Centrafrique : le peuple attend le retour de l’État (Denise Brown)

(B2) Sept mois après un accord de paix signé entre les groupes armés et les autorités gouvernementales, la sécurité s’améliore (un peu) en Centrafrique, mais pas la situation humanitaire

Militaires et policiers, servant comme casques bleus dans MINUSCA, patrouillant dans Bangui, République Centrafricaine, en octobre 2017 (crédit: ONU)

De passage à Bruxelles, Denise Brown, la représentante spéciale adjointe pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) et coordinatrice humanitaire en Centrafrique, nommée en mars 2019, explique la situation.

Les trois plus grands problèmes : enfants soldats, violences sexuelles et risques sanitaires

Malgré que « les groupes armés aient signé des accords où ils s’engageaient à ne pas utiliser des enfants soldats », cette pratique n’a pas disparu. Cela est en partie lié au fait que les jeunes de 14-18 ans « n’ont pas d’éducation correcte, de travail ou d’espoir pour de futur ». « Il n’y a rien de facile en Centrafrique, surtout si tu es un enfant ». Le viol reste omniprésent, les mouvements de personnes à travers le pays n’aidant pas à contrôler la situation, tandis que « le système judiciaire est faible ». S’ajoute à cela un vrai risque lié à Ebola car le système de santé s’est effondré. « Les réfugiés dont la majorité sont au Cameroun, si ils décident de rentrer  […] mettront de la pression sur le peu qui existe en Centrafrique. »

Moins de conflits armés, plus de criminalité

S’il y a un progrès à noter, c’est que « des gens [sont] à nouveau dans la rue », signe d’un regain de sentiment de sécurité. Cependant, « le pays a besoin d’être reconstruit, [car] il y a subi une destruction massive. Et cela requiert un effort sur le long-terme ». Autre problème, les groupes armés « doivent trouver une autre manière de générer des revenus » depuis qu’ils ont signé les accords de paix. Cela entraîne « une augmentation de la violence liée aux activités criminelles ». La fin des affrontements n’empêche donc pas la situation de rester « imprévisible ». D’ailleurs, dans le nord du pays, un « début de conflit […] entre deux groupes armés » émerge, « la première fois depuis l’accord de paix ».

Le retour de l’État attendu

Au final, tout est lié à l’absence de l’État dans le pays. Dans certaines zones, il n’y a que « la MINUSCA et les humanitaires de présents ». Quant à l’impact des réformes du secteur de la sécurité du pays, « on peut voir une plus grande présence des forces armées centrafricaines (FACA) et de la police du gouvernement. Ceux-ci ont lancé un appel à recrutement et ont reçu un nombre écrasant de candidatures ». Au final, « le peuple veut [surtout] une restauration de l’autorité de l’État ».

(Clara Gantelet, st.)

Propos recueillis lors d’un point presse, le 20 septembre, à Bruxelles.

Lire aussi :

Les Européens se préparent pour s’implanter dans le camp d’instruction militaire de Bouar (V2)

(B2) Les spécialistes de la force des Nations unies (MINUSCA) et de la force européenne (EUTM RCA) établies en République centrafricaine (RCA) ont terminé une étude du site de Bouar qui constituera pour les Européens, un second point d’appui après Bangui.

Visite mixte EUTM-Minusca du site de Bouar (Crédit : EUTM Rca)

Le premier poste fixe en dehors de Bangui

Ce sera le premier ‘poste permanent’ établi en dehors de la capitale centrafricaine de la mission européenne. Une demande de Bangui mais aussi une nécessité stratégique. Une quarantaine de Français pourraient y être déployés, en liaison avec les éléments français au Gabon, pour l’équipe de formation. C’est une des spécialités des EFT qui ont ainsi formé ou entraîné plusieurs troupes africaines (du Cameroun, du Gabon, du Tchad, du G5 Sahel, de Centrafrique…). Pour rendre ce déploiement opérationnel, il reste encore à trouver l’élément de soutien médical (le rôle 2) qui n’était pas encore en décembre totalement certain. Un nouveau tour de piste des États membres a été entamé pour pourvoir ces éléments.

Ne pas laisser un vide se créer au profit des Russes

« Il ne faut pas traîner et laisser se créer un vide dont d’autres pourraient profiter », a confié à B2 un responsable européen. Les ‘autres’, ce sont les Russes, déjà installés près de Bouar, où ils consolident leur emprise, en installant leur propre piste d’atterrissage (différente de la piste de l’aéroport qui a été rénové par les soins de la Minusca). « Il faut donc être prêt à répondre à la demande des Centrafricains ». Le centre rénové permettra tant à EUTM RCA qu’à la Minusca de compléter la formation et l’entraînement des FACA, les forces armées centrafricaines.

Le retour à une tradition militaire

Le choix de Bouar n’est pas fait au hasard. Cette ville placée sur un axe vital, reliant le Cameroun à la capitale centrafricaine Bangui, a toujours joué un rôle stratégique, et a une longue tradition militaire. Le centre de formation, anciennement dénommé Camp Leclerc, a joué un rôle historique durant des dizaines d’années, avant et après l’indépendance. A partir de 1981, après l’opération Barracuda destinée à renverser le président (dictateur) Bokassa, il a abrité les éléments français d’assistance opérationnelle et technique (EFAO) chargé de reconstruire l’armée centrafricaine. Ce jusqu’en 1998 (1). Le départ des Français a été acté en 1997 par la décision de Paris de diminuer ses emprises africaines, en les recentrant sur quelques points forts, notamment au Tchad, dans le centre de l’Afrique, dans le cadre d’un accord avec le gouvernement centrafricain dirigé par Ange-Félix Patassé (2).

Un centre réhabilité partiellement en 2017

Le Centre d’instruction militaire (CIM) a fait récemment l’objet d’une réhabilitation partielle, achevée en mai 2017. Menée avec le soutien de la Minusca, elle a permis notamment la remise en état de trois salles de classe, cinq dortoirs, un pavillon d’hospitalisation, un bâtiment pour soins intensifs et maternité (lire ici) (3). C’est la seconde réhabilitation d’un site militaire entreprise par la mission des Nations unies après celui du camp Kassai à Bangui.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Sur les opérations françaises en Centrafrique, on doit lire avec intérêt l’étude réalisée par Florent Saint-Victor, « 45 ans d’opérations militaires françaises en Centrafrique », publiée par le CDEF, Centre de doctrine d’emploi des forces, décembre 2013.
  2. Une décision qui consacre le divorce entre Paris et Bangui selon Jean Guisnel. Lire « Le repli de la coloniale », Le Point, avril 1998.
  3. En parallèle, plusieurs structures civiles, notamment le bâtiment administratif de la ville, ont été rénovées avec le soutien de l’Union européenne.

Mis à jour le 1.1.2019 : précisions sur l’utilisation du centre de Bouar par EUTM RCA et la Minusca et sur la piste d’aviation utilisée par les Russes.

Le bataillon amphibie des FACA formé

(B2) Après trois mois de formation, les militaires du bataillon amphibie des forces armées centrafricaines (FACA) ont finalisé leur entraînement avec les militaires européens de la mission EUTM RCA. Une cérémonie a clos le cycle ce jeudi (6 décembre)

(crédit : EUTM Rca)

Un exercice de restitution

Un exercice dit de ‘restitution des acquis fondamentaux’, s’est déroulé jeudi (29 novembre) sur le camp Kassaï, avec la présence des compagnies de manœuvre, de la compagnie de commandement d’appui et des services et de l’état-major du bataillon, des processus de décision militaire du niveau section, à celui de commandement de l’état-major du bataillon, l’assaut délibéré des compagnies, les équipes de soins mobilisées.

La protection du fleuve en ligne de mire

La formation a été dispensée par les militaires européens de la mission d’entrainement de l’Union Européenne en Centrafrique (EUTM-RCA). C’est le quatrième bataillon formé par les forces européennes. Le bataillon amphibie, fort de 330 hommes, est chargé de la protection du fleuve Oubangui — qui sépare la Centrafrique du RD Congo — et des populations environnantes. Une cérémonie a clot ce jeudi (6 décembre), de façon solennelle, tout ce cycle en présence du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra.

(NGV)

Mis à jour le 6.12 (cérémonie de clôture)

Une seconde vague d’anciens rebelles intégrés aux FACA

(B2) Malgré toutes les difficultés, la réintégration des anciens rebelles centrafricains se poursuit. 

Les nouveaux soldats centrafricains défilent lors de la cérémonie de fin de leur formation, sous le regard de la société civile (Crédit : EUTM RCA)

Un passage de cap au bout de trois mois de formation

Le camp Kassaï à Bangui a été le théâtre d’une cérémonie importante pour les forces armées centrafricaines (FACA), le 25 mai dernier. 133 anciens rebelles en sont devenus membres de plein droit. Tous, à une exception, ont surmonté l’épreuve finale, après trois mois de formation par la mission européenne de formation, EUTM RCA. Il s’agit de la seconde vague du projet pilote de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (DDRR) (1).

D’anciens combattants venus de tout le pays

La première vague d’intégration, finalisée le 5 février dernier, avait permis l’intégration de 125 anciens combattants, venus principalement de Bangui (lire : Centrafrique. Un premier détachement d’anciens rebelles réintégré). Cette fois-ci, « cette seconde cohorte a rassemblé des anciens rebelles de tous le pays » :  Paoua, D’Ippy, Alindao, Bria, Bambari. Selon nos informations, certains de ces soldats ont fait partie de différentes armées des groupes tels que l’UPC d’Ali Darass, ou Le Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC). 

Du corps à corps aux transmissions

La formation aura duré 12 semaines. Au programme : instruction générale, conditionnement physique, combat au corps à corps et tir. Autre sujet auquel la mission a donné de l’importance : le droit international humanitaire. Faute d’instructeur qualifié (comme c’était le cas auparavant), c’est la Croix-Rouge internationale à Bangui et l’OCHA (Office de coordination des affaires humanitaires) qui ont organisé les neuf heures de formation.

Du projet pilote au succès : une question de détermination 

Lancé en août 2017, et avec quelques retards du aux difficultés pour trouvé les candidats à participer au programme, les résultats du projet pilote de DDR sont positifs pour le commandant de la mission européenne, le général Maio. « Le projet-pilote a réussi au-delà de toutes espérances grâce à l’engagement de ses membres comme des cadres qui l’ont composé. » Pour lui, le projet pilote doit se poursuivre « malgré les réticences et les obstacles ». Le processus DDRR lui-même « n’attend plus que d’être mis en œuvre ».

Finie la réintégration militaire, place à la réintégration économique

Au total, ce sont 240 éléments (sur les 560 visés) qui ont ainsi intégré les FACA, depuis la création en août dernier du projet pilote de DDRR. Avec cette seconde vague, EUTM RCA met fin à son engagement. Les 280 anciens combattants restants devront eux, être orientés, avec l’appui de la Banque mondiale, vers la réintégration socio-économique et communautaire. Ils recevront un appui aux « activités génératrices de revenus individuelles ou collectives, ainsi que des subventions de projets en matière de relèvement de la communauté » selon la Minusca.

(Leonor Hubaut)

(1) Le DDRR est soutenu par le gouvernement centrafricain, l’ONU, mais également par l’Union européenne à travers la mission militaire de formation EUTM RCA depuis 2017. Il vise notamment à désarmer et réintégrer les ex rebelles volontaires en leur proposant une réinsertion dans le secteur de la défense ou dans le secteur civil, contribuant ainsi à la sécurité et à la stabilité dans un contexte d’après-guerre de sorte que puisse commencer la reconstruction et le développement.

Lire aussi :

Situation très tendue à Bangui depuis dimanche. Plusieurs morts, des dizaines de blessés

(B2) Après l’intervention des casques bleus dimanche (8 avril) dans le quartier PK5 (kilomètre 5), la situation reste très tendue à Bangui. Un casque bleu est mort, plusieurs civils également mardi (10 avril) dans de nouvelles échauffourées. Les organisations humanitaires présentes sur place annoncent avoir reçu de nombreux blessés

L’opération de désarmement entamée le 8 avril…

Tout commence en fait dimanche dernier (8 avril). Une opération conjointe de désarmement et d’arrestation est lancée conjointement par les Forces de sécurité intérieures (FSI), les Forces armées centrafricaines (FACA), et la MINUSCA « visant les bases de certains groupes criminels du quartier PK5 » à Bangui, un des quartiers les plus sensibles de la capitale centrafricaine. Objectif affiché par la MINUSCA : désarmer les groupes criminels qui sévissent dans le quartier, rançonnent les commerçants, attaquent les civils et s’opposent à toute forme de retour de l’autorité de l’État, et arrêter certains meneurs. Ce qui ne se fait pas sans heurt (2).

… dégénère mardi

Le contexte est très tendu. Après l’enlèvement d’une femme, la foule manifeste en direction du quartier Miskine, où l’armée centrafricaine tenait un commissariat, selon une note interne de la MINUSCA révélée par Radio France Internationale. L’opération dégénère. Les casques bleus rwandais font face « quatre heures durant » à « des éléments lourdement armés des groupes criminels qui ont délibérément ouvert le feu sur les forces internationales » indique la force des Nations unies dans un communiqué. « Neuf casques bleus membres du contingent rwandais sont blessés, dont l’un mortellement. Un autre casque bleu est dans un état critique. » (3)

Des casques bleus débordés

La version de nos confrères sur place est plus complète. Les casques bleus du contingent rwandais ont voulu s’interposer entre les manifestants et la foule. Mais rapidement, « avec seulement deux véhicules blindés, ils sont dépassés par la puissance de feu venant des Autodéfenses. » « Une vingtaine de casques bleus rwandais, selon des témoins sur place, avancent alors à pied, un de leurs véhicules blindés étant hors d’état de marche. Et devant la mosquée, où 200 personnes sont venues chercher refuge, les combats s’intensifient. ». Outre le casque bleu tué (le sergent Jean Bosco Hategekimana), « au moins 24 habitants du PK5 ont également succombé » dans les échanges de feu, et plusieurs dizaines de personnes ont été blessées (4). Tous ne sont pas de parfaits innocents apparemment selon Jean-Pierre Lacroix, interrogé par RFI. « Ces morts – nombreux –, beaucoup, sans doute [sont des] jeunes, qui ont été manipulés par les chefs de bande et qui se sont affrontés à nous avec […] des armes lourdes » a précisé  le chef des missions de l’ONU en visite à Bangui.

Les services médicaux saturés

Selon les sources humanitaires sur place, deux des principaux hôpitaux de la ville ont reçu et traité plus de 120 blessés.

Les services de l’hôpital communautaire de Bangui saturés

Le service de traumatologie d’un des principaux hôpitaux du pays est saturé suite aux affrontements qui ont éclaté dans la capitale, indique ainsi un communiqué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parvenu à B2 ce vendredi (13 avril). « Les 34 lits du service de traumatologie de notre hôpital communautaire sont tous pris », explique Marcelle Baltzinger, cheffe de projet CICR à l’hôpital communautaire de Bangui. « Nous avons installé des blessés dans deux autres salles, dont une réservée aux soins intensifs, mais elles sont elles aussi saturées. Nous avons deux tentes en réserve, prêtes à être montées, d’une capacité totale de 20 lits. » L’hôpital communautaire de Bangui a ainsi accueilli 52 blessés depuis le début des affrontements.

Une soixantaine de blessés soignés par MSF

De leur côté, les équipes chirurgicales de Médecins Sans Frontières (MSF), présentes à l’hôpital Sica, ont soigné 24 blessés dimanche 8 avril. 20 autres blessés se sont rendus à la maternité de Gbaya Dombia, où ils ont reçu des premiers soins avant d’être transférés vers des hôpitaux à capacité chirurgicale ou de retourner chez eux. Mardi (10 avril), les équipes de l’hôpital Sica ont fait face à un nouvel afflux et soigné 40 blessés par balle dans la soirée, quand les ambulances de la Croix Rouge ont finalement pu ramener les blessés du PK 5.

Des entraves à la circulation des ambulances

Les ambulanciers volontaires chargés de transporter les blessés, « dont certains dans un état critique, depuis un dispensaire du quartier PK5 géré par la Croix-Rouge centrafricaine jusqu’à l’hôpital communautaire de Bangui ont souvent été retardés par les affrontements de rue et les barricades », précise le CICR. Ce qui est un problème. Car « dans le quartier PK5, où l’offre médicale se limite aux services de base, nous devons pouvoir évacuer rapidement les patients vers des structures mieux équipées si nous voulons sauver des vies » souligne Diana Stoecklin, cheffe par intérim de la délégation du CICR en République centrafricaine. C’est un principe d’humanité, rappelle-t-elle. « Il est interdit de prendre pour cible les patients, les moyens de transport sanitaire, les structures médicales et les personnels de santé, et d’entraver leur travail ».

Une population très inquiète, la situation très volatile

Ce vendredi, la situation semblait plus calme, selon un responsable d’une ONG joint par téléphone par B2. Mais « la situation reste très précaire. Et le calme apparent pourrait changer très vite. La situation est volatile. La population reste inquiète se souvenant des évènements de 2013 et 2014. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Des armes qui auraient pu être récupérées par les groupes d’autodéfense sur le marché noir et qui pourraient provenir, en partie, de la revente d’armes par certains casques bleus, selon certaines informations remontées à B2.

(2) Avant l’opération, ces derniers « avaient été mis en demeure de désarmer volontairement et pacifiquement, avec la possibilité pour certains de leurs membres ainsi que de la communauté, de recevoir un appui socioéconomique. Malheureusement, les leaders de ces groupes ont refusé cette alternative, malgré une médiation organisée par des représentants de la population civile. » précise la MINUSCA dans son communiqué.

(3) Télécharger le communiqué de la MINUSCA.

(4) La confusion existe cependant sur l’origine des incidents. Une première version mentionnait la présence des forces de sécurité centrafricaine, « accompagnées par des militaires russes », selon plusieurs témoins, cités par RFI.

Les Mirages français à la rescousse de la MINUSCA. Un exercice pouvant devenir réalité

Les JTAC portugais de la MINUSCA

(B2) Français et Portugais ont effectué une manœuvre conjointe aérienne au-dessus de la Centrafrique il y a quelques jours. Un exercice plus qu’utile alors que la force des Nations unies (la MINUSCA) est confrontée à des violences

L’exercice s’est déroulé le 22 mars mais l’information n’a été rendue publique que récemment, vendredi (6 avril). Elle est intéressante à plus d’un titre non seulement en termes d’interopérabilité des armées mais aussi de champ d’opération.

Un rendez-vous donné au-dessus de la Centrafrique

Partis de leur base de N’Djamena (Tchad), où ils sont basés dans le cadre de l’opération Barkhane, deux avions Mirage 2000 ont rejoint le territoire de la Centrafrique, dans la région de Vange (au nord de Bangui). Là les attendait, au sol, une équipe JTAC (Joint Terminal Attack Controller) portugaise de la force de réaction rapide de la MINUSCA. Les avions étaient appuyés pour l’occasion par un avion ravitailleur C-135, chargé de les biberonner en essence afin de pouvoir effectuer la manœuvre et le trajet retour (1000 km à vol d’oiseau).

Un show of presence

Les avions sont passés à deux reprises pour un « show of presence » à la verticale d’un convoi des casques bleus de la force des Nations unies (MINUSCA). Ce type d’action est assez spectaculaire, puisque les avions déboulent à une grande vitesse, à une très basse altitude. Un élément « extrêmement dissuasif, [qui] permet de participer à la sécurité des troupes au sol », précise-t-on à l’état-major des armées. Durant près de deux heures, les JTAC portugais ont ainsi pu s’entraîner à se coordonner avec les aéronefs français. Un exercice précieux quand on sait qu’entre avions au sol, il y a non seulement une différence de nationalité mais aussi de chaînes de commandement. L’appartenance à l’OTAN des deux pays a facilité la chose. « Les militaires des deux pays utilisent les mêmes procédures. Ce qui facilite de fait ce type de coopération. »

Une capacité d’intervention au profit de la MINUSCA

Pour les casques bleus de la MINUSCA qui ont été attaqués à plusieurs reprises récemment (1), cet appui aérien n’est pas négligeable. Les avions français pourront être appelés à la rescousse. Un propos que l’on confirme à mi-mots à Paris. La France « conserve, grâce à son dispositif pré-positionné en Afrique, la capacité d’intervenir ponctuellement en appui de la MINUSCA ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Le camp ‘Fidel’ où logent les casques bleus égyptiens et jordaniens à Bangui a été attaqué, dans la nuit de dimanche 8 au 9 avril. Une attaque coordonnée des deux côtés, qui a laissé pensé aux témoins, un moment donné, à un coup d’état, comme le rapporte RFI. Le camp se situant, juste à quelques centaines de mètres de la résidence du chef de l’État. Une base temporaire de la MINUSCA avait été « violemment attaquée par des anti-Balaka » à Tagbara début avril, avec un bilan plus dramatique (Lire : Une base de la MINUSCA attaquée par des ex-Seleka. Des otages libérés (V2))

 

Une base de la MINUSCA attaquée par des ex-Seleka. Des otages libérés (V2)

(B2) La base temporaire de la force des Nations unies en Centrafrique (la MINUSCA), à Tagbara, a été « violemment attaquée par des anti-Balaka » dans la nuit du 2 au 3 avril, à 5h du matin, annonce la MINUSCA dans un communiqué diffusé sur son site. Tagbara est un village situé à 60 km au nord-est de Bambari (dans le centre du pays).

Un Casque bleu mauritanien tué, 11 autres blessés

Les Casques bleus du contingent mauritanien ont « riposté ». Les échanges de tirs ont duré « plusieurs heures ». Au final, un casque bleu a trouvé la mort (Nouh ould Mbarek Vall selon un communiqué du ministère mauritanien de la défense) . 11 autres ont été blessés et « plus de 22 agresseurs anti-Balaka ont été tués ». A la suite de cette attaque, la MINUSCA a déployé des renforts à Tagbara et a pu évacuer le corps du casque bleu tué comme les blessés sur Bangui et Bria.

Une prise d’otages par des ex-Selekas

Dans la soirée qui a précédé ces évènements, le lundi 2 avril à 19h30, des éléments de la base temporaire de la Force de la MINUSCA à Tagbara, ont été informés que l’UPC (l’Union pour la paix en Centrafrique, les ex-Seleka) détenait 23 personnes (dont 13 femmes, 7 hommes et 3 enfants). La MINUSCA a « récupéré pacifiquement ces personnes, principalement civiles, qu’elle a ensuite hébergées à sa base temporaire pour la nuit, afin de garantir leur sécurité ».

Un massacre de 21 civils à l’arme blanche

Mardi 3 avril, dans la matinée, la MINUSCA a découvert les corps sans vie de 21 civils (13 hommes, 4 femmes et 4 enfants) près d’une église de Tagbara. D’après les premières constatations, des armes traditionnelles ont été utilisées. « Rien ne pourrait justifier de tels actes qui peuvent être considérés comme des crimes de guerre. Une enquête sera diligentée afin de ne laisser aucune place à l’impunité » souligne-t-on du côté de l’ONU.

Une autre action dans le sud-est du pays

Par ailleurs, les casques bleus marocains de la MINUSCA ont mené une opération conjointe dans l’est du pays, samedi 31 mars matin au village de Koumbou, près de la ville d’Obo (située au sud-est du pays, près de l’Ouganda et du Soudan du Sud), afin de libérer plusieurs Centrafricains, pris en otage lors d’une attaque de la rébellion ougandaise de l’Armée de résistance du seigneur (LRA). 15 personnes ont été libérées a annoncé, lundi 2 avril, à Bangui, le porte-parole du gouvernement Ange Maxime Kazagui.

Quinze otages libérés par les casques bleus marocains

« Les éléments de la LRA [avaient] pris en otage un certain nombre d’habitants, et sont partis avec eux en brousse. Les FACA et les éléments du contingent marocain de la MINUSCA ont décidé ensemble de lancer une poursuite. Cette poursuite a permis de retrouver les traces des otages et de leurs ravisseurs. Après des échanges de coups de feu avec les assaillants, nos forces conjointes ont pu, dans leur riposte, libérer quinze otages et les ramener dans leur village de Koumbou », a-t-il précisé selon une note qu’a diffusée la MINUSCA.

(NGV)

(crédit photo : MINUSCA mars 2018 / Archives B2)

Les Russes entraînent l’armée centrafricaine à la place des Européens

(B2) Après de longues tractations à l’ONU, des instructeurs venus de Russie ont pris possession d’une demeure de l’ex-président Jean-Bedel Bokassa près de Bangui, pour y former des militaires centrafricains à manier des armes russes.

Une présence autorisée par l’ONU

Cet envoi de matériel militaire et d’instructeurs russes dans un pays soumis à un embargo sur les armes depuis 2013 avait provoqué des remous et des interrogations à l’ONU, en particulier de la part des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni. Washington, Londres et Paris avaient finalement accepté l’exemption accordée à Moscou en décembre 2017, en lui demandant des mesures renforcées de stockage des armes livrées. « Il n’y a pas encore eu de réelles inspections », selon une source diplomatique.

Deux bataillons formés par les Russes

Le stock d’armement livré à la Centrafrique est conséquent : pistolets, fusils d’assaut, mitrailleuses ou encore lance-roquettes. La Russie a également reçu l’autorisation de l’ONU d’entraîner l’armée centrafricaine en pleine reconstruction – deux bataillons, soit au total 1.300 hommes – à l’utilisation de ces armes.

Dans le palais de Berengo

L’immense palais de Berengo, à 60 km à l’ouest de Bangui, semble à l’abandon: mais depuis fin janvier, cette bâtisse, où vivait Jean-Bedel Bokassa, président puis empereur de 1966 à 1979, abrite désormais un camp d’entraînement militaire de 41 hectares, a constaté un journaliste de l’AFP. Plus de 150 instructeurs russes, indique-t-on de source diplomatique, y forment des centaines de soldats des Forces armées centrafricaines (FACA) au maniement des armes livrées.

Un bataillon de soldats, certains formés par les Européens

A première vue, au palais de Berengo, seuls quelques soldats centrafricains montent la garde. Surgit alors une poignée de Russes en tenue militaire. L’un d’eux autorise les journalistes à faire quelques pas jusqu’à la tombe de Bokassa, située dans l’enceinte du palais, mais à une condition, répétée deux fois: « No photo, no video, no interview ». Une dizaine de grandes tentes sont alignées à la droite de la tombe fleurie de l’empereur. Elles abritent un bataillon de soldats des FACA, dont certains ont déjà été entraînés par la mission de formation de l’Union européenne (EUTM) en 2017.

L’entraînement à la dure

« Ces soldats sont à Berengo pour le +marquage+. C’est-à-dire qu’ils apprennent à travailler avec l’équipement spécifique livré par la Russie », explique une source militaire. « L’entraînement est très dur », souffle un militaire centrafricain croisé à l’entrée du camp. Aux alentours du palais, les instructeurs russes sont vus d’un très bon œil par la population locale.

Sortir le pays du chaos

Ils « vont aider le pays à sortir du chaos, les Sangaris (l’opération militaire française) n’avaient pas fini leur mission », affirme Roger Okoa-Penguia, le maire de Pissa, un village proche du palais. « Ils sont gentils, ils achètent à manger, ça fait marcher le commerce », se réjouit Alexis, un habitant de Pissa. Un autre, Thibault, fait part du même enthousiasme, en critiquant la France: « Vous faites semblant de nous aider, les Français, vous signez des accords et vous ne faites rien alors que les Russes si ! Si vous aviez ramené la sécurité, est-ce qu’on aurait eu besoin des Russes ? ».

(AFP Charles BOUESSEL)

Centrafrique. Un premier détachement d’anciens rebelles réintégré

Une centaine de soldats ont participé à la cérémonie officielle de réintégration des anciens rebelles (crédit : video EUTM Rca / sélection et cadrage B2)

(B2) C’est l’aboutissement d’un long travail de conviction, de formation. Une première « cohorte » d’une centaine d’anciens rebelles (ex Séléka, anti-balakas) a été officiellement intégrée lundi (5 février) à l’armée nationale après quatre mois de formation, au cours d’une cérémonie officielle au Centre de Formation de Kassaï, à Bangui (1). C’est un peu moins que l’effectif envisagé au départ (140 personnes, cf. ci-dessous). Mais c’est un pas essentiel : la première réalisation du projet pilote de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (DDRR) de l’armée centrafricaine. Les militaires ont été notamment durant quatre mois entraînés et formés par la mission européenne EUTM Rca.

Une route à parcourir encore longue

« Ce projet incarne l’engagement du peuple centrafricain sur la voie de la réconciliation et de la paix. (…) La voie du relèvement du pays est devant nous. Suivons-là dans l’unité, avec dignité, par le travail [NB : les trois mots de la devise centrafricaine]. La reconstruction de la Centrafrique comme la réconciliation nationale sont inscrites dans cette belle devise. Et si la route à parcourir est encore longue, nous savons que nous arriverons au but, car nous sommes plus forts ensemble » a souligné le général portugais Hermínio Maio, commandant de  l’EUTM RCA.

« Vous n’êtes plus les bourreaux du peuple »

Le président centrafricain Touadera qui n’a pas caché sa satisfaction de voir ce programme se concrétiser : « Beaucoup de stratégies avaient été essayées dans les années précédentes, mais sans réels succès » (2) . Il a aussi apostrophé les nouveaux militaires pour leur demander de laisser de côté leur ancienne appartenance. « Vous n’appartenez plus aux groupes armés, vous n’appartenez plus aux groupes politico-militaire, vous n’êtes plus les bourreaux du peuple, les auxiliaires du désordre et de la violence illégitime. Montrez au peuple que vous êtes les garants de sa sécurité (…) contre les mercenaires étrangers qui écument nos villages et pillent nos ressources ».

Un projet pilote visant 560 ex combattants

La phase pilote du programme DDRR proprement dit, avait été lancée fin août 2017 sous l’égide de la communauté internationale, impliquant notamment la MINUSCA et EUTM RCA. Elle concerne 560 ex-combattants, sélectionnés venant de 13 des 14 groupes rebelles qui ont accepté de participer à ce programme et sert de test au programme  complet qui vise au total à désarmer, démobiliser et réintégrer 7.000 ex-combattants.

Une moitié réintégrée dans l’armée, l’autre dans l’économie

La moitié d’entre eux devraient être réintégrés au final dans l’armée, dans deux vagues de 140 personnes, après désarmement, vérification de leur éligibilité, et formation par la mission militaire de formation de l’UE. L’autre moitié de 280 personnes doit être démobilisée et orientée, avec l’appui de la Banque mondiale, vers la réintégration socio-économique et communautaire. Ils recevront un appui aux activités génératrices de revenus individuelles ou collectives, ainsi que des subventions de projets en matière de relèvement de la communauté.

Une réintégration qui avait déjà anticipée par quelques initiatives. Ainsi début 2017, un atelier de menuiserie tenu par d’anciens rebelles de la Séléka a été inauguré au sein du camp Kassaï (lire : Transition en douceur à Bangui).

(NGV)

(1) Une cérémonie réunissant les principales autorités centrafricaines — le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le général Ngaïfei, chef d’état-major des armées, la Premier Ministre, le 1er vice-président de l’Assemblée Nationale, de membres du gouvernement – de représentants européens comme l’ambassadeur de l’UE en République centrafricaine, Samuela Isopi, et le chef d’EUTM RCA, le général Hermínio Maio ; ainsi que des organisations internationales, comme le représentant spécial de l’ONU.

(2) Trois programmes de DDR ont été menés en effet en 2003, 2008 et 2013 sans réel résultat.

Intervention aérienne de la MINUSCA à Bambari

Un hélicoptère Mi-24 «Hind» de la Minusca, dans le cadre de l’opération Bamara, en avril 2016. (Crédit : Minusca)

(B2) La MINUSCA, la Mission de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique, a dû faire une intervention aérienne dimanche (26 février) « pour stopper la progression offensive » d’une quarantaine d’éléments lourdement armés (avec des AK47 et lance-roquettes) de la coalition dirigée par le Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC), au nord de la ville de Bambari, au centre du pays, indique un communiqué de l’opération. Cette intervention aérienne n’aura duré que deux heures, et s’est soldée par sept blessés et un mort dans les rangs de la coalition.

Lutte entre groupes armés

Depuis novembre 2016, des groupes armés rivaux, le FPRC et l’UPC, anciens membre de la coalition Séléka, et désormais ennemis, s’affrontent dans la région de Bambari pour le contrôle de territoire et pour la perception de taxes illicites sur les habitants. Les casques bleus multiplient les interventions pour éviter un embrasement général. Déjà le 11 février dernier, alors qu’une colonne de 300 combattants se dirigeait vers la ville stratégique d’Ippy, à une soixantaine de kilomètres au nord de Bambari, un hélicoptère de la force de l’ONU avait détruit plusieurs véhicules de ces rebelles, ainsi stoppés dans leur progression.

Mise en garde de l’ONU

La force de Nations Unies a adressé une mise en garde à la coalition contre toute tentative de porter la guerre à Bambari. La MINUSCA « utiliser[a] tous les moyens à sa disposition pour éviter une escalade de la violence qui mettrait en péril la vie des populations civiles ». Bambari a été déclarée “ville sans groupes armés” suite au départ du chef de l’UPC et d’autres chefs de groupes armés tels que Gaétan et Tarzan. « Maintenant, ceux qui disent qu’ils vont nous chasser de Bambari, et qu’ils vont y entrer, je leur dit qu’on est prêts, qu’on les attend de pied ferme. Je leur dit « attention, venir à Bambari va avoir son prix et il peut être très cher ». Et là, on verra qui va rentrer à Bambari » déclarait le général Balla Keita, chef militaire de la MINUSCA, la veille de l’attaque. Un tournant ? Peut-être.

Déploiement des casques bleus à Bambari

Un déploiement conjoint des forces des Nations Unies et des autorités légitimes centrafricaines est « en cours afin d’établir l’autorité de l’Etat à Bambari ». « Il ne saurait donc y être toléré toute autre force que celle voulue par l’Etat centrafricain. En conséquence, la présence des éléments de la coalition du FPRC à Bambari constituerait une violation flagrante du droit national et international », a dit la Mission.

Trois arrestations

Trois hommes de la coalition du FPRC, Idriss Ahmed El Bashar, Yaya Idriss et Line Angou Aneser, se trouvaient entre ses mains de la forces des Nations Unies. « Les autorités judiciaires centrafricaines, avec l’appui de la MINUSCA, vont procéder à leur interrogat[oire] sur leur présence dans les environs de la ville ».

(LH / NGV)


Le futur des missions de l’ONU se joue à Bambari

En visite à Bambari le 23 février, le Général Balla Keita, chef militaire de la MINUSCA et ancien inspecteur général des forces armées du Sénégal, s’est montré très politique. « Le dispositif, opérationnel et tactique, est au point. Il s’agit surtout de galvaniser les hommes. Toute la communauté internationale nous regarde. L’avenir des missions de maintien de la paix dépend de ce qui va se passer ici à Bambari. Je suis là pour leur expliquer que c’était de leur responsabilité, grande responsabilité, de ne pas défaillir. Le monde attends qu’ils répondent aux attentes des populations mais aussi de la communauté internationale qui envoye ici des soldats de la paix pour protéger. » Voir sa déclaration

Le gŽnŽral de brigade Hautecloque est le commandant de la Task Force La Fayette ˆ Warehouse Kaboul.

Et de trois ! L’Europe va former une nouvelle armée africaine. Un général français prend le commandement

Le gŽnŽral de brigade Hautecloque est le commandant de la Task Force La Fayette ˆ Warehouse Kaboul.

Le gŽnŽral de brigade Hautecloque est le commandant de la Task Force La Fayette ˆ Warehouse Kaboul.

(BRUXELLES2 – exclusif) L’Union européenne a décidé de lancer une troisième mission chargée de former une armée africaine. Après la Somalie (avec EUTM Somalia), lancée en 2010, et le Mali (avec EUTM Mali), mise en place en 2013. C’est le tour de la Centrafrique.

Un vrai défi

L’objectif est simple : restructurer et mettre sur pied une armée centrafricaine moderne, efficace et contrôlée démocratiquement. En bref, éviter que l’armée ne massacre demain les populations ou fasse un coup d’état mais soit aussi capable de maintenir la stabilité de l’Etat. Mais en Centrafrique, c’est un vrai pari !

Les principes posés

La mission démarrera officiellement début juillet, voire avant, si tout est prêt. Mais les ministres de la Défense ont déjà décidé, hier les grandes lignes de cette opération, lors de leur réunion semestrielle à Luxembourg (lire : La mission de formation EUTM RCA adoubée par les ministres. La troisième du genre). Preuve d’un certain succès de ce type de mission, et d’une évolution des esprits, plus personne au niveau européen ne conteste l’utilité d’une telle mission.

Des réticences qui se sont tues

En 2009-2010 quand s’est décidé la mission en Somalie, nombre de critiques avaient été émises, estimant que les risques étaient plus grands que les avantages. A l’époque, le Royaume-Uni mais aussi l’Allemagne, la Suède, l’Autriche… étaient on ne peut plus sceptiques. Ces voix se sont tues aujourd’hui car EUTM Somalia est une réussite. Idem pour EUTM Mali lancée au forceps, grâce à la pression française et espagnole notamment. Encore plus récemment, pour la Centrafrique, plusieurs pays étaient particulièrement peu enthousiastes à l’idée de voir une nouvelle mission militaire de formation voir le jour. Faute de mieux, c’est une simple mission de conseil (EUMAM RCA), mission de transition qui avait été mise sur pied, à titre de test. Aujourd’hui, chacun voit bien que la stabilisation des pays africains est une nécessité. Ne serait-ce que par pur intérêt national : éviter le terrorisme, juguler les migrations, permettre le développement économique.

Un commandant français

C’est un général français qui commandera cette nouvelle mission, comme annoncé hier (Lire: Le second de l’Eurocorps va prendre la tête d’EUTM RCA). La Centrafrique est un peu le terreau de l’armée de terre, c’est naturellement un terrien. Mais cette fois un cavalier, ancien du 1er régiment de hussards parachutistes (1er RHP), qui a été choisi : le général français Éric Hautecloque-Raysz. Un militaire habitué des théâtres extérieurs : au Kosovo (KFOR) à deux reprises en 2001 et 2004, en Afghanistan en 2012 — où il a fermé le ban de la task force Lafayette en Kapisa et Surobi — et au Liban (au sein de la FINUL) en 2014. Ancien gouverneur militaire de Strasbourg, et ancien chef de la 2e brigade blindée (2e BB) d’Illkirch-Graffenstaden.

Déploiement de l’Eurocorps

Le général Hautecloque-Raysz est aujourd’hui le numéro 2 de l’Eurocorps. Il part entouré d’une partie de l’état-major européen. Environ 70 militaires l’accompagneront (lire : Carnet 05.04.2016). Ce qui va permettre de constituer le noyau dur de cette mission. C’est la seconde fois en quelques mois qu’une partie de l’état-major de l’Eurocorps se déploie sur le terrain africain pour le compte de l’Union européenne. Ca change de la capitale alsacienne 🙂

(Nicolas Gros-Verheyde, avec Leonor Hubaut à Strasbourg)