bruno Waterfield, correspondant à Bruxelles du célébrissime quotidien britannique :

EU army plans kept secret from voters

Federica Mogherini, head of foreign policy in the EU, has spent 18 months preparing a defence document for discussion by European leaders at a summit on June 28.

Steps towards creating a European army are being kept secret from British voters until the day after next month’s referendum.

The plans, drawn up by the EU’s foreign policy chief, foresee the development of new European military and operational structures, including a headquarters. They are supported by Germany and other countries as the first step towards an EU army.

Similar proposals were vetoed by Britain in 2011, although there are concerns that a loophole could allow nine states to group together and bypass opponents…

A lire le titre, l’Union européenne préparerait donc le ferment d’une armée européenne. Tout cela en « grand secret des citoyens ». Qu’en est-il en réalité ?

L’armée européenne est un projet européen préparé à Bruxelles ?

Faux. Soit j’ai loupé un épisode dans l’intégration européenne. Soit il y a une légère exagération due à l’ambiance de la campagne outre-Manche. Je couvre depuis plusieurs années les questions de défense au plan européen. Et je ne suis pas vraiment sûr que les Européens aient commis ce genre d’audace. A Bruxelles, il est généralement interdit de prononcer ce mot-là. Sorte de gros mot de la pensée européenne. Et il n’y a que Jean-Claude (Juncker) pour, de temps en temps, ressortir ce mot (voir plus loin). Dans la foulée de la campagne, les titreurs du Times se sont un peu enflammés. D’ailleurs quand on lit le corps de l’article (tout l’article), il est beaucoup moins éloquent que le titre, même si il y a un ou deux éléments (largement suggérés), à une série d’informations tout à fait exactes (2). Quoi qu’il en soit, il faut rester les pieds sur terre et regarder la réalité en face : il n’y a pas de projet d’armée européenne préparé à Bruxelles.

Y-a-t-il un projet quelconque d’action autonome de l’UE ?

Oui. Il y a bel et bien le projet d’indiquer dans la Stratégie, une certaine ambition à la politique de sécurité et de défense commune européenne, la renforcer avec des capacités communes, des moyens autonomes de direction — comme un quartier général européen —, d’avoir un financement plus adéquat, etc. La terminologie n’est pas encore fixée. Et justement elle est encore en discussion à Bruxelles. Le point « PSDC » étant encore un point « litigieux » comme l’a confié à B2 récemment un ambassadeur d’un pays.

Est-ce un document secret ?

Tout à fait Vrai. Notre collègue britannique a raison. Il y a un secret volontairement bien gardé chez la Haute représentante. Federica Mogherini a pris toutes ses précautions, désignant une de ses proches, Nathalie Tocci, pour piloter cette stratégie. L’objectif était d’éviter que la « Stratégie Globale » soit « prise à partie dans la campagne référendaire britannique » a confirmé à B2 plusieurs diplomates européens.

Les ambassadeurs des 28 Etats membres, pour préparer la réunion des ministres des Affaires étrangères, début mai, n’avaient ainsi été autorisés qu’à « lire » le document (ils avaient été privés de téléphone ou enregistreur). Ils n’ont pu l’emporter avec eux. Chacun avait droit seulement à emporter deux bonnes feuilles uniquement.

Une tactique qui a totalement foiré… Garder le secret sur un document, qui est communiqué à plusieurs Etats membres, à certains conseillers, durant une période de plusieurs mois, est une gageure à Bruxelles. Quand certains ont intérêt à le faire fuiter, cela devient un jeu. Le secret aiguille l’attention plus sûrement qu’un document disponible.

Est-ce nouveau ?

Non. A Saint Malo, déjà, un certain Tony Blair, de concert avec Jacques Chirac (en 1998 !) disait :

« l’Union doit avoir une capacité autonome d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales »

C’était il y a longtemps. Le temps a passé. Les volontés se sont émoussées… Mais renforcer la PSDC (la politique de sécurité et de défense commune), avoir des capacités communes, etc. est un leitmotiv, répété régulièrement, dans les conclusions du Conseil européen ou des réunions des ministres de la Défense. Avec plus ou moins d’ambition. Ces dernières années, c’était plutôt le « moins » que le « plus » qui dominait. Mogherini, fidèle à sa propre volonté politique, veut redonner un peu de couleur à cette PSDC, endormie, et la doter d’un « vrai » quartier général.

Un QG européen est-il utile ?

Oui. Il n’y a pas actuellement de tel QG à Bruxelles. A chaque opération on est obligé de mettre en place un nouveau quartier général d’opération, avec souvent une perte de temps ou d’expérience. De temps en temps, ressurgit cette question. Ce projet soutenu par le Parlement européen et de nombreux pays s’est toujours heurté pour l’instant à l’hostilité du Royaume-Uni. La dernière fois, en 2011, David Cameron avait clairement brandi à un veto (lire : Seul contre tous, Londres bloque l’idée d’un QG européen).

L’idée d’un QG opérationnel à Bruxelles peut-elle entrer en vigueur, simplement parce que c’est inscrit dans la Stratégie globale ? Quelle est la valeur de cette stratégie ?

Tout dépend de la volonté des Etats membres. Ce n’est pas parce que c’est inscrit dans la stratégie que cela entrera en vigueur et, a contrario, ce n’est parce qu’une action ou un projet ne figure pas cette stratégie, que ce n’est pas réalisable (3). Dans le passé, les Européens ont régulièrement affiché leur volonté de renforcer leur défense. Et les Britanniques ont signé, voire ont été à l’initiative de ces documents (même s’ils en ont bloqué d’autres). Donc il faut se méfier de ce type de déclarations, sans lendemain. La « Global Strategy » est un simple « linéaire » de la pensée politique du moment, sans plus d’importance que la conclusion d’un conseil des ministres ou un sommet européen (4). Si l’idée d’un QG était inscrit, ce serait cependant un signal politique dont pourrait se saisir la Haute représentante de l’UE pour commencer les travaux d’exécution de ce projet.

Le Royaume-Uni peut-il s’opposer à ce projet ?

Bien sûr. Les Etats membres gardent la haute main sur toutes les décisions en la matière. Il suffit qu’un d’entre eux s’y oppose. Et le projet tombe à l’eau. L’unanimité est de règle en matière de défense… Sauf à trouver une astuce juridique ou politique pour contourner le veto (lire : Un QG militaire pour pas cher, c’est possible).

Ce QG à Bruxelles serait-il le point central de tous les commandements européens ?

Même si un quartier général est établi à Bruxelles, il restera toujours la possibilité aux 28 de choisir un autre quartier général d’opération : dans un Etat membre ou en recourant à celui de l’OTAN. Mais si les Britanniques décident de quitter l’Union européenne, ce projet, pour l’instant hypothétique, a une chance très réelle de voir le jour. C’est le paradoxe de la situation…

Le QG ou le renforcement de la PSDC est-il l’embryon d’une armée européenne ?

Non. On en est loin. On parle d’une capacité autonome de gestion de crises permettant d’avoir à Bruxelles la possibilité de « conduire » les opérations militaires décidées au niveau de l’Union européenne et uniquement en son sein. Pas question d’aller faire de la défense territoriale, de commander les opérations de l’OTAN – qui a son propre centre de commandement – ou de faire le gendarme du monde… et encore moins de s’immiscer dans le fonctionnement des armées nationales. Il s’agit, en fait, de conduire quelques missions de maintien de la paix en Afrique ou ailleurs. Au total, cela pourrait représenter, quelques dizaines (100 maximum) d’officiers présents à Bruxelles. On est loin de l’armée européenne (et même du nombre d’officiers à l’OTAN).

Les Chefs d’Etat et de gouvernement en discuteront-ils le 28 juin ?

Pas tout à fait. Il est prévu que la « Stratégie Globale » soit approuvée par les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement, lors de leur sommet de fin juin. Mais, du bout des lèvres. « On discute pour savoir si elle sera « saluée » ou « endossée », « reconnue » » a expliqué à B2 un diplomate européen. Mais il ne sera pas vraiment discutée. Il s’agit d’un « document de la Haute représentante » (Lire aussi : Un lunch pour la Stratégie globale de l’UE). Maintenant si les leaders veulent se saisir de la question, ils peuvent toujours en discuter. C’est le principe même de ces sommets à 28.

Mais l’idée développée dans l’équipe de Donald Tusk, le président du Conseil européen, comme de Federica Mogherini, est de ne pas en faire un sujet de discussion en soi. Le résultat du référendum du 23 juin donnera évidemment une tonalité autre au sujet selon que Cameron grand vainqueur ou grand vaincu. Et les « Chefs » auront peut-être d’autres chats à fouetter avec la crise des réfugiés et des migrants au large de l’Italie qui devient un « vrai » problème…

N’y-a-t-il pas quand même d’autres idées d’une armée européenne ?

Non pas de façon concrète. Bien sûr, certains pensent, à terme, qu’une armée européenne serait une bonne chose, à commencer par Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et ancien Premier ministre Luxembourgeois (la nationalité, dans ce genre de questions, n’est pas neutre). Mais on se situe plutôt à un horizon de 10 ou 20 ans.

Une idée partagée quasi-officiellement à Berlin, et dans quelques pays prêts à « monter dans le bateau ». Dans les armées de l’Europe du centre, on se dit que face à l’érosion des budgets, quasiment irrattrapables aujourd’hui (lire : Consacrer 2% du Pib à la défense ? Combien va coûter ce nouveau Graal ?), il faut avoir un noyau dur militaire.

En quoi consisterait ce noyau dur européen, qui regrouperait-il ?

Il s’agit davantage pour certains pays (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, mais aussi Tchéquie ou Italie …) qui ont une politique de défense assez semblable – peu interventionniste, s’engageant davantage dans des actions de coalition (type ONU, UE ou OTAN voire ad hoc), avec un risque limité dans l’engagement, et un contrôle parlementaire sévère, – de trouver des modalités de coopération.

A supposer qu’il y ait un projet structuré — on n’en est pas là… —, dans quelques capitales on travaille plutôt, pour l’instant, à des rapprochements structurels avec des unités bi nationales, en matière maritime ou terrestre entre Allemands et Néerlandais (Lire : Ursula et Jeanine sur un bateau et Rapprochement maritime germano-néerlandais), au niveau maritime et aérien entre Belges et Néerlandais (Lire : Le Benelux aura une surveillance aérienne conjointe. Traité signé. Une première en Europe), en matière d’entraînement et de zone aérienne entre Tchèques et Slovaques, etc.

Hormis le QG européen, quels sont les autres projets à Bruxelles qui sont intéressants pour la Défense européenne ?

Hormis la mise en place d’un QG européen, qui est une bataille très symbolique, plusieurs autres projets sont intéressants à suivre à Bruxelles : la future mission de sécurisation en Libye (Lire : Les Européens envisagent une mission de soutien à la police et la justice libyenne), la restructuration de l’organigramme de l’outil de gestion de crises au Service diplomatique européen (abandonnée pour l’instant), la mise en place d’attachés de sécurité ou terrorisme dans les délégations de l’UE, la future plate-forme de soutien aux missions civiles de la PSDC (lire : Un nouvel instrument pour faciliter la gestion des missions civiles de la PSDC), l’action préparatoire sur la recherche préparée par la Commission européenne prélude à un futur cadre de recherche sur la défense (lire : La recherche de défense européenne en panne d’investissement), le nouvel instrument « sécurité et développement » en discussion (CBSD), etc.

Rien qui ne préfigure l’armée européenne d’aucune façon mais permettent de renforcer ce qui manque aujourd’hui aux Européens : leur capacité d’agir en commun pour renforcer leur défense et la stabilisation dans leur voisinage.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Une armée pour l’Europe propose Juncker : est-ce intéressant, est-ce réalisable ?

Sur le QG européen :

(1) Traduit officiellement par ‘stratégie globale’ et non ‘stratégie mondiale’. Allez comprendre…

(2) Bruno Waterfield, présent depuis de longues années à Bruxelles est un très bon journaliste (et de surcroit un excellent collègue) et connait bien le fonctionnement bruxellois .

(3) Personne n’avait prévu en 2003 – lors de l’élaboration de la dernière stratégie sur la sécurité de l’UE – d’avoir une opération maritime contre la piraterie. Et pourtant, cinq ans plus tard, l’Union européenne se retrouve engagée dans l’Océan indien, loin de ses bases, dans une action qui demeure aujourd’hui un modèle.

(4) Personnellement je ne suis pas un grand fan de ces réflexions stratégiques qui emballent le « tout Bruxelles », embrument l’esprit mais sont oubliées sitôt le stylo posé. Lire : Une stratégie ne fait pas le printemps !

Réunion de crise à la Commission européenne (crédit : CE)

Alerte 4 sur Bruxelles. Réunions de crise partout en Europe

Réunion de crise à la Commission européenne (crédit : CE)

Réunion de crise à la Commission européenne (crédit : CE)

(B2) Aussitôt après les deux attentats de Bruxelles, les différentes structures de pouvoir se sont réunies à Bruxelles comme ailleurs en Europe.

Alerte 4 à Bruxelles

Après une réunion de l’OCAM (l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace), le gouvernement belge décide de renforcer le niveau de l’alerte au niveau 4, le niveau maximal.

AnalyseMenaceOcam@BE160322

Premières décisions au niveau belge

Une première réunion du conseil national de sécurité — regroupant les vice-Premier ministres et les ministres en charge des questions de sécurité — a décidé des premières mesures : « des renforts militaires déployés dans les principaux lieux de la capitale, le contrôle aux frontières est renforcé, des restrictions sont applicables dans les transports en commun » indique Charles Michel après la réunion. Elles seront suivies d’autres : les écoles pourraient être fermées ce mercredi (23 mars).

Réunion de crise à la Commission européenne

Une réunion de crise s’est tenue très tôt au Berlaymont, siège de la Commission européenne, entre le président Jean-Claude Juncker et la vice-présidente chargée de l’Administration, Kristalina Georgieva, en coordination avec les services de sécurité internes de l’institution.

Alerte orange à la Commission

Kristalina Georgieva, la commissaire européenne chargée de l’Administration, annonce le relèvement de l’alerte interne à Orange (elle était « Blanche » jusqu’ici). Elle demande à son personnel de rester dans ses locaux ou chez eux s’ils ne sont pas encore arrivés. Toutes les réunions internes ou extérieures sont annulées. L’accès des bâtiments est réservé uniquement aux membres de l’administration (pas d’invités ni d’extérieurs). Des mesures similaires sont prises au Parlement européen.

Réunions dans toutes les capitales

A Paris, une réunion d’urgence est convoquée à l’Élysée autour de François Hollande avec les principaux ministres concernés (Défense, Intérieur, Justice, Transports). Un mouvement imité dans nombre de capitales européennes à Varsovie, Londres, Madrid…

A Londres, une réunion du COBRA s’est tenue sous la présidence du Premier ministre David Cameron. Cette réunion de crise des principaux ministres et responsables de sécurité britanniques a convenu « d’augmenter la présence de police dans les ports et aéroports, dans les gares internationales et dans les stations de métro ».

A Madrid, en pleine semaine sainte, alors que le gouvernement est déjà en vacances, devrait se tenir une réunion demain. Ce mardi, déjà, vers 17h, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Díaz, et le secrétaire d’Etat à la sécurité, Francisco Martínez, doit présider une réunion du « groupe d’examen de la menace terroriste en Espagne ». Ce groupe réunit les plus hauts responsables de la lutte contre le terrorisme de la Police nationale, la Guardia Civil, le Centre du renseignement de lutte contre le terrorisme et le crime organisé (CITCO), le Centre national du renseignement (CNI), etc.

Pas de réunion prévue encore au niveau européen

Du côté des 28, il n’y a, d’après les informations recueillies par B2, pour l’instant pas de réunion de crise prévue à un niveau quelconque au niveau des ambassadeurs (COREPER ou COPS), des spécialistes de sécurité (COSI, sécurité intérieure), ou au niveau ministériel ou des chefs d’Etat et de gouvernement. Mais une réunion pourrait être convoquée rapidement (éventuellement hors de Bruxelles).

(Nicolas Gros-Verheyde avec JB et LH)

Mesures de sécurité dans les aéroports

La sécurité est renforcée à Paris, à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. De même, à l’aéroport de Frankfurt en Allemagne, l’un des aéroport internationaux les plus importants d’Europe. Aux Pays-Bas, tous les aéroports du pays renforcent leurs mesures de sécurité. Quant à l’aéroport de Rome, il ferme.

(NGV avec JB et LH)

Ian Austin dans ses grandes oeuvres avec un air de dégout quand il prononce le "fabriqué en France" (crédit : Channel Four)

Salauds de Français ! Ils nous piquent même nos médailles…

Ian Austin dans ses grandes oeuvres avec un air de dégout quand il prononce le "fabriqué en France" (crédit : Channel Four)

Ian Austin dans ses grandes oeuvres avec un air de dégoût prononcé, quand il prononce le « fabriqué en France » . Adooorable ! (crédit : Channel Four)

(B2) Eh oui ! Les fameuses médailles servant à récompenser les dignes serviteurs de Sa majesté ne seraient plus « made in UK » mais « fabriquées en France » (en français dans le texte). Un véritable scandale… C’est le député travailliste de Birmingham, Ian Austin, et ancien journaliste cycliste, qui a soulevé le lièvre à la Chambre des Communes.

Une médaille britannique fabriquée en France quelle horreur !

« La population aux Midlands est furieuse d’apprendre que le Royaume-Uni a passé un contrat  avec une entreprise française.

NB : Il s’agit de la maison Arthus Bertrand qui a été retenue comme un des fournisseurs pour certaines médailles bien cotées sur la place britannique comme the Order of the Baththe Order of St Michael and St George, et la CBE (1).

« Imaginez Mr le speaker que vous ouvriez votre « Distinguished Service Order » (une des plus fameuses distinctions outre-Manche) ou votre CBE  (1), et que vous voyez : « Fabriqué en France ». » Pouah quelle horreur ! Encore un des méfaits du marché unique, alors que c’est bien connu… « Nous sommes les meilleurs au monde« .

Champions du monde !

« Nos usines aux Midlands sont les meilleures dans le monde, les meilleures du monde » poursuit l’indicible député applaudi à tout rompre par ses coreligionnaires.  C’est une tradition à la chambre des Communes. Et c’est le Premier ministre, David Cameron qui, au final, se retrouve au coeur de la vindicte de ce travailliste pur sucre, très proche de Gordon Brown (il a été son conseiller politique de 1999 à 2005 quand son mentor était ministre des Finances). « Quand vous rentrerez à Downing Street, appelez le cabinet du ministre et réglez ce scandale ! » (2).

Made in England ou du Made in Wales ?

« Je n’étais pas au courant » réplique le Premier ministre, un brin ironique cependant. Les usines de Birmingham seraient-elles les meilleures du monde ? Ou celles du Pays de Galles (où est installée la Monnaie Royale) ? … Mais il se montre en faveur du made in UK. « Je suis en faveur du fait que si nous pouvons fabriquer quelque chose en Grande-Bretagne, nous puissions le faire en Grande-Bretagne ».

Commentaire : Un excellent sujet à aborder avec François Hollande ce jeudi à Amiens, lors du sommet franco-britannique. Personnellement, je serai David Cameron, j’irai plus loin. Je reviendrai immédiatement à Bruxelles pour demander une réunion d’urgence du Sommet européen et demander un codicille aux conclusions du sommet de février pour introduire une exception supplémentaire… pour les médailles royales. La crise des réfugiés attendra. Une question si importante doit se régler sur le champ !

Regardez la video sur Channel 4. Un régal !

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La croix de Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, quasiment équivalente de la Légion d’honneur

(2) « Imagine it, Mr Speaker, imagine it: you open your Distinguished Service Order or your CBE and it says ‘fabriqué en France ». (…) I’ve visited Midlands medal manufacturers in Birmingham’s jewellery quarters. They’re the best in the world. (…) You should go back to Downing Street, call in the Cabinet Office minister and get this scandal sorted out. »

BavaroisFruitsPassion

Un bavarois aux fruits de la passion

BavaroisFruitsPassion(B2) Les Européens adorent discuter de faux problèmes, passer de longues heures à se chamailler pour de sombres questions qui n’auront plus d’importance le lendemain. Jouer durant plus de 24 heures une sorte de psychodrame aux accents surjoués : c’est difficile, c’est dur, on ne sait pas si on y arrivera… pour finir par un dénouement en queue de poisson où on ne comprend pas bien pourquoi, en fait, cela a duré aussi longtemps. En temps ordinaire, cela me ferait rire. Je me passionnerais pour un tel jeu politique. Aujourd’hui non !

La crise britannique : une crise d’egos

A la différence des précédents ‘problèmes’ créé par un ‘Non’ à la ratification d’un Traité (Danemark, Irlande, France, Pays-Bas…), cette crise du Brexit est une crise totalement artificielle. Elle ne vise pas à résoudre un problème posé. Elle ne vise pas à obtenir certaines avancées en échange de certaines concessions : ce qui a toujours été l’objectif des ‘discussions’ européennes : je t’échange mon charbon contre ton acier, ton agriculture contre mon industrie, mes services financiers contre ton savoir-faire technologique, etc. Elle ne vise pas non plus à faire confirmer par le peuple un traité européen qui prévoit de nouvelles compétences. Elle ne vise, en fait, qu’à satisfaire le petit ego d’un Premier ministre David Cameron, qui entend parfaire son pouvoir dans son Royaume et à l’intérieur de son parti, et l’aider à se sortir d’un piège qu’il s’est lui-même tendu… Elle ne vise aussi qu’à donner l’illusion aux Britanniques qu’ils pèsent encore sur la scène européenne, et aux Européens qu’ils sont le centre du monde. Une crise de petits egos en quelque sorte.

Des questions faussement existentielles ?

Fallait-il affirmer le principe d’une union un peu étroite, très étroite ou pas du tout ? Une fois ce principe défini, pouvait-on en excepter le Royaume-Uni ? Dans quel document inscrire ce pas de deux ? Que se passait-il en cas de Non britannique, etc. (1)  Quand on regarde attentivement le document sorti des conclusions du sommet, on ne peut qu’être frappé par l’inanité du document produit par les 28 après 24 heures de discussion. Quand à examiner la différence entre ce qui est entré et sorti, il ne vaut mieux pas, c’est très peu de choses finalement. « Ce n’est pas parce qu’un sommet est long qu’il s’y discute des choses intéressantes » résumait après la réunion François Hollande. Effectivement…

Une perte de temps inqualifiable

Réunir 28 chefs d’Etat et de gouvernement, plus de 24 heures, pour discuter d’un faux problème, avec des solutions qui ne convaincront pas plus les Britanniques de rester dans l’Union européenne que convaincre Maitre corbeau de rester perché sur sa branche pour ne pas aller manger son fromage, est plutôt formidable et témoigne d’une absolue cécité (2). Personnellement il me met en rage. Car il y a des problèmes autrement plus conséquents à résoudre qui n’ont jamais vraiment mobilisé les Européens jusqu’ici.

La Syrie…

Jamais, les Européens n’ont discuté ces dernières années, 24 heures durant, de la Syrie par exemple. Un conflit intérieur violent, doublé d’un conflit par proxy interposé qui peut déraper à tout moment, entre plusieurs puissances au nationalisme exarcerbé (arabe, turc, russe, perse etc…). Le conflit le plus grave du moment pour l’existence de l’Union européenne : ses valeurs, sa sécurité, sa place dans le monde… Les Européens sont à la remorque des Américains et des Russes sur ce sujet.

La Libye…

Jamais les Européens n’ont discuté 24 heures de la Libye : que peut-on faire pour ramener à la raison ce pays ? Comment faire taire les rivalités de puissances étrangères qui, là encore, cherchent à tirer parti de l’instabilité pour protéger leurs intérêts ? Que faire si le noyau ‘Etat islamique’ grossit à Syrte ?

La crise des frontières …

Jamais les Européens n’ont discuté 24 heures de la meilleure manière de protéger leurs frontières, de prévoir des mesures temporaires (ou permanentes) de protection, de mettre en place en commun une réaction possible (3). Et sur ces sujets, il n’y avait pas besoin d’avoir un Premier ministre turc à table pour savoir comment les résoudre. Bien entendu, il reste des divisions entre Européens sur la solidarité nécessaire (relocalisation et réinstallation). Mais c’était l’occasion de tenter d’aplanir les différences, de mettre sur pied un plan B si les frontières se ferment en Autriche et en Slovénie : que faire des dizaines de milliers de personnes qui vont se retrouver coincées entre Grèce et Slovénie ? Comment aider la Croatie, la Bosnie, la Serbie, la Macédoine / Fyrom ? N’y-a-t-il pas moyen d’avoir une réponse européenne au lieu de l’intervention de l’OTAN en Mer Egée ?

Des convergences notables malgré tout

La Commission européenne a proposé en décembre, il y a plus de deux mois, un plan ambitieux prévoyant un corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. N’était-ce pas le bon moment pour accélérer le mouvement … plutôt que de conclure qu’il était nécessaire « d’accélérer le mouvement » ? Tous les dirigeants européens sont d’accord pour renforcer le contrôle aux frontières, trouver si possible une solution européenne, et même mettre en place ce corps européen de garde-frontières. C’est assez rare pour être souligné. Ce n’était pas le cas il y a encore six mois. Ce rare momentum, on aurait pu en profiter pour avaliser très vite tous les détails techniques restant à régler. Ils sont nombreux. Mais on pourrait mettre au point une autre méthode de travail. Une méthode ‘rush’… plutôt qu’une méthode du ‘lento piano ralentissimo’.

Trouver une méthode de travail plus rapide

Pourquoi ne pas avoir tous les niveaux de décisions qui travaillent en parallèle : les techniciens d’un côté, les ministres de l’Intérieur de l’autre, voire des Finances, les chefs d’Etat et de gouvernement, au troisième niveau. Avec le Parlement européen réuni en séance extraordinaire de l’autre.

Le menu du sommet européen, tweeté par le Premier ministre maltais, Joseph Muscat

Le menu du sommet européen, tweeté par le Premier ministre maltais, Joseph Muscat

Avec un peu d’audace et d’innovation (comme ont su trouver les juristes pour résoudre le Brexit), il était possible de régler rapidement cette question. Ce qui aurait été un atout dans la manche des Européens alors que se profile une nouvelle vague de migrants et de réfugiés à la faveur du printemps…

NB : J’ai trouvé le menu du dîner du sommet qui prévoyait au dessert un « Bavarois aux fruits de la passion », un intitulé tout en ironie. Car, à ce sommet, s’il y a bien eu la gélatine, un peu collante, il manquait des fruits et… de la passion.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Cela me rappelle tout le débat constitutionnel pour savoir s’il fallait un seuil de majorité à 62 %, 65% ou 67 %? Ou combien de temps on pouvait mettre en oeuvre le compromis de Ioannina ? Des dispositions jamais réellement utilisées car elle ne correspondent pas à la réalité des enjeux politiques…

(2) On sait très bien qu’un référendum n’est pas fait pour répondre aux questions posées. Or les réponses trouvées par les Européens me semblent très raffinées, trop même pour pouvoir peser réellement leur poids dans le référendum, surtout si une partie de la presse populaire et des torys se met de la partie.

(3) Il y a eu des discussions longues mais on parlait davantage du programme de relocalisations pas de gestion et protection des frontières en commun.

(crédit photo : la marmite à m’Alice)

Nous sommes confrontés à des fascistes (Hilary Benn)

(B2) Le discours de Hilary Benn, le shadow ministre des Affaires étrangères du Labour, n’est pas passé inaperçu hier soir (2 décembre) à la Chambre des Communes. Durant presque 15 minutes, celui qui a été ministre du Développement puis de l’Environnement de Gordon Brown a surpris plus d’un chroniqueur par sa verve, la force de ses arguments à défendre l’engagement britannique en faveur d’une intervention en Syrie. Il vaut le coup d’être écouté.

Des êtres qui se croient supérieurs

« Nous sommes confrontés ici à des fascistes. Non seulement par leur brutalité calculée, mais leur conviction qu’ils sont supérieurs à chacun d’entre nous dans cette assemblée ce soir et tous les gens que nous représentons. Ils nous méprisent. Ils considèrent avec mépris nos valeurs. Ils considèrent avec mépris notre croyance en la tolérance et la décence. Ils considèrent avec mépris notre démocratie (…). Ce que nous savons des fascistes, c’est qu’ils ont besoin d’être vaincus » a-t-il asséné, faisant notamment référence à la guerre d’Espagne en 1936 avec l’engagement dans les brigades internationales ou l’engagement contre Hitler.
« Nous devons maintenant nous confronter à ce mal. Il est maintenant temps pour nous de faire notre part en Syrie. C’est pourquoi je demande à mes collègues de voter pour la motion ce soir » a-t-il conclu, avant de se rasseoir, sous les applaudissements nourris des Tories mais aussi au Labour. On ne peut pas dire que Jeremy Corbin, le leader du Labour était très ravi de ce discours très guerrier.

Hilary Benn est de ceux – avec Margaret Beckett – qui a symbolisé la bascule d’un bon quart du Labour en faveur de l’engagement militaire en Syrie proposé par David Cameron. Il ne faut pas nier non plus que l’engagement de François Hollande et du gouvernement socialiste français a achevé de convaincre nombre d’indécis au Labour, plutôt réticents il y a encore quelques jours à s’engager.

Rappelez-vous l’Irak

Dans l’autre camp, le discours d’Alex Salmond, le leader du SNP, les autonomistes écossais était aussi charpenté, frappé d’arguments qui illustrent bien la difficulté de cet engagement pour les Britanniques, mais aussi pour tous les Européens. « Qui croiera que se concentrer sur la ville de Raqqa ne fera pas de victimes civiles. C’est un non sens » « Remember the war in Iraq » a-t-il averti.

(NGV)

Cameron s'est isolé sur la scène européenne (ici, au sommet de mars 2014, archives : Conseil de l'UE)

Brexit ou pas. La perte d’influence de Cameron (et de Londres) en Europe

Cameron s'est isolé sur la scène européenne (ici, au sommet de mars 2014, archives : Conseil de l'UE)

Cameron s’est isolé sur la scène européenne (ici, au sommet de mars 2014, archives : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) La volonté britannique de tenir un référendum sur l’Union européenne est un bel exercice de démocratie. Et il doit être salué. Mais la volonté du Royaume-Uni de vouloir plier l’Europe à l’aune de ses seuls intérêts est beaucoup plus discutable. Elle cache mal également un net effacement du Royaume sur la scène européenne. Le Royaume-Uni se désintéresse de plus en plus de l’Europe… et les Européens font de moins en moins d’effort pour l’en dissuader.

La défaite symbolique du 26 juin

En s’opposant à la nomination de Jean-Claude Juncker, en juin 2014, le Premier ministre David Cameron n’avait pas tort dans son droit. Le Conseil européen a autant, que le Parlement européen, le pouvoir de nommer le président de la Commission. C’est même la seule prérogative des « Chefs » : celui de proposer un nom. Mais en doublant cette exigence d’une velléité de transformer l’Europe selon sa propre vision, c’est-à-dire la moins intégrée possible, la moins efficace, la moins attirante possible, il détournait en quelque sorte le pouvoir qui lui est donné. Le Premier ministre britannique n’a pas réussi à changer la décision contrairement à ses prédécesseurs — John Major avait bloqué la candidature de Jean-Luc Dehaene et Tony Blair avait réitéré, dix ans plus tard, en bloquant celle de Guy Verhofstadt. On peut invoquer un changement d’époque. Sans doute. Mais pour David Cameron, ce vote a surtout été un véritable camouflet qui est révélateur d’un recul politique plus profond. Le cas Juncker n’est, en effet, pas un épiphénomène. Le leader britannique a un problème, aujourd’hui, avec les autres pays Européens… tous les pays européens. Les Britanniques, aujourd’hui minoritaires sur la scène européenne, ont perdu de leur influence… Leur capacité à jouer leur petite musique particulière s’est évanoui.

Où est passé la vertu du particularisme britannique ?

Cet effacement britannique est récent. Absents de plusieurs politiques fondamentales — le traité budgétaire, la Zone Euro, une bonne part de la politique de justice et d’affaires intérieures, etc. — le Royaume-Uni n’en avait pas moins gardé jusqu’ici un rôle majeur et moteur de la politique européenne. Jouant le rôle (parfois bénéfique) de poil-à-gratter, pointant du doigt certaines complexités ou incohérences de la politique européenne, poussant à davantage de marché, de pragmatisme, Londres jouait sa partition. Même dans la politique de régulation des services financiers, pourtant délicate à mener, le Royaume-Uni a habilement aidé à construire, en bloquant certaines réformes jugées trop négatives, la politique européenne.

Qu’est devenue la capacité d’entraînement ?

Les Britanniques avaient toujours réussi jusqu’ici à entraîner derrière leurs positions un certain nombre d’Etats, parfois importants, parfois moins, mais jamais négligeables. Leur volonté d’élargir l’Europe (pour la diluer) rencontrait un certain assentiment il y a dix ans. L’intervention en Irak en 2003 avait été symbolique sur ce plan. Huit pays avaient suivi Tony Blair dans une lettre commune. A peu près au même moment, la négociation des perspectives financières 2007-2013 et la remise en cause de certaines politiques (agricole, régionale, etc.) en faveur des politiques de compétitivité avait mis en minorité la France et les « latins », réduits à la défensive. Le Royaume-Uni était alors un des seuls pays à ouvrir son marché du travail (sans contrainte) aux travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient d’adhérer.

Une perte d’influence stratégique

Dix ans après, depuis le virage eurosceptique de l’équipe Cameron, et des isolements en série, cette attirance est bel et bien terminée. Les Britanniques n’arrivent plus à entraîner derrière eux un poids suffisant de pays. La négociation du cadre financier 2014-2020 n’a pas réussi à infléchir les politiques dans le sens souhaité par le Royaume-Uni à l’époque. Sa position de voir encore s’élargir l’Europe vers l’est (Géorgie, Moldavie, Ukraine…) ne recueille aujourd’hui plus un assentiment général et est devenue minoritaire. « La place du Royaume-Uni est moins stratégique qu’il y a 5-6 ans » constate un diplomate expérimenté. Au Conseil de l’UE, « dans nombre de débats, le ministre britannique n’intervient pas ». Il suit en cela une politique fixée au plus haut niveau. David Cameron ne s’était-il pas vanté dans un article de deux faits d’armes au niveau européen : les politiques qu’il avait réussi à bloquer, celles où il ne participait pas. « C’est difficile alors d’être au centre du jeu quand vous considérez ne pas vouloir participer à une politique européenne ».

Comment se fâcher avec ses amis

Le positionnement de Londres contre la politique agricole commune, contre la politique régionale, contre un budget européen trop important, contre la coopération policière ou judiciaire, contre la libre circulation ont indisposé plus d’un pays, plus d’un gouvernant qui, souvent, étaient, très proches des idées britanniques ou, au moins, admiraient son histoire, son modèle démocratique, son dynamisme économique. Les diatribes de l’UKIP mais aussi de représentants gouvernementaux, Tories en tête, contre la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de l’Union européenne, notamment des travailleurs de l’Est, (un principe fondamental de l’Europe… et de la Grande-Bretagne depuis la Seconde guerre mondiale !), ont fait plus de mal que n’importe quel Exocet français. Ils ont indisposé, profondément, les populations comme les gouvernements d’Europe de l’Est et on perdu de solides amis.

Un pays en recherche de nouveaux alliés

Les tentatives du Premier ministre britannique de créer des alliances sont assez rapidement à l’eau. On se souvient de cette rencontre en Suède avec ses homologues suédois (Reinfeldt), néerlandais (Rutte) et allemand (Merkel), en juin 2014. Entretemps, un de ses alliés a perdu les élections. Et même à Berlin, le Britannique n’est plus en cours. « Cameron a cru trouver chez Merkel à plusieurs reprises un appui. A chaque fois, il a été déçu. » Le résultat est même inverse. Le langage est « même plus dur à Berlin », constate notre interlocuteur, à l’égard du Britannique que dans d’autres capitales.

Reinfedlt, Cameron faisant la leçon, Rutte et Merkel autour d'un café (crédit : )

Reinfedlt, Cameron faisant la leçon, Rutte et Merkel autour d’un café (crédit : )

Un poids extérieur de plus en plus relatif

Cet effacement est également visible sur le plan extérieur. En juillet 2013, sur un sujet pourtant « facile » pour Londres — faut-il créer un quartier général militaire européen ? — le Royaume-Uni se retrouve ainsi isolé, seule la Lituanie vient à son secours et encore timidement. C’est grâce à son droit de veto et parce que personne ne veut mettre en « corner » William Hague que Londres impose son blocage. La participation de Londres à la définition d’une politique de défense européenne est aujourd’hui d’ailleurs très réduite. Et le poids de Londres dans les opérations européennes de maintien de la paix, très symbolique, inférieur à ce que peut apporter un pays balte ! Plus récemment, Londres a été totalement absent de la négociation entamée par Paris et Berlin, entre l’Ukraine et la Russie, en format « Normandie », aboutissant aux accords de Minsk 1 et 2 (lire : Accords de Minsk : Pourquoi le couple franco-allemand est plus efficace ?). Sur la Syrie, le « pas de deux » entamé avec la France pour une intervention puis le retrait et l’alignement sur les Américains n’a pas vraiment aidé à la compréhension de la diplomatie britannique.

La manoeuvre du référendum

En organisant un référendum, Londres entend donc pratiquer un chantage classique : changer l’Europe selon nos volontés sinon « on casse la baraque », en visant en premier lieu la libre circulation des citoyens au sein de l’UE. Le chantage est clair. Car on ne voit pas, en effet, comment un référendum (s’il était organisé) pourrait ne pas aboutir à un « Non » à l’Europe (1). En se servant de cette hostilité latente animée, depuis des années, par une presse « populaire » qui tire à boulets rouges sur l’Europe (souvent de mauvaise foi), cette manoeuvre vise non seulement à satisfaire son électorat mais à renverser la table européenne, à récupérer une partie de pouvoir et d’influence perdues au cours des dernières années.

Au bout du chantage, la porte ?

Céder cette fois-ci serait contraire non seulement à une certaine âme de la construction européenne, ce serait aussi céder à la majorité — de Lisbonne à Gdansk, de Helsinki à Varna — qui cherche aujourd’hui une Europe plus intégrée et plus solidaire. Les discussions sont souvent houleuses au sein de la « famille européenne ». Les décisions ne sont pas faciles, les consensus difficiles à décortiquer et les compromis paraissent peu ambitieux. Mais cette construction a matière à avancer. Or, au lieu de renforcer l’Europe, à chaque fois qu’on cède, à chaque fois qu’on recule devant un chantage britannique, on légitime le débat, on renforce sa position, et on lui donne des raisons supplémentaires d’en réclamer plus dans le « détricotage » de cette intégration. On ne fait aucunement baisser d’un cran les velléités de sortie de l’Europe (le Brexit). Ce n’est assurément pas le bon chemin. Il faudra, un moment donné, que ce soient les Britanniques, et non les Européens qui choisissent et assument leur choix : être dans l’Europe ou ne pas en être !

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Dans les sondages récents, les opinions se sont rapprochées donnant le Oui ou le Non côte à côte, voire même le Oui gagnant. Ce phénomène doit cependant être relativisé. D’une part, ce n’est qu’un sondage très anticipateur. Le référendum serait organisé en 2017, lorsque le gouvernement sera en plein exercice. Ensuite, l’expérience des référendums sur l’Europe montre que si le « Oui » l’emporte souvent lorsqu’on est loin de l’échéance, la tendance se renverse en général dans les derniers mois ou semaines avant celui-ci. Ce resserrement tient aussi compte des promesses des candidats d’obtenir une limitation de la libre circulation des personnes et des garanties importantes des Européens, ce qui n’est pas encore tout à fait acquis…

Evolution du Oui et du Non à l'Europe dans les référendums (source YouGov)

Evolution du Oui et du Non à l’Europe dans les référendums (source YouGov)

HmsBulwarkLibertyLass@Uk120731

Face à la tragédie en Méditerranée, le Royaume-Uni répond « présent ».

HmsBulwarkLibertyLass@Uk120731

Le HMS Bulwark, navire amiral de la flotte britannique, avec son pont porte-hélicoptères et ses bateaux « liberty » (crédit : UK Royal Navy)

(BRUXELLES2, au Conseil européen) A son arrivée au Sommet européen, il y a quelques minutes, le Premier ministre britannique a été très court mais déterminé. On sent un homme en pleine campagne électorale, décidé à s’imposer comme un véritable meneur. « Ce qui se passe en Méditerranée est une réelle tragédie » a-t-il dit. Cette réunion a pour objectif « de sauver des vies. Sauver des vies, cela implique venir au secours des personnes, combattre les gangs et stabiliser la région. La Grande-Bretagne a de quoi aider (…) Nous sommes le plus gros budget de la défense ». David Cameron ne s’arrête pas aux généralités… Il propose.

Le Royaume-Uni répond présent

Concrètement, le Premier ministre a proposé de mettre à disposition en Méditerranée pour des missions de sauvetage et de contrôle, le navire amiral de la flotte britannique, le navire amphibie, HMS Bulwart, 3 hélicoptères et 2 autres patrouilleurs de frontières. « A chaque fois qu’il y a eu une tragédie, le Royaume-Uni a toujours été là Et cette fois, il n’y a aura pas d’exception. » Le ton est donné ! David Cameron a cependant mis une condition au sauvetage des naufragés : les personnes recueillies devront être mises à l’abri dans un pays, en Italie, mais ne seront pas rapatriées au Royaume-Uni.

La navire amiral de la flotte britannique en Méditerranée

Le HMS Bulwart (L-15), est particulièrement adapté pour ce type d’opérations. Il dispose, en effet, d’une vaste capacité dans ses ponts inférieurs pour accueillir plusieurs centaines de personnes. Commandé par le Captain Nick Cooke-Priest, il peut ainsi accueillir des troupes marines et leurs véhicules, dans l’hypothèse d’un débarquement : entre 200 (longue durée) et 500 soldats (courte durée). Une capacité qui peut service à accueillir des personnes sauvées en mer. Il dispose d’un pont d’envol pour plusieurs hélicoptères de type Lynx, qui peuvent aller de la reconnaissance ou du premier secours — ainsi que d’un radier pouvant accueillir 4 péniches de débarquement — moyen très commode pour aller au devant de bateaux en détresse. Servi par un équipage d’environ 300 personnes, doté de moyens de communication moderne, il peut aussi servir de quartier général flottant.

Commentaire : ainsi que nous le disions dans notre article paru dans notre édition Club/Pro ce matin (lire : Une opération maritime de lutte contre les trafiquants. Premiers éléments), le déploiement d’une opération militaire en Méditerranée ne devrait pas souffrir, comme des précédentes opérations, d’un manque de moyens. Les Etats membres semblent déterminés. En mettant sur la table, tout de suite, un gros navire, le Royaume-Uni oblige, d’une certaine façon, d’autres pays à faire de même.

(Nicolas Gros-Verheyde)

CharlieHebdo

Attentat contre Charlie Hebdo. Des dirigeants européens choqués et solidaires (Maj)

CharlieHebdo(BRUXELLES2) Très rapidement après les premières nouvelles de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo à Paris, les diverses autorités européennes ont réagi.

Une barbarie qui nous interpelle (Juncker)

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker s’est dit « profondément choqué par l’attaque brutale et inhumaine » qui a frappé les locaux de Charlie Hebdo. « C’est un acte intolérable, une barbarie qui nous interpelle tous en tant qu’êtres humains et Européens. » a-t-il ajouté. Précisant «  Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles. J’exprime, à mon nom personnel et au nom de la Commission européenne, notre plus grande solidarité avec la France. »

Une lutte contre le terrorisme sans relâche (Tusk, Pologne)

Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, a tenu à souligner que « L’Union européenne se tient aux côtés de la France après cet acte effroyable. C’est une attaque brutale contre nos valeurs fondamentales, contre la liberté d’expression, pilier de notre démocratie. La lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes doit se poursuivre sans relâche. »

Des meurtres écoeurants (Cameron, Royaume-Uni)

Peu avant, le Premier ministre britannique, David Cameron avait exprimé son émotion « Les meurtres à Paris sont écoeurants. Nous sommes avec le peuple français dans la lutte contre le terrorisme et la défense de la liberté de la presse. »

Une attaque contre un élément essentiel de notre culture démocratique (Merkel, Allemagne)

A Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a tenu à assurer « nos amis français » de toute la solidarité outre-Rhin contre cette « attaque ignoble ». « Cet acte odieux n’est pas seulement une attaque sur la vie des citoyens français et de la sécurité intérieure de la France. Il représente également une attaque contre la liberté d’expression et la liberté de la presse, un élément essentiel de notre culture démocratique libérale qui est complètement injustifiable. »

Le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, s’est dit « consterné » suite aux évènements.

Une atteinte aux valeurs (Kopacz, Pologne)

La Première ministre polonaise Ewa Kopacz a « condamné les auteurs de l’assassinat à Paris, une atteinte à la liberté des médias et les valeurs de l’Europe » et se « join(dre) à la douleur et le chagrin des familles des victimes et de la société français ».

Préserver nos libertés (Rinkevics, Lettonie)

A Riga, le ministre des Affaires étrangères Edgars Rinkevics — que je viens de rencontrer à l’occasion de l’inauguration de la présidence lettone — a tenu à « condamner fortement » l’attaque terroriste. C’est « un autre rappel sur la nécessité de continuer des efforts coordonnés sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et de défendre la liberté de la presse. » Et d’ajouter : « il y a une nécessité pour les ministres de la justice et de l’intérieur de l’Union européenne de travailler, de façon plus étroite, avec la Commission européenne », notamment sur les « combattants étrangers ». Mais il a aussi tenu à avertir de la nécessité de ne pas aller trop loin dans l’aspect sécuritaire. Il « faut un équilibre entre les mesures nécessaires pour la sécurité et celles préservant les libertés ».

Ne pas réagir inconsciemment (Martin Schulz, Parlement européen)

Une position sensiblement identique pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, « C’est un moment de grande tristesse mais nous ne devons pas réagir inconsciemment. Au-delà de nos opinions, de nos croyances, nous devons nous élever contre ces actes. J’appelle tous les citoyens à défendre ensemble nos valeurs. » Et d’ajouter : « Nous, Européens, ne céderons jamais sur les valeurs de liberté de la presse et d’expression, de tolérance et de respect mutuel que cette attaque a voulu remettre en cause ».

Un acte d’une gravité extrême (Aurescu, Roumanie)

Pour le ministre roumain des Affaires étrangères, Bogdan Aurescu, qui a réagi par un communiqué en français « cet acte d’une gravité extrême contre les représentants de la presse est une attaque contre l’essence même de la démocratie, les valeurs et les libertés fondamentales.  Nous condamnons dans les termes les plus catégoriques cet acte terroriste, qui représente une attaque d’une lâcheté révoltante contre la presse et contre le monde civilisé. »

Nous sommes solidaires de la France (Stoltenberg, OTAN)

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a parlé, lui aussi « d’un acte barbare et d’une attaque inadmissible contre la liberté de la presse ». Et d’ajouter : « Nous sommes totalement solidaires de la France, pays membre de l’Alliance. Tous les Alliés sont solidaires dans la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, ne pourra jamais être toléré ni justifié. »

« We are all french » (Muscat, Malte – Renzi, Italie)

Paraphrasant la phrase entendue en 2001, « nous sommes tous américains », le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a déclaré : « Today we are all French ». Une phrase toute simple qui résume très bien toutes les autres réactions européennes. Phrase qu’a prononcé également Matteo Renzi. « Nous sommes tous Français » a déclaré le président du Conseil des ministres italien dans un message à l’ambassade de France à Rome. « Horreur et consternation au massacre de Paris, total soutien à François Hollande et Anne Hidalgo dans ce moment terrible. La violence perdra toujours contre la liberté et la démocratie » a-t-il ajouté.

Des martyrs de la liberté

Mais c’est assurément d’outre-Atlantique qu’est venu le message le plus fort. Il n’y a pas « photo ». L’Américain John Kerry a su trouver les mots les plus justes, calibrer l’émotion et le niveau politique, dans un message vidéo. Et en français Svp. Ce que peu d’Européens sont capables de faire aujourd’hui !

« Je m’adresserai directement aux Parisiens et aux Français. Tous les Américains se tiennent à leurs côtés et de votre détermination à protéger de cette valeur qui fait très peur à l’extrémisme : la liberté. Aucun pays ne sait mieux que la France que la liberté a un prix, parce que la France a donné naissance à la démocratie elle-même. La liberté d’expression et une presse libre sont des valeurs fondamentales, ce sont des valeurs universelles; principes qui peuvent être attaqués mais jamais éradiquées, parce que les gens braves et honnêtes dans le monde ne seront jamais céder à l’intimidation et la terreur que ceux qui cherchent à détruire ces valeurs emploient.. Les assassins ont proclamé que Charlie Hebdo est mort. Ils ont tort. » Que dire de plus…

(NGV)

NB : même si aucune réunion de crise n’est encore annoncée au niveau européen, il semble certain que l’attentat de Paris va changer la donne dans les priorités des prochains mois. Sans parler de la mise en oeuvre de la clause de solidarité (innovation du Traité de Lisbonne), une réunion extraordinaire des ministres des Affaires intérieures devrait pouvoir être organisée, disions-nous lors de la première publication de l’article. Ce point a déjà été mis à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil des Affaires étrangères de l’UE (lire : La lutte contre le terrorisme à l’ordre du jour du prochain Conseil).

 

(Mis à jour – réactualisé à plusieurs reprises durant la journée du 7 janvier au fur et à mesure des réactions).

    « These Czechs "worked" in the UK for less than four years. No benefits for them? » T. Prouza (crédit : T. Prouza / CS)

Une ingratitude signée Cameron

    « These Czechs "worked" in the UK for less than four years. No benefits for them? » T. Prouza (crédit : T. Prouza / CS)

« These Czechs « worked » in the UK for less than four years. No benefits for them ? » T. Prouza (crédit : T. Prouza / CS)

(BRUXELLES2) La dernière proposition du Premier ministre britannique, David Cameron, de limiter les droits des migrants européens a commencé à susciter quelques répliques cinglantes de la part de gouvernements d’Europe de l’Est, dont les ressortissants sont particulièrement concernés, et visés, par ces mesures.

Londres provoque l’amertume en Europe de l’Est

La plus cinglante, est venue du secrétaire d’Etat tchèque aux Affaires européennes.  Tomáš Prouza s’interroge, photo à l’appui, sur le sort des pilotes tchèques engagés dans la bataille d’Angleterre, lors de la Seconde guerre mondiale : « These Czechs « worked » in the UK for less than four years. No benefits for them?» ! Question très ironique qui montre à quel point David Cameron et la Grande-Bretagne se trompent de voix dans leur combat pour changer certaines règles européennes.

Limiter les droits avant 4 ans de présence

Le ton employé — « soit vous acceptez ma proposition, soit je me casse » (*) — est avant tout destiné à la scène interne. Comme les propositions : limitation des prestations sociales avant une durée de 4 ans, mise en place de quotas, expulsion des chômeurs au bout de 6 mois sans travail… Celles-ci ne sont pas si révolutionnaires que cela. Les dispositions internes à l’Union européenne permettent déjà de limiter certains droits à la libre circulation et à l’aide sociale, comme d’expulser des personnes sans ressources, avant 5 ans de résidence.

Casser une dynamique européenne

Mais ce discours heurte frontalement certains principes européens — la libre circulation des travailleurs et des personnes. Et, une dynamique. L’objectif européen est justement de supprimer les frontières, d’enlever petit à petit tous les obstacles qui peuvent exister, pour créer un vaste espace commun, un « marché commun ». Des principes auxquels les pays venant du communisme sont attachés, certes au niveau économique mais encore plus au niveau politique et symbolique. L’Union européenne dans sa conception est un espace de « liberté ». Le réduire et limiter à un espace de non-liberté est contraire avec son histoire.

Une position à rebours de l’âme britannique

Ces propositions sont également à rebours de toute la position britannique en Europe qui a toujours prôné une libre ouverture des marchés, et au-delà a toujours été une référence en matière de libertés. On se rappelle tous de l’ironie avec laquelle Tony Blair, à l’époque, avait accueilli les limites, temporaires, mises en place par quasiment tous les autres pays (France, Belgique, Allemagne…) pour ne pas accueillir les « nouveaux » arrivants. Dix ans après, Londres non seulement veut détricoter certains principes européens mais fait marche arrière et renie sa propre politique, sa raison d’être… Cela ne va certainement pas faciliter la tâche des diplomates britanniques pour trouver des alliés quand il faudra batailler sur ce terrain, sur ce sujet … ou d’autres.

(NGV)

(*) « Si j’y parviens, je ferai campagne pour maintenir ce pays au sein d’une UE réformée. Si nos inquiétudes  ne trouvent aucun écho et que nous ne parvenons pas à modifier  de manière plus avantageuse les termes de notre relation avec l’UE, alors bien sûr je n’exclurai rien ».