Es war einmal in Deutschland (Bye bye germany)

(B2) Dans le Berlin d’après guerre, David Bermann et quelques amis juifs n’ont qu’une envie : vivre — Hitler est mort mais nous sommes vivants » dit David à ses amis — ; fuir le pays — Ils veulent immigrer en Amérique ; s’enrichir — pour avoir suffisamment d’argent pour vivre outre Atlantique.

Ils trouvent un moyen rapide pour se faire de l’argent : vendre du linge de maison, le double, le triple, du prix réel (au mieux)… en utilisant toutes les ficelles du commerce à domicile : conviction, séduction, réduction …

Tout va bien jusqu’à ce que les services de renseignement américains mettent la main sur David (Moritz Bleibtreu), le soupçonnant de ne pas avoir vraiment raconté toute la vérité, de ne pas avoir été interné et d’être en fait un agent du régime nazi. L’agente US Sara Simon (Antje Traue) le passe au grill, se pinçant les lèvres pour ne pas céder à la séduction de son client et ne pas rire aux blagues de son « client ».

— Comment êtes-vous arrivés au camp de Sachsausen ?

— Je suis arrivé en limousine avec chauffeur.

L’humour, grinçant, marque ce film, de Sam Garbarski, présenté en avant-première au Festival de Berlin 2017, Prix du Public au Festival international du film norvégien de Haugesund. On surfe entre la tragédie de l’horreur des camps nazis et le rire d’une bande de joyeux écumeurs de portefeuilles.

Toute la complexité de l’époque surgit cependant au hasard de cet interrogatoire qui rythme le film. La version de départ se trouve ébranlée par les faits amenés par l’enquêtrice américaine, au point qu’on a quelques doutes sur la version du principal acteur du film.

(NGV)

Sortie : sur les toiles en Belgique, prochainement en France

La Pologne peut-elle faire partie du noyau dur de la défense européenne ?

Jaroslaw Kaczynski à Cracovie le 11 novembre (crédit : PiS)

(B2) La Pologne s’est raccrochée à la dernière minute à la Coopération structurée permanente. On pourrait s’en réjouir tant l’absence de Varsovie de la plupart des projets européens était troublante. Mais cette adhésion ne s’est pas faite sans réserve ni déclaration anti-européenne. Ce qui pose un sacré problème.

Des réserves

Tout d’abord, on peut remarquer que la Pologne a tenu à ajouter une déclaration à la mise en place de la Coopération structurée permanente. C’est le seul pays à avoir fait cette démarche officielle. Même si la valeur juridique de ce document peut être discutée, sa valeur politique est incontestable. Elle apparaît contradictoire avec toutes les déclarations faites autour de cette coopération indiquant que les 20 engagements forment un tout qui ne peut être séparé et ne peuvent faire l’objet de réserves. Ce qui pose un problème de forme.

Une volonté de blocage sous-jacente

Sur le fond, la lettre apparaît assez anodine et se contente d’accentuer certains principes, même si certains termes sont ambigus. Cette ambiguïté a été levée par les déclarations du ministre de la Défense polonais. Antoni Macierewicz va plus loin que le contenu même de la déclaration entendant conditionner le soutien polonais à l’absence de structures parallèles entre l’UE et l’OTAN (lire La Pologne pose trois conditions, écrites, à son adhésion à la PESCO). Des déclarations faites uniquement en polonais, mais qu’on a toutes les raisons de prendre au sérieux car c’est ce ministre qui siégera au sein de la PESCO. On peut donc lui faire confiance qu’il n’aura pas pour ambition de développer la Coopération européenne mais au contraire de la freiner et de la limiter.

Une absence de dynamique européenne

Au plan industriel et opérationnel, la Pologne est aujourd’hui absente de tous les grands projets européens de défense, ce qui est étonnant pour un pays de cette taille. Elle ne participe pas à EATC, la commandement du transport aérien. Elle ne participe quasiment à aucune des « grandes » opérations et missions militaires (Méditerranée, EUTM en Afrique, anti-piraterie), alors qu’elle affirme avoir « une des armées les plus puissantes d’Europe ». Elle ne participe à aucun des projets structurants de la défense européenne (A400M, NH90, drones MALE, ravitailleurs…), donne quasi systématiquement une préférence aux équipements américains qu’aux équipements européens et s’est même retirée de l’Eurocorps (lire : La Pologne claque la porte de l’Eurocorps, par rancoeur politicienne).

Un problème de taille : d’ordre politique

S’ajoute à cela une attitude générale d’ordre politique, historique et philosophique.

La saillie antisémite de Kaczyński

Lors d’un discours prononcé le jour de l’indépendance à Cracovie, le 11 novembre, Jaroslaw Kaczynski, le leader du PiS (droit et justice) — le parti au pouvoir — et son autorité légitime, a fait une sortie particulièrement dure pour réclamer, à nouveau, des réparations de guerre aux Allemands, s’appuyant sur une argumentation pour le moins étonnante…

« Les Français ont été indemnisés, les Juifs ont été indemnisés, de nombreux autres pays l’ont été pour ce dont ils ont souffert durant la Seconde Guerre mondiale. Pas les Polonais » « Ce n’est pas seulement une question matérielle. Il en va de notre statut, de notre honneur. » – Jaroslaw Kaczyński

C’est une ritournelle bien connue actuellement en Pologne qui ne cesse de vouloir faire une nouvelle lecture de l’Histoire, dans un esprit revanchard. Mais cette déclaration, outre son inexactitude historique (1), constitue une sortie de route flagrante et n’est pas anodine. Elle est proprement inacceptable venant d’un dirigeant européen. On flatte, ici, non seulement la fibre patriotique ou nationale, mais on flirte plus carrément avec la tradition antisémite la plus noire de l’histoire, semblant considérer comme étrangers les juifs polonais (trois millions environ ont péri durant la Seconde guerre mondiale). Cette déclaration a eu lieu le soir-même d’une marche « patriotique » à Varsovie qui a vu refleurir quelques slogans néonazis, alors que des dirigeants de groupuscules extrémistes européens comme l’Italien Roberto Fiore étaient invités dans des meetings à Wroclaw, cela n’est pas tout à faire anodin.

Enfin, cela est d’autant moins anodin que cette déclaration du leader du PiS n’a bien sûr donné lieu, à ma connaissance, à aucune condamnation officielle (difficile de condamner une autorité comme J. Kaczynski).

Une revendication qui n’a pas d’excuse conjoncturelle

Remettre le couvert sur les réparations de guerre parait pour le moins inapproprié aujourd’hui, d’autant que rien dans l’actualité politique ou économique nationale ne le justifie. La Pologne jouit d’une économie en bonne santé, n’est soumise à aucun plan drastique de réforme (2). Elle a sa place pleine et entière dans les institutions européennes (très bien représentée dans les structures et directions des institutions européennes). Elle n’est victime d’aucun ostracisme, même si elle n’affiche pas l’intention de poursuivre de politique plus intégrée (l’Euro notamment). (3)

Une volonté de revanche

Semer l’esprit de revanche, afficher des slogans franchement antisémites sont-ils de l’essence européenne ? On peut s’interroger. L’Union européenne a justement été créée avec un seul objectif : mettre en sourdine toutes les prétentions nationales pour travailler ensemble (le marché commun ou l’Euro ne sont que des avatars de cet objectif politique). Reprendre le combat sur cette question très sensible est aussi dangereuse. Tout pays européen pourrait être enclin à réclamer aujourd’hui à ses voisins des réparations et dommages de guerre (4).

Une absence d’engagement démocratique

Certes aucun des engagements signés dans la PESCO ne fait mention d’un quelconque respect de certaines valeurs (démocratie, droits de l’Homme, relations de bon voisinage) mais celui-ci est intrinsèque aux différents principes inscrits dans le préambule du Traité sur l’Union européenne et notamment au principe qui fonde la politique étrangère (et de défense) de l’UE : « la politique étrangère et de sécurité commune [est] fondée sur un développement de la solidarité politique mutuelle des États membres ».

Une question fondamentale

Un gouvernement dont l’un des principaux dirigeants fait une telle déclaration peut-il faire partie d’un noyau dur de défense européenne ? La question mérite d’être posée clairement et d’avoir une réponse. Il ne faut pas faire l’autruche. Accepter la candidature de Varsovie, aujourd’hui, dans la Coopération structurée permanente apparaît à la fois contraire à l’esprit et à la lettre du Traité et même de cette coopération européenne.

Attention à un précédent

Les autorités qui doivent évaluer les candidatures des pays membres à la PESCO doivent donc considérer tous les éléments en cause (politique, idéologique, technique, juridique, opérationnel, capacitaire). La réponse à ces différents prismes d’analyse produit à chaque fois la même conséquence : la candidature de la Pologne doit être « suspendue », en attendant qu’elle éclaircisse à la fois sa stratégie politique en matière de réparation de guerre, et les conditions qu’elle pose au développement de la défense européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)


(1) D’une certaine façon, la Pologne a été « indemnisée » par l’octroi d’une partie de territoire faisant partie de l’Allemagne auparavant. On pourra jauger s’il s’agit d’une juste compensation de l’annexion d’une partie de son territoire par l’URSS ou non. Mais c’est un des plus importants mouvements territoriaux de l’après-guerre.

(2) Ce débat des réparations avait resurgi en Grèce, mais de façon plus conjoncturelle, liée aux pressions que faisait peser Berlin pour mettre en place des réformes structurelles économiques plus fortes à Athènes. La situation polonaise n’est aucunement comparable.

(3) La seule procédure en cours concerne l’état de droit en Pologne et la réforme de la justice. Mais chaque pays est tour à tour l’objet de procédures en manquement.

(4) La république tchèque par exemple pour les territoires conquis par la Pologne en 1938 à la faveur de l’invasion allemande ou la Lituanie après 1945, etc

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Quand Juncker explique la Belgique aux Belges…

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« Je ne suis pas nerveux… j’explique la Belgique aux Belges » – Jean-Claude Juncker à la conférence de presse lors de la signature du CETA avec le Canada

(B2) Clôturant la conférence de presse sur la signature du CETA, l’accord de libre échange et économique global avec le Canada, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, questionné par le journaliste du Soir, Jurek Kuczkiewicz, s’en est pris assez violemment au CDH, le parti chrétien-démocrate humaniste (francophone) comme au fonctionnement de la Belgique. C’est assez rare pour être noté et cela mérite d’être retranscrit quasi-intégralement…

Il n’y a pas eu d’ultimatum

C’était à la toute fin de la conférence, le président Donald Tusk s’apprête à boucler la séance de conférence de presse… le président de la Commission en profite pour dire « J’aurai quelques mots en direction de la Wallonie. » Et il embraye aussitôt saluant « le président de la région wallonne » alias Paul Magnette quant il dit que « La Commission a joué un rôle positif avec la Wallonie et la Belgique. Nous avons toujours dit qu’il n’y avait pas d’ultimatum, qu’il était plus important de signer que de savoir à quel moment on signera. »

Je ne suis pas nerveux… j’explique la Belgique aux Belges

Une fois le décor planté, Juncker attaque… « L’interlocuteur de la Commission n’est pas la région wallonne, c’est le gouvernement fédéral. Nous avons fait exception à la règle en discutant avec la Wallonie. Normalement les entités régionales devraient se mettre d’accord avec le gouvernement fédéral sur leur cahier d’exigences et de doléances ».

Le CDH dans la ligne de mire de la colère de Juncker

« Je m’inscris en faux contre tout procès d’intention. Nous n’avons jamais menacé la région wallonne. Jamais ! Qu’on cesse de dire — et je le dis à l’intention du CdH et à son président (NB : Benoit Lutgen) —, qu’on cesse de dire que la Commission a menacé de conséquences désastreuses, pour la Wallonie, le gouvernement ou le parlement wallon. Nous étions très engagés aux côtés de la Wallonie pour que toutes les incertitudes qui entouraient cet accord puissent être levées. » Un accord « qui n’a d’ailleurs pas été changé d’une virgule » balance-t-il au passage, démentant ainsi toute victoire des francophones belges.

La Belgique doit réfléchir à son fonctionnement interne

Et de conclure par un vibrant: il falloir « que la Belgique réfléchisse à son monde de fonctionnement international ».

(NGV)

NB : Le président de la Commission s’est en revanche bien gardé de répondre à la question posée qui était l’image de la Wallonie après les déclarations du commissaire allemand Günther Oettinger estimant qu’une « micro-Région gérée par des communistes qui bloque toute l’Europe, ce n’est pas acceptable ! » (lire sur Le Soir)

JeanZay

Pour Jean Zay

JeanZay(B2) Une campagne parcourt certains milieux de droite, y compris certains militaires, hostiles à l’accueil de Jean Zay au Panthéon. Ils prennent prétexte de certains passages d’un de ses poèmes, Le Drapeau, violente ode contre la guerre de 1914-18, écrit par Jean Zay quand il avait 19 ans, en 1921, pour refuser son entrée au Panthéon (*).

Une vision très partielle et partiale de l’histoire

Ils choisissent ainsi un seul passage de toute la carrière d’un écrivain et d’un homme politique pour en salir sa mémoire. Ministre en 1939, Jean Zay avait choisi, à ce moment, de démissionner. Ce n’était pas le cas de tout le monde… C’était même une exception. Il s’est, ensuite engagé comme sous-lieutenant dans l’armée. Il est mort assassiné par la milice à Molles, dans l’Allier, tout proche de Vichy, le 20 juin 1944.

Un hommage à la pluralité de la République

Le Panthéon sert à honorer les morts de la République dans sa globalité et sa pluralité. Ce n’est pas les Invalides. Il y a sans doute des centaines de personnes qui pourraient « mériter » le Panthéon. Mais rendre hommage à une personne sert aussi à symboliser une certaine fraction de l’engagement français de l’époque. En refusant d’honorer Jean Zay, certains responsables ne veulent voir qu’une partie de l’histoire. Ils poursuivent ainsi l’oeuvre d’une presse qui, durant la guerre, menait une campagne antisémite. Ce n’est pas digne …

(Nicolas Gros-Verheyde)

La rivière Lezak à Lezaky (crédit : CSJiří Sedláček aka Frettie)

Lezaky village martyr

La rivière Lezak à Lezaky (crédit : CSJiří Sedláček aka Frettie)

La rivière Lezak à Lezaky (crédit : CSJiří Sedláček aka Frettie)

(BRUXELLES2) C’était un 24 juin 1942, un petit village calme, en Bohême de l’Est, Ležáky, située près de Chrudim (ville qui abrite aujourd’hui un bataillon parachutiste). Le village est l’objet d’une opération « razzia » mené par une division SS. Une cinquantaine d’habitants sont emmenés, les adultes fusillés immédiatement. La plupart des enfants envoyés au camp d’extermination de Chelmno avec au bout la mort dans les chambres à gaz. Deux seront sauvés in extremis et confiés à une famille allemande. Les bâtiments sont pillés et incendiés, le village rasé. La commune n’a jamais été reconstruite. Lidice avait subi le même sort 15 jours plus tôt, avec plusieurs centaines de morts. La raison de cette fureur meurtrière ? L’attentat (réussi) contre Reinhard Heydrich, alors protecteur du Reich dans en Bohême-Moravie et chef des forces de sécurité du Reich, assassiné par deux parachutistes tchécoslovaques. Le pouvoir nazi ordonne des représailles qui firent quelque 5000 victimes.

Nom de code de cette opération : « Anthropoid »

L’opération Antropoid est un épisode, encore peu connu de la « résistance » européenne contre le nazisme. Du moins pas assez connu, surtout à l’ouest de l’Europe, même si elle a donné lieu à des films (notamment le « Sept hommes à l’aube » ou « Operation: Daybreak » de Lewis Gilbert). Elle est préparée par les commandos britanniques et approuvée par le gouvernement tchèque en exil à Londres. Celui-ci semble désireux de montrer que, malgré trois années d’annexion complète au Reich, Tchèques et Slovaques résistent encore. Deux officiers sont choisis pour l’opération : un Slovaque Jozef Gabčík et un Tchèque Jan Kubiš, parachutés entre juste après Noël à l’est de Prague. L’opération ne fut réalisée que plusieurs mois plus tard. Nous sommes le 27 mai 1942. L’idée est d’atteindre Heydrich, entre son domicile et le château de Prague, alors qu’il circule à bord de sa voiture, une Mercedes. Mais la mitrailleuse Sten d’un des parachutistes s’enraye, et c’est finalement avec une grenade anti-char que Heydrich est touché, par des éclats de grenade. Il meurt plusieurs jours plus tard à l’hôpital des suites de ces blessures.

Un élément fort du régime nazi

Heydrich n’est pas n’importe qui. Adjoint de Heinrich Himmler, il s’engage très tôt dans les rangs nazis, dès les années 1930, et en sera un membre très actif, poussant toujours plus loin la volonté de destruction des opposants comme des Juifs. Il crée le SD, Sicherheitsdienst, le service de renseignement du parti, chargé de surveiller les opposants comme les membres du parti. Il participe à l’Anschluss en Autriche chassant les opposants, à la Nuit de Cristal en novembre 1938 contre les Juifs, met en scène la fausse attaque de la radio allemande de Gleiwitz en septembre 1939 qui sert de prétexte à l’invasion de la Pologne, créé les Einsatzgruppen chargés de « nettoyer » la Pologne, est un des artisans de la création des ghettos juifs, puis de l’extermination des juifs,. Bref ce n’est pas un pur exécuteur mais un concepteur de la « solution finale ».

(NGV)

L’Irlande pardonne à ses « déserteurs ». Enfin…

Signe "EIRE" inscrit sur le sol Irlandais dans le Donegal afin d'informer les bombardiers de la neutralité de l'Irlande (source: wikipédia)

(BRUXELLES2) Il a fallu presque 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale pour que l’Irlande accorde officiellement son pardon aux « déserteurs ». Le gouvernement irlandais a en effet annoncé hier (mardi 12 juin), sa décision d’absoudre ses soldiersqui avaient quitté l’armée irlandaise pour rejoindre l’armée britannique et combattre, aux cotés des alliés, des déserts africains jusqu’à la jungle de Birmanie en passant par les plages de Normandie.

« Au nom de l’Etat, le gouvernement s’excuse de la manière dont ces membres des Forces de la Défense qui sont partis pour combattre aux côtés des Alliés durant la Seconde Guerre Mondiale, de 1939 à 1945, ont été traités après la Guerre par l’Etat » a ainsi affirmé le Ministre de la Défense, de la Justice et de l’Egalité irlandais, Alan Shetter, s’exprimant devant le parlement.

A l’époque, l’Irlande était neutre dans ce conflit mais quelques 5000 soldats avaient décidé de « déserter », non pas pour fuir le combat mais, au contraire, pour le continuer, aux côtés des britanniques et des autres alliés. A la fin de la guerre, en revenant chez eux, ils ont eu la mauvaise surprise d’avoir été déclarés « traîtres » et « déserteurs ». Pire, ils se sont vus inscrits sur une sorte de liste noire officielle, leur interdisant toute embauche dans les services publics, ainsi que tout accès, pour eux et leurs familles, aux services sociaux (chômage, retraite, pensions en cas de mort de leur compagne, etc) et ce, pendant sept ans. Mais outre les aspects matériels, c’est la stigmatisation comme traîtres à leur patrie qui a été une longue humiliation pour ces soldats, qui ailleurs, auraient sûrement été considérés comme des héros.

L’Irlande, en effet, avait décidé de rester neutre, affirmant que c’était là le seul moyen de garantir la pérennité de l’indépendance vis-à-vis du voisin britannique. Ayant encore en tête le souvenir de la Guerre Civile et la répression brutale et « vicieuse » menée par Londres, le gouvernement irlandais voyait d’un très mauvais œil une quelconque alliance avec l’ancien colon. Ce qui permet de « comprendre » la position du gouvernement irlandais pendant longtemps (mais bien sûr, est-il besoin de le rappeler, « comprendre n’est pas justifier »). Si ce pardon ne change pas l’Histoire, il permet aux vétérans et à leurs familles, qui ont mené campagne pour ce pardon, de rétablir une forme de justice en faisant reconnaître officiellement le rôle joué par ces soldats durant la guerre. Et de passer à autre chose. Aujourd’hui il ne reste plus qu’une centaine de ces vétérans.

Pour lire ou écouter un témoignage, ici. La déclaration du gouvernement, c’est la.

La crise fait ressortir les plaies de la dernière guerre entre Grecs et Allemands

(credit : Wikipedia)

(BRUXELLES2) Les marques de défiance entre Grecs et Allemands sont montées d’un cran avec la résurgence d’un débat qu’on pensait enterrer, les réparations de la dernière guerre mondiale.

Une trentaine de députés grecs issus de plusieurs partis politiques – sauf le Laos et le parti communiste selon la presse grecque – ont ainsi demandé la semaine dernière l’organisation d’un débat parlementaire sur ce point. Selon eux, l’Allemagne a verse? des de?dommagements a? tous les pays concerne?s, sur la base des de?cisions de la commission interallie?e de Paris, en 1946, sauf… a? la Gre?ce. Et ils demandent réparation de cette injustice.

Un débat qui apparaît comme un retour de manivelle aux pressions allemandes sur la Grèce pour qu’elle accepte une plus forte discipline budgétaire. Un débat qui ne peut être aujourd’hui que politique et non plus légal, après l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) intervenu vendredi (3 février), qui a clos un long conflit juridique entre l’Italie, à laquelle s’associait la Grèce d’un coté, et l’Allemagne, de l’autre.

Plaignants italiens et grecs

La CIJ vient, en effet, de donner raison à l’Allemagne face à des plaignants italiens et grecs, réclamant des réparations pour dommages de guerre. Les plaignants italiens étaient essentiellement d’anciens militaires italiens internés dans les camps allemands après 1943, quand l’Italie avait changé de camp, rejoignant les Alliés contre l’Allemagne ; plaignants qui n’avaient pas réussi à être indemnisés par les différents dispositifs mis en place entre Italie et Allemagne (*).

Les seconds étaient les ayant-droits grecs du village de Distomo, un village qui subit le 10 juin 1944 un massacre identique à celui d’Oradour sur Glane : les troupes Waffen SS, attaquées par des partisans, s’étaient vengé sur le premier village venu, massacrant hommes, femmes et enfants, laissant plus de 200 morts. En 1995, les ayants droit des victimes obtinrent devant un tribunal grec de premie?re instance la condamnation de l’Allemagne, le 25 septembre 1997, décision confirmée en cassation le 4 mai 2000 mais jamais exe?cute?e en Gre?ce car l’autorisation du ministre de la justice ne fut jamais donnée. Les requérants firent successivement un recours devant la Cour européenne des Droits de l’homme puis devant la Cour suprême en Allemagne, chaque fois ils se virent opposés l’immunité de l’Etat. Ils se tournèrent alors vers les juridictions italiennes pour faire exécuter cette décision, suivant en cela l’exemple donné par les Italiens.

Le droit international humanitaire ne peut l’emporter sur l’immunité de l’Etat

La Cour suit un raisonnement uniquement juridique. Elle ne se prononce sur l’illégalité de l’acte – contestée par aucune des parties d’ailleurs. « En l’e?tat actuel du droit international coutumier, un Etat n’est pas prive? de l’immunite? pour la seule raison qu’il est accuse? de violations graves du droit international des droits de l’homme ou du droit international des conflits arme?s » considère-t-elle. La Cour estime qu’il n’y a pas plus de conflit entre les règles du jus cogens (les règles des conflits armés) et les règles de procédure qui confèrent l’immunité à un Etat, et que l’une ne doit pas prédominer sur l’autre. Les règles « qui re?gissent l’immunite? de l’Etat se bornent a? de?terminer si les tribunaux d’un Etat sont fonde?s a? exercer leur juridiction a? l’e?gard d’un autre ; elles sont sans incidence sur la question de savoir si le comportement a? l’e?gard duquel les actions ont e?te? engage?es e?tait licite ou illicite

(*) Plusieurs dispositifs ont été mis en application pour indemniser les victimes du régime nazi : d’abord le traité de paix en 1947 (visant essentiellement les biens des ressortissants italiens en Allemagne), puis la loi fédérale de 1953 (qui visait quelques catégories de victimes, comme les résidents en Allemagne) et un accord italo-allemand 1961 avec un dédommagement forfaitaire à l’Etat italien de 40 millions de marks allemands, enfin la loi « mémoire, responsabilité et avenir » d’août 2000 qui visait essentiellement les travailleurs forcés. Mais plusieurs catégories de personnes restaient exclus de ce processus d’indemnisation notamment les prisonniers de guerre, qui n’étaient pas civils et pas forcés, selon la Cour constitutionnelle allemande, puisque les prisonniers de guerre peuvent dans certains cas être soumis à un travail…

télécharger le jugement de la CIJ

« Discours de guerre » de Winston Churchill



(BRUXELLES2) Riche idée que les éditions Tallandier (collection Texto) ont eu de rééditer les discours de Winston Churchill, en édition bilingue (anglais – français), s’il vous plait. Avec une petite introduction, forte utile à chaque fois, rédigée par Guillaume Piketty. L’édition bilingue est savoureuse. Car sa langue maternelle, Churchill la manie simplement, avec des mots précis et clairs. Le ton paraît ainsi parfois plus direct ou abrupt qu’en français. Et certaines des phrases prononcées peuvent prendre tout leur sens, en ce 70e anniversaire du déclenchement de la 2e guerre mondiale. Ainsi ce discours prononcé à la Chambre des Communes, le 3 septembre 1939, lors de la déclaration de guerre. « Il ne s’agit pas de se battre pour Dantzig ou de combattre pour la Pologne. Nous nous battons pour préserver le monde entier de cette peste qu’est la tyrannie nazie et pour défendre ce que l’homme a de plus sacré. Il ne s’agit pas d’une guerre pour la domination, pour l’agrandissement de l’empire ou pour un profit matériel ; il ne s’agit pas d’une guerre qui priverait une nation de sa lumière ou l’écarterai du progrès. Il s’agit essentiellement, d’une guerre destinée à établir et restaurer la dignité de l’homme. »

Du sang, des larmes. Le tory Churchill, partisan d’une politique de fermeté contre l’Allemagne, vient d’accepter de rentrer dans le gouvernement de Neville Chamberlain, à qui tout l’oppose. Celui-ci lui propose cependant de retrouver le poste de Premier lord de l’Amirauté – qu’il avait occupé entre 1911 et 1915. Et le nouveau ministre a cette phrase, restée dans l’histoire, et reprise par d’autres ensuite : « Winston is back« . Ou ce discours du 13 mai 1940 quand il vient d’être nommé Premier ministre: «Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur».

La bataille est perdue.
Quelques jours plus tard, le 19 mai, alors que le corps d’armée du général allemand Guderian vient d’enfoncer les forces françaises sur la Meuse, et que la « bataille fait rage en France et dans les Flandres« , il a cette phrase « Notre tâche n’est pas seulement de gagner cette bataille mais de gagner la guerre » – parole reprise dans une autre tournure par De Gaulle un mois plus tard. Mais ces discours, ce ne sont pas que des phrases. C’est aussi l’histoire que nous avons parfois tendance à oublier comme cette parole : « j’ai reçu des dirigeants de la République française (…) l’assurance sacrée que, quoi qu’il arrive, ils se battront jusqu’à la fin, qu’elle soit amère ou glorieuse. » Cette parole ne sera pas tout à fait tenue… Mais il garde confiance aux Français.

Que Dieu protège la France.
Dans un discours prononcé le 14 juillet 1940, plutôt pessimiste, il dresse une vraie ode à la France: « Certains d’entre nous vivront assez pour voir un 14 juillet où la France libérée se réjouira à nouveau dans sa grandeur et sa gloire, et se dressera à nouveau comme le champion de la liberté et des droits de l’homme. Quand cette aube se lèvera, car elle se lèvera, l’âme de la France se tournera avec compréhension et reconnaissance vers ces Français et ces Françaises, où qu’ils soient, qui, à l’heure la plus noire, n’ont pas désespéré de la République. » Il développera la fibre francophile qui l’anime le 21 octobre 1940 dans un « Dieu protège la France » vibrant avec ces mots « Français, reprenez vos esprits avant qu’il ne soit trop tard ! ».

Des moments tragiques avant le dénouement. Mais le 20 août 1940, c’est le décompte sauvage des pertes : « 92 000 tués, blessés, prisonniers et portés disparus, civils inclus »… De quoi faire frémir. Et l’histoire se déroule au fil des discours : l’Alliance avec la Russie, les temps funestes de 1941 et 1942, avec son maître mot « N’abandonnez jamais », puis la période 1943-1944, plus heureuse, mais qui reste terrible. « Le prix du sang pour la libération », rappelle-t-il le 28 septembre 1944, « Il n’existe pas de mot pour traduire l’horreur » le 19 avril 1945 après la découverte de l’étendue des camps de concentration. En passant par les moments clés : le Jour J, le 6 juin 1944, la
conférence de Yalta et la question de la Pologne, en février 1945 ou la capitulation et la paix, le 8 mai 1945… A lire absolument et à relire.

(éditions Taillandier, collection Texto,  410 p., 12 euros)

Sanpaku de Jef Geeraerts

(B2) Un violoncelle authentique. Une réparation banale chez un luthier dégénère en un désordre scriptural de faits, d’apparitions et de sentiments. Le musicien doué meurt soudain. Commence alors une traque éperdue de l’instrument confrontant un passé tragique – la déportation des juifs d’Anvers – et le futur magique – dans un manoir de Dordogne. Né en 1930 à Anvers, Jef Geeraerts, un des chefs de file de la littérature flamande actuelle, révèle ici une de ses facettes aux cotés de ses autres parutions : « Black venus » (Actes Sud, « Babel »), « l’Ambassadeur (Les Syrtes) et Oiseaux de nuit (Le castor astral).

(NGV)

(trad. Marie Hooghe, Ed. Le Castor Astral, coll. Escales du Nord, 216 p., 15 euros)