La mission EULEX au Kosovo recrute

(B2) La mission européenne de renforcement de l’État de droit au Kosovo (EULEX Kosovo) recrute actuellement, par voie de contrat ou de détachement, un responsable observateur thématique chargé des crimes à motivation haineuse (Thematic Lead Monitor – Hate Crimes).

Date limite d’inscription: 20 mars 2019 17h (Bruxelles).

Informations détaillées ici.

PS : pour parfaire vos connaissances sur la politique européenne, le manuel sur la politique européenne de sécurité et de défense est le complément indispensable à votre préparation.

Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (janvier 2019)

(B2) Depuis janvier, l’hôpital de Zenica en Bosnie-Herzégovine peut apporter son soutien médical à EUFOR en cas de besoin. Dans le Golfe d’Aden, Chinois et Européens renforcent leur coopération dans la lutte contre la piraterie. En Irak, les forces de la coalition anti-Daesh s’accordent sur les principes de la réforme de sécurité. Au Sahel, les formateurs d’EUTM Mali dispensent des formations en management opérationnel à la gendarmerie 

Zenica (Bosnie-Herzégovine). Soutien médical

Un mémorandum d’accord a été signé entre l’hôpital cantonal de Zenica et la force européenne (EUFOR) en Bosnie-Herzégovine, mardi (22 janvier) annonce le QG. Il concerne les conditions dans lesquelles un soutien médical et d’évacuation médicale (MEDEVAC) sera fourni au personnel de l’EUFOR Althea en cas d’urgence, précise le QG de l’opération.

Lviv (Ukraine). EUAM Ukraine prépare la police locale en vue des élections

Les 375 agents de patrouille et de district de Lviv ont reçu, durant trois semaines, une formation à la législation électorale ukrainienne, comme à les préparer à faire face à toutes sortes de situations, jusqu’à des cas de violences, lors des prochaines élections présidentielles. Le premier tour doit se tenir le 31 mars ; un éventuel second tour est prévu, trois semaines plus tard, le 21 avril. Mise en place et financée par la mission européenne de conseil (EUAM Ukraine), la formation est délivrée par l’ONG ukrainienne OPORA.

(crédit: EUAM Ukraine)

Ukraine. Équipement informatique d’investigation remis à la police

Le mission EUAM Ukraine a commencé à équiper la police ukrainienne de matériel spécifique pour les aider à améliorer leurs capacités d’investigation, d’analyse et de formation. Début janvier ce sont ainsi 30 ordinateurs portables, 50 caméras de surveillance et 50 disques durs qui ont remis à plusieurs forces de police régionales, à Rivne, Volyn, Ternopil, Ivano-Frakivsk et Vinnytsa. Au total, 17 régions d’Ukraine devraient bénéficier de matériel offert par la mission, dans le cadre d’un projet de fusion des activités d’investigation et opérationnelles sous une seule chaîne de commandement.

Golfe d’Aden. Renforcement de la coopération avec la Chine

Le commandant d’opération de l’opération européenne anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta) et le conseiller de défense chinois auprès de l’UE se sont rencontrés à Bruxelles pour renforcer leur collaboration dans la lutte contre la piraterie dans l’océan indien et autour de la Somalie. En 2018, les navires de l’Armée de libération du peuple (Chine) et ceux d’EUNAVFOR ont effectué conjointement plusieurs exercices et opérations de contre-piraterie. Et cette ‘bonne’ collaboration devrait continuer dans les mois à venir.

(crédit: EUNAVFOR Somalie)

Bagdad. Mise à jour de la réforme de sécurité

La mission de l’UE en Irak (EUAM Iraq) a accueilli la rencontre bimensuelle entre le conseiller politico-militaire américain, le commandant adjoint du bureau pour la coopération sécuritaire américaine en Irak, et le directeur des équipes de liaison ministérielles de la coalition internationale contre Daesh. La rencontre a permis de mettre à jour les principes de la réforme de sécurité (RSS) sur trois sujets : le projet de gestion des ressources humaines ; la sécurité, la gestion et le contrôle des frontières, et les questions de genre et de droits de l’Homme.

(crédit: EUAM Irak)

Mali. Formation au management opérationnel à la gendarmerie

Vint commandants d’unités de la gendarmerie malienne ont participé à une formation sur le management opérationnel, indique la mission de l’UE de conseil aux forces de sécurité intérieure (EUCAP Sahel Mali). Au cœur des discussions entre les gendarmes maliens et leurs collègues européens : comment déléguer l’autorité ou comment mettre en place des dispositifs opérationnels spéciaux ?

(crédit: EUCAP Sahel Mali)

Amman (Jordanie). A la découverte de la police de proximité jordanienne pour quelques officiers palestiniens

Accompagnés de deux membres de la mission européenne de formation de la police palestinienne (EUPOL COPPS), huit officiers de police palestiniens se sont rendus à Amman. L’objectif de ce voyage découverte de quatre jours était de découvrir les méthodes jordaniennes en matière de police de proximité, pour pouvoir au besoin l’utiliser au retour en Cisjordanie. Les huit officiers ont pu ainsi découvrir, à l’université technique Khawarizsmi de Amman, la formation des volontaires d’organisations de la société civile à la police de proximité.

(crédit: EUPOL COPPS)

(MHA, avec NGV)

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Élargissement aux Balkans: le pont trop loin ?

(B2) La capacité d’intégration, le quatrième des critères de Copenhague sur l’élargissement de l’Union européenne, est souvent oubliée, ou mise de côté. Une erreur … La relance du processus d’élargissement notamment aux pays des Balkans oblige à se poser cette question fondamentale estime Jean-Guy Giraud *. Le risque de voir l’UE se disloquer existe.

La Commission veut accélérer la négociation des chapitres de l’élargissement. La réunion des leaders des Balkans à Bruxelles en décembre autour de la Haute représentante et vice-présidente de la Commission Federica Mogherini en a été le témoin (crédit: Conseil de l’UE)

Le quatrième critère de Copenhague

« La capacité d’intégration de l’Union à assimiler de nouveaux membres tout en maintenant l’élan d’intégration européenne constitue également un élément important répondant à l’intérêt général aussi bien de l’UE que des pays candidats ». Cette phrase fait suite – dans le texte – à l’énoncé des trois critères fixés par le Conseil européen de Copenhague (1993) pour l’adhésion de nouveaux États membres (1).

Elargir en tenant compte de la capacité d’intégration

En résumé, ce “quatrième critère de Copenhague” implique que toute décision d’élargissement doit être appréciée non seulement en fonction du respect des critères imposés aux candidats – mais aussi au regard de la capacité propre d’intégration de l’UE. La Commission a d’ailleurs précisé en 2006 : « L’adhésion d’un nouvel État doit être compatible avec le fonctionnement efficace des Institutions et des procédures décisionnelles de l’Union et ne pas remettre en cause les politiques communes et leur financement. »

Le quatrième critère de Copenhague a été largement ignoré/contourné dans le passé – et il semble devoir continuer à l’être lors des prochaines vagues d’adhésion.

Le risque de grossir sans réformer n’est pas à négliger

On peut énumérer les principales composantes de ce critère sous l’angle des problèmes que soulèvent les élargissements successifs de l’UE :

1. les risques de dysfonctionnement du Conseil (2), de la Commission (3), de la Cour de Justice (4) voire du Parlement au-delà d’un certain nombre de membres ;

2. la capacité de financement par l’UE des politiques communes (notamment les politiques de “cohésion”) face aux besoins de nouveaux États peu développés ;

3. la capacité physique des nouveaux États à satisfaire aux exigences de certaines politiques communes (Euro, environnement, concurrence, énergie,…) sans en freiner le développement ;

4. l’accroissement de la diversité politique, économique, sociale, culturelle, linguistique, …  entre les États ;

5. la multiplication du nombre des “petits” États qui doivent être traités de manière égale avec les “grands” ;

6. la perte de repères géographiques et culturels de l’opinion (“Quelles sont les frontières de l’Europe”) et l’affaiblissement consécutif de l’ « affectio societatis” européen ;

7. l’accroissement du risque de dissensions inter-étatiques et de désordres intra-étatiques ;

8. le freinage de la réalisation progressive de l’Union politique, notamment sur les plans de la diplomatie et de la défense ;

9. le respect des “valeurs” fixées par l’article 2 du Traité ;

10. l’impact géo-politique des élargissements vis à vis des puissances limitrophes (Russie) ;

11. le risque de fragmentation interne de l’UE en blocs géographiques (O/E, N/S) ou en cercles (olympiques ou concentriques), etc.

À l’heure où la Commission et le Conseil viennent de sonner la fin de la “pause” du processus d’élargissement (5) et s’apprêtent à le reprendre en fanfare avec les six États des Balkans (voire, à plus long terme, avec trois ou quatre États du « partenariat oriental ») – il serait peut-être temps temps de prendre plus sérieusement en compte le quatrième critère de Copenhague. Et surtout de “consulter” l’opinion sur l’opportunité de cette deuxième vague d’élargissement. L’exercice des consultations démocratiques voulues par le président français Emmanuel Macron devrait en être l’occasion.

Les dirigeants des Institutions et des États ne devraient pas oublier que tout nouvel élargissement devra être approuvé par référendum dans plusieurs des États membres.

L’histoire enseigne que l’éclatement des empires est souvent causé par leur extension démesurée qui provoque une perte d’unité et de contrôle de l’ensemble. Où se situe – pour l’Union en tant qu’ “empire » politico-économique – le point de rupture “le pont trop loin” ? La question mérite au moins d’être posée.

(Jean-Guy Giraud)

* Administrateur du Parlement européen puis conseiller du Président, secrétaire général de la Cour de Justice puis du Médiateur de l’UE, directeur du Bureau du Parlement européen en France, Jean-Guy Giraud a été président de l’Union des Fédéralistes européens-France.

(1) L’article 49 TUE prévoit que ces critères « sont pris en compte par le Conseil européen ».

(2) Notamment la difficulté de parvenir à l’unanimité imposée au sein du Conseil européen et, pour les décisions les plus importantes, au sein du Conseil.

(3) Le principe d’un Commissaire par État membre a été maintenu par le Conseil européen en dépit des stipulations du Traité de Lisbonne (article 17§5)

(4) Par décision du Conseil, le nombre des juges du Tribunal (au sein de la Cour de Justice) a déjà été porté à … 56

(5) Pause décrétée jusqu’en 2019 par le président Juncker au début de son mandat – mais qui n’a nullement freiné les négociations en cours au niveau des services.

Augmentation des passages en Méditerranée

(crédit : Frontex)

(B2) Selon l’agence Frontex, il y a eu environ « 27.000 « détections des passages frontaliers illégaux sur les quatre principales routes migratoires vers l’UE en mai ». Un nombre en diminution de 75%, au cours des cinq premiers mois de 2017, par rapport à la même période de l’année dernière – où ce chiffre atteignait 84.000.

+77% en mai par rapport à avril au large de l’Italie

Ce chiffre ne doit pas cacher que c’est la Méditerranée centrale qui désormais est la voie principale d’arrivée : trois migrants sur quatre arrivés en Europe cette année sont venus à travers l’Italie. En mai, le nombre de migrants arrivant en Italie par la voie de la Méditerranée centrale a augmenté de 77% d’avril à 22.900. Soit 60.000 depuis le début de l’année (+ 26% que pour la même période de 2016). Parmi eux, principalement des Nigerians, des Bangalis et des Ivoiriens, qui représentaient le plus grand nombre de migrants.

Grèce : augmentation mais très relative…

Le nombre de migrants arrivant en Grèce par les voies maritimes et terrestres en mai a augmenté de 31% par rapport au mois précédent se montant à plus de 2.240, en grande partie grâce à l’amélioration des conditions météorologiques. Le chiffre était semblable en mai 2016. Au cours des cinq premiers mois de l’année, quelque 9.900 migrants ont atteint les îles grecques, soit 94% de moins que dans la même période de 2016. Les Syriens et les Irakiens constituent la majorité du flux de la Méditerranée orientale en mai. NB : Des demandeurs d’asile potentiels. Ce qui distingue cette route de la route de Méditerranée centrale.

… et au large de l’Espagne

On assiste à une légère recrudescence dans l’Ouest de la Méditerranée avec un nombre de détections des passages frontaliers illégaux qui a plus que doublé au cours des cinq premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2016 à près de 6.000, « en grande partie en raison d’une activité accrue aux frontières terrestres des enclaves espagnoles de La Ceuta et Melilla en Afrique du Nord ».

Faible trafic dans les Balkans

Dans les Balkans, le nombre de détections de passages frontaliers illégaux, reste « faible», « semblable au mois précédent ». Les raisons de cette baisse importante au cours des derniers mois sont le fait que « moins de migrants quittent la Turquie par ses frontières terrestres vers les Balkans occidentaux » signale l’agence Frontex. NB : L’accord UE-Turquie tient donc , malgré tous les impondérables politiques.

(NGV)

(1) L’agence Frontex dresses des statistiques sur le nombre de détections du franchissement illégal des frontières aux frontières extérieures de l’Union européenne. Le nombre de migrants réels est donc inférieur. Une même personne peut tenter de traverser la frontière illégalement plusieurs fois à différents endroits. NB : Cette notion de multiple détection diminue largement en Méditerranée centrale où le choix est assez binaire : arrivée ou noyade.

ArmsAirlift@Birn1607

Balkans Arms Airline. Un trafic bien organisé entre Balkans et Moyen-Orient

ArmsAirlift@Birn1607

(B2) De Belgrade ou Nis, de Bratislava ou d’Ostrava, de Sofia ou de Bourgas … ce sont pas moins de 68 vols cargos chargés d’armes qui sont venus ces derniers 13 mois approvisionner les conflits en Syrie et dans le Golfe révèle une enquête menée par plusieurs journalistes des Balkans. 50 de ces vols sont confirmés comme transportant des armes, 18 de ces vols le sont « probablement ». Et ces charters d’un nouveau genre ne semblent pas nouveaux. Depuis 2012, nos confrères des Balkans estiment que ce trafic, très organisé, atteint une valeur d’au moins 1,2 milliard d’euros.

Un trafic très organisé

En examinant plus attentivement les données d’exportation d’armes, les rapports de l’ONU, les dossiers de vol, et les contrats d’armes sur un an, ce sont ainsi des milliers de fusils d’assaut, des obus de mortier, des lance-roquettes, des armes anti-chars et de mitrailleuses lourdes qui sont partis des stocks et des usines de Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Monténégro, Roumanie, Serbie et Slovaquie. Destination : la Syrie via la Jordanie, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis. Le Yémen et la Libye seraient également des destinations finales des armes, bien que dans une moindre mesure. Pour les transporter, l’avion le plus couramment utilisé est l’Ilyushin II-76. L’avantage : il transporte dans ses flancs jusqu’à 50 tonnes de fret, soit environ 16 000 fusils AK-47 Kalachnikov.

Des achats bien organisés… via la CIA

Ces armes, achetées par les Saoudiens, les Turcs, les Jordaniens et les Emirats Arabes unis sont ensuite acheminés à travers deux installations secrètes de commande – appelée opération militaire Centres (MOC ) – en Jordanie et en Turquie. Ces unités coordonnent la distribution d’armes à des groupes d’opposition syriens sélectionnés par les Américains selon le think-tank d’Atlanta, le Centre Carter.  Selon Robert Stephen Ford, ambassadeur américain en Syrie entre 2011 et 2014,  la CIA a probablement joué un rôle d’intermédiaire entre les pays des Balkans (notamment Serbie, Bulgarie et Roumanie) et du Moyen-Orient pour la vente des armes.

Les Américains en première ligne

Les journalistes ne manquent pas de souligner que le Département de commandement des opérations spéciales de la Défense (SOCOM) des Etats-Unis a également acheté et livré de grandes quantités de matériel militaire en provenance d’Europe de l’Est pour l’opposition syrienne dans le cadre d’un programme de « train and equip », pour une valeur de 500 millions $. Ainsi, depuis décembre 2015, trois navires cargos ont transporté 4.700 tonnes d’armes et de munitions en provenance des ports de Constanza (en Roumanie) et Burgas (en Bulgarie) vers le Moyen-Orient. Probablement dans le cadre « d’une livraison clandestine d’armes en Syrie ». Les envois inclurait des mitrailleuses lourdes, des lance-roquettes et des armes anti-chars – ainsi que des munitions, des mortiers, des grenades, des roquettes et des explosifs. L’origine des armes livrées est, elle, inconnue. Les documents que les journalistes ont pu consulter ne donnant les informations qu’à partir de stocks localisés en Europe centrale et orientale.

NB : C’est principalement à travers les réseaux sociaux, notamment twitter et Facebook, que ces armes sont ensuite localisées à leur destination finale. Un groupe de soldats kurdes, soutenus par le SOCOM, ont ainsi publié de nombreuses photos montrant un entrepôt où s’empilent des boîtes de munitions, avec l’estampille made US.

Un boom des ventes depuis 2012

C’est le conflit en Syrie qui est le principal facteur de cette augmentation selon les auteurs de l’enquête. Avant le printemps arabe en 2011 , le commerce des armes entre l’Europe de l’Est et l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis, Émirats Arabes Unis , et la Turquie – quatre principaux partisans de l’opposition syrienne – était négligeable, voire inexistant, selon l’analyse faite par les journalistes. Cela change en 2012. 

Les usines des Balkans tournent à plein tube

Et le rythme des transferts ne ralentit pas, avec quelques-unes des plus grandes transactions approuvées en 2015. Les usines de fabrication d’armes de Bosnie-Herzégovine et de Serbie tournent à « pleine capacité », avec des équipements supplémentaires et d’autres « ne prennent plus de nouvelles commandes ».

Plus d’1,2 milliard de commandes

Depuis 2012, huit pays d’Europe orientale auraient ainsi exporté plus de 829 millions d’euros d’armes et munitions vers l’Arabie saoudite, 155 millions vers la Jordanie, 135 millions vers les Emirats arabes unis et 87 vers la Turquie. Seul le Qatar, pourtant fournisseur clé d’équipement militaire à l’opposition syrienne, n’est pas dans les licences d’exportations en provenance d’Europe centrale et orientale.

Le chiffre est probablement beaucoup plus élevé estiment les auteurs de l’enquête. « Les données sur les licences d’exportation d’armes pour quatre pays sur huit ne sont pas disponibles pour 2015 et sept des huit pays pour 2016. » 

(transcrit par Nicolas Gros-Verheyde & Leonor Hubaut)

(1) Enquête réalisée par le Balkan Investigative Reporting Network – BIRN Kosovo et BIRN HUB – une équipe de journalistes de toute l’Europe centrale et orientale qui a pour ambition de « promouvoir la primauté du droit, la responsabilité et la transparence dans les Balkans et la Moldavie ». Un projet soutenu par l’Agence autrichienne de développement (ADA).

Catherine Ashton retrouvant ses souvenirs de jeunesse, se joignant aux manifestants sur la place de Kiev (crédit : SEAE)

Cathy, côté face. Lady Ashton, côté pile

Catherine Ashton retrouvant ses souvenirs de jeunesse, se joignant aux manifestants sur la place de Kiev (crédit : SEAE)

Catherine Ashton retrouvant ses souvenirs de jeunesse, se joignant aux manifestants sur la place de Kiev (crédit : SEAE)

(BRUXELLES2) La Haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Catherine (Cathy) Ashton, est une personnalité ambivalente (comme toutes les personnalités politiques). Et la saisir, en deux mots, est difficile. Entre ceux qui n’ont que critiques et mépris pour la Haute représentante de l’UE et ceux qui sont tout miel (parfois ce sont les mêmes à quelques jours d’intervalle !), il est encore plus délicat de se faire une idée.

On peut effectivement avoir du mal à comprendre la Baroness. B2 s’y est essayé régulièrement. Et je dois remarquer qu’à feuilleter certains articles, publiés dans le passé, ils gardent (pour la plupart) toute leur pertinence aujourd’hui encore. Leurs différentes nuances permettent de reconstituer un parcours fidèle.

Des dossiers où elle s’engage (et réussit), d’autres qu’elle délaisse

Pour bien cerner la personnalité « Ashton », il faut considérer qu’elle a toujours été plus intéressée par le volet « politique étrangère – diplomatie » de son portefeuille que par le volet « politique de sécurité – défense ». Sur le premier, elle dispose de leviers notables et elle y a un goût certain. Sur d’autres, cela dépend des États membres. Et ce n’est pas sa tasse de thé. On ne peut nier son engagement européen, réel. Mais il reste contraint par la réalité britannique qui est toujours plus réticente et plus hostile à l’intégration européenne. Cathy est écartelée entre ses deux « nationalités », qui s’écartent de plus en plus.

Volet diplomatique : un engagement réussi sur certaines zones

Sur le volet diplomatique, Cathy a engrangé certaines réussites — les Balkans et l’Iran notamment, mais aussi l’ouverture de la Birmanie ou la Corne de l’Afrique. Même si certains pourront dire qu’elle n’a fait que bénéficier d’un concours de circonstances et du travail de ses prédécesseurs, son entêtement ou sa persévérance, son sens de la négociation, ses sourires ou..? son mauvais caractère, trouvent là leur plein effet ! Sa nationalité (britannique) et son lien étroit avec le Département d’État US (Hillary Clinton puis John Kerry) sont, même, un avantage sur ce plan. A noter que la plupart de ces terrains d’action correspondent aux priorités annoncées dès le début. Ce qui témoigne d’une certaine fidélité à ses engagements – et à des… zones d’intérêt britanniques (un hasard :-).

Petit bémol cependant, mis à part la Corne de l’Afrique, elle a largement délaissé le continent africain, la laissant aux autres commissaires au Développement (A. Piebalgs) ou à l’Aide humanitaire (K. Georgieva). Mais sans leur en déléguer expressément cette responsabilité. Ce qui complique la donne.

La mise en place du Service diplomatique européen (SEAE) — si elle n’a pas été évidente —, est une de ses réussites et sans doute la plus notable, même si elle reste discrète. Cet instrument servira pour l’avenir et devrait se révéler un des meilleurs outils que l’Europe ait créé pour assurer son aura extérieure. Assez rapidement, les délégations de l’UE ont d’ailleurs trouvé leur rôle et prouvé leur efficacité, au point qu’on peut leur attribuer le qualificatif « d’ambassades ».

Le déplacement de Cathy Ashton à Kiev pour se joindre aux manifestants de la place Maidan est un acte délibérément risqué politiquement. Le pouvoir a, certes, ridiculisé l’Union européenne en employant la manière forte juste avant, après avoir dit qu’il voulait dialoguer. Mais cette « victoire » n’est qu’apparente et pourrait être de courte durée. La « bataille » n’est pas terminée. De toute façon, il fallait certainement être là aux cotés des manifestants. Gageons d’ailleurs, en foulant le pavé de la place Maidan, Cathy a sûrement retrouvé l’accent de sa jeunesse de militante… et n’a pas été mécontente de faire un peu « la nique » aux autres responsables politiques, en les prenant de court.

Volet gestion de crises : absences, incompréhensions, errements = échec

Sur le volet « gestion de crises », c’est l’envers du décor de Lady Ashton. La réussite n’est pas au rendez-vous. D’Haïti, au début, à la République centrafricaine aujourd’hui, les absences se succèdent sans qu’on puisse dire qu’il s’agisse d’actes involontaires.

Incompréhensions. La Baroness n’aime pas être surprise, et contrainte par les événements. La gestion de crises devant procéder par le biais d’instruments rapides qui lui échappent – comme l’aide humanitaire – ou le militaire – qui dépendent largement des Etats membres -, elle s’en désintéresse. Non pas tellement qu’elle y soit hostile. Mais ce n’est pas »valuable« , valorisable, au sens anglais et britannique du terme. A quoi sert de monter une politique (européenne) de sécurité et de défense s’il existe déjà l’OTAN ? se dit la Haute représentante, mezzo vocce.

Quelques missions ont bien été lancées. Mais elles sont loin d’être un succès. EUAVSEC Sud Soudan a été fermée en toute discrétion, EUCAP Sahel Niger s’est heurtée à de grosses difficultés et végète, EUCAP Nestor a mis presque 2 ans pour se mettre en place (après 3 ans de réflexion !). L’après-mission en Irak et au Congo se heurte à de sérieuses inconnues… La seule mission lancée qui a un réel succès est EUTM Mali. Mais on ne peut pas dire que la Haute représentante ait largement poussé en avant ce projet.

Errements. Les principaux problèmes qui existaient, avant 5 ans, n’ont pas vraiment été réglés. Les rigidités du règlement financier n’ont, par exemple, pas été solutionnées. Les ministres de la Défense des « 28 » l’ont encore rappelé à la mi-novembre. Aucune des dispositions innovantes du Traité de Lisbonne (fonds de lancement, clause de solidarité, clause d’assistance mutuelle, groupe d’avant-garde, coopération renforcée ou coopération structurée permanente…) n’a reçu le début d’une proposition, d’une initiative forte. On pourra avancer que des Etats membres traînent des pieds. C’est un fait ! Mais on ne peut pas certifier qu’ils aient été vraiment mis au pied du mur. La tentative de mettre en place un quartier général militaire européen permanent, il y a un an, s’est soldé par un échec et a signifié pour Lady Ashton que le militaire n’était pas la clé de son succès (Lire : Pas de QG militaire européen : un échec personnel pour Cathy Ashton (Maj)).

Absences ! Il n’est donc pas étonnant que l’intervention française en République centrafricaine n’ait pas fait l’objet d’une salutation de la part de la Haute représentante qui s’est contentée de saluer la résolution obtenue aux Nations Unies. Le même phénomène s’était produit pour l’intervention au Mali (où ce n’est que très timidement et tardivement que Lady Ashton avait salué l’intervention française). Celle-ci intervient cependant selon la doxa européenne : urgence sur le terrain, consensus international, demande des responsables locaux, partenariat avec une organisation régionale et autorisation du Conseil de sécurité. On n’est pas du tout dans le contexte de l’intervention en Irak de 2003 (qui a pourtant eu le soutien, réitéré encore aujourd’hui, de la Baroness) ni même de la Libye (où il y avait de grosses réticences coté africain). Pire, Lady Ashton a stoppé toute planification de l’envoi d’un battlegroup en renfort des troupes françaises pour éviter de mettre les Britanniques (qui ne voulaient pas y aller) en position de mettre un veto. Lire : Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !

Il y a bien donc deux facettes à la Haute représentante. Et, selon son axiome, on peut tresser des louanges à Lady Ashton ou dire pis que pendre. Chacun ses préférences ! Etant résolument en faveur d’une certaine Europe de la Défense, il ne faudra donc pas s’étonner de voir des articles parfois négatifs sur la Haute représentante. Ce n’est pas sa personne qui nous gêne. Au contraire ! Les « rares » fois où nous avons eu l’occasion de discuter en face à face, l’impression était positive. C’est la politique qu’elle mène – à l’inverse de l’ambition fixée par les Traités – qui nous irrite …

Lire aussi :

Le service diplomatique va-t-il perdre son directeur Europe/Asie centrale ? (Maj)

(BRUXELLES2) La victoire des socio-démocrates en Slovaquie pourrait avoir une implication directe sur le service diplomatique (SEAE). Miroslav Lajcak (Lajčák), actuel directeur du département Europe et Asie centrale, est pressenti pour prendre la tête de la diplomatie slovaque. Robert Fico, le nouveau Premier ministre (SMER), voudrait en effet constituer un gouvernement doté d’une assez large assise, avec des personnalités reconnues, et pas uniquement les membres du parti. Miroslav Lajcak a l’avantage d’être déjà connu du nouveau dirigeant slovaque. Il a, en effet, été son ministre des Affaires étrangères (en 2009) avant de partir pour le service européen des affaires extérieures (SEAE).

Plutôt qu’un départ de Bruxelles, c’est un retour à Bratislava. Lajčák dispose d’une expérience fournie, et non marquée politiquement. En poste dans plusieurs ambassades (notamment à Moscou, Tokyo et Belgrade), il a été chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1994 de Jozef Moravčík, le premier ministre des Affaires étrangères de la Slovaquie (issu du mouvement VPN « peuple contre la violence », équivalent du Forum civique à Prague, puis membre du HZDS le parti conservateur de V. Meciar). Il a servi également Haut représentant de l’ONU et de l’UE en Bosnie-Herzégovine en 2007-2009. Son nom avait même été avancé, un moment, pour être le représentant slovaque à la Commission européenne (en 2009).

La politique des Balkans est citée partout comme un exemple de réussite du service diplomatique européen et plus généralement de l’Union européenne. Il faudra alors trouver des « solutions opérationnelles » pour son remplacement, assure la porte-parole de la Commission Pia Ahrenkilde, précisant ne pas avoir reçu de demande expresse.

(Maj 14 mars) Le départ pour Bratislava a été confirmé à B2 par un proche du directeur du département.

Et de 28 ! Croatie c’est oui, Serbie p’t’être ben qu’oui !

Signature du traité d'adhésion de la Croatie (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) La Croatie a gagné, aujourd’hui, en marge du sommet européen, ses galons de 28e État membre de l’Union européenne. Le traité d’adhésion doit maintenant être ratifié dans les 28 pays.

A deux doigt du statut

La Serbie n’a, en revanche, pas obtenu son statut de pays candidat à l’UE. Mais les 27 n’ont pas osé lui infliger le camouflet d’un refus du statut du pays candidat. La Serbie a, en effet, rempli toutes les conditions qu’on exigeait d’elle, notamment la livraison des suspects de crimes de guerre réclamés par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et l’ouverture d’un dialogue avec Pristina.

Mais les tensions persistantes, voire croissantes, dans le nord du Kosovo ont pesé sur les dernières semaines. Les dernières échauffourées qui ont fait plusieurs blessés parmi les troupes allemandes n’ont fait qu’encourager Angela Merkel, la chancelière allemande, à durcir sa position. Elle exigeait de la Serbie. Mais plusieurs pays, notamment la France ou les pays voisins comme la Hongrie, militaient pour la reconnaissance du statut du pays candidat.

A l’approche des élections (prévues en mai de l’année prochaine), le risque d’une radicalisation est réel. Et la récente conclusion d’un accord sur les postes frontières entre Belgrade et Pristina incite à un relatif optimisme. Les 27 ont donc bricolé une nouvelle procédure.

Une évaluation en forme de pression

Une évaluation va être réalisée. Elle sera conduite sous l’egide des ministres des Affaires européennes. Les critères de cette évaluation sont deux ordres. L’un est d’ordre politique et juridique : il s’agit de la poursuite du dialogue entre les deux voisins balkaniques, le règlement de la question de la présence du Kosovo dans les enceintes régionales ou internationales ainsi que la bonne application des mesures déjà prises (postes frontières…). L’autre est plus physique et délicat. Il s’agit d’obtenir la levée des barrages dans le nord du Kosovo et le respect de la libre circulation dans cette partie contestée. Le travail des policiers, juges et douaniers d’Eulex devra aussi être rendu possible. Cette méthode a l’avantage « de renforcer la pression sur Belgrade », a expliqué à B2 un diplomate européen. « Il ne s’agit pas d’avoir des mesures dans 1 ou 2 ans. Mais rapidement. Février est très proche. Et le dialogue entamé doit se poursuivre. Les deux parties, Serbes comme Kosovars, doivent aussi mettre en oeuvre ce qu’ils ont convenu. C’est important »

Le pouvoir de dire oui

La décision sera prise en février, au conseil des ministres des Affaires générales. Ce seront les ministres qui auront tout le pouvoir, d’accepter le statut de pays candidat pour la Serbie. Et ce résultat sera endossé ensuite par le Conseil européen dès le mois de mars. « Cette décision sera automatique » a précisé Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui aurait préféré pouvoir « dire welcome à la Croatie et, le même jour, dire welcome au statut de pays candidat Serbie. C’est important pour la stabilité de la Serbie, de la région et de l’Europe toute entière » a-t-il expliqué.

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Défis, priorités et success story du service diplo selon O’Sullivan

(BRUXELLES2) « Dans un monde de plus en plus incertain et compétitif, nous risquons de perdre de l’influence – en tant qu’Etats individuellement comme en tant que groupe – à moins de pouvoir agir de manière plus cohérente » a averti le numéro2 du service diplomatique européen (SEAE), David O’Sullivan dans un discours prononcé à Dublin début octobre (*), destiné à faire le bilan d’un service au bout de ses premiers neuf mois d’exercice.

Ne pas céder à la tentation du repli sur soi

Dans un plaidoyer, pro domo, en faveur et d’une politique étrangère européenne et du SEAE, il a mis en garde contre toute tentation de repli sur soi. « De la Libye à l’Afghanistan, partout dans le monde, on se tourne vers l’Europe pour aider à prévenir les conflits et les crises. Et comme les Etats-Unis réduisent leur présence, cela augmente la pression sur l’Europe de porter une plus grande charge du fardeau dans le domaine de la sécurité. » Et de conclure : « Nous sommes en train de bâtir l’Eurozone sur une base plus solide. Mais l’Europe doit aussi continuer de regarder vers l’extérieur pour soutenir la paix et la prospérité. (Avec cela), nous défendons nos valeurs et nos intérêts dans le monde.

Avoir des méthodes plus intégrées de gestion de crises

« Nous avons donc besoin de méthodes de réponse de crise de l’UE plus intégrées qui mixent ensemble les capacités de gestion de crises et d’aide humanitaire ou de secours en cas de catastrophes. » souligne O’Sullivan. « (Des méthodes) à relier à la politique de sécurité et de maintien de la paix, en particulier celle de la prévention des conflits, où l’UE a développé avec succès des instruments comme les missions de la PSDC. En dernier lieu, nous voulons renforcer la capacité de l’UE dans le maintien de la paix à travers la diplomatie, les initiatives de développement et de gestion de crises. »

Priorités : l’Afghanistan et la lutte contre la piraterie

Deux zones retiennent en priorité l’attention du SEAE, explique son Directeur administratif : « l’Afghanistan et la question de la piraterie sur les côtes somaliennes, où la présence de l’UE va augmenter de façon importante en 2012. Mais notre travail ne s’arrête pas là. L’Afrique reste par exemple un axe majeur de nos efforts diplomatiques et financiers. »

L’organisation du service un grand défi

Donner du temps au SEAE avant de le critiquer

« L’établissement d’un service diplomatique commun de l’UE est un projet de long terme » plaide O’Sullivan. « Nous avons besoin de temps pour établir la confiance et des relations de travail apaisées avec les Etats membres. Ceux-ci ont un fort attachement à la politique étrangère qui est une part clé de leur souveraineté et de leur identité, tandis que pour l’UE c’est une dimension importante mais pas exclusive. Il serait profondément injuste de juger (notre travail) le succès de ce projet sur la base des neuf premiers mois de sa fonction. »

Pour le SEAE, la grande nouveauté : la préparation des Conseils

Le « plus gros changement » pour le SEAE – selon O’Sullivan – a été peut-être d’apprendre à soutenir le HR dans sa fonction de présidence du Conseil des ministres des Affaires étrangères. Un job exercé auparavant par la présidence tournante. « Nous faisons tout, de l’agenda à la tenue d’une conférence de presse à la fin. Définir l’agenda est une tâche cruciale » explique-t-il. « Nous avons tenté de définir les agendas jusqu’à mi 2012 à travers un propre processus de planification interne (suivant une procédure top down et « bottom up » en accord avec la Haute représente), un peu comme le faisaient la présidence tournante. L’agenda au final est fixé par Cathy Ashton sur la base de ses propres priorités et le conseil des Etats membres qui peuvent ajouter des points d’agenda au Coreper. C’est une phase d’apprentissage pour nous tous. Le Conseil en lui-même est préparé, bien sûr, à travers les différents groupes de travail que nous présidons également. »

Une grande partie du temps en interview

Le SEAE a reçu 8830 candidatures pour 181 postes offerts dont 66 de direction, que ce soit au siège ou dans les délégations. Environ 2/3 de ces postes ont été pourvus par des diplomates des Etats membres de façon à atteindre l’objectif d’1/3 d’ici 2013. Moi même j’ai passé la plupart de mon temps ces derniers 4 mois dans des panels d’interview. La plus grande part du travail est fait. Et il n’y a pas eu de « millenium bug », ce qui est déjà un grand résultat.

Défi : renforcer les équipes en fonction des besoins politiques

Le défi aujourd’hui selon le directeur administratif du SEAE, dans la 2e phase de mise en place qui verra le SEAE gérer son propre budget et de prendre une responsabilité efficace de la gestion du personnel, est de trouver la bonne mesure, la bonne tonalité d’un point de vue d’organisation pour être sûr d’aller dans la bonne direction. Dans plusieurs cas, il va falloir faire certains ajustements pour s’assurer que nos ressources humaines sont en adéquation avec l’évolution de nos besoins politiques. Nous avons déjà anticipé certains changements au siège en renforçant le département Moyen Orient et Afrique du Nord qui doit coordonner notre réponse pour le printemps arabe. Mais l’objectif ultime, bien sûr, est d’être efficace sur nos priorités politiques.

Six success stories

Quoi qu’il soit, le directeur dresse six domaines de « success stories » pour le SEAE.

  • les Balkans : « où nous avons aidé à maintenir la stabilité, diminuer la tension et pousser un agenda pro-européen. Nos efforts diplomatiques ont permis de faciliter le dialogue entre la Serbie et le Kosovo, de promouvoir la stabilité en Bosnie-Herzégovine. » Idem au Kosovo. « Avec la mission EULEX nous avons aider à exercer la justice et sommes des fournisseurs de stabilité. »
  • La politique du voisinage : « nous avons rapidement redéployé les financements de l’UE pour soutenir la démocratie autant que l’économie et le développement »
  • La réponse de crises : « spécialement à Haïti et dans le voisinage du sud, l’UE a agi de manière plus conjointe et a été pour la première fois reconnue comme le seul coordinateur de toutes les activités ».
  • La lutte contre la piraterie : « à travers une série d’actions au large des côtes somaliennes et à terre, l’UE a aidé à sécuriser les lignes commerciales maritimes contre la piraterie qui constitue une menace à la sécurité en Afrique australe et orientale, à la fourniture de l’aide (humanitaire) et au commerce naval. »
  • • Le processus de paix au Moyen Orient : « L’UE a développé un nouveau rôle plus central, nous ne sommes pas seulement un payeur mais aussi définitivement aussi un acteur. Les autres regardent étroitement ce que nous faisons et veulent suivre notre approche. Cela représente un changement radical. Nous continuons aussi de soutenir le processus de construction de l’Etat (state-building) des Palestiniens. »
  • • L’ONU : l’adoption de la résolution à l’assemblée générale des Nations-Unies le 3 mai est aussi un succès pour l’UE. Cela donne à l’UE la possibilité de jouer un rôle plus global aux Nations-Unies, pour présenter nos positions formelles.
  • NB : dans tout bilan dressé, il y a la reprise de l’actif précédent et on enjolive un peu. C’est le travail du « Politique ». Mais il aurait été plus juste de dire que la mission Eulex Kosovo comme la mission de lutte contre la piraterie Eunavfor n’ont pas été l’oeuvre du SEAE mais préexistaient à celui-ci. Ceci est un succès pour l’UE tout comme l’est la politique de stabilisation menée depuis quelques années dans les Balkans. Concernant la réponse de crises, honnêtement, la plus-value du SEAE existe sans doute au plan interne (au niveau de l’administration) mais il est difficile de la voir au plan externe (au niveau du public) ; la réponse humanitaire de l’UE à travers ECHO existe déjà depuis des années et a trouvé son rythme de croisière ; la solidarité consulaire s’est renforcée au fil des ans. Sur le plan sécuritaire, l’opération EUFOR Libya est un échec notable et n’a de valeur que celle d’un « exercice » et c’est l’OTAN et les Etats individuellement qui ont mené la « danse ». Ceci dit, au bilan du SEAE en 9 mois, on peut dégager deux succès indéniables : dans les Balkans et à l’ONU. Au Moyen-Orient, je dois être trop peu connaisseur du sujet 🙂 pour distinguer le résultat dont parle D. O’Sullivan. Mais peut-être cela viendra…

(*) Document original disponible dans les « docs de B2« . Discours prononcé en anglais. La traduction ci-dessus est donc personnelle. L’anglais devenant la langue quasi-exclusive du SEAE, il ne faut pas s’attendre à une traduction ; l’habitude étant en passe de devenir un usage, avant de devenir la règle.

Deux autres directeurs nommés : Balkans et Corne de l’Afrique

(BRUXELLES2) Deux hommes expérimentés, anciens représentants spéciaux de l’UE, viennent d’être nommés (jeudi 4 août) par la Haute représentante de l’UE, comme directeurs au service diplomatique l’un pour la Corne de l’Afrique, l’autre pour les Balkans.

Le Belge Koen Vervaeke, jusqu’à présent représentant spécial et chef de la délégation pour l’Union africaine, devient directeur pour la Corne de l’Afrique, le sud de l’Afrique et l’Océan indien ; la zone la plus exposée en ce moment (famine + conflits + piraterie). Né le 22 avril 1959, diplômé en histoire de la KUL, la Katholieke Universiteit Leuven, il commence à travailler à l’ASLK et entre au ministère des affaires étrangères en 1987. Il travaille dans les ambassades belges de Tunis (premier secrétaire), de Bujumbura (conseiller politique) puis à la représentation permanente belge à l’ONU à Genève (1995-1999). Après démarre la « grande épopée », comme porte-parole de Louis Michel (surnommé Big Loulou) qui officie comme ministre des affaires étrangères. Une période plutôt chargée entre l’arrivée de l’extrême-droite en Autriche, les attentats du 11 septembre, le traité de Nice, et l’activisme de son « patron » et la présidence belge de l’Union européenne. En 2003, il devient conseiller sur les affaires africaines du Haut représentant de l’UE (Javier Solana) et chef de l’unité Afrique du Conseil de l’UE. En décembre 2007, il est nommé représentant spécial et chef de la délégation de la Commission européenne auprès de l’Union africaine à Addis Abeba (Ethiopie). C’est le premier chef à inaugurer ainsi la double casquette (Commission / Consei) devenue aujourd’hui la règle avec la création du service diplomatique européen (SEAE).

(crédit : OTAN)

L’Italien Fernando Gentilini, devient le directeur pour les Balkans, la Turquie et Europe de l’Ouest. Il exerce encore la fonction de représentant spécial pour le Kosovo (à titre intérimaire jusqu’à fin septembre) et aura comme première tâche d’assumer le rôle. Comme nous l’avions récemment mentionné, c’est un sérieux connaisseur de cette région.

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Enlisement en Libye ? Retour sur quelques opérations militaires passées

Exercice « Search and Rescue » du 2e bataillon de la garde nationale du Kansas à Djibouti (Crédit : US Air Force photo/Master Sgt. Dawn M. Price)

(BRUXELLES2) Pour évaluer l’efficacité de la campagne menée en Libye par la coalition et l’OTAN, il est intéressant de se référer à quelques opérations d’envergure de ces vingt dernières années.

L’analyse est volontairement succincte pour permettre la comparaison. Mais on perçoit tout de suite quelques éléments, en termes de préparation et de moyens engagés (pour simplifier, je nomme forces « rebelles » ceux qui n’ont pas le pouvoir). Si l’offensive a parfois été « rapide », elle n’a pas duré quelques jours mais plusieurs semaines, et souvent après une intense préparation. Seule exception : l’Afghanistan en 2003, mais avec une situation bien spécifique. Avant de dresser un bilan et de parler d’enlisement, il faut donc attendre quelques semaines — 3 mois environ —. Et, d’une certaine façon, la campagne libyenne cumule les inconvénients de la campagne croate de 1993-1995 (par son absence d’engagement terrestre), de l’Afghanistan 2001 (par l’absence de délai de préparation et l’importance du territoire) que les avantages de l’Irak 2003 (longue préparation + engagement terrestre massif).

Irak – 1990. L’opération « Tempête du désert » (Desert Storm) se déclenche contre l’Irak six mois après les premiers ultimatums demandant à Saddam Hussein de retirer ses troupes du Koweit. Entre août 1990 et janvier 1991, cela a laissé le temps aux Etats-Majors de peaufiner leurs plans. Les Américains ont massé, sur le terrain, 200.000 soldats, un millier d’avions, 700 chars et 80 bateaux. L’opération en elle-même dure environ 7 semaines. Mais c’est sans compter la crise kurde qui durera ensuite plusieurs années. Démarrent alors, au nord, les opérations Provide Confort jusqu’en 1997 puis Northern Watch et, au sud, Southern Watch (no fly zone) sur les zones chiites. Durée : préparation = 6 mois, opération = 7 semaines. Eléments : volet aérien important, engagement terrestre direct massif.

Croatie – 1995. Cette offensive est souvent citée comme l’exemple même de la contre-offensive victorieuse et rapide. C’est oublier qu’elle a été précédée d’une notable préparation. Face à l’armée yougoslave-serbe, qui a hérité des structures de l’armée fédérale, l’armée croate est en devenir. Elle dispose cependant d’un embryon de fonctionnement (les Croates de l’armée fédérale, la milice), puis d’une aide logistique, en matériel et en formateurs « extérieurs » qui ira croissante. Les premiers coups de butoirs commencent en janvier 1993 pour désenclaver la côte dalmate, en septembre 1993 pour dégager les faubourg de Gospic, pour finir en mai 1995 par l’offensive Eclair sur la Slavonie occidentale et en août 1995, en Krajina. Les accords de paix de Dayton sont signés en novembre 1995. Durée : 2 ans de préparation d’une armée et 4 mois séparant les deux offensives victorieuses qui durent effectivement quelques jours. Eléments : volet aérien ponctuel, soutien et formation de forces « rebelles » au sol, pas d’engagement terrestre direct.

Kosovo – 1999. Entre mars et juin 1999, le pouvoir serbe cède et se retire de « sa » province du Kosovo au bout de 78 jours de bombardements. Un pouvoir usé (et entraîné) par 8 années de guerre quasi-ininterrompue en Croatie et Bosnie essentiellement. Alors que « l’armée de libération du Kosovo » (UCK), embryonnaire au départ, a commencé à porter quelques coups depuis deux ans et s’est étoffé peu à peu. Une vigoureuse offensive serbe a lieu entre mai et août 1998. Et l’OTAN qui lancé ses premiers ultimatums en octobre 1998 a bénéficié (comme en Irak) de plusieurs mois pour préparer des plans d’actions (sans compter la présence des forces internationales depuis plusieurs années dans les pays voisins (Bosnie et Fyrom/Macédoine notamment). Durée : 6 mois de planification, 11 semaines d’opérations aériennes + campagne terrestre. Eléments : soutien et formation d’éléments « rebelles » + présence au sol discrète, volet aérien important, engagement terrestre ultérieur.

Afghanistan – 2001. Déclenchée le 7 octobre 2001, avec un temps minimal de préparation après les attentats du 11 septembre, les opérations se déroulent vite. Au débarquement de forces spéciales (dûment dotées en $, 70 millions seront dépensés notamment pour « rémunérer » certaines forces « rebelles »), succèdent la « reconquête » du pays menée en bonne partie par les forces « rebelles ». Kaboul est prise à la mi-novembre, Kandahar début décembre et Tora Bora (à l’est) à la mi-décembre. Durée : préparation 3 semaines, action : 10 semaines. La coalition dispose cependant sur place de forces « rebelles » déjà organisées, constituées et formées à la guerre depuis des années. En face, les talibans disposent de certaines forces mais d’une artillerie plutôt réduite. Eléments : engagement terrestre progressif (forces spéciales), appui aux forces « rebelles », volet aérien ciblé. La phase de stabilisation dure toujours et devrait se terminer en 2014.

Irak – 2003. Déclenchée le 20 mars, gagnée en quelques 20 jours sur le terrain, terminée officiellement le 1er mai (6 semaines), la campagne avait été précédée d’une intense préparation. Commencée en novembre 2001, après les attentats du 11/9, la planification s’intensifie durant toute l’année 2002, où plusieurs plans (Polo Step) sont mis au point. Elle était aussi synonyme d’un fort engagement terrestre des Américains et de leurs alliés (environ 100.000 hommes). Durée : planification/préparation = 1 an et 6 mois, opération = 20 jours. Eléments : volet aérien massif, engagement terrestre direct massif. La phase de stabilisation est terminée depuis août 2010.

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