Quand Macron snobe Donald Trump et réjouit Angela Merkel

Quand Macron et Merkel jouent un bon tour à Trump qui en reste baba (Images : OTAN / séquençage B2)

(B2) La vidéo de l’arrivée d’Emmanuel Macron au siège de l’Alliance atlantique est formidable en termes de symbolique politique. Le président français ne marche pas avec les autres, il va à la rencontre des autres, comme s’il était l’hôte de la réunion. Arrivée en retard sur les autres (pour cause de rendez-vous à la Commission européenne (lire : Réunion spéciale de l’OTAN (25 mai 2017) : surtout un face à face UE-Etats-Unis), guidé par un des responsables du protocole de l’OTAN (1), il semble filer pour aller saluer Donald Trump qui l’attend… (on entend même une petite marseillaise chantée a capella).

Un message subliminal au président américain : Europe first !

Mais, au dernier moment, dans un mouvement qui ne semble pas totalement improvisé, il bifurque vers Angela Merkel. Ce qui laisse baba, béat, et un rien blême, le milliardaire américain, qui s’attendait à le coincer avec sa légendaire poignée de main (lire : Poignée de main : défi relevé pour Macron). Un peu comme on peut le faire avec un invité à une fête qui se comporte mal, Emmanuel Macron l’ignore. Il vient donner ostensiblement l’accolade à Angela Merkel, tout sourires, dans un clin d’œil assez irrévérencieux et complice des deux dirigeants. Le message du couple franco-allemand au président américain parait clair : l’Amérique n’est pas seule au monde, les Européens sont là, leur Union est importante et ne doit pas être méprisée.

 

Un nouveau bras de fer avec le président

Le président français aurait dû normalement rejoindre le cortège – sans barguigner. Ce détour agace un autre responsable du protocole qui cherche à ramener le Français dans le rang (2). Mais celui-ci s’attarde encore quelque peu, dans les avants postes. Il salue le secrétaire général de l’OTAN puis le Premier ministre belge Charles Michel, tournant alors ostensiblement le dos au président américain et retardant ainsi le moment de le saluer. Et ce n’est qu’ensuite (en 4e position donc) qu’il va jouer la poignée de main, type bras de fer, avec le président américain. Celui-ci fidèle à sa tradition tente de le tirer à lui. Mais le « french guy » résiste, lui met même la main sur le bras (du style « lâche moi la grappe »). Il rentre ensuite dans le rang des chefs d’État, accompagné d’une petite frappe sur l’épaule du chef d’État américain comme pour dire : « bien joué gamin ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


(1) qui a la barbe comme Edouard Philippe

(2) Emmanuel Macron aurait normalement dû se ranger discrètement derrière les autres dirigeants et non pas faire un face à face singulier.


Lire aussi sur le même sujet :

 

 

La coopération UE-OTAN : un vrai chewing gum !

Vue aérienne du nouveau QG de l’OTAN (Crédit: OTAN)

(B2) C’est devenu le leitmotiv des dirigeants européens comme de l’Alliance atlantique : la coopération Union européenne – OTAN est devenu le « must ». « C’est devenu la norme et non l’exception » jure les officiels. Une sorte de chewing gum mâché à longueur de journée qui a le même effet du chewing gum. Vos mâchoires sont en mouvement, vous donnez l’impression d’agir, vous croyez dégager une certaine énergie, une certaine force, vous avez l’impression d’avoir une certaine fraîcheur dans la bouche.  Mais quand le chewing gum est terminé, il est aussi inodore qu’une goutte d’eau et quand il sèche, il est indétachable mais inutilisable. Et l’apport énergétique est plus que limité.

Des promesses encore à exécuter

Les promesses de la coopération UE-OTAN, déclenchées au sommet de Varsovie, ne sont en effet pas totalement réalisées (approche diplomatique), voire proches du zéro (approche réaliste). Chacun cherche bien à remplir le verre vide. Mais, pour l’instant, hormis quelques gouttelettes, le verre ne se remplit pas vite. Le bilan semble si pauvre que les ministres de la Défense de l’UE, lors de leur dernière ont été obligés de demander « une nouvelle fois » de poursuivre les travaux (lire : La coopération OTAN-UE, une meilleure ambiance mais peu d’avancées concrètes ?).

Des relations fluides mais la difficulté à faire du travail concret

Les relations sont plus fluides. Et les rencontres nombreuses, du plus niveau des experts au niveau politique. Mais cela s’arrête là. Sur la coopération en Méditerranée, on attend le renouvellement du mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, histoire de ne pas froisser les Russes. Sur le Moyen Orient, les deux organisations sont hors circuit, les Américains ayant la main (dans un dialogue avec les Russes sur la Syrie). En Irak, l’OTAN cherche à s’introduire de manière à avoir un strapontin dans la coalition militaire. Tandis que l’UE travaille plutôt sur le côté humanitaire, sans avoir vraiment de place dans la coalition. Les chemins sont donc sinueux pour la coopération.

La Turquie, point de blocage ?

Entre le bd Leopold (OTAN) et le rond point Schuman (UE), il reste un (sacré) problème : Ankara. La question turque empoisonne aujourd’hui non seulement les relations entre l’UE et la Turquie mais pourrait bien à terme troubler le fonctionnement de l’Alliance. Avoir un allié qui est proche de la dictature pouvait être tolérable dans les années 1960 (avec la Grèce) quand la guerre froide faisait rage. Aujourd’hui, cela fait mauvais genre. Avoir un allié qui contrecarre régulièrement les démocraties occidentales voire la stratégie militaire en Syrie menée par les principaux pays de l’Alliance, est un vrai défi.

Une dichotomie organisationnelle

Derrière la question turque se cachent des différences de nature et de composition. Si la plupart des pays membres de l’Union européenne sont membres de l’OTAN (à quelques petites exceptions près), ce n’est pas le cas de l’Alliance atlantique dont des « poids lourds » à commencer par les États-Unis, mais aussi la Turquie, le Canada, et le Royaume-Uni demain ne sont pas membres (sans oublier Islande, Norvège, Albanie et Montenegro). La difficulté d’avoir une coopération UE-OTAN parfaite suppose d’avoir donc des relations apaisées ou sans arrière pensée entre l’UE et les États-Unis, d’une part, l’UE et la Turquie ainsi que le Royaume-Uni d’autre part, et de partager (peu ou prou) les mêmes intérêts. On voit bien que c’est loin d’être le cas… A cela s’ajoute un système d’organisation politique divergent : l’Union européenne a une direction multipolaire où aucun pays membre ne peut être dominant, avec un contrôle parlementaire et judiciaire, tandis que l’OTAN a un régime gouvernemental et une domination très nette des USA. C’est non seulement la règle, mais une règle souhaitée par la plupart des autres membres. Même si les certains pays ne sont pas d’accord, quand Washington veut quelque chose, il l’obtient, les autres alliés en étant réduits à négocier leur ralliement.

Une concurrence discrète mais bien réelle

En matière capacitaire, sous prétexte de coopération, c’est plutôt à une concurrence à laquelle on assiste, chacun essayant de tirer ses préférences dans une logique de concurrence industrielle, assez logique. Sous l’argument du partage du fardeau (argument légitime) au sein de l’OTAN, les États-Unis (principal « actionnaire » de l’Alliance) ont un autre argument : soyez solidaires, achetez américain. Ce qui mine les relations. Washington n’a pas vraiment (et encore moins sous Donald Trump), l’intention de voir émerger une autonomie européenne, contrairement aux discours. Et certains pays (comme la Pologne ou la Lituanie) sont très tentés par ce parapluie rassurant. C’est plutôt une dépendance européenne qu’ils visent, avec juste un bémol : le montant du chèque que doivent acquitter les Européens doit être revu à la hausse.

Sur la Russie, une réelle entente

En fait, c’est sur le dossier russe où une certaine complicité règne : à l’UE, les sanctions économiques, à l’OTAN les muscles du renforcement à l’Est. Pour aller plus loin, il reste un hiatus, toujours le même, la Turquie et surtout le conflit chypriote. Tant qu’il n’est pas réglé, les conversations seront courtoises, l’atmosphère amicale entre les deux organisations, comme le montrent les relations Stoltenberg-Mogherini. Mais c’est tout…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Entre Européens et Américains, il n’y a pas de malentendu mais des divergences

 

Une visite light pour Trump. Objectif : ne pas ennuyer le grand chef

(crédit : US.gov)

(B2) Des paillettes, des poignées de main, du strass et du marbre… mais surtout pas trop de travail… Le déplacement de Donald Trump à Bruxelles, pour son premier sommet de l’OTAN à Bruxelles (rebaptisé « réunion spéciale »), a été étudié au millimètre près, pour ne pas mettre en défaut le nouveau président américain, et éviter au maximum les gaffes possibles de l’imprévisible président. Au programme, beaucoup de show, pas trop de travail, d’après ce que B2 a pu savoir auprès de sources bien informées.

Pas trop de séance de travail

Aucune séance de travail trop longue n’a ainsi été prévue. Explication : le président a du mal à se concentrer et, au bout d’une heure, il s’ennuie. En revanche, des repas ont été organisés. Explication : le président adore, cela va comme un gant, il est très mondain. Donc… dès son arrivée tard dans l’après-midi, première visite, très protocolaire, avec le Roi Philippe de Belgique.

…et des repas

Jeudi, le président américain aura un entretien avec les dirigeants de l’Union européenne, le Polonais Donald Tusk (Conseil européen) et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker (Commission européenne). Puis il déjeunera avec le président français Emmanuel Macron qui va bénéficier ainsi d’une véritable exclusivité qu’auront bien peu de dirigeants durant ce séjour. Et enfin un dîner réunira tous les leaders des 28 nations membres de l’OTAN. Ce sera la seule séance de travail. Et, entre la poire et le fromage, on décidera des grandes choses.

Sans oublier l’immobilier

L’évènement clou du déplacement devrait cependant être la visite du nouveau site de l’OTAN comme l’inauguration d’un mémorial avec une vraie pierre du mur de Berlin. Les derniers engins de chantier sont en train de quitter le site, les engins de nettoyage les remplacent, on lave les dernières vitres, les podiums de presse ont été installés. L’ancien propriétaire de la Trump Tower adore cela… le bâtiment. Cela lui rappelle son métier de chef d’entreprise. Tout a été revu au peigne fin (ou presque) pour que le président américain puisse admirer cette beauté architecturale. Nul doute qu’il va demander : combien ça coûte ? (NB : 1,1 milliard d’euros) et qui paie tout çà …

La presse à l’écart

Enfin, aucune conférence de presse n’a été organisée pour éviter un pilonnage en règle par la presse et, surtout, une quelconque sortie improvisée du président imprévisible, qui mettrait par terre tout l’échafaudage diplomatique, savamment conçu. Lors de la rencontre au Palais royal belge, les Américains ont voulu « privilégier l’image » dixit un communicant royal. Et pas de place pour les journalistes « On a dû supprimer des rédacteurs pour faire plus de place aux caméras et photographes ».

Et le tweet ?

Il restera au président cependant un instrument : tweeter, qui a l’avantage de pouvoir balancer autant de vacheries que l’on veut sans risquer un retour de boomerang et évite de répondre aux questions… Comme le disait récemment (1) Steven Ekovich, de l’université américaine de Paris, « Quand quelque chose de sensé sort de la Maison Blanche, on peut être sûr que ce n’est pas Donald Trump qui l’a rédigé. Mais, après, il sort un tweet qui est sa pensée. » Avec ce procédé, « il ne menace pas les États-Unis il se menace lui-même et son parti ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Lors des rencontres de l’IHEDN à Paris, samedi 20 mai.