Une défaite sévère des forces maliennes (v2)

(B2) Les forces armées maliennes (FAMA) ont subi une défaite conséquente dans la région de Mopti, fin septembre début octobre. Une des plus graves attaques des dernières années qui rappelle les pires heures de 2012

Des pertes importantes dans les FAMA

Un détachement malien au poste de Mondoro et une compagnie FAMA de la force conjointe du G5 Sahel dans le camp de Boulkessy ont été attaqués dans la nuit de dimanche à lundi 30 septembre, respectivement à 1h et 4h30 (selon l’état-major malien). Tout près du Burkina-Faso dans la région de Mopti. Au bilan : Au moins 25 morts parmi les FAMA et au moins 60 soldats sont portés disparus. Quinze djihadistes sont également décédés. (Maj) Le bilan revu à la hausse jeudi à 38 morts.

Les rebelles au contrôle durant deux jours

Les assaillants ont pris le contrôle du camp durant plus de deux jours. Ce n’est finalement que mercredi que les forces ont ‘repris’ l’essentiel du contrôle. « Le camp de Boulkessy a été récupéré par l’armée Malienne, suite à de violents combats » indique un communiqué des FAMA publié hier mercredi (2 octobre). « L’ennemi a été obligé de battre en retraite. »

L’intervention de Barkhane nécessaire

Les Maliens n’ont dû leur salut qu’à l’intervention de la force Barkhane, sur terre et sur l’air. Les Français ont tout d’abord déployé « une patrouille de Mirage 2000, ainsi que des hélicoptères Tigre, sur les sites des attaques » indique l’état-major des armées. L’appui de la force Barkhane aux forces armées maliennes s’est « prolongé, à nouveau par des vols d’hélicoptères et de chasseurs, jusqu’au rétablissement du dispositif malien ». Ce qui suppose une intervention conséquente.

(NGV)

Plusieurs soldats français et estoniens blessés à Gao lors d’une attaque suicide (V4)

(B2) Un véhicule piégé (VBIED) a explosé ce lundi (22 juillet) dans l’après midi à l’entrée de la base militaire française de Gao, faisant trois blessés parmi les militaires français et estoniens, a annoncé le porte-parole de l’état-major français des armées, le colonel Frédéric Barbry, à l’AFP

Soldats estoniens au Mali (crédit : Etat major des armées FR)

Une attaque kamikaze

Le VBIED (Vehicle Borne Improvised Explosive Devices) s’est « présenté à 15h45 locales à l’entrée de la partie française du camp de Gao » à l’entrée du camp de la force Barkhane qui abrite également de l’autre côté la force de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) et les forces armées maliennes (Fama). L’attaque visait « initialement l’entrée de la partie du camp des Forces Armées maliennes, mais les assaillants se seraient rabattus sur l’entrée française, en raison des conditions de circulation » indique l’état-major français des armées.

Un véhicule peint aux couleurs de la Minusma

Deux personnes se trouvaient à bord du véhicule, qui était peint aux couleurs de la force des Nations unies, la MINUSMA. Le passager avait, lui, revêtu un uniforme s’apparentant à celui des forces armées maliennes. Il a été neutralisé par les militaires du camp, alors qu’il était sorti du véhicule pour utiliser une arme. Le conducteur est décédé lors de l’explosion.

Une douzaine de militaires blessés…

(Maj) En fait le bilan en nombre de blessés est supérieur à celui annoncé au départ par l’état-major français (trois blessés). Du côté estonien, on relève ainsi « six blessés estoniens, dont trois restent sous soins médicaux » comme l’a précisé le commandant des forces estoniennes Martin Herem lors d’une conférence de presse à Tallinn. « Environ le même nombre de Français ont été blessés. » Les blessés « ont immédiatement reçu les premiers soins, et leurs blessures ne sont pas graves » assure le ministère estonien de la Défense. Certains ont reçu des éclats ou souffrent de contusions, d’autres pourraient subir des troubles auditifs.

… et deux civils maliens

Deux civils maliens présents sur place ont également été blessés. pris en charge par l’antenne chirurgicale de Gao. L’un d’eux était encore en soin, mardi (23 juillet) dans l’après-midi, mais « son pronostic vital n’est pas engagé », précise l’état-major français. Deux soldats estoniens et un soldat français étaient encore soignés.

Conversation téléphonique

Les deux ministres de la Défense l’Estonien Jüri Luik et la Française Florence Parly se sont parlé lors d’un appel téléphonique mardi matin (23 juillet). Florence Parly a souligné « le comportement professionnel des forces de défense estoniennes lors de l’attaque », souhaitant un « prompt rétablissement » aux blessés. Un message similaire de Jüri Luik qui a ajouté : « Nous sommes fiers des membres des forces de défense estoniennes qui défendent la sécurité européenne au Mali. […] Il est dans notre intérêt de faire face aux menaces avec nos alliés, de comprendre les besoins les uns des autres et de renforcer nos alliés ».

Un détachement de 50 soldats

Une cinquantaine de soldats estoniens, issus essentiellement du Scout Battalion Estonia (l’unité de réaction rapide de la 1ère brigade d’infanterie estonienne), assurent depuis près d’un an (août 2018) la force de protection du camp de Gao. Ils sont relevés tous les quatre mois.

(NGV)

A Vehicle Borne Improvised Explosive Devices (VBIED) exploded on Monday (22 July) afternoon at the entrance to the French military base Gao, of the force Barkhane (Mali), causing three French and Estonians casualties, Colonel Frederic Barbry, spokesman of the French General Staff of Armed Forces, said.

Mis à jour mardi 23.7 11h30 (bilan coté estonien), 13h (précisions supplémentaires coté estonien), 18h (circonstances de l’attaque – précisions dans le titre – bilan revu)

Un patrouilleur espagnol délivre l’équipage d’un navire attaqué par les pirates dans le Golfe de Guinée

(B2) Le patrouilleur espagnol Serviola (P-71) a libéré ce lundi (6 mai) l’équipage d’un navire battant pavillon maltais détourné par des pirates dans le Golfe de Guinée, annonce l’état-major de la marine espagnole

Une attaque pirate au large de la Guinée équatoriale

Alors qu’il était en patrouille, le ‘Serviola’ a reçu une communication du Centre des opérations et de la surveillance de la marine (COVAM), signalant qu’une attaque de pirates avait eu lieu sur un navire marchand. Le patrouilleur a alors mis les gaz pour se rapprocher de la zone et a fait jonction avec une frégate de la marine de Guinée équatoriale. Lundi 6 mai au matin, ils ont pu libérer les 20 membres d’équipage qui s’étaient réfugiés dans une pièce sécurisée située à l’intérieur du navire.

Un abordage à main armée

C’est dans l’après-midi de dimanche (5 mai) que tout avait commencé. Les marins ont repéré un petit bateau de pirates, avec sept pirates à bord, armés. L’alarme a été déclenchée. Et tout l’équipage a réussi à atteindre le compartiment sécurisé à temps, après avoir signalé l’attaque.

Une fois à bord, les pirates ont demandé avec le mégaphone du navire à l’équipage de se rendre et de remettre tout l’argent à bord. Le capitaine a refusé de quitter la pièce sécurisée, les pirates ont alors percé un petit trou dans celle-ci et commencé à ouvrir le feu sans discernement. Heureusement aucun membre de l’équipage n’a été blessé. Les menaces et les tirs ont tout d’un coup cessé. Les pirates, ayant remarqué la présence d’unités militaires dans la région, se sont enfuis. Mais l’équipage n’a pas osé sortir, sans certitude du départ des bandits.

NB : Ce n’est pas la première fois que le ‘Serviola’ libère un navire détourné au cours du déploiement actuel. En avril dernier, il a déjoué une nouvelle attaque de pirates contre un navire battant pavillon nigérian.

(NGV)

Deux attaques pirates disséquées par le contre-amiral Pérez de Nanclares de Badajoz

(B2) Si les attaques des pirates dans l’Océan indien sont devenues très rares, elles n’en restent pas moins marquantes. Pour le contre-amiral Pérez de Nanclares de Badajoz qui achève son mandat de chef de la force maritime européenne placée au large de la Somalie (EUNAVFOR Atalanta), « cela a été une expérience extraordinaire ». Que ce soit à Northwood, au QG d’opération ou sur le navire d’assaut amphibie Castilla.

Premier incident en novembre 2017

« Le premier incident s’est produit en novembre 2017. J’étais alors à Northwood » raconte le contre-amiral interrogé par notre confrère espagnol Antonio J. Armero du média en ligne hoy.es . « Nous avons reçu des informations sur une attaque à environ trois cents kilomètres de la côte somalienne. Les pirates ont tenté d’attaquer un navire mais n’y ont pas réussi. Ils sont alors allés en chercher un autre, cette fois un bateau de pêche avec équipage espagnol, qui a également réussi à repousser l’attaque. »

Réaction rapide

« Nous avons réagi rapidement en déployant un avion de patrouille maritime dans la zone, qui était certainement espagnol, qui a repéré le navire attaquant, tandis que la frégate italienne qui était à l’époque le navire amiral de la force se dirigeait à grande vitesse vers la zone. Il a lancé son hélicoptère pour déplacer le bateau, puis a capturé les pirates. » « C’étaient de grands moments de tension ».

Second incident en octobre 2018

Un autre incident a eu lieu en octobre dernier (2018). « Nous avons reçu des informations sur l’attaque d’un navire marchand. Grâce à un avion de patrouille maritime, (…) nous avons détecté un navire baleinier (bateau-mère) qui était impliqué. La Castilla était assez loin de la zone de la tentative d’assaut et, à notre arrivée, nous l’avons cherché durant environ dix jours. Finalement, nous avons trouvé le baleinier ancré près d’une plage perdue au large des côtes somaliennes. »

Décision a été alors prise d’intervenir. « La nuit même, nous l’avons approché et avons pu confirmer qu’il s’agissait bien [du navire repéré lors] de l’attaque manquée. Les pirates n’étaient pas à bord. Nous l’avons alors remorquée pour la faire sortir des eaux proches. Nous avons déchargé tout ce qui pouvait la contaminer et l’avons détruit pour qu’il ne puisse plus être utilisé, pour des actes criminels. » (lire aussi : Un bateau pirate repéré par les forces d’Atalanta détruit près des côtes somaliennes (V2)

(NGV, avec l’aide de Capucine Allais, st. pour l’espagnol)

Un navire de l’Amisom attaqué près du port de Baraawe

(B2) Le cargo Alpha Kirawira, battant pavillon de Palau, a été attaqué au mortier, le 22 juillet, dans les environs du port de Baraawe, dans le sud-est de la Somalie. Une attaque qui n’est vraisemblablement pas due aux pirates somaliens, mais plutôt aux rebelles d’Al Shabaab. Ce navire transporte régulièrement du matériel et de l’alimentation pour les troupes de l’AMISOM depuis des années.

Le Mv Alpha Kirawira en janvier 2010 escorté par la frégate Surcouf (crédit : Eunavfor Atalanta / Archives B2)

Les soldats de la Minusma visés à Aguelhok, puis à Gao (V2)

(B2) Deux Casques bleus tchadiens et au moins dix autres ont été blessés jeudi (5 avril), en soirée, dans une attaque au mortier contre le camp de la MINUSMA, à Aguelhok dans la région de Kidal.

Une attaque condamnée par le secrétaire général de l’ONU comme par l’Union européenne. « Les attaques visant les Casques bleus peuvent constituer des crimes de guerre au regard du droit international » a réagi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Les « responsables » de cet acte « doivent être arrêtés et poursuivis en justice » a complété la porte-parole de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne. Et de rappeler un principe : « Les responsables ou complices des attaques contre les forces de paix internationales peuvent être ciblés par le régime de sanctions établi par la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies 2374 (2017) », avec à la clé gel des avoirs personnels et interdiction de visas. L’Union européenne veut rappeler son « soutien à la MINUSMA ainsi que notre plein engagement à soutenir les efforts du Mali et des pays du G5 Sahel en faveur de la paix, la sécurité et le développement du pays et de la région. »

Autre attaque vendredi à Gao

(mis à jour) Une nouvelle attaque contre les forces de paix a eu lieu, vendredi (6 avril), au soir (19 heures), dans la ville de Gao. Deux hommes armés non-identifiés ont ouvert le feu sur un véhicule de la MINUSMA. Un Casque bleu nigérien qui occupait le véhicule a été touché mortellement. Il a succombé à ses blessures ​lors de son transfert à l’hôpital. Cette dernière attaque porte à 102 le nombre de Casques bleus ayant été victimes d’actes hostiles depuis leur déploiement au Mali en juillet 2013.

(NGV)

Article mis à jour le 6.4 à 23h30 avec la seconde attaque à Gao

Une attaque d’un autre pétrolier dans le Golfe d’Aden fin mars

(B2) Un incident s’est produit fin mars, dans le Golfe d’Aden, relié à un acte classique de piraterie

Un tanker avait été attaqué fin février au large de la Somalie (lire : Un chimiquier letton attaqué par les pirates au large de la Somalie)

Une attaque caractéristique des pirates

Selon des sources maritimes, un pétrolier a été attaqué, samedi (31 mars), aux premières heures du matin, dans le couloir maritime entre la ville de Al Mukalla (Yémen) et l’ile de Socotra (position 13:58.1 N – 051-25.3 E). Deux skiffs avec deux pirates armés dans chaque bateau ont pourchassé et se sont rapprochés tout près du Kriti Spirit, un navire battant pavillon du Libéria et appartenant à une compagnie grecque Avin.

La réplique des gardes de sécurité

L’alarme a été donnée. Le doute sur leurs intentions n’était pas vraiment permis. Des échelles ont été aperçues dans les skiffs. Et, à environ 100 mètres du pétrolier, les pirates ont commencé à tirer dans sa direction. Les gardes armés à bord du pétrolier ont riposté. « Les pirates ont alors abandonné l’attaque et se sont éloignés ». « Tout l’équipage est sain et sauf », précise-t-on. Le navire a cependant subi « des dommages mineurs du fait des tirs ».

(NGV)

Un chauffeur du CICR tué par balle en Centrafrique

(B2) Youssouf Atteipe, un collaborateur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a été tué samedi (4 novembre), par balle quand des assaillants non identifiés ont attaqué un convoi du CICR composé d’un camion et d’un véhicule 4X4. L’incident a eu lieu à l’est de Kaga Bandoro, dans le centre-nord du pays. Le véhicule arborait pourtant clairement l’emblème de la croix rouge.

« Nous sommes consternés et bouleversés par le meurtre de notre collègue Youssouf, qui illustre à nouveau un manque flagrant de respect pour la vie humaine », a réagi Jean-François Sangsue, chef de la délégation du CICR à Bangui. « Le fait que cette attaque ait eu lieu alors que notre collègue convoyait des articles d’assistance destinés aux victimes du conflit en République centrafricaine rend cet acte encore plus tragique et inacceptable. »

Youssouf avait rejoint le CICR en février 2013. Il était marié et père de sept enfants.

(NGV)

Nouvelle attaque pirate au large du Puntland

(B2) Un dhow Asayr 2 a été capturé par les pirates au large de la côte nord-est de la Somalie, jeudi (23 mars), selon les informations du QG anti-piraterie de l’UE à Northwood (EUNAVFOR Atalanta). Le navire comptait une vingtaine de personnes d’équipage, et un garde somalien. Ils ont été pris en otage. Treize d’entre eux ont été libérés par les pirates, selon les sources maritimes, dans le Puntland. Les pirates n’ont gardé que sept personnes à bord avant de reprendre la mer.

Relâche quelques jours après

Finalement, le dhow a été relâché dimanche (26 mars) après que les pirates aient volé un skiff, de la nourriture et du diesel. C’est la seconde attaque en quelques semaines, après la capture du pétrolier Aris 13 libéré au bout de quatre jours (lire : Le navire Aris 13 libéré). Et cela s’apparente davantage à de la rapine qu’à un acte réel de piraterie. Mais la vigilance reste de mise. Car tradtionnellement, les dhows sont très prisés des pirates somaliens non comme une monnaie d’échange, pour obtenir une rançon, mais comme moyen d’action pouvant être utilisé comme bateau-mère.

Le QG de l’opération à Northwood appelle ainsi tous les navires, conformément à bonnes pratiques « BMP4 », de rester « vigilants » dans l’océan Indien et de « rester dans le couloir de transit internationalement recommandé pendant qu’ils traversent le golfe d’Aden ».

(NGV)

Lire aussi : Ne pas baisser la garde maintenant !

 

Un navire chimiquier attaqué au large de la Somalie

(B2) C’est une première attaque depuis près de deux ans et demi. Le QG de l’opération européenne anti-piraterie à Northwood (Londres) a confirmé l’attaque d’un chimiquier battant pavillon britannique au large de la Somalie (à hauteur de Ceeldhere) le 22 octobre dernier.

Un skiff avec six hommes armés

« Six hommes armés à bord d’un skiff ont tenté de prendre le contrôle du CPO Korea [appartenant à la compagnie Offen Tankers de Hambourg], à 330 milles nautiques à l’est des côtes somaliennes », annonce ainsi le QG d’Atalanta, au terme « d’une enquête approfondie ».

« Un certain nombre de tirs ont été échangés entre les [assaillants] et l’équipe de sécurité à bord du navire ». L’équipage du chimiquier a aussi mis en œuvre les mesures d’autoprotection en augmentant la vitesse, en modifiant le cap et en activant les tuyaux d’incendie.

A 300 miles au large des côtes somaliennes

Selon nos informations, l’attaque a eu lieu dans la matinée à 10h UTC très au nord de la zone habituelle de la piraterie, par 04.28 nord et 53.22 Est. Les tirs d’avertissement de l’équipe de sécurité à bord ont suscité des répliques en retour des assaillants qui ont fini par fuir.

Aucun blessé n’a été relevé parmi les marins et équipes de sécurité. Et le navire « a été en mesure de continuer son transit dans l’océan Indien ».

La vigilance de mise

Le commandant de l’opération navale de l’UE, le général britannique Rob Magowan a aussitôt lancé un appel de « vigilance continue en mer » rappelant « la nécessité » de respecter toutes les règles de sécurité. « Cette attaque montre que les pirates ont toujours l’intention d’attaquer des navires pour la rançon et de causer du tort aux gens de mer et leurs familles. Il est impératif que la communauté internationale reste vigilante. »

NB : Selon nos informations provenant de sources maritimes, une autre attaque au RPG a été relevée en mer rouge contre un tanker trois jours plus tard, le 25 octobre. Une attaque qui n’a pas été confirmée par le QG d’Atalanta (que B2 a contacté).

(NGV)

Le Bourbon Argos attaqué au large des côtes libyennes (v2)

Le Bourbon Argos (Crédit : MSF )

(BRUXELLES2) On l’apprend maintenant. Le Bourbon Argos — un des trois navires (1) à bord duquel opère MSF en Méditerranée au sauvetage des migrants — a été attaqué au large des côtes libyennes, il y a quelques jours, mercredi (17 août) au matin.

Un navire suspect près des côtes

Le Bourbon Argos se trouvait alors à 24 miles des côtes quand il a été approché et attaqué par un groupe d’hommes armés à bord d’une vedette sans signe apparent permettant de l’identifier. Il était 9h15 environ quand la vedette suspecte a été repérée. Les hommes à bord ont commencé à tirer des coups de feu en direction du navire affrété par l’ONG, tout en continuant leur route. Ils se trouvaient alors à une distance de 400 à 500 mètres.

Réfugiés dans la zone sécurisée

Vu le caractère suspect de l’approche (aucun signe distinctif, aucune communication radio), l’alarme a très vite été donnée à bord. L’équipage s’est réfugié dans la zone sécurisée à l’intérieur du navire — une structure que possèdent désormais la plupart des navires commerciaux habitués aux trajets dans des zones à risque (2) —. Arrivés près du navire, ils sont montés à bord. « Les hommes armés sont restés environ 50 minutes, sans voler ou déplacer quoi que ce soit » précise-t-on à l’ONG. Puis ils sont repartis. Les dommages au navire sont « minimes », avec néanmoins des traces de tirs de plusieurs balles.

Des hommes bien entraînés

Il n’y avait pas de personnes secourues à bord ce jour-là et aucun les membres de l’équipage, ni le personnel de MSF ont été blessés. Mais l’alerte a été chaude. « C’était une attaque sérieuse et inquiétante qui aurait pu mettre notre personnel en grave danger physique » reconnait Stefano Argenziano, le coordinateur des opérations de MSF. « Nous ne connaissons pas l’identité des attaquants ni leur motivation » précise-t-on à l’ONG. Mais leur manière d’agir « Notre évaluation première des faits montre qu’il étaient professionnels et bien entraînés ».

Alerte au MRCC

Le Centre italien de coordination du sauvetage maritime (MRCC), alerté, a transmis l’information aux différentes forces sur place, en particulier aux navires d’EUNAVFOR. Le navire de soutien allemand, Werra (A-514), était non loin de là à 11 miles de l’évènement, et a fait route vers le Bourbon argos. Deux hélicoptères du Garibaldi, le navire amiral de l’opération européenne ont immédiatement décollé également pour assurer une couverture aérienne, et surtout rassembler un maximum d’informations sur une éventuelle activité suspecte dans la région. En moins de 20 mn, ils étaient sur zone selon les témoignages. « Aucune activité suspecte n’a été enregistrée », a indiqué une source européenne à B2, quand navires et hélicoptères ont atteint la zone d’action. Une déclaration semble-t-il démentie par les témoignages d’une autre ONG

(maj) Un deuxième navire visé ?

Après l’attaque sur le « Bourbon Argos », la vedette s’est, en effet, dirigée vers le « Sea-Eye », un navire d’une ONG allemande. « Ils se sont approchés très près, à 0,7 miles nautiques (environ 1,3 kilomètres) de nous » témoigne un des marins volontaires, Raphael Brodbeck au journal de Bale, Baselzeitung. L’intervention de l’hélicoptère de la marine « les a fait fuir ». Le navire de l’ONG a ensuite été escorté en haute mer par le navire allemand Werra. « Apparemment, les auteurs [de cette attaque] étaient très professionnels » confirme le marin. Leur objectif était « de prendre des otages » et non pas le vol. « Les trois hommes armés qui sont montés à bord du « Bourbon Argos,  ont systématiquement fouillé les locaux sans prendre les objets de valeur ».

Mesures de sécurité renforcées

Suite à cet incident, une réunion d’urgence s’est tenue à Malte entre les différentes ONG présentes (3). Avec une détermination : continuer à agir mais en tirant les leçons de l’incident. « Ces attaques pourraient être répétées. Chaque organisation doit donc prendre ses dispositions, notamment pour renforcer les mesures de sécurité. « Il est clair que nous ne voulons pas être trop près de la côte libyenne, il faut prévoir une zone de sécurité [supplémentaire]. Il faut aussi renforcer les chambres de sécurité sur les navires » souligne Raphael Brodbeck.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Outre le Bourbon Argos, deux autres navires : le Dignité I et l’Aquarius sont utilisés par les équipes de MSF (en partenariat avec SOS Méditerranée). Depuis le début des opérations, le 21 avril 2016, ils ont concouru à sauver 10.925 personnes lors de 84 opérations de sauvetage.

(2) La Compagnie Bourbon à qui appartient le navire a l’habitude de ces attaques. Un de ses navires, le Bourbon Alexandre avait été attaqué au large du Nigeria en septembre 2010 (Lire : 3 Français capturés près des côtes du Nigeria. A distinguer de la Somalie), deux ans plus tard, en octobre 2012, dans la même zone, cela avait été au tour du Liberty 249 d’être attaqué, selon le même procédé (lire : 7 marins enlevés au large du Nigeria). Plus récemment, dans le Golfe de Guinée, le Bourbon Liberty 251 avait été attaqué le 23 février de façon assez violente (Lire : Un navire luxembourgeois attaqué dans le Golfe de Guinée. 2 otages)

(3) Au large de la Libye se trouvent les navires d’environ 10 ONG qui se font parfois un peu « concurrence pour aller récupérer les réfugiés ». C’est un peu une course au sauvetage. Car il y a des enjeux de course aux dons, témoigne Raphael Brodbeck dans le Baselzeitung.

(maj) Article mis à jour avec les éléments supplémentaires sur la seconde tentative d’attaque