La MINUSMA victime à Tombouctou d’une attaque terroriste complexe. Des Français touchés (V3)

(B2) Un Casque bleu a été tué et une dizaine d’autres blessés, ce samedi (14 avril) dans l’après midi, lors d’une attaque du camp de la force des Nations unies au Mali (MINUSMA) à Tombouctou qui a touché également sept Français de Barkhane, la base française étant colocalisée sur la zone de l’aéroport. Le bilan qui resté flou est désormais connu.

patrouille de nuit (crédit : Minusma / Archives B2)

Une attaque complexe

L’attaque était « importante » et « complexe » a confirmé la MINUSMA, dans un communiqué, avec tout d’abord tirs de mortiers, tirs d’armes et utilisation de véhicules suicides. La « situation est désormais sous contrôle » a précisé la MINUSMA en soirée. L’attaque a duré plus de trois heures si l’on se fie aux horaires communiqués par le ministère malien de la Sécurité : l’attaque a eu lieu vers 15h (17h heure de Paris) et s’est terminé vers 18h30 (20h30 heure de Paris).

Trois véhicules piégées

L’attaque était particulièrement étudiée. Trois véhicules (et non pas deux seulement comme évoqué dans un premier temps) se sont ainsi présentés aux portes du camp de l’ONU, l’un portant les couleurs des Forces armées maliennes (FAMA), l’autre le sigle UN des Nations Unies. Certains des occupants portaient des uniformes de casques bleus. « Cette attaque visait à prendre le contrôle de ce camp et à occasionner le plus grand nombre de dégâts. » Les véhicules étaient piégés, pour les faire exploser « dans le but de créer une brèche dans l’enceinte » précise-t-on du côté français. « Le premier véhicule piégé a explosé tandis que le second portant a pu être immobilisé » complète le ministère malien de la sécurité.

Une réplique importante : 15 terroristes au tapis

Les militaires de la MINUSMA et ceux de la force Barkhane ont « repoussé les attaques menées à l’intérieur de l’enceinte, neutralisant les assaillants » précise l’état-major français des Armées (EMA) dans un communiqué publié sur sa page facebook. En tout « 15 terroristes ont été mis hors de combat ». Certains des attaquants (deux au moins) portaient des ceintures d’explosifs. Des moyens de renfort ont été immédiatement engagés depuis Gao et Niamey.

Des renforts de Niamey et Gao

Il a fallu employer les grands moyens : « une patrouille de Mirage 2000 » pour du show of force et avoir des images de la zone, « une patrouille d’hélicoptères Tigre et des commandos déployés par hélicoptère de transport NH90 et avion de transport tactique » précise-t-on à l’EMA. L’engagement des moyens de Barkhane a permis « en premier lieu de sécuriser l’aéroport pour permettre l’évacuation des blessés » puis, « avec la MINUSMA, de reprendre le contrôle ». « La situation au 15 avril matin est stabilisée ». Plusieurs des attaquants se sont, semble-t-il, évanouis dans la nature.

Les camps de Barkhane et de la Minusma atteints : une vingtaine de blessés

Le bilan exact des victimes a d’abord été incertain pendant plusieurs heures. Les autorités françaises laissant planer le doute. Le ministère malien de la Sécurité a le premier évoqué des blessés français, une dizaine côté Barkhane ; 1 mort, 12 blessés et cinq blessés graves coté MINUSMA. Contacté par B2, samedi soir et dimanche matin, l’état-major des armées n’a tout d’abord pas souhaité ni confirmer ni infirmer cette information, préférant se laisser le temps de confirmer les informations (1). Les soldats suédois, basés aussi à Tombouctou (au camp Nobel de la Minusma), ont clairement indiqué (via twitter) ne pas avoir été touchés. Au final, le bilan s’établit donc à 1 mort et 10 blessés côté des casques bleus et « 7 militaires français blessés », ont été évacués vers Gao, et pris en charge notamment l’hôpital de rôle 2 des forces françaises (qui dispose d’un plateau chirurgical).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) L’armée française ne donne généralement pas de bilan précis tant qu’elle n’a pas tous les éléments de fait (il peut y avoir des doubles nationalités également), que les blessés ne sont pas ‘conditionnés’ et leur état connu, ainsi que les familles prévenues, le cas échéant.

NB : la situation au nord et au centre du Mali reste très tendue. Et la MINUSMA perd un lourd tribut au maintien de la paix (plus de 100 morts dans les rangs des casques bleus). Lire aussi :

Papier complété le 14.4 dans la nuit (avec bilan du ministère malien) et 15.4 au matin avec la première réponse française, et le 15.4 en fin d’après-midi avec les éléments plus concrets (bilan français, nature de la réplique, bilan côté attaquants)

Une force de paix à l’Est de l’Ukraine, ardemment, souhaitée. Réalisable vraiment ?

Une force de maintien de la paix déployée en Ukraine, à côté ou aux côtés des observateurs de l’OSCE ?

(B2) C’est une demande récurrente du gouvernement ukrainien, et notamment de son président. A chacun de ses déplacements et rencontres, Petro Porochenko insiste sur sa volonté de voir déployer une mission de maintien de la paix de l’ONU dans le Donbass. Ce devrait être encore le cas lorsqu’il rencontrera ce lundi la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini en visite à Kiev. Le service de presse du président ukrainien a en effet annoncé que « Au cours de la réunion, les questions relatives à la sécurité dans le Donbass et des perspectives de déploiement d’une mission de maintien de la paix de l’ONU pour appuyer la mise en œuvre des accords de Minsk seront discutées ».

Le jeu du chat et de la souris

Dans ce domaine, Moscou et Kiev jouent un peu au chat et à la souris. Au début de la crise, Kiev n’était pas très chaud à une force de maintien de la paix, estimant pouvoir reprendre par la force les territoires perdus. Puis s’est ravisé. En février 2015, Porochenko a annoncé une initiative pour obtenir une force de maintien de la paix demandant à l’Union européenne de déployer des forces sur la frontière. Une manière selon les analyses de retarder le processus de Minsk (Lire : Je veux des policiers européens sur la frontière avec la Russie, dit Porochenko. Chiche ?). Au niveau européen, personne n’a vraiment relevé le défi. Dire que la proposition a été reçue fraichement lors de la réunion ministérielle, tenue à Riga à l’époque, est assez optimiste (lire : La proposition Porochenko d’une mission de paix de l’UE en Ukraine : gentiment mise de côté).

Poutine d’accord si la force de paix sacralise la frontière

Moscou a fait la sourde oreille, puis, à son tour, s’est ravisé. Le 5 septembre dernier, Vladimir Poutine a joué la surprise. S’exprimant lors du sommet des BRICS en Chine, il a indiqué qu’il n’y aurait « rien de mauvais » à déployer des forces de paix en Ukraine… Au contraire, cela peut être « bénéfique » à une résolution du conflit, comme l’indique Rfi. Mais il y met une condition : que cette force ait uniquement pour rôle d’assurer la sécurité des observateurs de l’OSCE. C’est-à-dire se déploie sur la ligne de front, et non pas les zones tenues par les rebelles au pouvoir de Kiev. En gros, la force de paix sanctuarisait ainsi la ligne de front, dans une ligne de démarcation.

Le soutien de l’Allemagne et de la Suède…

On ne peut pas dire que cette initiative ait suscité un enthousiasme folichon tant d’un point de vue politique que militaire, même chez les pays soutiens de l’Ukraine. Certes l’Allemagne a assez vite indiqué son soutien à cette idée. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, en visite à Kiev début janvier, a bien indiqué qu’une « mission de maintien de la paix de l’ONU armée et solide » pour obtenir un cessez-le-feu dans toute l’Ukraine déchirée serait une « solution raisonnable » comme le rapporte la Deutsche welle.

Paroles… paroles

Même si Porochenko proclame régulièrement « recevoir de plus en plus de soutiens de nos partenaires », ces soutiens restent encore théoriques. Le problème de ces prises de position est qu’elles restent déclamatoires. Elles surviennent, généralement lors d’un voyage à Kiev. Revenus dans leur pays, les proclamations perdent souvent un peu leur lustre. Ou alors les pays y mettent de telles conditions que leur engagement est factice. Le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist, s’est ainsi fendu d’un soutien vibrionnant, à écouter certains augures ukrainiens. Mais quand on regarde de plus près. Cette position est remplie de « Si ». « If we see the right conditions and if we see that this mission can help … then we are open to that, […] We are not there yet, but it is something positive. » Il met notamment une condition principale : que la Russie et l’Ouest soient d’accord, indique la Deutsche welle. Autrement dit : circulons…

Le lobbying de Rasmussen

L’ancien secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, désormais consultant international et lobbyiste en chef pour le président ukrainien (1), n’en démord pas. Il a commandé un rapport en septembre 2017, rédigé par le chercheur Richard Lowan, et publié fin janvier (télécharger ici) prônant une force de maintien de la paix dans le Donbass, autour de quatre idées :

  1. Cette force de maintien de la paix devra avoir besoin d’un mandat solide
  2. Elle comprendrait 20 000 personnes. Des pays européens non membres de l’OTAN comme la Suède, la Finlande ou l’Autriche pourraient jouer un rôle important.
  3. Une force de police et une force civile de 2000 à 4000 hommes seront aussi nécessaires, l’UE pouvant jouer un rôle clé dans la constitution des forces.
  4. Un représentant spécial devrait être nommé pour diriger et coordonner le processus.

Des chiffres qui donnent le tournis

Les chiffres donnent le tournis. Certes, ils sont réalistes pour l’efficacité de la force. Mais ils sont fantaisistes quant à la praticité politique. Comment la Finlande, la Suède et l’Autriche, même avec le renfort de pays d’Amérique latine (comme proposé), pourraient fournir 20.000 hommes pour aller en Ukraine ? Le tout sans le soutien d’aucun des pays de l’OTAN. Comment l’UE pourrait mettre sur pied une force de 2000 à 4000 policiers ? C’est-à-dire un volume supérieur à la mission au Kosovo, pour un territoire beaucoup plus vaste, et un peu plus dangereux. On peut rêver…

Une proposition pas vraiment étudiée par les Européens

En fait, depuis 2015, malgré les apparences et l’agitation politique, rien n’a bougé au niveau européen. La question n’a pas été évoquée au sein du comité militaire de l’UE. Le général Kostarakos le remarquait, amèrement, d’ailleurs face à des députés (lire : L’Union européenne aurait-elle renoncé à ses outils de ‘hard power’ ? (Kostarakos)). De plus, d’après nos informations, aucune option de planification n’a été mise sur pied, ni même des directives pour une quelconque première option de planification, n’ont été données aux structures de gestion de crise par la Haute représentante. Dans les rangs de l’Union européenne, il semble bien n’y avoir eu aucun approfondissement de cette question, à quelque stade que ce soit. Une question de réalisme ?

Qui veut aller mourir pour Louhansk ?

Tout le monde sait que ce déploiement dépend de la volonté russe… et européenne. Moscou a montré dans le conflit syrien que son droit de veto au conseil de sécurité des Nations unies n’est pas théorique. Et même si ce veto pouvait être surpassé, ce serait au prix de conditions et de contorsions qui pourraient rendre le déploiement peu utiles. Au niveau pratique, peu d’États européens ont envie d’envoyer des troupes sur place, jouer au punching ball dans une mission qui pourrait bien s’enliser, sans avoir les moyens d’imposer la paix.

Commentaire : on peut souhaiter l’établissement d’une force de maintien de la paix pour faire taire les armes dans l’Est de l’Ukraine. Mais ce ne serait pas du maintien de la paix en l’occurrence, mais de l’imposition de la paix. A moins que Moscou soit d’accord pour faire taire les armes, donner l’ordre à ses troupes de se retirer, à ses affidés de reposer les armes. Il faudrait alors lui donner certains gages importants pour espérer que cette force puisse réussir cette mission. Est-ce jouable aujourd’hui. Pas sûr…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Nb : personne ne s’offusque de voir l’ancien secrétaire général de l’OTAN en position de lobbyiste (là où les mêmes poussent des cris d’orfraie quand il s’agit d’ex-membres de la Commission européenne). Il est vrai que durant son mandat, il avait déjà mené une active campagne en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’organisation euro-atlantique, et a été toujours en faveur d’une politique « dure » vis-à-vis de Moscou.

Télécharger la note d’analyse du parlement européen

ClaironAdieuxBangali@MINUSMA160517

La Minusma sévèrement attaquée à Gao et Sévaré. Une stratégie à revoir ?

ClaironAdieuxBangali@MINUSMA160517(BRUXELLES2) Plusieurs attaques ont eu lieu coup sur coup au Mali, contre la MINUSMA. La force des Nations-Unies au Mali se révèle ainsi de plus en plus une cible de choix pour les rebelles.

Mardi (31 mai), au soir, deux attaques ont visé coup sur coup les « internationaux » à Gao. Vers 20h45, le camp de la MINUSMA, situé au quartier Chateau d’eau, est la cible d’une attaque l’arme lourde, par mortiers ou roquettes. Bilan : un casque bleu (chinois) a été tué, trois casques bleus grièvement blessés et plus d’une dizaine des membres du personnel de la MINUSMA, dont des civils, légèrement blessés. Des conteneurs de logement du personnel ont été détruits, indiquent les Nations Unies.

Une deuxième attaque suit, à l’arme légère cette fois. Elle vise le service de lutte anti-mines (UNMAS), un partenaire de l’ONU, situé dans un autre quartier de Gao. Deux agents de sécurité maliens et un Français ont été tués. Des attaques bien préparées et coordonnées semble-t-il témoigne le correspondant de RFI au Mali « Pendant (la première) attaque, une bonne partie de la ville était subitement plongée dans le noir, privée d’électricité. Les assaillants ont infiltré une partie de la ville par petits groupes. Ils avaient probablement pu faire un repérage. (…) Les cibles visées prouvent que les assaillants connaissaient le terrain. »

La MINUSMA déploie ses hélicoptères d’attaques, pour effectuer des surveillances aériennes, et sa force de réaction rapide dans Gao.

Autre attaque contre un convoi dans la région de Sévaré

Dimanche (29 mai), le matin vers 11h00, déjà, c’était un convoi de la Force de la MINUSMA qui avait été pris dans une embuscade à 30km à l’ouest de Sevaré, sur l’axe Tenenkou-Sevaré. Un axe qui « devient à risque » selon les militaires sur place. Selon les premières informations, cinq casques bleus sont au tapis, un autre grièvement blessé et évacué.

Commentaire : le nord du Mali loin d’être pacifié, au contraire

Un prix très lourd payé par les « internationaux » comme les Maliens

On ne le dira jamais assez. La Force des Nations Unies paie un prix très lourd pour la stabilisation au Mali, dans un silence quasi total. Mais ils ne sont pas les seuls. Les Maliens, eux-même très engagés, ont subi des pertes encore plus importantes, qui se compte en plusieurs dizaines de morts, selon nos sources. Ceci n’interdit pas de s’interroger sur la stratégie poursuivie par la force internationale.

La stratégie de confinement dans les bases : une erreur !

L’ONU dispose tout de même de près de 12.000 hommes sur place (2). Le territoire est certes vaste. Mais c’est une force déjà suffisant… peut-être mal répartie. Selon un observateur sur place, consulté par B2, la force des Nations Unies paie sa stratégie d’enterrement dans des bases et de convois. Les soldats restent « le plus souvent dans des bases », qu’ils estiment super protégées, mais qui se révèlent, au final, autant de pièges. Comparées au nombre de militaires engagés, les patrouilles de stabilisation hors des murs restent « limitées ».

Des rebelles bien présents, en train de se renforcer ?

Résultat ! Les rebelles (ou terroristes *) sont toujours « bien présents » et « tiennent le terrain ». On pourrait même dire qu’ils sont désormais présents dans des zones dont ils avaient été chassé auparavant. Ils réapparaissent dès que les convois ont disparu. Ils disposent de nombreux informateurs et relais « dans les villes » mais aussi « au sein même de certaines forces », les Maliens notamment. Les attaques visant délibérément certains gradés ne peuvent, en effet, qu’avoir bénéficié « de renseignements de l’intérieur ».

Une stratégie IED de plus en plus affinée

Les combattants ont affiné au fur et à mesure leur stratégie, que ce soit en matière d’engins explosifs ou d’attaques des Maliens et des internationaux.  « Au départ – me raconte ce spécialiste du terrain – ils recouraient à des moyens « simples » : un convoi était repéré. Un IED était posé, déclenché par le passage, avec le risque de faire des victimes collatérales. « Ce qu’ils cherchent à éviter malgré tout ». (…) Les « Onusiens » ont réagi en faisant précéder chaque convoi d’un hélicoptère pour détecter la pose de ces engins. Les rebelles « se sont adaptés alors, affinant leur technique »… Avec des IED télécommandés par téléphone. Une montée en puissance, qui s’est affinée au fil du temps, un peu comme en Afghanistan avec les talibans.

Des actions élaborées, combinant attaques et IED

Les rebelles utilisent aussi des « actions combinées » attaque puis explosion (ou le contraire) —. « Les voitures béliers, chargées d’explosifs sont désormais utilisées. L’action est kamikaze, le conducteur, protégé par des tôles blindées, contre les éventuels tirs, meurt dans l’explosion ». Ou alors, ils recourent à des attaques simultanées, coordonnées, comme à Gao mardi.

On est loin ainsi d’attaques rudimentaires. Et la stratégie d’enterrement de la MINUSMA — avec bases et convois — parait condamnée. Au moment où le secrétaire général de l’ONU demande aux Etats membres de fournir 2500 soldats et policiers de plus, il faut aussi s’interroger sur d’autres modalités de stabilisation. Si la Minusma ne repasse pas à l’offensive, elle paraît devoir subir les pressions extérieures…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) A côté, les pertes subies par les forces Barkhane (7 morts depuis 2014), pourtant très engagées, restent limitées. Lire : Trois soldats français tués par l’explosion d’une mine au nord Mali

(2) Très exactement 9142 militaires (sur 11200 autorisés), 1178 policiers et 1180 civils

(*) Lire notre guide terminologique

Passation de commandement (crédit : Etat-Major italien)

Déploiement de l’état-major franco-italien au Liban

Passation de commandement (crédit : Etat-Major italien)

Passation de commandement le 14 octobre (crédit : Etat-Major italien)

(B2) L’état-major non-permanent de la brigade alpine franco-italienne (EMNPBAFI) est, pour la première fois, déployé en opération, au Liban. Composé de 70 militaires, dont une majorité d’Italiens et une vingtaine de soldats français, cet état major est intégré dans l’état-major italien du secteur ouest de la FINUL, la force des Nations-Unies au Liban, depuis le 14 octobre dernier. Pendant six mois, ils y opèreront sous le commandement du général italien Franco Federici, chef de la brigade alpine « Taurinense ». Le secteur ouest de la FINUL est composé de 3000 casques bleus venant de 13 pays.

Un projet franco-italien

La création de ce commandement de brigade binational non permanent (Non Standing Bi-National Brigade Command – NSBNB-C) s’appuie sur un accord bilatéral entre la France et l’Italie signé en septembre 2013 qui vise à renforcer la coopération entre les deux pays (Lire : Une brigade commune de montagne franco-italienne pour 2015). Deux brigades ont été désignées de chaque côté des Alpes : la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM) côté français, et la « brigata alpina Taurinense », côté italien. Ce commandement ad hoc peut être mis à disposition d’une opération multinationale de type ONU, UE ou OTAN.

(NGV)

(crédit / Hopital d'Utrecht)

Le casque bleu nigérian soigné aux Pays-Bas déclaré guéri

(crédit / Hopital d'Utrecht)

Un lit des lits d’isolement de l’hôpital pour les urgences majeures d’Utrecht (crédit / Hopital d’Utrecht)

(B2) Le militaire nigérian atteint du virus Ebola, soigné à l’hôpital spécialisé d’Utrecht, a été déclaré guéri vendredi (19 décembre). Les tests de laboratoire spécifiques, réalisés à l’hôpital Erasmus et l’Institut Bernhard Noch de Hambourg, ont confirmé qu’il n’était plus contagieux.

Casque bleu

Membre de la force de paix des Nations Unies au Libéria, l’homme avait été rapatrié en urgence aux Pays-Bas, depuis le 6 décembre, à la demande de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, selon le dispositif mis en place au niveau européen pour accueillir les malades d’Ebola, membres des ONG ou des forces internationales présents dans les pays contaminés. C’est le premier patient atteint d’Ebola à être accueilli aux Pays-Bas pour des raisons humanitaires.

En attendant son rapatriement, il a été transféré à l’hôpital militaire central d’Utrecht. La santé du personnel concerné sera testé durant les 3 prochaines semaines, conformément au protocole en vigueur, précise-t-on au ministère néerlandais de la Santé.

Le « Calamiteitenhospitaal » d’Utrecht – centre hospitalier pour les accidents majeurs – est une plate-forme spécialisé, créée entre l’hôpital militaire central et l’hôpital médical universitaire d’Utrecht, pour les situations d’urgence exceptionnelle, en cas de catastrophes majeures. Il permet notamment d’accueillir des malades hautement contagieux.

(crédit : Amnesty international)

Un nettoyage ethnique se profile, accuse Amnesty international. Forces internationales accusées

(crédit : Amnesty international)

(crédit : Amnesty international)

(BRUXELLES2) Amnesty international dénonce dans un rapport paru aujourd’hui un « nettoyage ethnique » en règle et des violences interreligieuses » qui se déroulent dans l’ouest de la République centrafricaine. « Les soldats de la force internationale de maintien de la paix ne parviennent pas à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans ».

Un nettoyage ethnique

« Les milices anti-balaka mènent des attaques violentes dans le but de procéder au nettoyage ethnique des musulmans en République centrafricaine », explique Joanne Mariner, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise. « On assiste à un exode des musulmans sans précédent. »

Une centaine de témoignages

L’ONG s’appuie sur plus d’une centaine de témoignages de première main sur les attaques de grande ampleur menées par les anti-balaka contre des civils musulmans dans les villes de Bouali, Boyali, Bossembélé, Bossemptélé et Baoro, dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Les troupes internationales n’étaient pas déployées dans ces villes, laissant les civils sans protection. L’attaque la plus meurtrière répertoriée par Amnesty International s’est déroulée le 18 janvier à Bossemptélé. Elle a fait plus de 100 victimes parmi la population musulmane, dont des femmes et des vieillards, notamment un imam d’environ 75 ans. Pour échapper à la folie meurtrière des anti-balaka, dans de nombreuses villes et de nombreux villages, toute la population musulmane a fui, tandis qu’ailleurs, ceux qui restent se réfugient à l’intérieur et aux abords des églises et des mosquées.

Séléka et anti-balaka rivalisent de férocité

«Lorsque la Séléka s’est retirée, les forces internationales ont laissé les milices anti-balaka prendre le contrôle du pays, ville après ville. Les violences et l’expulsion forcée des communautés musulmanes étaient prévisibles. Le pouvoir déclinant des forces de la Séléka n’a en rien diminué leur brutalité lorsqu’elles se sont retirées. Même avec une capacité de mouvement et des moyens opérationnels fortement entravés, les membres de la Séléka ont poursuivi les attaques violentes contre les civils chrétiens et leurs biens. Des membres armés de communautés musulmanes, agissant indépendamment ou aux côtés de la Séléka, se sont également livrés à des attaques de grande ampleur contre des civils chrétiens.  »

La force internationale n’en fait pas assez

Pour l’ONG, la réponse de la communauté internationale est « trop timorée ». Les troupes internationales de maintien de la paix se montrent « réticentes à faire face aux milices anti-balaka et ne sont pas assez réactives pour protéger la minorité musulmane menacée ». Pour Donatella Rovera, « les troupes internationales de maintien de la paix n’ont pas réussi à stopper la violence. (…) Elles y ont consenti dans certains cas, en laissant les milices anti-balaka remplir au niveau du pouvoir le vide créé par le départ de la Séléka. »

Il y a urgence…

« L’urgence de la situation exige une réponse immédiate – explique Joanne Mariner. « Il est temps que l’opération de maintien de la paix en République centrafricaine protège la population civile, se déploie dans les zones à risques et stoppe cet exode massif. »

Commentaire : l’ONG joue son rôle en tirant la sonnette d’alarme. Elle serait cependant plus crédible si elle s’adressait aux responsables plutôt qu’aux lampistes. Si les troupes sur le terrain peuvent, au besoin, être mis en cause, ceux qui loin du terrain, retardent, trainaillent des pieds, inventant toujours une bonne argutie, pour repousser d’un ou deux jours, d’une ou deux semaines l’opération devraient être aussi mis devant leurs responsabilités. Papier à suivre : Et pendant ce temps… les Européens lambinent

Le Golan chauffe. Les Autrichiens décampent…

(crédit : armée autrichienne)

(BRUXELLES2) C’est une désertion en rase campagne. Il n’y a pas d’autre mot. Après quelques incidents à la frontière entre la Syrie et Israël, le gouvernement autrichien a décidé, sans coup férir, de rapatrier ses 376 soldats.

Le contingent autrichien de la mission des Nations-Unies (UNDOF) va en effet, être retiré du plateau du Golan. Décision annoncée par le chancelier Werner Faymann et le vice-chancelier Michael Spindelegger lors d’une déclaration commune jeudi (6 juin). Motif : la sécurité du personnel concerné « ne peut être garantie en raison de la situation actuelle ».  « Un maintien des soldats autrichiens plus longtemps n’est pas justifiable » a ajouté le ministre de la Défense Gerald Klug, selon le communiqué parvenu à B2.

Une menace inacceptable contre les soldats

Cette décision fait suite  à des combats qui ont opposé les forces rebelles et les forces gouvernementales ont cherché tour à tour à prendre contrôle d’un poste frontière. Des impacts d’obus ont été observés dans un camp de l’ONU à proximité, où logeaient les Autrichiens. Un soldat indien et un philippin ont été blessés. « La réputation de la mission de maintien de la paix n’est apparemment plus respectée par toutes les parties au conflit et la menace pour nos hommes et femmes atteint un niveau inacceptable » a précisé le ministre de la Défense. Les incidents récents montrent clairement quele ravitaillement de la mission de l’UNDOF « peut être interrompu à tout moment ». En outre, « la restriction permanente de circulation et la menace croissante pour les soldats rend la mise en œuvre du mandat de l’ONU pratiquement impossible ». Ce n’est pas le premier incident. Puisque des soldats autrichiens avaient été blessés lorsqu’ils roulaient en convoi, en février dernier.

Retrait progressif

Le retrait du contingent de l’armée de la zone d’opérations sera « effectué de façon ordonnée » précise-t-on à Vienne. Les contraintes de temps font actuellement l’objet de négociations spécifiques avec les Nations Unies. Comme l’a précisé le ministre Klug : « Nous n’allons pas retirer nos hommes et femmes tout de suite pour laisser à l’ONU, les autres pays contributeurs et Israël la possibilité de s’adapter aux nouvelles conditions. »

Est-ce la bonne décision ?

Mais est-ce la bonne décision, on peut en douter…   Que la situation soit instable, c’est un fait. Qu’il y ait des risques, c’est évident (sinon pourquoi employer des militaires). Que le mandat des forces de Nations-Unies fondé sur l’observation ne soit plus tout à fait adapté à la situation, c’est sans doute vrai. Mais l’intérêt d’une présence des Nations-Unies sur le plateau du Golan – une des plus anciennes missions de l’organisation – est plus que jamais justifié aujourd’hui. Et une force neutre d’observation et d’interposition est primordiale, aujourd’hui, dans la zone si on veut éviter que le conflit civil syrien ne se transforme, demain, dans un conflit régional aux conséquences imprévisibles. Alors… la bonne méthode est-elle de partir au premier coup de feu ?

Une décision totalement incompréhensible

Aux yeux d’observateurs extérieurs, comme je le suis, la décision du gouvernement autrichien est donc totalement incompréhensible, voire inconséquente. Les Autrichiens étaient présents dans la région depuis 1974. Le statut de neutralité de l’Autriche, sa proximité du monde arabe mais aussi d’Israël, son positionnement « très dur » contre la levée de l’embargo des armes en Syrie, la prédisposait à être plus que jamais une force d’interposition. Bref… tout les prédisposait plutôt à renforcer les positions.

A quoi sert l’armée ?

Le gouvernement de Vienne peut aujourd’hui légitimement se poser trois questions. Est-il prêt à assumer demain un dérapage dans la région dont il ne sera pas la cause mais un accélérateur ? Sa doctrine permanente d’un soutien aux Nations-Unies est-elle vraiment crédible aujourd’hui ? Le maintien d’une armée, d’équipements couteux comme les Eurofighter et autres outils blindés, est-il nécessaire si ses responsables ne sont pas prêts à accepter la moindre prise de risque ?

(*) Si un pays entretient une armée et des militaires, avec une discipline, des entrainements et des équipements, ce n’est pas juste pour faire « joli », planifier le possible et l’impossible, c’est pour assurer une prise de risque supérieure à celle que pourraient assumer des civils.

L’entrée de la Serbie dans l’UE, une clé de « réconciliation » pour le général Morillon

(BRUXELLES2) « Grand Invité » des 2e ateliers de la Citadelle, qui se sont déroulées hier à Lille, le général Morillon a tenu à donner une leçon d’histoire sur la Serbie, saluant bien entendu l’arrestation de Mladic – son adversaire lors de Srebrenica – mais également sa conséquence, la porte ouverte pour la Serbie à l’adhésion de l’Union européenne (*). Une excellente chose pour le général. « J’en attends de la réconciliation. La Cour de la Haye, en permettant le jugement des responsables, a, comme naguère à Nüremberg, un mérite, non pas purger l’Europe de tous les criminels de guerre mais permettre de dédiaboliser les Serbes, apaiser les peurs, garantir à chacun que l’autre ne va pas s’éliminer. L’entrée de la Serbie dans l’Union européenne va permettre tout çà »

Quant à la reproduction d’un massacre de Srebrenica, avec la même passivité des forces ONU, quelque part dans le monde, le général ne le considère plus renouvelable. « Cela a été possible car nous étions alors dans une règle sacro-sainte de non réponse sauf cas légitime. Désormais, les soldats engagés dans le cadre des opérations de maintien de la paix ont  le droit ET le devoir de mettre en œuvre la force non seulement lorsque les soldats en danger mais aussi lorsque l’accomplissement de la mission même est menacée. C’est une leçon tirée du passé », justement de Srebrenica et du Rwanda.

(*) Lire également : Mladic arrêté, la voie de l’UE est libre pour Belgrade (Maj)

Syndrome des Balkans : pas plus d’effet qu’une cigarette

(Archives B2) Quand il est question de cancers ou d’autres maladies chez ses soldats envoyés dans les Balkans, l’Otan n’entend pas laisser la communication lui échapper. Résultat… le pire !

La communication très maitrisée de l’Otan.

Quand le général-major Van Hoof est venu hier rendre compte à la presse de la réunion qu’il présidait du comité des chefs des services de santé militaires (Comeds) des 19 pays membres de l’organisation militaire, il est apparu entouré des hommes en bleus et noirs de l’organisation militaire. Au point que le général, qui n’est cependant pas connu en Belgique pour être un adepte de la langue de bois – au contraire c’est même un des premiers à s’être sérieusement penché sur la question de la maladie des Balkans – a été sérieusement dompté par la discipline Otanienne. Fait symptomatique, face à la presse, alors que la plupart des questions se dirigeait vers le général belge, le porte-parole de l’Otan, Mark Laity, s’est arrogé le droit de répondre, ou engageait un médecin-colonel (plus sûr) de l’armée américaine d’apporter ses commentaires.

Officiellement le général Van Hoof dément

Solidement encadré, le général Van Hoof n’a ainsi pu que se fendre d’un démenti, bien innocent. « Nous ne trouvons pas dans les données disponibles une maladie atypique liée aux Balkans, il s’agit de plaintes très générales ». « D’après les donnés disponibles, a-t-il ajouté, nous ne pouvons identifier aucune augmentation de cancers sanguins ou de mort chez les militaires qui sont allés en mission dans les Balkans par rapport aux soldats non déployés ».

Il y a un syndrome dont les causes ne sont pas expliquées

Une opinion qui n’est pas, d’après nos informations, aussi consensuelle. Avant même cette réunion un haut responsable militaire ne nous confiait-il pas que tous les symptômes spécifiques (fatigue chronique, perte de mémoire, problèmes de peau récurrents…) objet des plaintes des soldats revenus des opérations en ex-Yougoslavie forment bel et bien un « syndrome » dont les causes ne sont pas expliquées. D’ailleurs, sous couvert d’un discours policé, le général van Hoof a tenu à adresser un net avertissement aux forces militaires de l’Atlantique-Nord : « Il est important d’écouter les inquiétudes de la santé des militaires » a-t-il déclaré « et de procéder à toutes les  analyses médicales, y compris des études indépendantes de la situation ». Aussi a-t-il annoncé « le lancement d’une étude épidémiologique et l’élaboration « de principes communs de sécurité des soldats pour les opérations » de maintien de la paix.

Pas plus d’effet qu’une cigarette

En attendant de connaître cette réalité, il faut se réjouir d’une grande découverte, à la Pif-gadget, de l’Otan. Le plus sérieusement  du monde, le colonel de l’US Army David Lam a asséné sa « réalité scientifique : Celui qui fume une cigarette sur un an court autant de risque de radioactivité que celui qui détient un obus-flèche de 30 mm à 15 cm du corps ». Le tabac, la nouvelle arme atomique de l’Otan !

Nicolas Gros-Verheyde
(article publié dans France-Soir, janvier 2001)