Le Brésil rejoint EUTM RCA

(B2) Seize ans après l’opération Artémis, le Brésil fait son retour parmi les partenaires de l’Union européenne en rejoignant la mission de formation de l’UE en Centrafrique, EUTM RCA

(crédit: EUTM RCA)

Trois militaires brésiliens ont rejoint début janvier la mission européenne dont le QG est établi à Bangui. Le Brésil devient ainsi le 12ème pays participant et le 4ème pays tiers (après la Géorgie, la Serbie et la Bosnie) à participer à la mission de formation de l’Union Européenne en République Centrafricaine. Présent dans la région au sein des forces onusiennes depuis plusieurs années (MINUSCA, MONUSCO, UNAMID, UNMISS), c’est dans la mission des Nations Unies au Soudan du Sud qu’est actuellement déployé le principal des forces brésiliennes.

(MHA)

Boeing surenchérit au Brésil face au Rafale de Dassault

(crédit : Boeing)

(B2) Boeing et son F-18 Super Hornet pourraient dépasser le Rafale de chez Dassault dans les carnets de commande brésiliens. Suite à une nouvelle offre de l’américain, Brasilia pourrait bien revenir sur sa décision préliminaire de commande de 36 appareils. Le F-18 Super Hornet, moins cher que son concurrent, devrait aussi s’accompagner d’un transfert de technologie. Transfert jusque là seulement proposé par Dassault. Selon le quotidien O Estado de Sao Paulo, Boeing offrirait «l‘opportunité de construire des composants pour les nouveaux Super Hornet».

L’entreprise américaine met le paquet sur le Brésil. Elle souhaite collaborer avec le constructeur aéronautique brésilien Embraer pour le développement du KC-390, un avion de transport militaire et de ravitaillement. Et la présidente Dilma Rousseff pourrait choisir la firme de Chicago pour son avion présidentiel : avec un Boeing 747 ; la présidente brésilienne vole actuellement « européen » avec un Airbus A319 acheté en 2004 par le président Lula.

Deux femmes ambassadrices de l’UE à Genève et à Brasilia

Ana Paula Baptista Grade Zacarias (Crédit : ministère estonien des Affaires étrangères)

Ainsi que nous l’annoncions, Mariangela Zappia sera bien l’ambassadeur de l’Union européenne à Genève auprès des Nations-Unies. Un communiqué de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Cathy Ashton vient de le confirmer. La nomination de l’ambassadeur adjoint de l’UE au Brésil a également été annoncée. Il s’agit de Ana Paula Baptista Grade Zacarias une Portugaise, diplomate de carrière, qui a notamment été ambassadeur en Estonie (2005-2009).

Une contribution à l’égalité hommes / femmes

« Cela me fait particulièrement plaisir d’annoncer des deux nominations aujourd’hui, journée internationale des femmes » a précisé Catherine Ashton. « Toutes deux sont des diplomates très talentueuses et  expérimentées. Et je suis certain qu’elles apporteront une importante contribution au travail du service européen d’action extérieure. Ces nominations sont la preuve de mon engagement déterminé en faveur de l’équilibre des genres au sein du Service » a-t-elle ajouté (NB : traduction personnelle de la déclaration de la Haute représentante, en anglais…)

Le Portugal partenaire du programme brésilien d’avion militaire

(BRUXELLES2) Au moment où les Européens débattent de capacités à développer en commun, le ministère portugais de la Défense a annoncé vouloir participer au développement d’un avion brésilien, le KC390.

Le ministre portugais Augusto Santos Silva a signé, le10 septembre, une déclaration d’intention avec son homologue brésilien, Nelson Jobim. Outre la participation au programme, les forces armées portugaises achèteraient 6 avions. Ce n’est pas le seul pays européen intéressé. La république Tchèque a aussi montré son intérêt pour acheter deux exemplaires. La Suède comme la France évaluent également la possibilité d’acheter un tel appareil ; mais ceci ressort davantage d’un échange de bons procédés. Une sorte de contrepartie à l’achat soit du Suédois JAS39 soit du Français Rafale par l’armée brésilienne.

Développé par Embraer, le KC390, avion de transport ou ravitailleur, se situe dans la catégorie du C130J Hercules avec 23 tonnes transportées (un chiffre revu à la hausse par rapport aux 19 tonnes prévues à l’origine). Le premier avion pourrait voler en 2015. Il a été vendu à plus de 50 exemplaires pour l’instant : Brésil (28 appareils), Chili (6 exemplaires), Colombie (12 exemplaires), Portugal (6 exemplaires), Rép. Tchèque (2 exemplaires). Les Emirats arabes unis semblent également intéressés. Mais le brésilien cible 500 exemplaires à terme.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Débat sur le jugement des pirates : la position des Etats

(BRUXELLES2) Le débat, le 25 août, au Conseil de sécurité a donné lieu à un échange nourri sur les options à prendre face à la poursuite en justice des pirates (1). Une trentaine d’Etats environ ont pris la parole pour exprimer publiquement leur position sur la question. Si la plupart des pays ont salué l’effort militaire naval poursuivi dans la région pour sécuriser les voies maritimes (2), rappelé la nécessité de renforcer les structures somaliennes et de trouver une solution à terre – particulièrement en renforçant l’AMISOM, les avis divergent cependant sur les solutions à trouver face à la traduction en justice des pirates.

Tous sont bien convaincus qu’il faut faire quelque chose. C’est la Norvège qui a eu les mots les plus durs « l’impunité des pirates lance un mauvais signal. (…) Il est inacceptable que des suspects soient relâchés alors qu’on a des charges suffisantes contre eux. Cela sape la crédibilité et l’efficacité de la présence navale internationale dans le golfe d’Aden. » Et que le « renforcement des capacités nationales des États de la région » (autrement dit l’option 1) est nécessaire. Mais faut-il aller plus loin ? C’est là où les avis divergent.

Un nécessaire partage de la charge

Les pays africains ne souhaitent pas être laissés seuls face à ce problème. « La mise en place de mesures de sécurité au large des côtes somaliennes et la répression contre les auteurs de ces actes ne seraient possibles sans l’appui et le soutien des États Membres » souligne le Gabon. Le Kenya ou l’Ouganda, ont insisté, eux aussi, sur le nécessaire « partage de fardeau ». Pour le représentant ougandais, quelle que soit la solution retenue, il faudrait « accorder des garanties financières suffisantes, afin que le fardeau financier ne soit pas trop lourd pour eux ».

Mais de nombreux pays occidentaux ne souhaitent pas être entraînés dans des solutions couteuses ou compliquées. Quand le Japon recommande « une certaine prudence en ce qui concerne l’idée de créer un nouveau tribunal international« , il n’est pas le seul… et parle d’or ! Les Etats-Unis restent ainsi très engagés sur des solutions à trouver. Mais prudents sur une solution. Ainsi pour Susan Rice (USA), « il n’y a pas de solution facile en ce qui concerne la manière dont pourraient être poursuivis les pirates en rappelant que toute solution à long terme requiert des engagements politiques et financiers ». Elle a approuvé les solutions proposées sur « l’incarcération des pirates condamnés (car) le dispositif carcéral est « aussi important que celui de poursuite et de jugement ».

L’Union européenne divisée

On peut classer les positions en trois groupes : les partisans de la solution internationale emmenée par la Russie, les partisans d’une solution régionale soutenue au niveau international, et les partisans d’une solution minimale sur lequel reste le Royaume-Uni. Les pays de l’Union européenne ne sont pas unis. Ils affichent même des positions si différentes que son représentant, Peter Schwaiger, a dû se montrer plus que prudent. Il faut « discuter plus avant de ces propositions au sein du Groupe de contact » a-t-il expliqué. Audacieux ! Il a cependant confirmé l’engagement de l’UE à « continuer à apporter son soutien aux autres pays de la région afin qu’ils puissent renforcer leur propre capacité judiciaire » ou pour reconstruire les prisons en Somalie. Mais a aussi rappelé l’exigence de « trouver une solution pour l’incarcération des pirates qui soit conforme aux droits de l’homme« .

1. Les partisans d’une solution internationale (Russie, Ukraine, Kenya, Tanzanie, voire Chine).

C’est la solution prônée par la Russie. « La solution idéale serait un mécanisme judiciaire international au niveau régional qui viendrait compléter les juridictions nationales.  Cela permettrait d’appréhender les personnes qui ont jusqu’à présent échappé à la justice. » a expliqué son représentant au Conseil de sécurité, Vitaly Churkin, qui présidait la réunion. « Une solution globale au problème de l’impunité ne sera pas possible sans accroître la participation internationale » a-t-il ajouté.

La solution idéale serait un « mécanisme judiciaire international au niveau régional qui viendrait compléter les juridictions nationales« , a renchéri le Kenya.  « Cela permettrait d’appréhender les personnes qui ont jusqu’à présent échappé à la justice« . Position sensiblement analogue pour la Tanzanie, qui vient de réviser son code pénal pour traduire les pirates en justice et prépare un accord de transfert de suspects avec l’UE. Il faut « une combinaison des approches présentées, instaurer un partage de la responsabilité des poursuites et de l’incarcération, avec aussi un mécanisme des Nations Unies ».

L’Ukraine est moins enthousiaste mais se dit « prêt(e) à discuter de la mise en place éventuelle d’un mécanisme international, régional ou national afin de poursuivre en justice les auteurs. »

Enfin pour la Chine, la coopération internationale  doit être « renforcée« . Sans se prononcer précisément sur les options, le pays se montre favorable à une « coopération internationale » en matière de poursuite des pirates et à « un appui aux pays côtiers« .

2. Les partisans d’une solution régionale, avec un soutien international (Danemark, Inde) incluant des Somaliens (France, Turquie, Nigeria…).

Pour la France, si à court terme, la solution repose sur la conclusion par les États de la région « des accords de transfert à l’instar de ceux conclus par le Kenya et les Seychelles« , la solution « à moyen terme, est celle d’une chambre de jugement somalienne délocalisée » car elle « prépare le mieux l’avenir tout en étant réaliste« .

Point de vue plutôt partagé par la Turquie pour qui la solution idéale est « de permettre aux autorités somaliennes de prendre de plus en plus de responsabilités dans les poursuites, en renforçant leur système judiciaire« .  En attendant que cela soit possible, ce sont « les pays de la région (qui) jouent un rôle important dans la lutte contre la piraterie« . Et les Nations-unies doivent faire des « efforts de renforcement des capacités ».

Qu’un tribunal somalien puisse prendre en charge les poursuites est une solution « idéale » également pour le Nigeria qui estime que « les Nations Unies (doivent) jouer un rôle actif pour trouver une solution adéquate dans ce domaine« . A long terme, il plaide pour « une coopération internationale permettant aux États de la région d’engager les poursuites » et de résoudre la question du financement sur le tribunal international.

Le Danemark se montre partisan de chambres spéciales avec un fort soutien international (l’option 4 du secrétaire général). C’est-à-dire des « chambres judiciaires existant déjà dans un ou plusieurs pays de la région (qui) se consacreraient exclusivement au jugement des pirates, avec un soutien financier et en personnel important de la part d’autres États ou organisations« .  Il estime également que « tous les États devaient commencer par prendre des mesures nationales pour veiller à ce que leur propre législation leur permette de poursuivre les pirates« . Ce qui est assez … intéressant pour un pays qui s’est jusqu’ici refusé à poursuivre les pirates arrêtés par ses navires. « La mise en place d’une chambre spéciale au sein de la juridiction nationale de l’État ou des États concernés de la région, soutenue par les Nations Unies » est aussi « la solution la plus appropriée » pour l’Inde.

3. Les partisans d’une solution minimale de soutien aux structures existantes (Royaume-Uni, Norvège, Liban, Mexique).

Le Royaume-Uni a « des doutes » sur la viabilité de la création de nouveaux mécanismes régionaux ou internationaux pour poursuivre les pirates, y voyant un « risque de gâcher les ressources ». Il préfère la solution du « renforcement par la communauté internationale des capacités des États de la région à poursuivre un grand nombre de suspects ».

Pour la Norvège, aussi, « l’idéal serait que la Somalie juge et détienne elle-même les pirates qui sont ses nationaux.  C’est d’ailleurs le cas dans certaines parties du pays. Et de tels efforts devaient être encouragés.  » Mais « l’extradition vers la Somalie n’est pas encore possible, et il est donc nécessaire de disposer de mécanismes alternatifs efficaces et dotés de capacités suffisantes ».  La Norvège souhaite que les pirates soient jugés dans la région où a lieu le crime, près du lieu où ils ont commis leurs forfaits, pour des raisons de dissuasion, mais aussi culturelles, linguistiques. Et se prononce donc en faveur de « l’option 1 ». Joignant le geste à la parole (c’est le seul pays à l’avoir fait !), elle a annoncé que son pays allait « immédiatement doubler sa contribution » au Fonds d’affectation spéciale créé par le Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

D’autres mesures

Plusieurs Etats ont évoqué des mesures complémentaires à la traduction en justice des pirates suspects arrêtés par les forces multinationales.

Des sanctions ciblées sur les instigateurs. Le « problème de l’établissement des preuves » et la nécessité de « s’attaquer à l’impunité de ceux qui financent et équipent les pirates » pour le Brésil qui a appelé « à faire le meilleur usage possible du régime de sanctions ciblées contre les chefs des pirates, en renforçant notamment le partage d’informations ».

L’interdiction du versement des rançons. Plusieurs Etats notamment africains se sont prononcés pour une interdiction du versement de rançons (Afrique du Sud). Une « réponse harmonisée aux demandes de rançon » est nécessaire « afin d’éviter les mesures prises dans la panique par les armateurs » (Kenya).

Faire contribuer les armateurs. C’est une proposition intéressante faire par la Turquie pour trouver des financements complémentaires aux contributions fixes des Etats : « faire contribuer l’industrie maritime« .

Développer des gardes-côtes somaliens. La « formation des garde-côtes » a été évoquée par plusieurs pays (Afrique du Sud, Gabon).

Assurer la surveillance de la pêche illégale. Une proposition de l’Afrique du Sud qui est le seul, selon mes informations, à en avoir parlé : « Les pirates justifient leurs actes en invoquant le problème de la pêche illicite au large de la Somalie avant d’inviter chaque État à respecter le droit international applicable en la matière ».

Renforcer l’AMISOM ou Mission de l’ONU. L’Ouganda a insisté sur ce point, naturellement. On sait que les Ougandais – avec les Burundais – sont les seules forces présentes et actives en Somalie pour défendre le gouvernement provisoire contre les milices rebelles. Il n’a pas été le seul. Mais le plus ambitieux a été l’Afrique du sud qui a prôné « le déploiement d’une mission des Nations-Unies pour prendre le relais« .

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Lire : Les 7 options de Ban Ki Moon

(2) On peut remarquer que la représentante américaine, Susan Rice, a pris bien soin de saluer non seulement « le rôle de l’OTAN » mais aussi « celui de l’opération Atalante, déployée par l’Union européenne » et des forces engagées au niveau national.

Voir le rapport

Couleur café – sous le signe du métissage

Bruxelles, le 1er juillet 2002 – D’anciens docks industriels en briques rouges, retapés, en bordure du canal, trois grands chapiteaux, et des tables où il fait bon manger », le festival Couleur Café, 13e du nom, persiste dans une diversité musicale de bon aloi et dans son ambiance bonne enfant qui permet une belle ballade familiale du week-end. A l’affiche, ce dernier week-end de juin, une trentaine d’artistes, aux tonalités séduisantes.

(B2) A tout seigneur, tout honneur, c’est par Geoffrey Oryema que nous avons choisi d’ouvrir les festivités. Tout de blanc vêtu, du pantalon aux cheveux, en passant par le petit bouc, le chanteur ougandais, exilé en France, produit un instant de magie quand il paraît. Tâche qui n’est pas facile dans un festival à ciel ouvert, d’autant que la scène qui lui était dévolue était située près de l’entrée du site, donc en plein passage. S’exprimant tantôt en anglais, tantôt en français, voire en acoli, sa langue natale, celui qu’on a surnommé le « Léonard Cohen africain » sait comment enjôler son public. Mêlant les instruments traditionnels à la guitare électrique et au synthétiseur, ce qui n’est plus vraiment original aujourd’hui, Oryema sait aussi parfois s’en détacher pour utiliser ce qu’il a de plus beau, sa gorge. Puissante et douce, pouvant passer d’un grave à vous faire vibrer les tripes à un perceptible souffle, sa voix décolle quand il revisite ses vieux standards comme « ye ye ye ».

Autre genre, autre ambiance, avec les Wawadadakwa boys, un groupe d’Anvers (Belgique). Cet orchestre de rue d’Anvers, créé en 1997, n’installe pas la monotonie. Alors que sur les deux autres scènes du festival, se produisent deux « pointures » – le raï-rockeur Rachid Taha, difficilement incompréhensible ce soir-là, et le raggamuffin national Tonton David – ils réussissent à capter leur public. Leur leitmotiv est simple : « Polka, samba, house, jazz… toute musique à danser est bonne à jouer. Démarrant sur un tempo jazz lent, ils peuvent finir sur une rythmique brésilienne endiablée. Mais ils sont tout aussi capables d’entonner au milieu d’une base latino, une petite tonalité de fanfare basée sur l’hymne à la joie de Beethoven, assumé au saxo et repris en coeur et à tue tête par le public, ravi. Leur nom est tout un programme : Wawa (prononcez ouah ouah) comme le chien, dada comme le bébé, kwa comme le canard !Les textes sont dès lors plutôt secondaires. « Nous cherchons plutôt la sonorité des mots » avoue un des musiciens. Capables aussi de s’interchanger les instruments « c’est un jeu entre nous, cela permet de garder le rythme » ou d’inverser les rôles «  Les cinq hommes sur scène sont au même niveau. Il n’y a pas de leader. Chacun peut chanter ou entamer un solo, quand on le sent. L’improvisation est collective plus qu’individuelle ». (www.wawadadakwa.com)

Le lendemain était placé sous le signe de « Ritmo Caliente ». Il aurait mieux valu dire Brésil. Tant chacun avait à l’esprit, la finale de la coupe du monde de football, et que cette nation était représentée par deux charmantes ambassadrices. La très sexy Daniela Mercury, trémoussante de samba, d’un coté ; Lilian Vieira, la chanteuse de Zuco 103, de l’autre ne se sont pas fait faute de le rappeler en se ceignant durant leur prestation du mythique drapeau vert et jaune. Sur les autres scènes, même si Manu Chao n’était point là, son ombre planait. Nombreux étaient les groupes qui pouvaient revendiquer la fibre du désormais légendaire « punk latino ». Que cela soit Chango, allias Luis Iglesias Alvarez, le pote liégeois de Manu Chao et ancien des Locos Mosquitos, ou P18 la formation emmenée par l’ancien clavier de la Mano Negra, Tom Darnal. Dans cet ensemble harmonieux, seul détonnait en fait Mory Kante. Toujours fidèle à son esprit griot, l’héritier des “djéli du Mandé”, a amené sa poésie mandingue à maturation. Reprenant quelques succès mais aussi les titres de son dernier album « Tamala (le voyageur) ».

Pour le dernier jour, l’Afrique, le reggae et la Jamaïque règnent en masse. Sous le grand chapiteau, après Cesaria Evora, magnifique et sans l’ombre d’un reproche, Miguels Collins, alias Sizzla, a poussé la sono. Un peu fort, sans doute pour masquer la faiblesse du reste. Si le plancher du Titan, la grande salle de Couleur Café, résonne, c’est davantage grâce à l’enthousiasme des danseurs qu’à la qualité musicale. Présenté comme le symbole d’une nouvelle génération reggae, et pur produit du ghetto, on ne peut pas dire que Sizzla renouvelle énormément le genre. Au contraire ! Sa prestation a tout du (mauvais) cliché. Couvre-chef à la Bob Marley, spots de scène poussés au maximum des vert, jaune et orange, jusqu’au type qui se jette dans la foule… . Tandis que la batterie, sans âme, confond les grosses caisses avec un moteur de 2 CV qui ne voudrait démarrer qu’à coups de marteau, le chanteur peine à se dégager du tryptique “Liberté égalité marijuana”.

Pour le plaisir des oreilles, il vaut mieux migrer sous la tente « Marquee ». Ca déménage. A 12 musiciens sur scène, doté d’une solide partie de cuivres, The Internationals s’inscrivent dans la tradition des héros jamaïcains. Originaires de Gand et d’Anvers, ces Flamands ne dédaignent cependant pas la langue de Voltaire pour célébrer, non sans humour, le Mont-Blanc (à prononcer avec un petit accent, c’est charmant). Mixant le ska, le jazz, le R&B ils baignent le tout de rythmes enthousiastes. Leur « afrikan ska safari » est d’ailleurs un vibrant hommage aux papys du genre The Skatallites, avec qui ils se produisaient en juin en concert au Botanique. Comme leurs compères de Wawadadakwa, ils produisent une musique honnête, accessible pour tout un chacun. « Surtout les femmes » assume effrontément Denis le chanteur et guitariste, chapeau de cow-boy blanc vissé sur le crâne. (www.internationals.be).

Et la fête se termine par un plaisir, « Transpercussions », le projet du musicien rwandais Ben Ngabo. Celui qui est, plus connu, du moins en Belgique, comme le batteur d’Helmut Lotti – un crooner célèbre au plat pays) avait un objectif : montrer l’harmonie entre différents types de musique, tout en gardant une cohésion rythmique. Au vu du résultat, et des onze percussionnistes de diverses nationalités africaines rassemblés sur scène, on peut dire que le but est atteint. Combinés aux chants et danses, les instruments typiques de chaque région – l’ingoma, le ngarabi, des xylophones, des djembés etc… – se décuplent. Et en quelques quarts d’heures, rondement frappés, nous accomplissons un petit périple à travers l’Angola, le Congo, le Mali, le Sénégal ou le Rwanda.

Un concert tout à l’image de Culture Café qui, davantage qu’un festival de musique, représente un état d’esprit. Petites échoppes, cours de danses, stands des ONGs ou de la coopération au développement, les attractions ne manquent pas. Et pour se substanter, les quarante stands de la « rue du Bien manger «, si bien nommée, rassasient le convive le plus exigeant. Pour quelques euros, on peut manger un excellent ragoût de porc à la Dominicaine ou un poulet à la Moambe du Congo, s’avaler un petit blinis au saumon fumé et caviar ou une feuille de vigne sauce yoghourt, passer ainsi en quelques minutes des Caraïbes au continent africain, de la Russie au temps des gitans. Des mets toujours excellents , ce qui est souvent rare dans les grands rassemblements de foule, à déguster assis à une table ou débout en discutant avec les gens qui passent ou attendent. Pour ceux qui veulent, en plus, le plaisir des yeux, ils peuvent parcourir l’exposition « Cool Art Café », consacrée, cette année, à « la mobilité ». Des « ingénieux engins », non motorisés – produits en série ou bricolés avec génie, provenant des quatre coins du monde et n’ont pas qu’un but artistique. De la trottinette congolaise aux multiples cyclo-pousses du Rajasthan (Inde), de Java (Indonésie) ou du Cambodge, en passant par l’ambulance de brousse du Burkina Faso, il y en avait pour tous les goûts. « Notre volonté est de faire une grande fête pour communiquer sur les différentes cultures du sud, en mélangeant musique, gastronomie et arts plastiques » explique Patrick Wallens, son directeur. « Une manière de participer à un partage de tolérance, de favoriser la rencontre, de partir à la découverte de l’autre. »

Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles pour RFi Musique