Un nouveau chef des missions civiles de gestion de crise

(B2) Le général des Carabinieri italiens Vincenzo Coppola vient d’entrer en fonction comme nouveau nom à la tête du commandement des missions civiles de crises (CPCC). Une bonne nouvelle

Vincenzo Coppola (Crédit : SEAE)

L’Italien Vincenzo Coppola, à l’expérience certaine dans les Balkans et la lutte contre les mafias, a pris les commandes du commandement civil de la gestion de crises (CPCC *) et a remplacé le Britannique Ken Deane. Cela clôture en beauté une carrière de 40 ans, tant au niveau italien qu’au niveau européen (Lire notre portrait réalisé en avant-première : Le commandement des missions civiles de crise confié à l’Italien V. Coppola (Carabineri)).

Un élément essentiel de la politique de sécurité européenne

« A un moment où le monde considère de plus en plus l’Union européenne comme un partenaire responsable dans le domaine de la sécurité, […] les missions civiles de la PSDC constituent un élément essentiel de la politique étrangère de l’UE », a déclaré le nouvel arrivant, promettant de « mettre à profit [son] expérience professionnelle en gestion de crise internationale et dans l’environnement de sécurité et de défense européen au sens large pour [en faire] bénéficier » dans ses nouvelles fonctions.

Le commandement des missions civiles : une petite équipe

Le commandement des missions civiles de gestion de crise de l’UE comprend environ 80 personnes. Ce qui est somme toute assez peu pour conduire et diriger la douzaine de missions dispersées sur trois zones essentielles — Europe, Moyen-Orient, Afrique — qui comptent environ 2000 hommes et femmes, policiers, douaniers, magistrats, spécialistes de la sécurité. L’Union européenne a aujourd’hui une douzaine de missions dites ‘civiles’ chargée de conseiller, former, et/ou aider à restructurer les forces de sécurité intérieure dans plusieurs pays de ‘crise’ : de l’Ukraine (EUAM) à la Libye (EUBAM), en passant par l’Irak (EUAM), la Palestine (EUPOL et EUBAM), le Kosovo (EULEX), la Moldavie (EUBAM), la Géorgie (EUMM), la Somalie (EUCAP), le Niger (EUCAP) et le Mali (EUCAP et EUSTAMS). Deux de ses missions ont une vocation ‘exécutive’ : la mission ‘État de droit’ EULEX Kosovo et la mission d’observation EUMM Georgia.

Rétablir un certain lien de confiance

Le général aura fort à faire pour rétablir un lien de confiance, non seulement au sein de ses équipes mais aussi avec les États membres, assez ébranlés par la gestion chaotique dans les derniers mois, de son prédécesseur, Ken Deane. Cet ancien policier britannique, ayant servi en Irlande du Nord est sorti par la petite porte. Le service diplomatique européen a joué la discrétion, alors qu’une enquête interne a été ouverte pour harcèlement sexuel et que son intempérance à l’alcool tenait du secret de polichinelle. Aucun geste officiel saluant son travail ni même la mention de son nom dans le communiqué saluant l’arrivée de V. Coppola. Ce qui est plutôt rare et témoigne du soulagement de la direction du SEAE de voir partir un homme arrivé avec de grandes ambitions à Bruxelles qui s’est enfermé dans des chicaneries et des rancœurs personnelles, qui n’étaient sans doute pas à la hauteur du poste qu’il occupait.

Un vent de changement dans les structures de gestion de crise

Ce changement à la tête du commandement des missions civiles illustre un renouvellement complet des responsabilités à la tête des structures de gestion de crises de l’UE. Ainsi, la Finlandaise Sofie From-Emmesberger a remplacé le Belge Walter Stevens à la tête du COPS (lire : Une Finlandaise prend la tête du COPS), le comité politique et de sécurité, la cheville ouvrière de la doctrine de l’Europe de la défense et de la diplomatie européenne. La direction de la planification des missions et opérations militaires (CMPD) doit aussi changer de chef, pour remplacer Gabor Iklody. Tandis que le comité militaire de l’UE doit changer de tête : le général italien Claudio Graziano, chef d’état-major de la défense italienne, devant succéder au général grec Mikhael Kostarakos (lire : Un général italien à la tête du comité militaire de l’UE à partir de 2018).

(Nicolas Gros-Verheyde)

* Civilian Planning and Conduct Capability

En Italie, au centre de contrôle de l'espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

L’ancien commissaire Jacques Barrot est mort. Européen de 7 à 77 ans!

En Italie, au centre de contrôle de l'espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

En Italie, au centre de contrôle de l’espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’ancien commissaire européen, Jacques Barrot est décédé ce matin à Paris. Victime d’un malaise dans le métro parisien, au M° Sablon à Neuilly, selon l’AFP, il n’a pu être réanimé par les secours. Il était âgé de 77 ans.

L’homme de multiples portefeuilles

Il était arrivé à la Commission européenne d’abord comme commissaire à la politique régionale, pour prendre le relais de Michel Barnier, de mars 2004 jusqu’à novembre 2004, dans la Commission Prodi, et avait été ensuite nommé au Transport dans la Commission Barroso I. En mai 2008, il change de portefeuille prenant en charge la « Justice et les Affaires intérieures », pour remplacer au pied levé Franco Frattini, retourné dans son pays pour devenir ministre des Affaires étrangères, ce jusqu’à la fin de la Commission Barroso I en février 2010 (lire : Jacques Barrot prend du galon). Un dossier qui l’avait passionné.

La Justice et les Affaires intérieures, son dernier bébé

Son dernier portfolio, la Justice et les Affaires intérieures l’avait incontestablement rempli d’espoir tant les enjeux étaient importants. « Le secteur de la justice et des affaires intérieures est dans sa période d’adolescence en train de devenir un champ européen dans sa maturité » expliquait-il alors. « On ne peut pas réussir un marché unique si on ne fait pas un espace de citoyenneté et judiciaire commun. Si on veut faire surgir, réveiller la citoyenneté européenne, il faut incontestablement passer par un espace judiciaire. »

Européen dans l’âme

Critiqué au départ pour son âge, ou son absence de linguistique anglophone, il avait su se faire sa place, et susciter à plusieurs reprises les applaudissements des parlementaires, souvent critiques par ailleurs, menant une politique résolument pro-européenne. Un engagement qui n’était pas feint. « C’est vraiment un choix personnel » expliquait-il aux journalistes lors de sa nomination en 2004. « J’avais failli être nommé commissaire sous Delors. (…) Bien sûr, cela m’oblige à couper les liens avec mon territoire de Haute Loire, auquel je suis attaché et l’Assemblée nationale. C’est rude de quitter un territoire, un territoire que j’ai pu industrialisé grâce au Feder (le Fonds régional européen). (Mais) Je vais devenir indépendant au sens européen. »

Passionné par ses dossiers

A chaque dossier nouveau, il s’impliquait avec passion, déblayant, débroussaillant, négociant au mieux de ce qu’il considérait pour l’intérêt européen. Modéré dans les attitudes, il savait parfois s’emporter, n’hésitant pas à parler franc, même très franc… Sur la politique régionale, il accusait les Néerlandais d’avoir négocié au rabais, refusant le passage à la majorité qualifiée dans le prochain traité. « Cela va m’emmerder sérieusement » dit-il alors.

Le « Non » au référendum, une douche froide

La nouvelle du « Non » au  référendum en France l’avait laissé pantois, un rien amer, mais cherchant à comprendre. « Il faudra décanter les attitudes, les comprendre. C’est indispensable » disait-il à chaud, alors. « Le message reste confus. Le non est d’abord hétéroclite. Il est ensuite très hexagonal. Il y a incontestablement une extrême sensibilité aux peurs, une difficulté à s’adapter à la mondialisation, mais aussi une certaine méprise entre mondialisation et Europe ». 

Pas dupe de certaines difficultés

Si Jacques Barrot soutenait sans ambiguïté le Traité de Lisbonne, il n’en était pas moins clairvoyant sur certaines difficultés. « Avec le président du Conseil — un organisateur — ; le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, qui est la voix de l‘Europe et a un rôle très important, le président de la Commission européenne —  qui doit donner l’impulsion —, et la présidence tournante – qui continue de jouer un rôle puisque le Conseil des Affaires générales va être présidé par la présidence tournante  —, c’est un quatuor qui va nécessiter une bonne entente et ne va pas être facile à organiser. » De plus, ajoutait-il « Il faudra une bonne entente entre le président Commission européenne et son vice-président ». Et ajoutait-il en esquisse de croquis du portugais, président de la Commission : « José-Manuel Barroso est intelligent, plein de compétences. Mais à certains moments car il est politique et habile, il peut être tenté par l’exercice solitaire du pouvoir. »

Un régulateur avant l’heure

Dans une Commission aux tonalités franchement libérales, où le maitre mot était « libéraliser et déréguler », il détonnait par ses prises de positions « sociales », pour ne pas dire gauchistes, comme il avait avoué lui-même un jour, à quelques journalistes (dont moi-même), tel un enfant savourant un bonbon interdit. « Vous savez, ici, à côté des travaillistes et autres socio-démocrates, je suis à gauche, voire très à gauche ! ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :

L’UE va nommer un représentant spécial pour la Corne de l’Afrique. Le mandat

(BRUXELLES2, exclusif) Il aura fallu plus de trois ans à l’Union européenne pour se décider à se doter d’un représentant spécial » pour la Corne de l’Afrique. Les Etats membres n’étaient pas tous d’accord sur cette nécessité. Et la Haute représentante est longtemps restée sceptique sur cette création. Malgré tout, la menace de la piraterie croissante, la nécessité d’avoir un plénipotentiaire de haut niveau dans la région et l’absence d’ambassadeur en Somalie, ajouté à la famine aggravée en Somalie et aux multiples conflits actifs ou récurrents, ont eu raison de ces réticences. Après discussion dans les différents groupes de travail (Afrique, relations extérieures), les ambassadeurs du COPS (le comité politique et de sécurité de l’UE) ont mis la dernière main sur le mandat – que j’ai pu consulter -. Un mandat qui n’a pas suscité en soi de « grosses discussions » ainsi que me l’a rapporté un expert du dossier (NB : à la différence du mandat du RS pour la Méditerranée et la démocratie dans le monde arabe). Ce qui, en revanche, pose problème est le nom du responsable.

Le processus de nomination retardé

Le processus de nomination est désormais en phase finale. En dernier lieu, l’Italie et le Danemark, avaient présenté tous deux un(e) candidat(e) qui étaient arrivés en présélection. Mais la Haute représentante, Catherine Ashton, a préféré faire un nouvel appel à candidatures aux Etats. Ce qui retarde quelque peu le processus de nomination. Ainsi, alors que chacun escomptait que le Représentant spécial soit nommé au Conseil des Affaires étrangères en novembre (la réunion a lieu le 14/11) – en même temps que sera approuvée une stratégie globale pour la Corne de l’Afrique – cette nomination pourrait être reportée au conseil de décembre, selon quelques spécialistes du dossier.

Priorité : Somalie et piraterie

Selon le mandat, le représentant spécial aura comme priorité principale : « la Somalie (…) le conflit et la piraterie dont les causes profondes résident dans l’instabilité du pays. » Pour la Somalie, l’UE a deux objectifs : « appuyer le rôle (des) Nations unies pour favoriser un processus politique crédible et ouvert à tous » et contribuer « activement, avec ses partenaires régionaux et internationaux, à la mise en œuvre de l’accord de paix de Djibouti et de ses arrangements post-transition ». Sur la piraterie, il s’agit de « élaborer et à mettre en œuvre une stratégie cohérente, efficace et équilibrée de l’UE à cet égard, qui englobe tous les aspects de l’action de l’UE, sur les plans politique, de la sécurité et du développement, et être, pour la communauté internationale, y compris la région (Afrique orientale et Océan indien), le principal porte-parole de l’UE sur ce sujet. »

Un mandat de dialogue, de représentation, de visibilité

Le mandat du RSUE revêt un aspect assez classique. Il comprend le « dialogue » avec les acteurs concernés de la région ; la « représentation » de l’Union dans les instances internationales compétentes ; la « visibilité » de l’UE notamment « dans le soutien (apporté) à la gestion et à la prévention des crises » ; la « coopération étroite » avec son homologue des Nations unies et les représentants spéciaux de l’UE présents au Soudan ou auprès de l’Union africaine, etc.

Le RSUE aura aussi quelques fonctions précises : suivre toutes les « initiatives de nature à aboutir à la mise en œuvre de l’accord de paix de Djibouti et de ses arrangements post-transition » (institutions, État de droit, sécurité, justice, réconciliation nationale) tout en veillant au « respect des droits de l’homme et en améliorant l’accès humanitaire au sud et au centre de la Somalie en particulier ».

Sa zone géographique reste ainsi assez large puisqu’il concernera toute l’Afrique de l’Est géographique : Somalie, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Soudan, Sud Soudan, Ouganda. Et pour les « questions liées avec la piraterie, il pourra « traiter également avec des pays ou entités régionales au-delà de cette zone ». On pense notamment au Yemen, aux Seychelles…

Activer et mieux coordonner la lutte contre la piraterie

La lutte contre la piraterie est l’objet d’une attention importante dans lequel la fonction de représentant spécial permettra – on l’espère – d’activer un peu certains projets et de mieux coordonner toutes les actions menées par les différents acteurs européens. Il s’agit notamment pour l’UE « d’apporter un soutien actif à la mise en place de capacités maritimes régionales et d’aider à traduire en justice les pirates ainsi que de veiller à ce que les causes profondes de la piraterie en Somalie soient abordées de manière appropriée ». Il s’agit également de continuer à « apporter un soutien à la région (Afrique orientale et Océan indien) dans la mise en œuvre de sa stratégie et son plan d’action de lutte contre la piraterie ainsi que du code de conduite de Djibouti. »

Le RSUE aura comme mission de « conserver une vue d’ensemble de toutes les actions menées par l’UE par le biais du SEAE, de la Commission et des États membres et de maintenir des contacts politiques réguliers de haut niveau avec les pays de la région touchés par la piraterie en provenance de Somalie, avec les organisations régionales, le groupe de contact des Nations unies sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes, les Nations unies et avec d’autres acteurs clés ». Il participera ainsi aux travaux du groupe de contact international sur la Somalie.

Veiller aux conflits existants ou potentiels

Non content de cette mission, le RSUE aura également comme consigne de garde un oeil sur la situation sécuritaire dans la région. Il devrait ainsi notamment « suivre attentivement les questions relevant de la dimension régionale de la crise somalienne, parmi lesquelles figurent le terrorisme, le trafic d’armes, les flux de réfugiés et de migrants ainsi que la sécurité maritime, la piraterie et les flux financiers correspondants ». Il pourra aussi s’intéresser au « différend frontalier entre l’Éthiopie et l’Érythrée et la mise en œuvre de l’accord d’Alger, (à- l’initiative du bassin du Nil et (à) d’autres problèmes qui se posent dans la région et qui ont une incidence sur sa sécurité, sa stabilité, sa prospérité ». Il devra « suivre attentivement les défis transfrontières qui touchent la Corne de l’Afrique, y compris les conséquences des crises humanitaires sur les plans politique et de la sécurité ».

Personnellement je considère que ce mandat est un peu large d’autant qu’existent déjà un représentant spécial pour l’Union africaine, un autre pour le Soudan, sans oublier celui sur les révolutions arabes et la démocratie. Concentrer le mandat sur la lutte contre la piraterie et la stabilité de la Somalie (ce qui est déjà beaucoup) n’aurait pas été de trop. La lenteur avec laquelle l’Union européenne aura mis en place ce mandat, qui semble évident doit aussi être remarqué.

Un nouveau représentant spécial de l’UE pour l’Afrique

(BRUXELLES2) Les 27 viennent de renouveler le mandat de représentant spécial / chef de la délégation de l’UE auprès de l’Union africaine jusqu’au 30 juin 2012. Le mandat était déjà venu à échéance depuis fin août 2011. Mais son titulaire devrait changer. Evolution logique puisque son ancien titulaire, le Belge Koen Vervaeke, a été nommé comme directeur chargé de la Corne de l’Afrique, le sud de l’Afrique et l’Océan indien au siège du service diplomatique européen (SEAE).

Un double chapeau

C’est un Britannique qui pourrait être nommé à ce poste-clé, qui symbolise les relations entre les deux continents. Il s’agirait de Gary Quince. Nomination là aussi logique puisque ce fonctionnaire de la Commission a déjà été nommé en août, chef de la délégation de l’UE auprès de l’Union africaine à Addis Abeba (dans le cadre de la rotation 2011 des ambassadeurs de l’UE). Les deux postes — représentant spécial et chef de la délégation de l’UE — sont normalement détenus par une seule personne. C’est même un des premiers à avoir étrenné le « double chapeau » – système expérimental mis en oeuvre sous l’époque de Javier Solana, visant là où c’était possible à n’avoir qu’un seul représentant de l’Union européenne. Ce qui n’a pas été toujours sans difficulté à l’époque, comme en témoigne le premier « retour d’expérience ».

Un Britannique spécialiste du développement

Gary Quince est un spécialiste du développement. Il a été directeur pour l’Afrique, le Pacifique et les Caraïbes (ACP) à la DG DevCo (coopération et développement) de la Commission européenne, depuis 2005 et était auparavant en poste à Nairobi comme chef de délégation de la Commission européenne (2001-204). Economiste de formation, il est entré à la Commission européenne en 1985.

Un mandat de liaison et d’influence

Le mandat du représentant spécial reflète, bien entendu, les objectifs stratégique de l’Union européenne avec l’Union africaine. Parmi ces objectifs figure « la paix et la sécurité » afin de « prévoir, prévenir, gérer et régler les conflits, notamment par la médiation, contribuer aux efforts visant à encourager la paix et la stabilité et soutenir le travail de reconstruction après un conflit », les droits de l’homme et la gouvernance.

Le représentant spécial a ainsi pour mandat de « suivre de près tous les développements importants au niveau de l’UA et d’en rendre compte », de « rester en relation étroite » et de « faciliter les relations et la coopération » avec ses différents organes. Mais il s’agit aussi de « renforcer l’influence globale de l’UE (…) concernant l’ensemble des aspects PESC/PSDC couverts par les relations UE-UA, en particulier le partenariat pour la paix et la sécurité et le soutien à la mise en œuvre de l’architecture africaine de paix et de sécurité » ou « de fournir, sur demande, des avis et de l’aide en vue de la constitution de capacités de gestion de crises de l’UA« .

Le représentant spécial a aussi pour rôle de représenter les positions et politiques de l’UE lorsque l’Union africaine joue un rôle majeur dans une situation de crise « quand un RSUE n’a pas été désigné » et « si le Conseil le décide« .

Voir la décision dans les « docs de B2 »

Lire également :

Sandomingo représentant de l’UE en Amérique centrale

(BRUXELLES2) C’est un diplomate espagnol, actuellement en poste au Pérou, Francisco Javier Sandomingo, qui pourrait devenir le nouveau représentant de l’UE en Amérique centrale. La décision a été confirmée par le Haut Représentant pour la Politique Etrangère et de Sécurité de l’UE, Catherine Ashton, à Sopot (Pologne). Sandomingo sera basé à Managua (Nicaragua), représentera l’UE dans tous les pays de la région, sauf au Guatemala, où l’Union a une autre délégation.

Ambassadeur d’Espagne au Pérou depuis 2004, Sandomingo a servi auparavant comme Directeur général de la politique étrangère pour l’Amérique latine (de 2004 à 2008). Il a été en poste au Costa Rica, Mexique, Thaïlande et Cuba, directeur général adjoint de l’Europe de l’Est, Consul Général d’Espagne à Hong Kong, ambassadeur d’Espagne au Zimbabwe, au Malawi et en Zambie. Il est né à La Coruña le 25 Janvier 1954 ; diplômé en droit il a rejoint le service diplomatique en 1980.

Qui sont les ambassadeurs de l’UE ? nationalités, hommes-femmes…

(BRUXELLES2, exclusif) La répartition géographique au sein du service diplomatique est un des enjeux stratégiques important pour les diplomaties des pays européens. Un enjeu d’autant plus important que, bon gré mal gré, le service diplomatique européen va prendre une place plus importante dans les années à venir. Selon un état de service que j’ai pu consulté, celui-ci permet de mettre à bas certaines idées préconçues notamment en matière de répartition des nationalités parmi les ambassadeurs de l’UE.

Français et Belges dans le top

Les Français (18), les Belges et Italiens (16) et les Espagnols (14) sont largement en tête dans les ambassadeurs présents. Une proportion qui est le reflet de la bonne présence de ces nationalités dans les services de la Commission européenne, et notamment dans la DG Relex. Ceci doit cependant être matiné

Viennent ensuite les Britanniques (10), les Allemands et Néerlandais (8), les Autrichiens et Portugais (7), les Grecs (6), les Tchèques et Irlandais (5), les Hongrois (4), les Polonais (3).

Les Bulgares, Danois, Finlandais, Lettons, Luxembourgeois, Roumains, Suèdois ont chacun 2 représentants ; les Lituaniens, Maltais, Slovaque en ont 1. Chypre, Estonie et Slovénie n’ont aucun national, du moins pour l’instant.

Attention ! Cette représentation ne prend pas en compte les responsables du siège du service diplomatique, où les proportions sont légèrement différentes voire inversées, avec prédominance des Britanniques, Néerlandais et nordiques.

Des Nouveaux Etats membres plutôt bien, voire surreprésentés

Contrairement à une campagne fort bien menée, notamment par la Pologne, le nombre de chefs de délégation issus des nouveaux Etats membres (élargissement de 2004 et 2007) n’est pas minoritaire. Ils forment 15% des responsables. Ce qui correspond à peu près au poids démographique de ces pays dans l’Union européenne (18%). Mais est largement supérieur au poids de leur présence diplomatique dans le monde (le réseau des ambassades de ces nouveaux pays étant plutôt limité). Seuls les Polonais, en fait, sont plutôt mal servis.

Un cinquième de femmes

Coté équilibre hommes-femmes, ce n’est pas encore le paradis. Parmi les chefs de délégation, les femmes représentent 21 % des postes (1 femme sur 5). Ce qui n’est pas encore vraiment l’égalité ni même le tiers visé mais est largement supérieur au taux en vigueur dans la plupart des diplomaties des Etats membres (12% en France selon des statistiques datant de 2008). Cet élément optimiste doit cependant être tempéré par une analyse des postes détenus. Il faut ainsi remarquer que les femmes ne sont pas en pole position dans des postes importants. Seule exception : le Brésil, l’Irak ou l’Ukraine et un poste d’adjoint en Chine et au Japon. Un effort devra sans doute être fait pour promouvoir des femmes à des postes plus stratégiques.

Deux autres directeurs nommés : Balkans et Corne de l’Afrique

(BRUXELLES2) Deux hommes expérimentés, anciens représentants spéciaux de l’UE, viennent d’être nommés (jeudi 4 août) par la Haute représentante de l’UE, comme directeurs au service diplomatique l’un pour la Corne de l’Afrique, l’autre pour les Balkans.

Le Belge Koen Vervaeke, jusqu’à présent représentant spécial et chef de la délégation pour l’Union africaine, devient directeur pour la Corne de l’Afrique, le sud de l’Afrique et l’Océan indien ; la zone la plus exposée en ce moment (famine + conflits + piraterie). Né le 22 avril 1959, diplômé en histoire de la KUL, la Katholieke Universiteit Leuven, il commence à travailler à l’ASLK et entre au ministère des affaires étrangères en 1987. Il travaille dans les ambassades belges de Tunis (premier secrétaire), de Bujumbura (conseiller politique) puis à la représentation permanente belge à l’ONU à Genève (1995-1999). Après démarre la « grande épopée », comme porte-parole de Louis Michel (surnommé Big Loulou) qui officie comme ministre des affaires étrangères. Une période plutôt chargée entre l’arrivée de l’extrême-droite en Autriche, les attentats du 11 septembre, le traité de Nice, et l’activisme de son « patron » et la présidence belge de l’Union européenne. En 2003, il devient conseiller sur les affaires africaines du Haut représentant de l’UE (Javier Solana) et chef de l’unité Afrique du Conseil de l’UE. En décembre 2007, il est nommé représentant spécial et chef de la délégation de la Commission européenne auprès de l’Union africaine à Addis Abeba (Ethiopie). C’est le premier chef à inaugurer ainsi la double casquette (Commission / Consei) devenue aujourd’hui la règle avec la création du service diplomatique européen (SEAE).

(crédit : OTAN)

L’Italien Fernando Gentilini, devient le directeur pour les Balkans, la Turquie et Europe de l’Ouest. Il exerce encore la fonction de représentant spécial pour le Kosovo (à titre intérimaire jusqu’à fin septembre) et aura comme première tâche d’assumer le rôle. Comme nous l’avions récemment mentionné, c’est un sérieux connaisseur de cette région.

Lire également :

Un nouveau directeur de la sécurité pour le service diplomatique

(BRUXELLES2) C’est un diplomate néerlandais, Frans Jacob Potuyt, actuellement ambassadeur néerlandais au Kazakhstan, qui va être chargé de sécuriser le service diplomatique (SEAE). Il vient d’être nommé directeur de la sécurité du SEAE par la Haute représentante de l’UE.

Une tache discrète mais stratégique

Avec la montée en puissance d’un service diplomatique européen, le siège comme les délégations de l’UE sont devenues une cible de choix. Pour un groupe terroriste – et c’est une des principales craintes qu’il s’agisse de prises d’otage ou d’attentat – s’attaquer à une ambassade de l’UE est l’assurance d’avoir un retentissement (l’écho médiatique et politique étant le but recherché) dans plusieurs pays de l’Union européenne, de par le nombre de nationalités rassemblées dans chaque délégation. Mais il y a aussi d’autres « menaces » qui nécessitent une réflexion tout autant sécuritaire que politique et des mesures de prévention idoine (ni trop sécuritaires, ni trop peu). Des critiques de la politique européenne (de sanctions par exemple) pourraient manifester voire prendre d’assaut l’ambassade (comme cela s’est passé dernièrement à Damas devant les ambassades de France ou des Etats-Unis). Des opposants politiques, des demandeurs d’asile ou des migrants économiques pourraient demander le refuge à l’ambassade. Sans compter l’espionnage.

Le nouveau directeur en quelques lignes

F.J. Potuyt a une certaine expérience en la matière. Il a été le directeur de sécurité du ministère néerlandais des Affaires étrangères (2005-2009) et a dû gérer des emplacements « chauds » comme le Liban, les Balkans, la Palestine ou l’Afghanistan. Né à Zwolle, le 12 janvier 1954, diplômé en droit privé de l’université d’Amsterdam, Potuyt a rejoint le service diplomatique néerlandais en 1980. Il a été en poste dans les ambassades à Pékin, Hanoi, Tel Aviv, Damas, Rome (au collège de défense) et à Zagreb. En 1998, il est le chef adjoint de la mission à Téhéran. 4 ans plus tard, il devient le conseiller politique adjoint de l ‘OTAN à Naples. En 2003, il part à Ramallah comme chef de mission. Puis ce sera en 2009 à Astana (Kazakhstan).

25 nouveaux ambassadeurs pour l’UE. La rotation 2011 nommée

(BRUXELLES2) Attendue depuis quelques temps, la « rotation 2011 » des ambassadeurs de l’UE est tombée aujourd’hui. Il ne s’agit cependant que d’une partie des nominations attendues, certains recrutements sont encore en cours. On compte 8 femmes sur 25 nominations (soit un tiers). Ce qui n’est pas encore la parité espérée mais est sans doute largement supérieur à la composition du corps diplomatique dans la majorité des Etats européens. 9 ambassadeurs(rices) proviennent des institutions européennes (2 de la Commission et 7 du service diplomatique) et 16 des Etats membres. On dénombre une quinzaine de nationalités.

Les Français rattrapent leur déséquilibre

Les Français très mal lotis dans les premières nominations en 2010, que ce soit en délégation ou dans les unités, se « rattrapent » avec 7 promus (dont 3 proviennent du service diplomatique). On compte ainsi 4 diplomates français : Jean-Maurice Ripert en Turquie (un vrai politique, ancien sherpa de Lionel Jospin et de Michel Rocard quand ils étaient premiers ministres et ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner quand il était secrétaire d’Etat à l’Action humanitaire) ; Aurelia Bouchez (qui était encore récemment à l’OTAN comme secrétaire générale adjoint chargée des questions politiques et de sécurité) ; Jean-Michel Dumond (actuel ambassadeur de France au Nigeria) ; Alain Holleville (actuel ambassadeur de France au Niger). Et trois Français déjà présents dans le circuit européen : Laurence Argimon-Pistre (actuel ambassadeur de l’UE à l’Ocde) ; Abdoul M’Baye à Fidji (déjà présent comme chef adjoint de délégation de l’UE à Fidji) ; Jean-François Cautain (qui vient de la division de la coordination politique du service diplomatique).

Au niveau des nationalités, suivent (dans l’ordre) les Italiens (3 nommés), les Britanniques (2), les Tchèques (2), les Grecs (2), 1 Autrichien, 1 Allemand (adjoint), 1 Danois, 1 Espagnol, 1 Hongrois, 1 Irlandais (adjoint), 1 Néerlandais, 1 Portugais, 1 Roumain. Toutes ne sont pas représentées. Pas de Belge ni de Luxembourgeois, ni de Baltes ou de Polonais.

Nb : Je sais… Ce n’est pas très politiquement correct d’examiner ces nominations sous l’angle de la nationalité. Mais c’est ainsi que cela examiné, dans chaque ambassade et dans chaque capitale, pour vérifier l’équilibre de nationalités, le graal européen.

Coté zones de crise

On peut noter la nomination de la Française Aurélia Bouchez au Kazakhstan, de Jean-Michel Dumond au Congo RDC et du Tchèque Tomas Ulincy au Soudan (ancien ambassadeur tchèque en Syrie et ancien ambassadeur auprès du COPS de l’UE). Auprès de l’Union africaine, c’est un Britannique de la Commission, Gary Quince (directeur des pays ACP à la DG DevCo et ancien chef de délégation au Kenya), qui est nommé, remplaçant le Belge Koen Vervaeke. Auprès de l’ONU à New-York, c’est l’actuel représentant permanent autrichien, Thomas Mayr-Harting qui est nommé.

Certaines nominations ont été reportées notamment en Syrie (un nouvel délai pour les candidatures est parti, aucun des candidats présélectionnés n’ayant passé le cap de l’entretien oral avec la Haute représentante) ou au Kosovo.

La liste officielle

1 USA, New York  (ONU) Head of Delegation MAYR-HARTING, Thomas MS AT M
17 SUDAN, Khartoum Head of Delegation ULINCY, Tomas MS CZ M
21 GUYANA, Georgetown Head of Delegation KOPECKY, Robert MS CZ M
12 SWITZERLAND, WTO, Geneva Deputy Head of Delegation BRAUNS, Detlev MS DEU M
14 VIETNAM, Hanoi Head of Delegation JESSEN, Franz EEAS DK M
4 NICARAGUA, Managua Head of Delegation SANDOMINGO, Francisco MS ESP M
5 TURKEY, Ankara Head of Delegation RIPERT, Jean-Maurice MS FR M
8 CONGO, DEMOCRATIC REP., Kinshasa Head of Delegation DUMOND, Jean-Michel MS FR M
16 CAMBODIA, Phnom Penh Head of Delegation CAUTAIN, Jean-Francois EEAS FR M
18 FIJI, Suva Head of Delegation M’BAYE, Abdoul EEAS FR M
22 ITALY, Rome (FAO) Head of Delegation ARGIMON-PISTRE, Laurence EEAS FR F
23 KAZAKHSTAN, Astana Head of Delegation BOUCHEZ, Aurelia MS FR F
25 BURKINA FASO, Ouagadougou Head of Delegation HOLLEVILLE, Alain MS FR M
20 GUATEMALA, Guatemala Head of Delegation ZERVOUDAKI, Stella EEAS GR F
24 USA, New York Deputy Head of Delegation VRAILAS, Ioannis MS GRC M
6 AUSTRIA, Vienna  (OSCE) Head of Delegation ZANATHYNE-MARTIN, Margit MS HUN F
10 JAPAN, Tokyo, Deputy Head of Delegation COLLINS, Maeve MS IRL F
9 JAMAICA, Kingston Head of Delegation AMADEI, Paola EEAS IT F
13 TANZANIA, Dar es Salaam Head of Delegation CERIANI-SEBREGONDI, Filiberto EEAS IT M
19 FRANCE, Paris (OCDE / UNESCO) Head of Delegation SPATOLISANO, Maria COM IT F
7 COLOMBIA, Bogota Head of Delegation VAN GOOL, Maria MS NL F
3 INDIA, New Delhi Head of Delegation CRAVINHO, Joao MS PT M
15 ARMENIA, Yerevan Head of Delegation HRISTEA, Traian MS ROM M
2 ETHIOPIA, Addis Abeba (African Union) Head of Delegation QUINCE, Gary COM UK M
11 SWITZERLAND, Bern Head of Delegation JONES, Richard MS UK

Un nouveau DG pour les Affaires étrangères au… Conseil. Etrange !

(BRUXELLES2) Leonardo SCHIAVO va exercer de nouvelles fonctions comme directeur général pour les Affaires étrangères et l’aide humanitaire au Conseil de l’Union européenne. Ce à compter du 1er août. Le conseil des Ministres de l’UE (Ecofin) a accepté cette nomination, mardi (12 juillet). Leonardo a été le chef de cabinet du secrétaire général du Conseil, Javier Solana et le chef adjoint de cabinet d’Emma Bonino quand elle était commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire. L’ambition de cette nouvelle direction générale du Conseil restera, officiellement, limitée à la préparation du travail du Conseil, et sera de « petite dimension ». Ce qui est un peu contradictoire avec la nomination d’un tel responsable – qui a une certaine étoffe politique et une expérience multiple.

Leonardo Schiavo a commencé sa carrière à la Commission européenne comme expert juridique sur les droits des consommateurs à ce qui n’était pas encore qu’un service des affaires de consommation et d’environnement (1979-1982) et d’inspecteur anti-trust à la DG Concurrence (1982-1984). Il participe à la présidence italienne. Et après un passage à la DG Agriculture, passe à la DG Relex d’abord comme assistant du directeur général adjoint, en charge de l’Economie et du Commerce, puis comme chef adjoint de l’unité Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande (1992) et chef de l’unité de l’analyse et la planification politique (1993-1995). Chef adjoint de cabinet de la commissaire italienne Emma Bonino (1995-1999), il passe ensuite chez Javier Solana, haut représentant pour la politique extérieure, comme chef adjoint de son cabinet (1999-2003) puis chef de cabinet (2003-2006). Il rejoint ensuite Emma Bonino à Rome comme chef de cabinet quand celle-ci est ministre du Commerce (2006-2008). A la chute du gouvernement Prodi, il revient à Bruxelles au Conseil de l’UE comme directeur général de la DG H (Justice et affaires intérieures) et au cabinet du secrétaire général comme DG adjoint en charge des questions de développement, d’élargissement et de soutien au conseil des Affaires étrangères.

Commentaire : Cette nomination parait aux antipodes du dispositif voulu par le Traité de Lisbonne. Elle signifie tout d’abord un semi-échec pour Catherine Ashton six mois après le démarrage du Service européen d’action extérieure. Elle marque également une réticence des Etats membres (ce que l’on savait) mais aussi des institutions européennes (ce que l’on savait moins car le « combat » se déroulait en coulisses) à entrer dans la dynamique « Lisbonne ». Elle signifie enfin une certaine inadaptation du dispositif du Traité, conçue de manière théorique, mais qui se révèle concrètement peu adapté aux réalités diplomatiques et politiques actuelles. Il faudra à un moment ouvrir le débat, non pas pour faire ce qui paraît être un détricotage en « douce » des institutions nouvelles mais de voir comment les adapter, concrètement et pratiquement à la « vie réelle ».

Alain Juppé, Ministre, une bonne nouvelle pour l’Europe de la défense

Alain Juppé lors de la remise du Livre blanc "La France et l’Europe dans le monde" (crédit : Ministère Fr des Affaires étrangères)

Le maire de Bordeaux, le gaulliste Alain Juppé est le nouveau ministre français de la Défense, remplaçant le centriste Hervé Morin. Parmi tous les noms qui ont couru ces derniers temps, c’est certainement l’homme qui a le plus de convictions pour l’Europe, tout court, et l’Europe de la Défense en particulier. Son profil est d’autant particulièrement appréciable qu’il est numéro 2 du gouvernement (1er dans l’ordre protocolaire après le Premier ministre). Il aura notamment à gérer l’engagement en Afghanistan, la mise en application de l’accord de Londres sur la coopération franco-britannique en matière de Défense ainsi que le suivi de la réintégration dans l’OTAN. Mais il devra aussi gérer les crises… et promouvoir l’Europe de la Défense, qui en a bien besoin.

De fortes convictions européennes

A plusieurs reprises sur son blog, Alain Juppé s’est fait l’écho de ses convictions européennes. « L’Europe, c’est la chance de la France et des Français au XXIème siècle. Une fois encore, contre vents et marées, je veux faire cette profession de foi européenne. » (lire ici). Alain Juppé est, aussi, avec Jacques Toubon l’auteur, en 2000, d’un projet gaulliste et assez utopique de « Constitution pour l’Europe ». Situé à mi-chemin entre des projets plus fédéralistes (notamment celui de Joshka Fischer à l’époque) ou souverainistes, il prévoit une refonte des institutions européennes avec fusion du Conseil des ministres et de la Commission pour donner lieu à un « vrai » gouvernement de l’Union, nommé pour trois ans, création d’une Chambre des Nations, composée des représentants des parlements nationaux, élection des députés européens dans des circonscriptions nationales, et établissement d’un « partenariat renforcé » entre l’adhésion et l’accord d’association pour certains pays proches.

Et un enthousiasme pour l’Europe de la Défense

Coté défense, Alain Juppé défend des avancées dans ce domaine et parait sinon sceptique du moins dubitatif sur la réintégration de la France dans l’OTAN, comme il l’écrit dans Le Monde en février 2009, craignant notamment que l’administration américaine ne soit pas « prête à partager réellement les responsabilités militaires au sein de l’Alliance » ou mettant en doute le fait que les Européens ait « la même vision des intérêts européens au sein de l’Alliance » et la volonté d’avancer pour l’Europe de la défense (lire ici). Quelques mois plus tard, quand la décision a été entérinée, il fait une piqûre de rappel : « Lorsque la France a réintégré le commandement militaire de l’OTAN, le président Sarkozy avait clairement indiqué que cette décision s’accompagnerait du renforcement des capacités militaires propres de l’Europe. C’est sans aucun doute le moment. » écrivait-il en septembre 2009 (lire ici). A ce poste ministériel, on verra si Alain Juppé met en oeuvre cet enthousiasme qu’il a manifesté, dans les mots, depuis des années.

Un bémol cependant. Espérons qu’il n’en sera pas de même de la ferveur européenne d’Alain Juppé que de sa ferveur critique lors du conflit en ex-Yougoslavie. A l’époque, il avait fustigé l’attitude de François Mitterand et notamment ses vues du « passé » et sa sympathie pour les Serbes. Mais une fois aux commandes ministérielles, l’action n’avait pas automatiquement suivie. Après la chute de l’enclave de Srebrenica, en 1995 (il est alors Premier ministre), il soutient l’idée d’intervention aéroportée du chef d’état-major particulier de Jacques Chirac mais à une condition – que la France ne soit pas seule impliquée -. La solution était alors évidente… le refus britannique signifiera l’échec de cette option.

  • Alain Juppé, en quelques mots. Un fidèle de Jacques Chirac. Né en août 1945, Alain Juppé fait un parcours classique du bon élève doué (Louis-le-Grand, Sciences politiques, ENA et inspection des finances) mais c’est surtout un gaulliste, proche de Jacques Chirac. Il commence ainsi sa carrière politique comme chargé de mission quand celui-ci est Premier ministre de Giscard en 1976, le suit à la mairie de Paris ensuite (avec un intermède au Parlement européen de 1984 à 1986), a été son porte-parole durant les élections présidentielles de 1988. Ministère des affaires étrangères de 1993 à 1995, il devient Premier ministre jusqu’en 1997 (date du Traité d’Amsterdam), puis se « réfugie » ensuite dans son fief de Bordeaux dont il sera maire sans discontinuer depuis 1995 (mis à part un intermède pour inéligibilité entre 2004 et 2006).

NB : j’ai reçu plusieurs commentaires sur cet article louant Alain Juppé ou critiquant un portrait jugé trop sympathique. Mon propos n’est pas de juger l’homme politique sur toute son action mais de la voir au prisme de l’Europe de la Défense. Chacun peut avoir son avis sur le reste de son action politique, économique, ou sociale. Mais tel n’est pas le propos, ici.