Sahel

Elections au Mali : on maintient … un peu, on reporte le reste ?

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) C’est au détour d’une phrase que le président par intérim Dioncounda Traoré arrivé àa officialisé un assouplissement du calendrier électorale. Lors de sa conférence de presse à la Commission européenne, ce mardi (14 mai), en prélude à la conférence internationale sur le Mali, il a indiqué être « décidé à organiser ces élections, en tout cas l’élection présidentielle avant la fin du mois de juillet, c’est un pari que nous allons tenir, que nous sommes obligés de gagner ». Interrogé sur la fiabilité de la date du 28 juillet, le président a expliqué « à notre avis elle sera maintenue. Nous ferons tout pour que le 28 juillet l’élection présidentielle commence ».

Premier report et premier abandon

Cette déclaration a deux conséquences. Tout d’abord, le calendrier est, une première fois, retardé par rapport à la date initiale et malgré le discours volontariste des autorités maliennes mais aussi des acteurs internationaux comme celles de l’envoyé spécial de l’ONU, Romano Prodi, on ne peut que douter du respect de cette date du 28 juillet. De plus, Traoré n’a parlé que de l’élection présidentielle, l’idée d’organiser le scrutin législatif au même moment semble donc prendre du plomb dans l’aile. Et l’idée d’un découplage semble avoir la faveur de certains experts au niveau européen. Ce qui confirme l’impression que B2 avait eu en se rendant sur place (lire sur le Club de B2 : Les élections en juillet au Mali : des obstacles et des risques)

La réconciliation par la décentralisation?

Le président malien s’est expliqué sur le processus de réconciliation qui doit être lancé. Un élément important serait la décentralisation et le président veut « faire en sorte que cette décentralisation devienne effective » mais que cela n’entraine « pas de discrimination particulière entre Nord et Sud. « Nous pensons que les problèmes peuvent trouver une solution dans la décentralisation. Elle n’a pas toujours été mise en œuvre comme nous le souhaitions et elle n’a donc pas fonctionné comme on le voulait » a-t-il affirmé. Il pose cependant des limites « nous sommes prêts à discuter de tout sauf de l’intégrité du Mali et de la laïcité » tout en faisant une distinction implicite entre les populations du Nord et les populations Touaregs au détour d’une phrase.

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Un diner pour le Mali et des premières contributions

 

(BRUXELLES2) C’est par un diner de travail ce mardi soir (14 mai), que président du Conseil européen, Herman Van Rompuy,  a reçu les chefs d’Etats ou de Gouvernement qui participeront demain à la Conférence de Haut niveau des donateurs pour le développement du Mali qui se tiendra à Bruxelles. Objectif : « échanger des vues avec les dirigeants de la région sur les besoins au Mali et dans le Sahel ».

Engagement européen

Le président du Conseil européen entendait affirmer plusieurs points. Tout d’abord « l’engagement ferme et dans la durée de l’Union européenne pour soutenir le Mali », ensuite « le rôle essentiel que les Etats de la région jouent et devront continuer à jouer » et « l’ampleur régionale et pluridimensionnelle des efforts européens qui s’inscrivent dans une stratégie globale pour le Sahel ».

Les premiers chiffres des dons

Plus tôt dans l’après-midi, le président de la Commission, José-Manuel Barroso a annoncé que l’Union allait engager « 520 millions d’euros pour le Mali entre 2013 et 2014 » ce qui « représente plus d’un quart » de ce qui est attendu à la fin de la conférence de demain. Le Mali évalue, en effet, ses besoins à environ 2 milliards d’euros. Mais le président malien Traoré a déjà expliqué à Bruxelles devant la presse que « si on arrive à 1,5 ou 1,6 milliards on pourra dire que le compte y est. De toute façon, dans une semaine ou dans un mois, il est évident que l’UE et la communauté internationale injecteront plus que ça ». Des sources diplomatiques françaises parlent d’une contribution de l’ordre de 280 millions d’euros pour la France.
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Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Le Major Mignolet, chef du détachement belge, à coté de l’hélicoptère A 109

(BRUXELLES2 – suite du reportage à Bamako) Ce n’est sans doute pas le point essentiel de la mission européenne de formation de l’armée malienne. Mais c’est un des éléments constitutifs nécessaires : les hélicoptères belges A109, équipés en module Medevac, sont là en cas de besoin pour procéder à l’évacuation médicale d’un des militaires blessés ou malades lors de la mission.

En stand bye 24h/24

Logée sur le tarmac même de l’aéroport dans des locaux d’Air Mali, l’équipe “medevac” belge compte une trentaine de personnes – dont 6 pilotes – et deux hélicoptères.

Il s’agit, en effet, non seulement d’avoir les effectifs nécessaires pour l’astreinte mais aussi de permettre de faire tous les entretiens et/ou réparations nécessaires sur les engins, y compris les plus grosses révisions (comme celle des 100 heures). Un des deux hélicoptères sortait ainsi de sa révision de 100 heures lors de mon passage. Les militaires ont d’ailleurs emporté le stock de pièces nécessaires dans cet objectif. Le fait d’être basé sur l’aéroport a un avantage : « pouvoir bénéficier de tous les services et prestations de l’aéroport » m’explique le major Mignolet commandant du détachement belge (le Red Card Holder comme on appelle le responsable chargé de vérifier que les conditions de la mission sont remplies).  Cela permet de pouvoir « aussi compter sur l’assistance nécessaire » des autres dispositifs (civils ou militaires) présents sur l’aéroport. De nombreux avions militaires font la navette avec l’Europe, soit pour amener des équipes pour EUTM Mali, soit pour le compte de la Misma ou de Serval.

La Medevac de permanence

Les équipes – pilote et mécano – se relaient par trois jeux d’effectif afin d’assurer la permanence. Avec un impératif : être en l’air en 30 minutes le jour, 45 minutes la nuit, immédiatement après l’alerte. Le rayon d’action de l’hélicoptère est de 115 nautiques soit 210 km sans ravitaillement. Ce qui permet de faire l’aller et retour Koulikoro, sans problème, voire d’aller plus loin s’il y a un ravitaillement. Ce qui « permet de couvrir une zone où il n’y a pas de combat ».  zone possible jusqu’à Mopti.

L’air ou la route

A priori, l’évacuation vers le Role 2 se fait par la route. L’hélicoptère intervenant, plutôt en moyen secondaire, dans le cadre d’un rapatriement vers l’Europe (via l’aéroport de Bamako). A Koulikoro, les Belges ont choisi de se poser sur la plage, qui a « un accès plus facile car il est plus dégagé et dégage moins de poussière que à l’intérieur du camp ».

La voie routière est certes possible entre Koulikoro et Bamako. Mais il faut compter environ 2 heures de route (1h30 éventuellement) sur une route un peu caillouteuse et encombrée contre 15-20 mns en hélicoptère. Ce qui rend la voie des airs plus pratique si la meteo le permet. Dans tous les cas, le choix appartient au responsable médical (le JMed) qui choisit le moyen le plus adéquat – la route ou l’air – et, en dernier lieu, au commandant d’opération.

Seul hic (au moment où je me trouvais), le survol de Bamako n’était pas encore autorisé, toujours en négociation avec les autorités maliennes. Le SOMA – statut de la mission – signé par les Européens ne comprend pas cet aspect. C’est un accord spécifique, ad hoc, qui doit être négocié.

Médicalisation sur place

L’assistance médicale à bord est faite par l’infirmier. Le médecin est normalement déjà sur place : le médecin du Rôle 2 à Koulikoro, le médecin de l’Etat-Major (bulgare) si c’est à Bamako.

La technique médicale des Européens est différente de celle pratiquée par les Américains. Ceux-ci ont tendance à faire intervenir plus systématiquement l’hélicoptère, à évacuer le blessé le plus rapidement vers une structure hospitalière, selon la technique “rush and run”. Les Européens préfèrent rapprocher les médecins du blessé et choisir ensuite le moyen le plus adéquat.

Une certaine mutualisation des moyens médicaux

Les hélicoptères sont réservés normalement pour la mission européenne EUTM Mali pour lequel ils sont dédiés. Mais, au besoin, étant un des seuls hélicoptères disponibles sur Bamako, ils peuvent intervenir pour tout rapatriement médical “jugé utile” par le chef de mission pour des “alliés” ou “amis”. Ainsi ils pourraient intervenir au profit de Maliens blessés lors d’entraînement ou dans d’autres endroits, voire des forces africaines ou des forces françaises de Serval. De la même manière, les Européens disposent, en cas de besoin, de l’hôpital français de l’opération Serval. De façon informelle, les moyens médicaux sont ainsi mutualisés et peuvent servir, en cas d’urgence, pour l’un ou l’autre. L’application, ni plus ni moins, du serment d’Hippocrate, comme l’a précisé un médecin militaire à B2.

Des conditions de vol bien différentes de l’Europe

La difficulté ou plutôt la différence avec les autres mission (en Europe) est patente. « Nous avons beaucoup moins de repères qu’en Europe. Si on s’écarte de l’axe du fleuve Niger, on volera aux instruments de navigation ou à l’estime, un peu à l’ancienne, avec la carte. Et, comme les distances sont longues il y a peu de place pour l’erreur. De nuit, il y a très peu de luminosité fournie par le sol. » Il faut donc tenir compte… de la lune. Conditions inexistantes en Europe.

La chaleur (qui produit une moindre portance entre 25 et 40%) comme la poussière sont aussi deux constantes importantes dont il faut tenir compte. Notamment dans les phases de décollage et atterrissage. « C’est plutôt l’effet collatéral de la poussière pour ceux qui sont au sol » qui est primordiale. « Nous on s’est habitués à ces conditions d’atterrissage » où la poussière rend la visibilité nulle. Mais pour l’entretien de l’aéronef, cela joue également « Les hélico souffrent. Le plexiglas, les zones de compresseurs (alu) ». Une poussière très « différente du Bénin » où les équipages belges ont déjà été déployés. Plus légère sans doute, plus sableuse…

L’entretien nécessaire

Après chaque journée de vol, il y a l’entretien journalier de l’hélicoptère, qui prend 1 ou 2 heures, avec le nettoyage et la vérification du jeu de commandes, et autres tests. La révision des 100 heures est plus conséquente, l’hélicoptère est démonté et remonté, une opération qui prend de 4 à 5 jours. Le très grand entretien (toutes les 600 heures) ne se fait pas sur place mais en Belgique, sur la base de Beauvechain. Mais il n’y a pas trop d’inquiétude, la moyenne de vol est de 50 heures par mois. Hormis les temps d’intervention, les pilotes doivent continuer à voler et s’entrainer. « Nous avons un syllabus d’entrainement pour les pilotes » sinon ils perdent certaines qualifications…

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La garde nationale malienne formée au renseignement tactique

(BRUXELLES2) 35 membres de la Garde nationale malienne viennent de terminer un stage sur le renseignement tactique. Durant six semaines, ils ont bénéficié d’une formation dispensée par trois cadres de l’équipe audit-conseil de la mission européenne EUTM Mali (deux Français et un Roumain).

Ils se sont vus remettre un diplôme fin 26 avril. Une cérémonie de remise de diplôme qui s’est déroulée sous l’oeil attentif du colonel-major malien Fane, le chef d’Etat-major de l’Armée de Terre malienne, et du colonel italien Di Sarra, adjoint au commandant de l’EUTM Mali. On reconnaitra sur la photo la célèbre ancre de l’infanterie de marine…

Cette formation s’inscrit dans le cadre audit-conseil de la mission EUTM Mali, permettant de donner aux différentes structures des forces armées des formations “rush”. Elle permet de compléter ainsi l’action plus longue de restructuration de l’armée malienne avec entraînement et formation de nouveaux bataillons, initiée au camp de Koulikoro. Ce stage de renseignement tactique s’est décliné en trois phases, précise-t-on à EUTM Mali. La première, d’une durée de deux semaines, était axée sur les savoir-faire individuels. La deuxième phase était consacrée à l’organisation du travail et la conduite du cycle de renseignement, et ce, durant trois semaines. Enfin, un contrôle continu a rythmé les derniers jours.

La Garde nationale est une force militaire mixte. Dépendante du ministère de la Défense, elle est mise à disposition du ministère de la Sécurité et chargée du maintien de l’ordre territorial mais aussi, et surtout, de surveillance aux frontières. Elle est l’héritière des Cercles territoriaux et des Gardes-goumiers. Ces derniers étaient recrutés en grande partie chez les nomades utilisant pour se déplacer le « Méhan » ou chameau. Elle devrait être une des premières forces maliennes, déployées dans le nord du pays, pour y assurer le rétablissement de l’autorité de l’Etat. Son rééquipement (en chameaux, véhicules, dispositifs de transmission…) est en cours, financé en grande partie par l’Union européenne au titre de l’Instrument de stabilité “short terme”.

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Premier exercice “terrain” pour l’unité polonaise de formation logistique à EUTM Mali

(Crédit : Ministère polonais de la Défense / A. Krykowski)

(BRUXELLES2) Pour les instructeurs polonais détachés à EUTM Mali, chargés de l’instruction logistique des soldats maliens du bataillon Waraba, c’était le premier exercice “terrain”, samedi (4 mai). L’objectif était triple : conduite en convoi, attitude face à l’attaque du convoi et à la possibilité d’engin explosif et conduite en milieu naturel (urbain).

Les véhicules ne se sont pas en effet contentés de faire l’exercice dans le terrain de manoeuvre situé au-dessus du camp de Koulikoro, ils ont roulé dans les villages locaux, les routes de gravier… voire des zones totalement dépourvues de routes. « La route et l’exercice ont été planifiés de manière à permettre à chaque conducteur de conduire dans des situations différentes » explique un des militaires de l’équipe polonaise, Krzytsztof Kanowski. « Une reconnaissance judicieuse est nécessaire avant ces leçons » ajoute-t-il. Le contact avec la population a été apprécié par les soldats. « Les gens nous informaient sur les routes qui étaient impraticables ou qui étaient fermées à cause des réparations » raconte un des soldats.

L’exercice clôturait une première semaine de formation bien chargée. « Nous avons dû concilier le travail régulier de la compagnie de logistique travaillent pour le bataillon malien avec le processus de formation qui se chevauchait souvent avec d’autres tâches importantes comme le transport d’équipement, la réception des nouveaux véhicules maliens ou la distribution d’armes aux unités », précise Waldemar Szczpeanski.

Au menu, cette semaine : des cours de lutte contre l’incendie. A suivre !

NB : le continent polonais est formé de 20 militaires. Une équipe de 10 formateurs pour la logistique, une équipe de 4 militaires du génie (pour la formation anti-IED – engins explosifs improvisés), un officier et un sous officier dans l’équipe de direction des formateurs de Koulikoro, et une équipe de 4 militaires à Bamako pour le chargement et le déchargement aérien (joint transit team).

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Un sixième soldat français tué au Mali

(Crédits: EMA / Armée de Terre)

(BRUXELLES2) Le bilan humain de l’opération Serval au Mali s’est alourdi avec la mort d’un 6ème soldat français dans « l‘extrême nord » du pays. Le soldat décédé est le caporal-chef Stéphane Duval, du 1er régiment parachutiste d’infanterie de Marine de Bayonne (1er RPIMa).

Les faits se sont déroulés près de la frontière algérienne, « dans le nord-est du pays entre Tin Zouaten et Boughessa » ce lundi 29 avril dans l’après-midi lors d’une «opération de reconnaissance et de fouille conduite par les forces spéciales ». Le véhicule léger de type VPS a « sauté sur un engin explosif », selon la version officielle, ce qui a provoqué la mort du caporal-chef et a blessé « 2 autres soldats sérieusement ». Ceux-ci ont été évacués sur « l’antenne chirurgicale aérotransportable (ACA) de Tessalit » mais dont les pronostics vitaux ne sont pas engagés.

Cette perte rappelle que malgré le début du retrait, de violents combats se poursuivent dans le nord du pays où le but des forces spéciales est de « rechercher et de détruire les groupes terroristes qui s’y trouveraient encore ».

 

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Une nouvelle génération de forces pour EUTM Mali

Véhicules de force protection tchèques devant le QG d’EUTM à Bamako (© NGV / B2)

(BRUXELLES2, exclusif) Une nouvelle conférence de génération de forces doit avoir lieu la semaine prochaine à Bruxelles afin de pourvoir aux effectifs de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali) à partir de juillet. Pour cette prochaine rotation, chacun est prudemment « optimiste ». Car des solutions sont en passe d’être trouvées pour les deux éléments – force protection et soutien médical -, qui avaient “bloqué” lors de la première génération de force.

Force protection : des solutions

La “force protection” devrait continuer d’être assurée à Bamako par les paras tchèques A Koulikoro, les Français devraient se retirer, remplacés par les Espagnols – qui viennent d’arriver et devraient encore être renforcés – et des Belges qui devraient arriver fin juin. Une décision de principe a déjà été prise à Bruxelles en kern (conseil des ministres restreint) fin mars. Elle doit être encore avalisée par un Conseil des ministres. Le coût étant évalué (selon nos informations) entre 2,1 millions d’euros (net) et 3,5 millions d’euros (brut).

Soutien médical : on ne change pas une équipe qui gagne

Pour le soutien médical, il n’y a pas de souci apparemment. L’hôpital de campagne (Rôle 2) allemand installé à Koulikoro est là pour 12 mois. Et pour la capacité d’évacuation médicale (Medevac), les hélicoptères Belges devraient continuer leur mission après juin. « La prolongation est quasi-automatique » sauf avis contraire a indiqué un spécialiste du dossier à B2.

Formateurs : des offres

Quant aux formateurs, il y a plutôt « plus d’offres que de postes » a confié à B2 un officier. Plusieurs pays ont ainsi exprimé leur volonté soit de renouveler leur contribution, soit d’apporter une nouvelle contribution. Ainsi les Tchèques, outre leur participation à la “force protection” ont indiqué vouloir fournir des instructeurs (spécialisés).

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Mali : jouer l’effet de surprise (général Saint-Quentin)

(BRUXELLES2 – suite du reportage à Bamako) Avant de reprendre l’avion, quand l’atmosphère devient un peu moins pesante et que l’emploi du temps officiel s’allège, j’ai le temps, la chance, de pouvoir rencontrer le général Saint-Quentin qui commande l’opération Serval. De longues minutes d’entretien pour reprendre l’ensemble de la tactique suivie par les militaires français contre les rebelles.

Le sens de l’initiative

Le général revient sur l’offensive des groupes rebelles début janvier « Ils avaient massé des troupes. C’était bien une armée, agissant sur deux fuseaux, bien coordonnées. Ils avaient des moyens, une organisation militaire, des soutiens logistiques, de santé. Tout cela était pensé et coordonné. Ansar Dine sur le fuseau Est vers Mopti et Sévaré et AQMI qui prend le fuseau Ouest vers Djibali. » Mais, lors de la contre-offensive française, entamée le 11 janvier « On a vraiment eu l’initiative. Ils ont « été surpris, totalement surpris. Ils ont reflué, pas automatiquement en désordre. Mais (ce faisant) ils ont offert des points de vulnérabilité à nos frappes».

NB : nombre de pickups des rebelles qui évoluaient en colonne ont été détruits, au départ, par les frappes aériennes. Les rebelles ont alors « changé de stratégie », explique un officier en évoluant de manière plus dispersées. Mais certains ont abandonné les véhicules. Plusieurs d’entre eux ont ainsi été retrouvés, dans la région de Gao, abandonnés avec le plein d’essence. Signe d’une fuite en désordre

Un effet de surprise, pour tous…

Lors de la reconquête de Gao et Tombouctou, les forces françaises ont « fait une manœuvre très rapide pour essayer de les saisir. Mais ils avaient déjà reflué. Ils ne se sont pas battus dans les villes. » Ensuite « on a continué sur le même tempo ». Avec toujours le même souci : « maintenir la pression et la désorganisation » chez l’adversaire. Les Français ont ainsi « atteint Tessalit près d’un mois après l’offensive, le 9 février ». « L’effet de surprise a été aussi pour nous. On n’avait pas de plan, on ne jouait pas un plan. » Alors que sur une campagne, on planifie sur deux ou trois mois et sur une planification de théâtre c’est à un mois, ici « on a planifié semaine par semaine ». Avec toujours une hypothèque : où l’ennemi va vous attendre ?

Le sanctuaire des Adrars

Arrivé à Tessalit, « on a eu un certain nombre d’informations qu’ils étaient dans l’Adrar des Ifoghas ». Cette région « offre l’avantage d’être aisément fortifiable. C’est un sanctuaire. Et on peut y vivre toute l’année car il y a de l’eau. » La question était alors de savoir si les rebelles livreraient combat ou fuiraient ? Finalement, c’est la première option qu’ils choisiront. Il semble cependant qu’un certain nombre de chefs ont laissé leurs équipes et sont reparties plus au nord, vers la Libye via le Niger ou l’Algérie. La question du pourquoi de cette tactique est encore posée. « N’avaient-ils pas d’autre position de repli ? Voulaient-ils défendre un mythe, un sanctuaire où la souveraineté malienne ne s’était pas exercé depuis les premières rebellions touaregs. Ou ont-ils sous estimé la détermination de la France à démonter l’organisation ? » Peut-être un peu des trois. Il faut aussi voir qu’il y avait incontestablement une « certaine désorganisation » dans les rangs des rebelles. « Ils ont été secoués ».  Les Français ont mené un certain nombre de raids aériens. « En retraite permanente, vous n’avez pas trop de temps de faire de la pensée stratégique. »

Un combat pied à pied dans le sanctuaire

Les rebelles (les “terroristes” selon le général) se sont défendus pied à pied. Ils s’étaient organisés pour cela avec postes de gardes avancés, réserves d’alimentation, infirmerie de campagne… Les combats dans l’Adrar ont été « une véritable bataille. Des adversaires comme on n’a pas rencontré en Afghanistan. Ils avaient une détermination totale, ne se rendaient pas. (…) Plusieurs des combattants avaient même une veste suicide. Ils combattent tant qu’il y a des munitions. » Et quand ils n’en ont plus et que l’adversaire est proche, ils s’explosent. Une sorte de parachute de la mort. « Il y a eu peu de prisonniers ». 15 environ, « remis aux autorités maliennes ». Quant aux pertes, le général se veut discret renvoyant sur les chiffres officiels du ministère. On parle ainsi d’environ 500 morts. « Dès qu’ils peuvent, ils récupèrent leurs morts. »

(*) Ce point a été confirmé à B2 par des officiers revenant du nord. « Les soldats étaient très proches l’un de l’autre. La moyenne des combats était à 70 mètres ».

Le danger : la bunkerisation

Le risque maintenant au Mali est l’endormissement et la bunkerisation. « En tactique militaire, vous ne tenez jamais une position avec un fort. Si on tient une position, il faut être mobile, faire des patrouilles. Il ne faut jamais se bunkeriser. Il faut continuer à être actif. Ne serait-ce que pour sécuriser la population. » « Ce n’est pas un théâtre installé comme en Afghanistan. Il y a une dynamique d’action. On ne tombe pas dans la routine. Certains militaires ont fait 3000 km d’affilée. Il ne peut pas y avoir de routine à ce rythme. (…) Tout le monde a conscience qu’il y a dynamique positive et qu’il faut l’exploiter. Il n’est pas de raison du tout de mettre le bémol sur les opérations. »

Comparer avec l’Afghanistan – comme certains commentateurs l’ont fait – est totalement erroné pour le général. « C’est extrêmement différent. L’Afghanistan a été 30 ans en guerre, d’abord contre les Russes puis entre eux avec des canons, des chars d’assaut. Ici, nous avons affaire à des combattants venus de l’étranger. Il est difficile de comparer le terrain, difficile de comparer la stratégie.

Le sort des prisonniers

Quand il y a des prisonniers, ils sont « soit transférés vers les autorités maliennes sous contrôle du CICR ou ce sont les Maliens qui s’en chargent » directement. C’est le traité SOFA stipule le traitement des prisonniers, et les modalités de transfert.

Le soutien des alliés : appréciable

Il était « difficile de faire autrement » qu’une opération en solo de la France. « On n’avait pas besoin d’unités combattantes. Pour le transport, c’était nécessaire. » « Le président a pris la décision tout seul en quelques heures, quand le Mali avait demandé l’aide. Mais « on ne s’est pas senti seul » explique le général. Le soutien des alliés a été « appréciable ». Un tiers des vols stratégiques a ainsi été fait par les C17 canadiens, américains et britannique, le restant par les avions ukrainiens ou russes affrétés par la France (dans le cadre du contrat Salis notamment). Et au niveau tactique, les alliés belges notamment ont été appréciés. Outre le transport. il y a « des échanges d’informations » avec les alliés, notamment britanniques. Un « partage effectué en permanence ».

Le relais a déjà commencé : les Africains “font le maximum pour aller de l’avant”

Le général se montre « assez confiant sur la façon dont le relais avec les forces africaines va être assuré » et « plutôt optimiste ». Il a ainsi un autre avis que ses collègues du Pentagone sur les contingents déjà présents. « Si on juge les gens sur standards occidentaux, on peut être pessimistes. Il ne faut pas avoir un œil trop rigoureux, occidental ou jusqu’au-boutiste. » Et de rappeler que l’on avait prévu au départ environ 3000 hommes en disant qu’ils “ne seraient pas prêts en septembre”. Il y en a « plus du double aujourd’hui ». Et ils se déploient. Le relais est ainsi assuré à Gao et à Tombouctou (avec le bataillon burkinabais). « Il faut voir que ce sont des armées qui, avec peu de moyens, font le maximum pour aller de l’avant, se déployer vite, jouer leur rôle dans la stabilisation. » « Toute l’énergie doit être mobilisée pour les soutenir, les accompagner dans cette mission et combler les lacunes qu’ils ont, par exemple en les aidant au plan logistique et de transport », ce qui la « principale difficulté aujourd’hui ».

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