Jeff…

(B2) Nous ne verrons plus Jeff, bondir sur les baffles d’une scène, projetant sa casquette en l’air, ou promenant son chapeau élégant dans les rues de Bruxelles. Jeff Bodart, un des chanteurs belges francophones les plus talentueux de sa génération, n’est plus. Terrassé par un accident vasculaire cérébral, il y a quelques semaines, dans la maison de ses parents, il ne s’est pas relevé. A 44 ans, sa « carcasse » est partie rejoindre les « canadairs ». Comment le définir ? rocker certainement, chanteur à textes sûrement, de variétés également, il était tout çà incontestablement. Son cinquième, et dernier, album « “Et parfois, c’est comme ça  » était à peine sec. Et la tournée venait tout juste de commencer – au Botanique de Bruxelles en février dernier. Une tournée où on voyait moins le voltigeur et davantage le poète. L’ange bondissant, empreint d’un tel dynamisme sur scène, qu’il était impossible de ne pas résister, avait opté pour un registre, sinon intimiste, moins extravagant. Mais il avait gardé toute sa chaleur…

Tour à tour adulé ou ignoré, arpentant ces montagnes russes de la célébrité qui ont noyé plus d’un artiste, Jeff Bodart a toujours gardé cette lucidité, et surtout le grain d’ironie qui était sa marque de fabrique. Se moquant de lui-même et de son métier — « Pas vraiment un boulot, un hobby de luxe » —, sa gentillesse, sa modestie ne l’empêchait pas de porter un regard acéré sur le milieu dans lequel il évoluait et les maisons du disque « qui essaient d’avoir des sous en dégraissant au maximum ». Mais en même temps, il ne se reconnaissait pas le talent de passer de l’autre coté. « Quand voit comment le single « Boire boire boire » (de son avant dernier album) a marché du feu de Dieu, alors que pour moi, ce n’est pas… le meilleur titre de l’album, c’est… fou » assurait-il. Et d’ajouter : « Donne-moi les clés d’Universal, je la coule en 15 jours, bien plus vite que Messier » !

Saltimbanque il était, jusqu’au bout, et se refusait à entrer dans le cycle classique, pourtant bien rodé de l’album tous les trois ans – un an d’album, un an de promo, un an pour se ressourcer – « Ce n’est pas suffisant ! Je préfère  avancer, faire régulièrement des nouveaux trucs, que des temps morts entre disques, il faut avancer, avancer… la vie est trop courte. » nous avait-il confié dans un entretien au bar de la piscine, près de son studio préféré d’enregistrement.

(NGV)

Crédit Photo : © Ngv

Le monde selon Rodrigo Leão

(B2) Une riche idée qu’a eu le Portugal de choisir Rodrigo Leão, sans doute le plus talentueux musicien moderne portugais du moment, pour inaugurer sa présidence de l’Union européenne. Lors d’un concert privé donné cet été, la patrie de Vasco de Gama et de Fernando Pessoa — qui préside aux destinées de l’Europe durant ce second semestre 2007 —, avait en effet invité le compositeur lisboète dans sa ville natale, en bordure du Tage, à donner le meilleur de son dernier opus, « O Mundo », devant un parterre de journalistes européens.

Connu surtout dans le monde hispanophone ou lusophone, Rodrigo Leão mérite, en effet, d’être découvert sous toutes les latitudes. Né à Lisbonne, en 1964, il contribue à créer en 1982 le groupe Sétima Legião. Mais c’est surtout sous l’étiquette du groupe Madredeus, fondé en 1985 en compagnie de Pedro Ayres Magalhães, qu’il acquiert sa notoriété au-delà des frontières. En modernisant le fado, Madredeus en répand ses mélopées enveloppantes à la portée de tous. Mais, à la moitié des années 1990, Rodrigo Leão décide de vivre d’autres aventures musicales, plus personnelles. « Après Madradeus, j’avais envie d’un temps de repos. On avait beaucoup tourné, donné des concerts dans toute l’Europe. Et j’avais envie d’autre chose, de reprendre le chemin du studio, de remettre les sons à leur place. » nous confie-t-il. La raison est à la fois professionnelle et personnelle. Le musicien a aujourd’hui trois enfants — Antonio, Rosa et Sofia, la dernière qui a presque 20 mois – à qui il voulait consacrer davantage de temps et à qui sont d’ailleurs dédiées sa dernière compilation. Pour notre plus grand bonheur !

En solo, Rodrigo Leão abandonne, un peu, l’ambiance pop qui enveloppe Madredeus, lui donne son cachet mais lui confère une certaine lourdeur également, pour revenir à des sons plus contemporains, en les mêlant avec d’influences plus classiques. De son inspiration, on retrouve ainsi bien sûr l’art ancestral du fado, qui donne la profondeur et la mélancolie, mais aussi une palette d’inspirations musicales, beaucoup plus large : des airs gypsies d’Espagne – comme dans « Noche » – ou d’Europe centrale – comme dans « Rua da Atalaia » où un petit soupçon de Kusturica plane – à la bossa brésilienne, en passant par des mélopées plus religieuses et la chanson française. « La fête », sur un air de musette, et le plus nostalgique « Solitude » — «  il faut tuer la solitude en toi » — respirent ainsi à pleins poumons les paroles et la stature d’Edith Piaf.

L’artiste confirme bien volontiers ces influences multiples : « le Brésil, la France, la Méditerranée. Je ne cherche pas telle ou telle influence, c’est plutôt une voie très intuitive de la musique qui me guide ». Il n’hésite pas ainsi à collaborer avec Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead, dans « Lonely Carousel », morceau qui figure dans la bande originale du film « l’Annulaire » de Diane Bertrand. L’ensemble musical, qu’il a formé, est à la portée de cette volonté de mixage entre moderne et ancien, un bijou. Il regroupe, de façon étonnamment harmonieuse, les classiques cordes — violon et violoncelle —, le populaire du bastringue accordéon et les plu s modernes guitare basse et piano synthétiseur, où officie le compositeur.  Mais l’essentiel pour Leão reste la voix qui occupe une place clé. Il n’y a qu’à écouter ce « Carpe Diem », en latin, repris des profondeurs traditionnelles des cantiques, ou « Ave mundi », encore plus surprenant, où tels des anges, les voix psalmodient, s’emmêlent pour finir par monter aux cieux. Ou encore ce « Rosa », tout chuchoté de tendresse paternelle. Ce sont ces voix auxquelles se relaient, divinement, Ana Vieira et Angela Silva, essentiellement, qui donnent toute la mesure de la finesse musicale de Rodrigo Leão, qui tissent sa trame musicale et portent, finalement, l’émotion. Pures, profondes, chaleureuses, elles donnent, tour à tour, cet air de tristesse heureuse, comme un amour à chérir, si propre à cette « folk » moderne portugaise, riche de multiples inspirations européennes, bien douce pour l’été, voluptueuse pour l’hiver.

(NGV)

Crédit photos : NGV – « Lisbonne » juillet 2007 – (texte publié pour le site de Rfi Musique)

Discographie : Ave Mundi Luminar (1993), Mysterium (1995), Theatrum (1996), Alma Mater (2000), Pasión (2000), Cinema (2003), « O Mundo 1993 – 2006 » (Sony BMG Music Portugal)

Odieu, Jeff Bodart, Vive La Fête

Les amours noires d’Odieu

Inclassable artiste. Comme il le proclame lui-même « Où me mettre dans les rayons Electro. Rock. Chanson. Classique ». Depuis ses débuts en 1982, Didier Kengen (alias Odieu) collectionne les superlatifs. Mais sur les ondes des radios, Odieu n’est pas vraiment matraqué. Il est vrai qu’entre 0’34 et 6’21, ses compositions ne sont pas vraiment dans le calibre courant. Et dans les bacs des disquaires, il aura fallu attendre cinq ans pour avoir ce nouvel album dans les mains. L’outrance punk a été délaissée pour une électro-acoutisque, enregistrée « à la maison », avec l’aide d’amis comme Joseph Racaille (Alain Bashung) aux arrangements, DJ Deenasty aux scratchs et la pâte de Jean-Marie Aerts (TC Matic, Arno) à la production. Mais les textes sont toujours aussi ciselés. De vrais petits bijoux à la pointe de l’irrévérence. L’oreille prend plaisir à contourner toutes les rondeurs de la langue et s’égarer dans des doubles sens. L’érotisme est bien entendu présent. Comme ce « laisse-moi perdre au fond de toi » (Aquarium ) ou ce « plus personne qui mouille, plus personne qui bande » (Rien à cirer). Pourtant il serait hâtif de classer « Amours noires » dans l’art uniquement copulatoire. Dans cet album, Odieu revisite toutes les variantes du sentiment amoureux en lambeaux : la solitude (Belle soirée), la déception (Cœur Brûlé), l’exclusion (Paulo), la vieillesse (Hélène), ou la certitude de l’impossible (J’attends) qui clôture cet opus sur un constat simple, somme toute universel, « Mon palpitant qui cogne me dit : tu déraisonnes ». Pas tout à fait d’ailleurs le dernier morceau. Car Odieu n’a pu s’empêcher de rajouter, en « bonus track », un « gloire à ma banque », en forme de comptine de rue, aussi corrosif que bref. (« Amours noires », Odieu, Franc’Amour / Sowarex)

T’es rien ou t’es quelqu’un » de Jeff Bodart

Ce quatrième album témoignerait-il d’une certaine tranquillité retrouvée ? « Je ne l’espère pas, ce n’est pas pour moi » réplique Jeff Bodart, rieur, lui qui, sur scène, ne peut rester en place plus de 2 minutes 30 et adore monter aux mâts des chapiteaux. Mais « je n’aime pas faire deux albums qui se ressemblent ». L’orchestration est, donc, plus douce, plus jazzie, sans doute plus homogène également. Aux cotés de ses deux vieux complices Pierre (Julio) Gillet et Olivier Bodson, le petit gars Jeff s’est en effet impliqué pleinement. « J’ai retroussé mes manches. J’ai fait la guitare, l’harmonica, le clavier et même les chœurs… Avant j’avais des chœurs longs comme le Danube. Maintenant les chœurs…c’est moi ». Pour autant arriver à cette harmonie n’a pas été facile. « J’avais 40 titres dans les cartons, dont 20 étaient mixés, prêts à être gravés. Il a fallu dégraisser. C’est un mot que je n’aime pas, trop utilisé par les entreprises, pour jeter des gens. Mais il faut éviter les répétitions, pour ne pas lasser, avoir un fil rouge et s’y tenir ». Et effectivement quand on regarde les textes de cet album, on cerne une trame commune, autour de la reconstruction de l’être humain : « Tu m’aimeras quand je ne t’aimerai plus », « Apprendre à tout laisser », « Etre ou ne pas être », « Ma vie est une balançoire » sans oublier « t’es rien ou t’es quelqu’un », le titre éponyme de l’album, écrite par Pierre Delanoë. « Il avait cette chanson dans ses tiroirs. Il m’a dit, tel un grand couturier, je vais te la retailler, tu vas voir elle t’ira sur mesure ». Un fidèle, Rudy Léonet, par ailleurs directeur musical sur Radio 21, est venu aussi prêter main forte pour « Boire, boire, boire », une libre adaptation du groupe punk allemand Trio et un clin d’œil également, à l’album « Boire » de son compère Miossec, pour lequel il écrit quelques textes (et vice-versa). Enfin comment ne pas citer « Canadair », qui sort en single cet automne, morceau empreint de poésie et, apparemment, fort d’actualité cet été en Europe. « « La tête encore pleine de cigales j’ai déchiré l’azur enfin et plongé en héros postal vers l’inconnu vers le lointain ». (chez PiAS)

« Nuit blanche » Vive la fête

Quatrième album également pour ce groupe flamand qui, une fois n’est pas coutume, ne chante pas, en anglais – comme la plupart de ses corelégionaires – mais en français. C’est que Mommens, ancien bassiste de Deus, et Els Pynoo, une bombe blonde, adorent les égéries des années 60 Brigitte Bardot et Jane Birkin ainsi que les deux faiseurs de mots Jacques Dutronc et Serge Gainsbourg. N’attendez pas une recherche musicale intense. Le fonds sonore de ce groupe kitch-pop, comme il se définit volontiers, se décline assez simplement, autour d’un beat électronique, plus proche des soirées nocturnes et autres techno parties, renforcé en concert par un band bien emmené et souvent délirant. « Vive la fête » c’est en effet avant tout une petite voix acidulée, perchée dans les aigus, style Lio années 1980. Une voix qui vous torture l’âme et qui part en vrille et vous donne le tournis. Des textes simples, dépouillés, réduits parfois à une ou deux phrases parfois, et d’autant plus provocants — « Mr le président. Où est mon argent ? »,, « Maquillage. Je n’aime pas » …etc — qui dégagent tantôt une envie de fête, de rêve, ou de révolte. Des qualités qui ont d’ailleurs séduit le couturier Karl Lagerfeld qui a confié à Vive la Fête le soin de mettre en son la collection automne hiver de Chanel. (chez Lowlands)

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles) pour Rfi Musique

 

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Bashung en tournée

C’est au Cirque Royal de Bruxelles et à l’Aéronef de Lille qu’Alain Bashung a entamé sa nouvelle tournée. L’homme est peu prolixe d’apparitions publiques. Presque neuf ans sans le voir sur les planches, l’attente serait-elle à la hauteur ?

(B2) Lumières, images, sons, textes, quand Bashung vient sur scène, ce n’est pas par hasard. Tout y est réglé comme du papier à musique, pour le grand plaisir des yeux, des oreilles et des sens. Sur les deux écrans rectangulaires, placés de part et d’autre de la scène, défilent les images de la vidéaste Dominique Gonzalez-Foerster. Beaucoup d’eau et de rochers. Des paysages lunaires, désertiques, des collines arides, des arbres asséchés comme l’amour… Quand des êtres vivants s’y trouvent, ils se comptent à l’unité, homme ou femme, parfois ensemble, mais souvent seuls. L’humain est ailleurs. Situés à droite et à gauche d’une espèce de plancher en pente, les musiciens laissent à l’Alsacien le soin d’occuper seul l’espace laissé vide, en bas près des spectateurs. Ils sont sept sur scène. Adriano Cominotto aux claviers, Arnaud Dieterlen à la batterie, Brad Scott à la contrebasse, Geoffrey Burton à la guitare électrique, Jean-François Assy au violoncelle, Nicolas Stevens au violon, Yannick Péchin à la guitare livrent un set tiré à quatre épingles, enchaînant et entremêlant cordes glissées – violon, violoncelle – et frappées ou électrisées – guitare, basse – liées par une batterie généreuse qui sait accompagner une montée en puissance. Le tout baigné dans une véritable mise en lumière, orchestrée par Alain Poisson, qui ne se contente d’un simple éclairage de salle de sports mais donne aux chansons toute leur couleur, et laisse goûter toute la saveur des chansons.

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Tout de noir vêtu, blouson et pantalon de cuir souple, gilet noir, lunettes noires, Alain Bashung irradie le sombre. La main placée souvent devant le visage comme pour se protéger des autres, ou le doigt lancé sur un quelconque ciel imaginaire. Très rock’n roll attitude. A portée de main, une table de bistrot en acier trône, portant en évidence un verre de ce qui pourrait être du whisky à moitié vide et un cendrier, vient disputer la primeur du devant de scène. On pourra y voir un hommage au parolier disparu ou mise en exergue de l’appartenance à cette tribu gainsbourgeoise du bar, de la clope et de la biture, vieille tradition de la chanson rock française s’il en est.

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L’ensemble de son répertoire déboule selon une alternance savamment dosée : ancien et nouveau, sage ou rock, étrange ou enjoué. L’artiste puise un peu partout, principalement dans ses albums « Novice » (Etrange été, Légère éclaircie) et « Fantaisie militaire » (La nuit je mens, Mes prisons, Angora, 2043). « Osez Joséphine », « Chatterton » ou « Roulette russe » sont aussi mis à contribution. Parfois règne une atmosphère plus désenchantée comme dans ces westerns quand tous les combats ont cessé, quand cow boys et indiens se sont retirés, et que ne restent que quelques ruines calcinées, quelques femmes et des enfants apeurés. Vieille référence à cette Amérique dont il a souvent rêvé à défaut de la vénérer. Mais c’est surtout le petit dernier, « l’imprudence » qui date d’à peine un an, que Bashung se fait une ferveur de défendre parsemant ses deux heures 30 de spectacle de ses textes finement ciselés, souvent touchants, toujours parfaits, autour de sa muse fondamentale, l’amour. « Mes bras connaissaient la menace du futur, les délices qu’on ampute pour l’amour d’une connasse » (mes bras). « Tu m’irradieras encore longtemps, bien après la fin » (un Dimanche à Tchernobyl). « Nos corps ont joué. Tellement joué à se toucher à s’effleurer, personne n’a rien vu, faisons envie jusqu’au dégoût… Restons en vie, restons en là » (Faisons envie). « Vertige de l’amour » (de l’album Pizza) vient clore cette première partie. Fin d’une époque. Un rideau translucide vient s’interposer entre l’artiste et la salle.

A la reprise, Gaby et Mauricette viennent secouer un public quelque peu ankylosé. Le rideau se teinte de traits rouges. Une bulle de plastique descend du plafond, des cintres du théâtre. Dedans, lovée, une femme, à haut talons. Plastique ou réelle ? Comète ou duo ? La bulle finit par s’enfoncer dans le sol pour en laisser ressortir une belle, sa belle. « C’est Chloé ma femme » annonce-t-il, tel un jeune communiant venant présenter sa promise à ses parents. Après l’amer et la passion, voilà la douceur. Une voix, râpeuse, qui psalmodie plutôt qu’elle chante. Avec quelques langueurs. Mais l’interprétation du « Cantique des cantiques » est émouvante. Souvenir puisque cet hymne biblique à l’amour et à l’érotisme fut aussi leur chanson de mariage célébré il y a deux ans dans le Pas-de-Calais. Une dernière saccade savoureuse : « Madame rêve », « Ma petite entreprise », « Bijou bijou »… Il est 23h00 ! Le temps de s’en aller. Bashung remet son chapeau, redresse son manteau aux trois-quarts sur les épaules et s’en remonte, théâtral, l’estrade pour disparaître dans le noir des coulisses. Impeccable

Nicolas Gros-Verheyde (à Lille) – article paru sur RFI Musique

> Bashung sera le 16 à Strasbourg, le 17 à Genève, le 18 à Montceau-les-Mines, le 21 à Voiron, le 22 à Clermont-Ferrand, le 23 à Marseille, le 24 à Villeurbanne, le 19 à Toulouse, le 20 à Bordeaux, le 21 à St Etienne, le 22 à Villebon, du 24 au 27 novembre au Bataclan à Paris, puis tout le mois de janvier en tournée qui s’achève le 30 janvier au Zénith à Paris.

Quand l’humain danse, le dernier album « tutti frutti » de Maurane

La puissante voix belge francophone nous revient avec seize chansons teintées d’optimisme et de rêverie. « Quand l’humain danse » le sixième album studio de Maurane, est un fabuleux ode d’optimisme, avec plusieurs duos (Lavoine, Fabian, Sanson) et la pâte de Goldman pour quatre chansons.

(B2) Dans ce restaurant verdoyant de Bruxelles, Maurane apparaît joyeuse, souriante. Durant ces derniers mois, elle s’est laissé aller à son caprice favori : vagabonder au gré de musiques et d’amitiés diverses. Le jazz avec ses vieux complices Steve Houben et Charles Loos qui ont reformé le groupe HLM (Houben Loos Maurane). Le classique avec l’actrice Marie Gillain et le violoncelle de Marie Hallynck pour « Bach au féminin » en juin. On l’a même vu interpréter,  en compagnie de l’Orchestre philharmonique de Liège, le fameux « Duo des chats » de Berthold. Ou encore se prendre d’une passion de raconter Babar aux enfants.

En pleine forme, quelques kilos en moins, Maurane signe donc avec ce nouvel album, le sixième réalisé en studio sous son nom, un retour à l’optimisme… plutôt rêveur. Enregistré et mixé pour l’essentiel au studio ICP de Bruxelles, « Quand l’humain danse » pourrait être qualifié comme un album des duos : « Un pays mais » avec Marc Lavoine, « Mais la vie… » avec Lara Fabian, « Petites minutes cannibales » avec Véronique Sanson. Mais la nouveauté vient d’ailleurs. Une manière de mettre en musique, où les mots viennent s’emboîter dans tous les interstices ludiques comme ils avaient été conçus l’un pour l’autre. Un peu blues, un tantinet charme, un rien tube. Aux cotés des fidèles de Maurane – Peter Lorne, Arnould Massart, Jean-Claude Vanier et, à la réalisation, Nicolas Fiszman, Jean-Jacques Goldman a ainsi signé quatre titres.

D’un « Tout faux » qui perpétue la tradition du dialogue de sourd amoureux à la petite comptine « au clair de ma plume » paraphrasant un classique de notre patrimoine au service de l’écriture, en passant par l’inspiration plus jazz de « Ce que le blues a fait de moi » ou « Des millions de fois », il étale toute la palette de son savoir-faire donnant aussi à Maurane de laisser résonner ce qui reste une des plus belles voix de la francophonie..

• Dans tout nouvel album, on cherche la comparaison avec les précédents, comment situez-vous le petit nouveau ?

Je ne sais pas si celui-ci est meilleur  que le précédent ou plus fort. Il est peut-être plus accessible. Le précédent était plus un album d’ambiance. Presque plus proche de la musique de film que de la chanson. Ici, il y a de vraies mélodies, qui vont d’un bout à l’autre, qui ressemblent à des chansons. Il est aussi plus gai. Sur le précédent album j’avais parlé beaucoup de violence. Ici, mis à part « graine d’immortelle »  et « tout faux » et une ou deux autres, ce sont des chansons, vachement optimistes.

• Comment écrit-on un album comme celui-ci ?

Je suis pas automatiquement lente à écrire, j’écris même tout le temps. Mais j’ai du mal à réunir toutes les chansons. Et surtout, je n’ai pas envie de faire tout toute seule. L’inspiration des autres vous ouvre des portes et de belles portes. En même temps j’ai une réaction assez physique aux chansons. Elles me parlent, elles me chantent. Elles me donnent la chair de poule ou le magret de canard, comme vous voulez. Et puis quelquefois elles demandent à être apprivoisées. Tout cela prend du temps.

• Cet album est aussi celui des amis, qui vous ont prêté leur voix, leur texte ?

Il y avait déjà un paquet dans le précédent album. Mais cette fois, c’est vrai, j’ai mis tout le monde (rires)… Je ne l’ai pas vraiment fait exprès. Cela s’est fait au fur et à mesure des rencontres. Il y a des gens avec qui j’ai travaillé  et avec qui je ne travaille plus depuis un moment et qui reviennent. Je me sens bien comme çà. Même si à des moments donnés avec certains, ce fut contre vents et marées, il y a toujours un moment où on se retrouve. Il y a une fidélité  dans les deux sens.

• Un album Tutti-frutti donc ?

Oui on peut le résumer comme çà. C’est un cocktail de toutes les époques, de toutes les musiques, de tous les genres et de tous les gens que j’ai côtoyés depuis autant d’années. Il y a quand même une grande famille d’amis, mais qui étaient là au début, qui étaient là plus tard, qui étaient là au milieu .

• et votre titre préféré ?

J’adore « Sans demander ». Quand j’ai reçu la première maquette de Daniel (Lavoie) et que j’ai su que c’était un texte de Louise Forestier, cela m’a beaucoup touché. Ce sont des personnes que j’aime énormément. Et  j’ai vraiment senti aussi qu’ils m’aimaient beaucoup. Cette chanson était vraiment pour moi.

• « Un pays mais » ce n’est pas un tantinet patriotique?

Vous trouvez ? Non çà n’a rien de patriotique. Mais je sais pourquoi vous dites çà. Car les premières notes çà fait (et elle chantonne), çà fait penser à « douce France… » Pour moi, le pays ce peut être des sentiments. Ce n’est pas forcément un vrai pays. C’est une image. C’est ce qu’il y a coté de nous, et qu’on ne voit pas, ce peut être l’amour de l’autre. L’évidence est à coté. Il ne suffit pas d’aller loin pour la trouver. Quelquefois vous passez à coté parce que vous ne le voyez pas. Le pays, çà parle plus d’amour que de géographie.

• Il vous reste encore des désirs que vous n’avez pas satisfaits ?

Oh. J’ai des tas d’envies, des tas de gens avec qui j’aimerais partager  des choses. Je rêve toujours de chanter avec Peguy Lee. Sting aurait envie de faire un duo avec moi, je ne cracherais pas dessus… Peter Gabriel non plus. J’aimerais bien faire un duo avec Vanessa Paradis. J’aimerais écrire pour Elsa ou pour Nollwen.

• L’ordre des chansons a parfois un sens caché, comment les avez-vous ordonné ?

C’était un véritable casse tête. Je me suis dit : faut-il les mettre par style, par genre, par auteur. J’ai tout essayé, dans tous les sens. Vous savez vous mettez des « post-it », sur lesquels vous écrivez les titres… Puis à un moment il ne suffit pas de lire les titres, il faut écouter. Et pour finir j’ai tout mélangé, à l’instinct. C’est venu. Comment ? alors là…

• Vous avez déjà fait un duo avec Lara Fabian, vous persistez ?

Pas par Lara et par moi. Ca nous a rendu très heureuses tout de suite. Effectivement, certains « fans » se sentaient trahis. Il y a dans ce métier soit disant ce qui se fait ce qui se fait pas. Nous çà nous a surpris. Nous nous connaissons depuis longtemps. La première fois que je l’ai rencontré, je crois qu’elle devait avoir 16 ou 17 ans. J’ai très vite senti chez elle à la fois son ambition mais aussi son talent et sa sensibilité. Pendant le temps où elle en a fait des caisses,  je me suis dit que cela cachait bien autre chose, c’était peut être parce qu’elle se faisait peur ou avait peur de sa fragilité. Nous on s’est toujours bien entendu et nous avons toujours adoré chanté ensemble.

• A de nombreuses occasions – les restos du cœur, l’association Sol en Si, vous avez manifesté votre solidarité avec les autres. Et cependant on ne peut dire que vous êtes une artiste engagée ?

Quand çà touche les enfants, des gens qui à coté de soi ne mangent pas à leur faim, vous ne pouvez pas rester indifférente . Je suis touchée, cela me donne envie de bouger. Avant je disais toujours que j’étais une chanteuse dégagée, que je ne voulais pas être engagée, que cela servait à rien. En fait, quand je vois à quel point la musique fait bouger les choses et fait avancer les choses, je me dis qu’il n’y a plus que çà à faire… y aller.

• Certaines actualités ne vous font-elles pas réagir aussi ?

Oui bien sûr j’ai des révoltes. Comme tout le monde, cette violence, ces guéguerres à vingt balles. Je peux vous dire que Bush je l’ai dans le pif…. Je ne regarde d’ailleurs plus trop les actualités car je trouve qu’on médiatise beaucoup trop ces guerres, qu’on leur donne finalement une importance. Les gens allument la télé, s’aperçoivent qu’ils ont leur petite guerre en direct. Il y a un coté très malsain. Forcément, j’ai envie d’harmonie, d’humanisme, d’amour.

• Ce besoin de sérénité, on le retrouve tout au long de cet album…

Sur le précédent album j’ai parlé beaucoup de violence, de la planète. Des sujets plus graves, peut être plus universels. Mais toujours avec mes mots, je suis quelqu’un qui rêve beaucoup. L’utopie fait partie de ma vie. Mais le rêve peut être le premier pas vers la réalité. Tant qu’à faire je continue à rêver et voilà. Essayer de m’accrocher à l’énergie belle qu’on peut mettre dans les choses. Plutôt que l’énergie mauvaise. Voilà. Je crois toujours dans l’humain sinon je me tire une balle… Je pense que l’humain est capable de grandes choses s’il se donne les moyens de bouger dans le bon sens. Quand l’humain danse, tout va.

• Si Bush dansait de temps en temps ce ne serait pas mal alors…

Oh mais Bush il ne dansera jamais. Le pauvre ! C’est un petit soldat. Un petit soldat, çà ne danse pas. Un petit soldat, ça tire dans tous les sens. Un petit soldat çà veut tout gérer, tout dominer. Bush, il ne dansera jamais …

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles) pour RFi Musique

Neuf fois Julos Beaucarne

(B2) Poète ou chanteur, auteur et interprète, Julos B. est un « ignoré célèbre » qui mérite le détour. Maître du texte, artiste du détournement de mots, Beaucarne est aussi un écolo avant la lettre. « Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus ». Fils de la campagne, il n’a de cesse de défendre ses amis qui pointent le nez vers le ciel, n’hésitant pas à créer un « front de libération des arbres fruitiers ». D’Ecaussinnes, où il a vécu enfant à Tourinnes la grosse où il vit maintenant en passant par ses épopées en Provence, et ses potes, les Spoutniks, cette biographie se veut avant tout un conte de l’œuvre, du « julosland » plus que de l’homme. Le constructeur de « pagodes », ces rouleaux de bois cylindriques destinés à contenir les fils, met son âme partout. Ici point de regard juteux sur la « célébrité ». Les épisodes les plus douloureux, comme la disparition de sa femme sont évoqués sobrement, pour mémoire. Mais du texte entre guillemets, à revendre. Peut-être la meilleure façon de comprendre l’homme.

(NGV)

* « Il était 9 fois Julos Beaucarne« , Laurence Vanbrabant, Ed. Le Grand Miroir (diff. Flammarion), 188 p. 13,50 euros. http://www.legrandmiroir.com/

Nuits botanique 2002

Durant 13 soirées, de la musique sous toutes ses formes : world, rock, rap, chanson…

(B2) Treize jours de festivals. Treize jours à arpenter ces coursives du Botanique, colorées de jaune, d’orange, de bleu ou de rose ; où quelques poissons gigotent encore dans les bassins surmontés de plantes plus ou moins rares. A passer d’une salle à une autre, pour franchir un peu tous les styles. Ici, le jazz cotoit le hip hop, la pop frôle le hardcore, la chanson intimiste s’essaie au rock…

Après les festivals d’été, et leur foule, les « Nuits Botanique » à Bruxelles sont une manière d’écouter le son dans de bonnes conditions, quasiment en famille et … de multiples façons. A chacun sa technique : confortablement installé dans les fauteuils en velours rouge du « Cirque royal », dansant dans la Rotonde sur le hip hop de Rocé, trépignant furieusement dans l’Orangerie sur les rythmes de Pleymo ou allongé à même la moquette dans les coursives du “Musée”, la salle plus intimiste, à écouter Perry blake, voire dehors sur les marches de béton, en train de déguster des Samoussas afghans, pour goûter un des orchestres « world » présent ce jour là. Car la nouveauté des Nuits 2002, c’est cette petite scène extérieure, dénommée « Corolla », sponsor automobile oblige. Montée en plein air, pour accueillir les richesses musicales des diverses communautés culturelles résidant en Belgique, elle a montré son utilité. Jouant les interludes entre les deux concerts, soit un exercice pour le moins délicat, cette scène en a réjoui plus d’un, d’autant que l’accès y était libre et le temps au beau. Que ce soit « A contrabanda », un groupe de musique traditionnelle galicienne (Espagne) mené sous la houlette de Grégorio Melgosa avec force cornemuses et issu des cours de gaita de « Muziekpublique « , les rythmes slavo-tziganes  de la famille bulgare Silla ou le band punk-rock “sans guitare” de Traktor, trois filles et deux garçons issues des squats d’Anvers (Belgique), la qualité et le sens de la fête était toujours au rendez-vous. L’occasion aussi pour les différents publics de se croiser : les jeunes marocains ou turcs venus des quartiers voisins, les étudiants descendus de leur campus en bande ou les messieurs costumes-cravates, un tantinet plus officiels.

Les Rita emballent le crique

Sans conteste, le concert des Rita Mitsouko a été une grande réussite de ces Nuits. Au Cirque royal, ce 21 sept., c’est une salle bien remplie qui attend de pied ferme les Rita Mitsouko pour un des premiers concerts célébrant leur nouvel album, « la femme trombone ». Quand Catherine Ringer paraît, en costume moulant, strié de bandes oranges et noirs, symbolique du bagnard ou du saltimbanque, et de ces nouvelles chansons, toutes de hargne et de passion, il est trop tard pour hésiter. Le concert prévu en version assise ne tarde pas à gagner la position debout. Les spectateurs des derniers rangs en étant réduits à monter sur les sièges pour trépigner à leur aise. Ceux des balcons usent de quelques subterfuges, comme passer les sous-sols, pour regagner le parterre. Pourtant les Rita ne reprennent pas systématiquement tous leurs tubes. Les amateurs de Marcia Ballia en seront pour leurs frais. Mais aucun ne s’en plaindra. Enchaînant vieux titres comme Don’t Forget The Nite” et les nouveaux comme “Trop Bonne” ou “vieux rodéo”, la chanteuse déploie une énergie sans pareille. Les ambiances alternent sans relâche : parfois très pop italienne puis s’essayant au Flamenco, se promenant ensuite sur la scène tel un Charlie Chaplin des temps modernes, ou un rien féroce, type danseur Masai dans « Les Guerriers », Catherine Ringer sort à l’aise de toutes ces situations. Et si le clavier nécessite quelques réparations, elle improvise un “à la claire fontaine” qui  pallier aux défaillances électriques. Une Andy divine laisse les spectateurs heureux et comblés.

(Mercredi 18 sept.) Parmi les découvertes cette année des « Nuits », comment ne pas citer Karin Clercq, grande blonde, comédienne de son état, qui un beau jour a trouvé chez le guitariste de Miossec, Guillaume Jouan, une musique capable d’épouser ses envies de textes. Son ambition : “Parler des failles et douleurs et des désirs des femmes d’aujourd’hui, par contradiction avec les femmes papier glacé des magazines ». Après un album sorti en mars (PiAS), c’était la première prestation live de la jeune femme. Tendue au départ, mais avec une salle acquise d’avance et enthousiaste, elle a eu du mal à trouver ses marques, mal servie par une sono mal réglée et des paroles difficilement compréhensibles derrière les rifs des guitares, très rocks. Cependant certaines de ces compositions méritent qu’on s’y attarde. La “Chanson pour Anna” “contre toutes les Anna victimes de la traite des femmes” a une force et une gravité qui dépassent les ritournelles gentillettes, comme “Femme X” ou “Ne pas”. Et que dire l’émotion dégagée par “Douce”. Une ode à la vieillesse, un thème souvent oublié des auteurs, dédiée à sa grand-mère, Marguerite, « qui a décidé de partir ailleurs aujourd’hui”. Un récit qui pourrait être tout  aussi bien dédicacé à toutes ces personnes âgées qui traînent « dans des homes pour personnes âgées à la recherche de leur mémoire et de leurs sons intérieurs » nous confie-t-elle.

Le lendemain, même lieu, mais avec moins de réussite se produit Melvil Poupaud. Décidément les comédiens aiment bien montrer leur corde vocale. Nous connaissions davantage  l’acteur (dans “Conte d’été” ou “Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel…), que le chanteur. Et c’est tant mieux ! Quand Poupaud s’essaie aux chansons, avec des ballades pop, folk, bossa et blues, le résultat n’est pas garanti, même si son frère Yarol, ex-guitare de FFF, a officié à la production. L’ensemble, pourtant doué, rassemble davantage à un groupe de gentils boys scouts rassemblés dans le café du coin. Un imperceptible ennui gagne le public qui, il est vrai, avait été, tout juste auparavant, particulièrement gâté par la prestation simplement géniale et emplie d’ironie de Vincent Delerm.

(Mardi 24 sept.) Changement de style. Les adeptes du bastringue rock sont de sortie. Marcel et son orchestre et son alter ego belge, originaire de Charleroi, Priba 2000, se produisent à l’Orangerie, au nom parfaitement adapté. Leur devise? Si, ils en ont une: « Délirer sur les Beaufs en sachant qu’on est tous un peu le beauf de quelqu’un« . Ici point de complexe, le rock est avant tout destiné à faire bouger les fesses, sauter en l’air, planer sur les mains et… s’habiller tout de couleurs. Les couloirs du Botanique avaient d’ailleurs revêtu, pour l’occasion, une tonalité de carnaval, avec perruques aux couleurs flamboyantes, bonnets phrygiens, et autres tenues issues du folklore étudiant. En première partie, Priba 2000 pratique aussi cet humour au 36ème degré. En chemise rouge, veste queue de pie couleur argent et pantalon blanc croisé, ils réaffirment que « Cloclo est vivant », célèbrent « le Mongolito » et reprennent à gueules déployées le « Que je t’aime” plus music-hall que rock’n roll.

(Jeudi 26 sept.) Le hip hop et le hardcore prennent leurs marques. Les « Da Familia », groupe originaire de Liège (Belgique), ont la délicate tâche de chauffer à l’Orangerie un public venu essentiellement se déchaîner sur le rock métal des Français Pleymo. Basse, guitare, batterie et machines, le public essentiellement adolescent ne tarde pas à chalouper et vibrer sur les rythmes tantôt ragga, hip hop ou hardcore. Marchant sur les traces de Starflam, un autre groupe de hip hop belge, les Da Familia ne dédaignent non plus pas des textes plus engagés. « A mes soeurs » par exemple est dédié à toutes « mes soeurs voilées, brimées, opprimées de par le monde ». « Ce que nous voulons dans les textes » explique Pablo, le chanteur du groupe « c’est dire à chacun qu’il a un rôle à jouer dans la vie, qu’il doit se trouver une raison de vivre et s’y tenir. Ne sois pas passif ».

Coup de chapeau à Rocé

(Samedi 28 sept.) Un mot d’ordre que ne renieraient pas les rappeurs français de Rocé qui avaient un handicap difficile à remonter. Devant jouer en première partie des Zap Mama, l’annulation de ce concert les laissait orphelins. Qu’à cela ne tienne, ils improvisent un concert dans une autre salle. A l’heure où généralement le public s’en est allé vers d’autres lieux, le pari avait tout d’une gageure. Mais les  spectateurs qui ont poussé la porte de la Rotonde ce jour-là, n’ont pas été déçus. Accompagné de DJ Carle et de Nazem, les textes sont intelligibles et bien construits. Ce qui n’est pas si courant. Il assène ses mots, maniant ironie ou colère, dénonçant un peu ce milieu du show-business dans « No Feeling » : «Ma rime c’est mon butin – Et ma frime en guise de fusain ». Ou regrette la perte de culture dans « On s’habitue » : « Exporte ton moderne. Même si ça leur sert pas. Un jour faut bien qu’ils s’en servent. Qu’ils n’aiment ou n’aiment pas. Perte de culture, c’est dommage. Ca crée des dommages ». Une poésie accrocheuse qui aurait mérité un meilleur accueil… Ce sera pour l’année prochaine !

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)

(article publié sur Rfi Musique)