La paix contre la justice ?
De l’ex-Yougoslavie au Soudan, du Proche-Orient au Cambodge, la question de l’intervention de la justice internationale se pose désormais à chaque conflit, suscitant immanquablement de virulentes controverses. Deux thèses s’affrontent. Les uns ne voient dans cette justice qu’une arme utilisée ou délaissée par les gouvernements selon leurs intérêts du moment. D’autres considèrent au contraire la lutte contre l’impunité comme le socle d’un État de droit et d’une société démocratique. La justice est-elle un obstacle ou une condition à la paix ? Est-elle indispensable pour reconstruire des sociétés et rétablir une paix durable ? Voilà quelques unes des questions auxquelles Pierre Hazan tente de répondre. L’ancien correspondant de Libération et du Temps de Genève signe là un ouvrage, simple et compréhensible par tous. A l’aide d’exemples, dûment expliqués, il analyse des questions aussi vitales que des politiques d’amnistie, de châtiment et de pardon.
En ex-Yougoslavie, si le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie a été instauré très vite, durant la guerre, les accords de Dayton seront conclus avec un président poursuivi pour crimes pour l’humanité et le principal gradé ordonnateur des massacres, Mladic, est toujours en fuite aujourd’hui.
En Afrique du Sud, c’est une technique interne du pardon contre l’amnistie qui a été utilisé pour pacifier une société fracturée par des années d’apartheid.
Au Chili, la poursuite du général Pinochet et des principaux responsables de la junte ne s’est fait qu’au bout de longues années et au prix de multiples procédures.
Au Liberia, le procureur international David Crane choisit délibérément de torpiller le processus de paix en cours (un de plus estime-t-il) en lançant un mandat contre Charles Taylor. Malgré quelques mois de retard, il aura finalement raison puisqu’un accord de paix sera signé et Charles Taylor arrêté…
D’autres exemples sont évoqués comme ceux du Soudan, du Liban de l’Aghanistan… Au final, l’auteur conclut ainsi qu’il « n’existe pas un modèle, mais une variété de situations historiques qui chacune, en fonction d’une pluralité de paramètres, a développé une articulation spécifique entre la recherche de la justice et celle de la paix. »
Un livre à mettre entre toutes les mains, particulièrement en cette fin d’année…
• « La Paix contre la justice ? Comment reconstruire un État avec des criminels de guerre », Pierre Hazan, Éd. GRIP/André Versaille, Bruxelles septembre 2010, 128 p. 9,90 euros.
