A. Fotyga préside sa première séance de la sous-commission Défense (crédit : Parlement européen)

La première bourde de Fotyga… Putain encore 5 ans !

A. Fotyga préside sa première séance de la sous-commission Défense (crédit : Parlement européen)

A. Fotyga préside sa première séance de la sous-commission Défense (crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2) Certains diplomates et collègues m’avaient prévenu… Anna Fotyga, la nouvelle présidente de la sous-commission Défense, est une « catastrophe ». Une « incompétente » disaient les plus charitables en termes choisis. Je préférais cependant laisser le bénéfice du doute à l’ancienne ministre des Affaires étrangères polonaise, du PiS, ne la connaissant pas personnellement. Ce « doute » a été rapidement levé. Dès les premières heures de la réunion de la sous-commission Défense, lundi, Anna Fotyga a révélé ce qu’elle était. Une eurodéputé totalement inconséquente, qui n’a pas sa place à ce poste.

L’OTAN plutôt que l’UE

Lors de sa première déclaration, l’eurodéputée polonaise, très proche des Kaczyński, a indiqué vouloir défendre la « lettre du traité », le rôle… de l’OTAN, « principal en matière de défense », ajoutant « L’Union européenne ne devrait pas intervenir quand l’OTAN est déjà sur le terrain ». Pour une ancienne ministre des Affaires étrangères qui a participé aux négociations du Traité de Lisbonne, une telle méconnaissance à la fois du texte et du contexte du Traité comme des réalités géopolitiques d’aujourd’hui sont incroyables.

Les années 1950-60 sont terminées, Madame Fotyga !

Je ne sais pas où Anna Fotyga a passé ces dernières années ? Sur la planète Mars peut-être ? Mais il faut lui dire que le mur de Berlin est tombé depuis 1989, que la guerre froide est terminée. Ce qui n’a pas empêché  plusieurs génocides de se dérouler : dans les Balkans, au Rwanda notamment, au Congo, qui ont un peu changé la stratégie européenne de défense. Et qu’il y a toujours en Afrique et au Moyen-Orient des conflits sanglants et notables. Elle devrait aussi savoir que l’Europe sort à peine d’une importante crise financière et budgétaire qui a mis ses moyens militaires et économiques à genoux. L’heure n’est plus donc aujourd’hui à se demander si c’est l’UE ou l’OTAN qui doivent intervenir en premier. Il est de savoir 1° s’il faut intervenir, 2° pourquoi, 3° avec quels instruments et quels outils, 4° que fera-t-on ensuite, 5° combien cela coutera, etc.

Lire le traité et non le déformer

Dans cet ordonnancement de questions, il faut aussi que Me Fotyga relise, ou plutôt lise le Traité et son article 42 qui définissent la politique de sécurité et de défense commune (*). Elle y verra que cette politique se conçoit de façon indépendante de l’OTAN, que ses objectifs sont différents et ses moyens assez diversifiés. L’Union européenne a quelques atouts qui lui permettent d’apporter ce que l’OTAN n’a pas automatiquement, notamment une certaine puissance « civile ». Elle intervient de façon autonome dans certains conflits et n’attend pas sur le doigt de la couture que l’OTAN se décide. Heureusement…

Une politique autonome européenne est nécessaire

Sans l’UE, qui sait comment l’intervention russe en Géorgie se serait terminée ? Nul ne le sait. Mais ce n’est sûrement pas l’Alliance atlantique qui serait intervenue. Idem au Tchad en 2008, en Ouganda et Somalie en 2009, au Mali en 2011, Même pour l’opération anti-piraterie dans l’Océan indien, heureusement que l’Union européenne a mis en oeuvre ses moyens militaires, financiers comme juridiques, sinon ce n’est pas l’OTAN seule qui aurait pu juguler la piraterie. Il va falloir que Anna Fotyga revienne sur terre et arrête de se penser dans une Europe chimère qui ne penserait ses rapports de force qu’en relation USA-OTAN-Russie, qu’elle ouvre son poste de télévision, et lise les classiques. Les années 1950-1960 où l’Europe et les Etats-Unis comme la Russie faisaient la pluie et le beau temps dans le monde sont terminés. Il y a d’autres forces et d’autres risques !

« Putain 5 ans » comme aurait dit la marionnette de Chirac dans les Guignols

(Nicolas Gros-Verheyde)

Détails dans notre édition Club sur la composition des commissions parlementaires « affaires extérieures ». Première bavure de Fotyga

(*) Pour mémoire les §1 et 2 de l’Article 42 du traité.

  • « 1. La politique de sécurité et de défense commune fait partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune. Elle assure à l’Union une capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires. L’Union peut y avoir recours dans des missions en dehors de l’Union afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies. L’exécution de ces tâches repose sur les capacités fournies par les États membres.
  • « 2. La politique de sécurité et de défense commune inclut la définition progressive d’une politique de défense commune de l’Union. Elle conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi. Il recommande, dans ce cas, aux États membres d’adopter une décision dans ce sens conformément à leurs règles constitutionnelles respectives.
  • « La politique de l’Union au sens de la présente section n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre. »