Le delirium tremens du Daily express sur la participation britannique aux projets de défense européenne

(B2) De temps en temps, il faut lire la presse britannique populaire sur l’Europe. C’est un moment où on peut hésiter entre le fou rire et l’ébahissement devant autant de contre-vérités, de mauvaise foi et de vrais mensonges. La dernière livraison du Daily Express est, en la matière, un exemple.

Sous le titre « EU Army outrage as British troops risk being forced into EU defence force after Brexit », il se livre à une féroce attaque sur les dispositions figurant dans l’accord (sur le Brexit en matière de défense. En grande partie totalement fausse.

Que dit le quotidien populaire ?

« At present, the divorce deal promises to keep the UK linked to a series of EU military structures including the European Defence Fund, the European Defence Agency and Permanent Structured Cooperation (PESCO). »

« Britain could be forced to pay billions of pounds into EU defence projects and contribute troops and other military assets to Brussels defence units as a result. »

Étonnant ! D’une part les dispositions en cause — qui figurent dans la déclaration politique signée avec le Royaume-Uni — remontent tout de même à quasiment un an. Les spécialistes du ‘European Research Group‘, un think-tank férocement anti-UE, dirigé par l’ancien ministre Steve Baker, semblent venir de les découvrir. D’autre part il y a une série de confusions, voire de fausses informations.

Six confusions voire informations fausses

1° Le Fonds européen de défense comme la coopération structurée permanente sont des dispositifs plutôt que des structures au sens militaire du terme.

2° Toutes ces initiatives ont une incidence capacitaire, pas opérationnelle en soi. Cela n’entraîne aucune mise à disposition de troupes.

3° Les projets capacitaires ne sont pas des projets de l’UE en soi, ce sont des projets initiés, contrôlés, gérés par les États membres.

4° Cela reste toujours basé sur le volontariat comme toutes les initiatives de défense. Le Royaume-Uni pourra toujours choisir de payer.

5° Globalement, c’est à l’avantage du Royaume-Uni, et de l’industrie britannique en particulier qui pourraient continuer à coopérer avec des entreprises européennes, voire bénéficier de financements européens pour des projets nationaux.

6° C’est une demande expresse des Britanniques qui se ‘roulent par terre’ pour garder un pied dans ces initiatives récemment mises en place comme le Fonds européen de défense ou la coopération structurée permanente, et dans celle plus ancienne de l’Agence européenne de défense.

Pas de contribution britannique de plusieurs milliards

Quant à la facture à payer, on est dans le grand n’importe quoi. Si on prenait l’information au pied de la lettre, le Royaume-Uni était forcé de payer des milliards £ pour les projets de la défense, au ratio du poids britannique dans le PiB cela signifierait que la défense européenne a un budget de plusieurs dizaines de milliards € par an. On n’est plus dans l’imagination, on est dans le mensonge voire le délire total. S’il y a une facture à payer par le Royaume-Uni pour ces projets capacitaires, ce serait de l’ordre de quelques millions d’euros, et non pas pour des projets européens, mais des projets nationaux. C’est le budget européen qui contribue aux projets des États membres et non l’inverse.

Pas de contribution militaire sans décision souveraine britannique

Enfin sur la contribution opérationnelle britannique, ce n’est pas dans le cadre de l’agence européenne de défense qu’elle s’exerce, mais dans le cadre des opérations de la PSDC. Et là encore, la décision se fait ‘au cas par cas’, sur décision totalement souveraine du Royaume-Uni (avec l’information et/ou l’autorisation du Parlement britannique) et peut être retirée à tout moment.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Les Premiers entretiens de la défense européenne. Il est temps de s’inscrire

(B2) Les « Premiers entretiens de la défense européenne » auront lieu vendredi 1er juin (de 10h à 18h) à l’université Panthéon Sorbonne. Un évènement organisé par les universités de Paris I et de Grenoble (1), avec quelques autres (2), et auquel B2 participe…

Le principe de ces « Premiers entretiens » est simple : pas de blabla, des interlocuteurs qui sont au cœur des faits et des initiatives et peuvent décrire par le menu, le contenu, les enjeux, les difficultés, de façon claire, franche, en évitant deux écueils : d’un côté, l’optimisme béat (« tout va bien, une révolution est en train de se produire »), de l’autre la critique ou le défaitisme permanents (« ça ne sert à rien, ça ne marchera jamais, les Européens sont des incapables »).

La matinée sera consacrée à dresser un état des lieux des trois principales innovations en matière de défense européenne : la coopération structurée permanente (la fameuse PESCO) avec Frédéric Mauro (avocat, GRIP), l’Examen annuel coordonné de défense (le CARD) avec Fabienne Coulomb (Sciences-Po Grenoble), le Fonds européen de défense, avec Anne Fort (DG GROW, Commission européenne).

Vous sortirez de cette matinée nourri des principales données pour aller vous égayer dans le quartier latin, manger un morceau, faire une photo souvenir, et continuer de deviser.

L’après-midi permettra de tracer les grandes perspectives susceptibles de donner corps à une défense intégrée : premièrement, la recherche et les capacités intégrées, avec Françoise Grossetête (eurodéputée et rapporteur sur le programme de développement industriel de la défense européenne ou EDIDP pour les intimes), Stéphane Abrial (Safran), Jean-Youri Marty (Agence européenne de la défense) et  sous la houlette de Federico Santopinto (GRIP) ; deuxièmement, le marché des équipements militaires avec Joël Barre (DGA), Antoine Bouvier (MBDA), Pierre Delsaux (DG GROW, Commission européenne), animé par Edouard Simon (Confrontations).

Enfin, nous ferons un petit ‘Retex’ des ‘grosses’ opérations de la PSDC pour en tirer une leçon à l’ère du Brexit (avec votre serviteur) et quelques anciens des missions et opérations européennes (les noms sont encore en attente de confirmation) : le général de Kermabon (EULEX Kosovo), le général Ponties (EUFOR RCA) et le VAE Labonne (EUNAVFOR Atalanta).

Avant d’accueillir… un invité surprise, à moins qu’il (ou elle) ne choisisse de faire l’introduction… Et de nous en aller prendre un petit rafraichissement mérité.

Pour s’inscrire, c’est ici

(avant le 31 mai 2018 – dans la limite des places disponibles)

(NB : n’oubliez pas le sésame : la pièce d’identité – contrôle à l’entrée)

(1) L’Institut de recherche en droit international et européen de la Sorbonne (IREDIES, École de droit de la Sorbonne)  et le Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE, Sciences-Po Grenoble)

(2) l’association des anciens auditeurs du Master « Stratégies industrielles et politiques publiques de défense » (MSIPPD, Paris 1), Confrontations Europe, Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP, Bruxelles) et Institut d’études de la Guerre et de la Paix (IEGP, Paris 1)

La Coopération structurée permanente prend son élan. Les projets sélectionnés

La liste qui sera approuvée par les États membres ne devrait pas comporter de grand projet industriel comme l’A400M mais compte néanmoins quelques projets utiles au plan opérationnel comme capacitaire (crédit : DICOD / EMA – Archives B2 – l’arrivée du 12e A400M baptisée par les lances à incendie de la BA d’Orléans)

(B2 – EXCLUSIF) Le 11 décembre prochain, entre 23 et 25 gouvernements de l’Union européenne (1) devraient mettre leur signature au bas d’une décision destinée à lancer la « Coopération structurée permanente » (CSP ou PESCO en abrégé). Autrement dit « l’Union européenne de sécurité et de défense » (2).

Cet acte, essentiellement politique – une union plus étroite en matière de défense avec l’engagement de faire davantage – va s’accompagner du lancement d’une quinzaine de projets capacitaires ou opérationnels, visant à renforcer la capacité des pays européens à agir de façon coordonnée (soit au sein de l’UE, soit au sein de l’OTAN, soit en multinational).

Une liste intéressante…

B2 a obtenu, en avant-première, la liste de ces projets, qui est à regarder avec attention. On n’y retrouve pas les projets actuels déjà lancés en multinational (satellite gouvernemental, ravitailleurs en vol, drone MALE) ou en binational (avion de combat franco-allemand, coopération navale belgo-néerlandaise ou terrestre germano-néerlandaise). Mais, il n’y a pas – comme on pouvait le craindre – que des projets « trop techno » ou d’une envergure réduite, qui n’auraient sans doute pas permis d’illustrer le coté « avant-garde » de la PESCO.

Quelques renforcements opérationnels

Certes ce n’est pas la révolution. Et il faut vraiment avoir l’esprit relativement tordu pour y voir les prémices potentiels de l’armée européenne. Mais on peut noter dans cette liste quelques projets particulièrement ambitieux d’un point de vue opérationnel : le commandement médical européen — qui pourrait être aux services de santé ce qu’est EATC pour l’aviation de transport — et le hub logistique (3), le dispositif de réaction de crises (CROC) ou de soutien aux secours de catastrophes.

… un zeste de partenariat

Un projet est particulièrement emblématique de la coopération civilo-militaire UE-OTAN puisqu’il figure à la fois sur la liste des projets PESCO et sur celle adoptée aujourd’hui des projets de coopération OTAN-UE, et qu’ils implique tant les États que les institutions européennes (Commission et Agence européenne de défense) : la mobilité militaire ou la création d’un espace Schengen militaire. Il fait, en effet, davantage intervenir des aspects réglementaires, économiques ou politiques que proprement techniques ou militaires (4).

… et une pincée de capacitaire

Au plan capacitaire, les projets de véhicules blindés, de drones sous-marins ou d’équipes cyber de réaction rapide peuvent être particulièrement remarqués.

Une liste encore à ajuster

A noter : les noms définitifs des projets comme les pays participants à tous les projets doivent encore être précisés.  De même, cette liste pourrait être allongée. En fait, elle comporte 19 projets dont certains (logistique et formation en particulier) ont vocation (ou non) à être regroupés. La liste publiée ci-jointe est extraite de l’article publié en avant-première sur le site de B2 Pro

NB : Une liste amendée a été adoptée par les experts des Etats membres, lire : La PESCO comportera 17 projets. La liste définitive

 

(Nicolas Gros-Verheyde)

NDLR : En cas de citation ou reprise partielle de cet article, merci de référencer B2 ou Bruxelles2 + le lien internet (obligatoire pour les sites web). Attention ! Toute reproduction de cet article qui dépasse le droit de citation est interdite sans autorisation préalable et expresse.

(1) 23 Etats membres ont déjà signé la notification commune, les gouvernements portugais et irlandais ont indiqué leur intention de rejoindre cette notification mais ils doivent encore obtenir l’accord de leur parlement respectif. De fait, tous les pays de l’Union européenne excepté le Danemark (en raison de son opt-out juridique), le Royaume-Uni (du fait du Brexit) et Malte auront ainsi marqué leur désir de faire partie de cette « union plus étroite » en matière de défense.

(2) Comme ses initiateurs l’avaient appelé dans les années 2000 (lire : L’Europe est capable de nous surprendre. Juncker) et comme continuent de l’appeler (à juste titre) différents responsables politiques tels J.-.C. Juncker l’actuel président de la Commission européenne, ou Ursula von der Leyen (lire : « Nous devons mettre les cartes sur table, penser et agir en Européens » (Ursula von der Leyen).

(3) Deux projets qui figuraient déjà dans la lettre franco-allemande signée à l’été 2016 par les ministres français (Jean-Yves Le Drian) et allemand (Ursula Von der Leyen)

(4) Sur ce point, lire :

Mis à jour : le 7.12 sur la mobilité militaire et le nombre exact de projets

La PESCO, le nouveau projet européen de défense va voir le jour (V2)

Les Européens se saisissent du manche… Ils déclenchent le projet de Coopération structurée permanente (crédit : Marine FR / DICOD / EMA)

(B2) Plus d’une vingtaine d’États membres, par l’intermédiaire de leurs ministres des Affaires étrangères et/ou de la Défense, doivent apposer, lundi (13 novembre), leur signature sur un document. La première pierre à une nouvelle coopération au sein de l’Union européenne, la « coopération structurée permanente » en matière de défense.

La date est symbolique : tout juste deux ans après les attentats de Paris (Bataclan, terrasses, Saint-Denis) qui ont entraîné le déclenchement (pour la première fois de la courte histoire européenne) de la clause d’assistance mutuelle (article 42.7). Mais il ne s’agit pas en soi du « vrai » lancement : celui-ci devrait avoir lieu à la mi-décembre, lors d’un autre Conseil de l’UE.

A la pêche aux bonnes volontés

Cette coopération est plus connue sous son acronyme anglais « PESCO » (que sous son acronyme français « CSP ») qui a l’avantage de la simplicité. Un mot qui signifie aussi « je pêche » en espagnol. Ce qui n’est pas tout à fait éloigné en fait du processus engagé. Les Européens lancent le filet… Et on verra bien ce qu’on récoltera. Certains savent qu’ils veulent récolter du poisson, d’autres ont juste pour envie d’être à bord du bateau de pêche, d’autres sont les armateurs.

 

 

Combien de pays exactement participeront ?

Une vingtaine tout de suite (23 normalement d’après notre dernier décompte, effectué aux meilleures sources) et sans doute 24 ou 25 pays d’ici décembre (1). C’est-à-dire quasiment tout le monde sauf le Danemark (exclu par un opt-out datant du traité de Maastricht), le Royaume-Uni (pour cause de Brexit) et Malte (par manque de volonté). On est, en fait, assez loin, ainsi de la vision française (et de l’idée de départ des concepteurs de cette Coopération) : un noyau dur, organisé, structuré pour les opérations les plus ambitieuses possibles. On est plus proche, en fait, de l’idée allemande d’un rapprochement politique, progressif, à vitesses variables, avec des « nations cadres ». Mais, au final, l’important est de sortir ce « truc » de l’ornière où il avait été laissé depuis la fin des années 2000.

Que signifie cette coopération ?

Tous les mots ont leur importance. Ce n’est pas juste un projet de coopération « renforcée ». Il s’agit d’une coopération « structurée » et « permanente », à l’image de ce qui s’est fait pour la zone Euro et l’Union économique et monétaire. Une Eurozone de la Défense en quelque sorte.

A quoi s’engagent les signataires ?

Les Etats membres qui participent ne s’engagent pas en soi à dépenser davantage pour la défense mais surtout à dépenser mieux et en évitant les duplications. Ils vont s’engager ainsi à consacrer un peu plus d’argent de leur budget défense aux équipements (20% au minimum de leur budget défense) et au développement technologique (2% au minimum de leur budget défense). Ils vont s’engager, aussi et surtout, à travailler davantage en coopération, sur différents projets industriels, capacitaires ou opérationnels. Ils s’engageront enfin à fournir hommes et équipements pour les missions ou opérations décidées en commun, à améliorer la disponibilité de leurs forces, voire à accélérer leurs procédures internes de décision.

Que vont faire, concrètement, les pays participants ?

Les pays participants s’engagent aussi à participer à un ou deux projets « structurants », de nature capacitaire (industrielle) ou opérationnelle. Une cinquantaine de projets ont été présentés. Certains font doublon ou ne sont pas très originaux (et consistent à (re)présenter un projet déjà mené en bilatéral ou multilatéral). Ces projets doivent d’abord être évalués selon une grille de notation définie par l’Agence européenne de défense et l’état-major de l’UE. Une décision sera prise sur la nature des projets menés en décembre (ou en janvier au plus tard). Au final, seule une dizaine de projets pourraient être retenus (selon nos informations).

Quels pourraient être les projets menés au sein de la PESCO ?

On pourrait très bien retrouver des projets de nature capacitaire ou industrielle — le drone européen de surveillance MALE (moyenne altitude longue distance), le futur avion de combat, les avions ravitailleurs en vol, les satellites –, opérationnelle — des unités communes de cyberdéfense, un commandement coordonné pour le soutien médical (hopital de campagne, évacuation médicale MEDEVAC), un hub logistique, une force d’entrée en premier, etc. — ou humaine — l’Erasmus militaire ou la formation commune des officiers –.

Est-ce le début d’une force européenne ?

Non. Pas en soi. Mais cela ne l’interdit pas… On pourrait très bien concevoir des projets visant à intégrer complètement certaines forces de plusieurs pays dans un secteur, selon plusieurs étapes s’étalant sur une dizaine voire une vingtaine d’années. Le projet de « soutien médical » pourrait avoir cette ambition, de même que l’idée présentée par Emmanuel Macron d’une « initiative européenne d’intervention ».

Quel est l’intérêt réel de cette PESCO ?

L’important est la planification en commun. Un dispositif appelé (CARD = revue annuelle coordonnée de défense) va permettre aux États de confronter leurs besoins, leurs carences, les équipements envisagés et leur financement (programmé ou non). A partir de là… on essaiera de rapprocher les « plannings » pour arriver à une planification en commun, en tentant de combler les lacunes existantes, en lançant des programmes en commun, voire des acquisitions en commun…

Comment va être contrôlé ce dispositif ?

On est dans un cadre politique essentiellement. Mais le dispositif n’est pas aussi lâche qu’on pourrait le penser. Chaque pays va être tenu de rédiger un plan de mise en œuvre, avant même le lancement officiel de la Coopération. Ce plan sera évalué par les services européens (l’état-major de l’Union, pour l’aspect opérationnel, et l’Agence européenne de la défense, pour l’aspect capacitaire) donnant lieu à une recommandation de la Haute représentante, et décision finale des États membres. Cette procédure sera ensuite répétée tous les ans, avec une évaluation commune.

 

Un État participant pourra-t-il être exclu ?

Pas exclu en soi … mais suspendu. Cette procédure est prévue expressément par le Traité. Si un État « n’est plus  en mesure de remplir ces engagements, une procédure est prévue », comme l’explique un expert du dossier. « A la majorité qualifiée, les États participants peuvent décider après certaines étapes, que cet État ne participera plus ». Toutes proportions gardées, on n’est pas loin de ce qui se passe pour la Zone Euro.

Au final… un jour historique ou une simple étape

Certains qualifieront sans doute ce jour « historique » (2). Ce n’est pas le cas. Le dispositif de Coopération structurée permanente aurait dû être mis en œuvre dès la mise en place du Traité de Lisbonne, il y a presque dix ans (1er décembre 2009). Il s’agit donc plutôt d’une « étape », une étape nécessaire, primordiale, cruciale. L’Europe est en train de passer la première vitesse d’un dispositif appelé à grandir. Pour prendre une image plus maritime, le navire « Europe de la Défense » qui restait amarré dans le port, à l’abri des digues et des vagues fortes, détache les amarres pour aller voguer au large.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) (mis à jour) Ce chiffre a été porté à 25 définitivement le 7 décembre avec la confirmation de l’Irlande et du Portugal. Lire : Une PESCO à 25

(2) On a la qualification facile de l’histoire au niveau institutionnel européen, et ce terme est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien dire. Pour B2, il y a des jours historiques (la chute du mur de Berlin, ou l’accord de paix en Colombie). On n’en est pas encore là. Mais il y a assurément une sérieuse prise de conscience.

Lire sur le Blog :

Et sur B2 Pro (pour nos adhérents et abonnés)

Notre dossier : N°52. Le paquet défense 2017. Un nouveau cycle démarre

Et notre suite chronologique historique :

Mis à jour le 8.12

Une coopération structurée permanente plus politique que militaire ?

Concevoir un drone européen au lieu d’acheter des drones américains, un des projets phares qui pourrait être confié à la PESCO (crédit : DICOD / EMA)

(B2) Avoir une coopération plus étroite en matière de défense entre des pays européens est un vieux projet qui pourrait finalement voir le jour, mais au prix d’un certain dévoiement de l’esprit d’origine. Dénommé tantôt par son objectif politique — « Union européenne de sécurité et de défense » – ou par sa terminologie plus juridique – « Coopération structurée permanente » – c’est un réel enjeu aujourd’hui pour les Européens que les Français sous-estiment.

La magie salvatrice est illusoire

Croire cependant qu’un tel regroupement pourrait faire naître, par une magie salvatrice, une volonté commune là où il n’y a que des volontés éparpillées, risque d’être une illusion dangereuse. Il ne faut pas envisager cette proposition comme une finalité en soi mais plutôt comme un processus, à plusieurs niveaux.

Une coopération structurée, politique

Premièrement, on aurait un premier noyau regroupant les pays les plus engagés, sur le moyen et long terme. Cette « Coopération structurée permanente » ne serait pas un noyau dur, au sens historique où les Français l’entendent, mais une Union politique, décisionnelle, une sorte d’Eurozone de la défense.

Des coopérations renforcées ad hoc

Au deuxième niveau, on aura des regroupements de certains pays par projet capacitaire (cyber, maritime, renseignement, satellites, etc.) ou par projet opérationnel (réaction de crises). Il ne s’agit pas simplement de modules optionnels, mais d’une vraie gestion des projets, de façon organisée, politique et financière. Une sorte de « coopération renforcée » ad hoc (un dispositif non prévu par le traité) (1).

Un noyau dur informel

Certains de ses projets auront un coté « mou ». D’autres seront plus durs, comme le projet mené par la France d’une capacité de réaction en cas de crise (CROC). De fait, le « noyau dur » de la défense sera créé à l’intérieur de cette Coopération renforcée, autour de certains projets : le futur système aérien (avion ou drone) de combat et cette CROC (menée par le couple franco-allemand, italien et espagnol) . Ces deux projets, comme les membres qui le composent, vont devenir, de fait, le noyau dur de la coopération de défense. A l’intérieur de la Coopération il y aurait ainsi comme une PESCO à plusieurs vitesses. Un procédé qui peut ne pas être séduisant d’un point de vue intellectuel mais été le seul moyen trouvé par les concepteurs et négociateurs de la PESCO pour concilier l’ambition et l’inclusivité nécessaires (1).

Ce qui manque

A ce dispositif, qui est en passe d’être mis en place (d’ici la fin de l’année), on pourrait imaginer d’ajouter certains éléments qui pourraient être utiles pour l’Europe de la défense.

Organiser l’avant garde

Premièrement, il faut d’emblée permettre l’action des « plus audacieux », de pouvoir mener des missions/opérations et d’agir au nom de tous ; ce qu’on appelle en jargon européen, l’article 44, du nom de l’article du Traité, doit être théorisé, planifié, pour que la notion d’avant-garde opérationnelle devienne, là, réalité.

Inventer des systèmes financiers

Deuxièmement, il faut des financements. Le fonds européen de la défense proposé par la Commission couvre le volet de recherche et industriel. Il ne suffit pas pour le volet opérationnel ou d’acquisitions. Il faut mettre en place le Fonds de lancement, dispositif prévu par le Traité jamais mis en œuvre (pour les opérations), voire un système de prêts-assistance pour les acquisitions, une sorte de FMS européen ? ou un trust fund permettant de rassembler des fonds nationaux et européens.

Un dispositif politique de réaction de crise

Troisièmement, il faut réorganiser les structures européennes et avoir un dispositif politique de réaction à la crise. Car ce qui fait défaut à l’Europe, ce ne sont pas les moyens vraiment, c’est le niveau politique d’anticipation et de gestion de crise. Il s’agit d’éviter de répéter l’erreur de la signature du traité d’association avec l’Ukraine où, naïvement, les Européens ont sous-estimé la réaction russe possible. Cela suppose d’avoir une sorte de conseil européen de sécurité, un « cobra » européen, rassemblant selon les crises (terrorisme, menace extérieure, catastrophe humaine, etc.) les responsables européens les plus adéquats (lire : Face au terrorisme, la réponse européenne trop lente). Il faudra aussi doter la Commission d’une task force défense apte à assurer le dialogue sur toutes les questions de défense comme le cabinet de la Vice présidente/Haute représentante d’un mini cabinet militaire (un attaché de défense et son assistant). La question de mettre en place des assistants sur la politique de défense et de sécurité, de haut niveau politique, aptes par exemple à présider les conseils de défense ou l’agence européenne de défense au nom de la Haute représentante doit désormais être examinée sérieusement.

Rompre la quadrature du cercle

C’est cet ensemble – coopération structurée et noyau dur de la PESCO, fonds défense et fonds de lancement, conseil de sécurité européen et DG Défense – qui feront la force de l’Europe de défense demain. C’est cette organisation qui permettra de rompre la quadrature du cercle d’une Europe de la défense trop souvent déclarative et pas assez agissante. 

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La « coopération renforcée » selon le Traité nécessite de trouver neuf pays, ce qui peut être beaucoup pour mener une « vraie » intégration dans un projet ambitieux.

(2) On peut rappeler que si le critère d’inclusivité n’est pas expressément inscrit dans les critères du Traité, la mise en place de la Coopération structurée permanente nécessite une majorité qualifiée, donc d’un large nombre de pays (au moins 15).

Lire notre fiche : La Coopération structurée permanente (CSP), expliquée

et l’excellente étude réalisée pour le Parlement européen par F. Mauro et F. Santopinto (Grip) qui fait un tour d’horizon très intéressant.

Lire aussi :

La coopération structurée permanente à portée de main

Déplacement présidentiel à Bucarest d’Emmanuel Macron (crédit : Elysée)

(B2 – exclusif) La tournée du président français Emmanuel Macron en Europe centrale (Salzburg mercredi pour une rencontre en format ‘Austerlitz’, Bucarest jeudi et Varna vendredi) a été fortement marquée par la volonté de réformer la directive sur le détachement des travailleurs et le dumping social.

Un affichage également nécessaire sur le plan intérieur, alors qu’une réforme du droit du travail, sujet sensible, est entamée en France. Mais elle avait aussi des enjeux, plus discrets, et non moins important : la coopération européenne en matière de défense. La rencontre avec les dirigeants tchèque, slovaque et autrichien, puis roumain et bulgare ont permis d’engranger certains résultats, d’abord de coopération entre les entreprises de défense (en Roumanie, lire : Airbus et MBDA confortent leurs liens avec la Roumanie. Une intégration pour l’Europe de la défense) mais aussi pour mettre en place la coopération structurée permanente.

Selon notre propre analyse, réalisée à partir des déclarations publiques et des informations recueillies par B2, le nombre de pays nécessaires pour déclencher la coopération structurée permanente est désormais proche du seuil nécessaire de la majorité qualifiée, voire au-dessus (avec la neutralité bienveillante d’autres pays).

Ce qui va permettre de passer à l’étape supérieure. Le Quatuor européen – formé de Emmanuel Macron (France), Angela Merkel (Allemagne), Paolo Gentiloni (Italie), Mariano Rajoy (Espagne) – pourrait ainsi passer prochainement à l’étape supérieure : notifier à la haute représentante leur intention de déclencher cette forme spécifique de coopération mise en place par le Traité de Lisbonne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Les 19 principes de la Coopération structurée permanente approuvés par au moins huit pays. Détails

 

Le couple franco-allemand condamné à réussir

Les ministres de l’Économie français et allemand, Bruno Le Maire et Wolfgang Schaüble en conciliabule bilatéral (© NGV / B2)

(B2) Le couple franco-allemand est redevenu l’alpha et l’oméga de la politique européenne de la France. Ce Sommet franco-allemand à Paris pourrait en être la preuve.

Les dirigeants français et allemands, flanqués d’une dizaine de leurs ministres, se retrouvent ce jeudi (13 juillet) à l’Elysée pour une réunion qui est destiné à devenir un rituel plus affirmé dans les années à venir. Du moins, c’est la volonté affichée à l’Elysée par l’entourage d’Emmanuel Macron, mais aussi à Berlin où on espère une position plus engagée, française, sur l’Europe.

Une réunion en plusieurs formats

Cette réunion, assez courte dans la durée, une grosse matinée, comportait une succession de séquences alternant rencontres bilatérales entre chaque ministre français avec son homologue outre-rhin, des réunions de travail des dirigeants, des visites symboliques, notamment à l’Espace « Paris Jeunes », autour de trois thèmes principaux : la sécurité et la défense, l’économie et l’innovation, la jeunesse et la culture.

Un deuxième pas pour la PESCO

Une réunion du Conseil franco-allemand de la sécurité et de la défense, présidée au plus haut niveau, était prévue, pour acter l’engagement de Paris et Berlin dans la création d’une Coopération structurée permanente, version plus technocratique du projet d’Union européenne de sécurité et de défense. Avec l’adoption d’une première feuille de route. Ce qui constitue un deuxième pas avec la déclaration d’intention affichée au dernier sommet européen. Et les deux dirigeants entendent bien porter sur les fonts baptismaux, l’Alliance pour le Sahel, symbole de la volonté déterminée à Paris comme à Berlin, de stabiliser une zone pleine d’enjeux pour la France comme l’Allemagne, que ce soit en termes de terrorisme, d’immigration mais aussi de développement économique (lire : Paris et Berlin lancent une Alliance pour le Sahel).

Pas de révolution, mais des premiers pas … en matière de défense

 

De cette réunion au sommet, il ne faut cependant pas attendre de décisions révolutionnaires que ce soit sur le renforcement de la Zone Euro – une promesse de campagne du candidat Macron – ou la création d’une Union européenne de la défense et de sécurité – un projet auquel l’Allemagne tient. Ces décisions, particulièrement complexes, nécessite de « prendre du temps » explique-t-on à l’Elysée. Et le principe de réalité oblige à attendre la fin des élections allemandes, c’est-à-dire jusqu’à fin septembre. Mais ce sommet de l’Elysée se veut révélateur d’une impatience, tout autant française qu’allemande, de voir l’axe Paris-Berlin revivifié, de le voir retrouver toute sa pertinence. « On a travaillé, vraiment, de concert » est le motto français. Un leitmotiv qui n’est pas uniquement de l’ordre de l’opération de com’ (malgré les apparences).

La France a envie, l’Allemagne a besoin

Tout pousse aujourd’hui à un réel engagement de part et d’autre du Rhin. La France a retrouvé un rôle de leader convaincu et convainquant sur le plan européen. Emmanuel Macron n’a pas la timidité, le côté pusillanime, qui caractérisait son prédécesseur, François Hollande, sur les questions européennes. L’Allemagne a besoin d’un allié fort et constant à ses côtés. L’Europe « trop allemande », tant décriée – chacun le sait – tenait surtout à une France qui ne tenait pas son rang. Ses positions, en accordéon — un jour je t’aime, un jour je te critique – ne passaient pas en Allemagne. La politique allemande, la Chancelière surtout, préfère une Europe structurée, qui avance de façon affirmée, selon un rythme déterminé.

Une lune favorable

Enfin, Paris et Berlin bénéficient d’une « lune favorable ». Après septembre, les deux gouvernements auront une période de presque deux ans sans élection. La sortie programmée du Royaume-Uni, à l’horizon 2019, laisse le couple franco-allemand, face à face, sans alternative possible. Aucune excuse ne sera désormais recevable. Angela Merkel et Emmanuel Macron le savent. Ils ont tout loisir d’imprimer une nouvelle marque tant à leur relation qu’à l’Europe de demain. Mais ils n’ont pas d’autre choix que d’être plus solidaires.

Nicolas Gros-Verheyde

(article paru dans Sud-Ouest ce matin)

Sylvie et Ursula à Berlin parlent la même langue. Reste à trouver le projet

Sylvie Goulard et Ursula von der Leyen à Berlin ce jeudi 1er juin (crédit : B2 photo / Bundeswehr flux d’image)

(B2) Deux femmes fortes, qui peuvent dialoguer l’une dans le langage de l’autre, et vice-versa, c’est cette image symbolique qu’ont voulu donner aujourd’hui (1er juin), à Berlin, les ministres allemande et française de la Défense, Ursula von der Leyen (1) et Sylvie Goulard, dont c’était le premier déplacement à l’étranger en solo (sans l’ombre de Macron comme au Mali ou à l’OTAN).

 

L’aisance en français chez Ursula, et en allemand chez Sylvie, faisait vraiment plaisir à voir… et à écouter. Aux premiers mots, vous n’aviez pas la possibilité de cerner qui était l’Allemande et qui était la Française (1). « Je vais quand même passer en français sinon certains seraient déçus » a plaisanté Sylvie Goulard. Le tout dans un allemand limpide, compréhensible par tous. Cela change du gloubi-glouba-english en cours dans les couloirs européens

Deux enjeux principaux : Intégration et Afrique

Ursula, en particulier, a détaillé les deux axes de travail des Français et des Allemands (des Allemands surtout…) En premier lieu, « l’Union européenne de sécurité et de défense » avec « cette année » des projets « concrets que nous voulons mener ». Le premier exemple concret est ce « commandement européen » établi à Bruxelles pour les missions militaires (2), ce qui permet d’avoir « dans une seule main, à Bruxelles les missions civiles et militaires ». Il faut poursuivre par « une intégration », avec notamment le projet de « Fonds européen de défense » et de « Coopération structurée permanente », qui doit être menée comme un « projet à 27 ».

Second enjeu pour la ministre allemande : « l’Afrique, et en particulier l’Afrique de l’Ouest avec l’opération anti-terroriste française Barkhane, l’engagement allemand dans la Minusma, les missions de formation au Mali et au Niger (NB : dirigée par un Allemand). »

Une Allemagne forte est bien pour tout le monde

« Lors de ma visite au Mali, j’ai pu voir qu’il se passait des choses au niveau européen » a renchéri la ministre française, concluant qu’elle n’avait pas « peur d’une Allemagne forte ». « Les menaces sont communes et si l’Allemagne, comme elle le fait sous l’impulsion d’Ursula, investit plus dans le secteur de la défense, c’est une bonne nouvelle pour nous tous » a-t-elle ajouté.

A suivre…

Un conseil franco-allemand de sécurité aura lieu à Paris le 13 juillet pour avancer sur ces projets. C’est essentiel. Le couple franco-allemand est à reconstruire. Non pas qu’entre Paris et Berlin, il n’y ait pas de dialogue. Il y a des belles lettres communes, quelques projets menés en bilatéral plein d’espoir (comme la flotte commune des C-130J à Evreux et EATC) mais au niveau européen, cela rame…

Une dissension sur l’approche européenne

Au-delà des bons mots, il y a en effet entre Paris et Berlin, de vraies dissensions d’ordre philosophique, psychologique et technique. Paris et Berlin n’ont, en effet, pas la même vision de l’approche de la défense et de l’approche européenne. Ce qui mine actuellement toute avancée supplémentaire dans l’Europe de défense, plus sûrement que tout « No » britannique ou « irritation » polonaise.

Entre le Pont d’Arcole et la planification blindée

Pour les Français, l’Europe c’est « moi » ; pour les Allemands, c’est « nous ». Certains rêvent ainsi cette Europe de la défense sur le modèle napoléonien : type Pont d’Arcole, je franchis le Pont et on gagne la bataille, puis après on verra ; d’autres la rêvent plus réfléchie, planifiée, type plan bismarckien d’économie sociale. La France rêve d’une Europe de la défense des plus entreprenants, l’Allemagne veut une défense européenne avec une assise le plus large possible, à 27. Les militaires d’un côté du Rhin rêvent de sable chaud, d’aventure, d’action avec les Américains et les Britanniques, si possible, ou les Africains. Les seconds préfèrent parler structures militaires intégrées, coopération permanente, présence stabilisatrice post-conflit dans un cadre organisé. Les positions sont parfois à front renversé. Le tropisme atlantique du pouvoir allemand s’efface ainsi rapidement là où les Français rêvent encore de l’Amérique sauvée par La Fayette.

Dissiper les malentendus et faux semblants

Les deux visions ne sont pas contradictoires en soi, elles sont complémentaires. Encore faut-il d’abord apaiser les malentendus, les sous-entendus, nombreux et multiples. En effet quand l’un avance une idée, l’autre se méfie, soupçonnant des arrières-pensées industrielles ou politiques. Ensuite il faut structurer le dialogue, qu’il se déroule non pas épisodiquement, mais organiquement, de façon plus fluide et continuelle, et enfin avoir un certain nombre de projets concrets moteurs. Bref, créer une dynamique telle que les autres Européens n’auront qu’un choix : se rallier ou s’isoler.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Quels projets en franco-allemand ?

A lire aussi l’excellent papier de Guillaume de La Brosse, dans la page débats et opinions du Monde qui prône « un effort d’intégration franco-allemand sans précédent » et la « nomination d’un Haut-Commissaire commun, chargé de la rédaction d’un Livre blanc franco-allemand ». Celui qui est aujourd’hui conseiller « défense et sécurité » à la Commission européenne liste également quelques projets qui pourraient être inclus dans une future Union européenne de sécurité et de défense (dont le couple franco-allemand sera un acteur moteur) :

  1. Un quartier général européen civilo-militaire, doté d’environ 400 personnes, « capable de développer une évaluation de la menace, de planifier et de conduire des opérations civiles et militaires de haute intensité » ;
  2. Une force européenne permanente de réaction rapide « placée sous l’autorité et la responsabilité de cette Union de la défense, prépositionnée sur le territoire européen et capable d’être déployée en quelques jours » ;
  3. Un fonds européen de défense « capable de financer de la recherche et des programmes de défense en coopération et de faciliter la mise sur pied de capacités multinationales » ;
  4. Une agence européenne de cyberdéfense, « capable de soutenir des infrastructures critiques ou des États membres victimes de cyberattaques » ;
  5. Une académie militaire européenne, « ouverte aux officiers des Etats membres, et qui faciliterait le développement d’une culture militaire européenne, à ce jour inexistante ».

(1)  d’avoir une Allemande ou une Française. De façon intéressante, d’ailleurs la ministre allemande qui a repris son discours à la presse en allemand ensuite a eu un lapsus entre parlant du G cinq (G5) en français et non du G fünf comme elle s’est repris ensuite.

(2) Commandement qui devrait entrer en vigueur prochainement selon les informations de B2 (lire : Couvrez ce QG que je ne saurai voir… Le texte sur la MPCC finalisé. Détails)

Un noyau dur pour la défense. Oui mais pas à n’importe quel prix

La Coopération structurée permanente, c’est comme un grand chef de cuisine, elle est unique…

(B2) En prélude du mini-sommet du Château de Versailles, le président français François Hollande a ouvert officiellement le bal de la Coopération structurée permanente. Il pourrait revenir sur ce point lors du sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles.

Dans une interview donnée à six journaux européens (1), le président de la République française n’avait, ainsi, pas fait mystère de volonté…

 « Je propose donc une coopération structurée, pour fédérer les pays qui veulent aller beaucoup plus loin. »

Point intéressant, il affirme vouloir l’ouvrir également au Royaume-Uni. Ce qui est assez original en matière institutionnelle. La coopération structurée n’est pas encore mise en place, qu’un pays extérieur y est déjà invité !

« Dans mon esprit, le Royaume-Uni, même en dehors de l’UE, doit y être associé. »

François place la barre très haut… Comment lire cette intervention ? Qu’en penser ?

Une conception noyau dur

Paris plaide clairement en faveur d’une conception « noyau dur », ou « avant-garde » pour la Coopération structurée permanente. Avec justesse, selon nous. Ouvrir ce dispositif à quasiment tout le monde, c’est le condamner à être, juste, un réceptacle de projets qui ont, une chance sur deux (en étant optimiste) de finir en queue de poisson, comme la plupart des projets présentés jusqu’ici (depuis 2008). Mais, surtout, cela n’a aucun intérêt, car il existe déjà bien d’autres modalités pour coopérer à quelques uns, sans être tenus par la règle de l’unanimité.

Une dizaine de manières de coopérer autrement

En matière de défense, on a, en effet, l’embarras du choix de la coopération à la carte. On pourrait même dire que ce secteur regorge de possibilités.

Tout d’abord, il y a des différences « institutionnalisées » : 1°) le Danemark possède ainsi un opt-out. En matière de défense, on peut même parler d’un « DanExit ». Le Royaume de la Petite sirène ne participe en effet ni aux décisions ni aux opérations militaires. 2°) les pays (neutres notamment) peuvent ne pas participer à une décision qu’ils ne veulent pas endosser, tout en laissant les autres agir. L’Irlande a ainsi, à deux reprises, inscrite dans le marbre des traités, sa neutralité et sa réserve quant à un engagement supplémentaire (notamment pour la Coopération structurée permanente). 3°) Les pays tenants de l’Alliance atlantique ont également inscrit la priorité qu’a l’OTAN dans la défense territoriale de l’UE et dans certains projets.

Deux autres possibilités sont prévues par les Traités (qui n’ont pas encore été utilisées) : la coopération renforcée (classique) et l’article 44 (qui permet à l’Union européenne de donner mandat à quelques pays d’agir en son nom).

Ensuite, les États membres ont toujours la possibilité de participer à des projets, à la carte, dans le cadre de l’agence européenne de défense. Ils peuvent aussi prendre l’initiative de présenter un nouveau projet, en catégorie B (seuls participent et financent les pays volontaires). Le même principe de participation à la carte sera, de règle, dans le cadre du futur programme de recherche de défense, avec un avantage : le financement sera en partie fourni par le budget communautaire.

Enfin, il faut ajouter toutes les coopérations qui fonctionnent hors du cadre du Traité européen, en général dans le cadre d’un accord international spécifique. Tous les projets industriels – du Transall à l’A400M, en passant par l’Eurofighter, l’hélicoptère NH 90 ou les frégates FREMM – ont ainsi été menés hors du cadre institutionnel européen (via l’OCCAR ou les agences de l’OTAN par exemple ou via des structures ad hoc). Et la plus belle réussite opérationnelle, vantée dans tous les textes des conclusions des 28, le commandement européen du transport aérien (EATC), s’est déroulée… dans un cadre « exclusif » (à cinq pays d’abord, avant d’être ouverte à quelques autres). Cela prouve bien que pour fonctionner, surtout dans le secteur de la défense, une coopération doit être d’abord en petit nombre, avant d’être ouverte aux autres.

Une coopération ouverte à ceux qui en remplissent les conditions

La Coopération structurée permanente (ou PESCO) n’est donc pas la seule possibilité pour avoir des coopérations, structurées ou non, permanentes ou non, financées ou non, pour agir. Si des États veulent déjà aller plus loin pour un petit, ou grand projet, ils le peuvent dès aujourd’hui, sans attendre personne… Et, si demain, des États membres qui ne peuvent pas ou ne veulent pas aujourd’hui remplir les critères exigeants fixés pour cette Coopération structurée décident le contraire, ils pourront toujours rejoindre celle-ci. La PESCO reste ouverte à tous ceux qui en remplissent les critères. Ce n’est pas en abaissant les conditions qu’on facilite la coopération, au contraire, on repousse les décisions douloureuses et on crée les conditions de la crise future (3).

Se doter d’un cadre incitatif avec des critères exigeants

Ce qui manque aujourd’hui à l’Europe, c’est un cadre incitatif, poussant les pays à aller vers le haut, avec des incitants à la fois financiers et politiques. C’est le but de la Coopération structurée permanente.

Ces pays doivent s’engager, par exemple, à mettre à disposition des battlegroups, réellement disponibles, c’est-à-dire prêts à partir sur le terrain, pour des missions risquées. Cela suppose évidemment de trouver un cadre permettant de concilier l’autorisation parlementaire (dans les pays concernés) avec l’impératif de rapidité. C’est tout à fait possible si on fait preuve d’un peu d’ingéniosité politique (2).

Ces pays doivent s’engager également à investir dans certaines capacités, en commun, non pas celles qui sont nécessaires uniquement au niveau national, mais celles qui répondent à des lacunes constatées dans les opérations extérieures – du Kosovo au Mali – et doivent être comblées rapidement. La grande nouveauté, sur ce plan, est l’engagement de la Commission européenne à financer certaines capacités. Ce n’est pas négligeable.

Adopter la tactique multicoque plutôt que le monocoque

Si la Coopération structurée est unique, c’est justement parce que ces critères sont « hauts ». Faire autrement ce serait la dévoyer… Et si c’est pour construire une « usine à gaz », de bric et de broc, autant renoncer. En revanche, il n’est pas interdit de réfléchir à un autre système : une Coopération structurée à quelques uns (4), avec des critères « hauts de gamme », et des coopérations renforcées, satellites autour de cette Coopération structurée pour pousser différents projets. Le tout pouvant être chapeauté par un « board » général, qui serait en fait, plus ou moins, le Conseil des ministres de la Défense de l’UE. On aurait ainsi, dans un cadre institutionnel européen, à la fois la marque de l’ambition forte et l’esprit de l’inclusivité, sans entraver les uns et les autres (5). A la manière d’un multicoque, où les coques latérales donnent à la fois de la stabilité à la coque centrale, et de la vitesse au navire…

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : C’est la conclusion d’ailleurs auxquels nous arrivons André Dumoulin et votre serviteur dans l’ouvrage à paraitre dans quelques semaines. N’oubliez pas de le commander : Pour tout connaître sur la PSDC, l’ouvrage de référence

(1) Lire : L’Europe peut se relancer par la défense (Fr. Hollande)

(2) Il pourrait être envisageable qu’un pays de permanence « battlegroup » fasse avaliser par son parlement, avant la proposition de permanence, les caractéristiques d’une telle intervention, en précisant éventuellement les caveats ou interdiction d’emploi (sans autorisation).

(3) L’acceptation de l’adhésion de la Grèce à la Zone Euro est un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, on abaisse les critères (ou on ferme les yeux sur le fait que ce pays ne les remplit pas) en faisant l’autruche sur les conséquences pour le futur…

(4) En gros, les pays membres de l’EATC – France, Allemagne, Italie, Espagne – Belgique, Pays-Bas et Luxembourg s’ils le veulent – + la Finlande, la Lettonie et la Slovénie par exemple.

(5) Dans cet attelage, il ne serait pas interdit de penser à associer des pays tiers… comme le Royaume-Uni, à une condition : ces pays tiers peuvent participer, mais ils n’ont pas voix au chapitre ni pouvoir dans la décision.

(crédit : EMA / DICOD)

Défense européenne : ce qu’on peut faire… ensemble

(crédit : EMA / DICOD)

(crédit : EMA / DICOD)

(B2) Relancer, revitaliser, réénergiser, renforcer… Tous les verbes en ‘Re’ sont actuellement requis, pour donner du contenu à l’Europe de la défense… On ressort les vieux papiers rangés dans les archives depuis les années 2000. Que peut-on faire ? Les esprits gambergent. Et cela part dans tous les sens : l’armée européenne, certains la voient pour demain (Sobutka), d’autres dans 50 ou 100 ans (Mogherini), le QG européen certains le voient militaire (franco-allemand), civilo-militaire (Mogherini), rapidement (Juncker) ou pas tout de suite (franco-allemand), etc. On habille de nouveauté des projets qui sont déjà lancés (avions ravitailleurs, recherche de défense, etc.).

Au-delà des grandes idées, que faire, comment faire, et quels projets concrets ont une chance d’aboutir ? J’ai passé en revue les différents projets, idées, possibilités et tenté de les classer, sur une échelle de 0 à 5, selon le degré de difficulté et le nombre de problèmes rencontrés (base juridique, moyens financiers, obstacles techniques, nécessité d’une proposition). Auparavant, il faudra mener un peu de travail d’introspection. Car la difficulté n’est pas technique… mais sur le vouloir.

1° Relire le Traité avec dynamisme. On nage en plein paradoxe. La politique européenne de sécurité et de défense (PSDC) dispose d’un maximum de possibilités d’actions, prévues par le Traité. Aucune n’a été utilisée ou presque. Certaines sont à tel point laissées de côté que, même certains diplomates ou spécialistes éminents les ont oubliées… Bien souvent, on rejette la faute sur les institutions européennes, le Haut représentant. Parfois, cela a pu être le cas. Mais, bien souvent, et même quasiment toujours, les Etats membres ont la possibilité de prendre l’initiative ou, au minimum, de demander formellement la mise en application d’une disposition précise. La Coopération structurée permanente ou les coopérations renforcées supposent donc juste une lettre, une volonté. Ce n’est que tout récemment grâce à la trouvaille française de mettre en branle la clause d’assistance mutuelle, de l’article 42-7, que cette disposition est apparue à la lumière.

2° Arrêter de se cacher le petit doigt derrière le veto britannique. Le Royaume-Uni a souvent endossé le rôle du « méchant » qui bloque tout. Le Brexit et le départ du Royaume-Uni devrait normalement faciliter l’action européenne en matière de défense. En fait, c’est surtout l’arbre qui cachait la forêt qui est abattu… Car les réticences sont très partagées. Chaque Etat membre a son cadavre dans le placard. Ainsi une réforme du financement des opérations a bien été tentée. Mais les Allemands et Néerlandais, légèrement radins sur les bords, ne voulaient pas entendre parler de financements supplémentaires en commun. Les Nordiques, très enthousiastes, en théorie, ont souvent multiplié les interrogations (mot diplomatique pour dire non) quand il s’agissait de passer à la pratique. L’Irlande, voire l’Autriche, pays neutres ne voulaient pas voir trop d’action ou de coopération militaire trop structurée et trop voyante. Les Grecs, Chypriotes, Portugais, et même Italiens — même s’ils sont volontaires et prêts à intervenir — n’ont plus un kopeck pour les opérations en commun et sont concentrés sur la crise migratoire… Les Belges qui étaient autrefois les ‘premiers de la classe’ sont « rincés » (la Belgique est lanterne rouge toutes catégories confondues dans le classement de l’OTAN des budgets de défense. Et le gouvernement de Charles Michel n’a pas vraiment la foi européenne de ses prédécesseurs). Quant aux Slovaques, Bulgares, Roumains, Hongrois (et les Polonais maintenant), ils n’ont à la fois pas les sous, pas les forces et pas la volonté. Ils sont souvent aux abonnés absents de l’action européenne.

3° Chercher à innover. Les points de blocage sont connus. Inutile de recommencer à partir à l’assaut d’une citadelle imprenable. Il vaut mieux chercher les chemins de traverse, les possibilités d’arriver au résultat espéré (le QG européen, la possibilité de réaction rapide…) quitte à laisser tomber les concepts (inutilisés), à mettre de côté les projets bien sous tous rapports mais assez irréalisables dans les faits. Il faut agir en stoomeling (comme diraient les Belges), être pragmatiques (diraient les Français et Allemands)…

Quels projets mener ?

1° Etablir un Conseil européen de sécurité / un débat sur les menaces au Conseil européen. Normalement au moins une fois par an, sur la base d’un rapport de la Haute représentante, les Chefs d’Etat et de gouvernement doivent débattre des questions de sécurité. Cette disposition a totalement été délaissée. On peut même dire qu’il y a une « carence » au sens juridique du terme. Il ne s’agit pas là d’avoir un débat d’une ou deux heures, vite fait, à 28 ou d’avoir un débat sur un seul sujet (l’Ukraine par exemple) mais d’avoir un débat de fond, durant 1 ou 2 jours, sur les différentes menaces existantes ou envisageables, à partir d’un travail préparatoire de la Haute représentante de l’Union. Ce débat de fond, tenu à froid, est important car il peut permettre d’anticiper, d’enclencher certaines actions. En matière de défense, en effet, rien ne sert d’avoir de bons projets, c’est l’impulsion politique qui compte, et au plus haut niveau. Cela ne demande aucun effort. Il n’y a aucun blocage. Il suffit que Donald Tusk décide demain de convoquer un Conseil européen spécialement sur ce sujet… Et le conseil de sécurité européen, prôné par certains Chefs (comme François Hollande) voit le jour ! Difficulté = zéro.

2° Le renforcement des capacités des pays africains et autres, la fourniture d’équipements. La Commission européenne et le Haut représentant ont mis sur la table en juillet, dans une discrétion relativement affichée, un projet (dénommé CBSD) pour débloquer des financements européens afin de former et équiper les structures de sécurité (militaires) de pays fragilisés en proie au terrorisme, à la crise migratoire, à la déstabilisation. Coût du programme : 100 millions d’euros sur trois ans. Coût pour les Etats = zéro. Le financement de ce programme sera assuré par des redéploiements budgétaires au sein de la rubrique « extérieur » du budget européen. La question est surtout politique : veut-on ou ne veut-on pas aboutir sur ce projet ? Au niveau de la Commission, le projet a déjà mis plus de deux ans pour aboutir à une proposition (sous quelques prétextes juridiques). Il ne faudrait pas que ce projet mette encore deux ans pour aboutir au Conseil ou au Parlement. Tout est question aujourd’hui d’impulsion politique. Difficulté = 1 ou 2.

3° Des attachés défense et sécurité dans les ambassades de l’UE à risque. Le projet a commencé dans quelques unes des ambassades de l’Union européenne. Il s’agirait de le systématiser, avec au moins un attaché dans toutes les délégations concernées (plus d’un quart des pays où l’UE a une a sont concernées par des crises), voire plusieurs dans les délégations en crise de haute intensité. Il s’agira de faciliter la remontée d’informations du terrain, de doter enfin l’Union européenne d’une vraie capacité d’analyse, mais surtout de pouvoir tisser, d’égal à égal, avec les différents pays en crise, la carte de leurs besoins et des possibilités européennes. L’effet d’image n’est pas non plus négligeable. Cela demande quelques ressources humaines (et de les financer), mais ce n’est pas énorme. Difficulté = 1.

4° Ressusciter les battlegroups : avoir vraiment une force de réaction rapide. Les battlegroups ou groupements tactiques 1500 n’ont jamais réussi à être déployés. Ce n’est pas faute de crise ni faute d’avoir essayé. Il y a eu plusieurs tentatives ces dernières années (j’en ai recensé cinq en 8 ans !) mais jamais cela n’a abouti. La raison… ? il y a toujours une bonne raison, technique, financière, géopolitique, militaire, politique pour ne pas les utiliser. Et inutile d’accuser les Britanniques (jamais d’accord), les blocages ont tantôt été allemands, tantôt français, tantôt nordiques… Chacun s’est retrouvé en position de ‘volontaire’ et de ‘bloqueur’. Il faut — n’en déplaise à certains — revoir le dispositif. Selon que l’on garde ce concept ou qu’on l’aménage, la difficulté est différente Difficulté = 2 ou 4

5° Le quartier général permanent militaire. C’est un problème lancinant qui revient régulièrement. L’Union européenne ne dispose pas de quartier général (QG) de commandement pour ses opérations ou missions militaires. Elle est obligée de ‘bricoler’ en ayant recours soit au QG de l’OTAN (une solution abandonnée aujourd’hui car inadaptée), soit aux quartiers généraux nationaux. Résultat : une perte de temps à chaque opération, car il faut mettre en place un QG, et surtout une perte de mémoire, d’expérience. Le Royaume-Uni avait dit ‘Non’ aux dernières tentatives promulguées par Catherine Ashton. La question revient sur la table, Londres s’en allant. Selon l’ambition fixée à ce QG militaire, la difficulté peut être variable. En termes de personnel, le gap ne semble pas infranchissable. Des calculs ont déjà été faits en interne — comme me l’a confié un expert militaire de l’UE — : « avec 20 personnes environ supplémentaires » auxquels s’ajouteraient environ « 80 personnes venant de l’état-major de l’UE » — dont les tâches seraient un peu reconfigurées (moins de théorie, plus de pratique — « on a un QG d‘une centaine de personnes, ce qui est déjà suffisant » (si on a les bonnes personnes). Ce quantum nécessaire pour un QG permanent, en basses eaux, peut ensuite être renforcé en cas d’opération. L’obstacle est en fait donc essentiellement politique. Mais si les Français, Allemands (voire Italiens) le veulent, ils peuvent puiser dans les capacités de leurs états-majors de conduite — Mont Valérien, Potsdam, Rome — , les effectifs nécessaires, les « délocaliser » à Bruxelles en les mettant à disposition de la Haute représentante, sans rien changer à la structure politico-militaire. Ce qui serait déjà une première étape utile. Difficulté = 1 ou 3.

6° Assurer en commun le financement des opérations. Aujourd’hui, seule une part mineure des opérations militaires est financé en commun. La charge du financement des opérations repose en grande partie sur les Etats participants. C’est un peu le principe de la double peine : le pays qui s’engage risque ses hommes, sa réputation politique et doit quasiment tout payer. La part financée en commun est minoritaire (entre 10 et 15%, 20% au maximum). Pour l’opération anti-piraterie, en pleine période d’activité (quand la piraterie était au plus haut), elle était inférieure à 10% du coût total ! La réforme du mécanisme Athena a, à chaque fois, échoué. L’impulsion politique de départ pour une réforme s’est rapidement enlisée dans une bouillie bureaucratique qui fait douter d’une énième tentative de réforme. Difficulté : 4

NB : Plusieurs idées avaient été présentées, elles n’ont pas vraiment débouché : lire : Financement de l’opération Sangaris. Gonflette ou « vraie » idée

7° Lancer le Fonds de lancement. C’est une disposition totalement oubliée du Traité. Prévue à l’article 41-3, elle n’a jamais été mis en place. Elle permet, grâce à des contributions de chaque Etat membre (au prorata du PIB), le « financement d’urgence d’initiatives dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune ». C’est-à-dire de financer le démarrage d’une opération, notamment. Ce qui est souvent le plus difficile. Il faut maintenant une proposition de la Haute représentante. Aucun risque de veto. La décision se fait à la majorité qualifiée. La réelle difficulté est de trouver les financements. Mais on ne parle pas de milliards d’euros. Un fonds doté de 50 à 100 millions d’euros par an serait déjà un bon début (1). Cela permettrait notamment de financer les premiers engagements dans les opérations. Difficulté = 2.

8° Les groupes d’avant-garde. La possibilité de confier des missions à un groupe de nations (l’article 44 du traité) a été débattue un temps mais est restée au stade de concept. C’est cependant une possibilité intéressante pour combiner l’engagement de quelques pays, en avant-garde, à l’intérêt européen. Difficulté = 2

9° Avoir un fonds pour la Recherche. C’est un vrai problème européen, mis à part les Français, les Britanniques et les Allemands, les autres pays sont des passagers clandestins de la recherche de défense. Soit ils achètent américains (et contribuent de fait aux programmes américains de recherche), soit ils achètent chez leurs voisins. Un projet a été lancé par la Commission et doit être encore approuvé pour lancer un programme de recherche européen et mettre en place une ligne budgétaire « recherche de défense » dans le budget européen. Le budget reste modeste (90 millions d’euros sur trois ans) car il s’agit surtout de tester les dispositifs. Mais il est utile de passer par cette étape préparatoire, prélude à un plus imposant programme de recherche, car il y a un certain nombre de problèmes à résoudre, notamment la dissémination des résultats, ou la direction des projets (est-ce la Commission comme d’habitude ou une gouvernance plus intergouvernementale). Le sujet est vraiment complexe. Il faudra ensuite passer à la suite… et incorporer ce programme dans les perspectives financières 2021-2027. L’enjeu est important. Et il faudra une vraie pression politique pour y arriver. Il faudra aussi trouver le moyen de fédérer les « petits » budgets de recherche et défense de chaque pays, qui sont trop faibles pour faire la différence et mériteraient d’être fédérés. Difficulté : 3.

10° La coopération structurée permanente comme aucune coopération renforcée n’ont été mise en place ni même envisagées et préparées. La difficulté parait donc intense. Mais tout est prêt au plan juridique. Il suffit qu’un ou deux Etats se lancent. Et il sera difficile d’arrêter la machine. Cette coopération pouvant se déclencher à la majorité qualifiée (avec la bienveillance du Haut représentant), il suffit aux Français, Allemands et Italiens de joindre le geste politique à leur parole politique. Si les Benelux, et les pays méditerranéens, voire un ou deux pays de l’Est, se joignent, la majorité qualifiée est acquise. Difficulté = 3 ou 4

11°. L’armée européenne : un leurre. C’est très compliqué. Cela signifie d’avoir un pouvoir politique capable d’engager ces troupes. Sinon cela ressemble à un leurre… Mais cela ne signifie pas que des projets d’unités en commun, de partage de certaines capacités, voire même d’une grande partie des capacités n’est pas possible. Cela n’aura cependant pas d’intérêt et de plus-value dans un cadre bi ou trilatéral quand il y a des effectifs à la fois complémentaires et pas assez nombreux et, de surcroit, une certaine proximité géographique, politique voire linguistique (par exemple entre les pays du Benelux, ou entre Tchèques-Slovaques, ou entre Croates-Slovènes, etc.) permettant ainsi à ces capacités d’atteindre une certaine valeur. Difficulté = 5 ou hors classe

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) soit environ 1,5/3 millions d’euros pour la Belgique, 8/16 millions d’euros pour la France, 11/21 millions d’euros pour l’Allemagne.

Aller plus loin :

Lire aussi :

Notre Dossier N°33. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) en 2016

Et nos analyses exclusives :

Et tous nos articles sur le futur de la PSDC

(crédit : EMA / DICOD)

Les Dix mythes qui mitent la défense européenne

(crédit : EMA / DICOD)

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(BRUXELLES2) Le débat sur la défense européenne est aujourd’hui empoisonné par quelques mythes, des illusions, parfois gentilles, parfois mesquines, qui sont handicapantes sur le plan de l’action comme de la réflexion. Alimentées tout autant par de doux rêveurs (qui projettent leurs fantasmes sur les réalités) et les souverainistes (tout aussi rêveurs, mais plus dangereux), ces propos méritent d’être un peu remis dans le contexte du principe de la réalité.

1er mythe : « aaah si on avait fait la Communauté européenne de défense » (le nostalgique)

C’était en 1954, il y a plus de 60 ans, il y a trois générations. A l’époque, l’Algérie était (encore) française. Staline venait juste de mourir. l’Allemagne était toujours occupée et son armée interdite d’existence. Le mur de Berlin n’était pas encore construit. Et les Français et Britanniques n’avaient pas été faire le coup de force à Suez, etc. Tenter de faire revivre une idée qui a été conçue dans un contexte politique précis, avec un lamento du type ‘aaah si on fait fait la CED, on n’aurait pas ce type de problème‘ relève de la douce nostalgie (1).

Entre temps, le mouvement de décolonisation a réduit les colonies françaises et britanniques (belges et néerlandaises) à quelques miettes d’empire, la mondialisation voit naître lentement de nouveaux géants (Chine, Corée, Inde, Brésil…) qui peuvent désormais tenir la dragée haute en matière industrielle aux Européens. De nouvelles menaces se sont faites jour. La situation n’est pas du tout la même.

Affirmer aujourd’hui que ce raté préjudicie toute autre initiative relève du syndrome d’Attila (l’herbe ne repoussera jamais). Rideau sur la CED qui appartient à l’histoire comme la IVe république à celle de la France.

2e mythe : « Ma défense nationale, très efficace » (le fumeur de pipe)

Face à une résurgence de la volonté russe de montrer ses muscles, il est symptomatique que les Européens aient été incapables de pouvoir organiser des mesures de réassurance envers les Etats les plus exposés suffisamment fortes pour être dissuasives. Il a fallu attendre l’impulsion de Washington, son engagement, pour que les Européens se décident, un peu, à agir. L’Europe est comme cet adulte qui s’enracine dans le domicile parents, répugnant à le quitter car le logis et le couvert sont assurés, à un moindre coût…

La réalité, aujourd’hui, c’est que, plus de 25 ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe est devenue dépendante du goutte-à-goutte américain. La plupart des armées en Europe sont aujourd’hui des « tigres de papier » qui ne sont plus en capacité de réagir à des menaces, même d’intensité moyenne, qui frapperaient leur propre territoire. Un triple coup de ciseau menace aujourd’hui la souveraineté des Etats européens : 1°) une augmentation des menaces ; 2°) un affaiblissement des capacités et des budgets (même s’il y a une remontée des budgets celle-ci reste limitée et incapable de compenser le lent effacement de presque dix ans) ; 3°) la faiblesse de l’effort de recherche & développement. En clair, la plupart des pays sont incapables d’assumer seuls leur défense. L’absence d’investissement notable, de R&D autonome nationale et européenne, le principe de la préférence nationale et à défaut la préférence américaine (sans introduire la préférence européenne) fait que l’industrie européenne n’a pas l’incitant suffisant pour se développer (sauf par les exportations hors d’Europe) (3).

3e mythe : « l’armée française, la meilleure d’Europe » (le coureur dopé)

C’est un sentiment très clairement exprimé aujourd’hui dans l’hexagone. Certes l’armée française, a une capacité notable, une chaîne de commandement efficace et un effet de taille que peu de pays réunissent. Ses réussites sont enviées. Mais la fibre patriotique, utile, obscurcit aujourd’hui la réalité. La France semble aujourd’hui illusionnée, ensorcelée par ses « victoires » au Sahel ou en Centrafrique, comme l’a été hier le Royaume-Uni. Nous sommes plus proches du dopage que de la course de fond. L’armée française est au bout de ses capacités. Et même si on augmente un peu ses capacités, c’est le budget public qui ne pourra supporter, tout seul, un effort intense sur une durée aussi longue.

Le Royaume-Uni avait connu pareille euphorie, à partir de 2003 avec un engagement soutenu en Irak et en Afghanistan. Cet effort a duré dix ans et a laissé sur la paille l’armée britannique, incapable de faire face à la fois au renouvellement accéléré des matériels, des munitions, des équipements et … aux pertes humaines. Le budget de la Couronne n’a pu supporter cet effort. Et, l’armée britannique, est aujourd’hui handicapée, incapable de se projeter à une hauteur conséquente, comme dans le passé, avec un sentiment d’amertume et de grandeur perdue. La France pourrait connaître pareille mésaventure d’ici la fin de la décennie.

4e mythe : faisons l’armée européenne (l’ambitieux impuissant)

Tirant partie des faiblesses de certaines armées, l’idée parfois avancée est un projet d’armée européenne. Cette idée revient souvent aussi chez certains (hommes politiques, observateurs) qui n’arrivent pas à traduire autrement le projet d’un renforcement de l’Europe de la défense, d’une mutualisation des moyens. Comme s’il ne pouvait y avoir d’autre projet, comme si la pensée stratégique était à ce point annihilée qu’il n’y a pas d’autre projet possible au niveau européen que l’armée européenne.

Or, à supposer qu’elle ne soit pas juste un ‘bon mot’ mais un vrai projet, la création d’une armée européenne suppose un énorme engagement politique, militaire, technique, … et financier. Elle supposerait ainsi au préalable des investissements notables avant d’en récolter des fruits d’économie budgétaire. Ce n’est pas vraiment possible, aujourd’hui, pour deux raisons essentielles. Il n’y a pas de pouvoir européen fort, légitime, capable d’assumer, politiquement et financièrement, un engagement militaire avec ses pertes humaines, ses possibles erreurs, ses traquenards et qui puisse rendre compte de ses erreurs. Il n’y a pas de peuple européen. Il n’y a pas de budget européen. Il n’y a pas de volonté dans la plupart des pays de consentir de nouveaux glissements de souveraineté à l’échelon européen. Etc.

Derrière cette assertion, il y a parfois de la bonne foi — fixer un objectif lointain et mettre en place les outils techniques pour y arriver —, mais plus souvent il y a quelques sous entendus : 1) l’armée européenne, c’est tellement irréaliste, on n’a pas réussi à le faire en 1954, on ne peut rien faire en matière européenne… 2) une armée européenne c’est un projet intergouvernemental permettant ainsi de dire aux institutions européennes qu’elles sont dépassées et doivent faire autre chose.

5e mythe : soyons réalistes, faisons du pragmatisme (le joueur de loto)

C’est l’inverse de l’armée européenne. C’est la méthode des petits pas, de la coopération concrète, des projets à partir du bas, d’échange de compétences, de bonnes pratiques, etc. Mais elle n’a pas produit de résultats importants. De fait, ces mots cachent souvent une absence de volonté politique. Et quand elle existe, celle-ci ne dure qu’un printemps. Même ceux qui ont tenté, de bonne foi cette méthode le reconnaissent. En matière de défense, il faut une importante et intense volonté politique, venue du plus haut de chaque Etat — avec parfois l’accord des parlements et des commandements d’armées —, pour pouvoir se décliner jusqu’en bas, avec un objectif concret, structurant, et rapide pour obtenir un effet. Mais la défense ce n’est pas une épicerie. Et un colonel ne commande pas à un général.

6e mythe : les ‘headlines goal’ (l’illusionniste)

Tout le monde l’a oublié. Mais il y a 15 ans, à Helsinki, les Européens avaient défini plusieurs objectifs très généreux, les headline goal. Les Quinze d’alors s’engageaient à être capables de « déployer des forces militaires » de l’ordre « d’un corps d’armée — jusqu’à 15 brigades, soit 50 000 à 60 000 hommes — » pour pouvoir accomplir l’ensemble des missions de Petersberg, c’est-à-dire notamment des missions de combat, d’interposition et de maintien de paix. Autrement dit un leurre à l’heure européenne. Pour le Mali en 2013, pour la Centrafrique ensuite… on n’a pas trouvé les hélicoptères et soldats nécessaires. Il a fallu les Tchadiens dans un cas, les Géorgiens dans l’autre, pour boucler des effectifs qui étaient à peine de 10% de l’objectif dans le premier cas, de 1 ou 2% dans le second cas. Malgré tous les discours et tous les engagements, il n’y a toujours aucune volonté de planifier en commun les capacités nécessaires, les types d’équipements, et finalement de combler les lacunes en commun. Ce travail qui continue d’occuper quelques états majors est un travail inutile et un leurre, dangereux, de puissance.

7e mythe : la duplication avec l’OTAN (le flûtiste)

C’est un spectre agité à chaque fois qu’un projet européen se fait jour, un tant réaliste ou ambitieux. La duplication avec l’OTAN est un de ses vieux mythes récurrents imbéciles. Ce n’est pas parce que les Européens n’ont pas réussi à fédérer en leur sein une idée de défense que l’OTAN va mieux. Au contraire…

Le débat n’est plus de savoir aujourd’hui s’il faut une Europe de la défense ou une défense européenne, l’un synonyme de l’autonomie de l’Union européenne, l’autre synonyme d’un pilier européen au sein de l’OTAN. Ou si l’un va affaiblir l’autre. La réalité est que si l’on ne fait pas l’un, on ne fait pas l’autre.

La réalité, c’est que les organisations, les structures, les chaînes de commandement politiques sont différentes et ne sont pas interchangeables. Elles ne peuvent être dupliquées car elles ne sont pas dupliquables. Certaines missions, l’OTAN ne peut (ou ne veut) pas les assumer (car son ombre dans certaines régions n’est pas souhaité) ou les assurer (car elle n’en a pas les moyens).

La réalité c’est qu’aujourd’hui l’antagonisme OTAN – UE, parfois gonflé, semble appartenir au passé. « Contrairement à d’autres temps, nous n’opposons plus défense européenne à défense OTAN. Et du côté OTAN, il y a une reconnaissance des progrès et développement accomplis par UE dans le champ sécurité et défense » soulignait ainsi récemment à Paris devant les ambassadeurs, le général de Rousiers (ancien président du comité militaire de l’UE). « C’était très visible au sommet Pays de Galles. où il y avait 70 occurrences du mot ‘Union européenne’ dans le texte. Une situation optiquement inédite. »

8e mythe : sans le Royaume-Uni, on ne peut rien faire ? (le joueur de cornemuse)

C’est faux. Prétendre le contraire, c’est confondre le poids britannique, réel, au plan militaire et son apport, concret, aux opérations européennes. Mais il ne faut pas se bercer d’illusions. Quand le ministre néerlandais Bert Koenders regrette « la perte de la capacité expéditionnaire, en particulier de la flotte britannique » avec le Brexit, ce sont ainsi davantage des larmes de crocodile. La plupart des opérations militaires européennes se sont passées, jusqu’ici, des armées britanniques. Même l’opération anti-piraterie dans l’Océan indien, pourtant commandé par un Britannique, n’a bénéficié que d’un soutien limité de la marine royale en termes de navires (Lire : Brexit. Le Britannique est-il nécessaire à l’Europe de la défense ?). Seule l’opération Sophia en Méditerranée compte aujourd’hui un navire britannique dans ses rangs, sans que cette présence soit aussi fondamentale que l’apport italien ou allemand à l’opération.

Au surplus, même hors de l’Union européenne, il est toujours possible d’associer les Britanniques aux opérations et aux projets de la défense européenne, de façon ad hoc, comme on le fait aujourd’hui pour tous les pays tiers. L’Australie, la Russie et l’Ukraine sont venus prêter main forte à l’UE hier. Les Etats-Unis, la Suisse, la Géorgie ou la Turquie continuent de le faire. Pourquoi pas les troupes de sa Royale Majesté demain ?

9e mythe : on décide tout à l’unanimité (le légaliste endurci)

Une belle excuse. En fait, la défense bénéficie, au niveau européen, du cadre le plus souple et le plus riche possible en matière d’actions « à la carte ». C’est d’ailleurs le seul domaine à bénéficier d’un tel traitement de faveur. Il est possible d’agir à 2 ou 3 (ou davantage) une coopération par exemple ad hoc sur une opération (délégation d’action article 44), d’avoir une coopération à plusieurs sur une ou deux thématiques (coopération renforcée), d’avoir une coopération plus forte avec une structure permanente (coopération structurée permanente), de mettre en place un fonds pour les missions (Fonds de lancement) (2). Au surplus, il est toujours possible de recourir à une initiative hors traité, comme on l’a fait régulièrement — que ce soit pour OCCAR ou l’EATC —.

Aucun de ces cadres n’a jamais été déclenché par un Etat membre. Plusieurs pays (Allemagne, France, Espagne, Belgique…) en ont parlé, à titre intentionnel, dans des documents programmatiques (type Livre Blanc) ou des discours politiques. Aujourd’hui, l’Etat qui le veut peut appuyer sur le bouton, demander le déclenchement d’une coopération « structurée » ou « renforcée ».

De la même façon, la Haute représentante de l’UE, si elle le désire demain, peut réorganiser le fonctionnement de ses services pour créer un commandement de conduite des opérations militaires. Ce sera un peu un coup de force, la voie est étroite, mais c’est possible.

10e mythe : la défense, c’est à 27 ou 26 (le solidaire hypocrite)

C’est possible, mais très difficile, voire très souvent impossible. La réalité — et l’expérience des dernières années — oblige à le reconnaître. Les projets de défense intègrent, de façon si intense, les données politiques et techniques qu’il est difficile de réunir tous les pays sur une même ligne, en même temps. Si on veut avancer, vite, voire avancer tout court, l’Europe de la défense doit se conjuguer au pluriel et peut se décliner en petits groupes, selon des logiques territoriales et politiques — Belges avec Néerlandais, Nordiques ensemble, Visegrad, Europe centrale, Balkaniques, Méditerranéens — accompagnées de logiques d’articulation de forces, complémentaires, intégrées, opérationnelles. Il ne s’agit pas de reconstituer des forces multinationales, disponibles sur le papier et qui n’arrivent que très rarement à fonctionner mais d’aboutir à des rapprochements qui se déclinent immédiatement en augmentation des forces disponibles et diminution des coûts.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

(1) Le projet de la CED, séduisant 70 ans, après était pour le moins pas vraiment très ficelé. Quand on regarde l’élaboration de ce texte, qui emprunte davantage à la conjoncture du moment qu’à une réalité structurelle, et le contenu du texte au regard de l’époque, on ne peut qu’effectivement avoir des doutes. Une armée ‘européenne’ sous commandement d’un militaire américain… c’était pas vraiment de quoi faire approuver ce projet. Je ne suis pas vraiment sûr qu’il aurait pu résister aux diverses initiatives militaires ultérieures, notamment les opérations en Algérie…

(2) On peut ajouter d’autres dispositifs comme celui de l’Agence européenne de défense qui a développé les projets B (où chaque pays décide de participer … et de contribuer financièrement). D’autres projets pourraient être lancés et abondés aussi largement que possible.

(3) Ce qui, au passage, représente une double anachronie. Les etats européens préfèrent acheter hors Europe plutôt que sur le continent. Au lieu d’exporter des valeurs, l’Europe exporte des armes.

(*) Le Danemark ne participe pas à l’élaboration de la politique militaire au niveau européen.