1989. Bratislava : renaissance ou effrondrement ?

(archives) Située à l’extrême sud de la Tchécoslovaquie à la limite de l’Autriche et de la Hongrie, Bratislava, aussi appelée Pressbourg, était autrefois une cité importante commercialement. De par sa situation stratégique sur le Danube, au confluent d’axes routiers et fluviaux, elle avait même acquis un rôle politique en devenant après l’invasion des Turcs en 1541, la capitale de la Hongrie.

Mais, ces dernières années, la capitale de la Slovaquie était en passe de devenir un « cul de sac » économique, en même temps qu’un désastre touristique. En effet, communisme et orthodoxie aidant, les relations avec l’Autriche et même avec la Hongrie (voyages privés limités à deux par an), se sont réduites au minimum. L’industrialisation menée de façon assez anarchique par le pouvoir, s’est accomplie au détriment de l’environnement et des sites historiques. Celui qui passe à Bratislava en venant de Prague pourra admirer la redoutable efficacité des urbanistes qui leur a fait choisir pour tracé de l’autoroute – la seule qui existe dans le pays – le lieu précis de l’ancien quartier historique, à quelques centaines de mètres du vieux Burg datant du Xe siècle, et au ras de la cathédrale. Tant pis pour les vitraux qui tremblent à chaque passage des 38 tonnes ! De même si aujourd’hui quelques tentatives de réhabilitation ont été engagées, l’état des maisons typiquement hasbourgeoises ne cesse de se détériorer.

Aussi aujourd’hui, à Bratislava, tout le monde espère de l’ouverture des frontières avec l’Autriche qui a succédé à la libéralisation du transit avec la Hongrie. D’abord bien sûr à titre personnel, ensuite parce que chacun en attend une bouffée d’oxygène pour la vieille cité. En effet, quel autrichien, parfois d’origine slovaque, ne se laisserait tenter par cette proximité de 65 kms, pour un coût de vie de trois à six fois moindre en moyenne ? D’abord à titre privé, travailler à Vienne et vivre à Bratislava, c’est un peu comme avoir le beurre et l’argent du beurre. Ensuite, installer des usines à Bratislava pour un industriel autrichien tient du rêve, toutes proportions gardées, d’avoir un petit Taïwan à sa porte : main d’oeuvre qualifiée, salaires plus bas.

Mais cette situation de brusque ouverture, risque de produire des effets pervers pour la population et d’être uniquement à sens unique. La crise du logement ici, n’est pas qu’un slogan. Elle est bien là. Dernièrement, sur deux appartements disponibles pour 20 demandes, un a été attribué à un vieux couple…ils l’attendaient depuis 15 ans. Ensuite, si l’offre de biens de consommation sera plus satisfaisante, les prix risquent d’accélérer leur augmentation, à la manière du scénario hongrois,… même si officiellement ici l’inflation n’existe pas.

Aussi, après les libertés politiques en passe d’être arrachées somme toute assez rapidement ; les experts économiques indépendants se penchent  d’ores et déjà, sur la question plus délicate de redresser l’économie. Le retour à Bratislava d’antan n’est pas pour demain.

Nicolas Gros-Verheyde

(article paru dans le Quotidien de Paris, le 3 déc 1989)