Nagorno-Karabakh: Oui, l’Europe peut s’investir un peu plus (expert du LINKS)

Dennis Sammut lors de l'atelier de la sous-commission Sécurité et Défense le 20 juin 2012 (© Parlement Européen)

(BRUXELLES2) Il est fabuleux de voir combien les Européens – en tant qu’entité – semblent peu investis dans la résolution du conflit du Nagorno-Karabakh. Certes ce n’est pas facile. Mais il y a tout de même « certaines pistes » que l’on pourrait suivre selon Dennis Sammut, directeur du LINKS (London Information Network on Conflicts and State-building), l’un des experts présent à l’atelier organisé par la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement Européen. A commencer par une plus grande implication dans l’observation du conflit de façon plus active, avec des attachés de défense déployés dans les principales capitales engagées et le lancement de projets de sécurité.

1ère recommandation : Surveiller l’évolution et assister les militaires des deux parties.

Il recommande par exemple de « mieux utiliser l’imagerie satellite à la fois pour évaluer la situation et pour aider les parties à éviter des erreurs de perception ». Il faut aussi établir un contact direct avec les commandements militaires des deux côtés. Un « premier pas » consisterait à déployer des officiers militaires de liaison dans ses délégations à Baku et Yerevan.

2e recommandation : Lancer et assister des projets de sécurité

Autre recommandation : la Commission Européenne est invitée à lancer et à financer des projets de sécurité en parallèle au processus de paix. Un peu comme les différents projets qu’elle finance dans différentes région, notamment au Sahel. Lire aussi : Les « autres » programmes européens de sécurité au Sahel

3e recommandation : Les mesures de confiance, pas une panacée.

Les mesures de confiance, si elles sont utiles, ne doivent en aucun cas remplacer un processus de paix crédible. D’ailleurs, souligne Dennis Sammut, s’arrêter uniquement sur ces mesures risquerait d’être contre-productif : l’Azerbaïdjan risquerait d’y voir une légitimation du maintien du status quo, ce dont il ne veut pour rien au monde.

4e recommandation : Favoriser le contact en créant des « espaces de sécurité ». Et être prêt.

L’UE doit se fixer comme objectif de favoriser le dialogue entre les deux parties et de créer les conditions de ce dialogue. Il s’agit de créer des « opportunités » également appelées « espaces de sécurité » (« safe spaces » en anglais) pour des réunions qui doivent se tenir sur place. L’UE doit également être prête (et montrer qu’elle l’est) à déployer du personnel en cas d’accord sur une mission d’observation du cessez-le-feu.

5e recommandation : Une heure de télévision

En outre, l’UE doit faire en sorte que les populations locales soient informées à la fois des enjeux d’un tel conflit qui souvent les dépassent, mais aussi sur les perspectives européennes qui pourraient s’ouvrir à elles en cas de paix. Un bureau d’information européen pourrait ainsi être ouvert. Mais aussi diffuser, par exemple, une émission de télévision d’une heure dirigée vers les deux parties.

Le Parlement Européen leader du dialogue

Se basant sur les résolutions adoptées par le Parlement sur ce sujet (en particulier celle du 18 avril 2012), David Sammut encourage le Parlement à prendre la tête dans la promotion du dialogue, en organisant des rencontres où les diplomates et les experts pourraient échanger leurs vues. Il semble que cela ait été le cas durant cet atelier d’ailleurs.

Lire aussi: Une guerre ouverte (très) à l’Est de l’Europe ? De plus en plus probable à moyen terme

Une guerre ouverte (très) à l’Est de l’Europe ? De plus en plus probable à moyen terme

Les montagnes du Nagorno-Karabakh (Crédit: wikipédia)

(BRUXELLES2) La « guerre des snipers » dans la région du Nagorno-Karabakh entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, si elle est peu évoquée (notamment dans les médias), inquiète (discrètement) l’Union européenne.

Lors d’un atelier de la sous-commission Sécurité et Défense, le Représentant Spécial de l’UE pour le Caucase, Philippe Lefort, ainsi que plusieurs experts*, ont tiré la sonnette d’alarme : il y a là un conflit qui n’est certainement pas gelé, mais « dont la solution  est gelée » tandis qu’une escalade de la violence sur la « ligne de contact »** risque fort de se transformer en guerre ouverte aux portes de l’UE, à moyen terme comme s’accordent à le dire les différents invités. Une discussion intense devant une salle pleine.

Rapport de force déséquilibré : vers une guerre ouverte

Si pour l’instant, le risque d’une explosion et d’une transformation en guerre ouverte semble « contrôlé », selon Philippe Lefort, il est bel est bien probable qu’à moyen terme, les choses changent. En effet, il y a des préparatifs à la guerre des deux côtés, comme l’expliquent les experts. Mais le rapport de force est totalement déséquilibré. D’un côté, l’Azerbaïdjan est le pays du monde qui a le plus augmenté son budget défense en 2011. Il est en effet passé de 130 millions de dollars en 2003 à plus de 3 milliards en 2011 et semble continuer dans ce sens. Ce budget représente dix fois celui de l’Arménie, avec ses 387 millions en 2011. Lorsque l’Azerbaïdjan aura « digéré » tout ce nouvel armement, lorsqu’il sera opérationnel, d’ici quelques années, une intervention armée de grande ampleur semble très probable. D’autant qu’il y a une sorte de « fatigue du status quo » : les négociations n’ont mené à rien et les arméniens dominent toujours le Karabakh. De son côté l’Arménie opte justement pour le maintien du statu quo, sans montrer aucune volonté de compromis. Si son armée semble bien plus réduite que celle du voisin oriental, elle a la réputation d’être bien préparée, en particulier à une guerre défensive. Mais surtout, l’Arménie peut compter sur son allié russe…

La Russie en embuscade

Le rôle de la Russie est déterminant, voire prépondérant, dans ce conflit. Il est cependant trouble. Si la Russie est un allié politique et militaire de l’Arménie, elle fournit des armes aux deux parties. On peut craindre qu’elle ait comme intérêt de maintenir un état de conflit de basse intensité comme elle le faisait sous l’URSS afin de rester la seule puissance régionale. Et on peut craindre qu’en cas de conflit ouvert, elle interviendrait comme « grand pacificateur » de la région, aux côtés de l’Arménie, imposant ainsi sa zone d’influence face aux occidentaux. D’autres acteurs internationaux sont « incontournables » dans la région: l’Iran (allié stratégique de l’Arménie), Israel (qui exporte ses armes à l’Azerbaïdjan), les Etats-Unis (qui ont un intérêt stratégique en Azerbaïdjan mais qui doivent aussi écouter une forte diaspora arménienne) et bien sûr l’UE.

Une guerre ouverte aurait des conséquences dévastatrices pour la région et pour l’UE

Les deux parties n’ont pas l’air de bien comprendre les conséquences d’un conflit de grande ampleur selon les experts. Les responsables politiques et militaires locaux sont encore marqués par la guerre des années 1990 et ne prennent pas réellement en considération la capacité destructrice des nouveaux armements, explique Philippe Lefort. Mais un conflit ouvert aurait des conséquences dévastatrices pour la région, qui serait totalement déstabilisée, là où il n’y a pratiquement personne pour « surveiller » un cessez-le-feu qui n’est déjà pas appliqué. Enfin, si, il y a tout de même six observateurs du Groupe de Minsk (OSCE)… Pour l’UE, la première conséquence serait évidemment énergétique, avec au mieux, une montée des prix du brut liée au risque pris par les compagnies. Et au pire, un blocage des exportations de l’Azerbaïdjan : une frappe aérienne (russe?) aurait en effet vite fait de détruire les pipelines, coupant ainsi les ressources du pays (pour qui les revenus pétroliers représentent 90% de ses exportations).

Perpectives et marge de manœuvre de l’UE : limitées.

Que fait, ou plutôt, que peut faire l’UE ? S’il faut absolument éviter le « film d’horreur » que représenterait une guerre ouverte. Mais « on ne peut pas faire de miracles » dit Philippe Lefort, qui s’avoue pessimiste. « On peut être une plateforme, une ressource [mais] on ne peut pas faire la paix à leur place ». Encore faut-il que les deux parties souhaitent la paix, ce qui semble de moins en moins le cas. Il ne faut pas désespérer pour autant, car « une négociation de paix n’est pas une négociation commerciale », elle est « violente », il y a « des hauts et des bas », et aussi beaucoup d’émotionnel. L’instrument principal dont dispose l’UE reste les principes de Madrid établis par la médiation du Groupe de Minsk en 2007. Mais s’ils fixent des objectifs de normalisation (corridor de sécurité, droit au retour des réfugiés, référendum sur l’autogouvernance, etc), leur mise en œuvre n’a jamais pu être précisée, faute d’accord des deux parties concernées. Il reste à miser sur les « mesures de confiance » en (re)créant des liens entre les deux sociétés, au niveau des populations, et en démontrant aux gouvernements tous les bénéfices d’une paix durable. Il s’agit d’une étude sur le long terme, permettant d’établir une sorte de « maquette de la reconstruction du Caucase ».

* Tracey German (Defence Studies Department au King’s College de Londres), Adam Eberhardt (Centre des Etudes Orientales en Pologne) et Dennis Sammut (London Information Network on Conflicts and State-building).

** Cette « ligne de contact » est en fait une ligne de front. Le vocabulaire utilisé pour décrire ce conflit est tout à fait inadapté, comme l’a fait remarqué l’eurodéputé hollandais Bastiaan Belder.

A lire : Nagorno-Karabakh: Oui, l’Europe peut s’investir un peu plus (expert du LINKS)

Les représentants spéciaux de l’UE (presque) tous renouvelés (maj)

(BRUXELLES2) Les représentants spéciaux de l’UE, dont la plupart voient leur mandat arriver à sa fin le 30 juin, vont être prolongés, selon la procédure normale de renouvellement à mi-année. Seule exception : Pierre Morel, représentant spécial pour l’Asie Centrale, qui part à la retraite après une longue carrière diplomatique, est remplacé… Le processus de remplacement est en cours actuellement. Et le Conseil des ministres des Affaires étrangères, lundi 25, à Luxembourg devrait prolonger tous les représentants. Alors que l’UE s’apprête à nommer un nouveau représentant spécial, thématique et transversal cette fois-ci puisqu’il concernera les droits de l’Homme (lire: Bientôt un Monsieur/Madame « Droits de l’homme » pour l’Union européenne), on peut faire le point sur les 10 heureux élus déjà en place.

Afrique

Union Africaine

Gary Quince. 61 ans (Britannique, agent de la Commission européenne). Discussion sur le renouvellement en cours

Gary a commencé sa carrière à la délégation de la Commission européenne au Ghana (1981-1985) puis a tenu plusieurs postes à la Commission à la DG développement (1985-1991 puis 1995-2001). Il est également passé par la délégation de la Commission dans le Pacifique en tant que conseiller économique (1991-1995). Il devient ensuite chef de délégation au Kenya et en Somalie (2001-2004). Il revient alors à la Commission comme Directeur à la DG développement, d’abord pour l’Europe, le Caucase et l’Asie Centrale (2004-2005) puis pour l’Afrique Sub-saharienne, les Caraïbes et le Pacifique à partir de 2005, avant d’être nommé en novembre 2011 Représentant spécial pour l’Union Africaine.

Lire aussi: Un nouveau représentant spécial de l’UE pour l’Afrique

Corne de l’Afrique

Alexander Rondos. 58 ans (Diplomate grec). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Son profil est assez atypique. Il a commencé comme journaliste spécialisé sur l’Afrique (1977-1982) puis dans différentes organisations de la société civile et chrétiennes, pour lesquelles il s’est également occupé des questions africaines, en Ethiopie (1985-1986) puis en Egypte (1986-1990). Il travaillait alors principalement dans l’aide humanitaire et de projets de développement. Il a ensuite fait un passage à la Banque Mondiale (1996-1998), puis est devenu conseiller du ministre des affaires étrangères grec, George Papandréou, et le suivra quand celui-ci est nommé Premier Ministre en 2009. Il a effectué de nombreuses missions diplomatiques : mission humanitaire en Grèce après le tremblement de terre en 1999, négociation au Kosovo jusqu’en 2004, directeur général du département du développement et de la coopération internationale, médiation entre Israéliens et Palestiniens, etc.

Lire aussi: Un proche de Papandreou nommé représentant spécial pour la Corne de l’Afrique

Soudan et Sud Soudan

Rosalind Marsden. 62 ans (Diplomate britannique). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

C’est la seule femme qui occupe ce poste. Commençant dans les bureaux à Londres, elle est ensuite seconde secrétaire à l’ambassade britannique à Tokyo (1977), puis travaille dans l’ambassade à Hong Kong (1989-1991). Elle retourne à Tokyo en 1993 comme conseillère politique puis devient chef du département Nations Unies en 1996. De 2003 à 2006, elle est l’ambassadrice britannique en Afghanistan, puis en Irak jusqu’en 2007, où elle est nommée ambassadrice au Soudan.

Lire aussi : Dr Rosalind Marsden nommée représentant spécial de l’UE au Soudan

Moyen-Orient – Monde Arabe

Région du sud de la Méditerranée

Bernardino León. 48 ans (Diplomate espagnol). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Son premier poste a été le Libéria (1990-1991), puis en Libye (1991), Algérie (1992-1995). Il a été conseiller personnel du Représentant Spécial pour la Processus de Paix au Moyen-Orient, Miguel Angel Moratinos, de 1998 à 2001. En 2004, il devient secrétaire d’Etat aux affaires étrangères pour le ministère des affaires étrangères espagnol jusqu’en 2008. Il est alors nommé secrétaire d’Etat sous la direction du Premier Ministre, dont il est le principal conseiller pour les affaires étrangères. Il a également été Sherpa pour le G20 en 2009.

Lire aussi: Un proche de Zapatero, représentant spécial de l’UE pour le sud Méditerranée ?

Processus de Paix au Moyen-Orient

Andreas Reinicke. (Diplomate allemand) Son mandat va du 1er février 2012 au 30 juin 2013.

Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes allemands sur le Moyen-Orient, il a notamment été basé à Tel Aviv et à Ramallah. Il a par ailleurs dirigé le département Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères allemand. De 2008 à 2012, il a été l’ambassadeur allemand en Syrie (poste qui est resté vacant depuis).

Lire aussi: Un ambassadeur allemand pour le processus de paix au Moyen-Orient

Afghanistan

Vygaudas Usackas. 48 ans. (Diplomate lituanien). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

D’abord en charge des affaires européennes et de l’OTAN au ministère des affaires étrangères de Lituanie (1991-1992), puis à la délégation auprès de l’UE et de l’OTAN (1992-1996), il devient vice-ministre des affaires étrangères en 1999. En 2000-2001, il est le négociateur en chef pour l’accession de la Lituanie à l’UE. De 2001 à 2006, il passe l’Atlantique pour être l’ambassadeur aux Etats-Unis et au Mexique, pour revenir en Europe, comme ambassadeur au Royaume-Uni jusqu’à 2008. En tant que représentant spécial, il est également chef de la délégation de l’UE en Afghanistan.

Lire aussi: Nomination du Lituanien Usackas en Afghanistan confirmée. La décision.

Europe centrale, Caucase, Asie Centrale

Bosnie-Herzégovine

Peter Sørensen. 45 ans (Diplomate danois). Son mandat va de septembre 2011 à juin 2015.

C’est un spécialiste du « multilatéral » mais aussi des Balkans. Conseiller juridique du Haut Représentant à Sarajeveo (1996-1997), puis chef du département politique et principal conseiller du chef de la mission de l’OSCE en Croatie (1997-1999), il devient ensuite conseiller juridique de l’envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU dans les balkans (2000), puis principal conseiller (2001-2002). Il travaille ensuite dans la MINUK (mission de l’ONU au Kosovo) comme adjoint au chef du pilier IV (reconstruction et développement économique), jusqu’en 2006. Il devient ensuite représentant personnel du Haut Représentant de l’UE à Belgrade, de 2006 à 2010. Il est le chef de la délégation de l’UE en Macédoine depuis 2010, poste qu’il conserve en tant que représentant spécial.

Lire aussi: L’ambassadeur de l’UE en Bosnie-Herzégovine bientôt nommé

Kosovo

Samuel Žbogar. 50 ans. (Diplomate slovène) Son mandat va de février 2012 au 30 juin 2013.

Troisième secrétaire au département des pays voisins au ministère des affaires étrangères yougoslave (1990), il devient conseiller du premier ministre des affaires étrangères slovène en 1991. Il ouvre l’ambassade slovène en Chine en 1993 puis s’en va aux Nations-Unies comme représentant permanent adjoint (1997-2001). En tant que secrétaire d’Etat aux affaires étrangères (2001-2004), il participe aux négociations d’adhésion de la Slovénie à l’UE comme à l’OTAN, ainsi qu’à la préparation de la présidence slovène de l’OSCE (2005). De 2004 à 2008, il est ambassadeur aux Etats-Unis. Enfin, en 2008, il est nommé ministre des affaires étrangères de Slovénie. En tant que représentant spécial, il est également chef de la délégation de l’UE au Kosovo.

Lire aussi: Trois ambassadeurs de l’UE nommés au Kosovo, Macédoine et Palestine

Asie Centrale

Pierre Morel. 68 ans (Diplomate français). Il va être remplacé par une diplomate allemande

Il est d’abord secrétaire premier secrétaire puis deuxième conseiller à l’ambassade de France à Moscou (1976-1979), puis ambassadeur de France à la Conférence du désarmement de l’ONU à Genève (1986-1990). Il devient conseiller diplomatique de Mitterrand (1991-1992). Il enchaîne ensuite les titres d’ambassadeur : à Moscou (1992-1996), à Pékin (1996-2002) puis à Rome (2002-2006).

Lire : Une diplomate allemande nommée représentant spécial de l’UE pour l’Asie centrale (accès abonnés)

Sud-Caucase et crise en Géorgie

Philippe Lefort. 56 ans (Diplomate français). Son mandat est prolongé jusqu’au 30 juin 2013

Après plusieurs années d’enseignement, il est nommé secrétaire des affaires étrangères à sa sortie de l’ENA en 1987. En poste d’abord à Moscou (1989-1991) puis au Secrétariat Général de la Défense Nationale (1991-1993), il est ensuite à Tokyo (1993-1997) puis à Washington (1997-2000). De retour au Quai d’Orsay, il y est sous-directeur aux ressources humaines depuis 2000. En 2004, il est nommé ambassadeur de France en Géorgie. En 2007, il est de retour à Moscou, où il est ministre conseiller et participe aux négociations entre la présidence française de l’UE et la Russie, suite au conflit en Géorgie en 2008.

Lire aussi: Un Français prend la relève en Géorgie et Caucase comme RSUE

Droits de l’Homme

Ce nouveau poste, le premier à être thématique et transversal, et non pas géographique, est en discussion depuis quelques années maintenant.  Son mandat, en cours de finalisation, durera deux ans. Lire aussi :

Lire aussi (pour ceux qui s’intéressent aux prédécesseurs) :

Bientôt de nouveaux représentants spéciaux de l’UE (maj)

(BRUXELLES2) Il  y a quelques temps, nous écrivions « race en voie d’extinction ou de renouvellement », aujourd’hui, nous pouvons sans nul doute pencher pour cette deuxième voie. Deux représentants spéciaux sont en passe d’être renouvelés et deux autres postes créés.

Deux renouvellements et une confirmation

D’après des informations concordantes, les 27 ambassadeurs du comité politique et de sécurité (COPS) semblent être tombés d’accord sur le renouvellement et le nouveau mandat des représentants spéciaux dans le Sud Caucase et au Moyen-Orient sur le processus de paix. Les Etats membres ont été priés de fournir des candidatures. Le poste sur le processus de paix représente un intérêt stratégique qu’il est inutile de détailler. Tandis que le représentant spécial au Sud Caucase devrait être chargé également du suivi des négociations de paix en Géorgie. Jusqu’à présent, c’était le représentant spécial en Asie Centrale, le Français Pierre Morel qui assurait cette fonction.

L’actuel ambassadeur en Bosnie-Herzégovine, Peter Sorensen, devrait aussi recevoir la double casquette de représentant spécial d’ici peu.

Deux nouveaux postes : Sud Méditerranée et Corne de l’Afrique

Deux autres représentants spéciaux sont en passe d’être recrutés sur de nouveaux postes. Le mandat pour un représentant spécial dans le Sud Méditerranée, couvrant du Maghreb à la péninsule arabique, autrement dit un monsieur/madame « révolutions arabes » est en cours de discussion parmi les ambassadeurs et devrait rapidement – du moins espère-t-on – être approuvé. * « Il n’y a pas encore d’accord actuellement au COPS – a expliqué vendredi un haut diplomate européen. Mais afin d’accélérer, la Haute représentante a également demandé aux Etats membres de présenter des candidatures. »

Quant au mandat de représentant spécial pour la Corne de l’Afrique – qui est le plus… ancien des futurs RS – il doit encore être approuvé par la Haute représentante avant d’être présenté aux Etats membres.

Une nouvelle utilité ou une remise en ordre

La Haute représentante a – semble-t-il – redécouvert l’utilité d’une fonction qui peut être à modularité variable, entre le super-ambassadeur itinérant et le missi dominici discret, entre la diplomatie et le politique, en ayant un lien direct à la fois avec la Haute représentante et les Etats membres. Même si dans son entourage, on dénie tout désintérêt. Lady Ashton a toujours « trouvé cette fonction indispensable et utile » m’a assuré un de ses proches. Mais ce qui « l’inquiétait dans le fonctionnement des représentants spéciaux (Nb : ancienne manière) était qu’ils vivaient en orbite, autonomie, faisaient un peu ce qu’ils voulaient. Il fallait un peu une reprise en main. » On pourrait dire : c’est fait…

Lire également :

(*) Mis à jour vendredi matin

Le dégel des conflits “gelés” est-il enclenché ? 2e esquisse.

(B2) Les zones poreuses et autres conflits gelés en Europe seraient-ils en voie de résorption. Comme l’histoire s’accélère, en ce moment, reprenons les derniers épisodes :

1ère phase : mi-février. L’initiative revient à l’Occident. Les Etats-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne reconnaissent l’indépendance du Kosovo, annoncent l’envoi d’une mission police-justice-douanes (Eulex) destinée à remplacer la mission de l’Onu (Minuk). Les Russes crient aux orfaies, tempêtent au Conseil de sécurité. Mais d’action concrète, il n’y en a plus ensuite. Le Kosovo peut annoncer la création d’une armée propre, soutenue par l’Otan. Et le secrétaire général de l’Onu peut préciser tranquillement en juin-juillet dans plusieurs courriers adressés aux « parties intéressées » ce qui ressemble à un désengagement progressif de la Minuk, sans vraiment susciter d’ire sinon une nouvelle déclaration des Russes disant que cette décision est illégale. Mais c’est tout. Le nouveau gouvernement serbe, qui a saisi le jeu russe, rentre dans le rang rapidement et joue l’intégration européenne (en poursuivant une réclamation devant la justice internationale).



2e phase : début
août
. Cette fois, ce sont les Russes qui sont à la manoeuvre. De façon musclée, type Blitzkrieg. Profitant d’une erreur stratégique des Géorgiens (conseillés par les Américains) qui ont tenté de récupérer – de façon aussi musclée l’Ossétie du Sud, ils ripostent en engageant l’armée russe, de façon « démesurée » diront les uns, « limitée » diront les autres (qui ont souvenir les violents combats à Budapest en 1956 = environ 3000 morts dont 700 russes ou plus récemment la « sale » guerre d’Afghanistan). L’objectif est clair : s’assurer le contrôle de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, de façon définitive. Les Occidentaux s’alarment. Les Etats-Unis, l’Otan, l’Union européenne disent ce n’est pas bien, c’est disproportionné ». En moins de 48 heures, un cessez-le-feu est ficelé, aux conditions russes, avalisé par Nicolas Sarkozy au nom de l’Union européenne (1). Les Russes retirent leurs troupes, un peu plus lentement que prévu, un peu moins loin que prévu, les fameuses « mesures additionnelles de sécurité« . Et ils annoncent la reconnaissance lde ‘indépendance des deux régions autonomes le 26 août. Ce qui n’est pas une surprise. La presse russe faisait l’écho depuis quelques jours de cette préparation (ce qui est sûrement une des explications de la convocation subite du Conseil européen par la présidence française qui ne pouvait ignorer cette évolution).

Et, maintenant, prosaiquement, regardons en face, il reste trois autres « conflits gelés » à régler au niveau européen:

Nagorni-Karabakh, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’un est plutôt soutenu par la Russie, l’autre par les Occidentaux. Devinez qui va gagner… dans une zone d’influence russe ?

Transnistrie, ce sont les Russes, là aussi, qui sont à la manoeuvre – et les Occidentaux le savent bien. Contrairement à la Géorgie, la transition pourrait, ici, être douce, sauf provocation de dernière minute. Medvedev (président russe) a rencontré Voronine (président moldave), tout récemment, le 25 août. Il l’a assuré qu’il y avait de « très bonnes possibilités de régler le problème transnistrien » et que « la Russie était prête à faire de son mieux en vue d’assurer le règlement définitif de la crise transnistrienne ». Déclaration exceptionnelle selon notre confrère russe, Kommersant, qu’il ne faut donc pas prendre à la légère. Il s’agit en fait de permettre la réintégration dans la Moldavie de la province sécessionniste en préservant une large autonomie pour elle mais aussi, et surtout, les intérêts stratégiques russes, sur place : non adhésion de la Moldavie à l’Otan, présence de l’armée russe (La 14e armée est basée dans cette bande de terre), protection de la minorité russe (lire les détails de ce rapprochement esquissé depuis plusieurs mois).

Chypre, qu’il ne faut pas oublier dans cette liste. Le Nord de l’ile est toujours sous « domination » (occupation/libération) turque (une « opération de paix » lancée en juillet … 1974 par l’armée turque et une reconnaisance solitaire). Ce devrait être l’Union européenne, au premier chef concerné, qui devrait négocier. Chypre est membre de l’UE depuis mai 2004. Et la Turquie candidate à l’adhésion depuis 1999. Mais, étonnamment, point de déclaration tonitruante ou menaçante, ni de sanction. Et on espère que l’ONU pourra sortir de sa poche un nouveau plan de paix (le précédent avait avorté avant l’adhésion de Chypre à l’Union, les chypriotes grecs l’ayant refusé…).

Citons encore quelques points crispants

Macédoine, ce sont là les Américains qui sont en charge de la question. La médiation – sous couvert de l’ONU – mais avec un médiateur américain – pour trouver un modus vivendi avec la Grèce sur le nom du pays est nécessaire pour permettre l’adhésion du pays à l’Otan (comme ensuite à l’Union européenne)

Serbie, la signature finale de l’accord de stabilisation (et l’ouverture de négociations d’adhésion à l’Union européenne) est conditionnée à l’arrestation/reddition du dernier criminel de guerre serbe en fuite (Mladic). C’est l’Union européenne qui a pris en charge cette « réinsertion ».

Espagne, les autonomistes basques de l’ETA n’ont pas encore déposé les armes, malgré plusieurs tentatives de négociation (contrairement à leurs homologues de l’Ira qui sont rentrés dans le chemin pacifique, progressivement depuis la signature d’un accord de paix historique en avril 1998). L’Union européenne n’a pas de position sur la question sinon la condamnation du terrorisme et de la lutte armée.

(NGV)

Crédit photo : OSCE Georgia/ Mikhail Evstafiev, les russes commencent à se retirer, BMP (transport d’infanterie) russes sur la route de Vladikavkhaz, le 16 août.