Insurrection celtique en province de Luxembourg

(B2 à Marche-en-Famenne) En position sous le crachin belge, appareil photo en main, nous sommes présents ce mercredi (25 septembre) à Marche-en-Farenne dans la province du Luxembourg, pour assister à la journée ‘VIP’ de l’exercice militaire franco-belge baptisé Celtic Uprise 2019

Tous en position

Le tout semble très réel. L’exercice se déroule en zone urbaine. Il débute avec l’arrivée de véhicules blindés. En sortent des hommes au combat. Un canon fait son entrée en jeu. Un drone est également déployé. Objectif : observer la zone de conflit. Des soldats sont aussi positionnés derrière les arbres. En mission d’observation.

Arrivée des soldats sur le champ de bataille (© Aurélie Pugnet / B2)

Les premières attaques : les véhicules ennemis sont visés

Puis, des véhicules supplémentaires arrivent sur les lieux. Les premiers coups sont tirés vers les habitations situées non loin de là, dans lesquelles ont été repérés des personnes à intérêt, et plus précisément sur leurs véhicules.

Le véhicule est touché (© Aurélie Pugnet / B2)

Les troupes en action

Les troupes se positionnent alors très rapidement en contre-bas des habitations, prêts à réagir dans le cas d’une attaque venue des habitations. D’autres véhicules sont présents et déploient des troupes supplémentaires sur le terrain. Une unité encercle puis fait son entrée dans la première maison. On entend des coups de feu.

Soldats en progression (© Aurélie Pugnet / B2)

Les attaques se déroulent des deux côtés

L’action se déplace. Des tirs parviennent de la seconde maison (située à droite de la photo) et blessent un soldat à la jambe. L’évacuation médicale s’impose. Un véhicule blindé portant la croix-rouge s’approche et évacue le blessé vers le Rôle 1 (l’infirmerie de campagne).

Le ciel s’ssombrit (© Aurélie Pugnet / B2)

La capitulation

Une seconde maison se fait encercler. Des coups sont tirés. Des véhicules supplémentaires arrivent à proximité du lieu de bataille. Une attaque parvient de la route. Il ne faut pas beaucoup de temps aux troupes belges et françaises pour répliquer et neutraliser les renforts qui arrivaient à l’aide de leurs camarades encerclés. L’action se termine.

La cible est encerclée (© Aurélie Pugnet/B2)

L’exercice Celtic Uprise 2019 est une première étape de mise en action du programme Capacité Motorisée ‘CaMo’ comme nous l’explique le Colonel Monin. Article à suivre

(Aurélie Pugnet)

Lire aussi :

Le premier exercice ‘CaMo’ en Belgique a commencé

(B2) Environ 900 militaires français et belges et quelque 150 véhicules vont manœuvrer de concert ces prochains jours en Wallonie, dans les provinces de Luxembourg, de Namur et du Hainaut. Les équipages et véhicules arrivent

(flux : Mil.BE – composante terre – sélection B2)

Cet exercice dénommé ‘Celtic Uprise 2019′ s’inscrit dans le cadre du tout nouveau partenariat ‘CaMo’ (= capacité motorisée) signé entre la France et la Belgique à la fin de l’année dernière. Contrat qui prévoit non seulement l’achat de 382 véhicules blindé multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar, mais aussi un volet entraînement en commun, formation et maintenance. C’est donc un peu plus qu’un exercice : c’est un test de matériel, de la formation, et de la compréhension entre différents corps. La première phase a commencé hier et aujourd’hui, avec le rassemblement des unités au camp militaire de Marche-en-Famenne, l’explication du découpage des différentes séquences. Et les dernières recommandations.

Durant plus d’une semaine (jusqu’au 27 septembre), les militaires vont s’entraîner selon un scénario fictif d’un pays en crise durant lequel ils exécuteront de nombreuses tâches : patrouilles, sécurisation de points sensibles, escortes de convois, actions anti-terroristes, évacuations médicales etc. Le nom de l’exercice ‘soulèvement celte’ n’est pas tout à fait dû au hasard. 300 Belges et 300 Français constitueront l’essentiel de la force, fournissant chacun l’équivalent d’un sous GTIA (sous-groupement tactique interarmes), ainsi qu’une centaine de militaires qui joueront le rôle des troubles-fêtes du camp adverse et 300 autres qui assurent la surveillance et l’évaluation de l’exercice, la logistique etc.

Côté français, on devrait retrouver dans les chemins de terres et vallons belges des unités du 152e régiment d’infanterie de Colmar (152e RI les fameux ‘diables rouges’) épaulés par le 5e régiment de dragons (5e RD), ainsi que des éléments du 1er régiment d’infanterie de Sarrebourg (1er RI), du 68e régiment d’artillerie d’Afrique (68e RAA) et du 1er régiment de chasseurs (1er RCh).

(NGV)

L’accueil en Belgique de militaires ukrainiens blessés au combat va continuer

(B2) La Belgique a décidé de continuer à soutenir les militaires ukrainiens blessés dans les combats à l’est de l’Ukaine. Le ministre de la Défense Didier Reynders l’a confirmé jeudi (7 février). L’hôpital de Neder-over-Heembeek (en banlieue bruxelloise) va accueiller en 2019 six militaires ukrainiens blessés au combat. La Belgique prend en charge les frais de transport et les coûts de traitement médical. Une équipe de la Défense s’est rendue fin janvier en Ukraine pour identifier les patients avec l’aide des autorités ukrainiennes. Un premier groupe arrivera en mars en Belgique pour un traitement d’environ six semaines.

Les Néerlandais (et Belges) mettent fin à leur mission aérienne en Irak et Syrie

(B2) Les Pays-Bas ont retiré le 2 janvier leurs six F-16 déployés en Jordanie dans le cadre des opérations de coalition menée par les Américains en Syrie et en Irak

(crédit : MOD Pays-Bas)

Les 150 militaires participant à ce détachement rentrent au pays cette semaine. C’est la fin d’un engagement bi-national — assuré à tour de rôle par les Belges et Néerlandais –. Les Néerlandais ont assuré en 2018 3000 missions tirant 2100 munitions.

« La Défense doit avoir des unités disponibles pour diverses unités rapidement déployables de l’OTAN » justifie le communiqué de la défense néerlandaise. « Cela donne également de la place pour la transition vers le nouvel avion de chasse, le F-35. »

Les Néerlandais comme les Belges restent cependant impliqués en Irak dans le cadre de la formation des forces locales.

(Nicolas Gros-Verheyde et Romain Mielcarek)

L’armée belge se dote d’une brigade motorisée

(B2) La Belgique s’est dotée depuis le 22 novembre d’une brigade motorisée, constituée à partir de l’ancienne Brigade médiane.

(crédit : MOD Belgique / Malik Azoug)

Evolution nécessaire face à l’évolution des menaces

Mission principale comme l’a exprimé le colonel Jean-Louis Crucifix, commandant de la Brigade : « synchroniser les effets des unités de combat, des unités d’appui au combat et d’autres services ». « C’est nécessaire pour répondre aux évolutions géopolitiques et au nombre croissant de menaces auxquelles la Belgique est actuellement confrontée » a-t-il ajouté. « Rien ne change pour les unités », a rassuré le chef de la composante terre, le général-major Marc Thys. « Leurs missions restent les mêmes, mais nous pourrons désormais travailler ensemble, de plus en plus en équipe. »

De nouveaux équipements à venir

Ces unités seront équipées pour partie des nouveaux blindés Griffon et Jaguar développés dans le cadre d’un partenariat stratégique avec la France (programme dit CaMo comme Capacité motorisée), comme du système de radios connectées Scorpion (Système d’Information de Combat Scorpion), et donc pleinement opérables avec les Français.

Des unités de combat, de l’artillerie, du génie et des communications

En pratique, les cinq unités de combat de la Brigade Médiane deviennent maintenant les unités de combat de la Brigade Motorisée. Il s’agit du 1/3 bataillon de Lanciers, le bataillon des Chasseurs Ardennais, le bataillon Libération – 5 Ligne, le bataillon 1 Carabiniers / 1 Grenadiers et le bataillon 12ème de Ligne Prince Léopold / 13ème de Ligne.

Ils seront appuyés par le bataillon de Chasseurs à Cheval, le bataillon d’artillerie, les 4 et 11 bataillons Génie. Pour les soutiens logistique et aux communications, la nouvelle brigade peut compte sur le 4 et le 18 bataillon Logistique comme sur sur les 4 et 10 ‘Groupes systèmes de communication et d’information’ (CIS).

Les camps d’entraînement de Marche-en-Famenne et de Beverlo vont être ultérieurement ajoutés à la nouvelle brigade.

Le quartier général de la Brigade Motorisée sera sur deux emplacements, respectant ainsi l’équilibre linguistique du pays : un quartier général à Leopoldsburg / Bourg-Léopold (Flandre) et un autre à Marche-en-Famenne (Wallonie) où le commandant de la brigade aura son bureau.

(NGV)

La remontée verte (V2)

(B2) En quelques semaines, le panorama politique a changé. Si les forces eurosceptiques restent très présentes, apparait une nouvelle force alternative, plus européenne : les Verts. Du moins dans la zone du centre-Europe d’inspiration germanique.

© NGV / B2

On les disait il y a quelques mois dans les tréfonds des classements. Est-ce une soudaine prise de conscience des enjeux environnementaux, des changements climatiques, ou l’absence d’alternative dans les partis classiques ? Sans doute un peu de tout cela. Les Verts assurent dans les pays du centre et du nord de l’Europe une remontée en flèche.

De bons scores dans plusieurs pays

En Allemagne, lors de deux élections régionales emblématiques, en Bavière et en Hesse, en Belgique, lors des élections communales, surtout en Wallonie et à Bruxelles, au Luxembourg, les Verts ont atteint des scores importants, de l’ordre de 20%. Un dernier sondage en Allemagne pour les Européennes leur donne un score identique aux élections devançant de 4 points le SPD et l’AFD placés au coude à coude. Soit une vingtaine de sièges (7 de plus qu’aujourd’hui).

Aux Pays-Bas et en Finlande aussi

Dans d’autres pays, aux Pays-Bas et en Finlande par exemple, de bons scores sont attendus. Les GroenLinks néerlandais atteignent ainsi 16% et (soit 9 points de plus qu’aux dernières élections européennes 6,98%) et la place de troisième parti du pays. En Finlande, les résultats sont moins nets mais ils naviguent entre 12 et 13% (soit 3 ou 4 points de plus qu’aux dernières élections, 9,3%), même si le parti qui talonnait en début d’année le Kesk, le parti du centre du Premier ministre Juha Sipilä, a légèrement décroché (voir ici). L’Autriche reste dans ce concert une exception avec un parti vert qui plafonne autour des 5%.

Faiblesse latine et inconnue française

Cette remontée reste molle voire inexistante dans les pays latins. Ce qui tempère quelque peu l’enthousiasme possible. Très faibles en Italie et en Espagne, le seul espoir des Ecologistes réside dans l’hexagone. La France reste une grosse inconnue et un vrai défi. Les Verts demeurent, pour l’instant, au-dessous du score réalisé en 2014 (8,95%), malgré une légère remontée depuis l’été (de 4% à 7%). Un coup de mou sensible dans un pays qui envoie 79 députés au Parlement européen (5 de plus qu’aux élections de 2014) et où l’élection se fait désormais dans une circonscription unique sur des listes nationales (donc avec une proportionnelle plus efficace).

Un arbitre au Parlement ?

Cette progression pourrait provoquer un ‘petit’ bouleversement au Parlement européen. Les Verts, qui disposent aujourd’hui de 52 sièges, pourraient augmenter d’une dizaine ou d’une quinzaine de sièges (selon les prévisions) leur score. A l’échelle du Parlement ce n’est pas une révolution. Mais cela les amènerait non loin des Libéraux et permettrait au PPE et S&D d’envisager une alternative aux Libéraux et Démocrates, si ceux-ci se montrent trop exigeants pour rejoindre la coalition majoritaire.

Des contacts informels PPE – Verts

D’après nos informations, des contacts informels auraient déjà eu lieu à l’initiative du PPE avec les Verts. Et les Verts n’excluent pas de ‘monter’ dans une coalition. Une majorité alternative PPE-Libéral-Verts (dite coalition ‘jamaicaine’ *) ne serait pas possible — à l’image de ce qui pourrait se passer en Allemagne si les socio-démocrates du SPD quittaient la coalition au pouvoir —, mais une trilatérale PPE-S&D-Verts ou une quadrilatérale PPE-Libéral-S&D-Verts deviendrait possible, mathématiquement comme politiquement.

Commentaire : cette remontée fragilise la dialectique mise en place à la fois par Emmanuel Macron et par Viktor Orban d’une opposition entre les deux camps : les ‘progressistes’ et les ‘souverainistes’. Elle illustre que d’autres voies sont possibles : alternatives (les verts) ou plus traditionnelles (chrétiens-démocrates et socio-démocrates). Les derniers sondages laissent, en effet, entrevoir une tendance à la stabilisation de la baisse (même si celle-ci est très nette) des deux partis traditionnels, voire une légère remontée pour ces derniers dans les pays qui leur sont traditionnellement acquis (au nord de l’Europe notamment).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Du fait des couleurs Noir-Jaune-Verts qui se retrouvent sur le drapeau jamaicain et symbolisent les couleurs de la CDU-CSU (chrétien-démocrate), du FDP (libéral) et des Grünen (Verts).

Dans la série élections 2019, lire aussi :

Et voir notre dossier N°67. Elections européennes 2019

Version 2 : précisions apportées sur les sondages en Finlande et Pays-Bas, ajout d’un paragraphe sur la France

La Belgique préfère le F-35 américain à ses concurrents européens. Un coup de pied à l’Europe de la défense ?

(B2) De tout temps, le choix d’un avion de chasse par un gouvernement s’est fait sur des critères apparemment techniques — la capacité de l’avion — mais surtout sur des critères très politiques. Le choix possible (1) du gouvernement belge du F-35 est l’illustration de cette règle. Est-il justifié ? Est-ce un mauvais coup pour l’Europe de la défense ?

F-35 alignés sur la base aérienne US de Eglin en Floride (Crédit photo : MOD Pays-Bas – sergeant-majoor Peter van Bastelaar, Frank Crebas)

Des raisons objectives en faveur de ce choix

La Belgique avait plusieurs raisons ‘objectives’ de choisir l’avion américain F-35 aux dépens de l’avion européen Eurofighter ou du français Rafale : 1° approfondir une intégration plus importante de sa force aérienne avec celle des Pays-Bas ; 2° continuer une coopération étroite avec plusieurs pays européens qui partagent d’avoir l’avion américain en commun (Italie, Danemark, Norvège, Royaume-Uni) ; 3° prouver à Washington que la Belgique reste un allié fidèle ; 4° remplir l’obligation technique de pouvoir emporter les bombes nucléaires (stockées sur la base aérienne belge de Kleine Brogel). Enfin, le Français Rafale s’est mis hors course tout seul, en se retirant au dernier moment de la compétition et en préférant proposer un partenariat général, mais sans donner les éléments principaux de leur offre notamment le prix de l’avion (2). Au plan politique, ce choix permet de ne pas céder aux pressions françaises, ce qui pour un des poids lourds de la coalition au pouvoir — la N-VA des autonomistes flamands —, est logique (3). Précisons que l’Europe n’a jamais inscrit la préférence européenne comme ligne directrice de ses achats… et la France non plus. On ne peut donc venir reprocher à la Belgique un choix que d’autres pays ont fait dans le passé.

Une vraie problématique pour l’Europe de la Défense

Cette décision a cependant de gros inconvénients : outre qu’elle est coûteuse, elle envoie un signal politique plutôt négatif sur l’Europe de la défense. Or s’il y a bien un enjeu d’autonomie stratégique majeur, c’est dans l’aviation de chasse. A la fois par sa dimension militaire, sa durée de vie (40-50 ans), son coût et son aspect emblématique. La Belgique pourra bien sûr signer ensuite d’autres contrats, par exemple sur l’armement terrestre (le Scorpion avec la France). Mais ceux-ci ne représenteront pas la même valeur stratégique, politique et économique. Deuxièmement, la situation à la veille de 2020 n’est plus celle du début des années 2000 voire 2010. La donne a changé : d’une part, les États-Unis se sont inscrits non plus en concurrents de l’Europe, mais en adversaires de plusieurs choix politiques européens (multilatéralisme, sanctions sur l’ONU, position sur le Proche orient). Accroître la dépendance vis-à-vis de Washington sur une durée longue est un vrai choix politique et un mauvais coup tiré par Bruxelles contre l’Europe de la Défense. On peut avoir ensuite de belles déclarations d’amour sur l’Europe de la défense. Le message de cette décision est clair : il vaut mieux coopérer avec les Américains qu’entre Européens.

Un choix de l’avion habité aux dépens des drones

Une dernière question peut se poser. Est-ce que commander autant d’avions (34 appareils) était nécessaire pour assurer la sécurité aérienne belge ? Bruxelles n’aurait-il mieux pas fait de consacrer une partie de la somme à disposer d’une flotte importante de drones ? Une lacune importante au niveau européen des opérations. En se positionnant sur ce plan, la Belgique aurait pu marquer une réelle inflexion, du champ de bataille moderne, et s’imposer comme un acteur incontournable des opérations européennes ou de l’OTAN, le tout pour un risque (humain) limité. Il est dommage que cette question n’ait pas suscité au plat pays autant de débats que celui du choix du modèle de l’avion qui a vu de féroces joutes politiques s’opérer.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : En Belgique, la saga du Rafale pris entre deux feux

(1) Le Premier ministre belge Charles Michel ce mardi matin devant la Chambre des députés (en commission de l’Intérieur) a démenti toute prise de décision formelle, malgré de nombreux indices, rapportés par l’agence Belga, en provenance de son entourage, indiquant que la décision était faite en faveur du F-35 à défaut d’être prise. On semble jouer sur les mots surtout.

(2) C’est qu’a affirmé le Premier ministre ce matin à la Chambre : « les Français n’ont pas remis d’offre, mais simplement une proposition, que nous avons ensuite examinée. Cela étant, je ne dispose pas de moyens pour les contraindre à nous communiquer des informations qu’ils refusent de nous transmettre. Je pense notamment au prix de leurs avions. »

(3) L’affaire Agusta-Dassault, qualifiée de ‘scandale du siècle’ par le Premier ministre Charles Michel dans le débat à la Chambre ce matin est aussi un antécédent lourd aux dépens de l’industriel français. Un aspect souvent peu commenté en France, notamment qui a les yeux rivés sur le prisme national de la décision : Rafale contre F-35.

Le dossier de la tentative d’attentat contre les Moudjahidines du Peuple iranien instruit à Anvers

(B2) Les acteurs présumés d’une tentative d’attentat à la bombe contre les Moudjahidines du Peuple iranien, lors d’une conférence à Villepinte (près de Paris) le 30 juin ont été placés sous mandat d’arrêt et inculpés de tentative d’assassinat terroriste en Belgique… et non pas en France

Les Moudjahidines du Peuple iranien (OMPI) ou Mujaheddin-e-Khalq (MEK) sont une des organisations les plus farouchement opposées au pouvoir islamique de Téhéran.

Un projet d’attentat aux conséquences potentielles graves

L’affaire implique plusieurs personnes, dont un diplomate iranien, arrêtées en Belgique et en France, qui avaient préparé un le projet de placer une bombe artisanale « à Villepinte (France) lors d’une conférence organisée par les Moudjahidines du Peuple iranien le 30 juin 2018 ». Un attentat qui, s’il n’avait pas été déjoué, aurait pu causer d’importantes victimes vu l’audience attendue (25.000 personnes) à ce meeting biannuel, comme les personnalités invitées, notamment l’ancien maire de New-York Rudy Giuliani, ardent défenseur d’un changement de régime en Iran.

Un diplomate iranien transféré en Belgique

Dans le cadre d’un dossier de terrorisme ouvert par le parquet fédéral belge, les autorités allemandes ont remis, mardi (9 octobre), Assadollah Assadi aux autorités judiciaires belges. Le juge d’instruction avait demandé sa remise dans le cadre d’un « dossier de tentative d’attentat terroriste », avec le projet de poser une bombe « le 30 juin 2018 à Villepinte (France) le 30 juin 2018 lors d’une conférence organisée par les Moudjahidines du Peuple iranien (MEK) », indique le parquet fédéral belge.

Pas d’immunité diplomatique

De nationalité iranienne, le diplomate accrédité auprès de l’ambassade d’Iran à Vienne, en Autriche, est présumé être le ‘cerveau’ de cette tentative. Il ne pouvait alors se prévaloir de son immunité diplomatique en Allemagne car « il était en vacances pour plusieurs jours en dehors de l’État de résidence — l’Autriche — et ne se trouvait pas en déplacement entre son pays d’accueil et son pays d’origine (ou inversement) », indique le tribunal régional de Bamberg dans un communiqué. Il a été entendu et placé sous mandat d’arrêt par le juge d’instruction d’Anvers spécialisé dans le terrorisme mercredi (10 octobre) par le juge d’instruction.

Un projet d’attentat à la bombe à Villepinte

Il avait été arrêté en Bavière samedi 30 juin de façon quasi simultanée avec l’interpellation par les unités spéciales de la police fédérale à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles) d’un couple : Amir S. (un Iranien né le 26 avril 1980) et son épouse Nasimeh N. (née le 20 septembre 1984) qui résidaient en Belgique. A l’intérieur de leur véhicule Mercedes, 500 grammes d’explosif de type TATP et un détonateur ont été découverts. Cet explosif devait, selon toute apparence, « servir à un attentat à la bombe le 30 juin 2018 à Villepinte (France) lors d’une conférence organisée par les Moudjahidines du Peuple iranien (MEK) », indique le parquet fédéral belge. Un complice présumé, Merhad A. (né le 31 juillet 1963), a déjà été remis par la France.

La discrétion européenne

On peut noter que les autorités européennes sont restées très discrètes sur ce projet d’attentat, évitant de condamner de façon trop publique, sans doute eu égard à la responsabilité de la Haute représentante de l’UE de conduire les négociations avec Téhéran sur la suite de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger les communiqués du Parquet fédéral belge du 2 juillet et du 10 octobre 2018

La Belgique pourrait cesser toute contribution à l’opération Sophia en 2019

(B2 – exclusif) Le gouvernement belge ne croit pas que l’opération de l’UE en Méditerranée (EUNAVFOR Med alias Sophia) soit vraiment efficace. Aucun navire n’était présent en 2018, aucun ne le sera en 2019. La présence d’officiers au QG de Rome pourrait même être interrompue au 1er janvier prochain. Un retrait symbolique pour un pays qui a été un des premiers contributeurs

(crédit : marine belge / Jorn Urbain)

Pas de contribution en navires

La défense belge n’avait pas jugé bon de contribuer en fournissant des navires cette année. Une position qu’elle compte réitérer en 2019, comme l’a confirmée le ministre Steven Vandeput lors d’un entretien avec B2 fin août. « Nous n’avons pas contribué avec des navires cette année et nous tiendrons la même position l’année prochaine. »

Une opération suboptimale

Une question d’efficacité juge le ministre (N-VA). « Pour moi, cette opération est quand même suboptimale. Je l’ai dit à Vienne [NDLR lors de la réunion informelle des ministres de la Défense]. Car on n’est jamais passé aux phases 2b et 3 (comme prévu) qui concernent la lutte contre les passeurs. C’est le problème, cette opération n’est pas encore efficace. »

Des ersatz de solution

« On parle d’ajouter le contrôle des flux de pétrole au mandat de l’opération, mais cela reste accessoire finalement, par rapport à l’objectif principal.  Tout le monde se concentre sur la formation des garde-côtes. Mais cela apparait comme un ersatz de solution, faute de passer aux phases 2b et 3. »

Pas de contribution tant qu’il n’y a d’intervention dans les eaux territoriales

La Belgique « contribuera donc quand on passera à la phase 2b et 3 [avec la possibilité pour les navires d’intervenir dans les eaux territoriales libyennes et à terre]. Sinon, cela ne sert pas à grand chose ». Lire l’entretien complet : Facilité de paix, Pesco, Sophia … Il reste encore des points à clarifier (Steven Vandeput)

Arrêt de toute participation en 2019

La Belgique conserve encore quelques officiers dans l’état-major de l’opération à Rome. Mais ce n’est plus qu’une question de mois, selon nos informations. Une décision est en préparation. Et elle pourrait conduire à ne pas proposer de renouveler cette présence belge dans l’état-major. Ainsi au premier janvier, la Belgique ne participerait plus formellement à Sophia en personnel et en moyens, mais uniquement de manière financière via le mécanisme Athena. 

(Nicolas Gros-Verheyde)

En Belgique, la saga du Rafale pris entre deux feux

(B2) La décision du Premier ministre belge de remettre en course le Rafale a provoqué une sortie des responsables du N-VA, le parti nationalisme flamand. Mise au point à prendre au sérieux car ce parti domine la scène politique au nord du pays.

Faut-il participer à ‘l’aventure du Rafale’, les Belges hésitent mais pas beaucoup (crédit : DICOD / Etat major des armées)

Le Rafale : pas un bon plan ?

« L’avion de combat français Rafale n’est pas un bon plan, il n’est pas suffisamment performant pour notre défense. La prolongation des F-16 est exclue également », a lâché Bart De Wever sur la VRT (la chaîne flamande) lors d’un débat des présidents de partis, dimanche (24 juin), comme le rapporte la RTBF. Et d’enfoncer le clou « 3,4 milliards pour un appareil qui permet de ne rien faire, cela n’a aucun sens ».

Une discipline de gouvernement difficile à tenir

Interrogé par l’agence de presse Belga, le cabinet du Premier ministre Charles Michel a répété la position officielle : « la procédure décidée au gouvernement sera respectée et les décisions seront prises au gouvernement sur la base d’informations objectives et nulle part ailleurs ». Déjà vendredi (22 juin), le Premier ministre en personne avait dû sortir de sa discrétion pour rappeler officiellement à l’ordre son ministre de la Défense Steven Vandeput. Le ministre N-VA avait rappelé, dans un entretien au quotidien flamand De Morgen, que « l‘offre française s’était exclue d’elle-même ».

Un ministre droit dans ses bottes

Une position constante qu’il a toujours tenu contre vents et marées. J’ai pu en être le témoin, des premières annonces françaises à Tallinn aux dernières évolutions (lire : F-16 Belges. La France fait une autre proposition. Un vrai coup de poker). Fâché ou souriant, Steven Vandeput n’a toujours tenu qu’un seul langage : l’appel d’offres, rien que l’appel d’offres. Si les Français n’ont pas voulu répondre, libres à eux, ils se sont exclus tout seuls. Le ministre entend rester droit dans les bottes (lire : Remplacement du F-16. Rafale a tenté le drop. Hors jeu a sifflé le ministre Vandeput).

 

 

La France n’a pas fourni d’informations

Devant la Chambre des députés, le 27 juin dernier, le ministre enfonce le clou et met en cause Paris pour ne pas avoir bien collaboré : « La proposition française a été analysée d’après les données en notre possession : la lettre de la ministre [Florence] Parly et la présentation de la délégation de son cabinet. J’ai transmis à plusieurs reprises à la France la demande du gouvernement d’informations supplémentaires, sans résultat. »

Un peu de temps au temps

Vu l’importance de la décision, le gouvernement prendra le temps qu’il faut pour décider. « La compétition débouchera sur une solution équilibrée du point de vue du matériel, du partenariat et de l’économie. Nous cherchons un partenariat stratégique pour la capacité de combat aérien. 20% de la pondération sont liés à ce partenariat et 10% aux intérêts essentiels de sécurité. »

La prolongation du F-16 pas en piste

Aucune nouvelle étude consacrée à une éventuelle prolongation de la durée de vie des F-16 ne sera initiée. Les différents constats établis au cours des derniers mois seront regroupés et soumis de manière structurée au gouvernement dans la perspective de la prise de décision final.

Une intervention de B. De Wever qui n’est pas anodine

L’intervention du leader de la N-VA dans ce débat n’est pas anodine. Tout d’abord la N-VA domine la scène politique flamande, caracolant bon gré mal gré dans les sondages. Les espoirs d’un tassement dans les sondages s’évanouissent régulièrement. La N-VA reste dominante car réussissant à synthétiser à la fois un certain libéralisme d’entreprise très présent au nord, le conservatisme chrétien et le nationalisme identitaire flamand. Ensuite, Bart de Wever a un certain charisme. Inutile de le nier. Même s’il n’est pas présent dans le gouvernement, celui qui n’est qu’officiellement bourgmestre d’Anvers (une des principales villes du pays tout de même et son poumon économique) fait la pluie et le beau temps. Et quand il enfonce un clou sur une position politique, difficile de le décrocher ensuite… sauf à lui faire une concession.

La campagne électorale en cours

Le Rafale ne serait ainsi peut-être qu’un ‘jouet’ otage des négociations à la Belge dans un futur gouvernement. Il ne faut pas oublier en effet que la campagne électorale est commencée, avec les élections communales le 14 octobre. Un élément fondamental dans la politique belge, les communes étant le berceau de nombre de personnalités politiques et le vecteur de la puissance réelle au plan politique (vu l’étendue de leurs compétences, largement plus développées qu’en France). Elles sonnent aussi la première séquence d’une bataille, avant les élections générales (parlementaires et européennes) en mai 2019.

Une possibilité de tir par ricochet

Les escarmouches, publiques et privées, sur ce dossier sont nombreuses. Le renouvellement du F-16 offre aux différents partis politiques de tester leurs arguments et de montrer, sans grand risque, leurs oppositions. On assiste ainsi à des duels classiques entre l’opposition et le gouvernement (le parti socialiste flamand plutôt partisan du F-16 et le parti socialiste francophone plutôt partisan du Rafale contre la N-VA ou le MR au choix), entre les francophones et flamands (les premiers partisans d’une solution française plutôt que d’une solution américain ou britannique), mais aussi à l’intérieur du gouvernement (entre les libéraux du MR et les flamands du N-VA).

Que faut-il en penser ?

Les Français ont-ils eu raison de sortir de cet appel d’offres ?

On peut se dire que oui. Les Américains de Boeing et les Suédois de Saab qui avaient fait une première offre s’en sont aussi retirés.

La façon de faire pression est-elle la bonne ?

Le voisin français est à la fois admiré et craint. La morgue ou l’arrogance de certains responsables français les dessert. D’autant que Dassault a un certain passif dans le plat pays, comme me l’a rappelé un excellent confrère : c’est l’affaire Agusta et l’accusation de corruption qui a enfoncé le PS wallon dans les années 1980. Ce passif est un peu un non-dit, mais il reste dans tous les esprits (au moins chez les responsables politiques).

En quoi la solution française est-elle meilleure ?

Ce n’est pas être chauvin que de l’affirmer. Ce n’est pas seulement une question d’avion. C’est une question d’engagement politique et d’efficacité industrielle. La Belgique avec la proposition française peut se retrouver impliquée depuis le début dans un programme industriel de plusieurs dizaines d’années. Elle se retrouve ainsi placée aux côtés de Paris et de Berlin sur le futur programme de système aérien, pion nécessaire pour prétendre aux financements européens, à même de pouvoir négocier des retombées économiques et industrielles. Bref, de refaire le coup du F-16 qui a été si profitable pour l’industrie aéronautique belge. Seul inconvénient : il y a un risque à s’engager dans un nouveau projet industriel.

En quoi la solution du F-35 (ou de l’Eurofighter) est-elle meilleure ?

Pour le F-35 et l’Eurofighter, elle se retrouve à acheter sur étagères, devant subir les conséquences de programmes développés ailleurs, et ne pouvoir bénéficier que de ‘miettes’ (entretien et maintenance). Avec le F-35 la facture risque d’être plus salée que prévue. Le dernier rapport du GAO parle déjà d’un avion à 140 millions de $ pièces (soit le double prévu à l’origine, 69 millions $ en 2001). Avantages : l’achat est, d’une certaine façon, moins engageant. Et avec le F-35 Bruxelles donne un sérieux gage aux Américains de l’engagement belge, la Belgique se retrouve ainsi membre du club F-35 qui rassemble déjà Britanniques, Néerlandais, Norvégiens, Danois et Italiens. Autrement plus intéressant pour que d’avoir un strapontin dans le couple franco-allemand, du moins c’est ce que pensent une certaine majorité des politiques belges (notamment flamands).

(Nicolas Gros-Verheyde)

L’attaque de Liège va ressusciter le débat sur la radicalisation en prison

(B2) Depuis les attentats de mars 2016, la Belgique semblait être repassée dans une zone plus calme, même si le couvercle était à peine posé sur une situation difficile. L’attaque à Liège ramène la question de la radicalisation, de la prison, à défaut du terrorisme pur, sur le devant de l’actualité.

Le roi Philippe et le premier ministre Charles Michel se sont très vite rendus dans la ville de Liège (crédit : Premier / police fédérale)

Une attaque au couteau

Il était 10h30 environ dans le centre de Liège à hauteur du café des Antonins sur le boulevard d’Avroy lorsqu’un homme est arrivé derrière deux policières sur la voie publique, les agressant mortellement au couteau. Il en profite pour dérober l’arme d’un des policiers. Il se dirige ensuite vers l’Athénée Léonie de Waha (un des gros lycées de la ville), tout proche. Au passage, il abat un jeune de 22 ans qui se trouvait dans un véhicule stationné sur le côté. Dans le lycée, il prend une femme de service en otage.

Une pénétration dans un lycée de Liège

La police (notamment le peloton anti-banditisme) intervient rapidement et abat l’agresseur. Au bilan final : trois tués ainsi que l’auteur des coups de feux. Quatre policiers ont été blessés par balles : deux policiers en civils de la brigade judiciaire au bras et deux hommes du peloton anti-banditisme à la jambe, l’un d’eux plus légèrement atteint a pu sortir de l’hôpital ce mardi soir. Tous les élèves ont été confinés dans les classes d’abord, puis ensuite rassemblés dans le Jardin botanique, sous protection de la police.

Des éléments terroristes

Le parquet fédéral belge à été saisi, indiquant qu’il y avait des éléments terroristes dans cette attaque. « L’objectif de l’assassin était de s’en prendre à la police, c’est ce qu’il a fait d’emblée en se dissimulant derrière les deux agents de police, et après les avoir poignardées sauvagement dans le dos » indique Christian Beaupère le chef de la police de Liège, lors d’une conférence de presse ce matin à Liège.

Une radicalisation en prison

Très vite, le nom de l’auteur des faits est apparu : Benjamin Herman, un homme de 36 ans, originaire de Rochefort, condamné notamment pour trafic de drogues et pour divers faits de délinquance. Détenu à la prison de Marche-en-Famenne (une prison moderne), il était « en congé pénitentiaire de deux jours pour préparer sa réinsertion en vue de sa libération prévue en 2020 » indique la RTBF. Il s’est « converti à l’Islam en fréquentant un autre prisonnier à Arlon » et radicalisé en prison, a confirmé le ministre de la Justice Koen Geens, lors d’une interview sur la Première mercredi matin (30 mai). Il était fiché depuis 2017 par la Sûreté de l’État.

La police visée

Pour le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, « c’est la police [surtout] qui était visée » et pas tellement la population. « Plusieurs signes l’indiquent ». « Il s’agit d’un loup solitaire » a confirmé de son côté le ministre de la Justice Koen Geens. L’OCAM, l’office d’évaluation des alertes, a maintenu le niveau 2 de l’alerte principale.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour mercredi 30 mai