Somalie Ouganda

EuSec somalia : l’Espagne assurera le rôle de Nation-Cadre


Comme annoncé (lire: La 24e mission de la Pesd « EuSecfor Somalia »: feu vert mardi), le Conseil des Ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE a « approuvé », mardi, le concept de gestion de crises « concernant une éventuelle mission PESD visant à contribuer à la formation des forces de sécurité du GFT (Gouvernement fédéral de transition) et a demandé que des travaux de planification complémentaires soient menés, sans que cela préjuge de décisions ultérieures sur une éventuelle action PESD ». Une formule alambiquée qui permet, d’une part, d’aller vite en lançant le travail de planification nécessaire une nouvelle opération de la PeSDC, de continuer à travailler sur certains points (sélection des soldats, retour en Somalie…), et, d’autre part, préserve les réticences de certains Etats membres. Bref c’est le principe de l’abstention constructive qui est ainsi mis à l’oeuvre et qu’on pourrait résumer ainsi : je ne suis pas tout à fait  d’accord mais je ne bloque pas le processus décisionnel (lire également : L’unanimité pour la politique étrangère de l’UE, un bienfait ?).

Environ 2000 hommes « dans un premier temps » pourraient être formés en Ouganda, « 6000 à terme » selon les Français. L’opération pourrait être bouclée « avant la fin de l’année », a précisé Cristina Gallach, la porte-parole de Javier Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère de l’UE. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin s’est montré plus circonspect. « J’ai appris à être prudent, depuis l’opération Eufor Tchad ». Ce qui paraît plus vraisemblable – un certain nombre de sujets techniques doit être bouclé – est que l’opération soit finalement lancée sous la présidence espagnole. Le premier tour de table au niveau ministériel sur le sujet a néanmoins montré davantage qu’un accord de principe, une nécessité de s’engager, comme ont témoigné plusieurs diplomates européens (suédois, hongrois, espagnol, français…). Certains Etats s’engageant, de façon parfois précise, en termes de contribution en personnel. La  planification peut désormais commencer. Elle sera d’un nouveau genre puisqu’elle associera civils et militaires de façon plus intégrée.

Une mission nécessaire. Cette opération n’est « pas risquée. Elle est simple dans son fonctionnement, de petite dimension (une centaine d’hommes), et entre véritablement dans l’esprit européen » a commenté Hervé Morin, sorti parler aux journalistes, entre deux séances de travail. « L’Europe a une responsabilité dans la stabilité du continent africain. (…) Tout le monde a consience qu’il faut faire quelque chose, que lancer une opération de maintien de la paix en Somalie est hors de portée – personne n’a d’ailleurs proposé de s’y engager. La seule solution est donc de remettre sur pied et aider ce gouvernement transitoire » a-t-il plaidé. « Si on ne prend pas en main la reconstruction de l’État somalien, on pourra avoir l’opération Atalanta durant 20 ans, 30 ans, une éternité » a-t-il ajouté. « Atalanta s’attaque aux conséquences, Il faut s’attaquer aux causes ». Son collègue en charge des Affaires européennes, Pierre Lelouche, a insisté, de son coté, sur le risque terroriste de la Somalie. « Ce que nous avons sur place c’est Al Qaida, avec les Shebab » a-t-il expliqué. Le Ministre qui s’est rendu sur place à Djibouti, le mois dernier, en présence des ambassadeurs du COPS qui avaient le déplacement, n’a pas caché sa satisfaction et même une certaine surprise. « Je suis surpris par la rapidité de la prise de conscience des Européens. En cinq semaines, nous sommes arrivés à un accord de principe sur cette opération. Quand j’étais sur place, avec les ambassadeurs du COPS, dans le camp où étaient formés des soldats somaliens par les Français et les Djiboutiens, pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils voyaient des soldats somaliens à l’oeuvre, cela a été une prise de conscience » a-t-il ajouté.

A noter : Carme Chacon a proposé que l’Espagne organise durant sa présidence (au 1er semestre 2010), une conférence internationale sur la Somalie – sous les auspices de l’ONU – pour promouvoir le processus de paix et stabilisation dans le pays et lutter contre les causes de la piraterie.


Les contributions des Etats membres. L’opération devrait être de petite dimension. « Il faut environ 100 hommes pour lancer l’opération », selon Hervé Morin, « entre 100 et 200 », selon un autre diplomate européen. Et l’effectif nécessaire paraît pouvoir être atteint sans trop de problèmes. Selon le premier tour de table effectué par les Ministres européens, mardi, la moitié de l’effectif semble déjà « ur la table ». L’Espagne a accepté le rôle de nation-cadre pour cette mission et fournira un « effectif substantiel » représentant plusieurs dizaines de formateurs. La France a offert 30 personnes – « Nous aurions pu en fournir plus - a expliqué Hervé Morin – mais ce doit être une opération européenne et non une opération française ». Plusieurs autres Etats qui ont annoncé qu’ils contribueraient à l’opération : Italie, Hongrie (autour de 6 personnes), Portugal, Slovénie). L’Allemagne devrait préciser sa participation (un entretien est prévu, mercredi, entre les ministres de la défense, allemand zu Gutenberg et français Morin). D’autres pays ont montré leur intérêt sans indiquer le principe de
contribution (Grèce, Suède, Roumanie, Belgique) ou ont indiqué qu’ils la soutenaient sans pouvoir y contribuer (République Tchèque, pays baltes). Certains pays sont plus prudents (Slovaquie), voire réticents (Pays-Bas). Le Royaume-Uni garde une position ambigüe : il soutient officiellement la préparation de l’opération, et a promis d’y apporter « une contribution importante » (dixit le ministre Morin) mais insiste sur la nécessité de ne pas décider tout de suite d’une opération. Pour ceux qui ont souvenir des débuts d’Atalanta, on retrouve là une position identique, on pourrait assez classique de la diplomatie militaire britannique sur les opérations PeSDC de l’UE.

La première planification intégrée « nouvelle formule ». Maintenant, la planification de l’opération va pouvoir commencer. Elle sera menée, pour la première fois, par la nouvelle structure civilo-militaire mise en place autour du Haut-Représentant. Ce sera toujours l’Etat-Major militaire de l’UE qui mènera la planification. Mais avec le soutien direct de la nouvelle direction civilo-militaire CMPD, dirigée par Claude-France Arnould. Ainsi les personnels civils nécessaires seront intégrés à la planification et la suivront de bout en bout. Plusieurs questions sont purement civiles (l’accord avec l’Ouganda, les questions financières, le contrôle de la destination des fonds européens, les marchés publics nécessaires le cas échéant…). Ce qui facilitera ensuite la conduite de l’opération.

(crédit photo : Conseil de l’Union européenne – Carme Chacon avec Hervé Morin, lors du Conseil)

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La 24e mission de la Pesd « EuSec Somalia »: feu vert mardi



(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’Union européenne devraient s’engager un peu plus, mardi 17 novembre, vers une opération d’assistance à la formation des soldats somaliens (EUSEC Somalia ou EUSECFOR *). Les ministres de la Défense devraient ainsi adopter le Concept de gestion de crises (CMC). Celui-ci reposera en grande partie sur le papier d’options présenté par le groupe politico-militaire, un document d’une trentaine de pages (Pour aller plus vite, les experts ont, en effet, décidé de transformer cet « option papers » en CMC). Ils devraient ainsi demander aux experts de « continuer le travail de planification sans préjuger de possibles conséquences sur une possible action PESD ».
La planification de l’opération (concept d’opération – Conops, plan d’opération – OpPlan) va pouvoir être accélérée. L’Action commune pourrait être « adoptée rapidement, peut-être d’ici décembre » et lancée dans la foulée, souligne un diplomate européen. Plusieurs missions d’évaluation (Fact Finding Missions) ont déjà été sur place (Addis-Abeba, Kampala…) et vont continuer leur travail pour établir les modalités pratiques de l’opération.


Cette mission est d’un nouveau genre. Cette fois, il ne s’agit pas de conseiller ou d’assister un Etat sur sa réforme de sécurité (comme au Congo) ou de former de l’encadrement (comme en Afghanistan) mais bel et bien de donner une formation de base à des soldats destinés à aller au front. C’est la première mission « non Petersberg » et, en fait, la première application du Traité de Lisbonne qui élargit le champ des missions traditionnelles d’interposition ou de rétablissement de la paix aux « missions de conseil et d’assistance en matière militaire » (article 43). Au niveau international, cette opération devrait reposer sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU n°1772, 1863 et, surtout, sur la résolution 1872 qui demande « instamment à ses Etats membres de contribuer au Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour les institutions de sécurité somaliennes et d’offrir une assistance technique pour la formation et l’équipement des forces de sécurité somaliennes » (il ne serait pas ainsi nécessaire d’avoir formellement une nouvelle décision du Conseil de sécurité. Mais une résolution saluant l’effort de l’UE serait bienvenue et conforterait l’opération européenne).

La nécessité de former rapidement les forces de sécurité somaliennes est la résultante de l’absence d’engagement de la communauté
internationale.
Après l’échec de l’opération Restore Hope et le retrait des forces de l’ONU, aucun Etat de l’hémisphère nord ne veut aller s’engager directement sur le terrain en Somalie dans ce qui ressemble en un piège. Les troupes de l’AMISOM, elles-mêmes souffrent d’un déficit (environ 5200 hommes sur un objectif fixé en 2006 à près de 8000 hommes).

• L’opération se déroulerait essentiellement en Ouganda où sont déjà formés des soldats somaliens par les forces ougandaises (UDPF), sous l’égide de l’AMISOM (la force de paix de l’Union Africaine). La formation et l’entraînement des soldats somaliens fait d’ailleurs partie du mandat de l’AMISOM. Pour certains formateurs, comme les Français, cela ne devrait pas poser de problèmes. Des éléments de la Légion étrangère, issus des Forces françaises basées à Djibouti (FFDJ), sont ainsi déjà venus former, à Singo (district de Kiboga), les forces
africaines partant en mission pour l’AMISOM en Somalie.



Soldats de la Légion formant les militaires (ougandais) pour l’AMISOM (crédit : DICOD)

L’opération vise à former environ 1000 à 2000 soldats. La formation de base est assez courte – quelques semaines – et davantage destinée à apprendre aux soldats les rudiments de base de l’action militaire en groupe : obéir, tir de combat, mise en place et contrôle d’un checkpoint, respect des principes du droit de la guerre (on ne tire pas sur une croix-rouge ou un croissant rouge, etc…), premiers secours,… Elle vise aussi à détecter les éléments qui pourront servir d’encadrement (sous-officier ou officier). Une seconde formation plus élaborée pourrait avoir lieu pour ceux-ci. Bref, comme l’explique un diplomate européen, cette opération vise à donner « à la Somalie un embryon de
force en commençant par la formation de base et en allant si possible vers des formations de commandement.
« 
Cette formation s’intègre, en effet, dans un projet plus global du gouvernement somalien visant à restructurer ses forces armées et à constituer une nouvelle force de sécurité de 6000 hommes.

Des troupes somaliennes ont déjà été formées : 1) en Ouganda par l’Union Africaine, avec le soutien des Américains : environ un millier de soldats auraient déjà été formés par les Ougandais depuis un an (certains recevant une formation longue de six mois, à l’école militaire de l’UDPF – les forces ougandaises – de Bihanga) – un autre bataillon est en formation ; 2) à Djibouti par les Français (500 personnes  recevant une formation rapide de quelques semaines en août et octobre) et les Djiboutiens. Mais le nombre reste encore insuffisant par rapport à l’objectif fixé.

• Selon les premières évaluations, pour former 2000 soldats, il faudrait environ 400 formateurs dont certains pourraient être fournis par les pays de l’Union Africaine. L’UE pourrait en fournir jusqu’à 200. Les Etats-Unis et la Russie sont également intéressés pour soutenir cette formation (pas automatiquement avec des formateurs). Coté de l’UE, ce n’est cependant pas encore l’enthousiasme forcené. « Beaucoup de pays étaient au départ réservés sur cette opération, il y a beaucoup de progrès » note un diplomate européen. Une dizaine d’Etats sont ainsi prêts à s’engager dans cette mission ou à la soutenir : France, Espagne, Finlande, Chypre, Luxembourg, Allemagne (Pologne, Hongrie étudient le soutien).

• L’encadrement des soldats ainsi formés devrait être assuré, à leur retour en Somalie, par les soldats de l’AMISOM (ceux formés par les Ougandais accompagnent déjà les troupes de maintien de la paix de ce pays).

Concernant leur paiement des militaires somaliens – y compris le contrôle de la destination de l’argent -, un point clé du dispositif, une des pistes suivies pourrait être de suivre la même piste que pour les financements internationaux. L’ONU a mis en place le Fonds d’affectation spéciale pour la sécurité pour la Somalie et un Fonds d’affectation spéciale pour l’AMISOM. Au niveau du Gouvernement somalien, c’est le cabinet Price Waterhouse Cooper qui a été chargé de superviser la réception des fonds internationaux, leur gestion
et de veiller à ce que les objectifs des bailleurs de fonds soient respectés.

• Le financement de l’opération devrait se faire essentiellement par contribution des Etats membres participants  (chaque Etat finançant ses propres troupes). Un financement des charges collectives étant assuré, via le mécanisme Athena, par les 26 Etats membres participant aux actions militaires de la PeSDC (moins le Danemark). Concernant le paiement des soldats, il ne pourra cependant pas être assuré directement par l’UE, l’UE ne pouvant pas financer directement la mise en place d’une force armée. Mais elle contribue déjà de façon indirecte aux actions de stabilité menées en Somalie.

Soutien financier de l’UE à des actions de stabilisation en Somalie. Le budget de l’UE soutient directement l’AMISOM — 35,5 millions d’euros (dont 20,2 millions d’euros déjà engagés) à travers la Facilité de paix pour l’Afrique — et l’Union Africaine dans son effort pour se doter de capacités pour planifier, gérer et coordonner des opérations de soutien à la paix — 4,7 millions d’euros de l’Instrument de stabilité —, avec mise en place de l’Unité de planification et de gestion stratégique (SPMU Strategic Management and Planning Unit). La SPMU bénéficie de 4 officiers planificateurs européens détachés (budget, ressources humaines, communications, ingénierie) - financée par une contribution supplémentaire de 750.000 euros -. Enfin le programme stratégique de l’UE pour la Somalie — qui couvre aussi bien les aspects politiques, de développement que de sécurité — se monte à 215,4 millions d’euros pour la période 2008-2013 (dont environ 180 millions sur 87 projets déjà identifiés).

(*) J’utilise ce nom par facilité, le nom de l’opération n’est pas encore défini.

NB : Pour se rendre compte de la situation en Somalie, vous pouvez regarder le reportage de France 2 qui a suivi jusqu’à Mogadiscio avec les militaires de l’Amisom, Mohamed Abdi Gandi, un anthropologue à l’université de Besançon qui a intégré le gouvernement de transition
somalien (GFT) : Somalie, portrait d’un démocrate

 

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Eusec Somalia aura pour objectif de former 2000 soldats

(BRUXELLES2) La contribution européenne d’assistance à l’entraînement des forces de sécurité somaliennes de l’UE se précise.  Ce sera une opération militaire – à mandat non exécutif – menée par l’UE (et non pas une mission civile comme au Congo). Un document de travail a été présenté par le groupe politico-militaire et discuté lors du dernier Comité militaire de l’UE. Et l’objectif est que les Ministres des Affaires étrangères et de la Défense, réunis à Bruxelles les 16 et 17 novembre prochain, approuvent non pas l’action commune (cela paraît un peu rapide), mais au moins le principe stratégique.

Première phase : 2000 soldats. L’objectif est de former « rapidement environ 2000 soldats », a précisé à la presse le général Bentegeat, après sa dernière intervention au comité militaire de l’UE. « Un chiffre qui n’est pas sorti de notre chapeau mais a été demandé par les Nations-Unies ». Si la plupart des pays se montrent désormais volontaristes, et certains points déjà résolus, trois grandes questions se posent ainsi

1ère question : où former les soldats ? Trois endroits ont été évoqués : Djibouti, Ouganda, Kenya.
Mais l’endroit exact « reste à définir
».
Chacun a des avantages et inconvénients. A Djibouti comme au Kenya, il est plus facile de trouver des personnes parlant le Somali. Mais cela est plus délicat au plan géopolitique (avec un risque de déstabilisation de ces pays, surtout à Djibouti). A Kampala (Ouganda),  l’avantage est d’avoir une base plus sûre, où sont aussi formés les soldats de l’Amisom.

2e question : comment seront-ils réintégrés ? La réintégration et le paiement des salaires notamment posent question aux militaires. « Comment ces soldats seront-ils réintégrés ? Et surtout, comment seront-ils fidélisés ? Il faut éviter de former des gens qui vont ensuite se retourner contre le gouvernement somalien » explique, en effet, le général Bentegeat.

3e question : comment les payer et qui les paiera ? Plusieurs options pour financer les salaires ont été évoqués. « Des moyens à la fois internes et externes ». On sait que le budget européen ne peut permettre de financer ces salaires : « il n’est pas question pour la Commission d’assurer le paiement de soldats nationaux », affirme un de ses responsables. La même impossibilité existe du coté de l’Union africaine, au moins directement. Il est aussi difficile de fournir l’argent directement au gouvernement somalien, avec le risque d’évaporation et « de ne pas voir finalement les soldats payés, et surtout l’impossibilité d’assurer un contrôle » explique un expert du dossier. Le financement est une chose, le contrôle de la destination en est une autre. La mise en place d’un « trust fund » alimenté par plusieurs pays, sous contrôle de l’Union africaine, assisté par l’Union européenne, pourrait ainsi être une hypothèse de travail.

L’UE ne sera pas seule. « Le leadership de l’opération restera (d’ailleurs) sous couvert des Nations-Unies ». Ce qui semble signifier qu’il faudra obtenir une résolution du Conseil de sécurité. Les résolutions existantes ne permettant pas de couvrir cette activité. L’UE ne sera pas toute seule :
« D’autres organisations (l’Union africaine particulièrement) et d’autres pays (Etats-Unis notamment mais la Russie aussi est intéressée) seront associés » a précisé le général Bentegeat.

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Les Russes dans Eusec Somalia, ce n’est pas, encore, tout à fait conclu…

Les Russes pourraient participer à la formation des soldats somaliens à Djibouti, annonçait triomphalement Bernard Kouchner devant la tribune de l’assemblée nationale
le 7 octobre (lire ici), qui visait un accord bilatéral avec la Russie (un peu comme pour Eufor Tchad) (1). Apparemment, ce n’est
pas vraiment décidé.
Tout simplement. Car rien n’a été demandé concrètement aux Russes. « C’est surtout une idée de
Bernard
! (Kouchner) » lâche un proche du dossier. Selon un diplomate présent à Moscou,
la discussion entre Bernard
Kouchner et son homologue russe, Serguei Lavrov,
a été assez générale. En réponse à la demande française, le ministre
Russe aurait simplement affirmé sa disponibilité à étudier toute proposition que pourrait lui faire parvenir la France dès qu’il y aurait une demande précise, un courrier. Mais, rien de plus.
Lavrov a même un peu vanné son homologue français à propos des règles de livraison d’armes. Bernard Kouchner aurait, en effet, suggéré que les Russes pourraient fournir des armes car les Français,
eux, ne le pouvaient pas, à cause des différentes règles d’exportation. « Vous savez. Nous avons les mêmes règles que vous » lui aurait rétorqué alors Lavrov, non sans ironie. On comprend
donc que, interrogé par les journalistes lors du déplacement dans les Seychelles, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, se soit montré plutôt (très) prudent : « J’ai eu le sentiment
que la Russie était assez ouverte à la question
». On a connu plus enthousiaste ! D’un autre coté, les Russes sont très tentés de reprendre « pied » d’une manière ou d’une autre avec le
gouvernement somalien qui a été une de leurs pièces maîtresses en Afrique (avec l’Ethiopie, ou plutôt en alternance). Lire aussi : la Mission Eusec Somalia se dessine

(1) Bernard Kouchner et Hervé Morin, avaient eu des discussions, à l’occasion de la session du Conseil de coopération franco-russe sur les questions de sécurité (CCQS), avec leurs homologues
respectifs, Sergueï Lavrov (affaires étrangères) et Anatoly Serkioukov (défense), ainsi qu’avec le président Dmitri Medvedev. Des conversations qui avaient porté, selon le Quai
d’Orsay, sur l’engagement russe dans différentes opérations de l’UE (Eufor Tchad et Somalie), et sur le nucléaire iranien, ainsi que sur le Moyen-Orient, l’Afghanistan et la Corée du Nord.

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La nouvelle mission de la PESD, « Eusec Somalia », se dessine

La volonté française de promouvoir une mission européenne de formation des forces de sécurité somaliennes est connue. Après Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat aux
affaires européennes, qui avait lancé un appel à ses homologues européens
« à participer à l’effort de formation des forces
somaliennes
« 
, lors de sa visite à Djibouti, Hervé Morin, le ministre de la Défense, l’a encore redit lors de son déplacement dans l’Océan indien.
« L’effondrement du pays est la cause de la piraterie. Il faut traiter aussi les causes ». Pour parvenir à « la restauration » de l’Etat somalien, « il faut donner les moyens au
gouvernement somalien de reconstruire et de reconstituer progressivement les éléments assurant la sécurité et la stabilité du pays
« , a précisé le Ministre. « Nous, nous faisons cet effort.
Ce que nous espérons, c’est que d’autres pays européens le fassent
« . 

Une dizaine de pays participant ? Est-ce l’effet de cet appel ou, comme le remarque un diplomate en poste à Bruxelles, « une prise de conscience de la
faisabilité de l’opération »
, sans doute un peu des deux. Toujours est-il qu’aujourd’hui à Bruxelles, il existe une atmosphère plutôt favorable la mise en place de cette misson. « Personne
n’a émis d’objection
– poursuit ce diplomate -. Bien sûr, il reste un certain nombre de questions à régler, notamment le suivi des militaires formés, mais on sent un lent mouvement ».
A Göteborg, fin septembre, on comptait ainsi trois à quatre pays soutenant l’opération : outre Chypre et le Luxembourg qui participent déjà à l’expérimentation française – Chypre en fournissant des
moyens, le Luxembourg en finançant l’opération – l’Allemagne avait manifesté son soutien à l’opération, ainsi que l’Espagne, de façon plus timide. Ils sont aujourd’hui une petite dizaine de pays
aujourd’hui à soutenir plus ou moins activement cette nouvelle mission PESD. La Pologne et la Finlande étudient ainsi sérieusement leur participation avec l’envoi de formateurs, l’Autriche et la
Hongrie ont également un préjugé favorable mais « n’ont pas encore pas pris de décision » comme nous l’a confirmé un diplomate.
C’est ce qu’on pourrait
nommer l’effet « Eufor
Tchad« .

La mission Eusec Somalia, premiers contours

Options discutées. A Bruxelles, les experts ont commencé, depuis plusieurs semaines, à travailler sérieusement. Un papier d’options a ainsi été distribué aux différentes délégations en
octobre (c’est le deuxième papier après celui distribué en juillet). L’objectif est d’arriver à une décision politique au Conseil des Ministres de la Défense/Affaires étrangères de fin novembre,
approuvant un Concept de gestion de crises (CMC), ce qui permettra de lancer le processus de planification opérationnelle. Celle-ci devrait être assez rapide. Car l
a mission « Eusec Somalia » sera assez légère en termes d’effectifs : environ 100-150 personnes.

Une mission civile, pour l’entraînement. La mission « d’assistance à la réforme de sécurité, incluant un entraînement des forces
somaliennes
 » serait une mission « civile » au sens européen. Ce qui signifie que la planification et le suivi de l’opération est assuré par le CPCC (« l’Etat-major civil » de l’UE).

Elle viserait, en premier lieu, à l’entraînement des militaires somaliens. Le nombre n’est pas exactement fixé, mais il s’agirait de quelques milliers (entre 2 et
5000 personnes). La formation serait assez sommaire, de quelques semaines (3 à 6 semaines), calquée sur le modèle français, destinée avant tout à « former l’esprit de groupe, le respect de la
discipline, les notions tactiques de base, l’évolution en unité, l’utilisation des armes
« . Auquel s’ajouterait un volet « droits de l’homme » et « droit international humanitaire » dans l’esprit
européen. Elle se déroulerait dans des lieux situés hors de Somalie. Trois pays sont désignés pour l’instant : Djibouti, Tanzanie, Ouganda.

… avec un volet « paiement » des soldats. La mission européenne ne s’arrêterait pas à l’entraînement. Mais concernerait ensuite le paiement des soldats.
« Rien ne sert de former des soldats si ensuite on ne peut le payer » assure un militaire européen. « Ils vont se volatiser et retourner dans leurs foyers ou chez les rebelles »
complète un autre. La mission vise donc à assurer un paiement des salaires pour préserver
leur présence dans l’armée somalienne. Cela pose plusieurs problèmes
: contrôler la chaîne de paiement (l’expérience acquise dans l’opération Eusec Congo pourra être utile), éviter le dérapage financier et contrôler le budget nécessaire (pour éviter une tendance
inflationniste à l’afghane), avoir une présentation politique qui concilie les visions différentes des Etats membres en matière de coopération militaire. Payer des armées d’Etats tiers sur le
budget de l’Union européenne peut, en effet, paraître choquant à certains pays ou contraire à la politique « civile » de l’UE. Une des pistes suivies pourrait donc être de soutenir (financièrement et
de façon logistique) l’Union africaine qui serait chargée de verser l’argent aux Somaliens (ce qui est déjà fait pour les soldats de l’Amisom, le budget européen payant en partie les forces de la
paix africaines déployées en Somalie).  


L’engagement américain

Présence diversifiée. Ce qui facilite l’engagement européen et lève les éventuelles réticences, c’est l’engagement américain très net envers la
Somalie. Un engagement très diversifié : entraînement de soldats, livraisons d’armes légères et d’équipement à l’armée du GFT, et apport financier. Fin juin, l
es Etats-Unis auraient déjà livré au moins 40 tonnes d’armes et de munitions aux forces du gouvernement transitoire somalien, pour un montant aux alentours de 10 millions
d’euros, selon
un représentant du Département d’État. Les Américains aident
également à l’entraînement des forces
somaliennes, via les Djiboutiens, en « fournissant des tentes » et divers matériels.
Un support logistique est également apporté aux Ougandais et Burundais qui forment actuellement les seules troupes de l’AMISOM. On sait également que c’est une société américaine qui forme les
policiers somaliens en Jordanie…

NB : Les premiers soldats somaliens formés par la France, de façon bilatérale à Djibouti, sont arrivés mardi à Mogadiscio, en provenance de Djibouti dans un
avion privé. Selon les sources somaliennes, les troupes ainsi formées seraient au nombre de 800. Ce qui ne correspond pas au chiffre fourni par les Français qui parlent d’environ 500 personnes
formées en deux temps (150 en août, 350 en octobre). 

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5000 policiers somaliens formés en Jordanie

La société de sécurité privée  » Phoenix Intelligence
Support »
devrait former à l’Eastern International Training Academy, basée à Amman
(Jordanie)
, 5000 officiers de police somaliens à compter de décembre prochain. En tout cas elle a signé un accord avec ce centre de formation qui dépend
d’une société privée jordano-britannique. Phoenix a passé un accord avec le gouvernement transitoire de somalie, en août 2009, pour soutenir les forces de police somaliennes, de gardes-côtes, de
renseignements). A la formation des unités spéciales de police et contreterrorisme, s’ajoutera en effet des formations de gardes côtes et anti-piraterie. Le « marché » somalien et de la lutte anti-piraterie aiguise les intérêts de nombreuses sociétés
privées.



(Crédit Photo : Eastern
Holding)

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La France presse l’Europe de décider une nouvelle mission PESD pour la Somalie

Hervé Morin, le ministre français de la Défense, vient d’écrire à Javier Solana – le Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère – et à Sten Tolgfors – le ministre suédois de la Défense, qui préside actuellement l’UE – pour leur rappeler toute l’importance d’un nouvel engagement des Européens pour la Somalie (plutôt qu’en Somalie). Une lettre qui vient d’être rendue publique par le ministère de la Défense français. Du moins, en partie. Nous avons pu avoir connaissance de l’intégralité de la lettre. Elle est intéressante, à plus d’un titre, car elle exerce une véritable pression sur les Européens pour qu’ils sortent de leur frilosité.

Eviter la déstabilisation

« La Somalie ne doit pas devenir un foyer de déstabilisation » écrit Hervé Morin. « Au-delà de ses effets régionaux, la déstabilisation de la Somalie menace directement la sécurité des Européens et la sécurité internationale. » Il existe des « liens » - des liens « prouvés«  – entre les Shababs somaliens et El Qaida, souligne-t-il. Et effectivement, ne pas s’engager en Somalie alors que les forces européennes sont engagées en Afghanistan pourrait paraître difficile. « C’est là l’intérêt de l’Europe autant qu’en Afghanistan » souligne le Ministre.

Poursuivre l’initiative française

« L’UE s’est engagée avec succès dans l’opération Atalante, pour réduire les attaques de pirates« , elle doit aller plus loin, souligne le ministre français de la Défense. « L’UE doit élargir son approche pour former les gardes-côtes et les policiers, renforcer les capacités maritimes régionales et le soutien à l’AMISOM ». Et, pour lui, « l’engagement de l’Union européenne dans la formation de forces de sécurité somaliennes robustes et opérationnelles peut constituer une action de stabilisation efficace ».

La France a déjà engagé une première formation de 500 militaires somaliens. 150 militaires ont déjà été formés, les 350 ont commencé à l’être. Un camp de toile a été monté à 30 km de Djibouti, dans ce but. Et 400 soldats somaliens ont été formés en Ouganda, par les Américains.

Former 3000 hommes supplémentaires

Hervé Morin propose de lancer donc une nouvelle mission PESD, mission « non exécutive », qui aura pour tâche de former « 3 000 soldats supplémentaires de la force de sécurité » du gouvernement transitoire somalien. Cette mission pourrait se dérouler dans les deux pays où la formation se déroule : Djibouti et Ouganda. Mais surtout dans ce dernier pays. Il s’agit, estime-t-on à Paris, de ne pas mettre trop la pression et l’attention sur Djibouti (NB : Djibouti a des frontières communes avec la Somalie, à la religion musulmane et une bonne partie de la population est de même origine que de l’autre coté de la frontière).

La France souhaiterait également ne pas prendre le « lead » de la mission. Du moins ne pas l’afficher (tant que la question de l’otage français en Somalie n’est pas réglée). L’option préférée par Hervé Morin serait donc que la France vienne « en soutien » – par des formateurs ou de la logistique – et qu’un autre pays européen prenne le lead de l’opération (*).

La lettre et sa communication à la presse
deux objectifs

Convaincre les Européens….

Cette initiative (la lettre et sa communication) s’inscrit dans un contexte d’indécision européenne. Si certains ministres se sont montrés disposés à suivre les Français – les Chypriotes et Luxembourgeois – et d’autres prêts à les rejoindre – les Allemands - la plupart des autres Etats sont plus dubitatifs (1). Même la ministre espagnole de la Défense, Carme Chacon, qui est prête à soutenir l’initiative française, l’a rappellé à Göteborg : « il ne s’agit pas de former des personnes que l’on va retrouver ensuite comme pirates« .

Cependant une action complémentaire à l’action en mer est nécessaire. Tout le monde est absolument d’accord sur ce point : c’est à terre – et uniquement à terre – qu’on pourra régler le problème de la piraterie, mais aussi la question d’avoir un « Etat failli » en bordure de mer rouge, déstabilisateur pour toute la zone : Djibouti, Yemen, Ethiopie, Erythrée… Ainsi que l’avait déjà expliqué Javier Solana, en mai dernier (2), il importe d’agir en Somalie. Cette lettre arrive à point nommé également car les 27 ambassadeurs du COPS, le comité de politique et de sécurité de l’UE, sont sur place ce week-end, pour une visite de travail (3).

… et régler ses comptes avec Lellouche

Cette communication s’inscrit aussi – reconnaissons-le – dans un conflit plus personnel, plus parisien, entre deux ministres : Pierre Lellouche et Hervé Morin. Le premier est secrétaire d’Etat aux Affaires européennes et se sent un peu à l’étroit dans son poste. Il ne rêve que de s’occuper de « Défense ». Et il le montre. Lundi dernier il était à Bruxelles pour une visite exclusivement tournée vers la PESD (4).

Aujourd’hui, il s’envole à Djibouti pour visiter l’action de formation des forces somaliennes menée par l’armée française et rencontrer les ambassadeurs du COPS. Ce qui revient – proprement dit – à marcher sur les plates-bandes de son homologue de gouvernement. Il y a comme un peu de confusion dans l’air entre le Quai d’Orsay et la rue Saint-Dominique (siège du ministère de la Défense). Il serait d’ailleurs temps que le président de la République, Nicolas Sarkozy, y mène un peu d’ordre. Car ceci est quelque peu troublant pour les Européens.

(*) Il est d’usage dans les missions européennes qu’un Etat soit la « nation-cadre » d’une opération soit parce qu’il est déjà implanté dans la région, soit parce qu’il y a des affinités diplomatiques, politiques ou démographiques.

Lire également :

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Un nouvel ambassadeur somalien à Bruxelles. Pas n’importe qui…



Un nouvel ambassadeur a
été accrédité auprès des institutions européennes. Il s’agit du somalien Nur Hassan Hussein. Cette nomination n’est pas anodine. C’est une des mesures décidées lors de la conférence sur la
Somalie en avril 2009 afin de consolider le gouvernement fédéral transitoire (GFT).

Nur Hassan Hussein n’est pas n’importe qui. Agé de 71 ans, il a été Premier ministre jusqu’à peu, entre novembre 2007 et février 2009. Et son parcours illustre toute la difficulté du pays.
Jeune officier des douanes peu après l’indépendance du pays, il devient un des responsables de la police sous Siad Barré, dont la principale qualité n’était pas le respect de la démocratie…
Attorney genelra jusqu’à 1991, moment où le pays tombe dans le chaos, il devient ensuite président du Croissant Rouge somalien.

(crédit photo : Commission européenne, José-Manuel Barroso reçoit les lettres de créance)

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Les Européens pas très enthousiastes pour une mission Eusec en Somalie

(A Göteborg) La demande de Javier Solana de développer une mission de la PESD d’assistance et de
réforme des forces de sécurité en Somalie n’a pas enthousiasmé beaucoup les ministres de la Défense, réunis à Göteborg, mardi.

Tout le monde est bien conscient autour de la table des Ministres, qu’il est nécessaire de stabiliser ce « pays » et d’éviter qu’il tombe dans une anarchie totale. « Nous sommes tous préoccupés » a résumé le ministre suédois de la Défense, Sten Tolgfors, qui présidait la réunion.
« Nous devons avoir un niveau d’engagement adéquat dans la région. L’opération Atalanta est un succès. Mais agir en mer ne signifie pas que le problème (de la
piraterie) disparaît car la source du problème se situe à terre »
.
  Mais quand il s’agit de mettre des moyens et d’arriver à une position
commune, c’est une autre histoire…

Les 27 Ministres des Affaires étrangères avaient certes convenu, lors de leur réunion de juillet, d’explorer les options possibles (*). Leurs homologues
de la Défense ne semblent pas tout à fait aussi déterminés.
« C’est une question extrêmement compliquée qui nécessite de trouver des
coopérations.
Cette discussion était un point de départ. Ce n’est pas la conclusion. Nous allons devoir travailler dans les semaines et mois qui
suivent pour revenir bientôt avec des solutions »
a reconnu Sten Tolgfors, le Ministre suédois de la Défense, lors de la conférence de presse
finale.

  • (*) The UE « will explore the possibility of additional EU support to the security sector, including through support to the UN-led assessment process
    and TFG priorities and commitments as well as through the training of security forces. The Council agrees that support in the security sector should be well coordinated, notably with the AU,
    the UN and other relevant EU partners, in particular the US. It should support a Somali national security strategy, committed to the rule of law, respect for human rights and
    gender ».

L’exemple français. La formation de 500 membres des forces de sécurité, démarrée cet été à Djibouti par les Français a été cité comme un exemple.
150 soldats ont déjà été formés et la formation de 350 autres va démarrer (**). Les
Français souhaiteraient maintenant que les Européens les relaient et les suppléent dans cet effort. Mais peu de voix se sont joints concrètement à cette demande. L’Allemagne (présente à Djibouti
également avec une centaine d’hommes dans le cadre de l’opération Enduring Freedom), le Luxembourg, Chypre ont proposé leur aide et contribution. L’Espagne a également soutenu cette position sans
être trop précise sur les moyens.

  • (**) Une formation militaire pratique de base. La formation donnée dure
    trois semaines.
    « Il ne s’agit pas d’une formation type commando – m’a précisé un militaire de haut rang. « En quelques semaines, c’est
    impossible. Et puis il ne s’agit pas de former des soldats d’élite sans savoir ce qu’ils deviennent
    ». Il s’agit donc davantage d’une formation, type conscription accélérée : « Nous
    prenons des futurs soldats et les amener rapidement à une capacité opérationnelle, apprendre à obéir, réagir en groupe
    … » Les appelés sont choisis par les autorités somaliennes. Mais les
    Français filtrent les candidatures pour éviter certains éléments – d’éventuels fondamentalistes mais aussi les mineurs. Plusieurs ont ainsi dû être renvoyés car ils paraissaient mineurs. «
    Il n’est pas question pour l’UE de former des enfants soldats ».

Les autres ministres autour de la table sont restés attentistes, pour ne pas dire sceptiques. Personne ne s’est non plus vraiment opposé à la poursuite
des discussions. Comme le résume le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, que j’ai interrogé sur cette question : « cette suggestion est intéressante. Mais il y a beaucoup de questions
qui se posent. Nous avons non seulement des contraintes budgétaires. Mais nous devons aussi faire face à une situation très spécifique. Si on s’engage, il faut savoir quand la mission sera terminée
; comment on va se retirer. Et ce qui suit.
» Et d’ajouter : « Nous ne pouvons pas être seuls. C’est aussi un problème qui concerne principalement les Africains. Et il faut les
impliquer. Comme il faut travailler avec d’autres partenaires comme les Etats-Unis ou l’OTAN»
. Pour la ministre espagnole de la défense, Carme Chacon, il
faut veiller à « ne pas avoir un effet boomerang : que ces agents  formés par des forces européennes, finissent par devenir
des pirates lorsqu’ils quittent l’armée
».


Commentaire

Ces réticences sont-elles le signe d’un échec ? Pas tout à fait sûr. Avec l’Union européenne, on ne sait jamais. L’audace est parfois au détour du chemin des réticences. « Nous n’avons pas chômé – justifie un proche de Solana – la décision d’explorer les pistes est intervenue fin juillet, la première formation « test » a démarré en
août, des missions exploratoires sont parties en août et en septembre »
. Et c
omme me l’a rappelé un autre acteur de la PESD, « cela sonne comme un
rappel des premières discussions qui avaient précédé le lancement de l’opération anti-pirates
« . Effectivement quand on se remémore les premières discussions, le lancement d’Atalanta a connu
plusieurs épreuves et son succès était pas assuré.

Une mission pas tout à fait ordinaire. Il ne s’agit pas vraiment d’une opération « classique » de conseil et d’assistance à la réforme
de sécurité mais carrément d’entrainer des troupes opérationnelles d’un pays en proie à une instabilité et où les islamistes radicaux sont très présents. De fait, l’UE aurait une mission de
conseil, du type de celle que les Etats mènent d’ordinaire en coopération bilatérale (la France en Afrique, l’Espagne en Amérique latine) ou du type de celle que l’OTAN et les Etats-Unis mènent…
en Afghanistan. 

La piste d’une mission commune UA-UE. C’est pourquoi une des pistes envisagées les plus sérieuses pourrait être une mission commune de l’Union
Africaine et de l’Union européenne. L’UE apportant son assistance technique, ses compétences et ses moyens financiers à une mission de conseil de l’UA. Ce qui serait sans doute plus acceptable pour
plusieurs participants autour de la table.

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Pour Javier Solana, l’UE doit soutenir l’ »Etat de droit » en Somalie

(A Göteborg) Javier Solana va le repéter, demain, aux Ministres de la défense de l’UE, réunis à Göteborg : il faut envisager diverses actions vers un soutien plus
affirmé au gouvernement de transition de la Somalie et à la stabilisation de ce pays. Il ne s’agit pas seulement de prolonger l’opération anti-piraterie Atalanta à terre, en luttant contre la
piraterie ; il s’agit plus généralement d’assurer la stabilisation de ce pays, classé comme « failed state » pour éviter une désagrégation plus complète. Et, pour éviter un engagement
direct à l’Afghanne, les Européens (et plus généralement les Occidentaux) veulent se focaliser sur un renforcement des structures de sécurité de l’Etat somalien. Les missions de formation des
militaires somaliens, menées en bilatéral par les Français et les Etats-Unis, se terminent.

Aller plus loin. Maintenant il s’agit d’aller plus loin, d’envisager un soutien plus continu en « formant les militaires, mais aussi les policiers » m’a expliqué J. Solana. « Et
pourquoi pas des gardes-côtes »
. Ces personnes seraient formées « off shore » : « à Djibouti, en Ouganda, ou ailleurs, cela dépend des offres ». Si, pour l’instant, il n’est pas question d’une mission PESD de l’UE, en revanche, la réunion des Ministres de la Défense vise à commencer à parvenir à un consensus pour définir
le cadre d’une éventuelle mission. « Il s’agit de voir ce qu’on peut faire ensemble pour renforcer l’Etat somalien ».

Une série de réunions (trois en tout) a eu lieu la semaine dernière à New-York permettant d’avancer vers certaines solutions. Plusieurs missions de
l’UE se sont rendu dans les pays de la région, notamment le Monsieur Afrique de Solana, le général Joana, ainsi que des missions d’experts techniques (
« fact
finding mission),
qui sont partis notamment avec l’ONU. Officiellement, aucun Européen n’a été en Somalie même. En fait, il semble bien que des contacts aient
été menés à tous niveaux, y compris avec les entités autonomes du Puntland et de Somaliland. Ce qui n’est pas en soi nouveau. Les responsables d’Eunavfor comme de l’Otan ont eu des contacts avec le
Puntland. Et des experts de la Commission européenne ont été présents en Somaliland.

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Somalie et Géorgie en conclusion du Conseil des Ministres des Affaires étrangères

(Brève d’été) Les 27 ministres des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles le 27 juillet, prolongent la mission en Géorgie, nomment un nouveau commandant pour l’opération Atalanta en Somalie (le néerlandais Pieter Bindt), préparent une nouvelle action visant à stabiliser le pays de la Corne de l’Afrique (Télécharger le texte des conclusions).

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La mission « sécurité » pour la Somalie, toujours à l’étude…

Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères, l’a confirmé aujourd’hui, au nom de l’Union européenne : la mise en place d’une mission européenne de
stabilisation pour la Somalie pourrait ne pas être décidée fin juillet par les 27 ministres des Affaires étrangères. Ce n’est pas encore mûr, m’a-t-il expliqué quand je lui ai posé la question lors
d’un discret point de presse: « Nous étudions diverses options. Le débat est en cours. La situation est délicate, en constante évolution. Il faut donc étudier de près toutes les possibilités et
surtout toutes les impossibilités »
. Quant au récent enlèvement de deux agents français, présents à Mogadiscio, pour assister l’armée somalienne, même s’il n’a pas voulu le commenter, Carl
Bildt a indiqué que cela «devrait encore plus compliquer la tâche ».

Parmi les options étudiées à l’Union européenne figure la possibilité d’entraîner les forces de sécurité somaliennes – un projet
que la France devrait démarrer en septembre et qui a été proposé aux autres partenaires européens en mai. Mais l’entraînement de militaires n’est pas vraiment du goût de tous les Etats membres, peu
habitués à un tel engagement militaire. Seconde option : la formation de policiers, voire de juges somaliens, propres à renforcer l’Etat de droit, mais « off shore ». C’est-à-dire, hors de Somalie -
pays trop dangereux pour y mener sur place ce type d’actions. Un peu comme on l’a pratiqué, avec l’opération Eujust Lex en Iraq, où policiers et juges sont venus se former dans des pays proches
(Jordanie, etc…) ou en Europe. Autre option : davantage en lien avec l’action anti-piraterie : la formation de gardes-côtes. Avec un souci, poser suffisamment de gardes-fous, pour éviter que ces
gardes-côtes, une fois formés ne passent de l’autre coté et deviennent « d’excellents pirates« .

Une nouvelle action PESD prend donc du retard. Mais c’était attendu. Javier Solana, le haut représentant de l’UE, avait d’ailleurs, en juin, sonné un peu les cloches des Etats membres, les
rappelant à leurs engagements (lire ici).

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En Somalie, « quasiment des crimes de guerre et crimes contre l’humanité »



Lors de sa rencontre avec
Javier Solana, le diplomate en chef de l’UE, le 10 juillet, le représentant spécial de l’ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould Abdallah (1), n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier la situation en
Somalie.
« Il faut arrêter de tuer des innocents et faire des victimes dans la population. La situation humanitaire est catastrophique, pire que jamais. Ce
qui se fait en Somalie est inadmissible, ce sont quasiment des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. »

« L’Union Africaine n’acceptera jamais qu’ils arrivent au pouvoir ». Le représentant spécial a appelé les « rebelles » à la raison, au dialogue, et expliqué que la communauté internationale ne
cèdera pas. « D’un côté, nous avons un gouvernement accepté par la population, reconnu par la région et communauté internationale et, de l’autre, des gens
déterminés à utiliser tous les moyens, sauf la discussion, à utiliser la force pour arriver au pouvoir alors qu’ils savent que ce n’est pas une façon acceptée ni par l’
Union Africaine, ni par les Nations-Unies, ni par l’Union Européenne. Ils veulent donc plus de chaos. L’Union Africaine n’acceptera jamais qu’ils arrivent au pouvoir. C’est un danger pour le pays, pour
l’Afrique. Il faut bien qu’il se mettent à la raison et discutent avec leurs frères au gouvernement.
»

Atalanta utile pour l’économie somalienne. Il a également salué le travail d’Atalanta, par pour les raisons que l’on connait (l’araisonnement de bateaux par les pirates) mais pour des
raisons tenant à l’économie somalienne (un autre aspect souvent peu visible de l’effet de la piraterie). « Une des meilleures initiatives (dans la région) est l’opération Atalanta, c’est une
manifestation de solidarité avec les Somaliens, les peuples de la région. Car la piraterie accroit le prix des denrées des pauvres, accroit l’instabilité financière dans la région en donnant des
moyens énormes à des gens anonymes qui achètent, vendent, et déstabilisent. (…) C’est un grand succès militaire et diplomatique. »

— NGV –

(1) Ould Abdallah n’est pas pas un inconnu à Bruxelles. Il a été
représentant de son pays (la Mauritanie) auprès des CE dans les années 1970.

Crédit photo : Commission euroépenne, Ould Abdallah à la conférence internationale sur la Somalie en avril 2009

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