Propositions françaises pour renforcer la coopération UE-Otan

(B2 – archives) La France, inquiète pour la sécurité des missions civiles conduites par les Européens en Afghanistan et au Kosovo, a proposé de renforcer la coopération entre l’UE et l’Otan. Paris a ainsi adressé aux ambassadeurs des 25 autres pays de l’Otan un court document, comprenant quatre propositions « pour renforcer la transparence et la coopération entre l’UE et l’Otan ».

Une lettre devrait être adressée, aux représentants des États membres auprès de l’UE, lors d’une réunion du COPS les 16 et 19 octobre. L’objectif de Paris dans les deux cas est de surmonter le blocage turc, d’une part « en relançant la relation UE-Otan en panne depuis deux ans », d’autre part, « en informant mieux les Turcs des décisions prises par l’UE au titre de la PESD ». Cette lettre demanderait à ce que les Turcs (comme les Norvégiens ou les Islandais – autres membres de l’Otan non membres e l’UE) soient mieux impliqués dans les opérations de l’UE. Ils seraient ainsi tenus informés, pas à pas, par le secrétariat général du Conseil, des différentes décisions ou opérations en préparation (militaires et civiles) et associés lors des exercices militaires ou militaro-civils.

Plusieurs pistes de rapprochement

Dans son document transmis à l’Otan, Paris suggère premièrement de faire « une présentation systématique du programme et du bilan de la présidence de l’UE au Conseil de l’Atlantique nord », qui regroupe les ambassadeurs des 26 pays de l’Otan, dont 21 appartiennent aussi à l’UE. La deuxième proposition recommande que l’UE et l’Otan invitent leurs dirigeants respectifs à s’exprimer plus souvent devant les instances de l’autre. En troisième lieu, Paris appelle à développer les contacts entre l’Agence européenne de défense et l’Otan sur la modernisation des forces armées.La France propose enfin que les centres de crise de l’Otan et de la Commission européenne échangent plus systématiquement des informations, tout en laissant les Européens maîtres de la coordination en cas de recours aux militaires.

Surmonter le blocage turc

L’objectif de Paris, selon un diplomate européen interrogé par l’AFP, est de surmonter « le blocage turc ». En matière de coopération, la Turquie accepte seulement de discuter avec l’UE dans le cadre des accords dits de « Berlin plus », qui mettent les moyens de l’Otan à la disposition de l’UE en cas de besoin. Mais ce type de réunion exclut Chypre, non membre de l’Alliance atlantique, ce qui empêche tout accord formel de collaboration sur le terrain entre l’UE et l’Otan. « Nous cherchons à passer des arrangements de sécurité avec l’Otan mais les formaliser se heurte à la position de nos partenaires turcs en raison de leur différend avec Chypre », explique ce diplomate. « A l’approche de la présidence française de l’UE au second semestre 2008, Paris cherche à éliminer ce blocage qui gêne l’action civile européenne en Afghanistan et menace de le faire au Kosovo, où l’UE prépare une mission de police et de justice », commandée par un officier français, souligne un autre diplomate.

Encourager Ankara à une attitude plus positive

« Actuellement, tout ce que l’Otan promet aux policiers envoyés par l’UE en Afghanistan pour former la police afghane est d’intervenir en cas d’extrême urgence si leur sécurité est menacée. Tant qu’il n’y a pas d’accord formel, cela rend vraiment le travail difficile », a-t-il ajouté. « En faisant des ouvertures particulières à l’Otan, et en allant au devant du souhait d’Ankara d’être davantage associé à la politique européenne de défense, on veut encourager la Turquie à une attitude plus positive », a résumé ce diplomate.

(Nicolas Gros-Verheyde)
article publié dans Europolitique le 13 octobre 2007