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Lever l’embargo des armes en Syrie ? Un signal à Moscou

Fr. Hollande signe le livre d’or de l’IHEDN après son passage

(BRUXELLES2 à Paris, exclusif) Après son passage à l’IHEDN, François Hollande a répondu à quelques questions de façon improvisée. Ce qui a été l’occasion de recueillir son explication sur l’embargo sur les armes en Syrie. On peut effectivement se poser la question de savoir si on ne doit pas choisir entre la peste et le choléra. Effectivement, il reste peu de marge entre le mouvement Al Nosra et consorts — qui combattent le régime de Bachar mais dont l’inscription sur une liste anti-terroriste est demandée par les USA, la France, et la Syrie (Damas) —, et le Hezbollah branche militaire — qui soutient le régime et dont l’inscription sur la liste est demandée par le Royaume-Uni… A cette question, il n’a pas dénié la difficulté. « Nous devons faire évoluer la situation » m’a-t-il répondu. Eventuellement même de façon « militaire » pour faire avancer la « solution politique ». « La Russie continue de fournir des armements. Il faut lui adresser un signe. (…) Oui, un signe, que nous aussi nous pouvons armer ». Autrement dit, alors que se prépare la conférence de Genève 2, il ne faut pas faire baisser la pression. La discussion, lundi, entre les ministres des Affaires étrangères de l’UE, s’avère donc difficile ; les “27″ sont divisés… (lire notre analyse détaillée sur le club – abonnés).

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L’Europe entérine le Traité sur le commerce des armes

L’Assemblée générale des Nations-Unies au moment de l’adoption du TCA (Crédit: UNODA)

(BRUXELLES2) La date est symbolique. Mais la procédure était nécessaire La Commission européenne a présenté ce mercredi (8 mai) une proposition de décision au Conseil donnant l’autorisation aux 27 Etats-membres de « signer le Traité sur le commerce international des armes conventionnelles (TCA) ».

Un passage obligatoire par la case européenne

Cette procédure est nécessaire explique-t-on à la Commission. Car le traité touche à des domaines qui sont la compétence exclusive de l’Union européenne, exportation/importation/concurrence. Il revient donc à la Commission européenne de faire une proposition de décision. La signature du Traité doit être faite le 3 juin prochain. Et la décision devrait être entérinée rapidement au prochain Conseil des ministres de l’UE.

Un traité historique

Le Traité adopté à l’Assemblée générale des Nations-Unies le 2 avril dernier, après d’intenses tractations (*), tend à encadrer le commerce « licite des armes conventionnelles en établissement des normes internationales communes strictes pour l’importation, l’exportation et le transfert ». Il impose aussi aux Etats de « tenir des registres et de faire rapport au Secrétariat et aux autres Etats parties ». Une meilleure transparence devrait se mettre en place quant au commerce des chars, véhicules, navires, avions, missiles, armes légères, munitions… Un texte « primordial » pour Antonio Tajani, le commissaire européen à l’Industrie. Car il permet « de combler le vide que constitue la non-réglementation du commerce des armes conventionnelles au niveau international ».

(*) 154 Etats ont voté en faveur du texte, 23 se sont abstenus (dont la Chine, l’Inde et la Russie) et 3 ont voté contre (l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie).

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Embargo sur les armes : 20 ans après, la même erreur ?

Embargo sur les armes : 20 ans après, la même erreur ?

(BRUXELLES2) Les Européens ne semblent pas avoir tiré les leçons du passé. Et ils se retrouvent aujourd’hui en Syrie dans la même nasse dans lequel ils s’étaient trouvés pris au piège en ex-Yougoslavie. Hasard des dates, nous nous trouvons aujourd’hui à 20 ans près à la date anniversaire du siège de Srebrenica (le 11 mars 1993, le général Morillon se rend dans l’enclave). Le lent aboutissement d’un drame déjà écrit depuis deux années déjà.

Faute d’intervention militaire sur lequel chacun trouve toujours une bonne raison pour s’y opposer, la communauté européenne et la communauté internationale ont en effet imposé un embargo « général et complet » sur toutes les livraisons « d’armements et d’équipements militaires à la Yougoslavie », visant donc “toutes les parties” du conflit.

Mesure suicidaire

Cette mesure, voulue par les Européens (sous présidence néerlandaise) et les Etats-Unis (sous la présidence de G. Bush père) dès juillet 1991, validée par une résolution du Conseil de sécurité (proposée par la France), va se révéler totalement suicidaire pour les Bosniaques et les Croates. Ceux-ci qui ne disposent alors de peu de forces et d’armements par rapport au pouvoir central de Belgrade et des Serbes, doté d’un arsenal bien fourni, alimenté par les Soviétiques. Le ministre croate de la Défense d’alors, Gojko Susak critique, dans un entretien au Monde, l’attitude européenne qu’il considère injuste : « Seule, la Croatie ressent les conséquences de l’embargo sur les fournitures d’armes à la Yougoslavie. » et il demande des armes antiaérien et antichars, assurant que Zagreb ne recherche que des armes défensives, en aucun cas offensives. « Nous avons le devoir d’armer la population, de résister, d’éviter un bain de sang » explique-t-il… Des arguments qu’on peut retrouver aujourd’hui en Syrie.

Contournement de l’embargo

Dans les années 1990, plusieurs des pays pourtant à l’origine de l’embargo semblent bien décidés à le contourner, de manière plus ou moins officieuse. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, notamment, arment Croates et Bosniaques. Les Allemands fournissent des lance-roquettes anti-chars fabriqués par MBB, les Italiens des fusils italiens à canon lisse, les Hongrois des AK 47, Des missiles sol-air américains Stinger destinés à l’Afghanistan changent de route à Chypre, etc… L’arrivée de Bill Clinton à la Maison Blanche en 1993 marque un changement d’impulsion outre-Atlantique. Le soutien américain à la reconstruction des forces croates devient un secret de Polichinelle. En 1994, les Américains se retirent officiellement du dispositif de contrôle de l’embargo mis en place conjointement par l’UEO et l’OTAN (ce qui provoque un drame au sein de l’Alliance). Et en 1995, le Congrès vote une levée unilatérale de l’embargo sur les armes à destination de l’armée bosniaque. Il faudra le veto du président pour empêcher la mesure d’entrer en vigueur.

Ces livraisons ainsi que l’envoi de formateurs conduit à des offensives successives. Les Croates commencent la reconquête du terrain perdu en Krajina en janvier 1993 ; reconquête achevée en août 1995. En octobre 1994, le 5e corps bosniaque débute une vaste offensive dans la zone de sécurité de Bihac. En juillet 1995, c’est l’offensive croate en Bosnie, poursuivie de manière concertée par les forces croato-musulmanes en septembre 1995 en Bosnie occidentale et centrale. Un cessez-le-feu est signé en octobre. Et les négociations de Dayton s’ouvrent en novembre 1995. Ce ne sera finalement qu’en juin 1996 que l’embargo sur les armes sera levé après un ultime accord sur le désarmement entre toutes les parties impliquées dans le conflit.

Une leçon…

L’utilité de l’embargo n’a jamais été vraiment évaluée ni fait l’objet d’une introspection européenne. Et pour cause ! Son résultat a été nul sur l’aggravation du conflit. Et il n’aura conduit qu’à retarder d’un ou deux ans son issue et de faire des milliers de victimes supplémentaires. De fait, si une solution politique comme les accords de Dayton a pu survenir, et mettre fin au conflit, c’est en partie grâce aux efforts de négociation. Mais c’est surtout grâce/à cause de la violation de l’embargo. Les forces serbes ont senti le vent du boulet et le son de la défaite. Les pertes successives sur le terrain les ont amené à négocier là où elles n’y étaient pas prêtes quelques années auparavant… Le paradoxe est là : la violation de la loi internationale a abouti au respect de son esprit.

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Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

rencontre bilatérale entre D. Cameron et F. Hollande en marge du sommet européen (crédit : Présidence de la république)

(BRUXELLES2 au Conseil européen) La décision n’est pas prise. Mais c’est tout comme. Quand un dirigeant français et un dirigeant britannique expriment, haut et fort, en long et en large, avec quelques détails qu’ils sont pour la livraison d’armes à l’opposition syrienne, que toutes les autres solutions, politiques notamment, ont échoué, que la situation sur place est grave et que la déstabilisation de toute une région est proche, il ne s’agit pas d’un coup de bluff ou d’un “truc” pour remonter dans les sondages.

Nous sommes ici en face d’une vraie prise de décision, et une possible inflexion dans le conflit syrien qui dure déjà depuis 2 ans. L’offensive franco-britannique est, cette fois-ci, bien préparée. Paris comme Londres (les deux anciennes puissances mandataires de la Syrie…) disposent de munitions dans leur sacoche. Et devant la presse – comme devant ses homologues – F. Hollande a déroulé une panoplie d’arguments pour convaincre (notamment sur le contrôle des armes, voir point 4). La majorité n’est pas acquise… mais l’ébranlement est en route. Explications… La discussion va maintenant se poursuivre dans une autre enceinte.

L’objectif de la manoeuvre franco-britannique : convaincre les partenaires.

Contrairement à ce qu’affirme le président Hollande, les Européens sont pour l’instant majoritairement opposés à une levée de l’embargo. Mais les “esprits bougent”. Même l’Allemagne souvent mise en avant – à tort – comme étant le chef de file des opposants se tâte. La chancelière Merkel n’a d’ailleurs pas voulu indiquer clairement indiquer sa position, renvoyant sur son ministre des Affaires étrangères. Et au sein de la CDU, l’affaire libyenne, et l’isolement de l’Allemagne, ont été vécu comme un vrai “traumatisme” que tout sera fait à Berlin pour éviter une pareille bérézina. L’Italie comme la Belgique sont en train d’évoluer, demandant des garanties sur les livraisons d’armes. En revanche, les pays neutres ou non membres de l’OTAN (Autriche, Suède…), les Pays-Bas ou la république Tchèque restent farouchement opposés à toute levée de l’embargo sur les armes. « Nous devons convaincre, faire valoir nos arguments, montrer qu’il y a une étape à franchir » explique François Hollande. La décision peut-être prise au plus tard « avant mai », voire avant. « J’estime que l’Europe doit décider dans les prochaines semaines ».  Et si il n’y a pas d’accord entre Européens ?, le président français refuse d’employer le mot de “veto”. Mais c’est tout comme : « Nous prendrons nos responsabilités ».

Les munitions de Paris et Londres

La première est d’ordre juridique. La décision d’embargo, sur les armes comme les autres sanctions, est valable juste pour trois mois, jusqu’à fin mai. Faute de renouvellement, toutes les sanctions tombent (les armes comme les autres). Ce n’est plus aux anti-embargo de soutenir qu’il faut le lever, c’est aux pro-embargo de justifier qu’ils ont raison. Ce sera difficile…

La seconde est d’ordre politique, les deux pays ne sont pas seuls. A l’intérieur de l’Union, ceux qui. A l’extérieur, les Etats-Unis, la Turquie et la Ligue Arabe, voire même des personnalités comme le président israélien Shimon Peres estiment nécessaire la livraison d’armes. Cela pèse…

Le troisième argument est d’ordre médiatique. Les massacres continuent, les reportages s’accumulent. Il sera très difficile à certains dirigeants européens de justifier leur inaction face à leur propre opinion publique. La réalité sanglante en Syrie pourrait bien balayer les dernières hésitations. Les gouvernements qui sont contre « devront venir s’expliquer devant leur opinion publique » lâche un diplomate.

Les arguments pour convaincre

  1. La situation s’aggrave sur place, le régime syrien est armé, la voie politique est condamnée. « Le nombre de victimes s’allonge de jour en jour » explique François Hollande. Nous nous retrouvons face à une « volonté claire d’utiliser tous les moyens, militaires, pour frapper son propre peuple. (Le conflit a causé) 100.000 victimes depuis 2 ans ». « Toutes les initiatives pour ouvrir les discussions politiques, une transition politique ont été ruinées (…) Rien n’a pu être obtenu du régime de Bachar el Assad. » François Hollande reconnait, lui-même, que sa position a évolué. « J’ai longtemps pensé que la livraison d’armement non léthal suffirait. On est dans une asymétrie, avec un régime qui obtient des armes, des matériels, les utilise, a des armes chimiques et menace de les employer ».
  2. La déstabilisation des pays voisins est proche. « Il y a des conséquences directes au Liban » souligne le président. Rappelons que les réfugiés forment aujourd’hui entre 10 et 20% de la population au Liban et en Jordanie. Et comme l’explique un diplomate, le « Hezbollah soutient de façon de plus en plus ouverte le régime d’Assad ». (…) «Le plus grand risque serait de ne rien faire de laisser le régime de Bachar (massacrer la population), que des groupes désespérés se réfugient dans terrorisme, le plus plus grand risque est le chaos… »
  3. La présence d’armes chimiques ? « Il y a des craintes, des menaces quant à l’utilisation des armes chimiques » énonçait le président Hollande lors de sa conférence de presse hier soir. Propos repris, un cran au-dessous cependant aujourd’hui. « Nous n’avons pas d’information. Le régime prendrait un risque extrêmement élevé s’il les utilisait. » Selon certaines informations diplomatiques, « il y a de fortes présomptions d’utilisation d’une arme chimique à petite échelle », autrement dit de façon tactique à l’échelle inférieure à la taille d’un village.
  4. Le contrôle des armes sera assuré par la CNS, les pays de la Ligue arabe et l’assistance technique. « La France a toutes les garanties que les fournitures de matériels seraient dans des mains qui ne seraient pas celles des fondamentalistes. (…) La Coalition donne toutes les garanties. Et c’est parce qu’elle les fournit que nous pouvons envisager la levée de l’ embargo. Il y aura un accompagnement, une aide technique, une assistance qui sera fournie et évitera un certain nombre de déperditions. (…) Des pays nous assurent qu’ils pourront assurer le contrôle, des pays de la Ligue arabe. »
    Nb : concrètement cela pourrait vouloir dire qu’il y aura une ou plusieurs unités spécialement dédiées à ces types d’armes (surtout sol-air), qu’il y aura des “personnes de confiance” (anciens militaires sur place, doubles nationaux, contractuels arabes…) insérées dans ces unités, à charge de vérifier que les armes.

Au passage, répondant à une question de B2, le président Hollande a reconnu que des « armes livrées à insurrection en Libye se sont retrouvées dans d’autres champs et d’autres lieux, au Mali et aussi en Syrie » (Nb : aux groupes fondamentalistes et djihadistes). Mais a-t-il ajouté aussitôt c’est une preuve de plus que « pour les armes mieux vaut les contrôler, que de les laisser circuler sans contrôle ».

Sur le Club, les positions détaillées de plusieurs pays à l’issue du Conseil européen

Lire également :

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Le régime ou un rôle en Syrie ? le message de F. Hollande à Poutine

(BRUXELLES2) Pour le président français, François Hollande, qui vient de s’exprimer à l’issue du Conseil européen, le message de la France aux Russes, « au président Poutine » sur la Syrie est clair : « Nous respectons la position qu’a la Russie dans cette région et les intérêts qu’elle peut encore détenir ou préserver. C’est légitime. La Russie fait partie de ces puissances qui peuvent contribuer à l’équilibre, à la stabilité. J’ai plusieurs fois garanti au président Poutine que l’après-Assad ne signifierait pas la fin des relations que ce grand pays a en Syrie. Et d’ajouter : « La levée de l’embargo sur les armes ne signifie pas couper la relation avec la Russie. (…) Il faut tout faire pour associer la Russie à cette solution politique. » Mais les initiatives prises jusqu’à présent n’ont montré aucun résultat. La volonté affirmée par Bachar d’organiser des élections en 2014 et de s’y représenter le prouve. « Ce n’est pas l’ouverture attendue ». Pour le président français, i La pression militaire fait partie de la solution politique ». Message sous-entendu : avez-vous intérêt à la déstabilisation de la région ou à une victoire des fondamentalistes qui sont mieux armés aujourd’hui ?

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Paris et Londres forcent le trait sur l’embargo pour les armes. Pourquoi ?

(BRUXELLES2) Mais quelle mouche a donc piqué tout d’un coup la France et le Royaume-Uni pour exiger de leurs partenaires européens la levée de l’embargo des armes vers la Syrie. Et unis comme les doigts de la main affirmer que si leurs partenaires ne l’accepteraient pas, ils envisageraient l’un comme l’autre, des mesures unilatérales. La détérioration de la situation en Syrie pèse certainement. Les forces “modérées”, prises en étau entre d’une part des extrémistes, mieux armés, plus entraînés et déterminés, et un régime qui ne faiblit pas depuis les deux années de guerre, risquent d’être laminées dans la Syrie nouvelle qui s’esquisse, de gré comme de force. Et il importe d’intervenir d’une manière ou d’une autre. Mais le message a une portée multiple tel un coup de billard qui va heurter plusieurs boules avant de pousser la dernière dans le trou.

Premier visé… les Européens. On croyait la discussion close au moins pour quelques semaines (jusqu’à fin mai). Paris et Londres entendent bien la reprendre tout de suite. Le travail entamé sur l’assouplissement des sanctions civiles ne peut être ainsi, selon cantonné, à ce terrain. Il faut entamer dès maintenant l’élargissement de l’embargo sur les armes. Et ne pas attendre mai comme l’espéraient certains pays.

Second visé… La Russie. La menace est désormais claire. Vous continuez d’armer et d’envoyer une assistance technique au régime de Bachar. Les Occidentaux feront de même. Rappelez-vous l’Afghanistan semblent leur dire Paris et Londres où les missiles anti-aériens avaient contribué à rééquilibrer les forces militaires sur place. Il s’agit donc d’amener Moscou à davantage de mansuétude au Conseil de sécurité de l’ONU comme d’une pression supplémentaire sur le régime. Jeu dangereux.

Troisième destinataire… les Syriens. Même si le régime de Bachar ne plie pas, il faut montrer à ses plus fidèles soutiens que la situation peut se retourner très vite. Et qu’il est encore temps de quitter le navire et lâcher le régime.

Quatrième destinataire… ceux qui arment les groupes fondamentalistes. Ils ne seront plus seuls à disposer d’armes performantes. Sur le terrain, la deuxième bataille entre les groupes fondamentalistes et les groupes modérés pourrait se rééquilibrer. Et ceux qui hésitent vont devoir choisir leur camp.

Cinquième visée… l’opinion publique européenne et mondiale. Si par hasard, on venait à apprendre que des agents français, britanniques ou autres… se trouvaient déjà en Syrie, ou à proximité (Turquie…), que des armes étaient en cours de livraison, cette parole donne une certaine conformité politique à la présence “technique”.

Lire aussi (pour les abonnés du Club) : L’idée d’une levée de l’embargo sur les armes hante les esprits des Européens

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Le général Idriss (ALS) aux Européens : Aidez-nous ! Levez l’embargo sur les armes

Le général Idriss (ALS) aux Européens : Aidez-nous ! Levez l’embargo sur les armes

Le général Selim Idris aux cotés de Guy Verhofstadt, le président du groupe des Démocrates et Libéraux au Parlement européen (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 au Parlement européen) C’est le message adressé par le général syrien, Selim Idriss, chef de l’Etat-Major de l’armée libre syrienne (ALS) (*), aujourd’hui à Bruxelles. Invité par le groupe des Libéraux et Démocrates au Parlement européen (**) — près de deux ans après le début du conflit —, il l’a dit et redit sur tous les tons dans les eurodéputés comme devant la presse : “Aidez-nous” ! “Levez l’embargo sur les armes”.

Il a ainsi demandé à ce que des armes et des munitions mais aussi des « missiles anti-chars et des missiles sol-air » soient livrés à l’ALS. Il aussi fait deux autres demandes : qu’une aide humanitaire “directe” soit délivrée dans les zones tenues par l’opposition syrienne ; que les Syriens puissent être accueillis de façon temporaire en Europe.  Un message qu’il a également délivré à Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, que le général a rencontré mardi soir comme à Kristalina Georgieva, la commissaire européenne à l’Aide humanitaire.

Un bilan déjà dramatique

Le « peuple syrien vit sous pression et souffre énormément des exactions du régime ». Le bilan est aujourd’hui dramatique, a-t-il expliqué. « 70.000 morts, 100.000 arrestations et 100.000 disparus, 1 million de réfugiés dans les pays avoisinants, 5 millions de déplacés à l’intérieur du pays ». Et « je m’attends à ce que le nombre de déplacés augmente ». « Le régime a pris pour cible les hôpitaux, les écoles, les infrastructures dans les zones libérées ». « N’attentez pas qu’ils soit trop tard avant de nous aider.  »

La communauté internationale parle mais agit peu

Idriss a critiqué la communauté internationale qui se contente de « regarder le régime, de dire que le régime n’est pas bon, qu’il doit partir » mais n’agit pas. « Nous avons reçu des promesses de soutien. Mais reçu très peu ». « Comment la communauté internationale peut être impuissante face à ce régime ? » s’est-il interrogé. « Comment elle ne peut pas empêcher l’Iran et la Russie d’apporter son aide à ces bourreaux ? Tous les satellites, les moyens d’information permettent bien de voir les crimes commis. (…) Il faut faire des pressions sur la Russie, afin que la Fédération de Russie arrête son aide, indéfectible, au régime. »

La levée de l’embargo : nécessaire car le combat est inégal

Pour le commandant en chef de l’ALS, « Il  faut des armes et des munitions, pour défendre les citoyens, contraindre le régime à mettre fin aux massacres, à négocier. » Il a ainsi appelé « à mettre un terme à l’embargo sur les armes en Syrie. » embargo proclamé de façon autonome par les Européens. « L’embargo est regrettable. Nous le subissons. Et n’avons pas de moyens de nous défendre. (…) Nous sommes les premiers à souffrir et les premiers à être lésés. » « Si on a les armes nécessaires, on peut faire chuter le régime en moins d’un mois » a-t-il affirmé devant les députés.

Car de l’autre côté, du côté du gouvernement de Bachar , il n’y a pas de problème. « Les Russes et Iraniens aident le régime, et le disent clairement. » Le combat est donc inégal. Le « régime utilise de l’armement lourd, de l’artillerie de longue distance, des missiles Scud contre les civils et dispose d’une force aérienne très puissante. (…) Quelques armes légères ne suffisent pas à faire face. »

L’aggravation du conflit existe déjà

La levée de l’embargo ne causera pas une aggravation du conflit, souligne le général. C’est plutôt le contraire. « Quand on dit que plus d’armes fera couler plus de sang, nous ne sommes pas d’accord. Il fait couler plus de sang des civils. Le régime, lui, n’est pas concerné par cet embargo. Car il reçoit plus d’armes de la Russie et de l’Iran. S’il n’y a pas d’armes et les munitions nécessaires, la confrontation pourrait se prolonger. Le pays sera entièrement détruit.  »

Un propos partagé par Guy Verhofstadt, l’ancien Premier ministre belge (président du groupe des Libéraux et Démocrates) qui a été un des premiers à militer pour un engagement plus actif des Européens aux côtés des Syriens. « Il y a un manque de courage, une forme de lâcheté et une sorte d’irresponsabilité » en Europe. « Si on ne fait rien, ce conflit va continuer, il y aura davantage de morts. » Une évolution est cependant en marche « Je suis de retour des Etats-Unis. Et on sent une évolution. La discussion entre le Département d’État et le Pentagone semble se terminer. On parle de certains types d’aides (véhicules…) qui peuvent être livrées. » Mais tout cela est très lent.

(*) Professeur d’électronique formé en Allemagne, Selim Idriss était professeur à l’école militaire du génie d’Alep avant de faire défection en juillet 2012.

NB : Le général s’est exprimé aussi sur la menace chiite, le mouvement Al Nosra, l’organisation de l’opposition, le futur régime de la Syrie. L’intégrale de son intervention au Parlement sera disponible aux abonnés du Club

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L’Europe lève à moitié son embargo sur les armes. Un choix très politique

L’Europe lève à moitié son embargo sur les armes. Un choix très politique

Est autorisé la vente de matériel non lethal à des fins de protection des civils (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’assouplissement de l’embargo sur les armes à l’encontre de la Syrie – décidé le 18 février dernier par les ministres des Affaires étrangères – entre en vigueur aujourd’hui, après avoir été validé jeudi (28 février) par le conseil des ministres de l’UE. Elle autorise de façon désormais très explicite la fourniture d’équipements militaires ou de services à l’opposition syrienne.

Un soutien, quel soutien ?

Certes le type d’équipement parait bien défini et l’objectif est bien encadré = “la protection des populations civiles”. Il n’est pas question ainsi officiellement de fournir des armes destinés à mener l’offensive, comme des fusils, des lance-roquettes, etc. Ceux-ci seront fournis par d’autres moyens (cf. armes croates). Mais, de fait, le champ du “non lethal” peut être assez large. Du gilet-pare balles au radar sophistiqué en passant par la fourniture de cartes satellites, le champ du possible est large. Le fait de désigner nommément la “Coalition” permet aussi “légalement” de pouvoir fournir ces équipements (type soutien médical) directement dans les zones contrôlées par l’opposition, et via les points frontières contrôlés par elle.

Un choix très politique d’un embargo “intelligent”

Cette décision — que j’ai commenté, jeudi soir, sur Al Jazeera — marque une évolution de la politique de l’Union européenne, même si on ne va pas jusqu’à la livraison d’armes. Le précédent règlement englobait la possibilité de livrer des armes à des fins de “protection”. Ce qui était une porte ouverte à certaines livraisons d’armes. Mais ce n’était pas très explicite. Ici, il y a une prise de position très claire, juridiquement actée, et politiquement endossée, pour livrer certains équipements à l’opposition mais refuser les livraisons au gouvernement. Un embargo “intelligent” en quelque sorte puisque “ciblé”. L’Union européenne a clairement “choisi” son camp. Mais il y a un risque d’escalade du conflit. Car les alliés de Bachar (Russie, Iran, …) peuvent aussi décider d’augmenter leur aide.

Deux lectures possibles pour l’avenir

De ce fait, deux lectures semblent aujourd’hui possibles pour l’évolution future. Première version optimiste. L’équilibre de la terreur et la création de zones sûres aux mains de l’opposition pousse à la négociation d’un accord politique. Et on peut alors entrevoir une porte de sortie. Avec un autre risque cependant celui de la création d’une ligne verte, séparant la Syrie en deux zones. Seconde version pessimiste. Les armes affluent de part et d’autre. Le régime renforce sa répression (encore). L’opposition reconquiert certains territoires. Mais il n’y a pas de zone sûre créée. La population fuit vers les pays avoisinants, contribuant un peu plus à la dislocation de la Syrie et à la déstabilisation des pays environnants (à commencer par la Jordanie).

Analyse plus complète pour les adhérents du Club

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