La diplomatie européenne à l’épreuve du monde

(B2) Malgré le pessimisme ambiant, la situation n’est pas pire qu’il y a un an. 2018 a été une année de tensions, avec de nouvelles problématiques diplomatiques soulevées notamment par le président Trump. Pourtant, il y a eu des avancées, avec la conclusion d’accords, parfois historiques, comme en Macédoine ou dans la Corne de l’Afrique. Pour ne pas sombrer dans un pessimisme ambiant, mais en restant réaliste, petit tour d’horizon. 

Des ilots d’espoir dans le monde

Dans la Corne de l’Afrique, un mouvement historique semble s’amorcer avec l’accord de coopération Erythrée-Ethiopie-Somalie signé en septembre, suivi d’un accord de paix entre les deux frères ennemis éthiopien et érythréen. Dans le Golfe, un accord s’est fait en décembre à Stockholm entre les parties yéménites ; accord très fragile, qui a peu de chances de s’émanciper, mais il s’agit d’un premier accord.

En Syrie, la guerre civile interminable semble amorcer une dernière phase, certes sinistre, dans laquelle la communauté internationale accepte, à demi mot, que la solution devra inclure Bachar al Assad, en passe d’achever la reconquête d’une bonne partie du territoire avec l’aide des alliés Russes et Iraniens. Le trio russo-turco-iranien qui gère désormais le processus à la fois militaire et politique a, contrairement aux augures négatifs, tenu la corde et 2019 pourrait amorcer la fin d’un conflit quasi décennal. La Syrie, exclue de la Ligue arabe en 2015, reprends les contacts avec les pays musulmans, qui semblent disposés à dialoguer.

L’accord entre la Macédoine et la Grèce, pour rebaptiser le premier en « République de Macédoine du Nord » a été ratifié par le parlement macédonien ce 11 janvier 2019. S’il est ratifié par les Grecs, il supposera une avancée historique qui permettra au pays d’entrer dans le club de l’OTAN (et à long terme dans l’UE) et d’insuffler un air de pacification dans la région. 

En Amérique latine, plus de deux ans après sa signature, l’accord de 2016 avec les FARC semble tenir en Colombie, malgré l’élection d’Ivan Duque (en juin 2018), très critique avec l’accord.

Côté gris, stabilisation et perspective de paix

L’accord nucléaire avec l’Iran, malgré la défection américaine, tient encore, pas pour longtemps peut-être, mais il tient. L’Europe est ici mise au défi de réussir son pari, risqué, de créer le « special purpose vehicule » pour soutenir les entreprises européennes et leur permettre de contourner les sanctions américaines.

En Afrique, les pays du Sahel (Niger, Mali,…) ont tenu bon. Mais l’offensive des groupes rebelles et terroristes, si elle est contenue, est loin d’être réduite. Elle s’étend même au Burkina Faso désormais. Et la montée en puissance du G5 Sahel est lente, très lente… La situation pourrait également se compliquer avec l’organisation d’élections législatives et présidentielles au Mali, en avril. Le Nigéria aura également des élections législatives le 16 février prochain.

Dans le reste de l’Afrique centrale, la situation s’est maintenue relativement calme. Il faudra cependant surveiller la RD Congo, le Cameroun et le Tchad, où l’organisation d’élections peut enflammer les pays.

La Libye n’est plus le trou noir de 2017 mais reste anarchique, avec toujours deux pôles politiques en opposition. Une solution pourrait se profiler, incluant le générale Haftar dans l’équation. Un évènement clé sera l’organisation d’élections législatives au printemps.

Au Soudan du Sud, où une demi-décennie de guerre a dévasté le pays, un autre accord de paix a été signé entre les parties belligérantes en septembre. Certains voient des signes d’espoir en cette nouvelle trêve, ouvrant la voie au retour des réfugiés et à la reconstruction du pays. L’accord est pourtant instable et pourrait, comme celui de 2015, échouer après sa signature. L’organisation d’élections au printemps 2019 viendra accentuer les rivalités et pourrait déstabiliser le pays (où les groupes armés restent actifs et font régner un climat d’insécurité) et le refaire plonger dans le conflit.

Dans les Balkans, zone qu’on croyait apaisée, les dérives nationalistes — au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine notamment — réveillent un passé douloureux, obligeant les Européens à se consacrer à cette zone, à nouveau, plus qu’ils ne l’ont fait dans le passé.

Côté noir,

Ukraine. Le conflit dans l’Est de Ukraine, loin d’être gelé, comme le qualifient certains analystes irréalistes, produit son quota de morts chaque jour. Le processus de négociation entamé à Minsk, s’il a permis de garder un canal de dialogue, n’a pas produit ses effets. Et les Russes ont ouvert, avec logique, un nouveau front, maritime, pour contrôler l’entrée et la circulation dans la mer d’Azov. Avec des élections prévues en mars, le gouvernement de Porochenko pourrait être tenté de répondre aux attaques de manière forte. 

Quant au processus de paix au Moyen-Orient, à défaut d’être totalement mort, il est en coma dépassé. L’ambassadeur suédois à l’ONU l’indiquait récemment en quittant son siège temporaire au conseil de sécurité des Nations unies. Les initiatives françaises et européennes ayant totalement échoué, on attend désormais des États-Unis qu’ils présentent leur stratégie. Mais la décision de déplacer l’ambassade à Jerusalem ne porte pas à l’optimisme, d’autant qu’elle est suivie par d’autres pays. 

En Amérique latine, la conjoncture politique et économique est orientée au noir. Les acquis diplomatiques de ces dernières années ont été remisés. Oubliée la consolidation d’espaces diplomatiques autonomes. Oubliée la priorité donnée au multilatéralisme. Oubliées les coopérations sud-sud. Au nom du recyclage d’une politique extérieure de guerre froide. Les discours offensifs de défense du monde libre ont repris du service. Conséquence la plus immédiate, ces milliers de Centraméricains qui marchent vers le Nord, créant un flux migratoire aux répercussions encore indéterminées. La crise principale, politique et humanitaire, est celle du Venezuela, dont le second gouvernement de Nicolas Maduro n’est pas reconnu par la communauté international. 

L’Union européenne doit prendre sa place

Dans tous ces bouleversements mondiaux, la diplomatie européenne tient son rang. Mais sans audace. L’accord sur le nucléaire iranien est soutenu à bout de bras par les Européens qui ont réussi à le maintenir en vie. En Libye, elle a été mise de côté par la France, puis par l’Italie. Dans le Sahel, elle est très active mais les résultats ne sont pas à la hauteur, tant sur le plan sécuritaire que politique. Le risque est très grand de perdre la bataille de la visibilité, au profit de la Russie. En Syrie, c’est une des grandes absentes. Et avec le Brexit qui arrive, l’Union est attendue au tournant. Pour quasiment tous les Européens, il semble évident qu’il faut davantage d’action européenne, mais laquelle ? Beaucoup peut être fait en politique extérieure et le sujet devrait s’imposer comme un des éléments clés des élections européennes, où seront définies les orientations pour les prochaines années.

(Nicolas Gros-Verheyde et Leonor Hubaut)

Le Sénat US demande la suspension de l’aide militaire à l’Arabie saoudite. Et l’Europe ?

(B2) « Le Sénat américain a adopté jeudi (13 décembre), une résolution bipartisane enjoignant au gouvernement Trump le retrait des forces armées du conflit au Yémen qui n’ont pas été autorisées par le Congrès ». Ce dans les 30 jours.

Les sénateurs à l’initiative de la résolution, Bernie Sanders au micro (Source : Sénat US)

Une assistance militaire non autorisée par le Congrès

Cela revient à annuler toute assistance militaire américaine à l’Arabie saoudite liée à sa guerre au Yémen. Car, comme le rappellent les sénateurs, « aucune disposition n’autorise la fourniture d’une assistance au ciblage [des bombes] ou de ravitaillement en vol aux avions de l’Arabie saoudite ou Émirats arabes unis engagés dans de telles opérations ». La Maison blanche avait déjà suspendu, en novembre, certaines opérations de ravitaillement en vol.

Une résolution bipartisane

Portée de façon bipartisane par trois sénateurs, Bernie Sanders (Indépendant, Vermont), Mike Lee (Républicain, Utah) et Chris Murphy (Démocrate, Connecticut), cette résolution a été votée à une nette majorité : 56 voix Pour, 41 Contre. Une petite dizaine de républicains ont ainsi voté Yes (la liste des votes), montrant leur mécontentement envers leur chef. Elle doit encore être votée par la Chambre des représentants, qui basculera côté démocrate, quand les nouveaux élus auront pris leurs sièges début 2019.

La condamnation de MBS

Non content de cette semonce, le Sénat a approuvé une autre résolution (non contraignante) reconnaissant « la responsabilité du prince Mohammed Bin Salman pour le meurtre de Jamal Khashoggi ». Il met en garde aussi Ryad contre l’augmentation des équipements militaires de l’Arabie Saoudite venant de Russie et de Chine. Cela pose « un défi à la force et l’intégrité de la relation militaire ancienne entre les USA et l’Arabie saoudite, qui peut introduire des risques économiques et pour la sécurité nationale des deux parties ».

Un geste fort

Ces deux résolutions sont un camouflet à la politique de Donald Trump et sa mansuétude vis-à-vis de l’Arabie saoudite que ce soit pour son rôle dans le conflit au Yémen ou dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier.

Et en Europe : une démocratie moins vibrante qu’aux USA ?

Une certaine timidité sur le rôle de MBS

Le Parlement européen, le 25 octobre 2018, a estimé «  hautement improbable » ait pu se produire « à l’insu ou en dehors du contrôle » du prince héritier saoudien Mohammed bin Salmane. Une terminologie beaucoup plus alambiquée que celle des sénateurs US qui sont plus directs et plus francs, mettant en cause sa « responsabilité ».

La demande d’un embargo sur les armes sans conséquence

Les parlementaires européens ont voté à plusieurs reprises des motions demandant la mise en place d’un embargo sur les armes pour l’Arabie saoudite, en dernier lieu en novembre (2). Mais c’est une simple recommandation, très facultative. Le Parlement n’a pas de rôle dans ce domaine. C’est de la compétence des États membres. Ce qui est le sens du Traité. Mais aussi celle de l’Union européenne.

L’abdication de la compétence européenne

J’ai posé la question au porte-parole de la Haute représentante. La position officielle est de dire qu’elle n’a pas de compétence dans le domaine et que cela ressort des États membres. Ce qui est, selon moi, abdiquer sa compétence. La Haute représentante peut en effet tout à fait présenter une initiative en matière de politique étrangère, notamment un embargo sur les armes pour un pays donné, la décision devant ensuite être prise à l’unanimité par les États. C’est légèrement différent…

Pas d’impetus des États membres

En l’occurrence, la Haute représentante n’a pas vraiment senti d’impetus parmi les États membres pour mettre en place un embargo à l’échelle européenne sur l’Arabie saoudite. La France est vent debout contre cette mesure. Elle est loin d’être la seule, même si certains sont plus discrets : l’Italie, le Royaume-Uni (au rôle ambivalent), et plusieurs pays de l’Est qui sont des fournisseurs patentés du Royaume arabe (comme la Bulgarie), sont sur la même ligne. Federica Mogherini a préféré renoncé à présenter toute initiative en ce sens.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Le Sénat US a aussi demandé dans les 90 jours un rapport évaluant les risques posés par cette suspension pour la sécurité américaine, notamment le risque terroriste, la population d’Arabie saoudite, et ses effets sur la crise humanitaire. 
  2. Lire Le Parlement veut réclamer un contrôle accru des exportations d’armes et un embargo vers l’Arabie Saoudite

Incidents en série entre Ukraine et Russie dans le détroit de Kertch. L’UE appelle à la désescalade

(B2) Le conflit entre Russie et Ukraine qui était essentiellement terrestre et de communication, se prolonge aujourd’hui en mer. Entre les marines ukrainienne et russe, dans le détroit de Kertch, la situation a dégénéré ce dimanche

Le remorqueur ukrainien Yani Kapu percuté par le navire des garde-côtes russes Don (crédit : Ukraine – A. Azerov)

Un navire percuté

Tout a commencé ce dimanche (25 novembre), aux premières heures de la matinée, quand un convoi de navires ukrainiens, composé de deux petits bateaux blindés d’artillerie, le Berdiansk et le Nikopol, a voulu traverser le détroit de Kertch, séparant la Crimée de la Russie, pour aller du port d’Odessa au port de Mariupol à travers la mer d’Azov. Ils ont été suivis par deux navires russes : la corvette Suzdalets (071) et le navire des garde-côtes Don. Ce dernier a alors percuté l’avant du remorqueur ukrainien Yani Kapu (A-947), a signalé la marine ukrainienne sur Facebook ce dimanche (25 novembre). Le moteur principal du navire a été endommagé et un des canots de secours a disparu sous le choc.

Un navire touché, six blessés

Après avoir quitté la zone des 12 miles, le groupe naval de la marine ukrainienne s’est retrouvé sous le feu des gardes-côtes du FSB russe » a annoncé ce soir à 20h28 heure de Kiev (19h28 heure CET) la marine ukrainienne. « Le Berdiansk pris sous les tirs a dû stopper sa navigation. Un marin ukrainien a été blessé » dans l’action.

Saisie des trois navires

Peu de temps après, vers 21h20 (heure de Kiev), les trois navires, le Berdyansk, le Nikopol et le remorqueur portuaire Yani Kapu « ont été contraints de s’arrêter et saisis par les forces spéciales russes » annonce la marine ukrainienne. « Deux marins ukrainiens ont été blessés. » En fait au total, six blessés ont été recensés par les autorités ukrainiennes, 23 marins étant retenus par les Russes.

(Укр – Eng – Fr – Deu – Rus)МВС України за допомогою спецзасобів отримало доступ до відео провокації -таран російським прикордонним кораблем "Дон" українського судна.Перехоплене відео знято російськими військовими, чутні команди – це піде доказом в міжнародний суд!Агресія!Гуртуємось! Очікуємо реакції дружніх країн!Друзі з ближнього та далекого зарубіжжя – реально підтримуєте Україну?! Прошу не обмежиться стурбованістю. Потрібні дії!* * *(Eng)Ministry of Internal Affairs of Ukraine, with the help of special means, got access to a video of provocation – Russian coast guard ship "Don" ramming Ukrainian 🇺🇦 vessel.Intercepted video is taken by the RF, commands heard. That will stand as a prove to the international court!Aggression!Let's stand together and anticipate reaction of friendly countries!Friends from Near and Far Abroad – Do you really support Ukraine? I ask you not to confine on inquietude only. Action is required!* * *(Fr)Le ministère des Affaires intérieures de l'Ukraine, avec l'aide de moyens spéciaux, a eu accès à une vidéo de provocation – le taran du navire-frontière russe "Don" du navire ukrainien🇺🇦.La vidéo interceptée est prise par lа Fédération Russe, les commandes entendues. Cela prouvera au tribunal international!L'agression!On se rassemble et attend la réaction des pays amis!Amis de l'étranger proche et lointain – Soutenez-vous vraiment l'Ukraine? Je vous demande de ne pas vous limitez seulement par l'inquiétude. L'action requise!* * *(Deu)Das Innenministerium der Ukraine bekommte mit Hilfe einer speziellen Ausrüstung ein Video in dem ein russischer Grenzschiff "Don" eines ukrainischen Schiffes gerammt hat.Abgefangenes Video wurde von Russen gefilmt. Befehlen sind zu hören. Es wird als Beweismittel vor einem internationalen Gericht verwendet.Aggression!Wir warten auf die Reaktion der befreunden Länder!Freunde aus nah und fern im Ausland – unterstützen Sie die Ukraine! Bitte, beschränken Sie nicht nur auf Erfahrungen! Aktion ist forderlich!* * *(Rus)МВД Украины с помощью спецсредств получило видео провокации – тарана российского пограничного корабля "Дон" украинского судна.Перехваченное видео снято российскими спецслужбами, слышны команды – это станет доказательством в международном суде!Агрессия!Сплачиваемся! Ожидаем реакции дружественных стран!Друзья из ближнего и дальнего зарубежья – реально поддерживаете Украину?! Прошу не ограничиваться "озабоченностью". Требуются действия!

Gepostet von Arsen Avakov am Sonntag, 25. November 2018

Le respect de la frontière pour les uns, de la libre circulation maritime pour les autres

Selon le FSB, cité par Sputnik news, ces navires ont « traversé la frontière russe de façon illégale ». Et « les bâtiments ont effectué des manœuvres dangereuses en négligeant les demandes des autorités russes ». Des vedettes militaires et un cargo se sont mis en travers sous le pont de Kertch pour bloquer la navigation, indique le média russe.

Selon la marine ukrainienne, les plans de navigation avaient été notifiés à l’avance conformément aux règles internationales déclarent les Ukrainiens. Ils affirment que « toutes les actions illégales ont été enregistrées par les équipages des navires et le commandement de la marine ukrainienne et que les rapports seront remis aux agences internationales respectives ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un appel de l’UE au retour au calme

L’Union européenne a réagi ce soir par l’intermédiaire d’un communiqué du porte-parole de la Haute représentante. « Nous attendons de la Russie qu’elle rétablisse la liberté de passage dans le détroit de Kertch et nous demandons instamment à tous d’agir avec la plus grande retenue pour désamorcer immédiatement la situation » a indiqué la porte-parole de la Haute représentante de l’UE.

Ces événements « montrent clairement que l’instabilité et les tensions ne peuvent qu’augmenter si les règles fondamentales de la coopération internationale ne sont pas respectées », comme l’avait indiqué la Haute représentante fin octobre devant le Parlement. Rappelons que l’UE considère l’annexion de la Crimée, tout comme la construction du pont de Kertch, comme « une violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine »


Un problème de contrôle des eaux

Pour situer le problème, rien ne vaut une petite carte. Le détroit de Kertch permet de contrôler la navigation entre les deux parties de l’Ukraine, l’Ouest (à Odessa) et Mariupol (à l’Est). L’annexion de la Crimée par la Russie a entraîné ipso facto l’annexion des eaux territoriales dans la limite des 12 miles. Ce qui entraîne un contrôle total de la Russie sur l’entrée de la mer d’Azov.

 

 

Le détroit de Kertch permet de contrôler la navigation entre les deux parties de l’Ukraine, l’Ouest (à Odessa) et Mariupol (à l’Est)

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519

Israël-Palestine : l’Europe doit soutenir l’initiative française

GillesPargneauxDebatPsdc@PE150519(B2) a décidé de donner la parole à plusieurs intervenants du secteur dans cette nouvelle série (et rubrique). Gilles Pargneaux est l’auteur de notre carte blanche de juin. Député socialiste français, élu du grand nord, au Parlement européen (*), il milite en faveur de l’initiative française pour résoudre le conflit israélo-palestinien, convaincu que le contexte international en ébullition est paradoxalement favorable à la résolution du conflit. Il souhaite un leadership non seulement français mais européen, le Quartet étant plus une gêne qu’une aide, pour amener les pays arabes à s’impliquer dans la solution.

Le conflit à son summum 

Rarement le conflit israélo-palestinien n’a paru aussi loin d’une résolution. Après la fin des hostilités de l’été 2014 entre Israël et le Hamas, ce n’est pas le calme qui s’est installé, mais plutôt un climat de tension, où l’actualité est rythmée par les coups de couteau aveugles, les voitures béliers meurtrières et les incendies volontaires provoqués par les colons.

Rarement le désespoir de deux peuples n’aura eu un visage si désespérant qu’avec cette quotidienneté de la violence.

Rarement, aussi, l’attention de la communauté internationale n’a été si éloignée de la question palestinienne. Le conflit syrien et l’entreprise d’horreur de l’organisation Etat islamique [Daesh/ISIL] occupent la plupart des chancelleries, tout comme l’attention des opinions publiques.

Le tumulte qui ravage le Proche-Orient a changé la donne entre Israël et les pays arabes. Beaucoup de Palestiniens et d’Israéliens s’inquiètent d’une possible percée de l’Etat islamique à Gaza et en Cisjordanie.

L’absence de résultats de la politique du Hamas et l’entêtement du gouvernement israélien à vouloir fixer les conditions d’un retour au dialogue constituent le terreau fertile pour d’autres acteurs toujours plus hostiles à la coexistence pacifique. Les étincelles du terrorisme sont partout en Palestine. Aucun pays du Proche-Orient n’a aujourd’hui intérêt à laisser émerger un conflit de plus.

Un climat propice ?

Une majorité d’Israéliens et de Palestiniens veulent la paix. Si l’on ajoute l’envie des pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël, nous avons un terrain fertile pour la reprise des négociations. Dès 2002, une Initiative de paix arabe a été proposée par la Ligue arabe pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Pour ces pays, la paix avec Israël permettra l’émergence d’un grand arc de stabilité qui partira du golfe de la péninsule arabique jusqu’à la Méditerranée. Un tel territoire ne laisse pas indifférent ces pays, qui veulent avant tout organiser la lutte d’influence régionale à laquelle ils se livrent avec l’Iran.

L’Europe a les moyens d’assumer le leadership

Dans cet enchevêtrement complexe d’intérêts, l’Europe dispose d’un rôle primordial. Les Etats-Unis sont dans l’impossibilité d’apporter leur pierre à l’édifice. Plus concentrés sur l’élection présidentielle, préoccupés par l’absence de perspectives de paix et surtout moins enclins à s’impliquer dans leur rôle de gendarme de la planète, les Américains demeurent dans une position d’attente, prêts à soutenir toute initiative européenne crédible en faveur de la paix.

Une telle opportunité existe bel et bien. La France tente de relancer depuis plusieurs mois le processus de paix et prévoit une conférence internationale pour remettre autour de la table les acteurs du conflit. L’Union européenne et ses Etats membres doivent apporter tout leur soutien à cette initiative. Le 3 juin dernier, la conférence de Paris a réuni les principaux acteurs influents du conflit à Paris, à l’exception d’Israël et de la Palestine. C’est un premier pas vers une nouvelle conférence de paix. Il convient désormais de tout mettre en œuvre pour que le moment politique créé par la France.

Il convient cependant de prendre plusieurs dispositions diplomatiques pour tirer des leçons des erreurs du passé. Autrement, nous ne connaîtrons que des trêves, un simple répit avant le prochain conflit. L’Initiative de paix arabe doit être la base de toutes les négociations. D’une part, parce qu’elle affirme la coexistence des peuples arabes et israélien et, d’autre part, parce qu’elle est ouverte au compromis pour réorganiser au mieux les frontières et les territoires entre Israël et la Palestine.

Le rôle de l’Union européenne est de soutenir ce processus. Pour cela, nous devons l’affirmer, le Quartet [Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies] est aujourd’hui plus une gêne qu’une aide dans le conflit israélo-palestinien. Ses demandes vis-à-vis du Hamas sont datées et inappropriées à la réalité. Tous ceux qui ont intérêt dans le statu quo supportent le Quartet. Il faut s’en débarrasser, se concentrer sur l’Initiative de paix arabe et promouvoir les démarches françaises.

Dès maintenant, préparer la paix

Néanmoins, les nombreux échecs de soixante-dix ans de tentatives de paix entre Israël et la Palestine nous apprennent que la diplomatie seule n’est plus suffisante. Sept décennies de souffrances et de détérioration de la dignité palestinienne, et aussi d’opportunisme de certains leaders des deux camps, ont érigé des barrières psychologiques quasi indépassables en l’état actuel, à moins qu’un processus d’interaction entre les peuples ne précède les négociations de paix.

Il y a une compréhension mutuelle à construire pour permettre l’acceptation de l’évidence : la destruction d’Israël est impossible, la disparition de la Palestine tout autant ; la coexistence des deux peuples est l’unique horizon historique. Cela passe par la fin des discours de haine propagés par les leaders des deux camps, la fin de la colonisation, la modification des manuels scolaires qui décrivent l’autre comme le mal absolu, la protection conjointe des ressources naturelles… Autant de dispositions qui permettront de paver la voie de la paix.

Pour cela, nous proposons la création d’une commission de réconciliation, en plus des autres groupes de travail envisagés par la France. Il s’agit d’un corollaire indispensable à toutes négociations de paix, sans lequel nous ne pourrons pas espérer faire mieux que lors des précédentes conférences de paix.

Voilà le message que doivent porter les Européens au moment où notre diplomatie a l’occasion de démontrer toute sa pertinence et toute son efficacité

(Gilles Pargneaux)

(*) Il est vice-président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Machrek et Secrétaire national du PS aux relations Nord-Sud 

Syrie. Des détails sur le massacre de Deïr el-Assafir

(B2) Dans une lettre transmise au conseil de sécurité par l’ambassadeur de France à l’ONU, le représentant de l’opposition syrienne, Riyad Hijab, a dénoncé le massacre commis le 31 mars dernier par les forces du régime Assad contre la population civile du village de Deïr el-Assafir, dans la Ghouta orientale. Une claire violation de la cessation des hostilités, à l’écouter. Au final, « 33 morts (dont 11 enfants), et plus de 60 blessés dans les hôpitaux de campagne, dont plusieurs dans un état grave ». Des missiles ont été tirés « contre l’école, l’hôpital et le centre de la défense civile de Deïr el-Assafir ». Des raids aériens ont suivi « visant les équipes de secours et de la défense civile qui se rendaient sur les lieux, ce qui a alourdi le bilan des victimes, parmi les civils et les secouristes ». Parmi les morts, on dénombre 11 enfants, comme un secouriste de la défense civile (ce qu’on appelle les « casques blancs ») et deux agents de police.

(NGV)

Un risque de guerre ouverte entre Turquie et Russie (Hollande)

(B2) François Hollande a mis directement en cause la Turquie pour son attitude pas très claire dans le conflit syrien, face à la presse, à l’issue d’un sommet européen essentiellement consacré à la crise des réfugiés et au Royaume-Uni. Demandant « une nouvelle fois que les bombardements cessent », le président français a aussi mis en garde contre « une tentation du côté de la Turquie de bombarder ». « C’est une situation grave car il y a une escalade ». Il peut y avoir « un conflit ouvert alors que l’un de ses pays est membre de l’OTAN. » Autrement dit un risque d’entraîner dans un conflit les alliés qui devraient alors venir au soutien d’un de leurs alliés en difficulté ou rester coi, ce qui dans tous les cas affaibliraient l’Alliance. « Il faut tout faire pour que les discussions de Münich reprennent » conclut Fr. Hollande.

(NGV au sommet européen)

NouvelAn2016LacSautet

2016, un monde entre deux phases. Et l’Europe : repliée sur elle même ?

NouvelAn2016LacSautet

(B2) L’année nouvelle qui s’ouvre ne semble pas moins surprenante (et dangereuse) que l’année 2015. Mais j’oserai cependant une note un peu plus optimiste. Contrairement aux apparences, et à ce que disent certains commentateurs, l’année 2015 n’a pas été une année totalement noire ou morose. Elle a même été parfois positive, j’oserai même dire avec un peu d’espérance… Plusieurs accords de paix ont ainsi été engrangés dans de nombreuses zones de crise et dans d’autres des processus de négociation, plus ou moins solides ou fragiles (selon l’état d’esprit), ont été engagés, surtout en fin d’année. Tous ces projets présentent certes une particularité : ils demandent à être consolidés, nécessitent encore beaucoup de travail et ne sont pas tous complètement appliqués (parfois très peu appliqués). Mais ce sont des accords.

Une série d’accords intéressants

Avec l’Iran, un accord global a été obtenu en juillet pour démanteler une partie du nucléaire iranien après un premier accord cadre en avril (lire : Un accord historique avec l’Iran sur la question nucléaire. Les principaux termes de l’accord).

Au Mali, un accord a été signé en juin à Alger, entre différentes parties au nord du Mali. Et même si plusieurs attentats émaillent l’année, tant au nord du pays qu’à Bamako (ce qui est une nouveauté), le pays maintient sa stabilité.

Des élections générales ont eu lieu en Centrafrique, à la fin décembre, avec quelques jours de retard sur le calendrier mais elles se sont tenues dans une certaine sérénité, contrairement à toutes les inquiétudes.

En Colombie, la négociation historique entre le mouvement rebelle des FARC et le gouvernement a pris un tournant décisif, en juillet avec un cessez-le-feu général, en septembre et décembre avec l’accord sur la justice transitionnelle, point clé d’un accord de paix qui devrait être signé en mars 2016 et viendrait clore ainsi une guerre sanglante (plus de 200.000 morts) de presque 50 ans.

Même au Cachemire, entre Pakistan et Inde, semble souffler un vent nouveau, avec la visite surprise du dirigeant indien Narendra Modi à son homologue pakistanais, Nawaz Sharif, le jour de Noël.

Deux autres accords incroyables

En Libye, un gouvernement d’unité nationale a pu voir le jour, après l’accord de Skhirat, ratifié sous l’égide de la communauté internationale en décembre, après des mois de négociation. Reste à savoir s’il arrivera à faire entendre son autorité.

Et en Syrie, on voit une évolution, inespérée. Les accords de Vienne et New-York conclus entre tous les pays de la région et les membres du Conseil de sécurité permettent de définir un calendrier de transition menant à un changement de Constitution et de nouvelles élections, le tout sous l’égide de l’ONU. Calendrier très optimiste, semé d’embûches et d’inconnues (lire aussi : Le dialogue intersyrien engagé. Une résolution de l’ONU à l’unanimité. Ce qui reste à régler en 2016 ? Tout !). Mais qui aurait parié sur un tel accord il y a quelques mois ?… Ces deux accords s’ils tiennent et se concrétisent suffiront (peut-être) à dire que la bascule de 2016 sera réussie.

Des conflits en train de se résorber ?

En Ukraine, les accords de Minsk II, conclus en février, tiennent, à peu près, même si l’échéancier (trop optimiste) a été repoussé de six mois. Le cessez-le-feu est écorné régulièrement. Mais le nombre de victimes par jour a chuté de façon notable, avec des périodes plutôt calmes. Le conflit s’est gelé en quelque sorte. L’accord de libre échange entre Kiev et l’Union européenne est entré en vigueur début 2016 sans susciter d’autres réactions que des mesures de rétorsion économique.

Enfin, à Chypre, les négociations entre Chypriotes Grecs et Turcs semblent bien engagées. Et chacun espère un accord d’ici le printemps qui pourrait changer la donne au niveau européen. C’est le dernier conflit (gelé) qui subsiste au sein des pays membres de l’UE (après les accords de paix en Irlande et au pays basque).

Une prise de conscience européenne

Au niveau de l’UE, la question du maintien de la Grèce dans la Zone Euro a pu être évitée. Le dossier grec a ainsi, pour l’instant, été évacué des priorités des Chefs d’Etat et de gouvernement. Si la gestion du flux de réfugiés et de migrants occupe désormais largement les esprits, avec un retard problématique, les européens semblent, enfin, avoir pris conscience de la difficulté de la question et des réformes ont été engagées, dont la moindre n’est pas la transformation de Frontex en une agence de garde-frontières et garde-côtes. Après plus d’une année de tergiversation, les Etats ont aussi décidé d’accélérer la mise en place d’un nouveau paquet de mesures en matière de lutte anti-terrorisme. La Commission Juncker prouve qu’elle a un certain ressort que n’avait pas la précédente. Il y aurait ainsi de quoi se réjouir…

Une menace noire

Mais cet horizon est terni par la menace terroriste qui refait irruption en Europe. Un terrorisme qui n’est pas nouveau en soi mais ne ressemble cependant pas vraiment au terrorisme des années passées. Ni totalement politique, ni totalement géographique, il est à la fois intérieur et extérieur, et semble sans réelle revendication politique, sinon celle de semer la terreur pour la terreur, pour détruire un modèle de société. Il surfe sur une vague identitaire, avec des relents sectaires, et séduit de nombreux jeunes, alors que les gouvernements semblent désemparés. Le renforcement de l’intervention militaire au Moyen-Orient — à supposer qu’elle réussisse à éradiquer, réellement, l’organisation de l’état islamique, ne résoudra pas le problème.

La crise de l’Homo Europeus

C’est le moment où dans plusieurs Etats européens (Hongrie, Pologne, Finlande, Danemark, Royaume-Uni et France…) ressurgit un certain nationalisme qui emprunte des voies différentes ; populistes ou patriotiques. À cela s’ajoutent dans plusieurs de ces pays, une sorte de coup d’Etat constitutionnel, visant à remettre en cause les acquis passés. Les situations sont très différentes et ne peuvent être confondues. Mais les relents sont très inquiétants. Ils révèlent aujourd’hui le désir de ne plus vivre ensemble mais côte à côte (dans le meilleur des cas), voire les uns contres les autres, de ne plus vraiment avoir de solidarité mais uniquement un marché (ce qui n’a jamais fonctionné longtemps). L’Union européenne semble donc aujourd’hui se questionner profondément sur son avenir, sa raison d’être et son ambition d’une communauté intégrée. Ce ne sont pas vraiment ses opposants qui progressent. Elle a perdu au fil des années certains de ses soutiens, déçus, fatigués, exaspérés par une structure qui semble s’être perdue dans un idéologisme qui n’a plus rien à voir avec les projets de ses fondateurs : être une communauté humaine de progrès. En un mot : l’Europe ne fait plus rêver… ni se mobiliser. La crise financière de 2007-2008 et même de la Zone Euro est passée par là. Mais pas seulement. C’est la crise de l’homo Europeus qui est en route. Et elle devrait encore faire ses effets en 2016, aboutissant à un repli sur soi d’autant plus dramatique qu’il dure depuis presque 10 ans. Et que le monde continue de s’ébrécher.

Des guerres civiles aux portes de l’Europe

Au large, la guerre civile continue, de façon inexorable, à trancher des vies, particulièrement au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, mais aussi au Yemen. Et ce ne sont pas vraiment des interventions militaires hétéroclites — allant de l’Iran et la Russie aux Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, en passant par la France, le Royaume-Uni et quelques autres —, qui pourront ramener vraiment la paix dans une région. Il n’y a pas vraiment d’objectif politique commun ni de porte de sortie envisagée (négocier avec l’organisation de l’état islamique apparait aujourd’hui comme une hérésie). Ces interventions recèlent plus d’une contradiction en leur sein. Le PKK des Kurdes, le Hezbollah libanais, les Gardiens de la révolution iraniens… sont ainsi tous qualifiés de mouvements terroristes par l’Union européenne. Ce qui n’empêche sur le terrain de les soutenir ou au moins de réclamer leur soutien pour combattre Daech ou l’Etat islamique. Entre l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran, on ne peut pas dire que l’ambiance soit à l’entente cordiale. La signature de l’accord avec l’Iran a relancé la course au leadership régional. Et tous les coups sont permis…

Un continent africain sous tension

En Afrique, tout danger n’est pas écarté. Les élections, qui sont un moment à risque, de déflagration, sur le continent pourraient ramener dans les pays des Grands lacs, une résurgence de conflits civils. Tandis que les tensions au Sud Soudan comme dans la corne de l’Afrique ou dans la zone nord du Sahel semblent bien tenaces. Sans compter des incertitudes possibles au Maghreb. Là encore, c’est la donne libyenne qui pourrait donner le ‘la’ dans toute la région. En Méditerranée, les européens sont devenus cependant beaucoup plus réalistes. Entre une parfaite démocratie et la stabilité, ils ont choisi, c’est désormais la stabilité qui prime quitte à avoir une démocratie imparfaite, au contraire… Un soudain réalisme, cynique parfois, qui prévaut ainsi dans les différents pays du pourtour conduisant à assourdir certaines critiques possibles, par exemple en Turquie ou en Egypte, voire au Maroc ou en Algérie.

Une excellente année 2016 à tous nos lecteurs, avec une certitude : la ‘surprise stratégique’ sera au rendez-vous.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : 2014, année de crises … Et ce c’est pas fini en 2015 !

RussesChervonoe26Fev2015@Stratfor

Stratfor voit le Russe aux portes de Kiev !


RussesChervonoe26Fev2015@Stratfor(BRUXELLES2) Stratfor, s’est livrée à un petit wargame en mars sur les possibilités d’incursion militaire russe plus pointue en Ukraine. Un grand amalgame d’informations avérées et d’autres qui ressemblent davantage à des rumeurs comme le rappelle elle-même la société privée américaine « d’intelligence » (= renseignement).

Scénario 1. Des incursions limitées et la continuité territoriale du territoire séparatiste

Les premiers scénarios examinés sont les plus limité d’entre eux tous. « Dans ce paradigme, la Russie a mené petites incursions le long de la totalité de sa frontière commune avec l’Ukraine dans le but de menacer divers objectifs clés de la région et, ce faisant, d’étaler la puissance de combat ukrainienne autant que possible. Du point de vue militaire russe, c’est efficient et efficace, mais cela ne permettrait pas de réaliser des objectifs politiques ou de sécurité supplémentaires qui ne soient pas déjà en cours. Toutefois, une telle démarche serait probablement utilisée en conjonction avec toutes les futures actions militaires de la Russie ou de séparatistes pro-russes. » Une autre option limitée selon les stratèges de Stratfor « est une petite extension de lignes séparatistes actuelles vers le nord, en incorporant le reste des oblasts de Donetsk et de Louhansk pour rendre le territoire plus autonome. Cette offensive consisterait principalement à l’engagement direct des forces ukrainiennes qui sont concentrées le long de la zone tenue séparatiste. »

Scenario1 Limite@Stratfor

Scénario 2 : Le pont vers la Crimée

Une des options « les plus couramment courues entraînerait la Russie à longer la côte sud de l’Ukraine pour relier la Crimée avec des positions séparatistes dans l’est de l’Ukraine ». Dans ce scénario, Strafor « a supposé que les planificateurs conduiraient l’offensive de front assez large pour assurer l’approvisionnement en eau primaire de Crimée, provenant du Dniepr. Cette caractéristique aquatique est importante, car une grande partie de la ligne défensive de la Russie serait attachée à un point défendable dans la région: à savoir, le fleuve Dniepr. Il faudrait alors atteindre un pont de terre et sécuriser les lignes d’alimentation en Crimée. En menant une telle offensive, la poussée initiale déplacerait les forces rapidement à travers l’Ukraine vers la ville de Kherson et de Nova Kakhovka sur le fleuve Dniepr, où ils seraient mis en place des positions défensives. Une des contraintes potentielles pour ce scénario est le fait que les lignes d’approvisionnement devraient être prolongées sur une assez grande distance le long d’un mince, difficile à défendre, bande de terre. »

ConqueteUkraine3CotesCrimée@Stratfor15

Le scénario du pont vers la Crimée

3e scénario : conquête des côtes et jonction avec la Transnistrie

L’autre scénario considéré « implique de saisir toute la côte sud de l’Ukraine pour connecter la Russie et ses forces de sécurité dans la région séparatiste de Transnistrie. La logique serait de paralyser Kiev en le coupant de la mer Noire, assurant ainsi tous les intérêts russes dans cette région dans un arc continu. Cela nécessiterait une opération de transition compliquée et dangereuse sur une grande rivière, avec un train de la logistique étendue et vulnérables. » Dans ce scénario, « les positions défensives ne peuvent être ancrés sur le fleuve Dniepr. Cela exigerait un plus grand nombre de forces pour tenir le terrain, sans le luxe d’une barrière géographique. La ville portuaire d’Odessa aurait besoin d’être capturée par la suite, ce qui serait une énorme entaille à l’économie ukrainienne. »

Le scénario des côtes

Le scénario des côtes

« Les deux scénarios qui se prolongent le long de la côte possèdent de sérieuses lacunes, laissant la force de la Russie dans des endroits très exposés. Une façade étendue sur un terrain relativement plat, coupée en deux par caractéristiques riveraines, est loin d’être idéale. Il y a des options pour la Russie d’aller au-delà. Toutefois, cela impliquerait de prendre la moitié sud de l’Est de l’Ukraine dans une tentative globale de commettre moins de puissance de combat. Toutefois, cela laisse encore un flanc russe massivement exposé et supprime le bonus de sécurité que représente le Dniepr. Une partie importante des lignes de défense ne serait pas ancrée sur le fleuve Dniepr. Au lieu de cela, elle serait étiré le long de l’axe de Kharkiv-Dnepropetrovsk, le contrôle de ces deux villes, ainsi que Zhaporizhia. »

Scenario 4 : La prise de Kiev

Le dernier scénario considéré par Stratfor « pourrait remédier à ces problèmes. En bref, la Russie pourrait saisir tout l’Est de l’Ukraine à la Dniepr, contrôlant tous les principaux points de passage, et en utilisant l’obstacle majeur de la rivière comme la ligne de front défensif. Pourtant, prendre toute cette zone nécessiterait une quantité importante de forces mobiles dans l’Est de l’Ukraine. L’occupation résultante exigerait également une campagne massive de contre-insurrection, y compris des opérations dans les régions de Kiev, ainsi que dans les villes de Kharkiv, de Dniepropetrovsk et d’autres, où pourrait être attendu un haut niveau de résistance. »

ConqueteUkraine1Kiev@Stratfor15

L’Europe renforce son aide humanitaire au Nigeria face à Boko Haram

(B2) 21 millions d’euros ont débloqués par la Commission européenne pour « venir en aide aux populations du Nigeria et des pays limitrophes qui sont victimes des violences commises par Boko Haram » a annoncé, ce jeudi (18 juin), le commissaire européen chargé de l’aide humanitaire, Christos Stylianides, qui est actuellement en visite au Nigeria.

1,7 millions de personnes déplacées

Le conflit entamé avec Boko Haram a provoqué le « déplacement de plus de 1,7 million de personnes. Bon nombre d’entre elles vivent dans des conditions précaires dans d’autres régions du Nigeria et dans les pays voisins où elles ont fui. » a mis en évidence le commissaire.

Un problème d’accès aux populations

Stylianides s’est montré inquiet sur l’accès aux victimes.  « L’accès est limité dans de nombreuses zones, notamment le long du lac Tchad. Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre aux organisations humanitaires d’être sur place pour aider les populations qui en ont besoin. »  L’inquiétude était partagée notamment par les organisations humanitaires. Le président du CICR, Peter Maurer, s’en était ému, lors de son passage à Bruxelles (lire : La Syrie, un exemple de ce qui va mal dans un conflit (P. Maurer)).

123 millions débloqués en 2015

De cette enveloppe, 12,5 millions € serviront à relever les défis humanitaires (eau potable, nourriture, abris, soins de santé et une protection) au Nigeria et 8,5 millions à aider les réfugiés nigerians au Niger, au Cameroun et au Tchad. Cette nouvelle aide s’ajoute à l’aide d’urgence déjà engagée pour aider les populations les plus vulnérables frappées par l’insécurité alimentaire et la malnutrition au Nigeria et dans les pays limitrophes. Plus de 123 millions en 2015 et 107 millions € en 2014 ont été débloqués pour venir en aide aux populations au Nigeria, au Tchad, au Cameroun et au Niger.

(NGV)

SondageUkraineArmementsOtan@PEW1506

Pour les Européens, armer l’Ukraine, c’est non

(B2) Selon une étude rendue publique par le Pew Research Center, le 10 juin, il existe peu de soutien aujourd’hui dans les pays membres de l’OTAN à l’envoi d’armes en Ukraine (à peine 4 citoyens sur 10 en moyenne). Ce chiffre est le plus élevé en Pologne (50%), aux USA (46%) et au Canada (44%) mais très bas en Allemagne (19 %) et en Italie (22%). La France (40%) est juste autour de la moyenne comme le Royaume-Uni (42%).

SondageUkraineArmementsOtan@PEW1506

Et même si la Russie attaque un pays voisin, une réticence semblable existe quant à l’usage de la force en soutien au pays attaqué (48% pour, contre 42% en moyenne). L’Italie (51%), la France (53%) et l’Allemagne (58%) sont le plus réticent à l’exercice de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Tandis que le soutien est le plus fort aux USA (56%), au Canada (53%), au Royaume-Uni (49%). Points étonnants : la Pologne n’est pas outrageusement en faveur de la solidarité transatlantique (48% pour, 34% contre) tandis que l’Espagne est très partagée (48% pour, 47% contre).

SondageUkraineMilitArt5Otan@PEW1506

(NGV)

Télécharger létude

Lire également sur le Club : L’opinion des Européens divisée face à l’Ukraine et la Russie (une étude de la German Marshall Fund)

Le général Breedlove aujourd'hui face à la presse (© NGV / B2)

Le général US Breedlove (Otan) prié de la mettre en veilleuse…

Le général Breedlove aujourd'hui face à la presse (© NGV / B2)

Le général Breedlove aujourd’hui face à la presse (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) La « conférence de presse » donnée aujourd’hui (11 mars) par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et le général Philip Breedlove, commandant en chef des forces US en Europe et des forces de l’OTAN, au SHAPE, le commandement des forces en Europe, basé à Mons, était assez pauvre sur le plan des informations fournies à la presse. Elle illustre ce qui fait une des faiblesses de l’Alliance aujourd’hui :  beaucoup de bruit, de démonstration de force, de suppositions mais peu d’actions et d’informations précises… Mais elle avait surtout une vertu, plus interne et plus politique, rassurer les « 28 » sur l’unité civile et militaire et de l’Alliance !

Un langage abaissé d’un demi-ton sur la présence russe en Ukraine

« Le cessez-le-feu existe mais il est fragile » souligne le secrétaire général de l’Alliance, J. Stoltenberg. On assiste à « un retrait d’armes lourdes. Mais cela reste peu clair quant à leur destination. Il faut que ce retrait soit complet et vérifiable. » Les observateurs (de l’OSCE) doivent avoir « un plein accès au site, voir leur liberté de mouvement et leur sécurité garanties pour pouvoir faire le travail ». La présence russe existe toujours dans l’Est de l’Ukraine, le secrétaire général de l’OTAN l’atteste, « nous voyons des équipements, des entraînements. La Russie est toujours encore en Ukraine ». Mais pour les informations précises, il faudra repasser. Le secrétaire général se montre très évasif devant les questions des journalistes. Le général Breedlove ne dit pas mieux… Il reconnait même qu’il existe des avis différents parmi les services de renseignements (des Etats membres de l’Alliance) sur l’évaluation de la situation sur le terrain.

Une « propagande dangereuse » !

Terminées donc les évaluations de « présence massive par dizaines de milliers de soldats Russes aux frontières », les colonnes de chars russes, l’invasion possible par la Transnistrie, etc. Des déclarations exagérées (*), qui trouvaient généralement un démenti, dans les rangs même de l’OTAN. Quand on vérifiait les informations, auprès de sources occidentales dignes de foi, les chiffres étaient souvent revues à la baisse, divisées par 2 ou 3. La dernière intervention du chef militaire de l’OTAN, parlant de Washington, mercredi dernier, a fait monter la moutarde au nez de la chancelière Angela Merkel. Comme le détaille le Spiegel notamment, Berlin n’hésite pas à accuser le général – classé parmi les faucons à Washington (**), de « propagande dangereuse ». 

Un général sur la sellette

Le commandant en chef de l’OTAN a senti le vent du boulet politique. Et il est donc devenu plus flou. L’objectif de la conférence de presse, aujourd’hui, avait surtout une vertu interne à l’Alliance : montrer le secrétaire général aux côtés de son commandant en chef et rassurer les Alliés que le dispositif militaire reste sous contrôle civil — ce qui a semblé particulièrement absent ces derniers mois à l’Alliance —. Deuxièmement, préciser une bonne entente entre les deux. Ce qui n’était pas exactement visible. Certes il y a eu les mots convenus : « Phil, je vous félicite beaucoup pour l’excellent travail que vous faites. Et je m’attends à poursuivre notre bonne et étroite coopération » (I very much commend you for the excellent work you are doing and I’m looking forward to continuing our close and good cooperation)…

Le militaire reste soumis au civil… enfin un peu

Mais la gestuelle des corps était tout aussi intéressante. Le commandant en chef de l’OTAN, quand le secrétaire général parlait, se dandinait tout d’abord, puis croisant les mains, humble, à côté de son pupitre, docile comme pourrait être un élève écoutant la leçon de son professeur. A plusieurs reprises, il n’a pas ajouté vraiment de propos à ce qu’avait dit le secrétaire général, ne souhaitant pas, apparemment, envenimer la situation. En revanche, Jens Stoltenberg a, à peine, regardé son chef d’Etat major. Le secrétaire général lui a, certes serré la main à la fin de l’entretien. Mais, durant toute la conférence, on a senti peu de chaleur, de complicité entre les deux éléments de l’Alliance, le politique et le militaire. En langage politique, cela s’appelle un camouflet…

Commentaire : Le syndrome de l’éprouvette irakienne

Le manque de crédibilité à force d’exagération

A force d’avoir crié au loup, d’avoir manipulé les chiffres, d’avoir pris certaines informations et pas d’autres — comme il l’a avoué aujourd’hui en confirmant qu’il y avait des avis divergents dans l’analyse du renseignement au sein de l’Alliance —, le général Breedlove a, en effet, commis une erreur grave en matière de communication stratégique. Il a donné à l’adversaire (la Russie) une carte de choix dans la « guerre » de communication qui oppose aujourd’hui « l’Ouest » et « l’Est », pour proclamer que « tout » ce que disent les Occidentaux est de la propagande.

La confusion des rôles

A force d’exagération, le commandant en chef de l’OTAN a ainsi été pris à son propre piège et mis en jeu la crédibilité de l’Alliance comme son unité. Un peu comme l’avait fait, durablement, l’épisode de l’éprouvette sur les armes chimiques irakiennes. Or, il y a une réalité en Ukraine : celle de l’agression russe, de la fourniture d’un soutien quasi-continu aux forces séparatistes – que ce soit au niveau matériel, du renseignement, des hommes et des instructeurs. Il ne faut pas l’oublier… Et il n’y a pas besoin d’exagérer les informations, de les tordre, juste d’avoir les informations exactes. Plus grave pour un haut gradé, il a opéré une confusion de rôles entre celui de responsable militaire et celui du « politique ».

La volonté d’en découdre

De façon plus générale, malgré un langage consensuel de part et d’autre de l’Atlantique, en faveur d’un processus de paix et de dialogue en Ukraine, on sent chez certains militaires, et certains responsables US ou européens, comme un regret à voir la situation s’apaiser en Ukraine. D’où cette tentation permanente de jeter de l’huile sur le feu… Depuis le début de la crise, l’Alliance atlantique a, indéniablement, retrouvé une nouvelle jeunesse et sa vertu première, assurer la défense du territoire européen face à la Russie. Les exercices répétés, la vertu retrouvée de la « bataille de terrain », des forces terrestres, des divisions blindées, en témoignent… Voir la crise ukrainienne revenir à un « conflit » gelé comme il y en a en Transnistrie (Moldavie), en Abkhazie ou en Ossétie (Géorgie) serait la pire des solutions pour les « faucons » qui n’ont qu’une envie : voir revenir la situation comme auparavant, avec un adversaire bien campé, la méchante Russie, face aux gentils, représentés par les Américains et leurs alliés. La réalité est, un peu plus, compliquée…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le Secrétaire général Stoltenberg et le général Breedlove, mercredi matin au Shape (© NGV / B2)

Le Secrétaire général Stoltenberg et le général Breedlove, mercredi matin au Shape (© NGV / B2)

(*) Lire aussi :

(**) Faucons dont fait partie la responsable des affaires européennes au Département d’État US, Victoria Nuland , qui s’était illustré par le célèbre « fuck the UE » (lire : Quand Victoria « fuck » l’Europe. Ou l’Amitié vache) et tout récemment par des déclarations faisant état de milliers et milliers de morts russes.