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Le gouvernement polonais met au pas ses ‘Services’ (v2)

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(B2) Une polémique a éclaté en Pologne autour du centre d’excellence de l’OTAN (1) sur le contre-espionnage qui devait être inauguré prochainement. Piotr Bączek le nouveau chef du Service de contre-espionnage militaire, a « annulé la réunion inaugurale des représentants de 9 pays signataires (2) » écrit le quotidien Gazeta Wyborcza.

Le centre d’excellence de l’OTAN ralenti

« L’arrivée des responsables du renseignement polonais en Slovaquie et l’assistance technique du SKW (le service polonais de contre-espionnage) ont été stoppées ». Un ralentissement plutôt qu’un arrêt. Mais même cela est démenti au ministère de la Défense. « Le lancement du projet du Centre sera mis en œuvre conformément au calendrier convenu » a déclaré son porte-parole Bartłomiej Miśkiewicz.

Accusé de communication avec l’ennemi… américain !

Le gouvernement semble avoir lancé une opération de limogeage de certains responsables nommés sous l’ancien gouvernement de la Plate-forme civique. Et plus généralement une sorte de politique de lustration de plusieurs responsables militaires — Le chef de ce centre, Józef Dusza, a fait ainsi l’objet d’une procédure disciplinaire pour « entente avec des services étrangers »… Une disposition utilisée en général en cas de communication interdite. En fait de communication avec d’autres, il s’agit des services… américains selon Radio Zet !

Une remise au pas ?

Cet épisode ne semble pas être un épiphénomène. Le gouvernement et, en particulier, son ministre de la Défense, Antoni Macierewicz, entendent rouvrir le dossier du crash de Smolensk. Pour le PiS revenu au pouvoir le crash du Tupolev 154 le 10 avril 2010, alors qu’il transportait une délégation officielle conduite par le président Lech Kaczyński vers Katyń, ceci n’est pas due aux multiples causes avancées (brouillard, erreur de pilotage, mauvaise compréhension avec la tour de contrôle, etc.) (3). Mais il pointe la responsabilité russe dans le crash de l’avion présidentiel, dénonçant un complot et une enquête bâclée.

Un screening des militaires

Chacun des responsables du renseignement est aujourd’hui testé pour savoir quelle version il défend. Ce screening a pour but de purger certains éléments jugés trop indépendants vis-à-vis du nouveau pouvoir. Ce dispositif qui touche aussi certains gradés de l’armée ressemble assez à la lustration entreprise après la chute du pouvoir communiste. Et cette politique ne se limite pas au niveau militaire. Elle est à rapprocher de la nomination de plusieurs juges au Tribunal constitutionnel pour éviter de voir ce Tribunal être trop opposé à certains décisions gouvernementales. C’est une véritable reprise en main du pouvoir qu’opère ainsi la Première ministre Beata Szydło.

(maj) L’affaire s’est corsée dans la nuit de jeudi à vendredi (18 décembre). Potr Bączek chef du SKW et le chef de cabinet du ministère de la Défense Bartłomiej Misiewicz, sont arrivés dans le Centre de contre-espionnage de l’OTAN à 1h30, avec l’aide de la police militaire. Bączek a demandé à la police militaire d’ouvrir les locaux appartenant également au personnel international, notamment au personnel slovaque. La police militaire a refusé d’agir. Quand le chef du Centre, Józef Dusza, est arrivé sur les lieux une demi-heure plus tard, les politiciens lui ont refusé l’entrée…

(NGV)

(1) Ce centre d’excellence n’est pas (malgré son nom) une structure de l’OTAN (bénéficiant donc de la protection internationale) mais un centre national d’expertise (avec des contributions d’autres pays) qui bénéficie d’un label de qualité de l’OTAN

(2) La Pologne et la Slovaquie sont les initiateurs de ce centre qui rassemble 7 autres pays (rép. Tchèque, Allemagne, Hongrie, Italie, Lituanie, Roumanie, Slovénie et Croatie).

(3) Lire :

Smolensk, deux ans après: nouvelles preuves contre la version russe.

(B2) Le crash de Smolensk, qui avait tué le président Lech Kaczyński et décimé le gouvernement, l’administration et l’Etat Major polonais le 10 avril 2010, a fait l’objet d’une nouvelle audience publique au Parlement Européen ce mercredi 28 mars, deux ans après ce qui est présenté comme le plus grand « scandale » de l’aviation depuis la Seconde Guerre Mondiale. « Le crash de Smolensk: la vérité rejetée », c’est le titre explicite de l’événement organisé par la délégation du parti Droit et Justice (PiS, membre du groupe politique « European Conservatives and Reformists »)) et par l’association des familles des victimes (Katyn 2010 Families’ Association).

La responsabilité russe

Des experts polonais et américains ont apporté de nouvelles preuves, scientifiques et légales, montrant que les enquêtes officielles, russe ou polonaise, sont incomplètes ou plutôt faussées intentionnellement. Les conclusions présentées par ces experts, ainsi que par le PiS ou l’association des familles des victimes, sont radicalement différentes de la version officielle de « l’erreur des pilotes ». Selon eux, la responsabilité est directement russe, et le gouvernement polonais de Donald Tusk serait coupable d’accepter la version russe pour ne pas « fâcher » le grand voisin. Les russes auraient délibérément tenté d’empêché l’avion du président Kaczynski d’atterrir, sans pour autant préméditer le crash. Cette version est corroborée par les mails révélés par Wikileaks début mars.

Un arbre qui couperait l’aile en deux ? Improbable selon les experts.

Un point en particulier, pilier de l’argumentation du MAK (Commission Inter-étatique d’Aviation russe qui a mené l’enquête officielle pour Moscou), a été passé au crible d’études scientifiques. Selon le rapport du MAK, l’aile gauche du Tupolev 154M aurait percuté un arbre, ce qui aurait coupé l’aile en deux et provoqué le démantèlement du reste de la coque. Or, selon les experts, une telle chose est impossible: c’est au contraire l’aile qui aurait découpé l’arbre. Les dommages à terre et sur le fragment de l’aile correspondent d’ailleurs à une vitesse bien moindre que celle qu’aurait dû avoir l’avion aux environs du-dit arbre. L’aile s’est détachée environ 70 mètres après. Ce sont « deux explosions avant le crash » qui auraient provoqué le renversement et le démantèlement de la coque.

Des enquêtes officielles contrôlées par le pouvoir politique

En ce qui concerne les éléments plus « légaux », ce sont les conflits d’intérêts et le manque d’indépendance des enquêtes officielles qui sont dénoncées.

(MD)

NB : des éléments à prendre de façon très prudente. La nature des experts comme l’orientation politique de Droit et justice (PiS) ne permet pas de donner à cette enquête le label d’objectivité nécessaire que cela nécessite.

(NGV)

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