1990-1999 : L’Europe responsable, incapable ou ignorante

1990-1991, L’Europe responsable. C’est le temps des balbutiements « heureux » et des erreurs « tragiques »

Entre 1990 et 1991, l’Europe est, seule, maître à bord de la question yougoslave. Les Russes (le coup d’Etat contre Gorbatchev a lieu en août 1991) et les Américains (première intervention dans
le Golfe en 1990) sont occupés ailleurs et ont « donné les clés » de la crise à la CEE. Comme prévu, et annoncé par tous les experts — et les Serbes eux-mêmes —, la première réaction yougoslave à
l’indépendance est une réaction… militaire. C’est la courte intervention en Slovénie (1991) mais surtout la première guerre de Croatie (avec la prise sanglante de Vukovar).

En 1991, après un relatif étonnement, l’Europe réagit de façon plutôt bénéfique. Les premières actions semblent enrayées. C’est l’accord de 1991 signé sur l’île de Brion, qui a pour objet de
repousser de quelques mois l’indépendance et qui tente de poser les clés d’un dialogue entre les communautés. Ce sont aussi les critères posés pour la reconnaissance (par la commission ad hoc
présidée par l’ancien ministre de la Justice français Robert Badinter) et les premiers projets d’intervention militaire, tous avortés aussitôt (au point qu’on peut se demander s’ils étaient
vraiment réalistes). Mais, c’est aussi le moment où l’Europe se déchire sur son unité politique, sur la mise en place d’une politique étrangère et de sécurité communes (on est en pleine discussion
de ce qui sera le Traité de Maastricht). C’est le premier dérapage intra européen. L’Europe renonce ainsi à l’envoi d’une force militaire (proposée un moment par les Français, puis les
Néerlandais), laisse faire l’armée serbe à Vukovar et en Slavonie. La France cède à l’Allemagne sur la reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie, en échange de son accord final sur l’Union
économique et monétaire. L’Allemagne tient sa promesse de reconnaître les nouvelles républiques avant la Noël 1991. Mais l’unité européenne est secouée et perd sa crédibilité dans la région.
L’Europe semble, réellement, passer, à ce moment-là, à deux doigts d’une chance d’enrayer la crise. Quelques semaines phares peuvent être particulièrement détaillées : en septembre 1991 et en
décembre (reconnaissance de l’indépendance).

1992-1999 – L’Europe irresponsable, absente ? 

Entre 1992 et 1999, l’Europe impassible, repliée sur elle-même, renonce à gérer la crise, notamment en Bosnie, et passe le relais aux Nations Unies, à l’Otan, se contentant de participer
(souvent massivement en hommes, finances et aide humanitaire) et de commenter politiquement les évènements dans la région.

A partir de 1992, l’Europe développe sa puissance à travers l’aide humanitaire — ce qu’elle faire de mieux —. C’est à ce moment qu’est notamment fixée sa doctrine en la matière, qui fera
d’elle un des leaders mondiaux de l’aide humanitaire, et qu’est formalisé l’Office européen d’aide humanitaire (Echo). Mais l’Europe faillit dans le militaire, du moins de manière autonome. Si elle
fournit l’essentiel des troupes à l’Onu, son efficacité dépend de l’action internationale. Et à Srebrenica, comme dans toute la Bosnie et en Croatie, ce seront des troupes européennes (Néerlandais,
Français…) qui, en première ligne, seront confrontées à l’épuration ethnique. A ce moment là aussi, l’Europe faillit dans le respect de son fondement historique — le « Plus jamais çà » issu des
camps de concentration et de l’épuration nazie ayant été un des ressorts communs et philosophiques des fondateurs de l’Europe. Elle faillit également dans le respect de ses principes fondamentaux :
l’accueil des victimes. Alors que de nombreuses personnes sont libérées des camps de prisonniers serbes, L’Europe ferme ses portes, plusieurs pays refusant de servir de terre d’accueil à ces
réfugiés. « Faute » terrible qui a, aujourd’hui, quasiment disparu de l’histoire officielle européenne.

Cette crise intra européenne sera salutaire. Elle accélérera la création d’une Europe de l’asile (et de l’immigration). Certains éléments trouvent place dans le Traité d’Amsterdam et le Sommet de
Tampere qui crée l’espace de justice et de liberté. Le texte sur « protection temporaire » (dit aussi « asile humanitaire ») est directement née de cette période. L’instrument n’a jamais été mis en
oeuvre depuis.

En 1995, les accords de Dayton, symbolisent la « pax americana ». Les Etats-Unis, sous la conduite de Bill Clinton, ont décidé d’appuyer une solution, bancale (le gel des conquêtes
territoriales et le découpage en plusieurs zones), mais qui permet de « stabiliser » la Bosnie. Avec l’aide de conseillers américains, et quelques livraisons d’armes adéquates, la Croatie a
reconquis, dans une offensive éclair, le territoire « occupé » par les Serbes. (cf. rôle clé du gaulliste Jacques Chirac élu Président de la république en France, qui constitue un tournant notable
dans la politique française, réputée trop attentiste et favorable aux Serbes).

En 1999, cette « reprise en main » se termine par l’intervention de l’Otan au Kosovo, après l’échec des négociations de Rambouillet, entre Serbes et Kosovars et l’expulsion massive décidée
par Milosevic des Albanais du Kosovo. Là encore, les Européens fournissent l’essentiel des hommes, les Américains fournissant le bouclier aérien (cf. rôle clé joué par Tony Blair dans l’engagement
terrestre).

Cette quatrième guerre yougoslave (après celle de Slovénie, de Croatie et de Bosnie) se déroule en même temps qu’une prise de conscience de la nécessité d’une politique européenne de défense
autonome. En 1998, au sommet de Saint Malo, Britanniques et Français s’accordent sur les priorités à venir.

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2000-2010: Europe gestionnaire, stabilisatrice, réunificatrice?

A partir de 2000, et le Sommet européen de Zagreb, sous présidence belge, l’Europe met en place une nouvelle stratégie, de stabilisation et d’adhésion progressive de la région à l’Union
européenne.
Des négociations sont entamées avec la plupart des pays de la région. Stratégie qui fonctionne apparemment. La région n’est pas pacifiée. Mais la stabilisation peu à peu gagne du terrain. C’est
l’agenda – visant à terme l’adhésion de tous les pays – qui est fixé à Thessalonique, en 2003.

Très vite, la Croatie, tout d’abord, puis, malgré de graves incidents, en 2001, la Macédoine, demandent le statut de pays candidat. Le Monténégro se sépare de la Serbie, pour ne pas être retardé
dans ce rapprochement européen. Le problème bosniaque n’est pas réglé. Mais c’est la question du Kosovo (qui est l’épicentre de la crise yougoslave depuis 20 ans) qui reste la plus épineuse à
résoudre. 

Il ne faut pas se cacher. La négociation de ces accords de stabilisation est, en effet, une phase-test à l’adhésion proprement dite. Ce sont les mêmes sujets qui sont négociés. Et, bien souvent, le
contenu réel des négociations est révélateur de la politique « réelle » du pays engagé, au-delà des déclarations politiques publiques (cf. conditions de négociation de l’accord avec la Serbie). De
fait, si l’accord de stabilisation est bien appliqué, la négociation de l’adhésion pleine et entière peut ensuite aller très vite. Placé sous une sorte de protectorat international – sous mandat de
l’Onu et administration mixte (internationale – européenne) —, l’ancienne province albanaise du Kosovo a raté son indépendance au début 2007. Le plan Ahtisaari a été rejeté par les Russes et les
Serbes.

Au sommet de Bruxelles, en juin 2007, les Européens ont d’autres chats à fouetter. Ils cherchent à panser leurs plaies issues de l’échec de la Constitution européenne et à remettre en selle
un nouveau Traité européen. L’échec de 1991 va-t-il se rééditer sur un deal – approfondir l’Europe sur en faisant le deuil des Balkans ou se diviser sur les Balkans ? La réalité prend une tournure
différente. Même si les protagonistes ne le reconnaissent pas tous alors ouvertement, la leçon du passé est dans toutes les têtes. Plusieurs des protagonistes ont vécu l’échec des années 1990 et ne
veulent pas le reproduire. Le Portugais Barroso, à la tête de la Commission, le Luxembourgeois Juncker, le Français Bernard Kouchner, le Suédois Carld Bildt, le haut représentant Javier Solana…
sont, en quelque sorte, des « orphelins » de la première « impuissance » européenne. Ainsi, durant de longues heures en juin, parallèlement aux discussions que mènent les chefs d’Etat, les
ministres des Affaire étrangères tentent de préserver une unité mise à mal par la possible indépendance du Kosovo (« c’est la guerre de tranchée, c’est pire qu’au Kosovo presque » dira un
participant à cette réunion). Ces discussions se poursuivront, plusieurs mois durant (lors d’un dîner Ue-Otan, début décembre, notamment), afin de rapprocher les positions.

2008. C’est à la Slovénie, première des anciennes Républiques yougoslaves à avoir déclarer son indépendance, et la seule jusqu’ici à avoir réussi à adhérer à l’UE — le premier également des
nouveaux Etats ex-communistes —, que revient le soin de gérer ces questions en tant que présidence de l’UE. Singulier retournement de l’histoire. Elle doit notamment fixer une date d’adhésion et
une feuille de route à ses anciens partenaires de Yougoslavie ; avant la France, qui prendra la présidence au 2e semestre 2008.

La Serbie demandera-t-elle son adhésion à l’Europe, rapidement ? En tout cas, la Commission européenne, suivant cette politique de stabilisation, est bien décidée à accélérer les étapes, en
échange de l’indépendance du Kosovo. Région que, paradoxalement, lors des négociations, la Serbie n’a, à aucun moment, demandé à inclure dans la négociation (un fait peu connu du public et
totalement passé sous silence en Serbie).

2009-2010.
L’objectif européen, même s’il n’est pas affiché, est un scénario du type : adhésion de la plupart des pays de la zone, surtout des deux ennemis historiques – Serbie et Croatie –
dans un même mouvement, à défaut d’un même moment, avec une mise en orbite, progressive, de l’autonomie puis de l’indépendance du Kosovo.

Si l’Union européenne réussit au Kosovo en 2008, et dans les Balkans en 2009, là où elle avait échoué dans les années 1990, l’Europe aura au moins réussi, à tourner une page douloureuse de son
histoire. Si elle échoue, ce sera terrible pour la région, pour l’Europe aussi. Dans tous les cas, elle n’échappera pas à une question fondamentale : sa responsabilité dans les évènements passés.

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Yougoslavie 1990 – Balkans 2010: l’idée d’un récit

(BRUXELLES2) L’idée d’un tel récit est venue dès les premiers soubresauts en Yougoslavie, en 1990-1991. Quand j’assistais, comme un spectateur attentif, mais somme toute un spectateur passif, non seulement à l’effondrement d’un régime et d’un Etat mais aussi du retour de l’innommable, de la barbarie, fondée sur la pire idée : celle d’un pays ethniquement pur.

Nous étions partis, en ce mois d’août 1990, – avec deux autres confrères – pour des vacances « studieuses » dans ce pays, si proche, mais où déjà se produisaient des bruits de botte bizarres. Notre tournée de trois semaines nous emmena de Ljubljana à Belgrade, en passant par Sarajevo, le sandjak (Novi Pazar), Pristina. A notre retour de voyage, nous étions convaincus qu’il y avait beaucoup de choses à raconter. Et fîmes à Paris le tour des rédactions. Mais… Saddam Hussein venait d’envahir le Koweit et, en réaction, les Etats-Unis aidant les monarchies arabes (ou le contraire) avaient déclenché avec leurs alliés occidentaux la (première) guerre du Golfe. Et, autant dire que nous étions « un peu déclarés ». Un de nos interlocuteurs eut la clairvoyance – cynisme ou franchise (c’est selon) – de nous dire « très intéressant, … mais bon… Revenez-nous voir. Quand il y aura des morts »...

Un an plus tard, il commençait à y avoir des morts. Je suivais le sujet « Europe de l’Est – Urss » pour la Truffe, quotidien éphémère français. Il faut bien dire que la Yougoslavie,  où chacun prenait partie, pour les Croates assiégés, pour les Slovènes libérés, les Kosovars emprisonnés ou les Serbes minorisés paraissait incompréhensible pour nos yeux d’Occidentaux… beaucoup plus captivés par le « coup d’Etat » en Urss qui mit un terme à l’expérience gorbatchevienne (lire à ce propos ce que dit Gorbatchev de l’Etat Nation)… Et pourtant, déjà présentes, vinrent des questions : l’Europe était-elle responsable ? En quoi est-elle coupable ? Questions lancinantes auxquelles, je n’ai jusqu’ici pas trouvé de réponse. Car, comme beaucoup, à l’époque, j’ai laissé faire… sinon écrire quelques articles.

Aujourd’hui, les années ont passé. Le temps s’est écoulé. Maints ouvrages ont été écrits sur les Balkans. J’en ai lu quelques uns. Les uns cernent les responsabilités de l’Onu. Les autres témoignent des conditions difficiles pour survivre dans ces moments. Les derniers mettent en évidence la part serbe démoniaque dans ce naufrage collectif. Peu se sont intéressés au rôle de l’Europe, sauf pour dire qu’elle n’avait aucun poids. Cette assertion mérite d’être nuancée.

L’objet de ce récit (d’été) est donc de mettre en relief le contexte de l’époque et de rassembler le maximum de témoignages des différents acteurs européens (responsables politiques, diplomates, militaires…) sur leur vision de l’époque. Comment a-t-on pu laissé s’échapper une telle situation ? Comment alors que l’Europe était effectivement « naine » sur la scène internationale est-elle intervenue ? …

Quelques années après,
le temps du témoignage et de la prise de responsabilité semble venu.

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Accord de paix en Bosnie-Herzégovine (Dayton-Paris 21 nov 1995)

General Framework Agreement for Peace in Bosnia and Herzegovina (Paris, 21 November 1995)

The Republic of Bosnia and Herzegovina, the Republic of Croatia and the Federal Republic of Yugoslavia (the “Parties”),

Recognizing the need for a comprehensive settlement to bring an end to the tragic conflict in the region,

Desiring to contribute toward that end and to promote an enduring peace and stability,

Affirming their commitment to the Agreed Basic Principles issued on September 8, 1995, the Further Agreed Basic Principles issued on September 26, 1995, and the cease-fire agreements of September 14 and October 5, 1995,

Noting the agreement of August 29, 1995, which authorized the delegation of the Federal Republic of Yugoslavia to sign, on behalf of the Republika Srpska, the parts of the peace plan concerning it, with the obligation to implement the agreement that is reached strictly and consequently,

Have agreed as follows:

Article I

The Parties shall conduct their relations in accordance with the principles set forth in the United Nations Charter, as well as the Helsinki Final Act and other documents of the Organization for Security and Cooperation in Europe. In particular, the Parties shall fully respect the sovereign equality of one another, shall settle disputes by peaceful means, and shall refrain from any action, by threat or use of force or otherwise, against the territorial integrity or political independence of Bosnia and Herzegovina or any other State.

Article II

The Parties welcome and endorse the arrangements that have been made concerning the military aspects of the peace settlement and aspects of regional stabilization, as set forth in the Agreements at Annex 1-A and Annex 1-B. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of the commitments made in Annex 1-A, and shall comply fully with their commitments as set forth in Annex 1-B.

Article III

The Parties welcome and endorse the arrangements that have been made concerning the boundary demarcation between the two Entities, the Federation of Bosnia and Herzegovina and Republika Srpska, as set forth in the Agreement at Annex 2. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of the commitments made therein.

Article IV

The Parties welcome and endorse the elections program for Bosnia and Herzegovina as set forth in Annex 3. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of that program.

Article V

The Parties welcome and endorse the arrangements that have been made concerning the Constitution of Bosnia and Herzegovina, as set forth in Annex 4. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of the commitments made therein.

Article VI

The Parties welcome and endorse the arrangements that have been made concerning the establishment of an arbitration tribunal, a Commission on Human Rights, a Commission on Refugees and Displaced Persons, a Commission to Preserve National Monuments, and Bosnia and Herzegovina Public Corporations, as set forth in the Agreements at Annexes 5-9. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of the commitments made therein.

Article VII

Recognizing that the observance of human rights and the protection of refugees and displaced persons are of vital importance in achieving a lasting peace, the Parties agree to and shall comply fully with the provisions concerning human rights set forth in Chapter One of the Agreement at Annex 6, as well as the provisions concerning refugees and displaced persons set forth in Chapter One of the Agreement at Annex 7.

Article VIII

The Parties welcome and endorse the arrangements that have been made concerning the implementation of this peace settlement, including in particular those pertaining to the civilian (non-military) implementation, as set forth in the Agreement at Annex 10, and the international police task force, as set forth in the Agreement at Annex 11. The Parties shall fully respect and promote fulfillment of the commitments made therein.

Article IX

The Parties shall cooperate fully with all entities involved in implementation of this peace settlement, as described in the Annexes to this Agreement, or which are otherwise authorized by the United Nations Security Council, pursuant to the obligation of all Parties to cooperate in the investigation and prosecution of war crimes and other violations of international humanitarian law.

Article X

The Federal Republic of Yugoslavia and the Republic of Bosnia and Herzegovina recognize each other as sovereign independent States within their international borders. Further aspects of their mutual recognition will be subject to subsequent discussions.

Article XI

This Agreement shall enter into force upon signature.

DONE at Paris, this [21st] day of [November], 1995, in the Bosnian, Croatian, English and Serbian languages, each text being equally authentic.

For the Republic of Bosnia and Herzegovina

For the Republic of Croatia

For the Federal Republic of Yugoslavia

Witnessed by:

European Union Special Negotiator

For the French Republic

For the Federal Republic of Germany

For the Russian Federation

For the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland

For the United States of America

Annex 10: Agreement on Civilian Implementation

The Republic of Bosnia and Herzegovina, the Republic of Croatia, the Federal Republic of Yugoslavia, the Federation of Bosnia and Herzegovina, and the Republika Srpska (the “Parties”) have agreed as follows:

Article I: High Representative

1. The Parties agree that the implementation of the civilian aspects of the peace settlement will entail a wide range of activities including continuation of the humanitarian aid effort for as long as necessary; rehabilitation of infrastructure and economic reconstruction; the establishment of political and constitutional institutions in Bosnia and Herzegovina; promotion of respect for human rights and the return of displaced persons and refugees; and the holding of free and fair elections according to the timetable in Annex 3 to the General Framework Agreement. A considerable number of international organizations and agencies will be called upon to assist.

2. In view of the complexities facing them, the Parties request the designation of a High Representative, to be appointed consistent with relevant United Nations Security Council resolutions, to facilitate the Parties’ own efforts and to mobilize and, as appropriate, coordinate the activities of the organizations and agencies involved in the civilian aspects of the peace settlement by carrying out, as entrusted by a U.N. Security Council resolution, the tasks set out below.

Article II: Mandate and Methods of Coordination and Liaison

1. The High Representative shall:

a. Monitor the implementation of the peace settlement.

b. Maintain close contact with the Parties to promote their full compliance with all civilian aspects of the peace settlement and a high level of cooperation between them and the organizations and agencies participating in those aspects.

c. Coordinate the activities of the civilian organizations and agencies in Bosnia and Herzegovina to ensure the efficient implementation of the civilian aspects of the peace settlement. The High Representative shall respect their autonomy within their spheres of operation while as necessary giving general guidance to them about the impact of their activities on the implementation of the peace settlement. The civilian organizations and agencies are requested to assist the High Representative in the execution of his or her responsibilities by providing all information relevant to their operations in Bosnia-Herzegovina.

d. Facilitate, as the High Representative judges necessary, the resolution of any difficulties arising in connection with civilian implementation.

e. Participate in meetings of donor organizations, particularly on issues of rehabilitation and reconstruction.

f. Report periodically on progress in implementation of the peace agreement concerning the tasks set forth in this Agreement to the United Nations, European Union, United States, Russian Federation, and other interested governments, parties, and organizations.

g. Provide guidance to, and receive reports from, the Commissioner of the International Police Task Force established in Annex 11 to the General Framework Agreement.

2. In pursuit of his or her mandate, the High Representative shall convene and chair a commission (the “Joint Civilian Commission”) in Bosnia and Herzegovina. It will comprise senior political representatives of the Parties, the IFOR Commander or his representative, and representatives of those civilian organizations and agencies the High Representative deems necessary.

3. The High Representative shall, as necessary, establish subordinate Joint Civilian Commissions at local levels in Bosnia and Herzegovina.

4. A Joint Consultative Committee will meet from time to time or as agreed between the High Representative and the IFOR Commander.

5. The High Representative or his designated representative shall remain in close contact with the IFOR Commander or his designated representatives and establish appropriate liaison arrangements with the IFOR Commander to facilitate the discharge of their respective responsibilities.

6. The High Representative shall exchange information and maintain liaison on a regular basis with IFOR, as agreed with the IFOR Commander, and through the commissions described in this Article.

7. The High Representative shall attend or be represented at meetings of the Joint Military Commission and offer advice particularly on matters of a political-military nature. Representatives of the High Representative will also attend subordinate commissions of the Joint Military Commission as set out in Article VIII(8) of Annex 1-A to the General Framework Agreement.

8. The High Representative may also establish other civilian commissions within or outside Bosnia and Herzegovina to facilitate the execution of his or her mandate.

9. The High Representative shall have no authority over the IFOR and shall not in any way interfere in the conduct of military operations or the IFOR chain of command.

Article III: Staffing

1. The High Representative shall appoint staff, as he or she deems necessary, to provide assistance in carrying out the tasks herein.

2. The Parties shall facilitate the operations of the High Representative in Bosnia and Herzegovina, including by the provision of appropriate assistance as requested with regard to transportation, subsistence, accommodations, communications, and other facilities at rates equivalent to those provided for the IFOR under applicable agreements.

3. The High Representative shall enjoy, under the laws of Bosnia and Herzegovina, such legal capacity as may be necessary for the exercise of his or her functions, including the capacity to contract and to acquire and dispose of real and personal property.

4. Privileges and immunities shall be accorded as follows:

a. The Parties shall accord the office of the High Representative and its premises, archives, and other property the same privileges and immunities as are enjoyed by a diplomatic mission and its premises, archives, and other property under the Vienna Convention on Diplomatic Relations.

b. The Parties shall accord the High Representative and professional members of his or her staff and their families the same privileges and immunities as are enjoyed by diplomatic agents and their families under the Vienna Convention on Diplomatic Relations.

c. The Parties shall accord other members of the High Representative staff and their families the same privileges and immunities as are enjoyed by members of the administrative and technical staff and their families under the Vienna Convention on Diplomatic Relations.

Article IV: Cooperation

The Parties shall fully cooperate with the High Representative and his or her staff, as well as with the international organizations and agencies as provided for in Article IX of the General Framework Agreement.

Article V: Final Authority to Interpret

The High Representative is the final authority in theater regarding interpretation of this Agreement on the civilian implementation of the peace settlement.

Article VI: Entry into Force

This Agreement shall enter into force upon signature.

For the Republic of Bosnia and Herzegovina

For the Republic of Croatia

For the Federal Republic of Yugoslavia

For the Federation of Bosnia

Annex 11: Agreement on International Police Force

The Republic of Bosnia and Herzegovina, the Federation of Bosnia and Herzegovina, and the Republika Srpska (the “Parties”) have agreed as follows:

Article I: Civilian Law Enforcement

1. As provided in Article III(2)(c) of the Constitution agreed as Annex 4 to the General Framework Agreement, the Parties shall provide a safe and secure environment for all persons in their respective jurisdictions, by maintaining civilian law enforcement agencies operating in accordance with internationally recognized standards and with respect for internationally recognized human rights and fundamental freedoms, and by taking such other measures as appropriate.

2. To assist them in meeting their obligations, the Parties request that the United Nations establish by a decision of the Security Council, as a UNCIVPOL operation, a U.N. International Police Task Force (IPTF) to carry out, throughout Bosnia and Herzegovina, the program of assistance the elements of which are described in Article III below.

Article II: Establishment of the IPTF

1. The IPTF shall be autonomous with regard to the execution of its functions under this Agreement. Its activities will be coordinated through the High Representative described in Annex 10 to the General Framework Agreement.

2. The IPTF will be headed by a Commissioner, who will be appointed by the Secretary General of the United Nations in consultation with the Security Council. It shall consist of persons of high moral standing who have experience in law enforcement. The IPTF Commissioner may request and accept personnel, resources, and assistance from states and international and non-governmental organizations.

3. The IPTF Commissioner shall receive guidance from the High Representative.

4. The IPTF Commissioner shall periodically report on matters within his or her responsibility to the High Representative, the Secretary General of the United Nations, and shall provide information to the IFOR Commander and, as he or she deems appropriate, other institutions and agencies.

5. The IPTF shall at all times act in accordance with internationally recognized standards and with respect for internationally recognized human rights and fundamental freedoms, and shall respect, consistent with the IPTF’s responsibilities, the laws and customs of the host country.

6. The Parties shall accord the IPTF Commissioner, IPTF personnel, and their families the privileges and immunities described in Sections 18 and 19 of the 1946 Convention on the Privileges and Immunities of the United Nations. In particular, they shall enjoy inviolability, shall not be subject to any form of arrest or detention, and shall have absolute immunity from criminal jurisdiction. IPTF personnel shall remain subject to penalties and sanctions under applicable laws and regulations of the United Nations and other states.

7. The IPTF and its premises, archives, and other property shall be accorded the same privileges and immunities, including inviolability, as are described in Articles II and III of the 1946 Convention on the Privileges and Immunities of the United Nations.

8. In order to promote the coordination by the High Representative of IPTF activities with those of other civilian organizations and agencies and of the (IFOR), the IPTF Commissioner or his or her representatives may attend meetings of the Joint Civilian Commission established in Annex 10 to the General Framework Agreement and of the Joint Military Commission established in Annex 1, as well as meetings of their subordinate commissions. The IPTF Commissioner may request that meetings of appropriate commissions be convened to discuss issues within his or her area of responsibility.

Article III: IPTF Assistance Program

1. IPTF assistance includes the following elements, to be provided in a program designed and implemented by the IPTF Commissioner in accordance with the Security Council decision described in Article I(2):

a. monitoring, observing, and inspecting law enforcement activities and facilities, including associated judicial organizations, structures, and proceedings;

b. advising law enforcement personnel and forces;

c. training law enforcement personnel;

d. facilitating, within the IPTF’s mission of assistance, the Parties’ law enforcement activities;

e. assessing threats to public order and advising on the capability of law enforcement agencies to deal with such threats.

f. advising governmental authorities in Bosnia and Herzegovina on the organization of effective civilian law enforcement agencies; and

g. assisting by accompanying the Parties’ law enforcement personnel as they carry out their responsibilities, as the IPTF deems appropriate.

2. In addition to the elements of the assistance program set forth in paragraph 1, the IPTF will consider, consistent with its responsibilities and resources, requests from the Parties or law enforcement agencies in Bosnia and Herzegovina for assistance described in paragraph 1.

3. The Parties confirm their particular responsibility to ensure the existence of social conditions for free and fair elections, including the protection of international personnel in Bosnia and Herzegovina in connection with the elections provided for in Annex 3 to the General Framework Agreement. They request the IPTF to give priority to assisting the Parties in carrying out this responsibility.

Article IV: Specific Responsibilities of the Parties

1. The Parties shall cooperate fully with the IPTF and shall so instruct all their law enforcement agencies.

2. Within 30 days after this Agreement enters into force, the Parties shall provide the IPTF Commissioner or his or her designee with information on their law enforcement agencies, including their size, location, and force structure. Upon request of the IPTF Commissioner, they shall provide additional information, including any training, operational, or employment and service records of law enforcement agencies and personnel.

3. The Parties shall not impede the movement of IPTF personnel or in any way hinder, obstruct, or delay them in the performance of their responsibilities. They shall allow IPTF personnel immediate and complete access to any site, person, activity, proceeding, record, or other item or event in Bosnia and Herzegovina as requested by the IPTF in carrying out its responsibilities under this Agreement. This shall include the right to monitor, observe, and inspect any site or facility at which it believes that police, law enforcement, detention, or judicial activities are taking place.

4. Upon request by the IPTF, the Parties shall make available for training qualified personnel, who are expected to take up law enforcement duties immediately following such training.

5. The Parties shall facilitate the operations of the IPTF in Bosnia and Herzegovina, including by the provision of appropriate assistance as requested with regard to transportation, subsistence, accommodations, communications, and other facilities at rates equivalent to those provided for the IFOR under applicable agreements.

Article V: Failure to Cooperate

1. Any obstruction of or interference with IPTF activities, failure or refusal to comply with an IPTF request, or other failure to meet the Parties’ responsibilities or other obligations in this Agreement, shall constitute a failure to cooperate with the IPTF.

2. The IPTF Commissioner will notify the High Representative and inform the IFOR Commander of failures to cooperate with the IPTF. The IPTF Commissioner may request that the High Representative take appropriate steps upon receiving such notifications, including calling such failures to the attention of the Parties, convening the Joint Civilian Commission, and consulting with the United Nations, relevant states, and international organizations on further responses.

Article VI: Human Rights

1. When IPTF personnel learn of credible information concerning violations of internationally recognized human rights or fundamental freedoms or of the role of law enforcement officials or forces in such violations, they shall provide such information to the Human Rights Commission established in Annex 6 to the General Framework Agreement, the International Tribunal for the Former Yugoslavia, or to other appropriate organizations.

2. The Parties shall cooperate with investigations of law enforcement forces and officials by the organizations described in paragraph 1.

Article VII: Application

This Agreement applies throughout Bosnia and Herzegovina to law enforcement agencies and personnel of Bosnia and Herzegovina, the Entities, and any agency, subdivision, or instrumentality thereof. Law enforcement agencies are those with a mandate including law enforcement, criminal investigations, public and state security, or detention or judicial activities.

Article VIII: Entry into Force

This Agreement shall enter into force upon signature.

For the Republic of Bosnia and Herzegovina

For the Federation of Bosnia and Herzegovina

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1991. Vukovar se sent abandonné

Vukovar se sent abandonné. Voilà 83 jours que la ville croate située à quelques kilomètres de la frontière avec la Serbie sur les rives du Danube subit les assauts de l’armée fédérale. Et depuis la
mi-août, sa résistance s’amenuise de jour en jour. L’isolement se fait sentir au point que le commandant local des forces armées croates a la semaine dernière accusé les autorités de Zagreb
(Croatie) de les avoir abandonnés. Entre les deux camps hostiles, les civils seront – comme dans tous les conflits – les principales victimes du choc final. La majeure partie d’entre eux a déjà
fui, qui en Hongrie en Croatie ou en Serbie. Les quelques milliers de civils qui s’accrochent encore à leur maison auront le choix entre mourir sous les obus, être exécuté par un militaire déchainé
ou exploser sur une mine. A moins qu’entre temps, un accord de cessez-le-feu ne vienne redonner un souffle d’air à la ville assiégée.

(article paru dans « La Truffe » quotidien français éphèmère, 14 novembre 1991, © NGV)

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1991, la reconnaissance dispersée des ex pays de la Yougoslavie

Ne pas reconnaître, c’est maintenir la pression
Depuis trois mois, la Slovénie et la Croatie se sont proclamées Etats indépendants. Et depuis trois mois, les Etats européens lui refusent cette indépendance. Mais la ferveur du “non” du début n’y
est plus. On est passé progressivement du “refus”, puis d’une notion floue “d’indépendance négociée”, à la réalité d’aujourd’hui : “l’indépendance, d’accord. Mais… pas tout de suite”. Comme le
note un responsable britannique, “il est bien évident que la fédération est fichue. (Mais) ne pas reconnaître immédiatement la Slovénie et la Croatie, c’est une manière pour nous de maintenir
la pression, de forcer chacune des parties à trouver une solution amiable à la sortie de la fédération”
. Conséquence de cette pression, les Slovènes et les Croates tentent le forcing pour
affirmer par tous moyens leur souveraineté.

Qu’est-ce qu’un Etat ?
Au sens classique, en effet, un Etat est constitué quand un gouvernement exerce effectivement son pouvoir sur un territoire et un peuple donnés. Toute la difficulté est alors de déterminer
”l’effectivité” de ce gouvernement. Pour Jean Combacau, professeur à l’institut des hautes études internationales de Paris II, ”il faut que ce gouvernement ait réellement le contrôle
de cette autorité. En Croatie par exemple, on ne peut, si l’on s’en tient à la rigueur juridique, estimer qu’il y a un Etat croate tant que l’ancien gouvernement central réussit à maintenir une
parcelle importante de son autorité.”
Pour la Slovénie, cela parait plus simple. Car “en retirant ses armées, et laissant la Slovénie se gouverner, Belgrade a, somme toute, reconnu de
façon tacite, mais claire, l’indépendance slovène
”. Reste à établir les traces de cette souveraineté. D’une part, la Slovénie, comme la Croatie, émettent depuis un mois leurs propres
passeports, reconnus aujourd’hui par plusieurs Etats européens, un premier pas important vers la reconnaissance diplomatique. D’autre part, même si la frontière interne en Yougoslavie n’existe pas
encore de manière tangible, les postes frontières “externes” sont désormais gardés par des agents slovènes. Seule ombre au tableau : la monnaie. Certes, la Slovénie a adopté une monnaie nationale,
mais le Tolar n’est pas encore accepté dans l’usage de tous les jours. En outre, le gouvernement de Ljubljana continue – en douce – d’imprimer du dinar… yougoslave !

Ceux qui ont reconnu, ceux qui ne l’ont pas
Si quasiment tous les Etats d’Europe, même ceux qui n’en font pas partie, comme la Suisse ou les pays nordiques, disent s’aligner sur la position de la Communauté Européenne, chacun nuance son
alignement. Tous les Européens souhaitent un consensus mais sans avoir quel contenu lui donner. Certains ont ainsi reconnu la validité des passeports croates et slovènes. D’autres s’affirment prêts
à reconnaître les nouveaux Etats… mais seulement quand un autre aura franchi le premier pas. En clair, chacun attend le premier acte de reconnaissance. L’Allemagne et l’Italie semblent bien
placés dans cette course au leadership…
Groupe 1 : reconnaissance de l’indépendance = Estonie…
Groupe 2 : reconnaissance des passeports = Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, Hongrie…
Groupe 3 : attend le premier geste = pays nordiques…
Groupe 4 : la Communauté = Danemark, Espagne (“on ne peut contraindre des gens qui ne le veulent pas à vivre ensemble”), France

(article paru dans la Truffe, 13 novembre 1991 © NGV avec infographie JSI)

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1991, l’armée yougoslave attaque Dubrovnik

Pendant que ses canons continuaient de marteler la ville historique de Dubrovnik, l’armée fédérale abandonne d’autres zones en Yougoslavie. Une absurdité yougoslave de plus ou une nouvelle
tactique …

L’armée fédérale yougoslave a décidé – plus que jamais – d’en finir avec Dubrovnik et d’intégrer la ville croate dans les territoires serbes, avant l’arrivée imminente de troupes internationales.
“Quelque 3.000 obus sont tombés sur Dubrovnik dimanche”, selon l’agence croate Hina, et “les attaques conjuguées par terre et par mer ont touché, incendié et détruit 17 hôtels de la ville et 122
bateaux à quai dans le port de Gruz.

Dimanche, des obus étaient tombés pour la première fois sur la forteresse Minceta datant du XVème siècle, dans le centre historique de la vieille ville placée sous la protection de l’Unesco”. Au
mépris des conventions sur la protection des biens culturels et malgré les “instructions donnés par le commandement de l’armée fédéral de préserver les monuments historiques”.

Cette accélération de l’offensive sur Dubrovnik marque un changement dans la tactique serbe. L’offensive n’a ici plus de raison ethnique majeure, la ville de Dubrovnik comptant moins d’un quart de
population serbe. L’armée fédérale se bat désormais – avant l’arrivée de troupes internationales désormais désirées autant par les Serbes que par les Croates – dans des secteurs susceptibles de
servir de points d’appui à une république de Serbie-Monténégro agrandie. Elle abandonne les fronts lointains de la zone – et de la logistique – serbe.

Dimanche ainsi, un accord local de cessez-le-feu absolu était ainsi signé – et relativement respecté – sous les auspices d’observateurs de la CEE à Sisak, située à moins de 50 kilomètres de Zagreb.
A Rijeka, sur la côte dalmate, lundi matin, le blocage du port était levé et les chars du corps d’armée de Rijeka rapatriés sur des bateaux jusqu’à Bar au sud du pays. Une fois cette reorganisation
tactique achevée, l’ONU pourra intervenir…

(article paru dans la Truffe, 12 novembre 1991, © NGV)

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1991, L’armée yougoslave, vraiment puissante ?

La guerre d’intoxication bat son plein en Yougoslavie. Les fédéraux Serbes forts d’une puissance théorique de 700.000 hommes, masquent un taux de désertion important. Les
sécessionnistes Croates pleurent sur un approvisionnement en armes, qui ne semble pas sur le terrain être si pitoyable.

Sur le papier, l’armée fédérale yougoslave est toute puissante. Forte de 180.000 hommes en temps ordinaire, elle dispose d’un réservoir théorique de 510.000 réservistes. Mais pour combien de temps
encore ? Plus le temps passe, plus ses forces, malgré l’ordre de mobilisation générale et de rappel des réservistes, au lieu de monter en puissance, ont tendance à se réduire telle une peau de
chagrin. Après les Slovènes et les Croates qui ont abandonné l’armée fédérale en même temps que leur Etat se proclamait indépendant, le 25 juin dernier, l’heure est aujourd’hui pour toutes les
composantes de l’armée au sauve qui peut. Les Albanais et les Musulmans sont des recrues peu sûres. Les Macédoniens et les Hongrois trainent des pieds pour venir s’enrôler. 5000 conscrits de
Voïvodine refusant de partir à la guerre sont déjà partis se réfugier en Hongrie. La Hongrie qui pour éviter toute tension supplémentaire avec le gouvernement de Belgrade exige de toute personne
passant la frontière, qu’elle dépose ses armes en entrant. Même, les jeunes Serbes ne montrent pas un enthousiasme forcené. Seuls 15% des Serbes de Sarajevo (Bosnie) ont répondu à l’appel et selon
l’hebdomadaire indépendant « Vreme« , la situation est identique en Serbie. La conscription n’a jusqu’à présent permis de lever que 15% seulement des serbes de Belgrade et 50% dans toute la
république. D’autant que les troupes déjà incorporées commencent à déserter par vague, comme cela s’est produit il y a dix jours dans une caserne d’Herzégovine où six cent réservistes serbes ont
plaqué leur unité et sont rentrés chez eux sans plus de formalités ; et sur le manque de combativité de l’encadrement – le commandement de la base n’a pu que laissé faire ; il a juste désarmé les
peu enthousiastes guerriers et promis des “poursuites conformément au code militaire« .  Par ailleurs, le “suicide” lundi 30 septembre du contre amiral Barovic, un des
commandants de l’état major fédéral est un signe plutôt négatif du moral des troupes. Ce n’est pas les quelques centaines de volontaires des milices serbes incorporés à l’armée fédérale qui
pourront compenser ces pertes (cf tableau), sans compter les pertes en matériel, au moins une dizaine d’avions et environ une centaine de chars.

La situation n’est plus brillante chez les Croates
puisque selon Milos Vasic, spécialiste militaire de Vreme, “10.000 Croates ont déjà trouvé refuge en Slovénie (en Italie ou en Autriche)
pour éviter de faire leur service dans la Garde nationale
”. Si le rapport de forces ne permet pas aux “fédéraux” de remporter une bataille décisive dans les jours prochains, les Croates
pourront dédier une de leurs prières au… maréchal Tito ! Le “vieux” à force de clamer les mérites de l’autogestion, et de vouloir réactualiser la lutte des partisans avait en effet fait un choix
stratégique et politique d’institutionnaliser le port d’armes, les fabriques locales de fusils – une tradition particulièrement vivace en Bosnie – et plus sérieusement l’implantation de DCA dans
certaines usines. Il a ainsi offert aux différentes républiques “autonomes” des capacités opérationnelles – avec détachements territoriaux et instruction de réservistes. Un curieux renversement de
l’histoire, dont l’Armée “populaire yougoslave” se passerait  bien aujourd’hui. Comble de l’ironie, les responsables croates qui avaient déclaré dans un premier temps qu’ils ne voulaient plus
entendre parler de défense territoriale semblent contraints par les faits de s’adapter rapidement à une pratique d’armée populaire. Tandis que les Serbes tenant d’une armée populaire se replient
peu à peu sur une armée professionnelle.

(article Paru dans la Truffe 7 octobre 1991 © NGV – infographie JSI)

Annexe – les forces en présence

a) QUI RESTE-T-IL DANS L’ARMEE FEDERALE…
Professionnels (80.000)
* serbes     40.000
**autres    30.000
***    10.000
Appellés (100.000)
* serbes, monténégrains    40.000
** albanais, musulmans, macédoniens     20.000
*** hongrois, croates, slovènes    40.000
Réservistes (510.000)
* serbes, monténégrains    60.000 hommes
** divers    30.000
*** hongrois, croates, slovènes, albanais, musulmans, macédoniens, serbes déserteurs   
Total forces sûres disponibles (maximum de capacité)    140.000 hommes

Légende : * = troupes sûres, ** peu sûres, *** absents (déserteurs, réfractaires, neutres, adversaires…)
NB : attention, ces chiffres ne sont qu’une évaluation de la situation, ils permettent de donner une idée de la situation et ne peuvent être considérés comme scientifiquement exacts, vu le peu de
connaissance de la composition sociologique de l’armée yougoslave.

Total forces croates (minimum)    60.000

b). CARTE DES APPROVISIONNEMENTS EN ARME
Malgré ce qu’ils peuvent laisser croire, les Croates, comme leurs voisins Slovènes se sont équipés de façon plus que satisfaisante en armement neuf. Seul handicap – et de taille – ils ^n’auraient
(pour l’instant) pas comme l’armée fédérale d’armements lourds, une aviation et une marine. En effet, en quelques mois la Yougoslavie s’est transformé en un vaste marché d’armes où se retrouve non
seulement l’arsenal du défunt pacte de Varsovie, mais aussi des armes occidentales ou des pays en voie de développement. Selon l’hebdomadaire spécialisé Jane’s Defence Weekly, l’ensemble des
bélligérants a reçu “depuis juin pour plus de 15 millions de dollars (soit 84 millions de francs) d’armes individuelles du « marché noir » et de fournisseurs étrangers agréés.”

Armée fédérale (Belgrade)
Terre     1.850 chars lourds dont 850 T-54/55,
Artillerie    1.934  canons tractés, plus de 6.000 mortiers
Air    455 avions de combat MIG,  198 hélicoptères armés.
Marine    5 sous-marins, 4 frégates  lance-missiles, 59 patrouilleurs et garde-côtes

Milices serbes
approvisionnement de :
    – Israël,
    – Armée Fédérale

Croates
    – Hongrie (Kalatchnikoff)
    – Singapour (fusils d’assault SAR-80 de la Charterde Industries of Singapore)    – Stinger (fabrication Usa – transit Chypre – destiné Afghanistan)
    – Israel (carabines sophistiquées de précission Steyr Police ou des mitraillettes israéliennes UZI)
flux continus
    – Italie (fusils italiens à canon lisse Franchi Spas 12
    – Autriche
    – Australie
    – Allemagne (Lance roquettes anti-chars allemands MBB)
   + Armée fédérale (stock territorial)

Lieux de fabrication
    Hélicoptères (Serbie sud est de Belgrade, 80 kms)
    Chars (Bosnie – près Sarajevo)
    L’usine Zastava fabrique les M72 et AK47 à Kragujevac (Serbie)
    A Mostar (Bosnie) : fabrication d’avions Galeb et SuperGaleb

c) Répartion de la population
Serbes    36%
Croates    20%
Musulmans    9%
Slovènes    8%
Albanais    7%
Yougoslaves    5%
Monténégro    2%
Hongrois    2%
divers    5%

(article paru dans la Truffe, quotidien français, novembre 1991)

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1991. Sur la Yougoslavie, les maîtres à penser n’ont rien à dire.

On avait connu un élan de générosité sans précédent pour la “libération” de Bucarest, un charter de personnalités pour le mur de Berlin, l’engouement des hommes politiques pour Elstine il y a peu.
Pour la Yougoslavie, foin de toute intensité philosophe. La communauté “qui réfléchit” reste dans sa grande majorité d’un hermétisme prudent.

Nos chers intellectuels, sont d’ailleurs pour la plupart, davantage étonnés de notre question, que du sujet. Ainsi Alain Finkelkraut s’est “déjà exprimé sur le sujet début juillet dans Le Monde
et prépare une émission le 5 octobre sur France Culture”.
Suffisant ! Et Alexandre Adler du journal Libération estime que“… les enjeux sont bien trop petits pour qu’on puisse taxer les
Yougoslaves d’impérialistes. Ils ont déjà mis en l’air plus de la moitié de leur PNB pour l’année”
.

Ceux qui tentent d’expliquer : Rony Braumann, président de Médecins sans frontières : “la Yougoslavie, c’est premièrement, une guerre civile et pour l’opinion publique, rien ne vaut une
minorité de méchants face à une majorité de bons ; deuxièmement les Balkans, c’est la peur du début du siècle qui renait devant des crises qu’on croyait enfouies”
. Ou, Gérard Fuchs, chargé des
relations internationales au Parti Socialiste, ”On reste bloqué par une situation dont on a perdu l’habitude depuis les prémices de la première guerre mondiale. Dans ce conflit là, à qui
s’identifier pour des porteurs de morale ? Il n’y a pas dans cette affaire de façon évidente, le droit et le non droit, le bon et le mauvais”
.

Ceux qui hierarchisent un idéal d’action pour l’Europe, comme André Glucksman : “ de quel ordre auraient dues être les positions : 1) la fédération a des droits moindres que les ethnies dans
les nations ; 2) dans chaque nation les ethnies et minorités ont des droits supérieurs aux majorités ; 3 le droit des minorités elles-même n’est pas un droit absolu”
.

Ceux qui demeurent prudemment aux abonnés absents, comme Bernard Kouchner, secrétaire d’Etat ”aux grandes causes” ; sa seule sortie à l’AFP et dans le Monde, a vu notre apôtre des bonnes causes se
cramponner désespérement au credo du “droit à l’ingérence humanitaire pour imposer la démocratie … y compris en Yougoslavie”.

Et enfin, ceux qui ont déjà enterré la Yougoslavie, comme Jack Lang, ministre de la culture, a pris une décision courageuse, “inscrire sur l’inventaire des monuments historiques la Chapelle
Saint Save et la salle de lecture du fort Foch à Niederhausbergen
”.

Merci Tonton, doivent dire tous les Yougoslaves à genoux suppliant que leur pays soit inscrit sur la liste des grands chantiers de l’an 2000 !

(article paru dans « La Truffe », 27 septembre 1991, © NGV et Dorothée Noblet)

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1991, scène de divorce yougoslave ordinaire au Conseil de l’Europe

Strasbourg , 18h30, quelque part dans un coin du Conseil de l’Europe, diplomates, députés et journalistes battent la semelle autour d’un café ou d’un thé. Ils attendent… l’arrivée de “catcheurs” de
choix, les différentes représentants des assemblées parlementaires yougoslaves. Peu d’exclamations mais à mi-voix une atmosphère hésitant entre celle d’une salle de boxe avant le combat et celle
d’une chambre mortuaire avant l’arrivée de la dépouille.

18h45, les protagonistes arrivent. Silence ! On se serre la main, courtoisement et chacun prend place autour de la table ronde. Le Croate et le Serbe se retrouvent face à face, le hasard
alphabétique ayant bien fait les choses. Bogdana, présidente de l’assemblée fédérale yougoslave discute, d’un air attristé, avec Zarko, le croate, comme deux époux qui s’aiment encore et se
retrouvent devant le juge matrimonial pour constater leur divorce. Le gong du président retentit – une cuillère sur un verre – les photographes se retirent, la place est libre. Honneur aux
dames…

Bogdana, la fédérale, entame alors le long énoncé d’une position intenable “la remise en cause des frontières ne peut que se faire à l’intérieur du Parlement fédéral”, suivie d’une
évidence pour tous – sauf pour les Yougoslaves – “toute solution, même des Etats indépendants devra amener une coexistence en tant que bons voisins”. Et surtout une lente nostalgie,
”il y a peu de temps, dans cette même salle, on aurait parlé de l’intégration européenne, alors qu’aujourd’hui…” Un ange passe !

Zarko, le croate, attaque. “L’objectif serbe est l’annexion de la Croatie et la création d’ethnies pures” et “la réponse internationale inadéquate”. Il plaide, “la Croatie ne menace
personne, respecte les droits de l’homme et les droits des minorités mais est décidée à se débarrasser de la force d’occupation et du communisme”
. Mais Zarko est désolé car… “la Croatie
est obligée de maintenir son indépendance puisque le peuple en a décidé ainsi… à plus de 75%”
! Peuple, ce mot revient tout le temps. Argument suprême, glaive de choix, guillotine de
discussion, même si aucun des protagonistes ne s’affirme plus communiste, la méthode dialectique reste bien ancrée dans les esprits. Près de 50 ans d’éducation marxiste ne s’effacent pas par la
méthode Coué.

19h30, petit interlude… Asim, le monténegrin, et Stojan, le macédonien, énoncent l’un en serbe, l’autre en anglais des propos trop bafoués pour être réels tel “l’appel au dialogue” ou
“tout exclusivisme ne peut qu’aggraver la situation”. La salle ne les écoute plus. Trop insignifiants… Catherine Lalumière, présidente du Conseil de l’Europe s’est d’ailleurs éclipsée…
discrètement.  Chacun piaffe d’impatience d’entendre le Serbe. Qu’on en finisse…

Aleksandar parle enfin, en français, pour attendrir son auditoire. D’un ton sec, saccadé, entrecoupé de rappels historiques pour ajouter à la confusion, il énonce “ce qu’on ne dit jamais (…) :
en Serbie, la paix règne”
. (…) Et  – il le jure -  ”la Serbie n’est pas en guerre avec qui que ce soit”. Tout est dit.

Et ce n’est pas Franc, le Slovène, qui va arriver à redresser ce non-dialogue. La nouvelle politique yougoslave, faite de ‘bruit et de fureur’ a percé à Strasbourg. Le texte était à la
hauteur des attentes, incompréhensible…

(article paru dans La Truffe, 23 septembre 1991,  © NGV)

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1991, d’aimables diplomates dans les tranchées yougoslaves

Quatre-vingt observateurs et leurs ‘assistants’, diplomates ou militaires de carrière pour la plupart, sont aujourd’hui opérationnels en Yougoslavie. Mais il est toujours aussi difficile de connaître leur rôle exact, et donc… leur efficacité ! Tant à La Haye, la présidence néerlandaise, qu’à Paris au Ministère des affaires étrangères, on entend préserver cette opacité. Officiellement, la tâche des ‘contrôleurs’ est d’ “observer localement la mise en place du cessez le feu et d’examiner si la Slovénie et la Croatie ont stoppé l’implantation de la déclaration d’indépendance”.  Mais à Zagreb, au quartier général des ’contrôleurs’, c’est l’attente, dans une situation inconfortable. Traités de “marchands de glaces” par les uns, d’avoir “un parti pris” par les autres, ils entendent garder la “tête froide” au milieu du vacarme yougoslave.

Comme l’explique Georges Marie Chenu, le responsable du staff français et diplomate de carrière, “notre mission n’est pas de relater les évènements ou de donner un bilan des victimes. Nous transmettons uniquement les faits contrôlés à la présidence (européenne) et aux signataires des différents documents, comme peut le faire un juge d’instruction”. Tous les jours, selon les informations recueillies dans les médias, par les différentes parties en présence ou leurs propres canaux, les ’contrôleurs’ dressent leur plan de travail. Après le briefing du matin, ils partent vers les différents points de ‘contrôle’. Il y a parfois des dérapages, comme dernièrement pour la ville Zadar (cote Adriatique) ; ce n’est que trois jours après le début des premiers combats, et sous l’insistante pression italienne, que les ‘contrôleurs’ se sont rendus sur place.

Que peut alors valoir un corps d’observateurs en sous-nombre – seuls 80 sur 300 annoncés sont arrivés – et muets dans la fournaise et le vacarme yougoslaves ? Car ce conflit armé est doublé et alimenté d’une “guerre” de communiqués entre médias Serbes et Croates, accroissant chaque jour la confusion et la tension. Pas étonnant alors que l’idée d’une force d’interposition militaire s’impose peu à peu. La dernière mission de Lord Carrington en Yougoslavie lundi, semble sonner le glas des observateurs. Ou le constat d’une mission impossible…

(article paru dans « La Truffe » quotidien français, 17 septembre 1991 © Ngv)

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Quand le Sandzak bosniaque se proclame autonome

(C’était lors d’un reportage effectué dans ce qui était encore la Yougoslavie à l’époque, écrit par une consoeur)

Le SDA, nouvelle force politique à vocation confessionnelle, élargit progressivement son auditoire en Yougoslavie. Une de ses principales revendications porte sur l’autonomie du Sandzak, une région écartelée entre trois républiques – Bosnie, Monténégro, Serbie – et qui symbolise le renouveau du nationalisme musulman. C’est en Bosnie d’ailleurs, où coexiste tant bien que mal la communauté musulmane la plus importante du pays avec une courte majorité de chrétiens (60% de chrétiens face à 40% de musulmans), que son succès reste particulièrement significatif.

Au sein de la tumultueuse fédération yougoslave, la Bosnie-Herzégovine semblait plutôt calme. Pourtant en mai dernier, la création à Sarajevo d’une nouvelle force politique, le SDA – Stranke Democratske Akcije * – a jeté le trouble. A priori, le programme de cette nouvelle force politique ne visait pas à ébranler le fragile équilibre de la Bosnie ; elle milite en effet pour la démocratie, le respect des droits de l’homme et de toutes les religions. Le retour aux valeurs traditionnelles ainsi que la pratique de l’Islam s’inscrivent également dans ses aspirations. Mais son leader, Alija Lzetbegovic, a réveillé à point nommé la fierté musulmane face à la prépondérance des Serbes sur les autres nationalités. Volontiers aussi au Sandzak, les « fils de l’Islam » identifient leur lutte à celle des Palestiniens. Mais plus stratégique que fanatique, la politique du SDA s’en tient à avertir « l’agresseur potentiel ». Dans cette logique d’intimidation, la mobilisation pacifique des troupes suffit… pour l’instant.

Ainsi, pour la première fois à Novi Pazar, en juillet dernier, responsables locaux et leaders du SDA ont proclamé l’autonomie du Sandzak ; une déclaration ratifiée par un vote à main levé d’une foule de 15 à 20.000 personnes. Aucune d’entre elles ne s’attendait d’ailleurs à une telle affluence. Quant aux forces de l’ordre, elles étaient largement absentes, se contentant de régler la circulation des automobiles.

Le fondement de cet évènement est ailleurs… Depuis la résurgence de la question albanaise au Kosovo, le populisme serbe bat son plein dans toute la Yougoslavie. Et si Novi-Pazar – capitale hypothétique du Sandzak – se situe à la lisière des hautes montagnes du Sud-Ouest, on n’y oublie pas que Prishtina n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres. Outre cette proximité géographique, les Bosniaques de nationalité musulmane, ne manquent pas de dénominateurs communs avec les Albanais du Kosovo : niveau de vie, confession religieuse, sentiment d’injustice, identiques… Pour le responsable régional du SDA, « ici, les musulmans sont toujours tenus comme responsables. Nous ne voulons pas nous battre, mais puisque les Serbes le prennent ainsi, il le faudra bien. ». Les rumeurs concernant les martyrs du Kosovo vont bon train. On y dénonce pêle-mêle le génocide albanais, les profanations de cimetières musulmans et la volonté des Serbes de démanteler les régions musulmanes. Signe notable, l’orateur venu plaider, en juillet, la cause des Albanais a été accueilli comme un héros à la tribune du « Parlement populaire ».

L’âpreté de la vie quotidienne n’échappe pas non plus aux critiques ; le Sandzak est rejeté du développement économique de la Yougoslavie, tout comme le Kosovo. La proposition du SDA de redistribuer la terre aux paysans démunis trouve ici toute sa raison d’être.

Dans ce climat hostile au gouvernement fédéral, le soutien des chefs religieux attise lui aussi l’enthousiasme des militants. A Novi Pazar, les mollahs et leur condamnation catégorique de la pornographie ont remporté un succès inattendu. Visiblement, la tendance libérale du SDA n’est pas garantie face à certains de ses membres plus volontiers tournés vers la religion. « Dans ce pays, nous sommes cinq millions de musulmans – déclare Alija Lzetbegovic. Nous devons trouver nous-mêmes notre unité et personne d’autre ne nous fera bouger. »

Pour l’instant, le SDA canalise la montée du nationalisme musulman dans ce point névralgique de la Yougoslavie qu’est la Bosnie, et dans « le Sandzak ». Mais que se passera-t-il lorsque les musulmans ne voudront plus subir à la fois l’animosité des autres nationalités et les déboires de l’économie yougoslave » ?…

(publié dans l’Evènement du Jeudi, octobre 1990 © Sarah Finger)

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