Crimes de guerre

Massacre au Kosovo en 1999 : Eulex ouvre l’enquête

(BRUXELLES2) Les procureurs spéciaux de la mission EULEX Kosovo ont mercredi (24 avril) « formellement ouvert une enquête sur les crimes de guerres » commis les 27 et 28 avril 1999 dans la municipalité de Djakovica et notamment dans les villages de Meja, Oriza et ceux de la vallée de Caragoj. Selon la mission européenne, ce massacre est le plus important commis pendant le conflit qui a ravagé la région en 1999.

Des crimes de grande ampleur

La plupart des 372 victimes albanaises ont été retrouvées dans une fosse commune à Batajnica, en Serbie. Les procureurs auraient identifié une vingtaine de personnes qui pourraient être inculpés pour crimes de guerre, la liste des exactions étant particulièrement longue puisque les procureurs font état « de tortures, traitement inhumains, immenses souffrances, dislocation et déplacement, confiscation de biens, pillages qui n’étaient pas justifiés par des besoins militaires ».

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7 kosovars acquittés pour crimes de guerre

(BRUXELLES2) Un jury mixte – formé de deux juges locaux et d’un juge européen, présidé par le juge du tribunal de Prizren – a acquitté mardi (5 février), sept personnes inculpés de crimes de guerre par le procureur spécial du Kosovo (un Européen). Ejup Kabashi et Sokol Bytyqi avaient été soupçonnés d’avoir usé de mesures d’intimidation et de terreur contre la population civile serbe de Opterushe/Opterusa, en juillet 1998. Mais les preuves n’étaient pas suffisantes, a estimé le jury. Les autres accusés — Mustafa Hoti, Milaim Hoti, Naser Hoti, Nexhmedin Berisha and Jetulla Kabashi — soupçonnés de leur avoir prêté assistance dans la commission des crimes ont également été relaxés.

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Au Moyen-Orient, se préparer au pire

Au Moyen-Orient, se préparer au pire

Affiche de la campagne sponsorisée par l'Union européenne sur le respect du droit international humanitaire

(BRUXELLES2) « On doit se préparer au pire, la déstabilisation de toute la région », la commissaire européenne chargée de l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva n’a pas caché sa préoccupation, et parfois un peu son désarroi, ni mâché ses mots devant les quelques journalistes présents dans son bureau hier (dont B2) face à la situation qui empire sur place.

Pas d’autre choix qu’aller à l’étranger

« Je suis très préoccupée. L’impact sur les pays voisins commence à devenir très préoccupant au Liban et en Jordanie mais aussi en Turquie, pays le mieux préparé ». 1,2 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Auparavant la plupart de la population se déplaçait vers une ville plus sûre. Aujourd’hui, particulièrement depuis juillet, c’est difficile, et il y a peu d’endroits sûrs. « Depuis juillet, les gens se déplacent d’un endroit à l’autre. Ils allaient avant d’Alep à Damas. Mais Damas devient aussi dangereux, alors ils franchissent les frontières. »
Alors ils fuient vers l’étranger. On compte déjà officiellement 160.000 réfugiés, en réalité beaucoup plus. Et ce chiffre augmente rapidement pouvant atteindre environ 1200 personnes par jour (on était à 800 à 1000 en moyenne dans les derniers jours). « Il faut absolument permettre aux ONG, aux travailleurs humanitaires de pouvoir accéder à la population en Syrie. » Et surtout respecter leur travail humanitaire… et leur vie. 5 volontaires du Croissant rouge arabe syrien et 1 du Haut commissariat sur les réfugiés (HCR) ont déjà perdu la vie dans le pays.

Tuer des civils est un crime de guerre

Tel a été son letimotiv. « Il est actuellement essentiel de faire pression sur tous les acteurs du conflit, que la communauté internationale enjoigne à chacun de respecter le droit international humanitaire pour l’accès des travailleurs humanitaire. Mon message est clair : tuer des civils c’est un crime de guerre, tuer des humanitaires, tirer sur des ambulances c’est un crime de guerre au sens des conventions de Genève, tuer des journalistes c’est aussi un crime de guerre. » Un message qui s’adresse bien évidemment au gouvernement syrien…

Un message adressé aussi aux Etats membres de l’UE

Car évidemment, « la plupart des faits sont commis par l’armée » mais la rébellion n’est pas exempte de tout reproche. « Des faits de torture existent dans tout le pays ». Et le message de la commissaire s’adresse à chacun de leurs soutiens. même si personne n’est nommé. A commencer par les membres du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine d’un côté ; les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni de l’autre.

Un message éminemment compliqué par l’ampleur prise par le conflit, où les (grandes) puissances s’affrontent par troupes interposées – comme au bon vieux temps de la guerre froide. Comme me l’a confié un responsable européen, « nous avons bien conscience que plusieurs de nos Etats membres sont engagés indirectement dans ce conflit ». Ce qui rend le message de la commissaire – « Faites respecter le droit international humanitaire » – on ne peut plus conséquent.

Pour autant ce n’est pas le job (des travailleurs humanitaires) que de constater ces crimes de guerres. « Nous ne collectons pas de preuves sur les crimes de guerre. Car nos personnes risquent la vie sur le terrain. S’ils le faisaient la probabilité de se faire tuer serait grande, ce n’est pas notre job. »

Pas d’autres solutions l’action sur place

Les différentes solutions esquissées pour permettre l’accès aux populations sont soit inefficaces, soit ont fait long feu, soit très difficiles à mettre en place, selon la Commissaire. Faire des corridors humanitaires ? C’est bien joli mais pas praticable. « Regardez la carte de la Syrie, où voulez-vous les placer ? De quel endroit à quel endroit ? Comment s’assurer que ces corridors ne seront pas utilisés pour les armes ? Autant de questions qui permettent de dire que ce n’est pas une option. » D’autant que plusieurs pays membres – notamment la Russie membre du Conseil de sécurité – y sont opposés.

La pause de quelques heures dans les combats, solution promue notamment par le CICR a fait long feu. « Malheureusement cela n’a pas marché ».

Quant à la zone de sécurité (ou buffer zone), c’est l’option de la dernière chance. Mais « pour que çà marche il faut trois conditions. 1. Nous devons avoir une unanimité au Conseil de sécurité. 2 Elle doit être sécurisée et ne doit pas être utilisée à d’autres fins que l’humanitaire ; elle ne peut être une zone de repli ou de repos pour les combattants. 3. Elle doit être protégée, avec des soldats de maintien de la paix, voire une zone d’exclusion aérienne ». Autant de conditions très difficiles à remplir, voire impossible aujourd’hui. Tout le monde en est conscient au niveau des humanitaires et de la Commission européenne. « Si ces conditions ne sont pas remplies, il n’est pas possible de faire une telle zone » explique la commissaire. Mais « si la situation s’aggrave encore dans les pays voisins, il faudra bien l’envisager… »

La « seule solution » qui reste est « de fournir des secours à l’intérieur de la Syrie. Il est donc essentiel que le gouvernement comme l’opposition armée respectent le Droit international humanitaire, c’est la meilleure solution. »

Préoccupation : l’accueil des réfugiés

L’autre préoccupation de la commissaire est l’accueil des réfugiés. A l’aide de cartes, nous avons ainsi pu percevoir la rapide montée en puissance des camps de réfugiés à Al Mafraq par exemple en Jordanie. On voit sur la carte satellite fournie par le système GMES l’augmentation rapide d’un camp de toiles entre le 26 juin (date de la première carte) et le 14 août (date de la seconde carte). « Les conditions sous les tentes sont extrêmement difficiles. »

Carte satellite éditée le 26 juin (GMES / Commission européenne)

carte satellite éditée le 14 août (GMES / Commission européenne)

Mais ce qui est aussi inquiétant c’est la préparation des pays. Si la Turquie – avec des camps bien organisés – et la Jordanie – avec beaucoup plus de difficultés et l’aide des Organisations internationales – prennent l’accueil des réfugiés au sérieux, cela ne semble pas être le cas du Liban. L’accueil a « lieu dans des lieux comme des écoles. Et cela va poser des problèmes à terme pour l’éducation, à la rentrée scolaire ».

Autre préoccupation, le sort des réfugiés en Syrie. Il y a 87.000 Irakiens et 500.000 Palestiniens qui avaient été recensés vivant en Syrie.. Et leur « vulnérabilité est très forte ». La Commission européenne a débloqué un programme spécial de 6 millions d’euros pour leur venir en aide.

Les Européens premiers pourvoyeurs d’aide

Dernier souci : l’argent. L’Union européenne a octroyé à peu près la moitié de l’aide humanitaire globale : près de 146 millions d’euros sur un montant de 313 millions d’euros ; l’autre gros donateur étant les Etats-Unis, avec 64 millions d’euros. Nb : ne sont pas décomptés dans cette aide celle fournie par les pays voisins (Turquie, Jordanie, Liban) qui est importante. Au niveau européen, sur les 146 millions, la moitié environ (69 millions) l’a été sur le budget communautaire (40 + 6 millions au titre de l’aide humanitaire et 23 millions d’euros au titre de l’instrument de voisinage) et le restant fourni par les Etats membres, essentiellement le Royaume-Uni, la Suède et l’Allemagne.

Une bonne partie de l’aide communautaire (les 40 millions d’euros) transite par l’intermédiaire des organisations internationales (10,6 millions pour le PAM, 9,6 millions pour le HCR, 6,2 pour la Ficross et le croissant rouge syrien, 5 millions pour le CICR, 1,5 million pour l’UNRWA chargée de l’aide aux réfugiés palestiniens, 1,4 million pour Danish Refugee Council (DRC), 1 million pour l’Unicef, idem pour Action contre la Faim Espagne et Première Urgence – Aide Médicale Internationale, 800.000 euros pour Handicap international, etc.)

7 pays (Autriche, France, Hongrie, Suède, Italie, Slovaquie et Norvège) participent également à travers le mécanisme européen de protection civile à l’assistance pour les Syriens qui ont fui en Turquie, après l’appel lancé le 12 avril dernier et l’acceptation par les autorités turques des propositions de la communauté internationale de la charge. La France a ainsi implanté une unité médico-chirurgicale en Jordanie.

L’ONU a lancé un appel de fonds de fonds pour mettre en place un plan de réponse face à la crise humanitaire de 180 millions $. Mais il manque toujours des fonds. « Une aide supplémentaire est nécessaire. Et il est vital de ne pas politiser l’aide humanitaire » explique la commissaire. Au 13 août, selon les responsables d’ECHO, l’office européen d’aide humanitaire, les appels actuels internationaux n’ont été satisfaits qu’à 40%.

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Coran brûlé, crime de guerre… l’armée US plombe la mission de l’ISAF (Maj)

(crédit : US Army)

(BRUXELLES2) Il y avait eu l’affaire du Coran brûlé, un fait “non intentionnel”. Il y a aujourd’hui la tragédie de la mort de plusieurs civils (femmes, enfants compris *) tués par un soldat américain en mission dans la province de Kandahar. Ce qui ressemble d’un coté à une petite erreur de subalternes (c’est ce qu’on laisse à penser) et à un “pétage de plombs” d’un soldat en mission peut aussi conduire à s’interroger sur le bien-fondé aujourd’hui de la présence en Afghanistan.

Il y a comme un problème… si des soldats de la coalition en arrivent à commettre ce que l’on peut considérer comme un crime de guerre et une infraction aux conventions de Genève. On ne peut aussi qu’être sidéré devant une certaine légèreté du commandement américain et de l’OTAN qui, certes, se confondent en excuses mais … c’est tout. Or cette mission internationale est en Afghanistan depuis 10 ans pour stabiliser le pays, ramener l’Etat de droit et faire respecter certaines valeurs, humanistes. Nous sommes là à l’inverse de tous ces principes.

Incorrigible légèreté

On peut ainsi s’interroger sur une certaine légèreté avec lequel l’incident du Coran a été pris coté américain et OTAN. Le coté “non intentionnel” est tout aussi révélateur que s’il avait été intentionnel. Comment, au bout de dix ans d’engagement, des soldats US n’ont pas été clairement informés qu’il y a certains symboles qu’on ne touche pas ? Ils le savent pour le drapeau de la nation qu’ils révèrent (à juste titre), pourquoi pas les autres symboles des pays où ils se trouvent ? On confine là à l’imbécilité profonde (il n’y a pas d’autre mot !), à un sentiment de supériorité suranné mais aussi et surtout à l’absence de rigueur et de discipline.

Cela laisse planer plus qu’un doute à la fois sur les consignes données aux soldats, la chaîne de commandement et l’état d’esprit qui règne dans les bases Us en Afghanistan. Quant à l’acte criminel du soldat, il a été pris au sérieux à Washington. « “I was shocked and saddened to hear of the shooting incident today in Kandahar Province. I offer my profound regret and deepest condolences to the victims and their families. I pledge to all the noble people of Afghanistan my commitment to a rapid and thorough investigation. » précise ainsi rapidement le général Allen, commandant l’ISAF (l’opération de l’Otan en Afghanistan). « Nous allons mener une enquête minutieuse, cette personne devra rendre des comptes », détaille-t-il sur CNN. Mais il ne peut s’empêcher d’ajouter. « Et nous passerons à autre chose. Notre relation (avec les Afghans) est trop profonde, dure depuis trop longtemps, nous avons tous déjà trop sacrifié pour permettre que ce seul incident la mette à bas »…

Un peu juste à mon goût. On peut effectivement toujours se retrancher sur des cas “isolés”. Mais justement, ce qui vient de se produire à deux reprises laisse penser qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Mais d’un problème récurrent. En cela, ces évènements s’apparentent ne sont pas juste un “petit” fait divers mais ont une résonance plus importante.

Une erreur stratégique

On ne change rien ?

Lors de son point mensuel, le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen avait affirmé « ne pas vouloir changer la stratégie » de l’Alliance dans le pays… Au train où vont les choses, si les Alliés ne changent pas de comportement, de tactique, l’infaillibilité de la stratégie risque de se réduire comme peau de chagrin, et les retraits anticipés s’accélérer. Il va devenir intolérable dans certains pays, qui ont toujours affirmé que l’Afghanistan était une “mission de paix” de continuer d’afficher cette fiction ; il va être difficile dans d’autres, soumis à un contrôle parlementaire, de ne pas conduire à une interrogation profonde : Que fait-on en Afghanistan ? Quel objectif, quels moyens, quelle sortie ?

Un allié qui en fait à sa guise

Par leurs actes, les militaires US plombent la mission de l’ISAF. Mais ce n’est pas un fait nouveau. On retombe ici, dans une des ornières de cette opération afghane qui voit un des alliés en faire à sa guise, sans concertation aucune avec ni ses alliés ni avec les Nations-Unies, notamment en menant des raids aériens (drones) à sa guise que ce soit en Afghanistan ou au Pakistan (Etat voisin, qui n’est normalement pas concerné par l’opération de l’ISAF). Il y a là un manque de coopération flagrant, contradictoire avec l’exigence de solidarité réclamée à tous les alliés de l’OTAN et rappelée régulièrement par les Américains, notamment pour les enjoindre de “partager le fardeau” et de maintenir leur engagement.

Le calcul des faucons

Certes, certains “faucons” peuvent escompter une radicalisation supplémentaire de la société afghane, une multiplication des attentats terroristes permettant de justifier un maintien des troupes au-delà des termes indiqués. Je ne crois pas à théorie, non pas que certains n’y aient pas songé, mais son aboutissement me semble illusoire. La période de restrictions budgétaires qui court partout, y compris aux Etats-Unis, est un facteur trop prégnant pour les chefs de défense des pays membres de l’OTAN pour permettre une inversion du dispositif aujourd’hui.

Un soldat qui échappe à la juridiction afghane, pourquoi ?

Le privilège de juridiction : courant

Le soldat sera jugé aux Etats-Unis conformément aux accords signés par les Américains. Il faut bien examiner que ces accords ne sont pas spécifiques aux Etats-Unis. Dans quasiment toutes les missions internationales, les pays prennent bien soin de signer un accord avec le pays hôte spécifiant que toute incident impliquant un de leurs membres relèvera de leurs juridictions nationales. C’est le cas ainsi des Français, Belges, Allemands … engagés en Afghanistan. C’est le cas aussi dans toutes les missions européennes – où préalablement à tout déclenchement d’opération un accord SOFA (s’il s’agit d’une mission militaire, l’accord porte le statut des Forces) ou SOMA (s’il s’agit d’une mission civile, l’accord porte sur le statut de la Mission) est agréé au nom de l’Union européenne pour tous les Etats participants.

… étonnant en cas de crime de guerre

Cependant on peut s’interroger sur ce privilège de juridiction en cas de crime de guerre. Il semble en l’état du droit international incompatible avec l’esprit des conventions de Genève de laisser l’acte impuni. Et la Convention se doit de l’emporter sur les autres actes internationaux, sauf à réduire à néant son impact. Il s’agit là d’une question tout autant de principe que de faits. On ne peut donc faire exception à ce droit international qui a valeur générale. Avec une complication supplémentaire coté américain.

… mais pas illégal

Ce qui est interdit par les Conventions de Genève, ce sont les faits et leur impunité. Les conventions de Genève laissent le soin aux autorités belligérantes à la fois de fixer les peines et d’examiner quel tribunal aura la charge de condamner l’auteur des faits. De fait, le jugement par un tribunal américain d’un soldat auteur des faits n’est donc pas illégal. Reste à savoir que tous les auteurs des faits – y compris ses complices – soient jugés. En l’espèce, on peut s’interroger car certains rapports du terrain, relayés par les agences de presse, montre que le soldat en cause n’était pas tout seul.

… compliquée par la spécificité américaine

Les Etats-Unis n’ont pas signé le protocole II de la Convention de Genève sur la protection des civils en cas de conflit non international, tandis que l’Afghanistan l’a signé. Une non-signature très intentionnelle. Les Américains ont toujours redouté de voir un de leurs militaires jugés pour un des actes semblables à celui qui vient de se produire en Afghanistan. En l’espèce, on pourrait ainsi discuter de l’application de ce protocole à ces faits : ce qui compte alors – pour l’application du protocole – est « la nationalité de l’auteur des faits », m’a précisé un juriste expert du droit international humanitaire. Dans tous les cas, l’article 3 de la convention de Genève (répété dans toutes les conventions) prescrit la protection des personnes « ne participant pas aux combats ». (**)

(*) Le militaire – qui faisait partie des forces de soutien aux forces spéciales (Navy SEAL) – est entré dans trois maisons, en a tué les occupants, au total 9 enfants et 3 femmes, avant d’en brûler les corps, selon les témoignages recueillis sur place par les agences.

(**) Article 3 Convention de Genève – En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère  international et surgissant sur le territoire de l’une des Hautes  Parties contractantes, chacune des Parties au conflit sera tenue d’appliquer au moins les dispositions suivantes:
  1) Les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les  personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure,  détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère  défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance,  le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue.
  A cet effet, sont et demeurent prohibés, en tout temps et en tout lieu,  à l’égard des personnes mentionnées ci-dessus:
  a) les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle,  notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les  traitements cruels, tortures et supplices;
  b) les prises d’otages;
  c) les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements  humiliants et dégradants;
  d) les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un  jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés. Voir : le texte complet de la 1ère convention de Genève

(Maj) précisions sur la notion de crime de guerre et l’impunité

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Les experts européens présents sur un possible charnier dans le sud de la Serbie

(B2) Les experts de médecine légale de la mission européenne EULEX Kosovo ont été déployés pour examiner un possible charnier dans la région de Medveđa dans le sud de la Serbie. Selon des informations reçues par la commission gouvernementale du Kosovo sur les personnes disparues, un certain nombre inconnu de victimes albanaises du Kosovo de 1998-1999 pourraient être enterrées là, précise un communiqué d’Eulex. Alan Robinson, le chef adjoint du département médecine légal à Eulex, a confirmé ce déploiement expliquant que le « rôle (des experts européens) est très clair : agir en tant qu’observateurs et s’assurer que la méthodologie appropriée de médecine scientifique est bien employé durant l’opération ». « Nos experts » est engagé – précise-t-on au QG d’Eulex – sur plusieurs sites à Vučitrn, Mitrovica, Ðakovica et Prizren. En 2011, les restes de 51 personnes disparues ont été identifiées et remis à leurs familles ». NB : après ces évènements de 1998-1999, la vallée de Precevo a été le théâtre début 2000 d’une action de l’Armée de Libération de Preševo, Medveđa et Bujanovac (UCPMB) qui voulait rattacher ces localités au Kosovo

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Inculpation pour crimes de guerre confirmée

(B2) Le tribunal de Pristina dirigé par un juge européen d’EULEX a confirmé, le 26 août, l’inculpation pour crimes de guerre d’anciens membres de l’armée de libération du Kosovo (KLA). Arben Krasniqi, Naser Krasniqi, Nexhmi Krasniqi, Behlul Limaj, Fatmir Limaj, Refki Mazrreku, Naser Shala, Sabit Shala, Shaban Shala, Besim Shurdhaj sont soupçonnés de différents crimes de guerre contre des civils serbes et albanais et des prisonniers (militaires ou officiers de police) serbes détenus dans une prison improvisée à Kle?ka, entre début 1999 et la mi juin.

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Un Américain chef de la task force d’enquête à Eulex Kosovo

(BRUXELLES2) Un procureur américain, John Clint Williamson, qui a été nommé responsable de la task force spéciale d’Eulex chargée de mener l’enquête sur les allégations de trafic d’organe, les liens avec l’UCK et l’implication du pouvoir politique kosovar, contenues dans le rapport du Conseil de l’Europe rédigé par le Suisse Dick Marty en décembre 2010. Une enquête préliminaire a été lancée le 27 janvier 2011.

NB : Cette nomination est éminemment politique. Les Américains participent en effet à Eulex Kosovo et avaient émis dans le passé plusieurs critiques sur la mission européenne. Mais c’est plutôt original. Et on peut se demander en quoi un juriste américain est plus compétent qu’un juriste européen pour mener l’enquête sur des faits s’étant déroulés sur un territoire européen d’autant que Williamson a une certaine expérience.

Juriste de profession – diplomé de l’université Tulane de la Nouvelle Orléans et procureur adjoint (assistant attorney) au tribunal de district de la Nouvelle Orléans – J. Clint Williamson est aussi un responsable du NSC. Il a été un procureur du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à la Haye (de 1994 à 2001) instruisant notamment les procédures contre “Arkan”, contre les auteurs du massacre de Vukovar ou contre Milosevic. Il devient ensuite directeur du département justice de la Minuk, la mission de l’ONU au Kosovo (fin 2001-2002). En 2003, il est à Bagdad (Iraq) comme premier conseiller du ministre irakien de la Justice. Puis il devient le directeur des opérations de stabilité au National Security Council (NSC) (2003-2006). A la fin de sa période au NSC, directeur des questions de sécurité et directeur des secours, de la stabilisation et du développement au NSC (1er semestre 2006), il occupe le poste d’assistant spécial (intérim) du président (G. Bush). Ambassadeur extraordinaire pour les questions de crimes de guerre de 2006 à 2009, il était jusqu’à présent expert auprès des Nations-Unies.

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Paul Garde : Yougoslavie 1990, une Europe un peu brouillonne

(BRUXELLES2) L’été est propice aux réflexions et aux mises en forme de notes rassemblées qu’on n’a pas eu le temps de rassembler. En août 2008, je m’étais entretenu assez longuement avec Paul Garde, Un historien, professeur de linguistique slave à l’université de Provence, spécialiste des Balkans, auteur notamment de “Vie et mort de la Yougoslavie” (Fayard, 1992 rééd. 2000) ou deFin de siècle dans les Balkans 1992-2000. Analyses et chroniques” (Odile Jacob, 2001). Son point de vue sur la génèse des guerres yougoslaves et les diverses implications européennes reste encore aujourd’hui pleinement d’actualité et ce retour dans l’histoire permet de comprendre le rôle joué par l’Europe dans une région qui reste le creuset de la politique étrangère et de défense de l’UE.

Comparer les années 1990 et 2010 ?

Il y a une assez grande différence entre aujourd’hui et hier. En 1990-1091, les différents pays de la Communauté européenne avaient des positions différentes et ont conservé durant quelque temps de grandes différences. Il était tout à fait illusoire de penser qu’il pouvait y avoir une politique européenne. On ne s’en est pas aperçu au début. (…) Et on ne prêtait pas attention à cette région. L’Allemagne, par exemple, n’a commencé à s’intéresser à la question qu’avec la guerre en Slovénie. Genscher (le Ministre des affaires étrangères de l’époque) en mission, a du se dérouter sur la Slovénie (voir Mémoires). C’est à ce moment qu’il a pris vraiment conscience du problème. Comme en période révolutionnaire, en 1991, les choses changeaient à une allure folle.

“Au début (guerre en Slovénie), ca a marché. Car les deux parties en cause avaient le même intérêt à se mettre rapidement d’accord. Aussitôt après, çà s’est déglingué

Mais il y a eu une réaction européenne ?

Oui. Au moment de la guerre en Slovénie, Jacques Poos a même dit « l’heure de l’Europe est arrivée ». Ca a marché car les deux parties en cause - la Slovénie et la Fédération yougoslave – avaient le même intérêt à se mettre rapidement d’accord, sur le dos de la Croatie d’ailleurs. L’intervention avait été décidée par la présidence yougoslave. Mais Milosevic avait reconnu qu’il avait intérêt à ce que la Slovénie s’en aille pour pouvoir écraser la Croatie. La plupart des grands pays européens sont grosso modo à peu près sur la même ligne. Il pourrait y avoir une politique européenne. Aussitôt après, çà s’est déglingué. En juillet 1991, les grands pays européens ont pris des positions opposées. Français et Britanniques se sont laissés entraîner par des préjugés datant de la guerre de 1914. Et (surtout) ils ont cru que la partie serbe agissait pour le maintien de la Yougoslavie. Alors que c’était tout le contraire. Milosevic voulait la destruction de la Yougoslavie. Ils n’ont pas vu, là, une agression. C’est le sens de la querelle entre Européens au second semestre 1991, Mitterand ayant ouvertement pris parti pour la Serbie tandis que L’Allemagne demandait reconnaissance de la Croatie. C’était un moment très, très dangereux. J’ai cru que l’Europe pouvait éclater. Ensuite, Mitterand, Major et Kohl ont compris qu’il était plus important de défendre une unité européenne, de reconnaître la Croatie, d’envoyer, fin 1991. Les décisions ont été efficaces dans une certaine mesure – avec un cessez-le-feu en Croatie – mais peu efficaces avec la guerre de Bosnie. On a alors retrouvé le même clivage. Et à nouveau, les pays européens ont pataugé.

Vous semblez sévère sur le rôle joué par Mitterand

Oui. Il y avait un aveuglement complet de Mitterand qui ne voyait pas l’agression et, de fait, encourageait l’agresseur. Fin novembre 1992, Mitterand rappelle à la Croatie sa participation au camp nazi pendant la guerre, pas la Serbie. Il y avait, côté français, un tropisme proserbe, un préjugé jacobin et une incompréhension pour tout ce qui est fédéralisme et une hostilité aux indépendances. Le remplacement de Mitterand par Chirac a été important. De même, que celui de Bush Père par Clinton. Ils ont fini par produire des décisions communes et décider d’une intervention commune pendant l’été 1995 – au bout de trois ans de guerre et de massacres – avec les accords de Dayton. Mais l’intervention décisive est venue des Etats-Unis (pas d’Europe). La Russie était alors hors jeu.

“L’Europe a eu pas mal d’initiatives
mais n’a pas réussi à se doter de moyens pour faire imposer sa volonté”

Finalement, le rôle des Européens … ?

L’Europe a eu pas mal d’initiatives mais n’a pas réussi à se doter de moyens pour faire imposer sa volonté. (…) Les pays européens ont beaucoup donné. Ils ont beaucoup fourni les troupes. Mais l’impulsion politique (et militaire) était américaine. En Bosnie-Herzégovine, c’est l’Amérique qui a joué un rôle essentiel. L’Europe a bien été sollicitée mais pour un rôle mineur : à Mostar. Toute la tactique a été menée par les USA, comme l’idée de réconcilier Croates et Bosniaques pour mieux lutter contre les Serbes. Et les exécutants civils étaient… Européens. Il y a toujours eu des gestionnaires européens. Cela a continué ensuite. En Bosnie et au Kosovo, tous les hauts représentants de l’Onu et administrateurs en chef étaient Européens. Mais ils agissaient sur mandat international. Avec une direction malgré tout américaine. Au Kosovo, en 1999, on assiste à la plus grande unanimité européenne. Chirac, Blair (qui a remplacé Major)… tous sont d’accord pour la guerre du Kosovo. La Russie ne comptait pas encore beaucoup, c’étaient les dernières années d’Eltsine. Le pays le plus réticent aurait été la Grèce. Les futurs membres (Roumanie et Bulgarie) ont accepté les décisions européennes – comme interdire aux Russes de survol du territoire – alors qu’ils auraient pu aider les Serbes.

Le jeu est-il le même ensuite ?

Fin des années 2010, les Etats-Unis sont empêtrés dans l’Irak (NB : et l’Afghanistan) et apparaissent impuissants. Alors qu’en 1990, ils apparaissaient avec l’Irak-Koweit, tout puissants. La Russie a repris du poil de la bête, avec Poutine, son jeu sur le gaz. La situation balkanique qui a conduit la guerre de 1914 – des grandes puissances opposées les unes aux autres avec chacune des clients balkaniques –, on a pu craindre un instant que çà se reforme, en 1991. Mais la cohésion européenne a été plus forte et le rôle américain restait fort. Cette configuration balkanique est en train de se reformer. L’UE et les USA sont embêtés car sur le plan local, on ne peut avoir qu’une solution, l’indépendance. Car on ne peut vraiment croire que le Kosovo redevienne sous la coupe de Serbie. Mais il y a une configuration internationale telle qu’ils craignent de proclamer cette indépendance, si la Russie - en train de redevenir une grande puissance – appuie la Serbie et conduit à la rendre plus intransigeante.

La carotte traditionnelle de l’Europe, celle de l’adhésion à l’UE, joue un rôle ?

Oui. Depuis 1995, et la fin de la guerre en Bosnie, l’Europe a joué un très grand rôle, à cause de ses projets d’élargissement. Depuis le début, tous les pays des Balkans n’avaient qu’un rêve, adhérer à l’Union européenne. L’Europe a posé des critères, notamment pour la collaboration avec le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Et les pays ont fait ce qu’ils ont pu pour se conformer aux critères. La Croatie, qui avait livré tous ses criminels sauf Gotovina, a ainsi subi l’interruption des négociations. Et Gotovina a été livré. Cela a été appliqué de façon brutale. Mais durant 10 ans, la volonté d’adhérer a été un des principaux atouts et leviers. Et cela continue encore un peu partout dans les Balkans. Mais on ne sait jamais. On a senti, coté serbe, certaines hésitations. La volonté, très forte un certain temps, a paru s’affaiblir. Il n’est pas sûr que la volonté d’adhérer à l’UE soit aussi forte, en particulier en Serbie. Ce risque d’affaiblissement est lié à la perte d’image des Occidentaux.

En Bosnie-Herzégovine, la situation reste plus difficile, vous croyez à un nouveau risque de conflit ?

Non. Le problème n’est pas militaire. Là depuis 1995, les troupes internationales sont présentes. Le statu quo est l’indépendance matériellement. Il est de fait indépendant et gardé par des troupes internationales. Franchement je ne crois pas au danger ou à un risque spécifique de guerre. Les gens en ont marre des aventures militaires. Le danger est la diplomatie russe (Abkhazie, Ossétie du sud, Transnistrie) au détriment Ukraine, Géorgie et Moldavie – et dans les Balkans avec la proclamation de la Republika Srbska. Mais elle pourrait cesser de participer aux instances communes. Ce qui poserait de sérieux problèmes diplomatiques.

“On n’a pas encore réussi à convaincre (et informer) les Serbes de toutes les horreurs
qui ont été commises en leur nom.”

Dans la politique d’élargissement, l’UE applique une politique trop rigoureuse, selon vous ?

Oui. L’UE devrait faire une entorse à certains de critères pour admettre autres Etats (Serbie, Albanie, Kosovo, Bosnie). Il faudra bien tôt ou tard que ces pays entrent. Mais il y a toutes sortes de problèmes : les réticences de certaines Etats (référendum en France), en Serbie, certains (radicaux) comme Kostunica défendent un rapprochement avec la Russie. On n’a pas encore réussi à convaincre (et informer) les Serbes de toutes les horreurs qui ont été commises en leur nom.

(entretien réalisé en août 2008)

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