Conseil européen

La sécurité de la France, c’est la sécurité de l’Europe… (Fr. Hollande)

(BRUXELLES2) En venant devant l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale (IHEDN) François Hollande aujourd’hui (24 mai) a tenu à redire toute sa conviction dans l’armée et la défense pour la France. « La France a été saluée pour son intervention au Mali. J’ai pu mesurer l’influence de la France. La France a été attendue, espérée, saluée. Elle le doit aux militaires » a-t-il précisé saluant leur « professionnalisme, leur efficacité, leur dévouement ». Un hommage qu’il a répété à plusieurs reprises. Au delà de l’exercice imposé, le président a cependant répondu à quelques critiques et posé quelques bases pour le Conseil européen de décembre. La « défense de la France, c’est aussi la sécurité de l’Europe » a-t-il conclu, reliant ainsi la nécessité française d’une défense nationale et son implication avec les alliés.

Un exercice calibré

Les mots étaient pesés et l’exercice calibré. L’intervention à l’école militaire rentre dans une campagne du gouvernement français pour assurer le service après-vente du Livre blanc sur la défense. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian revient d’ailleurs une tournée à Bruxelles, Londres, Washington et Moscou. Et une bonne partie du corps diplomatique en poste à Paris avait d’ailleurs été convié à assister à l’évènement dans l’amphithéâtre Foch aujourd’hui.

La France ne baisse pas la garde…

Le message important à faire passer est que la France ne baissait pas la garde. L’A400M, le Barracuda… « aucun programme lancé ne sera arrêté ». Il s’agit aussi de « préserver l’ industrie de la défense ». Pour 2014, le budget sera de 31,4 milliards d’euros « soit le même qu’en 2013 et 2012 » et de « 179,2 milliards d’euros pour la période 2014-2019 » (sans compter l’inflation et les dépenses exceptionnelles, cela équivaut en fait à une baisse).

Et pan…

Le président a d’ailleurs émaillé son discours de références qui sonnent comme autant de réponses à certaines critiques… ou positions. Exemples

L’armée française. Avec « 250.000 personnels employés dans la défense (*) » l’armée française représente le nombre « le plus important en Europe ». « C’est un pays qui peut parler car il a les moyens de se faire respecter » a-t-il asséné. Et pan pour Angela Merkel !

L’indécision. François Hollande met en avant Clemenceau : « Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. Les lois de programmation militaires précédentes n’ont pas vraiment appliqué ce principe à la lettre. Elles ont dit mais n’ont pas toujours été en possibilité de faire ». Et pan pour ses prédécesseurs, Sarkozy et Chirac notamment !

La dissuasion nucléaire. François Hollande défend la doctrine de “stricte suffisance” de la dissuasion nucléaire suivie par la France comme son coût. « J’ai pris la décision de conserver des 2 composantes – océanique et aérienne. (…) Cela représente 11% du budget. Est-ce trop pour sanctuariser notre pays ? Je ne le pense pas. » Il y a la sécurité mais aussi l’industrie. « L’innovation et recherche nous ont permis de faire des économies ». . Fermez le ban au PS ou à gauche !

Afghanistan. « J’ai décidé du retrait des troupes combattantes en Afghanistan ». « On m’avait dit c’est impossible, c’est dangereux, je constate que c’est fait. Nous n’avons plus en Afghanistan que les troupes conformes au Traité d’amitié signé avec l’Afghanistan. » Et pan pour les critiques venues des armées lors de la campagne électorale !

Des propositions pour le conseil européen de Décembre

Face à l’échéance du Conseil européen de décembre consacré à la Défense, le président de la République a rappelé sa volonté de présenter des propositions de manière concertée avec tous les partenaires : britanniques comme allemands, mais aussi au-delà. « L’Europe de la défense est l’Europe toute entière » y compris celle qui était de l’autre coté du mur avant 1989. Il a tenu à poser trois lignes de principe des propositions françaises :

• La cohérence de l’action : « L’Europe est là dans les Balkans, l’Asie, le Proche-Orient, en Méditerranée. Coordonne-t-elle ses actions ? Réfléchit-elle à ce qu’on peut faire mieux et moins cher ? »

• Remédier aux lacunes. Des « propositions » sur « le transport aérien, les satellites aériens, le ravitaillement, les drones » seront faites. L’objectif est de combler « les échecs du passé ».

• La politique industrielle. Mon « grand souci n’est pas seulement un grand marché, ou une zone monétaire stable mais aussi d’avoir une politique industrielle, et la défense en fait partie ». Je veux « avoir des champions européens pour notre propre sécurité mais aussi maintenir une base industrielle de défense pour l’Europe ».

NB : Ces trois lignes forces restent cependant assez floues. Il y a des questions et peu de réponses. François Hollande suit ainsi sa ligne politique classique : poser les questions, entretenir le flou sur les réponses, négocier le possible et réserver une annonce le cas échéant quand l’attente est devenue trop forte. Mais trouver un consensus européen avec le Royaume-Uni et l’Allemagne est une gageure. Sur le moment de la présentation, Fr. Hollande est resté elliptique. D’après un de ses proches, interrogés par B2, ce sera certainement après les élections allemandes. Ce qui laisse ainsi très peu de temps pour à la fois engranger des soutiens et faire des propositions audacieuses. Le risque est désormais grand que ce sommet soit un sommet pour rien. Ce qui serait une erreur notable. Et pire que pas de sommet du tout.

La 65e session nationale de l’IHEDN à l’écoute…

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Quand la démocratie devient un détail gênant. Une prime au populisme et aux extrêmes ?

Quand la démocratie devient un détail gênant. Une prime au populisme et aux extrêmes ?

(BRUXELLES2) Semaine après semaine, l’Europe n’en finit pas de resserrer la vis. Avec des mesures propres qui s’auto-détruisent aussi rapidement qu’elles ont été mises en place. Nombre de mesures d’austérité mises en place ne dégagent pas les ressources attendues, la baisse de la consommation et donc de la croissance annihilant les gains espérés. En revanche, elles provoquent incompréhensions, exaspérations voire hostilités. L’Europe est en train de tuer à petit feu l’idée européenne et de s’affaiblir au plan mondial. La mise en place d’une taxation sur les dépôts d’épargne à Chypre est le dernier avatar d’une politique qui n’a que peu faire des principes démocratiques et économiques. Si on voulait faire peur à tous les épargnants non seulement à Chypre mais dans toute l’Europe, on ne pouvait pas s’y prendre mieux…

Le populisme extrême gagne du terrain

Les gouvernements chutent comme des mouches face à la crise. Grèce, Italie, Bulgarie, Chypre… la liste est déjà longue. Et cela devrait continuer. Au plan social, le phénomène des immolations des exclus se poursuit en Bulgarie. Et il serait erroné de n’y voir qu’une scorie d’un malaise. Au plan politique, la constitution de grandes coalitions n’est qu’un pis aller qui laisse une marge de croissance aux oppositions les plus extrêmes. Le danger ne semble pas venir de l’extrême gauche aujourd’hui, malgré toutes les prévisions (ou les craintes). Elle vient d’un populisme, plus ou moins teinté d’extrémisme, voire carrément extrême. Aube dorée, Vrais Finlandais, Jobbik, Ukip… Ces mouvements semblent avoir le vent en poupe. Que ce soit au sud, à l’est ou au nord de l’Europe, quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons, le signe du repli sur soi a sonné. La victoire du populiste gentillet de Beppe Grillo en Italie – tant cité en exemple – n’est qu’un épiphénomène. Au train où vont les réformes, il n’est pas évident que ses électeurs retournent gaiement vers les partis traditionnels une fois la déception dans leur leader acquise.

Le critère d’acceptation par la population et le respect des règles démocratiques deviennent un détail

De la même manière qu’en 2008, l’exécutif européen avait tardé à prendre la mesure de l’ampleur de la crise financière ; il semble aujourd’hui ne pas mesurer l’ampleur de la crise politique et sociale qui sourd. Ce n’est pas faute de l’analyser. Je me souviens d’une conversation avec José-Manuel Barroso il y a déjà plus d’un an qui anticipait des difficultés politiques. Le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier disait encore récemment redouter une succession de crises. Et Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme. On ne peut pas qualifier ces trois personnalités de dangereux illuminés. Mais c’est comme si les dirigeants européens n’osaient pas tirer les conséquences de leur analyse, enfermés dans une analyse juridique du Traité. “On ne peut pas”, “Ce n’est pas prévu”, “pas autorisé” reviennent comme des leitmotiv. La “base légale” dicte une loi d’airain. Et les décisions se succèdent toutes aussi justifiées les unes que les autres mais hallucinantes en termes politiques. Car injustifiables pour une population. Le critère “d’acceptabilité” par la population des mesures prises est tenu pour portion négligeable. Quant au respect des règles démocratiques, il devient un “détail”, gênant, dans la procédure européenne.

Un nécessaire changement de paradigme

La situation est grave. Et, cette fois, l’Europe ne peut en rejeter la faute sur les autres. Ce sont ses propres décisions, son propre système de gouvernement qui sont en cause. Et la colère pourrait se retourner contre elle… Si la crise financière avait ses origines dans une certaine aberration financière et une dérégulation à outrance, cette crise là ne peut chercher ses origines à l’extérieur. Elle provient, pour une bonne partie, des décisions prises par les dirigeants européens. Et elle constitue un très mauvais signal dans les autres pays. Face au danger, il faut arrêter certaines politiques suicidaires, sans doute mettre de côté certains critères du pacte : fixer la réduction de la dette comme de l’inflation comme un objectif de moyen terme mais non un impératif de court terme (la Bulgarie et la Roumanie sont aujourd’hui des Etats modèles si on regarde uniquement cet indicateur !). Et jeter toutes les forces dans la bataille pour remettre en place une certaine croissance et jeter les bases non pas d’un pacte budgétaire mais d’un pacte fiscal et social (avec taux minimal et maximal pour l’impôt sur les sociétés, pour les cotisations sociales, pour l’impôt sur les plus values…) afin d’éviter des effets de dumping social/fiscal mais aussi des pertes de ressources pour les Etats.

Si les Européens n’agissent pas, de façon rapide, énergétique et innovante, mais aussi compréhensible pour ses citoyens, ils auront réussi cette gageure : sauver l’Euro mais perdre l’Europe…

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Syrie : toutes les options sont ouvertes (disent les 27)

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, C. Ashton, et le président du Conseil européen, H. Van Rompuy (crédit: Thierry Monasse)

(BRUXELLES2) Les “27″ chefs d’Etat et de gouvernement européens réunis en sommet aujourd’hui à Bruxelles ont tenu à dire qu’ils restaient « consternés » par  la « détérioration » de la situation en Syrie. Celle-ci sera traité comme « une priorité » sur leur agenda. Et ils ont chargé leurs ministres des Affaires étrangères de «  d’examiner toutes les options permettant de soutenir et d’aider l’opposition et d’apporter un appui plus important à la protection des civils ».

Quelles options ?

Une formule assez vague qui peut aller d’un soutien humanitaire plus important notamment dans les camps de réfugiés ou même sur place (par l’arrivée d’avions ou de bateaux directement sur les emplacements tenus par l’opposition quand ceci sera possible), à la levée de l’embargo sur les armes (celle-ci n’a été reconduite que pour 3 mois), en passant par la mise à disposition de moyens non létaux (moyens de transmission, informations satellites, …) sur place, d’un centre de gestion de crises (comme cela a été fait avec la Ligue Arabe en Egypte) comme à des options plus politiques, tel l’ouverture d’une “ambassade” de la coalition à Bruxelles, comme l’a proposé le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (La Belgique étant l’Etat hôte des institutions européennes, cette ouverture permettrait l’établissement d’un lien officiel et direct avec l’opposition). L’option d’une présence d’une force de stabilisation de l’ONU, ou autre, après le conflit doit aussi être étudiée maintenant, considèrent certains ministres des Affaires étrangères.

Nécessité d’une transition politique

Notons que les “27″ n’ont pas repris l’intégralité des résultats de la réunion de Marrakech. Ils n’ont fait que se « féliciter des résultats de la réunion » sans ajouter un mot sur une reconnaissance supplémentaire de l’opposition actuelle comme seul représentant légitime. Mais ils ont réitéré leur position que « une transition politique est nécessaire en Syrie dans la perspective d’un avenir sans le président Assad et son régime illégitime ».

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“Revitalisons la politique de défense commune” disent Dix ministres

(BRUXELLES2) Oubliés dans l’architecture du Traité de Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères se sont trouvés un nouveau rôle au niveau européen : servir de boites à idée. Ainsi sous la houlette de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, ils phosphorent sur le « futur de l’Europe ». Feuille de route de la dizaine de ministres : « tirer les leçons de la crise actuelle de la dette et voir comment l’Union européenne peut être plus efficace et  plus démocratique ».

Le compte-rendu de ces discussions est prévu pour septembre. Mais un rapport “intermédiaire” de 8 pages donne déjà, en guise de première réflexion, des premières pistes sur la gouvernance économique, l’efficacité démocratique et… la politique extérieure. Et quelles pistes ! Au menu, regroupement une seule tête pour le président du Conseil et le président de la Commission, mise en place d’une chambre des Etats (avec le Parlement européen et les parlements nationaux), … et au niveau de la politique étrangère et de défense (ce qui nous intéresse particulièrement), majorité qualifiée, revitalisation, regroupement, mise en commun voire… armée européenne !

Une réflexion “germanique”

Cette réflexion n’est pas entièrement nouvelle. De nombreuses personnalités ont réfléchi sur l’avenir de l’Europe à plusieurs reprises. Si le travail reste encore très théorique, avec de grandes idées. Mais cette fois, plutôt que d’envisager un nouveau cadre législatif, les ministres ont souhaité « concentrer leurs propositions dans le cadre des traités existants ». La troisième réunion du genre, à Berlin le 19 juin, a réuni environ une dizaine de ministres du centre (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne) et du sud de l’Europe (Italie, Portugal et Espagne).

La France a participé à ces travaux par le truchement de son ambassadeur. Le ministre était “retenu par d’autres obligations” m’a assuré un diplomate tricolore. Aux premières réunions, aussi, la France n’était pas représentée au rang ministériel. Il faut avouer que cette réflexion sur l’Union politique n’est pas vraiment encore ressentie comme une priorité par Paris : par l’équipe Sarkozy car ce n’était pas son logiciel de pensée, par l’équipe Hollande car elle arrive et est aussi prise en un débat délicat issu du référendum sur la Constitution entre ‘nonistes’ et ‘ouiistes’ que le Président ne souhaite pas vraiment rouvrir. Les plaies ne sont pas encore refermées. Et l’ancien secrétaire général du parti sait combien ce débat a coûté en divisions et en temps perdu. Sur les questions de politique étrangère, la France ne devrait cependant pas ressentir de difficultés à acquiescer (presque) à la plupart des points évoqués, puisqu’ils rencontrent nombre des préoccupations des “Weimar” (les cinq pays signataires de la “lettre de Weimar”).

Etre plus ambitieux sur la politique de défense

Les “Dix” veulent ainsi une « Europe plus engagée dans le monde » (le terme allemand “Globaler Spieler Europa” frappe plus fort). Certaines questions comme l’aide au développement, le contrôle des migrations, les négociations sur le climat, la sécurité énergétique et la politique commerciale doivent être reliées à la PESC et la PSDC. Le service diplomatique européen doit « continuer d’être renforcé », la prochaine étape étant la révision de la décision fondant ce service en 2013. « Pour faire des progrès, nous devons dès maintenant faire les bons choix » précisent-ils cependant. Nous devons également chercher à avoir des « sièges communs » dans les organisations internationales. Nous devons poursuivre le chemin pour pouvoir « parler toujours plus fort à l’extérieur avec une voix ». Les 10 envisagent de prendre davantage de décisions dans le domaine de la PESC à la « majorité qualifiée ». Une petite révolution…

Vers une armée européenne

Les “Dix” affirment surtout la nécessité d’une « revitalisation de la sécurité et de défense commune ». La « plupart » des ministres affichent ainsi des « objectifs ambitieux » en matière de politique de défense. Cela passe par « renforcer la planification civile et militaire et les capacités de conduite de l’Agence européenne de défense, avec davantage de partage et d’exploitation en commun des capacités ». Nous devons passer en revue – ajoutent-ils – ces « possibilités de mutualisation et partage des capacités ». Dans le long terme, nous devrions viser une « politique de défense européenne avec une articulation des efforts de l’industrie de l’armement »,  ce qui pourrait également inclure  pour « certains » États membres « une armée européenne ».

télécharger le rapport dans les Docs de B2

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Le projet de traité Zone euro est écrit. Texte et quelques commentaires (Maj)

(BRUXELLES2, analyse) La crise économique est une menace “sécuritaire” au même titre que d’autres, comme le rappelait justement le ministre de la Défense, Leon Panetta, récemment. B2 ne pouvait donc se désintéresser du nouveau Traité qui va être mis en place dans l’Union européenne. On en connait plus depuis cet après-midi. Le texte vient d’être en effet diffusé aux Etats membres, avec l’objectif de traduire le plus rapidement possible, en dispositions juridiques, l’accord politique obtenu au sommet du 9 décembre entre les dirigeants de la zone Euro.  L’objectif – ainsi qu’il est précisé dans l’article 1 – est d’aboutir à un « renforcement de la discipline budgétaire, la coordination et la gouvernance ».

Une méthode originale

Ce qui aussi intéressant que le contenu est la méthode de travail : ce texte a été préparé par les juristes du Conseil en liaison avec ceux de la Commission – les Etats membres n’étant pas associés -, puis transmis aux Etats membres. Mais il est rare que la presse soit associée à ce point puisqu’un briefing a été organisé au conseil afin de donner à la presse les premiers éléments contenus dans ce texte.

Le texte transmis aux Etats membres va maintenant être disséqué et commenté. Le premier travail se déroulera ensuite en groupe de travail “Zone euro” élargi à tous les membres de l’Union européenne (y compris les Britanniques), puis devrait passer directement aux chefs d’Etat ou de gouvernement. Aux discussions techniques participeront également la Commission européenne et le Parlement européen, chaque délégation aura 3 membres. L’objectif étant d’aboutir à une signature dès mars. Le lieu n’est pas fixé. Mais de l’avis général, le plus facile serait de le faire en marge d’un des Conseils européens, à Bruxelles. Un sommet informel est d’ores-et-déjà convoqué le 3 février, afin d’affiner les discussions.

Un accord de droit international

Cet accord est un accord international classique, et non un accord communautaire, même s’il donne aux institutions communautaires (Cour de justice…) certaines compétences. Il obéit donc aux règles du droit international, notamment pour tout ce qui n’est pas mentionné dans ce texte.

Il est écrit en anglais (ce qui n’est pas d’ordinaire l’habitude suivies dans les services juridiques de l’UE, où les Traités étaient souvent rédigés en français).

Il comprend 14 articles divisés en six titres : l’objectif, le contenu et les relations avec le droit communautaire, la discipline budgétaire, la convergence économique, les sommets européens, les dispositions finales.

A qui s’applique-t-il ?

Les parties contractantes de l’accord sont les Etats de la zone Euro. C’est à eux qu’il s’applique en priorité. Mais il peut aussi être appliqué par les autres Etats de l’Union européenne qui y souscrivent et le ratifient. Ceux-ci bénéficient même d’un régime privilégié car ils peuvent choisir d’appliquer volontairement une ou plusieurs dispositions du Traité.

Tous les Etats membres ayant « indiqué leur volonté de participer à cet accord ont les mêmes droits », qu’ils soient membres ou non de la Zone euro, précise un juriste. Le Royaume-Uni a d’emblée indiqué qu’il ne voulait pas être partie à l’accord, il sera donc “observateur”.

Les parties s’obligent à « appliquer cet accord en conformité avec les Traités européens et la loi européenne ». Ce texte « ne peut contredire les dispositions déjà en vigueur ou qui ressortent de la compétence de l’UE » (article 2).

Quand entre-t-il en vigueur ?

Cet accord entre en vigueur le mois suivant la 9e ratification d’un Etat partie. Ce qui est une rupture avec le principe en vigueur de l’unanimité nécessaire pour la ratification en application dans l’Union européenne depuis sa création. En revanche, cette pratique est d’usage très courant en droit international. Le Traité ne sera applicable qu’aux Etats l’ayant signé, au fur et à mesure de leur ratification. Un seul point est applicable dès l’entrée en vigueur, à tous : la tenue des sommets européens. « On ne peut avoir une participation en fonction de la ratification ou non” souligne un juriste ayant participé à la rédaction de ce projet.

Comment peut-il être modifié ?

Cette question n’est pas mentionnée. Elle doit donc être « réglée selon les règles du droit international classique » précise un juriste européen. Concrètement, le Traité ne pourra être modifié qu’à l’unanimité des Etats participant à l’accord et l’ayant ratifié (et non pas seulement à l’unanimité des signataires). NB : il parait cependant difficile politiquement de ne pas associer au minimum les Etats de la Zone euro, même ceux n’ayant pas ratifié.

Que se passe-t-il en cas de litige ?

Rien n’est précisé sur ce point. Mis à part la compétence de la Cour de justice européenne (CJUE) sur l’application de la règle d’or. Suivant le droit en vigueur, ce pourrait donc être la Cour internationale de justice qui soit saisie. Ou une instance d’arbitrage choisie au gré de la volonté des Etats ; pourquoi par la CJUE, dans ce cas.

Le contenu : discipline, convergence, sommets…

Les mesures décrites reprennent celles contenues dans l’accord du 9 décembre, à commencer par la règle d’or (équilibre des recettes et dépenses des budgets publics (general government) ; respect d’un maximum de 0,5% du PIB nominal de déficit par an, permettant d’assurer une marge de sûreté par rapport à l’objectif de 3% de déficit excessif). Cette règle d’or doit être introduire de façon obligatoire par une règle constitutionnelle ou de nature équivalente. Un mécanisme de correction automatique doit être défini au niveau national – sur la base de principes communs. (article 3) Tout manquement à ces principes pourra être contrôlé les tribunaux nationaux comme par Cour de justice européenne, auquel le Traité donne compétence. NB : Contrairement à la procédure communautaire, seul un Etat membre pourra se plaindre à la Cour (et non la Commission européenne). Ce qui en limite d’autant la portée.

Les Etats s’engagent à réduire leur endettement moyen d’un vingtième par an (article 4). Nb : Une disposition déjà prévue en fait dans le “6 pack” et qui donne ainsi à une règle du droit dérivé, une valeur du droit primaire.

Ils s’engagent à soutenir les propositions de recommandations mises sur la table par la Commission européenne en cas de déficit excessif à moins qu’une majorité qualifiée s’y opposent. La majorité qualifiée étant définie par référence au Traité européen (article 7).

Convergence

Les mesures relatives à la convergence sont davantage d’ordre politique que vraiment juridiques. Les Etats s’engagent à prendre « toutes les actions nécessaires » pour renforcer leur convergence, leur compétitivité et améliorer le fonctionnement de l’union économique et monétaire (article 9). Ils conviennent de recourir, « si nécessaire et approprié », à la coopération renforcée sur les sujets essentiels au fonctionnement harmonieux de la zone euro (article 10). Ils conviennent de discuter ensemble des réformes économiques majeures qu’ils planifient (avant de les appliquer). Une coordination qui devra impliquer les institutions de l’UE (article 11). Les parlements nationaux et européen seront associés à certaines discussions (article 12).

Réunions au sommet

Le Traité entérine le principe de réunions du sommet de la zone euro ; leur nombre est fixé à « deux par an ou plus » (article 13) et non un tous les mois, comme souhaité par la lettre franco-allemande. C’est un traité « destiné à durer » précise un juriste, on doit donc une disposition qui soit adaptable et non liée à certaines circonstances. Y participent les Etats membres de la zone Euro et le président de la commission européenne, ainsi que le président de la Banque centrale comme invité. La présidence de ce sommet sera fixe, confiée à un président élu à la majorité simple en même temps que le Conseil européen élit son président et pour la même durée.

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A l’agenda de la présidence danoise, pas d’informelle Défense

(BRUXELLES2) C’est une première. Il n’y aura pas d’informelle des ministres de la Défense durant la présidence danoise. Celle-ci bénéficie d’un opt-out en matière de défense. Et malgré l’existence d’un Haut représentant qui, normalement, gère l’agenda des ministérielles, la présidence reste toujours maitre des réunions informelles. Seule aura donc lieu la réunion formelle des ministres de la Défense – qui aura lieu selon le format traditionnel, le même jour que celle des ministres des Affaires étrangères, le 23 avril.

Affaires étrangères et Conseil européen

Le gymnich – la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères – aura lieu les 9 et 10 mars à Copenhague. Tandis que les réunions formelles des Affaires étrangères auront lieu à Bruxelles (ou Luxembourg selon le mois) : le 29 janvier, le 27 février, le 26 mars, le 23 avril, le 21 mai et le 25 juin. Quant à la réunion du Conseil européen, trois sont d’ores-et-déjà programmées : le 1er et 2 mars, le 25 mai et le 28 et 29 juin. Mais plusieurs autres réunions peuvent s’ajouter d’ici là. Le 1er mars paraît bien lointain dans un rythme accéléré de crise budgétaire et économique, accentué par la pression des marchés.

Calendrier à télécharger dans les docs de B2

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Quelques leçons du dernier sommet : boutons l’Anglais hors de l’UE ?

(BRUXELLES2)  L’isolement britannique tant redouté par les uns, ou espéré par les autres semble réel aujourd’hui. Mais ce n’est pas une surprise. Plutôt que d’isolement, on pourrait plutôt parler d’un lent détachement. Pour autant, on ne saurait crier victoire. Etre “débarassé” des réticences britanniques ne résout pas tout. L’accord obtenu le 9 décembre est conduit pas une logique par trop intergouvernementale pour être tout à fait “honnête”. Il repose sur des faiblesses juridiques qui pourraient être utilisées. Et il ne répond que très partiellement aux failles constatées lors de la mise en place du Traité de Maastricht et aux enjeux de la crise actuelle.

Des Britanniques incompris ou qui ne comprennent plus 

Les Britanniques qui avaient toujours réussi à glisser leur chaussure dans la porte de l’Europe, en bloquant certaines évolutions ou en accélérant certaines au contraire, semblent avoir perdu de leur magic touch. Il semble que le gouvernement de David Cameron ne comprenne plus vraiment l’évolution du continent. Evolution rapide, il est vrai. En quelques années, les esprits ont changé. Dans le début des années 2000 où les Britanniques arrivaient à entraîner derrière eux nombre de pays dans un esprit de faible intégration et d’élargissement continu ou  dans des opérations militaires délicates (l’Irak) semble révolu.

Aujourd’hui, il y a eu une nette évolution. D’abord l’élargissement à l’Est n’a pas amené de troupes supplémentaires au Royaume-Uni, comme l’avaient craint ou espéré certains. Au contraire. Peu à peu, chacun des pays concernés a retrouvé sa place continentale. La renégociation du cadre financier pour la période suivante (2014-2020) a montré aux nouveaux entrants que leur intérêt n’était pas toujours du côté britannique. La récente sortie de Radek Sikorski, le ministre polonais des affaires étrangères, est à cet égard significative. Elle consiste en une vibrante attaque de la position britannique. Pourtant l’homme n’est pas a priori hostile. Il a élevé au biberon londonien et est plutôt un “libéral” dans l’âme.

Cet isolement britannique n’est pas le premier non plus. Au mois de juillet, les Britanniques s’étaient ainsi retrouvés tout seuls, ou presque (avec la seule réserve lettonne), sur la création d’un QG européen de conduite des opérations militaires et avaient dû opposé un veto en bonne et due forme. Il y a 7 ans, c’étaient la France, l’Allemagne, avec la Belgique et le Luxembourg comme seuls soutiens qui s’étaient retrouvés ainsi isolés.

L’heure de vérité

(crédit : Parliament Tv)

A Londres a commencé une délicate partie d’explications pour le Premier ministre, David Cameron, qui va devoir démontrer qu’il a tout fait pour défendre les intérêts britanniques – le seul message qui trouve grâce outre-Manche – et qu’il n’a pas au contraire fait perdre de l’influence au drapeau de sa gracieuse majesté. Une heure de vérité qui a déjà commencé avec son allié de gouvernement les libéraux et démocrates de Nick Clegg. Devant la chambre des communes aujourd’hui (12 décembre), celui-ci avait tout simplement choisi de ne pas être présent sur les bancs du gouvernement.

Cette non-participation britannique lève le tabou sur une question centrale : la place du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, est-elle en dehors ou en dedans ? Cette question était déjà prégnante du débat politique britannique. Mais elle commence à faire son chemin au sein de certaines opinions publiques européennes. Plusieurs commentaires européens à l’image de mon confrère Jean Quatremer (Libération) ou du professeur Mario Telo (ULB) ne cachaient pas leur joie après le sommet. Le “Boutons l’anglais hors du continent” pourrait devenir un slogan sur le continent. Et l’exemple de l’accord du 9 décembre pourrait susciter une certaine émancipation…

Le travail et la place de la commissaire britannique, Catherine Ashton (par ailleurs Haute représentante de l’UE), ne va pas s’en trouver facilité. Personnellement plutôt pro-européenne, avec un chef de gouvernement enclin à donner aux eurosceptiques des gages, mais en désaccord avec un vice-Premier ministre, c’est plutôt le grand écart. Idem en matière de positionnement sur la suite à donner à l’accord. Va-t-elle défendre l’institution communautaire façon Londres (celle-ci doit être réservé aux projets à 27 et non pour la zone Euro) ou façon Bruxelles (trouver une voie pragmatique de progresser à 26) ? Au passage, il est remarquablement piquant de voir les rôles ainsi renversés : le gouvernement britannique se posant en grand défenseur des institutions communautaires. :-)

Une logique intergouvernementale

Pour autant, les Européens sans les Britanniques ne sont pas pour autant sauvés. L’accord conclu le 9 décembre va prendre la forme d’un accord intergouvernemental et non d’un accord communautaire. Une logique qui correspond très bien à l’esprit de Nicolas Sarkozy. C’est une constante chez le dirigeant français. Quand il était ministre de l’Intérieur, il était le spécialiste de ces réunions à quelques uns avant les réunions de l’UE (le “G5″ réunissant ses homologues allemand, espagnol, britannique et italien). Son discours de Toulon en atteste clairement. « L’Europe se refondera en tirant pragmatiquement les leçons de la crise. (…) C’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne parce que l’Europe va devoir faire des choix stratégiques, des choix politiques. »

La prochaine bataille sera juridique

L’accord approuvé au Conseil le 9 décembre recèle de nombreuses imperfections. Et les juristes vont pouvoir désormais « s’arracher les cheveux » – ainsi que me l’a confié un diplomate – pour traduire cela en termes juridiques. L’emploi des structures communautaires (Cour de justice européenne, Commission européenne) pour l’application d’un accord gouvernemental ainsi que le rôle du Parlement européen restent encore assez flous.

La menace d’une saisine par le Royaume-Uni de la Cour de justice pour faire annuler cet accord n’est pas exclue. Le premier ministre David Cameron l’a même évoqué publiquement devant son Parlement, lundi (12 décembre). Ce traité est hors de l’Union européenne, il ne peut traiter de sujets qui sont dans l’Union européenne (comme la régulation financière). Les Britanniques sont dotés de bons juristes ; ils l’ont montré par le passé notamment en faisant annuler plusieurs programmes sociaux européens. Une potentielle annulation d’une partie de l’accord n’est pas exclue. Ce qui mettrait par terre une partie de la construction du dernier sommet.

Les failles du Traité de Maastricht

L’accord montre également, 20 ans après, que le traité de Maastricht était vraiment incomplet. Ayant refusé d’aller jusqu’à l’Union politique, la monnaie unique n’a pas résisté à sa première “vraie” crise. Les traités suivants n’ont pas réussi à rattraper cette faille, se concentrant sur des sujets somme toute annexes – la réduction de la taille de la Commission, la répartition des votes au sein du Conseil -… plutôt que de s’attaquer au fond. On peut craindre qu’il en aille de même du “fiscal compact” adopté le 9 décembre. Celui-ci se concentre uniquement sur quelques critères budgétaires (règle d’or de 0,5% maximum de déficit par an, sanctions automatiques…). Il ne donne aucun élément pour la croissance, pour la relance économique, pour une “union économique plus forte” ainsi qu’énoncé dans les objectifs de ce nouveau Traité.

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Les 27 appellent à sanctionner l’Iran. L’embargo pétrolier en filigrane

(BRUXELLES2) La politique étrangère ne constituait pas vraiment un sujet de ce sommet européen qui vient de se terminer vendredi (9 décembre). C’est rare. Mais ce sommet était exceptionnel. Les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont tenu cependant à inclure dans leurs conclusions un paragraphe sur l’Iran. Celui-ci reprend les conclusions adoptées par les ministres des Affaires étrangères, le 1er décembre. Les 27 expriment ainsi « à nouveau (leur) préoccupation croissante concernant la nature du programme nucléaire mis en œuvre par l’Iran (…) et le non-respect par l’Iran de ses obligations internationales ».

Cette prise de parole était importante a souligné un diplomate européen à B2. Cela « permet d’élever d’un niveau – des ministres des Affaires étrangères vers les chefs d’Etats et de gouvernement – la réponse à apporter à l’Iran. Il y avait traditionnellement depuis plusieurs années, un paragraphe sur l’Iran dans les conclusions des sommets. » Elle donne ainsi un mandat clair aux ministres des Affaires étrangères d’aboutir à un accord sur de nouveaux types de sanctions. Ceux-ci ne sont pas précisés. Mais on entend généralement sous ce terme des mesures comme l’embargo pétrolier.

Des mesures supplémentaires (embargo) à décider d’ici fin janvier

Une mesure sur laquelle les 27 ministres des Affaires étrangères n’avaient pas réussi à s’entendre, le 1er décembre, se contentant d’ajouter 180 noms  à la liste noire de l’UE, interdits de visas ou dont les avoirs sont gelés. Les 27 se donnent ainsi un délai – jusqu’au 30 janvier 2012, date du prochain conseil des Affaires étrangères – pour adopter des « mesures supplémentaires à l’encontre de l’Iran ». En attendant, les experts des groupes de travail “sanctions” et les ministres doivent « poursuivre en priorité ses travaux relatifs à l’extension du champ d’application des mesures restrictives de l’UE et à l’élargissement des sanctions actuellement en vigueur ». Les 27 rappellent cependant volonté d’aboutir à un règlement diplomatique du dossier nucléaire iranien, selon le principe de la double approche – sanctions et dialogue - . Un dialogue pour l’instant dans l’impasse. La dernière lettre de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, n’ayant pas (encore) reçu d’écho très positif à Téhéran.

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