Problème de serrage de boulons sur l’A400M, la Luftwaffe stoppe les arrivées

(B2) La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, a, pour l’instant, stoppé la reprise de deux nouveaux avions de transport A400M auprès d’Airbus. Cela s’explique par « des problèmes techniques récurrents avec les machines déjà utilisées, ainsi que par les caractéristiques manquantes du nouvel avion » indique Thomas Wiegold de Augengeradeaus. En cause un problème de fixation, de serra de vis sur les hélices qui peut endommager l’avion. « Le nouvel avion présente non seulement des défauts techniques, mais surtout n’a pas le niveau de performance requis » écrit notre collègue de Berlin.

(NGV)

La compagnie motorisée malienne formée aux Casspir

(B2) Une compagnie malienne d’infanterie vient d’être formée avec les nouveaux véhicules blindés Casspir, reçus de l’Allemagne

La nouvelle compagnie motorisée malienne avec ses véhicules Casspir (crédit : Bundeswehr)

29 véhicules

Ce véhicule blindé de transport de troupes est complètement nouveau pour l’armée malienne. Dix premières unités sont arrivées en mai, les 19 autres suivant quelques semaines plus tard. L’ambassadeur d’Allemagne au Mali, Dietrich Becker, a remis officiellement le 16 juillet sur la base de Kati au général de division Abdoulaye Coulibaly, le chef d’état-major des armées, l’ensemble des véhicules, ainsi que plusieurs équipements de protection : 4100 gilets pare-balles, 4300 chaussures rangers, 2700 casques balistiques. L’entraînement tactique étant assuré par les formateurs de la mission européenne EUTM Mali. Les chauffeurs et les mécaniciens ont d’abord été formés au préalable par une société sud-africaine (qui a fabriqué ses engins). La mission EUTM Mali a ensuite pris le relais pour s’occuper du reste, lors de deux sessions, en mai et en juillet.

Une formation au véhicule

Cette formation a été montée de toutes pièces, non pas selon les standards allemands ou européens, mais maliens. « C’est une particularité de la formation : nous n’avons pas de cadre déjà existant. Nous avons essayé de trouver une solution pratique » explique le capitaine allemand, Nils Z. Durant quatre semaines, les soldats maliens ont pu découvrir le nouveau véhicule de transport : l’apprentissage de la connaissance du véhicule comme le changement de pneus. La formation s’est ensuite poursuivie avec les premiers secours, l’entraînement aux pièges et aux convois ainsi que les bases de l’infanterie.

Apprendre l’ordre de montée dans le véhicule

L’ordre dans lequel il faut monter et descendre du véhicule est pratiqué pendant une journée entière. « C’est très important. Chaque siège a sa propre fonction. Par exemple, le copilote est aussi le mitrailleur », explique Nils Z. Le premier soldat à droite est responsable de l’ouverture et de la fermeture de la porte hydraulique. « Pour être efficace rapidement et sous stress, il est important de connaître la procédure de fermeture en un éclair ».

La conduite en convoi

Une autre session d’entraînement a consisté à apprendre à déplacer les véhicules en convoi. À plus de 40 degrés dehors, l’exercice est particulièrement exigeant. Premier apprentissage avec un arrêt à 360° : l’inspection des lieux. « Les alentours du véhicule sont ensuite fouillés à la recherche d’engins explosifs », explique le sergent-major Daniel M. L’important est la cohésion. « C’est la seule façon de transformer les tireurs individuels en une unité. Les progrès sont bien visibles », explique Daniel M.  La particularité du Casspir est sa cabine haute — explique-t-on du côté de la Bundeswehr. « Avec sa forme en V caractéristique, il réduit le risque de blessure en cas d’explosion d’une mine. »

(NGV)

  1. L’Allemagne avait déjà donné il y a un an, le 21 juin 2018, un lot de 25 camions mercedes et 3 chariots de l’élévateur et des pièces de recharge d’un coût total estimé à 1 milliard de francs CFA.

La capitaine du Sea Watch 3 arrêtée. Heiko Maas accuse Rome de criminaliser le secours en mer

(B2) Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas est entré dans la danse lundi (1er juillet) dans l’affaire du Sea Watch 3 arrêté au large de l’île de Lampedusa par les autorités italiennes. Il a dénoncé l’attitude de l’Italie qui refuse d’accueillir le navire et a arrêté la capitaine Carola Rackete. « Le sauvetage en mer ne doit pas être criminalisé. Sauver des vies humaines est une obligation humanitaire. Il appartient à la justice italienne de clarifier rapidement les allégations » prononcées à l’encontre de la capitaine du navire Sea Watch. « De notre point de vue, seule la libération de Carola Rackete peut être le résultat à l’issue d’une procédure judiciaire ». Au plan européen, « le marchandage sur la distribution des réfugiés est indigne et doit cesser ».

(NGV)

Lire aussi sur le blog : Sea Watch force les eaux territoriales italiennes. Etat de nécessité oblige. L’Europe silencieuse

Crash de deux Eurofighter dans la région des lacs du Mecklembourg

(B2) Deux avions de combat Eurofighter de l’escadron tactique 73 ‘Steinhoff’ (TLG73) se sont écrasés après être entrés en collision lundi (24 juin) au-dessus de la région des lacs du Mecklembourg, entre le Fleesensee et le Drewitzer See

D’importants moyens déployés après le crash de deux avions allemands (crédit : Luftwaffe)

Les deux pilotes se sont éjectés, mais un seul s’en est sorti vivant. Son parachute s’est pris dans un arbre, il a été blessé mais récupéré. L’autre pilote est malheureusement décédé. Ils participaient à une « mission aérienne de combat », après avoir décollé de Rostock-Laage en compagnie d’un troisième appareil qui a donné l’alerte, précise la Luftwaffe.

Les recherches ont mobilisé d’importants moyens. L’enquête est en cours, confiée à l’inspection générale de la sécurité aérienne de la Bundeswehr (General Flugsicherheit). Les boites noires ont été retrouvées.

L’officier décédé était un lieutenant âgé de 27 ans, avec environ 400 heures de vol, qui avait terminé sa formation sur Eurofighter en Espagne, précise notre collègue Thomas Wiegold d’Augengeradeaus selon des informations données par l’armée de l’air allemande. Le pilote survivant est un lieutenant-colonel comptant plus de 3700 heures de vol.

(NGV)

Le P3 C Orion allemand quitte le bord. Le Surcouf présent pour quelques jours

(B2) Le P3-Orion de patrouille maritime quitte l’opération européenne de lutte contre la piraterie au large de la Somalie

Le 28e détachement allemand autour du P3 Orion (crédit : EUNAVFOR Atalanta)

L’avion allemand de patrouille maritime P3-C Orion a effectué jeudi (13 juin) sa dernière sortie dans le cadre de l’opération européenne anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta). Déployé depuis le 18 mars dernier, le P3-C Orion a notamment permis, le 21 avril, de localiser un dhow attaqué par des pirates somaliens (lire : Les pirates repartent à l’attaque. Un bateau-mère stoppé net dans l’Océan indien). « Même si le détachement n’était pas en alerte, ils ont pu décoller très rapidement et ont aidé EU NAVFOR à localiser et à libérer le dhow capturé » explique-t-on au QG d’EUnavfor Atalanta à Rota où on ne cache pas l’intérêt de ces observateurs du ciel.

Un avion très utile

« Lors d’une patrouille aérienne, l’avion est capable de survoler de vastes zones de la côte somalienne et de surveiller les plages utilisées par les pirates pour planifier des attaques. L’équipage peut également capturer des images de haute qualité de dhows et de skiff jugés suspects et transmettre ces informations au commandant de la force à bord de ESPS NAVARRA, qui évalue ensuite la situation et prend les mesures qui s’imposent ».

Un relais germano-espagnol

Depuis le début de l’opération, en 2008, de façon quasi-continue, l’Allemagne comme l’Espagne ont déployé des avions de patrouille maritime. Un P-3C allemand rejoindra à nouveau l’opération Atalanta en septembre.

(MHA & NGV)


Le Surcouf pour quelques jours dans l’opération

Début juin, le Surcouf (F-711), la frégate française de la classe La Fayette a fait son retour au sein de l’opération de lutte contre la piraterie EUNAVFOR Atalanta pour quelques semaines. Déjà déployée en 2011, 2012, 2013, 2017 et 2018, la FS Surcouf accompagne le navire amiral espagnol Navarra, présent dans la région depuis février 2019, dans ses activités de lutte contre la piraterie, de protection des cargos du Programme Mondial Alimentaire et de contrôle de la pêche dans la corne de l’Afrique et l’Océan indien (Lire: La frégate Navarra dans l’opération anti-piraterie de l’UE). La frégate française a ensuite rejoint Madagascar pour une mission (nationale) de surveillance des eaux malgaches.


 

Il n’y aura plus un seul officier allemand dans l’opération Sophia… juste quelques milliers d’euros

(B2) Toute participation allemande à l’opération EUNAVFOR Med / Sophia est désormais terminée

Le personnel allemand déployé au QG des opérations à Rome va retourner dans ses quartiers d’ici le 30 juin. Seule demeurera donc la contribution financière via le budget Athena = un peu plus de 0,5 millions d’euros selon nos estimations (pour les six mois de fin mars à fin septembre).

Le gouvernement fédéral a décidé, en effet, à l’issue du dernier mandat autorisé par le Bundestag, de ne pas présenter de nouvelle prolongation du mandat. Et aucune date n’est fixée pour celui-ci. Le ministère allemand de la défense l’avait signalé par écrit aux députés, il a expliqué, de vive voix cette fois, le non renouvellement devant la commission de la défense mercredi dernier (5 juin), indique notre collègue de Augengeradeaus.

Une nouvelle participation qui dépend des conditions politiques 

Ce n’est que si « les conditions préalables à la mise en œuvre complète de la mission principale de l’opération sont remplies » que le gouvernement fédéral examinera en temps utile une nouvelle participation de l’Allemagne. Comme le constate notre collègue Thomas Wiegold, la participation du personnel allemand à l’opération EUNAVFOR MED Sophia reste théorique. Il n’y aura pas de nouveau mandat pour ce déploiement de la Bundeswehr sans un certain délai : il faudra pour cela vérifier que les conditions sont remplies, une nouvelle proposition du gouvernement fédéral et une acceptation par le Bundestag.

Un nouveau coup dur pour l’opération

C’est un nouveau coup dur pour l’Italie et l’opération européenne, même s’il reste de l’ordre du symbolique. La décision principale avait été prise en janvier quand Berlin avait décidé de retirer ses navires de l’opération EUNAVFOR (lire : L’Allemagne se retire de l’opération Sophia), donnant ainsi le signal de la fin de la présence en mer de l’opération Sophia (lire : Opération Sophia. Stop ou encore !). Les autres pays avaient suivi devant le blocage persistant avec le gouvernement italien pour trouver une solution sur la répartition des migrants et réfugiés récupérés en mer par les navires européens. La seule façon de sauver l’opération avait été pour les États membres de lui conserver un volet de surveillance aérienne et de la prolonger pour six mois (jusqu’au 30 septembre 2019) (lire : La prolongation d’EUNAVFOR Med formalisée pour six mois. Les patrouilles aériennes intensifiées).

Un délai salvateur qui s’épuise

Chacun espérait que ce délai (après les élections européennes) pourrait être salvateur pour l’opération. Pour l’instant, le miracle ne s’est pas produit. Et la décision que vient de prendre le gouvernement allemand n’augure rien de bon. Le prochain rendez-vous des ministres de la Défense de l’UE est le 17 juin à Luxembourg. Mais il n’est pas évident qu’une décision soit prise à ce moment-là, ni même que le sujet soit discuté. Le prochain rendez-vous est fixé à Helsinki fin août pour la traditionnelle réunion informelle des ministres… On verra alors si l’air pur des lacs finlandais sera propice à plus de compromis entre les différents États membres.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Entretiens. Berlin fait évoluer sa politique de défense sous la pression, presqu’à contre-coeur (C. Major)

(B2) La politique de défense de l’Allemagne évolue. Même si ces changements paraissent imperceptibles ou insuffisants, vu de France, c’est une réalité. La période électorale qui se profile risque cependant de compliquer les débats

De gauche à droite, Federico Santopinto (GRIP), Mayeul Kauffmann (CESICE), Claudia Major (SWP), Jean-Pierre Maulny (IRIS), Nicolas Gros-Verheyde (B2), Jolyon Howorth (Harvard) (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Chercheuse expérimentée à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), Claudia Major était présente aux 2e entretiens de la défense européenne qui se sont déroulés à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne jeudi (16 mai). Entretiens dont B2 est partenaire média

Une évolution rapide de la doctrine allemande de défense

Depuis 2014, l’Allemagne s’engage davantage dans le domaine de la défense. « Il reste certainement beaucoup de choses à faire, surtout vu de France, mais il faut reconnaître un progrès. » Car c’est « tout le cadre pour la défense » qui a « profondément changé » depuis cinq ans sous la pression de changements stratégiques majeurs – la Crimée, la relation transatlantique, l’euroscepticisme -. Avec une nouvelle politique de défense à la clé.

La conférence de Munich et le facteur ukrainien

Les changements ont été amorcés lors de la conférence de Munich en septembre 2014. Deux ministres et le président de la République annoncent alors que l’Allemagne est « profondément ancrée dans les réseaux internationaux » et doit « davantage s’engager pour maintenir l’ordre international dont elle profite ». Les événements internationaux poussent l’Allemagne à mettre en œuvre ces annonces rhétoriques « davantage que prévu. »

Une évolution de la doxa stratégique

Les documents stratégiques, et notamment le Livre Blanc de 2016, sont revus. Avec « la conception de la Bundeswehr » et « le profil des capacités » qui en résultent. Le budget de la défense s’ajuste en conséquence. Même s’il reste loin des objectifs de l’OTAN, l’évolution est rapide. En 2014, le budget allemand de la défense se montait à « 33 milliards d’euros », il avoisine aujourd’hui les « 43 milliards ». Les effectifs doivent aussi augmenter sensiblement : de « 182.000 actuellement à 198.000 pour 2024 ».

L’engagement en opération devient plus audacieux

L’engagement opérationnel, aussi, a évolué. La Bundeswehr participe plus souvent à des opérations, et ce dans des cadres très divers. Elle prend part à l’opération anti-Daesh, menée en coalition. Ce qui peut paraître normal mais, qui constitue, pour l’Allemagne, une novation. « Cela a [re]poussé ce qui est légalement possible pour un engagement opérationnel ». Car en effet, « traditionnellement, l’Allemagne participe aux opérations dans le cadre des organisations de sécurité collective (ONU, UE, OTAN). » Tous ces changements sont faits en parallèle d’un nouvel « engagement politique fort », que ce soit au sein de l’OTAN, dans l’Union européenne, ou en bilatéral.

Une évolution sous la pression de trois événements

Pour bien comprendre cette évolution, il faut repartir à la base. Traditionnellement, la politique étrangère et de sécurité allemande reposait sur deux piliers : l’Europe, avec notamment la relation franco-allemande, et les Etats-Unis avec l’OTAN. Ces deux piliers sont « sous pression ». La base stratégique de Berlin est « complétement déstabilisée » par trois éléments selon Claudia Major : l’agression russe, les tensions avec les États-Unis, et les divisions européennes exacerbées.

L’offensive russe en Ukraine bouleverse la donne

De façon incontestable, l’annexion de la Crimée par la Russie, la guerre qui s’installe à l’Est de l’Ukraine, et l’intervention russe en Syrie ont constitué, pour l’Allemagne, un « changement fondamental de l’architecture de sécurité » en Europe. Elles entraînent un « changement de paradigme dans la façon dont elle voit la défense en Europe ». Alors que Berlin pensait les questions militaires et nucléaires « obsolètes » sur le continent, voilà qu’elles reviennent au galop avec une Russie qui « détruit l’architecture de sécurité en Europe ». Les grands changements dans la politique de défense allemande trouvent leur origine dans cette déception envers la Russie, qui était jusqu’alors regardée Outre-Rhin comme un partenaire.

Tiraillée entre Washington et Bruxelles

Alors que l’Allemagne tente de comprendre les nouvelles dynamiques induites par la crise ukrainienne, un autre pilier de son environnement stratégique s’effrite : la relation transatlantique. Le « changement structurel et de long-terme dans la base même de cette relation » a déjà été entamé. Mais avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine (en 2017), il prend une nouvelle tournure. Il sous-entend une nouvelle « vision du monde, des instruments appropriés pour répondre aux défis, et de comment [l’Allemagne] se situe sur le long-terme ». Cela change la donne dans tous les domaines politiques, diplomatiques, économiques, climatiques. Le changement est encore plus fondamental pour la défense. Car Berlin reste « persuadée » qu’il n’y a « pas de défense crédible en Europe sans les États-Unis ». L’Allemagne est donc « tiraillée » entre l’envie de s’engager plus au niveau européen et le constat qu’il n’y a « pas vraiment une politique crédible à court-terme » dans le domaine de la défense sans les alliés transatlantiques.

Des vents européens contraires à l’intégration

Autre inquiétude pour Berlin, les dérives populistes et eurosceptiques sur le continent. Elles « remettent en question une conviction clé », la certitude que la seule direction pour l’intégration européenne, c’est qu’elle soit « davantage approfondie, dans plus de domaines ». L’Allemagne a d’autant plus de mal à accepter que l’intégration européenne soit potentiellement réversible, comme le démontre le Brexit, alors que son « retour » dans les rangs des États « respectés » s’est fait « par l’Europe ». D’où la politique allemande qui tente désespérément de keep the European house together (garder la cohésion en Europe) dans le domaine de la défense, par exemple avec sa vision inclusive de la PESCO.

Résultat : une divergence franco-allemande d’objectif

« Quand on parle de l’Europe de la défense, l’Allemagne pense à l’Europe. Quand la France pense à la défense » explique l’intervenante. La question politique, la cohésion, restent la clé du point de vue allemand, la « pré-condition pour tout engagement », pendant que la France se concentre sur une approche « opérationnelle, capacitaire ».

Un arrière fond électoral, l’Allemagne en pilotage automatique

Cette évolution rapide risque d’être stoppée par la crise politique qui s’installe en Allemagne.

Une évolution active cassée en 2017

Les changements se faisaient « lentement, mais activement » jusqu’en 2017. Depuis 2018 et la formation douloureuse du gouvernement actuel (CDU-CSU-SPD), le pays a entamé une « phase de stagnation » qui risque de constituer « un retour en arrière ». Le gouvernement, formé « avec beaucoup de réticence », « manque d’enthousiasme », surtout dans le domaine de la défense. L’exécutif est « là plus par obligation que conviction ». La motivation pour faire preuve de créativité et d’innovation n’est pas au rendez-vous. Point tout aussi important, la population allemande « ne se sent pas menacée militairement ». Ce qui a un « impact sur les débats de défense ».

L’Allemagne entre en instabilité politique

Deux points à garder à l’esprit alors que le pays s’engage dans une période électorale intense. La campagne électorale va être quasi permanente dans les deux années à venir. Après les européennes de mai, plusieurs élections régionales sont prévues à la fin de l’année 2019 dans les régions de l’ancienne Allemagne de l’Est (dans lesquelles les partis de gouvernement sont susceptibles de perdre des voix). Et chacun a à l’esprit les élections fédérales, prévues a priori en 2021, mais qui auront peut-être lieu avant. Comment va se traduire « la volonté de prendre davantage de responsabilités » dans la défense avec un gouvernement allemand instable, en élection permanente ? Une question cruciale selon la chercheuse.

Une défense au cœur des élections

Ces élections « impactent énormément les questions de défense » car c’est l’un des seuls domaines où les partis politiques peuvent « démontrer clairement leurs différences ». Cette stratégie est illustrée par le ministre des Finances. Olaf Scholz, vice-chancelier du parti social-démocrate a en mars annoncé que le budget de la défense ne serait finalement pas augmenté autant que prévu. Une annonce en grande partie politicienne. « Cela permet de faire une distinction entre les conservateurs et les socio-démocrates ». Ces différences intergouvernementales « très fortes », notamment au niveau du nucléaire et des exportations d’armement, permettent de se positionner.

L’enjeu de l’exportation des armes

Les questions industrielles, d’exportations d’armement et nucléaires ont été peu traitées dans le processus de changement. Des blind spots sur les problématiques qui font mal en Allemagne. Revenues dans l’actualité avec la guerre au Yémen, l’intervention de l’Arabie Saoudite, et les projets communs franco-allemands d’armement, elles sont devenues, en Allemagne, un enjeu de la campagne électorale car elles questionnent sur leur « moralité. » Le débat de facto se résume, pour les différents partis, à tenter de démontrer qu’ils sont « du bon côté » sur les questions de défense.

Une victime collatérale : l’Europe de la défense

« Au-delà de l’Allemagne elle-même, la victime, c’est un peu l’Europe de la défense, plus nos partenaires ». Ces débats intérieurs et leur influence sur la position extérieure allemande ne donnent pas une très bonne image au-delà des frontières. L’Allemagne n’est « pas vraiment perçue comme un partenaire fiable, elle semble envoyer des signaux contradictoires ». Les mots ne semblent pas toujours se transformer en actes, comme par exemple pour le « lancement de l’alliance pour le multilatéralisme » annoncé par le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas (membre du SPD). Idée « intéressante, mais dont la mise en œuvre tarde ».

L’Allemagne en mode pilotage automatique

Pour les partenaires européens qui souhaitent obtenir une position tranchée Outre-Rhin sur les questions de défense, il faudra sûrement attendre les élections fédérales et un nouveau gouvernement. « Mais jusqu’à là, on restera en mode ‘auto-pilote’ », conclut Claudia Major.

(Coline Traverson et NGV)

Lire aussi :

Le double jeu allemand dévoilé : technologie et armes made in Germany utilisées au Yémen

(B2) Les armes et la technologie allemandes jouent un rôle beaucoup plus important dans la guerre au Yémen que les officiels outre-Rhin veulent bien le dire, révèle une équipe de journalistes allemands

Le chasseur de mines de classe Frankenthal dans le port de Mokha (crédit : Stern / *GermanArms)

L’équipe de GermanArms (1) — composée (entre autres) de mon excellent collègue Hans Martin Tillack du magazine Stern —, a pu localiser diverses armes exportées d’Allemagne ainsi que la technologie d’armement au Yémen en analysant des images vidéo et satellite.

Un chasseur de mine vu au Yemen

Ainsi, un navire de guerre construit en Allemagne, de la classe Frankenthal, appartenant aux Émirats Arabes Unis (2), a été vu en 2017 sur des images satellites dans le port de Mokha, le port yéménite récemment conquis par les troupes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. D’autres navires de production allemande pourraient être localisés à Assab, en Érythrée, une base d’opérations importante pour le blocus maritime yéménite.

Des véhicules équipés par la société allemande DND

GermanArms a également localisé des véhicules de l’armée émiratie à Aden et Al Khawkhah, dans le sud-ouest du Yémen, équipés des stations d’armes dites Fewas de la société allemande d’armement Dynamit Nobel Defence (DND). Elle a identifié aussi un char de combat français Leclerc dans une vidéo d’octobre 2018 d’une agence de presse arabe, doté du système de protection supplémentaire sur les flancs, appelé Clara, fabriqué également par DND.

Les avions Eurofighter, Tornado et ravitailleurs A300 utilisés

L’équipe de #GermanArms a également découvert de nouvelles indications concernant l’utilisation des avions de combat Eurofighter et Tornado et de l’avion ravitailleur Airbus A330 MRTT par l’armée de l’air saoudienne. Tous ces avions sont équipés de composants importants en provenance d’Allemagne.

Des obusiers Caesar

L’équipe de journalistes a encore analysé une vidéo de la chaîne Sky News Arabia tourné en mai 2015. On y voit un obusier Caesar, fabriqué par Nexter, mais utilisant un châssis Daimler Unimog. Et la géolocalisation du site révèle que l’obusier tire à partir d’un endroit situé dans la région saoudienne près de Najran, près de la frontière avec le Yémen.

Une certaine hypocrisie outre Rhin

« Pour certains des armements utilisés, le gouvernement fédéral a délivré des licences d’exportation après le début de la guerre au Yémen, même si, conformément aux principes politiques du gouvernement fédéral, les livraisons aux pays impliqués dans des conflits armés sont supprimées » remarque l’équipe de #GermanArms. Ce qui marque une certaine hypocrisie du gouvernement fédéral CDU – SPD qui a affirmé avoir gelé toutes les exportations vers cette zone en guerre.

Je ne sais rien, je ne vois rien

Les fabricants concernés soulignent, eux, qu’ils ont toujours agi dans le respect de la loi. Quant aux représentants du gouvernement fédéral, ils ont affirmé à plusieurs reprises ne disposer d’aucune information sur l’utilisation de la technologie allemande en matière d’armement pendant la guerre au Yémen. « Je ne sais rien à ce sujet », a encore répété le ministre fédéral allemand de l’Économie, Peter Altmaier (CDU), interrogé par la Deutsche Welle lors de la dernière conférence de Münich sur la sécurité.

Un embargo informel

Si l’Allemagne a imposé un embargo sur les armes vers l’Arabie saoudite, celui-ci est limité dans le temps et doit expirer le 9 mars prochain, selon la presse. Berlin n’a pas, en revanche, imposé d’interdiction formelle d’exportations d’armes vers les Émirats arabes unis.

Plus d’information ce soir (mardi 26 février 2019) sur la Deutsche Welle et dans Stern ce soir et demain.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. La Deutsche Welle, l’équipe Stern, l’émission ‘report München’ du Bayerischer Rundfunk, le bureau de recherche néerlandais Lighthouse Reports et le réseau d’investigation international Bellingcat composent le groupe #GermanArms.
  2. L’Allemagne a vendu au moins deux chasseurs de mines aux Emirats arabes unis : le Frankenthal (ex M1066, renommé M02 Al Murjan) et le Weiden (ex M1060, renommé M01 Al Hasbah)

Les forces spéciales allemandes embarquent dans l’A400M

(B2) Les équipages du 62ème escadron de transport aérien de Wunstorf attaquent une nouvelle étape dans l’appropriation de l’avion européen A400M : l’évacuation de ressortissants et l’appui aux forces spéciales indique la Luftwaffe. Dans ce dernier registre, ils vont devoir apprendre à opérer de jour comme de nuit, notamment en participant à des exercices et des entraînements des forces spéciales. Ce sera l’une des tâches du 3e escadron de l’air commandé par le lieutenant-colonel Hans Gerisch.

 

 

L’Allemagne se retire de l’opération Sophia

(B2) C’était sinon attendu du moins redouté. L’Allemagne ne devrait plus fournir de moyens navals à l’opération européenne en Méditerranée (EUNAVFOR Sophia)

(Crédit : Bundeswehr / Michael Bockner)

Un moyen sans doute pour les Allemands de mettre la pression sur les Italiens et d’autres pays qui tardent à adopter un mécanisme de répartition pour les réfugiés qui pourrait finalement être le bouton nucléaire d’anéantissement de la mission. Ce retrait est d’autant plus dommageable que Berlin a été un des premiers contributeurs, avant même le lancement officiel de l’opération. De façon plus symbolique, c’est un enfant accouché par les marins allemands, qui a donné son nom à l’opération, en l’honneur de la princesse Sophia von Schleswig-Holstein (Lire : Ne dites plus EUNAVFOR Med, dites Sophia !).

Le Berlin ne viendra pas en Méditerranée…

La Bundeswehr ne participera bientôt plus à la mission avec son propre navire. La frégate Augsbourg, présente dans l’opération depuis février, ne sera pas remplacée par le navire de ravitaillement et de soutien Berlin (A 1411), comme prévu initialement.

… préférant la mer du Nord

L’inspecteur général de la Bundeswehr, Eberhard Zorn, en a informé mardi (22 janvier) les députés de la commission des affaires étrangères du Bundestag, indique le Süddeutsche Zeitung. Le Berlin participera plutôt aux manœuvres de l’OTAN en mer du Nord, restant en attente pour Sophia. Les dix militaires et marins allemands présents au QG de l’opération restent pour l’instant.

Matteo Salvini satisfait

Le ministre italien de l’intérieur Matteo Salvini a raillé cette décision dans son style habituel par un tweet : « La mission Sophia avait pour mandat de débarquer tous les immigrants uniquement en Italie, avec 50 000 nouveaux arrivants dans notre pays. Si quelqu’un se retire, ce n’est pas un problème pour nous. » C’est ainsi le baiser de la mort que prononce Rome. Pour le leader de la Ligue du Nord, obtenir l’arrêt de l’opération serait ainsi comme une victoire politique qu’il pourrait revendiquer.

Situation désespérée pour l’avenir de Sophia

Au 31 mars prochain, délai obtenu aux forceps fin décembre pour tenter de résoudre la quadrature du cercle — la répartition des migrants et demandeurs d’asile rescapés — l’opération pourrait bien devoir fermer. EUNAVFOR Med a déjà subi quelques désistements : les Belges (estimant l’opération inefficace, lire : La Belgique pourrait cesser toute contribution à l’opération Sophia en 2019), les Britanniques (pour cause de Brexit) ont, en effet, déjà décidé d’interrompre toute participation navale. Plusieurs pays tels la Grèce, la Suède, la Bulgarie ne participent pas à l’opération.

Il ne reste plus aujourd’hui (pour les moyens navals), hormis les moyens nationaux italiens, que l’Armada espagnole, à moins que la Royale (la marine française) ne se décide à sauver cette opération. Ce qui est une vraie gageure, la France — que ce soit au Quai d’Orsay (du côté des diplomates) ou rue Saint Dominique (au ministère) — n’a jamais été farouchement enthousiaste pour cette opération.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une baisse de voilure pour le navire amiral

La marine italienne a déjà réduit la voilure pour son navire amiral. La frégate de défense anti-missiles Luigi Rizzo (F-595) a remplacé début janvier le navire d’assaut amphibie San Marco (L-9893) qui était le navire de commandement depuis cinq mois (153 jours). On n’est pas tout à fait dans le même registre, en particulier en termes d’espace à bord et d’accueil de personnes : un équipage de 130 marins environ pour le premier avec possibilité d’accueillir 2 hélicoptères ; un équipage de 180 marins pour le second, avec possibilité d’héberger au moins 350 personnes et d’accueillir cinq hélicoptères.


 

Je n’en ai rien à f… d’être populaire en Europe. Les Européens doivent payer (Trump)

(B2) Le président américain n’a pas abandonné son envie de critiquer les Européens. Dans sa première conférence de presse 2019, début janvier, Donald Trump a répété son antienne favorite : l’Europe profite et ne paie pas assez

Donald Trump (crédit : Maison Blanche)

Il met la barre non pas à 2% (comme la norme OTAN) mais à 4% pour les budgets de défense

L’Europe, je m’en fiche

Interrogé sur son éventuelle impopularité en Europe, l’hôte de la Maison Blanche a eu cette phrase « Je me fiche de l’Europe. Je ne suis pas élu par les Européens. Je suis élu par les Américains, par les contribuables américains ».

Les Européens profitent

Donald Trump a ensuite répété son antienne favorite : les Européens (ou les Japonais), sont des profiteurs ! « Beaucoup de pays ont profité de notre armée.  […] Nous accordons une protection militaire aux pays très riches et ils ne font rien pour nous. Vous pouvez les appeler alliés si vous le souhaitez, […], mais nombre de nos alliés profitent de nos contribuables et de notre pays. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. »

Ils vont devoir payer

« Nous négocions actuellement avec de nombreux pays pour verser plus d’argent aux États-Unis pour ce que nous faisons pour eux. Je ne dirais pas qu’ils sont ravis. Parce qu’ils ont passé de nombreuses années sans payer. Mais, maintenant, ils vont devoir payer. »

La barre placée à 4%

Et d’ajouter de façon précise : « Je veux que l’Europe paye. L’Allemagne paie 1%. Ils devraient payer plus que cela. Ils devraient payer 4% (1). D’autres pays paient un petit pourcentage de ce qu’ils devraient payer. »

La contribution aux opérations en Irak et en Afghanistan, insuffisante

Pour le président américain, la contribution des Européens dans les opérations conduites par les Américains, que ce soit en Irak ou en Afghanistan, est aussi minime. « Vous savez, quand un pays nous envoie 200 soldats en Irak ou 100 soldats d’un grand pays en Syrie ou en Afghanistan, ils me disent cent fois : « Oh, nous vous avons envoyé des soldats. Nous vous avons envoyé des soldats’. Mais c’est un centième de l’argent dont ils profitent. »

Les militaires US mauvais en Afghanistan

Au passage, Donald Trump égratigne les généraux américains et, en particulier, son ancien secrétaire à la Défense, Jim Mattis, démissionnaire, pour n’avoir pas fait le ‘job’ en Afghanistan. « J’ai donné à nos généraux tout l’argent qu’ils voulaient. [Mais] Ils n’ont pas fait un si bon travail en Afghanistan. […] Le général Mattis était tellement ravi [de la rallonge budgétaire]. Eh bien, qu’a-t-il fait pour moi? Qu’est-ce qu’il fait en Afghanistan ? Pas vraiment bien. Pas vraiment bien. »

Objectif : sortir de l’OTAN ?

Cette nouvelle sortie, malgré son côté répétitif, arrogante et un rien vulgaire (le style de Donald Trump), doit être prise au sérieux. Car le président américain semble toujours caresser l’envie de se retirer de l’OTAN, organisation ‘obsolète’ comme il la dénommait.

« Le président américain, à plusieurs reprises en 2018, a confié en privé qu’il souhaitait se retirer » de l’Alliance atlantique, affirme ainsi Julian Barnes du New-York Times. « Les responsables actuels et les anciens partisans de l’alliance ont déclaré craindre que M. Trump ne reprenne sa menace, les dépenses militaires des alliés continuant de prendre du retard par rapport aux objectifs fixés par le président » ajoute le quotidien new-yorkais.

Les Européens ont intérêt à se préparer pour ne pas être pris au dépourvu. Car ce que dit un jour Trump, il le fait souvent…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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  1. L’objectif fixé par l’OTAN est de 2% du PIB. Mais Donald Trump avait déjà mentionné un nouvel objectif de 4% lors du sommet de l’OTAN en juillet 2018. Ce qui correspond peu ou prou au budget de défense des États-Unis.
  2. C’est la taxation des voitures qui ne passe pas chez l’ancien homme d’affaire. « Lorsque les voitures rentrent chez nous sans taxe, et qu’on nous demande de payer 25, 40, 50% ? Je serai honnête avec vous, ce n’est pas dans mon ADN. nous ne permettons plus que cela se produise » a-t-il précisé dans la même intervention.