Une « démonstration » de solidarité

(B2) Il y a avait ceux qui étaient le cortège et ceux qui avaient d’être à proximité. Venant de la Place Beauveau, et ayant parcouru une partie de Paris jusqu’au bd Voltaire et la rue Charonne, j’ai pu l’observer, cela commençait à marcher à partir de Haussman et Gare St Lazare. Les métros étaient bondés. Pas moyen de faire autrement.

Certains ont renoncé. D’autres se sont rapprochés au maximum pour être là tout près. Dans les cafés, dans les rues avoisinantes, sur les balcons, chacun était là, non pas pour « mater » mais démontrer sa présence. De façon étonnante, très peu d’incidents. Pas de caillassage de boutique, pas de bousculade qui tourne mal, pas de vitrine qui s’effondre sous le poids de la foule, personne qui ne glisse sous le métro… Et cependant il y avait de quoi.

Une espèce de tenue, d’auto-discipline dont on aurait cru incapable les Français. Une discipline qu’on peut observer quand les forces de police qui, dans leurs gros cars, remontent la foule, se frayent un passage , applaudis, même dans les endroits les plus difficiles … Des gendarmes mobiles bottés, casques à la main, qui n’en reviennent manifestement pas de cet accueil chaleureux…

La manifestation était unie. Mais chacun avait ses opinions, les exprimant discrètement, à voix basse, comme pour ne pas froisser l’autre, ne pas trop provoquer. Ces juifs croyants qui regardent, avec un peu d’appréhension, des jeunes montés sur un abribus, maniant le drapeau palestinien ou syrien. Ces jeunes qui critiquent François Hollande ou certains chefs d’Etat. Etc. Le plaisir de ne pas gâcher un certain moment de communion. Car, chacun était fier que tout le monde soit là.

(NGV)

Le commissaire Avramopoulos face à la presse dans la cour de la "Place Beauveau" (© NGV / B2)

Toute l’Europe est Charlie aujourd’hui

Le commissaire Avramopoulos face à la presse dans la cour de la "Place Beauveau" (© NGV / B2)

Le commissaire Avramopoulos face à la presse dans la cour de la « Place Beauveau » (© NGV / B2)

(BRUXELLES2)  « L’Europe est Charlie » a déclaré le commissaire européen Avromopoulos. « Aujourd’hui nous sommes tous des citoyens français » a complété le secrétaire d’Etat américain à la Justice Eric Holder.

Réunion de solidarité et premières pistes

Le G10 des ministres de l’intérieur était réuni à Paris, ce dimanche, dans une réunion très courte, avant la marche, destinée à la fois à exprimer la solidarité de plusieurs pays avec la France en matière de lutte contre le terrorisme mais aussi à (re)poser les bases d’une coopération plus importante en matière de lutte contre le terrorisme.

Arsenal pas suffisant

« Le phénomène du terrorisme nous concerne tous. Il ne fait pas de distinction entre les Nations ni entre les continents » a indiqué, en introduction de la réunion, Bernard Cazeneuve, le ministre français de l’Intérieur. « Sur les plans européen et international, nous disposons déjà d’un certain nombre de textes importants (au niveau international ou européen) mais ils ne suffisent pas bien évidemment car notre action doit se projeter dans une approche globale et opérationnelle ».

(Nicolas Gros-Verheyde, à Paris)

Lire aussi sur le Club : Réunion de Paris. Les premières pistes du G10+1 dans la lutte anti-terrorisme

La Première ministre lettone Laimdota Straujuma et le président du Conseil européen Donald Tusk, immobiles ! (crédit : présidence lettone de l'UE)

Anti-terrorisme. Un retard à l’allumage européen (maj2)

La Première ministre lettone Laimdota Straujuma et le président du Conseil européen Donald Tusk, immobiles ! (crédit : présidence lettone de l'UE)

La Première ministre lettone Laimdota Straujuma et le président du Conseil européen Donald Tusk, assis à l’inauguration de la présidence lettone, à Riga, immobiles ! (crédit : présidence lettone de l’UE)

(BRUXELLES2) Si très rapidement, après l’attentat sanglant contre Charlie Hebdo, les réactions de solidarité politique, de condoléance, se sont succédé venant de toute l’Europe, la réaction globale des institutions européennes laisse pour le moment… pantois ! Elles étaient pourtant toutes réunies hier et aujourd’hui à Riga, à l’occasion de l’inauguration de la présidence lettone de l’Union européenne. Aucune décision réelle n’a été prise.

C’est la première fois, ainsi, que, lors d’un attentat majeur, sur le sol européen ou dans un pays proche (USA), aucune réunion d’envergure au niveau européen n’est convoquée, avec la présence de tous les ministres ou chefs d’Etat.

Une réactivité forte en 2001, 2004, 2005

J’ai repris mon agenda, il est éloquent.

• Attentats à New-York et Washington, le 11 septembre 2001 : un sommet exceptionnel des Chefs d’Etat est convoqué pour le 21 septembre (soit 10 jours plus tard) par la présidence belge de l’UE.

• Attentats de Madrid, le 11 mars 2004 : point besoin de réunion extraordinaire car un sommet est déjà prévu à l’agenda le 25 mars 2004 (14 jours plus tard) sous la présidence irlandaise de l’UE. L’agenda est bousculé. L’Union européenne adopte une déclaration complète (18 pages) sur la lutte contre terrorisme doté d’un plan d’action.

• Attentats de Londres, le 7 juillet 2005 : une réunion exceptionnelle des ministres de l’intérieur est convoquée le 13 juillet 2005 à Bruxelles par la présidence britannique de l’UE.

Réactivité lente en 2015

• Attentat de Paris, 7 janvier 2015 : aucune date n’a encore été fixée pour la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE. La réunion internationale sur le terrorisme de Paris, dimanche (11 janvier), se déroule dans un cadre totalement informel (*), celui du G6, convoquée à l’initiative française (en lien avec le coordinateur européenne de la lutte anti-terroriste) et la présence des ministres de l’Intérieur des principaux pays « concernés », mais pas de tous (1). Un G6 élargi en quelque sorte.

La Lettonie, qui assure la présidence de l’UE depuis le 1er janvier, a indiqué que le sujet sera abordé, les 29 et 30 janvier à Riga à la réunion informelle (*) des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Une présidence qui ne semble pas vraiment avoir pris conscience à la fois de la gravité de l’attaque et de la nécessité de bousculer l’agenda européen.

Idem pour le Polonais Donald Tusk, qui assure la présidence permanente du Conseil européen, l’urgence ne semble pas non plus vraiment ressentie par le (nouveau) président , le Polonais, pour convoquer une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement avant l’heure. Il a simplement précisé, aujourd’hui, vouloir « utiliser » la réunion, déjà prévue sur le calendrier, le 12 février — soit dans plus d’un mois ! — pour « discuter de la réponse (à) apporter aux défis ». Une réunion informelle (*) à l’heure d’aujourd’hui.

La Commission européenne promet, par la voix de son président Jean-Claude Juncker, de présenter rapidement une révision de la stratégie anti-terroriste de l’UE. De fait l’agenda européen de sécurité était déjà prévu à l’agenda de la Commission pour 2015. Il s’agit d’avancer sur le calendrier. Cet « agenda » ne devrait pas être livré tout de suite mais dans les prochains mois, m’a indiqué une source européenne.

…Léger. Très léger !

Seule, en fait, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, a décidé de bousculer le calendrier en indiquant, très vite (dès jeudi), que le sujet sera mis à l’agenda des ministres des Affaires étrangères, dans 10 jours, lors de la réunion ordinaire des ministres des Affaires étrangères le 19 janvier. Mais ces ministres ne sont pas, les seuls à être concernés par la question du terrorisme.

En fait, la plupart dirigeants européens seront présents à Paris pour participer à la manifestation « citoyenne » en hommage aux victimes, à l’invitation de François Hollande. De par le nombre et l’importance des personnalités présentes (2), c’est de fait un mini-sommet européen qui sera organisé (une réunion devant précéder à l’Elysée avec les principales personnalités), à l’initiative de la France.

La nécessité symbolique et politique d’une réunion

L’intérêt d’une convocation rapide d’une réunion européenne, a deux objectifs dans ce type de circonstances.

En premier lieu, une telle réunion permet de marquer le coup, de montrer l’unité européenne, de symboliser la solidarité, aux yeux des citoyens européens comme du reste du monde. En un mot, démontrer l’existence de l’Europe politique.

En deuxième lieu, une réunion formelle permet de prendre des décisions, d’engager un travail. Ce ne sera peut-être pas le lieu de décisions définitives. Il ne s’agit pas non plus de décider n’importer quoi à la va-vite. C’est plutôt le moment d’enclencher un processus décisionnel plus vaste, en distribuant les rôles entre les diverses institutions et organes européens, en demandant la préparation de certaines mesures ou l’accélération de certains travaux, on donne ainsi l’impulsion politique nécessaire. Ce processus pourra trouver son aboutissement, rapidement (si des mesures sont déjà sur la table) dans les mois suivants (s’il faut écrire les mesures), voire les années (si cela bloque).

La rapidité en matière européenne a une vertu : profiter de l’opportunité politique pour faire aboutir des décisions qui n’auraient aucune chance, hors période de crise d’aboutir. Chacun sait, que c’est dans des instants critiques, que l’Europe décide !

(Maj 11.1) Finalement une réunion spéciale des ministres de l’Intérieur sur le terrorisme a été convoquée pour le 16 janvier à Bruxelles. Officiellement « par la présidence lettone », de fait sous la pression des autres Etats (notamment de la France et de l’Allemagne).

(Nicolas Gros-Verheyde, sur le trajet de retour de Riga et à Paris)

(*) Ce qui empêche normalement toute prise de décision ou des conclusions à la différence d’une réunion formelle.


(1) Un G6 élargi

Selon nos informations seront présents au moins 11 ministres de l’Intérieur de pays européens — Belgique (Jam Jambon), Royaume-Uni (Theresa May), Allemagne (Thomas de Maizière), Espagne, Italie (Angelino Alfano), Pays-Bas, Pologne, Danemark, Autriche (Johanna Mikl-Leitner) et Lettonie (Rihards Kozlovskis) — ainsi que le secrétaire d’Etat US à la Justice, Eric Holder, le commissaire européen aux Affaires intérieures (Dimitris Avramopoulos) et le coordinateur européen de lutte anti-terrorisme (Gilles de Kerchove).

(2) Un mini-sommet européen

Seront présents quasiment tous les chefs de gouvernement (ou d’Etat) européens. J’en ai compté déjà 21 (avec François Hollande) qui ont annoncé leur présence : David Cameron (Royaume-Uni), Angela Merkel (Allemagne), Matteo Renzi (Italie), Mariano Rajoy (Espagne), Helle Thorning-Schmidt (Danemark), Stefan Löfven (Suède), Alex Stubb (Finlande), Enda Kenny (Irlande) Charles Michel (Belgique), Mark Rutte (Pays-Bas), Xavier Bettel (Luxembourg), Antonis Samaras (Grèce), Joseph Muscat (Malte), Pedro Passos Coelho (Portugal), Boïko Borisov (Bulgarie), Zoran Milanovic (Croatie), Viktor Orban (Hongrie), Laimdota Straujuma (Lettonie), Klaus Iohannis (Roumanie – président), Bohuslav Sobotka (Rép. Tchèque).

Les représentants des institutions européennes seront présents : Jean-Claude Juncker (Commission), Donald Tusk (Conseil) et Martin Schulz (Parlement), Federica Mogherini (Haute représentante).

et un mini-Normandie. D’autres représentants étrangers seront là également, tels le président ukrainien Petro Porochenko et le ministère des Affaires étrangères russe, Sergej Lavrov, à la tête de la délégation russe. Il ne manque plus que Poutine. Et on pourra faire une réunion en format mini-Normandie avant l’heure.

Seront également là le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, et le Premier ministre marocain Mezouar (si des caricatures de Mahomet ne sont pas présentes sur son parcours), l’Israélien Netanyahu (qui a hésité à venir) et le Palestinien Abbas.

La presse française solidaire de Charlie Hebdo

(B2) L’ensemble des éditeurs français a publié un communiqué après l’attentat contre Charlie Hebdo.

La communauté des éditeurs de presse est sous le choc après l’attentat d’une lâcheté et d’une gravité extrêmes perpétré aujourd’hui contre son confrère Charlie Hebdo.

L’ensemble des éditeurs exprime sa plus grande indignation et sa vive émotion, et souhaite marquer sa profonde solidarité vis-à-vis des équipes de Charlie Hebdo, et son soutien aux victimes, dont les deux policiers qui assuraient la protection de la rédaction, et à leurs proches.

Aujourd’hui, cet attentat terroriste est le plus grave que la France ait eu à subir depuis des décennies.

En s’en prenant à une rédaction, les auteurs de cet acte particulièrement odieux ont visé la liberté de la presse. Ils s’attaquent ainsi à la liberté d’expression et à la démocratie, valeurs républicaines fondamentales partagées par tous.

L’honneur de la communauté des éditeurs est d’affirmer plus que jamais sa solidarité avec ses amis de Charlie Hebdo pour la défense et l’illustration de la liberté de la presse.

Il est aussi de déclarer qu’elle ne cédera jamais aux menaces et aux intimidations faites aux principes intangibles de la liberté d’expression.

Les éditeurs et l’ensemble des collaborateurs de la presse française adressent leurs plus sincères condoléances aux familles et proches des victimes, ainsi qu’à l’ensemble des salariés de Charlie-Hebdo.

Ce communiqué est signé
Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale, SPQN
Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale, SPQR
Syndicat de la Presse Quotidienne Départementale, SPQD
Syndicat de la Presse Hebdomadaire Régionale, SPHR
Syndicat des Editeurs de la Presse Magazine, SEPM
Fédération Nationale de la Presse Spécialisée, FNPS
Association de la Presse d’Information Politique et Générale, AIPG
Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne, SPIIL (*)
Association de la Presse Gratuite d’Information, APGI
Association Presse et Pluralisme

(*) Dont fait partie Bruxelles2 / B2

CharlieHebdo

Attentat contre Charlie Hebdo. Des dirigeants européens choqués et solidaires (Maj)

CharlieHebdo(BRUXELLES2) Très rapidement après les premières nouvelles de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo à Paris, les diverses autorités européennes ont réagi.

Une barbarie qui nous interpelle (Juncker)

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker s’est dit « profondément choqué par l’attaque brutale et inhumaine » qui a frappé les locaux de Charlie Hebdo. « C’est un acte intolérable, une barbarie qui nous interpelle tous en tant qu’êtres humains et Européens. » a-t-il ajouté. Précisant «  Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles. J’exprime, à mon nom personnel et au nom de la Commission européenne, notre plus grande solidarité avec la France. »

Une lutte contre le terrorisme sans relâche (Tusk, Pologne)

Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, a tenu à souligner que « L’Union européenne se tient aux côtés de la France après cet acte effroyable. C’est une attaque brutale contre nos valeurs fondamentales, contre la liberté d’expression, pilier de notre démocratie. La lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes doit se poursuivre sans relâche. »

Des meurtres écoeurants (Cameron, Royaume-Uni)

Peu avant, le Premier ministre britannique, David Cameron avait exprimé son émotion « Les meurtres à Paris sont écoeurants. Nous sommes avec le peuple français dans la lutte contre le terrorisme et la défense de la liberté de la presse. »

Une attaque contre un élément essentiel de notre culture démocratique (Merkel, Allemagne)

A Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a tenu à assurer « nos amis français » de toute la solidarité outre-Rhin contre cette « attaque ignoble ». « Cet acte odieux n’est pas seulement une attaque sur la vie des citoyens français et de la sécurité intérieure de la France. Il représente également une attaque contre la liberté d’expression et la liberté de la presse, un élément essentiel de notre culture démocratique libérale qui est complètement injustifiable. »

Le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, s’est dit « consterné » suite aux évènements.

Une atteinte aux valeurs (Kopacz, Pologne)

La Première ministre polonaise Ewa Kopacz a « condamné les auteurs de l’assassinat à Paris, une atteinte à la liberté des médias et les valeurs de l’Europe » et se « join(dre) à la douleur et le chagrin des familles des victimes et de la société français ».

Préserver nos libertés (Rinkevics, Lettonie)

A Riga, le ministre des Affaires étrangères Edgars Rinkevics — que je viens de rencontrer à l’occasion de l’inauguration de la présidence lettone — a tenu à « condamner fortement » l’attaque terroriste. C’est « un autre rappel sur la nécessité de continuer des efforts coordonnés sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme et de défendre la liberté de la presse. » Et d’ajouter : « il y a une nécessité pour les ministres de la justice et de l’intérieur de l’Union européenne de travailler, de façon plus étroite, avec la Commission européenne », notamment sur les « combattants étrangers ». Mais il a aussi tenu à avertir de la nécessité de ne pas aller trop loin dans l’aspect sécuritaire. Il « faut un équilibre entre les mesures nécessaires pour la sécurité et celles préservant les libertés ».

Ne pas réagir inconsciemment (Martin Schulz, Parlement européen)

Une position sensiblement identique pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, « C’est un moment de grande tristesse mais nous ne devons pas réagir inconsciemment. Au-delà de nos opinions, de nos croyances, nous devons nous élever contre ces actes. J’appelle tous les citoyens à défendre ensemble nos valeurs. » Et d’ajouter : « Nous, Européens, ne céderons jamais sur les valeurs de liberté de la presse et d’expression, de tolérance et de respect mutuel que cette attaque a voulu remettre en cause ».

Un acte d’une gravité extrême (Aurescu, Roumanie)

Pour le ministre roumain des Affaires étrangères, Bogdan Aurescu, qui a réagi par un communiqué en français « cet acte d’une gravité extrême contre les représentants de la presse est une attaque contre l’essence même de la démocratie, les valeurs et les libertés fondamentales.  Nous condamnons dans les termes les plus catégoriques cet acte terroriste, qui représente une attaque d’une lâcheté révoltante contre la presse et contre le monde civilisé. »

Nous sommes solidaires de la France (Stoltenberg, OTAN)

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a parlé, lui aussi « d’un acte barbare et d’une attaque inadmissible contre la liberté de la presse ». Et d’ajouter : « Nous sommes totalement solidaires de la France, pays membre de l’Alliance. Tous les Alliés sont solidaires dans la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, ne pourra jamais être toléré ni justifié. »

« We are all french » (Muscat, Malte – Renzi, Italie)

Paraphrasant la phrase entendue en 2001, « nous sommes tous américains », le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a déclaré : « Today we are all French ». Une phrase toute simple qui résume très bien toutes les autres réactions européennes. Phrase qu’a prononcé également Matteo Renzi. « Nous sommes tous Français » a déclaré le président du Conseil des ministres italien dans un message à l’ambassade de France à Rome. « Horreur et consternation au massacre de Paris, total soutien à François Hollande et Anne Hidalgo dans ce moment terrible. La violence perdra toujours contre la liberté et la démocratie » a-t-il ajouté.

Des martyrs de la liberté

Mais c’est assurément d’outre-Atlantique qu’est venu le message le plus fort. Il n’y a pas « photo ». L’Américain John Kerry a su trouver les mots les plus justes, calibrer l’émotion et le niveau politique, dans un message vidéo. Et en français Svp. Ce que peu d’Européens sont capables de faire aujourd’hui !

« Je m’adresserai directement aux Parisiens et aux Français. Tous les Américains se tiennent à leurs côtés et de votre détermination à protéger de cette valeur qui fait très peur à l’extrémisme : la liberté. Aucun pays ne sait mieux que la France que la liberté a un prix, parce que la France a donné naissance à la démocratie elle-même. La liberté d’expression et une presse libre sont des valeurs fondamentales, ce sont des valeurs universelles; principes qui peuvent être attaqués mais jamais éradiquées, parce que les gens braves et honnêtes dans le monde ne seront jamais céder à l’intimidation et la terreur que ceux qui cherchent à détruire ces valeurs emploient.. Les assassins ont proclamé que Charlie Hebdo est mort. Ils ont tort. » Que dire de plus…

(NGV)

NB : même si aucune réunion de crise n’est encore annoncée au niveau européen, il semble certain que l’attentat de Paris va changer la donne dans les priorités des prochains mois. Sans parler de la mise en oeuvre de la clause de solidarité (innovation du Traité de Lisbonne), une réunion extraordinaire des ministres des Affaires intérieures devrait pouvoir être organisée, disions-nous lors de la première publication de l’article. Ce point a déjà été mis à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil des Affaires étrangères de l’UE (lire : La lutte contre le terrorisme à l’ordre du jour du prochain Conseil).

 

(Mis à jour – réactualisé à plusieurs reprises durant la journée du 7 janvier au fur et à mesure des réactions).

Les voeux de Charb... (crédit : Charlie Hebdo)

Attaque contre « Charlie Hebdo » : un acte terroriste (maj4)

Les voeux de Charb... (crédit : Charlie Hebdo)

Les voeux de Charb… (crédit : Charlie Hebdo)

(B2) L’attentat, ce mercredi matin (7 janvier) contre le journal satirique « Charlie Hebdo », à Paris, a fait un bilan lourd. 12 morts selon le dernier bilan (dont 8 journalistes, 2 policiers, 1 agent de nettoyage), 11 blessés dont 3-4 blessés étaient en état critique « urgence absolue » le jour du drame.

Un commando de deux personnes, « habillées de noir, cagoulées » – selon les témoignages des riverains et de la police, recueillis par les médias français (cf. France-Info), ont pénétré dans le journal, arrosant à l’arme automatique (type Kalachnikov notamment), les témoins présents. Ils n’ont pas hésité à tirer sur le policier placé en protection au journal comme sur ceux — de la brigade VTT et anti-criminalité du 11e = BAC11 —  arrivant en intervention sur place, faisant au moins une autre victime parmi les forces de l’ordre. Des slogans de « type djihadiste » (Allahu Akbar) auraient été prononcés à cette occasion, par les agresseurs.

Un acte terroriste

« Un acte d’une exceptionnelle barbarie contre un journal, des journalistes qui avaient toujours voulu montrer qu’ils pouvaient en France défendre leurs idées, cette liberté que la France protège. Un acte terroriste » a immédiatement qualifié le président François Hollande qui s’est déplacé sur les lieux dans le 11e arrondissement de la capitale française.

Des attentats déjà déjoués dans les semaines précédentes

Une réunion exceptionnelle a lieu à l’Elysée, en début d’après-midi, réunissant les ministres concernés par la sécurité nationale (Défense, Intérieur, Justice). Objectif : déterminer tous les lieux qui pourraient être la cible et doivent être protégés « de ces mêmes barbares » selon les mots même de François Hollande. « Plusieurs attentats terroristes ont été déjoués ces dernières semaines » a affirmé le président français. « Nous savions que nous étions menacés comme plusieurs pays dans le monde ».

Premiers commentaires

Des hommes organisés et bien renseignés

Cette attaque à la Kalachnikov ne ressemble pas aux précédentes vagues d’attentats qu’avait connues la France (Paris en particulier) dans les années 1986 et en 1995-96, qui utilisaient généralement des engins explosifs (colis piégés, bombes, véhicules, etc…). Elle ressemble, par le mode opératoire (utilisation d’armes automatiques puis fuite), à l’attentat de Bruxelles contre le musée Juif en mai 2014 (lire : Attentat de Bruxelles. Un homme froid, déterminé). Mais elle en diffère aussi par de nombreux aspects.

Les attaquants étaient en groupe (au moins 2) et semblaient, selon les premiers témoignages, bien organisés et renseignés, intervenant avec un véhicule et des tenues (noirs vêtus, cagoules, gilets pare-balles) ressemblant de près à des combattants ou des forces spéciales. L’attaque était planifiée. Elle a été menée à l’heure de la conférence de rédaction du journal (avec présence de tous les journalistes). Avec une volonté délibérée de viser un organe de presse, à sa tête et dans tous ses éléments. Les agresseurs n’ont pas tué, au hasard, sur tout ce qui bougeait. Sont visés les membres de la rédaction de Charlie Hebdo ou ceux qui pouvaient menacer de trop près leur retraite (comme les policiers).

Cependant certains éléments prêtent à interroger, laissant penser que l’organisation n’était pas aussi parfaite que ne le montre l’apparence : se tromper d’adresse d’abord pour Charlie Hebdo (ils sont allés d’abord aux archives), perdre plusieurs secondes pour abattre un policier déjà à terre (selon la video diffusée partout), « planter » son véhicule, oublier une carte d’identité dans un véhicule (NB : à supposer que ce soit la bonne).

Le journal satirique, à tendance anarchiste, Charlie Hebdo avait, déjà, été menacé dans le passé. Ses locaux avaient été incendiés en novembre 2011 avec un engin type « cocktail Molotov ». Toute conclusion sur une origine ou une autre doit évitée de façon hâtive. Les auteurs pourraient être issus de la mouvance djihadiste extrême, comme le laissent à penser certains éléments, mais aussi avoir reçu un « coup de main » de franges ultra de l’extrême droite.

Un coup dur pour la presse dans son ensemble

Les agresseurs auraient réussi leur « coup ». Parmi les victimes figurent (informations désormais confirmés) une bonne partie de l’âme du journal : Charb, le directeur du journal, et plusieurs autres dessinateurs comme Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré, ainsi que l’économiste Bernard Marris, actionnaire du journal. La plupart des victimes étaient bien connues dans la presse dessinant ou intervenant dans plusieurs autres médias (Le Monde, Libération, Le Canard enchaîné, Marianne, L’Express, La Croix, les Inrockuptibles, Mon Quotidien, France-Inter, Arte…). Ce qui fait de cet attentat le plus grave , car il vise la presse française dans son ensemble. Parmi les blessés, on trouve aussi des signatures du journal comme le dessinateur Riss, les journalistes Philippe Lançon et Fabrice Nicolino (écologiste patenté, son blog), le webmaster, Simon Fieschi, ainsi qu’un autre policier de la brigade VTT et une passante.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour) bilan ajusté par rapport au premier article, noms des victimes complétés, et premiers éléments d’analyse.