Des avions militaires pour évacuer les ressortissants de l’UE

Crédit : Armée autrichienne

A l’image de la Grèce, qui a été le premier à annoncer l’envoi d’avions militaires pour évacuer ses citoyens (3 avions C130 sont partis à Alexandrie aujourd’hui), plusieurs pays européens ont emboité le pays. L’Autriche vient ainsi d’évacuer à bord d’un C130, 60 Autrichiens et citoyens de l’Union européenne (Allemands, Suisses, Français, Britanniques, Tchèques). L’avion s’est posé sur l’aéroport de Vienne ce (mardi) matin.

Des équipes de soutien de crises

L’Autriche avait dépêché, dès vendredi, des agents du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Intérieur accompagnés de militaires du KUT, le Krisenunterstützungsteams (équipe de soutien de crise) sur le terrain pour assister les autorités autrichiennes consulaires sur les questions de sécurité. Ces équipes se sont déployées sur les lieux de villégiature à Hurghada, à Sharm El Sheikh et au Caire.

Ce n’est pas la première fois que l’Autriche utilise ce procédé. Elle avait déjà eu recours à des avions militaires en juillet 2006 pour l’évacuation de ses ressortissants du Liban.

Dernier exercice pour les Autrichiens du battlegroup « saxon »

Les forces autrichiennes à l'entrainement (Crédit: armée autrichienne/LEITNER)

Les forces autrichiennes de la task force 18 viennent de terminer un exercice d’entrainement sur le terrain d’entrainement de Seetaler Alpe ainsi que dans la mine de sel de St Michael. Objectif : parfaire certaines techniques.

Au menu : deux scénarios volontairement offensifs. Le premier est la prise et la saisie de l’entrepôt d’armes illégales et l’arrestation des forces paramilitaires par des soldats de la compagnie d’infanterie. Le second consiste en l’attaque d’un camp d’entraînement secret de maquisards afin de garantir la sécurité de la population civile. Environ 450 soldats, 80 véhicules et 4 hélicoptères de transport Agusta Bell 212 ont participé à cet exercice.

Les Autrichiens seront en alerte à partir du 1er janvier 2011, pour six mois, sous commandement néerlandais. Ils fournissent une compagnie d’infanterie, environ 180 soldats.

Utiliser les battlegroups en cas de catastrophe ?

(BRUXELLES2) Cette proposition a été lancée par le ministre autrichien de la Défense, Norbert Darabos, lors de la réunion informelle des ministres de la Défense de Gand. « L’année 2010 a été marquée par les catastrophes naturelles les plus graves, comme en Haïti ou au Pakistan, où les plans d’intervention et d’assistance de l’UE requièrent des moyens militaires », a expliqué Darabos à ses collègues. « Il pourrait être judicieux d’utiliser notre force de réaction rapide, qui est fort coûteuse et n’a pas encore utilisée, dans cet usage. Ce serait un signe visible de l’aide humanitaire de l’UE ». « Le battle-group pourrait être utilisé par exemple pour créer un environnement sûr pour les organismes d’aide humanitaire » a-t-il complété. Une idée soutenue par le ministre espagnol de la Défense. Mais pas automatiquement par toutes les délégations.

Commentaire : si on peut comprendre l’intérêt d’un battlegroup pour faire face à une situation sécuritaire difficile (1), suite à une catastrophe, ce qui répond d’ailleurs à l’assouplissement de l’utilisation des battlegroups décidé en 2009 (2), en revanche l’utilisation d’un tel instrument dans une situation de désastre sans risque sécuritaire avéré (type incendies en Russie ou tsunami) paraît délicat pour deux raisons : d’une part, ce n’est ni la vocation d’une force de réaction rapide, ni son entraînement ; d’autre part, cela peut poser nombre de problèmes de confusion des rôles entre militaires et humanitaires, et générer des tensions inutiles. Cette utilisation serait rapidement contre-productive. Il vaut mieux avoir des forces spécialisées dans cette intervention de catastrophes (type B’Fast belge ou Sécurité civile française ou pompiers dans plusieurs pays) – qui, même si elles ont un statut militaire ont une forte tonalité (et apparence) civile. Quitte à les soutenir par un élément de transport aérien ou héliporté. Car ce qui manque surtout en situation de catastrophes, c’est le transport, voire la logistique. Ce qui peut donc être plus utile est donc davantage un dispositif de transport aérien type EATC, voire le futur dispositif pour les hélicoptères évoqué par Pieter de Crem en conclusion de la réunion (3).

(1) Lire également : Séisme à Haïti: Un battlegroup doitil partir ?
(2) Des Battle groups (un peu) plus souples d’emploi
(3) Le « cadre de Gand »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Inzko, le représentant spécial de l’UE en Bosnie, un connaisseur…


(B2) Finalement les 27 se sont mis d’accord sur un nom pour remplacer Miroslav Lajcak comme Représentant spécial en Bosnie-Herzégovine (et haut représentant de la Communauté internationale, OHR). Il s’agit de l’autrichien Valentin Inzko, l’actuel ambassadeur en Slovénie et ancien ambassadeur en Bosnie-Herzégovine. Il n’aura pas la tâche facile, du moins d’après ce qu’en dit son précédesseur (lire « l’échec de la communauté internationale« ). Mais il a l’avantage de bien connaître personnellement, la culture et l’histoire de cette zone
(Et l’Autriche est, en quelque sorte, l’ancienne puissance tutelaire de la région).

Les Balkans, Inzko connait… bien. Valentin Inzko est quasiment né et a occupé nombre de postes dans la Yougoslavie d’abord, dans ses républiques devenues indépendantes ensuite. Né en mai 1949 à Klagenfurt, dans cette région autrichienne proche de la Yougoslavie, d’origine slovène lui-même, il suit ses classes au lycée pour Slovènes de Klagenfurt et continue dans la voie des études slaves à l’université de Graz, où il suit des études de droit, comme de serbo croate et de russe. Docteur en droit, en 1972, il sort également de l’Académie diplomatique de Vienne. De 1974 à 1978, il est chef de la représentation du PNUD (programme des nations-unies pour le développement) à Oulan-Bator (Mongolie) puis à Colombo (Sri Lanka). Il entre ensuite, en 1981, dans l’administration des affaires étrangères autrichienne à la section « Europe centrale, du Sud-Est et asie centrale » – où il reviendra entre 1995 et 2005 comme directeur du service. De 1982 à 1986, il est à l’ambassade autrichienne à Belgrade, comme attaché de presse et attaché culturel. Il passe ensuite trois ans à New-York aux Nations-Unies. En 1989-1990, il revient à Vienne comme directeur de la section Presse – Information. Et part ensuite comme chef de la mission de l’OSCE au Sandjak de Novi-Pazar, d’octobre à décembre 1992 (NB : région situé entre la Bosnie et la Serbie qui avait déclaré son « autonomie » à l’été 1990). Il est ensuite conseiller culturel à l’ambassade de Prague jusqu’à 1996. Puis revient dans les Balkans, à Sarajevo, où il est l’ambassadeur en Bosnie-Herzégovine jusqu’à 1999. Il était depuis janvier 2005, ambassadeur en Slovénie.

 (NGV)

Un contingent autrichien restera au Tchad dans la Minucart II

(B2) Le Conseil des ministres autrichien a décidé, mardi 17 février, de la poursuite de l’engagement du Tchad de l’armée autrichienne, dans un format légèrement réduit. Au lieu de 160, le nouveau contingent sera de 130 soldats. Le contingent autrichien dans l’Eufor comprenait différents éléments – conduite, transport, réparation, soutien, sécurité, médical ainsi que des forces spéciales (Jagdkommando). Ceux-ci ne devraient pas rester. Dans la force de l’ONU, le contingent autrichien assurera en effet surtout des fonctions logistiques et de transport.

 (NGV)

L’Europe se mobilise contre le terrorisme

(Archives B2) Depuis les attentats qui ont frappé Madrid jeudi dernier (11 mars 2004), les spécialistes à Bruxelles des affaires intérieures sont en effervescence

Les principaux dirigeants européens, et des anonymes, rendent hommage aux victimes des attentats de Madrid. (de gauche à droite) Carlos Bastarreche Sagües (représentant permanent de l’Espagne) ; Ramon de Miguel y Egea (secrétaire d’état espagnol aux Affaires européennes), Loyola de Palacio (vice-présidente de la Commission européenne en charge des Transports et de l’Énergie), Romano Prodi (président de la Commission européenne), Xx, Javier Solana (secrétaire général du Conseil et Haut représentant pour la PESC), Chris Patten (commissaire européen chargé des Relations extérieures) (crédit : Commission européenne)

Une série de réunions

Aujourd’hui, la réunion ordinaire des ambassadeurs (Coreper) des 25 pays de l’Union européenne élargie aura un seul dossier sur sa table : la lutte contre le terrorisme. Fait peu ordinaire, le commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, Antonio Vitorino, sera d’ailleurs présent au déjeuner. Vendredi, ce sera au tour des ministres de l’Intérieur de plancher sur la question, lors d’une réunion exceptionnelle. Ils seront relayés lundi par les ministres des Affaires étrangères avant de céder la place aux chefs d’État et de gouvernement en fin de semaine prochaine. Objectif commun de tous les ‘costumes cravates’ : donner un coup de fouet à la coopération européenne en matière de lutte anti-terroriste.

Quelques mesures adoptées, mais d’un seul pied, en boitant

Depuis presque dix ans — et un certain sommet européen tenu, curieuse prémonition, à Madrid en 1995 —, l’Europe n’est pas restée totalement inactive. Surtout après le 11 septembre 2001 et les attentats de New-York. Plusieurs mesures ont été adoptées en matière de coopération judiciaire, de désignation des entités terroristes ou de lutte contre le blanchiment de l’argent. Mais cette progression s’est fait d’un seul pied, en boitant. Si bon gré mal gré, les juges trouvent en effet le moyen de coopérer entre eux — le mandat d’arrêt européen vient d’être mis en place —, il n’en est pas de même pour les services de police ou de renseignement.

Des instruments existent, peu utilisés

Quelques jours avant les attentats de Madrid, Javier Solana, le secrétaire général du Conseil des ministres, soulignait déjà, dans un rapport confidentiel, les réticences des États à partager leurs informations, les lenteurs et le manque de coordination des actions entreprises. Des instruments existent, écrivait-il. « Mais ils sont peu utilisés ou peu compris par les forces de l’ordre et les autorités judiciaires dans certains États ».

‘On a essayé Europol, çà n’a pas marché’

Certes un office dénommé Europol, sensé être un embryon de police européenne, existe bien à la Haye. Mais son fonctionnement est pour le moins erratique. De temps à autre, il parvient à coordonner une opération de … saisie de drogues. La raison ? « C’est simple » nous explique un expert de la Commission européenne, « Europol n’a pas de la part des services de renseignement la collaboration nécessaire. Ce n’est pas vraiment nouveau. Même au niveau national, les services de renseignement n’aiment pas communiquer leurs informations à la police. Alors ce qu’on exige d’eux aujourd’hui. C’est une véritable révolution culturelle. »

« Europol — renchérit un diplomate — ils perdent beaucoup de temps en bureaucratie. Imaginez. Le comité directeur compte 100 personnes. Comment voulez-vous qu’il soit impliqué dans les affaires de terrorisme, où la confiance est une des conditions de base du succès ».

Un bureau européen du renseignement

Reprenant un slogan de pub, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt assène, pour sa part avec le parler direct qui le caractérise, « On a essayé Europol. Cela n’a pas très bien marché ». Et de préconiser plutôt la création d’un « bureau européen pour mettre ensemble les analyses de renseignement ».

L’idée d’une agence européenne de lutte contre le terrorisme, d’un FBI européen, avait été lancée il y a quelques mois par le chancelier autrichien, Wolfgang Schlüssel. Mais elle a jusqu’ici été traitée avec condescendance par certains pays comme la France ou le Royaume-Uni. Elle pourrait refaire surface demain ! « Il faut y réfléchir sérieusement » considère Reijo Kemppinen, le porte-parole de Romano Prodi, le président de la Commission européenne « Ce n’est pas le jour pour critiquer. Aujourd’hui toutes les idées sont bonnes »…

En fait, en matière de terrorisme, c’est de davantage d’Europe dont on a surtout besoin, quelle que soit la forme.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles)

Article enrichi d’une première version parue dans France-Soir le 17 mars 2004

Rapport des sages. Les 14 redeviennent 15

Le rapport des trois sages européens remis à Jacques Chirac hier (vendredi) préconise la levée des sanctions contre l’Autriche.

(archives B2) Les diplomates des Quatorze peuvent souffler, le gouvernement autrichien rengainer ses menaces de référendum… et Haider pourra continuer à souffler le chaud et le froid. Le rapport remis à Jacques Chirac (en tant que présidence de l’Union européenne) hier par les trois sages européens chargés d’évaluer le régime autrichien et le FPÖ, le parti libéral autrichien dont est membre Haider, dresse un constat tout en nuances de la situation autrichienne qui va permettre à la France qui préside l’Union européenne de s’ôter une sérieuse épine du pied en levant – au moins provisoirement – les sanctions « à titre bilatéral » décidées en février.

L’Autriche reçoit un satisfecit

Les trois sages européens nommés début juillet — Martti Ahtisaari, ancien Président de la Finlande, Jochen Frowein, directeur de l’Institut Max-Planck de Heidelberg (Allemagne) et l’ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, Marcelino Oreja — ont effectivement, « au terme d’un examen détaillé », il décerne un large satisfecit au gouvernement Schüssel. L’Autriche respecte en effet « les valeurs européennes communes, en particulier celles relatives aux droits des minorités, des réfugiés et des immigrants. » Mieux ! « Dans certains cas », estiment les trois sages, « les règles autrichiennes sont supérieures à celles appliquées dans d’autres pays de l’Union européenne ».

… mais un FPÖ qui utilise la xénophobie comme cheval de bataille

En revanche, les trois sages étrillent sérieusement le parti de Haider. Certes le rapport définit le FPÖ comme « un parti populiste de droite avec des éléments radicaux ». Mais c’est tout aussitôt pour constater qu’il « a utilisé des sentiments xénophobes durant la campagne électorale » et a créé « une atmosphère » qui a conduit à considérer « comme normales les manifestations dirigées de manière ouverte contre les étrangers ». On ne peut d’ailleurs « exclure – estime le rapport – que puissent surgir de nouveaux courants à la droite du parti ». Ces quelques remarques n’empêche pas les Sages de préconiser la levée des sanctions, car avec le temps, elles sont devenues « contre-productives ».

Risque contre-productif des sanctions

Les sanctions créent en effet « en Autriche des sentiments nationalistes » et peuvent être « interprétées de façon erronée comme des sanctions dirigées contre les citoyens autrichiens ». Lever l’embargo – qui pourrait être annoncé officiellement cette semaine – ne signifie cependant pas renoncer à toute vigilance. Les sages « recommandent vivement » l’adoption d’un mécanisme au sein de l’Union qui pourrait contrôler et évaluer le respect et les actions concrètes des États membres de l’Union en relation avec les valeurs européennes communes. Un mécanisme d’ailleurs également suggéré par la Commission européenne. L’Autriche peut ainsi rentrer, tête haute dans le concert européen… mais les coups de klaxon ne sont donc pas exclus.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(article paru dans France-Soir)

Trois sages pour un requiem

(archives B2) Les Portugais ont réussi à déminer, in extremis, le dossier des sanctions à l’égard du gouvernement autrichien. Les Quatorze pays concernés sont, en effet, tombés d’accord hier sur un compromis acceptable.

Un comité de trois « sages », appartenant à une institution “neutre”, la Cour européenne des droits de l’homme, va être constitué. Sa mission sera double : « rendre compte de l’engagement du gouvernement autrichien vis-à-vis des valeurs européennes communes, en particulier les droits des minorités, réfugiés et immigrants, et de l’évolution de la nature politique du FPÖ », le parti ultra-populiste de Jörg Haider.

« Les sanctions ne sont pas levées » comme s’en défendent Louis Michel, le ministre belge des Affaires étrangères, ainsi que Pierre Moscovici, le ministre français délégué aux Affaires européennes. Mais on prend le chemin d’une normalisation des relations avec Vienne, comme l’a toujours souhaité Poul Nyrup Rasmussen, le Premier ministre danois. Même l’Autriche, par la voix de sa ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner, a jugé« acceptable » ce mandat en dépit du fait qu’il n’y a pas de « calendrier concret pour la fin des sanctions ».

Ce faisant, le Premier ministre portugais, Antonio Guttierez, ôte une sacrée épine du pied à la veille de passer le relais de la présidence européenne à la France. Tous les regards se tournent désormais vers Strasbourg. Le président de la Cour, le Suisse Luzius Wildhaber n’a en effet accepté cette tâche que sous trois conditions : un accord unanime des Quinze, le libre choix des trois sages et toute latitude en matière de calendrier.

(Nicolas Gros-Verheyde) Paru dans France-Soir, juillet 2000

L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche. Des réactions diversifiées

(archives B2) L’entrée du parti de Jörg Haider, leader du FPO, d’extrême-droite dans le gouvernement autrichien dirigé par les Chrétiens-Démocrates de l’OVP suscite des réactions diverses dans la classe européenne, dès la fin janvier.

Nicole Fontaine, la présidente du Parlement européen s’ « inquiète » le 27 janvier 2000 « de la perspective de l’entrée de Jörg Haider au gouvernement autrichien.». Elle estime que « le parti de Jörg Haider véhicule une idéologie qui est aux antipodes des valeurs humanistes qui fondent toute société démocratique. L’UE est fondée sur ces valeurs de respect des droits de l’homme et de refus de l’exclusion et il serait intolérable qu’un parti qui nie ces principes fondamentaux accède au pouvoir dans un des pays de l’Union. »

La droite chrétienne-démocrate embêtée

Cet avis suscite une forte réaction au sein de son parti, le PPE, le parti populaire européen (dont fait partie le RPR et l’UDF), qui apparaît très divisé sur la question (c’est un euphémisme). « Cela va entraîner inéluctablement une crise au sein du PPE » affirme François Bayrou (France, UDF). « Pour ma part et dans mes fonctions européennes, je n’accepterai pas la situation créée par un tel accord ». L’UDF est prête « à mettre en jeu sa participation dans le PPE si l’OVP signe avec le FPO » affirme sa direction. Le Français, Jean-Louis Bourlanges, rapporteur du budget européen, ne dit pas mieux.

Position identique chez les Belges. Joëlle Milquet, président du parti social chrétien (Belgique, PPE) : demande l’exclusion de l’OVP du parti populaire européen s’il conclut une alliance avec le FPO » « Le PSC ne peut accepter qu’un parti qui a véhiculé une idéologie d’extrême droit durant de nombreuses années soit associé au pouvoir grâce à l’appui d’un parti membre du PPE. Il suffit de lire l’ouvrage de Jorg Haider “la liberté telle que je la conçois” pour se rendre compte de l’objectif visé par ce parti. »

Ewa Klamt, député de la CDU (Christlich-Demokratische Union, Allemagne) résume bien le dilemme. « Nous sommes très troublés (disturbed). « Comme Allemande, je me sens spécifiquement concernée par ce qui passe en Autriche. C’est vraiment un problème ».

Le chef du PPE, le Belge (flamand) Wilfried Maertens veut évacuer le problème. « C’est un problème interne à l’Autriche, mais qui a des répercussions au niveau de l’Europe. » Ce problème sera discuté au niveau du parti populaire européen le 10 février.

La gauche vent debout

« Négocier avec l’extrême droite est une ligne que l’on ne doit jamais franchir » affirme Enrique Barón, président des socialistes européens. « L’Europe ne doit pas revivre un Münich politique en acceptant que dans ses Conseils des Ministres siègent des députés d’extrême-droite » affirme Marie-Noëlle Lienemann, vice-présidente du Parlement européen (France, PS). La députée souhaite que « le Parlement européen délibère solennellement, par exemple au cours de la prochaine session plénière en février à Strasbourg, pour indiquer clairement son opposition à toute entrée de l’extrême-droite et appeler les démocrates à refuser de telles coalitions.»

Son compatriote, Gérard Caudron (PS, membre de la commission des affaires étrangères), met en évidence « un paradoxe, celui d’imposer, à juste titre, aux pays candidats à l’élargissement de l’Est de l’Europe, de se débarrasser de leurs oripeaux de xénophobie, de racisme et d’anti-sémitisme alors qu’ils seraient officialisés dans un État membre ».

L’Autrichien Hannes Swoboda, vice-président du Groupe socialiste chargé des affaires étrangères craint que le PPE, qui a déjà accepté des délégations ‘tendancieuses’ comme Forza Italia, accueille des députés de l’extrême-droite autrichienne. Le président de la délégation socialiste autrichienne relève que cinq députés autrichiens (actuellement chez les ‘non-inscrits’) sont à la recherche d’une adhésion dans un Groupe du Parlement: « les chrétiens-démocrates seraient salis, contaminés, par l’accueil de ces députés ».

Certains députés qui siègent parmi les non-inscrits, tel Olivier Dupuis (de la liste Emma Bonino) relève cependant certaines contradictions. « Je n’ai aucune sympathie  pour la position de Haider. Mais il n’y a pas de raison, ni légale (les articles 6 et 7 sont très précis) ni politique pour le sanctionner. Il y a ailleurs des violations graves et persistantes en Belgique, en Italie (justice), en France. En Autriche, il n’y a que des risques, de nature différente certes. Mais il y a des dérives sécuritaires ailleurs en Europe qui n’ont pas provoqué d’indignation particulière (cf. étouffement en Belgique).

Même des députés eurosceptiques, comme le Néerlandais Bastian Belder (SGP Staatkundig Gereformeerde Partij » parti pour la réforme de l’Etat / EDD, Europe des démocraties et des différences, historien de profession) sont troublés « Cela ne va pas aider la position de l’Autriche au sein de l’Union européenne. Je ne suis pas en faveur de ce que dit Haider. Il faut voir ce que cette coalition va pouvoir faire comme politique. »

La position de la Commission européenne 

La Commission européenne parait gênée. « Il ne faut pas préjuger du gouvernement, il a un programme très pro européen » lâche un porte-parole.« Il n’est aucunement question que cette question figure à l’ordre du jour de la conférence intergouvernementale. » affirme la Commission européenne. Il ne faut pas polluer la CIG par d’autres questions que celles fixées par les chefs de l’État. « On ne peut pas exclure un État de l’Europe. On peut juste le sanctionner. Quand on a signé un traité européen — précise un proche de Prodi —, on ne peut en sortir. »

Pour Franz Fischler, le commissaire européen à l’Agriculture (autrichien, conservateur), qui inaugure le 7 décembre 1999, le bureau de la Carinthie (ce land autrichien dirigé par les libéraux et par Haider), il n’y aucune raison de faire un boycott. « La Carinthie est dotée d’un président élu démocratiquement. Cela peut plaire à certains et déplaire à d’autres. Mais cela aussi, c’est la démocratie. » Alors que l’on manifeste actuellement devant la porte, il entend se distinguer. « Ma conception du dialogue est de toute évidence autre que celle de ces manifestants. Je me suis toujours clairement démarqué de toute discrimination à l’encontre des étrangers et des minorités et je ne vois pas pourquoi j’aurais changé sur ce point. » (…)

« Je crois que l’attachement à une Europe commune basée sur la solidarité et la tolérance devrait être sans frontière. Il me semble que nous devrions tous avoir compris maintenant que le nationalisme, la xénophobie et l’isolationnisme n’ont pas seulement marqué les chapitres les plus sombres de l’histoire européenne, ce sont également des notions résolument anachroniques qu’il convient de laisser à leur place : dans la poubelle de l’histoire ! »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une menace de paille

La menace de rétorsion autrichienne contre l’Autriche pourrait bloquer des mesures anti discriminations.

(archives B2) Même pas peur ! Telle pourrait être la réponse des Quinze à la menace de Jörg Haider de boycotter les instances européennes. L’insinuation du extrémiste rappelant à l’Union européenne qu’elle avait besoin de la voix de l’Autriche dans son mécanisme décisionnel n’a, en effet, pas fait bougé d’un iota Bruxelles. Certes la Commission européenne « reste vigilante », assure un porte-parole de l’institution.

Mais, politiquement, cette position « va contre l’esprit de toutes les déclarations du nouveau gouvernement autrichien qui fait son possible pour rassurer ses partenaires européens ». De plus, l’Europe de 2000 n’est plus l’Europe de 1957. Nombre de décisions européennes doivent aujourd’hui être approuvées seulement à la majorité qualifiée. Chaque pays disposant d’un nombre de voix proportionnel à son importance, l’Autriche ne pèse donc, dans ce type de vote, que faiblement. Avec seulement 4 voix sur 87, il lui faut en effet l’apport au minimum de trois autres États dont deux « grands » (France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni) ou de 7 autres « petits » États pour bloquer une décision. Et, toute opposition autrichienne pourrait avoir un effet contraire à celui recherché. Des États pourtant peu réticents à voter un texte pourraient être amenés à retourner leur vote pour éviter d’être mis dans le même sac que l’Autriche.

Il n’en demeure pas moins que le vote à l’unanimité perdure dans certains domaines d’importance. Et face à un tel blocage, la Commission européenne ne peut rien faire. Les sanctions prévues par les Traités ne concernent pas en effet le fonctionnement des institutions communautaires mais uniquement l’atteinte « grave et persistante » aux libertés fondamentales.

Les toutes nouvelles politiques extérieures ou de défense pourraient ainsi pâtir par ce boycott. De même que certains décisions d’harmonisation fiscale ou de libre circulation des travailleurs. Mais ce sont surtout plusieurs propositions de la Commission qui doivent être discutées aux prochains conseils des ministres : en matière de visa et d’immigration, ou pour lutter contre les discriminations raciales et sexuelles qui pourraient ainsi être retardées. Des symboles dont justement la nouvelle Autriche de Schlüssel se passerait bien.

Nicolas Gros-Verheyde

(article paru dans France-Soir)