Libye

Alain Juppé (MinDéf français) reprend le flambeau du devoir d’ingérence face à Kadhafi

Alain Juppé était sur France-Inter ce matin. Le ministre français de la Défense n’a pas mâché ses mots sur Kadhafi. Il n’a pas dit : « dégage ! ». Mais le coeur y était. Le ministre de la Défense (qui exerce de plus en plus les fonctions de ministre des Affaires étrangères bis) indique aussi que toutes les sanctions doivent être envisagées y compris la Cour pénale internationale « pour les criminels », l’interruption des contrats de pétrole ou l’établissement d’une no fly zone. Quant aux évacuations, elles sont en cours et la France peut être disponible. Mais l’essentiel de son message était ailleurs, faire de la calinothérapie pour diplomates français. Voici quelques extraits que j’ai « scriptés » de son intervention.

NB : Vous ne verrez rien sur l’Europe de la défense… Je n’ai rien entendu. Pas un mot !

Que Kadhafi parte

« Je souhaite de tout cœur que Kadhafi vive ses derniers moments de chef d’État. Ce qu’il a fait, ce qu’il a décidé de faire, c’est-à-dire tirer à l’arme lourde sur sa population, est naturellement inacceptable. »

Un devoir d’ingérence

« On a parlé de la non ingérence dans les affaires des pays à travers la planète. Mais il y a un autre devoir qui a été très clairement adopté par les Nations-Unies. C’est la responsabilité de protéger. Lorsqu’un gouvernement n’est pas capable de protéger sa population et qu’il l’agresse, alors la communauté internationale a le devoir d’intervenir

Il y a une Cour pénale internationale pour les criminels

« On est en train de travailler aux sanctions financières, commerciales, politiques. Il y a aussi une Cour pénale internationale. Et les criminels relèvent de cette Cour pénale internationale. »

Pas d’intervention militaire : mais une « no fly zone » pourquoi pas

Parmi les options en cours, Alain Juppé est très clair, il n’y a pas d’option militaire. « Il n’y a pas d’intervention militaire en Libye. Mais le durcissement des sanctions de tout ordre mérite d’être étudié, en particulier l’option de l’exclusion aérienne » (la proposition de Robert Gates de « no fly zone »). Concernant la possibilité d’interdire les achats de pétrole à la Libye, il explique c’est une option « je la soutiendrais ». Concrètement il n’indique pas comment cette no fly zone peut être mise en place. La France ne peut s’y coller « toute seule ». Il faut la travailler « en commun avec les Etats-Unis » estime-t-il.

Le point sur les évacuations

Les évacuations des ressortissants sont en cours : environ « 500 à 550 personnes, des Français mais aussi des Européens ont déjà été rapatriés. Il en reste encore environ 200 ». La France « est disponible, si nécessaire, pour mettre plus de moyens ».Mais c’est dit sans grand enthousiasme…

Un peu de calins pour les diplomates français

Le principal motif de l’intervention d’Alain Juppé sur les antennes était cependant centré sur une réponse à la mise en cause retentissante (dans un article cosigné dans le Monde *) par plusieurs diplomates (le groupe « Marly ») de la façon dont le gouvernement. Il donne un petit coup de menton en direction de sa consoeur MAM : « ne confondons pas les maladresses de telle ou telle personnalité politique et le fonctionnement de notre diplomatie ». Puis tresse quelques compliments. Effectivement « Il y a un malaise chez les diplomates » reconnait le ministre… de la Défense qui estime donc utile de « leur redire que le pouvoir politique a confiance en eux, qu’ils font bien leur travail. »

… et quelques coups de canifs

Mais avec Alain Juppé, un câlin vient rarement seul, les coups de canifs suivent : « Il y en a des bons, des moins bons (diplomates ?). Ils sont parfois dans des circonstances difficiles. Certains n’ont pas vu venir ce qui s’est passé. Mais on ne peut pas leur reprocher : qui l’a vu venir ? » « Il y aussi parfois de temps en temps un peu de corporatisme. C’est vrai qu’on ne leur a pas manifesté la considération à laquelle ils ont droit. Il y a un peu d’énervement. Ca passera. »

NB : l’interview sur le site de France-Inter

(*) Lire : « La voix de la France a disparu dans le monde » – LeMonde.fr

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La coordination européenne pour l’évacuation de Libye se met en place

Le mécanisme d’information de la protection civile (MIC) a été mis en alerte pour soutenir l’effort d’évacuation des citoyens européens de Libye. Ce dispositif devrait permettre d’identifier et faciliter les moyens d’évacuation, y compris par mer, autour de Benghazi et d’autres parties de la Libye, précise la Commission dans un communiqué.  « Des milliers de citoyens de l’UE éprouvent des difficultés pour partir de Libye dans ces circonstances extrêmement difficiles – a affirmé Kristalina Georgieva, commissaire chargé de la Réponse de crises -. Il est de notre devoir d’être à la hauteur de ce défi et tout faire pour faciliter les évacuations ».

Coté militaire, c’est l’Etat-Major militaire de l’UE (EMUE) qui assure le recensement des moyens disponibles et la jonction, en liaison notamment avec le groupement européen aérien (EATC) basé à Eindhoven coordonne déjà les évacuations aériennes pour les 4 pays qui en sont membres (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique). Ainsi il a assuré l’OpCon (le contrôle opérationnel) de 5 appareils envoyés ces derniers jours à Tripoli (les 2 Transall allemands, l’A340 et l’A310 français, le KDC10 néerlandais), selon les informations reçues à Bruxelles2.

Au service diplomatique européen (SEAE), Le SitCen, le centre de renseignement de l’Union européenne, qui a en charge la protection consulaire, est également mobilisé. Et c’est le directeur du département « réponse de crises », Agostino Miozzo, bien connu des lecteurs de ce blog, qui assure la coordination des moyens engagés.

Enfin, sur place, à Tripoli, c’est l’ambassadeur hongrois qui organise la coordination, au jour le jour, dans des conditions particulièrement difficiles, d’après les dernières informations (*). Une réunion des principaux responsables consulaires s’est ainsi tenue, aujourd’hui, à Tripoli ce mercredi (23 février).

Commentaire : il est remarquable de penser que le système mis en place lors du séisme en Haiti avec une cellule spéciale EUCO n’ait pas été réitéré, cette fois-ci, pour structurer et renforcer la coordination entre tous ces acteurs européens. Il y a là une espèce de vide qu’il importe de remplir rapidement. Une décision pourrait être prise en ce sens, prochainement. Si la coordination au niveau européen est, pour l’instant, peu visible, elle pourrait prendre de l’importance pour répondre à des demandes de pays « dépourvus » comme le Bangladesh, le Népal ou le Sri Lanka qui ont demandé l’assistance internationale, notamment via l’OIM (Organisation internationale des migrations).

(*) Précisons que l’information qui a circulé sur internet que des « mercenaires » avaient pris position sur les toits de l’ambassade de Hongrie a été démentie formellement, selon les informations que j’ai pu recueillir sur place.
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Sanctions contre la Libye : attendons encore un peu, disent les 27

Les 27 ambassadeurs de l’UE, réunis au Comité politique et de sécurité (COPS), n’ont pu s’entendre, aujourd’hui, sur une palette de sanctions à appliquer envers la Libye, ainsi que nous l’avions annoncé (lire ici).

Le blocage italien s’effrite à l’épreuve du temps

Des positions pas tout à fait unanimes

Malgré la volonté de certains pays (Allemagne, nordiques, et dans une moindre mesure France) d’aboutir rapidement à des sanctions, les pays les plus proches de la Libye (Italie en premier lieu, Malte également, …) ont recommandé d’être très prudents et de bien peser les sanctions. « Il y a cependant une évolution indiscutable de la position italienne » précise un diplomate bon connaisseur des mécanismes de décisions européennes. « Au début de la crise, ils ne voulaient entendre parler de rien » au nom de la vieille amitié italo-libyenne, et du tropisme berlusconien pour les régimes autoritaires. « Aujourd’hui ils ne sont plus hostiles mais préfèrent bien évaluer la situation ». Autrement dit « donner une chance aux leaders libyens de trouver une solution ».

Une relève en cours en Libye

De fait, même si personne ne le dit publiquement, les responsables européens espèrent que les pressions diplomatiques déjà engagées vont faire craquer le dirigeant libyen. Même si les signaux en provenance de Tripoli sont contradictoires, il semble que Kadhafi soit de plus en plus isolé et réduit aux mesures extrêmes pour se maintenir au pouvoir. La prise de pouvoir par les insurgés d’une partie du territoire, les défections dans l’armée, du ministre de l’Intérieur … laissent penser qu’une « relève est en cours en Libye« . Les journées qui viennent vont être décisives.

Des « mesures à l’étude »

Les 27 se sont juste dits prêts à étudier des « mesures supplémentaires » (outre la suspension des négociations avec la Libye d’un accord cadre commercial). Une large palette de sanctions est possible : gel des avoirs, interdiction de visas pour les dirigeants libyens ou ceux coupables d’actes contraires au droit international, gel des relations économiques et financières… Mais celles-ci prennent un peu de temps.

Une réunion de crise à Budapest

La situation reste suivie de près. Et les ambassadeurs du COPS restent mobilisés. Une « réunion de crise pourrait se tenir à Budapest si nécessaire », a précisé un haut responsable européen. Les ambassadeurs du COPS – c’est une tradition – assistent en effet à la réunion informelle des ministres de la Défense qui se tient à Budapest, jeudi et vendredi. Et il est « donc possible de tenir une réunion d’urgence, sans préavis, car tout le monde est sous la main » m’a précisé un diplomate spécialiste de ces questions.

Une déclaration européenne a minima

Faute de mieux, les 27 se sont donc accordé sur une nouvelle déclaration, a minima, qui rappelle les précédentes  : graves préoccupations, condamnation de la violence « inacceptable », appel à l’ouverture d’un dialogue et à la levée des restrictions à la liberté d’expression, y compris d’internet, etc…Trois éléments nouveaux ont fait leur apparition.

Accès humanitaire. L’UE a appelé les autorités libyennes à permettre « un accès immédiat pour les agences humanitaires et les observateurs des droits de l’homme. L’Union européenne est prête à fournir une aide humanitaire supplémentaire si nécessaire. »

Sécurité des étrangers. Elle a aussi demandé aux autorités libyennes d’«assurer la sécurité de tous les étrangers et de faciliter leur départ pour ceux qui veulent quitter le pays ». Mots qui sont nouveaux et traduisent l’inquiétude croissante dans les capitales.

Enquête indépendante. Enfin, les 27 ont rappelé que ceux qui sont « responsables des agressions brutales et des violences contre les civils pourront être tenus de rendre compte (held to account). » Ils soutiennent ainsi l’appel du Conseil de sécurité des Nations-Unies à une « enquête indépendante, crédible et transparente sur les évènements« .

Nb : toute ressemblance avec des évènements antérieurs, notamment en Yougoslavie, est évidemment totalement fortuite :-)

Petit cafouillage européen sur la suspension de la vente d’armes

Les portes-paroles de Cathy Ashton et de la Commission européenne se concertent, 23 février 2011 (crédit : Commission européenne /EBS)

Apparemment le porte-parole de Cathy Ashton a affirmé, un peu rapidement lors du briefing à midi, que « toutes les licences d’exportations d’armes des pays concernés ont été suspendues ». Le porte-parole de la Commission, Olivier Bailly (chargé des opérations « search and rescue » pour porte-paroles en difficulté) a ajouté à la confusion en affirmant, que « sur cette question sensible qui est à la fois une compétence communautaire, et des Etats membres, (il est nécessaire) de faire le point » promettant de donner plus d’informations aux journalistes… Nous attendons toujours !

Cette affirmation a été démentie par plusieurs diplomates européens, au fait du dossier, qui ont expliqué que si des décisions étaient prises par certains Etats membres de suspendre les ventes d’armes, aucune décision convergente n’avait encore été prise.

Vers un embargo sur les armes ?

Ce qui pourrait, en revanche, se préparer est un embargo sur les armes. Même si aucun des protagonistes, les diverses informations qui nous parviennent — rassemblement d’une flotte de guerre, au large de la Libye, mobilisation de moyens aériens et maritimes de brouillage des communications… — laissent à penser qu’un dispositif semblable à celui déployé par une coalition internationale, dont l’UEO, au large de l’Irak, en 1990 (opération Artimon) et par l’OTAN et l’UEO au large de la Yougoslavie en 1993 (opération Sharp Guard). Le tout devrait être opérationnel d’ici 48 heures environ.

Lire également :

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Livraison d’armes à la Libye : Qui a livré quoi ?

Le ministre de la Défense italien au salon des armements Idex 2011 à Abu Dhabi (Crédit : ministère IT de la Défense)

Qui a livré quoi ? La réponse est : 14 des 27 Etats membres de l’Union européenne ont exporté des armes vers la Libye en 2009, selon les chiffres du dernier rapport publié par l’Union européenne.

Au total, 283 licences ont ainsi été délivrées aux exportateurs européens pour un montant estimé de 343,7 millions d’euros (si on prend la valeur des licences) ou de 173,9 millions d’euros (si on prend la valeur des armes). C’est ce dernier chiffre qu’il faut prendre en compte. A signaler que 7 licences d’exportation ont été refusées.

Le champion toutes catégories est… Malte avec près de 80 millions d’euros en armes de petits calibres, suivi de l’Allemagne (53 millions), l’Italie et la France (44 millions chacun, le Royaume-Uni (25 millions).

En matière d’équipements, les deux pays à avoir fourni quasiment toute la palette d’équipements militaires recensés dans le catalogue européen (qui comprend 22 rubriques) sont le Royaume-Uni, en premier lieu, suivi de la France, fournissant notamment les agents chimiques « anti-émeutes ».

Nb : on prend ici en compte les exportations « légales ».

Détails

Allemagne (9 licences) : 53,15 millions d’euros = armes de petit calibre inférieur à 20mm ; torpilles, roquettes, missiles ; véhicules terrestres ; matériel électronique divers ; équipements de blindage (casques, vêtements, tôles…) ; systèmes d’armes à énergie dirigée (lasers…) ; autres matériels de technologie.

Autriche (1 licence) : 0,002 millions d’euros (2.476 euros) (armes de petit calibre inférieur à 20mm

Belgique (11 licences) : 22,3 millions d’euros = armes de petit calibre inférieur à 20mm ; matériel de fabrication et d’essai ;

Bulgarie (1 licence) : 3,7 millions d’euros = munitions et dispositifs de réglage de fusées

France (58 licences) : 44,35 millions d’euros = armes de petit calibre inférieur à 20mm ; torpilles, roquettes, missiles ; matériel de conduite de tirs et matériel d’alerte ; véhicules terrestres ; agents chimiques ou biologiques toxiques, notamment les agents anti-émeutes (pour 476.000 euros) ; aéronefs, drones et moteurs d’avions ; matériel électronique divers ; équipements de blindage (casques, vêtements, tôles…) ; matériels d’imagerie (infrarouge, radar…) ; matériel de fabrication et d’essai ; autres matériels de technologie.

Espagne (2 licences) : X euros = aéronefs, drones et moteurs d’avions.

Grèce (1 licence) : 0,03 millions d’euros (33.555 euros) = véhicules terrestres.

Italie (10 licences) : 44,7 millions d’euros (valeur des licences = 111,80 millions d’euros) = armes de petit calibre inférieur à 20mm ; torpilles, roquettes, missiles ; aéronefs, drones et moteurs d’avions ; matériel électronique divers ; équipements de blindage (casques, vêtements, tôles…) ; matériels d’imagerie (infrarouge, radar…).

Lettonie (1 licence) : 0,2 million d’euros (254.000 euros) = aéronefs, drones et moteurs d’avions.

Malte (4 licences) : 79,69 millions d’euros = armes de petit calibre inférieur à 20mm.

Pologne (2 licences) : 2,0 millions d’euros = aéronefs, drones et moteurs d’avions.

Portugal (44 licences) : 4,6 millions d’euros = aéronefs, drones et moteurs d’avions.

Slovénie (1 licence) : 0,2 million d’euros (274.000 euros) = aéronefs, drones et moteurs d’avions.

UK Royaume-Uni (138 licences) : 25,5 millions d’euros = armes de petit calibre inférieur à 20mm, munitions et dispositifs de réglage de fusées ; torpilles, roquettes, missiles ; matériel de conduite de tirs et matériel d’alerte ; véhicules terrestres ; agents chimiques ou biologiques toxiques, notamment les agents anti-émeutes (pour 210.700 euros) ; aéronefs, drones et moteurs d’avions ; matériel électronique divers ; équipements de blindage (casques, vêtements, tôles…) ; matériel d’entrainements (ex. simulateurs) ; matériels d’imagerie (infrarouge, radar…) ; logiciels à usage militaire (Command & Control, contrôle d’armes…) ; autres matériels de technologie.

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Sanctions contre la Libye : les 27 peinent à trouver un accord

Le comité politique et de sécurité (COPS) a entamé, cet après-midi, l’examen du point « Libye » qui a été rajouté à son ordre du jour. Il doit notamment examiner la question des sanctions. Mais les Etats membres ne sont pas tous en accord sur la nature des sanctions comme sur leur ampleur. L’Allemagne par la voie de sa chancelière, Angela Merkel, a indiqué qu’elle pousserait aux sanctions « si le gouvernement libyen continue de recourir aux violences contre son peuple« .

Du coté de la Commission européenne, on ne veut pas présager des décisions à venir. Mais le porte-parole de la Commission a averti, entre les lignes, la Libye d’une possible fermeture du robinet de gaz. « Chacun doit bien vérifier les conséquences » de ces actes, a-t-il expliqué de façon sybilline. L’Europe en prenant des sanctions, la Libye en maintenant son attitude. Il a cependant précisé à l’adresse du dirigeant libyen : « 55% du revenu libyen provient des livraisons de gaz à l’Europe ».

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Au large de la Libye, les navires de guerre convergent (maj4)

(dernière mise à jour, vendredi 18h)

Le Hms Cumberland de retour du Golfe d'Aden (après avoir passé le relais à l'Iron Duke) va être positionné au large de la Libye (crédit : Royal Navy)

Tandis que l’évacuation des citoyens européens et autres ressortissants étrangers en Libye s’accélère (1), différents moyens maritimes convergent dans la région, officiellement pour assurer la protection des évacuations en cours (tous les pays) ou prévenir toute immigration illégale (Italie). J’ai recensé une dizaine de navires (tous membres de l’OTAN) qui ont reçu leur ordre de route ou sont déjà sur place fournis par une dizaine de pays : Italie, Turquie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Grèce, Allemagne, France Sans compter la Corée du sud, la Chine et l’Inde.

Frégates, destroyers, navire d’écoute et de soutien… S’il est trop hâtif de parler d’opération, cela ressemble étrangement à un prépositionnement de moyens, ou au moins à un « show of force » comme on dit dans l’aviation. A suivre de près ! C’est peut-être le début de la fin pour le dirigeant libyen.

C’est aussi symbolique d’une prise de conscience, un peu tardive pour certains pays (France, Italie notamment), de la nécessité de procéder à une évacuation rapide des ressortissants nationaux du territoire libyen, ainsi que d’une évolution des états d’esprit (somme toute, rapide dans une diplomatie internationale, toujours rétive à des évolutions brusques) face à la dureté du régime libyen.

Les moyens mobilisés

Italie : Un navire d’écoute électronique, INS Elettra (A-5340) a été dépêché dans la zone. Et un second navire, le destroyer lance-missiles Francesco Mimbelli (D-561), avec un équipage de 350 personnes, va être envoyé. Deux corvettes de la Marine, le « Chimera » (F-556) et « Phoenix », patrouillent déjà dans le détroit de Sicile, dans le cadre de l’opération européenne « Hermes » de Frontex, pour prévenir l’immigration illégale.

Pays-Bas : Le Hr Ms Tromp (F-803), qui faisait route vers les eaux somaliennes pour participer à l’opération anti-piraterie de l’OTAN (Ocean Shield), a reçu l’ordre de rebrousser chemin ; il était alor dan la mer rouge et va devoir repasser le Canal de Suez. Il est attendu pour vendredi (25 février) au large des eaux libyennes. Le Hr. Mr De Ruyter, actuel navire amiral d’Ocean Shield, va donc rester plus longtemps en opération.

Royaume-Uni : La frégate HMS Cumberland (F-85), qui revient de mission en mer d’Arabie (notamment protection du terminal pétrolier irakien de Al Basra) et dans le Golfe d’Aden (anti-piraterie pour la coalition internationale CMF, sous direction des Américains) a reçu l’ordre de faire route vers les « eaux internationales de la Libye« , pour se tenir prête « à venir en aide aux Britanniques si nécessaire« . Ce sera son ultime mission… Elle doit rentrer, en effet, dans son port d’attache à Devonport pour être désarmé. Le HMS York (F-), qui était en route vers les Iles Falkland à partir de Gibraltar, avait été placé en alerte depuis quelques jours, a été dérouté vendredi. Et reçu l’ordre de se diriger vers les côtes de Libye.

Turquie : une frégate, le TCG Gelibolu (F-493) et un navire ravitailleur, ainsi que le ferry TCG Iskenderun (A-1600).

Grèce : la frégate Psara (F-54) est partie de Crète, le jeudi 24 février.

Allemagne : la marine allemande envoie 3 navires dans la zone, les frégates Brandenburg (F-215) et Rheinland-Pfalz (F-209) ainsi que le navire de soutien et ravitailleur Berlin (A-1411). A bord 600 militaires et marins. NB : trois autres navires semblent en alerte, dans la zone, participant à une manoeuvre de l’OTAN.

Foto: Imago // Deutsche Marine sendet Kriegsschiffe nach Libyen

la frégate Brandenbourg (crédit : Bundeswehr)

France : 3 navires sont à disposition de l’Union européenne pour l’évacuation. Lire : Conflit en Libye : le BPC Mistral et 2 frégates à disposition de l’UE

Un exercice (programmé) de l’OTAN doit démarrer ces jours-ci au large de l’Espagne (Almeria), rassemblant une vingtaine de navires, 4 sous-marins et 4 avions, sous le commandement du navire espagnol SPS Castilla, coordonné par le QG maritime de l ‘OTAN à Northwood  (Royaume-Uni). Les moyens sont fournis par une dizaine de pays, essentiellement l’Espagne et l’Allemagne, mais aussi la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas, la Norvège, la France (la frégate FNS Tourville et le sous marin nucléaire Saphir et un avion de patrouille maritime), les Etats-Unis (P3 Orion).

Autres pays

Corée du Sud : la Corée du Sud a décidé, jeudi 24 février, d’envoyer au large de la Libye un destroyer de 4500 tonnes, le Choi Young (DDH 981), actuellement stationné dans les eaux somaliennes, dans la lutte anti-pirates, pour évacuer ses nationaux.

Inde : le gouvernement indien a annoncé, vendredi 25 février, avoir l’intention d’envoyer 3 navires de guerre, dont le navire amphibie INS Jalashwa (Nb : l’Inde a environ 18.000 ressortissants en Libye).

Chine : le gouvernement chinois a décidé d’envoyer le Xuzhou, une frégate lance-missiles de Type 054 Jiangkai-II, pris sur le contingent anti-piraterie.

NB : Nombre de ces navires ne sont pas des inconnus des lecteurs fidèles de ce blog : ils participent, ou ont déjà participé aux opérations anti-piraterie de l’Union européenne ou d’autres forces multinationales (OTAN « ocean shield » ou CTF 151) déployées dans l’Océan indien et le Golfe d’Aden depuis plus de deux ans. Certains d’entre eux ont d’ailleurs été prélevés sur les effectifs déployés dans l’Océan indien.

(1) Lire également :

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L’évacuation des Européens de Libye, l’opération s’accélère (maj4)

L’évacuation des Européens de Libye s’accélère. Le temps n’est plus à tergiverser et aux messages rassurants. Après l’Autriche, le Portugal et la Grèce qui ont été les premiers mobilisés, plusieurs pays européens ont décidé désormais d’employer les grands moyens et d’envoyer des moyens militaires pour épauler les moyens civils utilisés, voire des navires.

La situation est difficile. Selon les informations italiennes, reçues mardi (22 février), l’aéroport de Benghazi est pour l’instant impraticable. « Les pistes de Benghazi ont été endommagées durant les affrontements et les avions ne peuvent pas atterrir ».

Le principe est de prendre en priorité les nationaux mais aussi les Européens voire d’autre nationalités s’il reste de la place. Le tout étant coordonné au niveau européen d’une part entre les responsables des affaires consulaires sur place, d’autre part dans les capitales mais aussi à Bruxelles et Eindhoven.

Le détail des moyens engagés et rapatriements effectués

Une petite dizaine de pays participent à l’opération. Une vingtaine d’avions au minimum (dont 14 militaires) et 9 bateaux (dont 6 militaires) sont mobilisés.

Autriche : un C-130 engagé, avec 2 équipages permettant d’effectuer des relèves a été prépositionné à Malte. Après quelques retards, une première rotation de l’avion C-130 autrichien a permis d’évacuer dans la nuit de lundi à mardi sur Malte, 62 ressortissants (dont 9 Autrichiens, des Allemands, Français et Néerlandais).

Portugal :  un C-130 mobilisé. Une rotation effectuée entre Tripoli et une base aérienne de l’OTAN en Italie, a rapatrié 114 personnes (dont 80 Portugais +34 de toutes nationalités travaillant pour les entreprises portugaises ou l’ONU). Une seconde rotation devrait avoir lieu mardi

Grèce : deux C-130 ont été mobilisés et ont reçu une autorisation d’atterrissage (enfin) mercredi, devant rapatrier de Tripoli, Grecs et Chypriotes. La Grèce a, surtout, fait le choix de la voie maritime. Deux navires à grande capacité pour rapatrier non seulement les Européens mais aussi des Chinois. Un troisième navire marchand, le “Minerva Antonia”, a pris la direction du port de Ras Lanuf (où se trouve un complexe pétrochimique) près de Sirt où il doit arriver mercredi. Les navires grecs qui transitent par Alexandrie ont aussi reçu consigne d’assister le retour des Egyptiens.

France : 3 avions Airbus A-340 et A-310/300 ont été mobilisés et envoyés en Libye. Un premier Airbus A-340 de l’escadron Esterel parti, mardi en début d’après-midi, suivi d’un deuxième ont effectué une première rotation entre Tripoli et Paris. En revanche, un A-310 s’est vu refuser l’atterrissage et a dû faire demi-tour.

Allemagne : Un avion spécial de la Lufthansa part vers Tripoli et 2 Transall (capacité environ 60 places chacun) sont mobilisés. « C’est la dernière chance pour rentrer » avertit le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle. Le gouvernement réfléchit aussi à l’utilisation de la voie maritime. (Mis à jour) Les trois avions ont ainsi pu rapatrier, mardi, 350 ressortissants allemands et européens. Sur ce nombre, 74 ont été rapatriées par les Transall militaires : 47 Allemands et 27 ressortissants de 15 nationalités, a précisé à ‘B2′, un porte-parole de la Bundeswehr.

Italie : Un avion spécial d’Alitalia est parti vers Tripoli. Un C-130 est mobilisé pour Benghazi. Un navire d’écoute électronique a été dépêché dans la zone. Et un second navire, le destroyer lance-missiles Francesco Mimbelli (D-561), avec un équipage de 350 personnes, va être envoyé. Deux corvettes de la Marine, le « Chimera » et « Phoenix », patrouillent déjà dans le détroit de Sicile, dans le cadre de l’opération européenne « Hermes » de Frontex, pour prévenir l’immigration illégale.

Pays-Bas : un KDC-10 basé a décollé d’Eindhoven, destination : Tripoli, capacité : environ 150 places. Un navire a également été dérouté vers la Libye. Le Hr Ms  Tromp, faisait route vers les eaux somaliennes pour participer à l’opération anti-piraterie de l’OTAN (Ocean Shield), il était dans la mer rouge, quand il a reçu l’ordre de rebrousser chemin, de repasser le Canal de Suez et de venir dans les eaux libyennes. Il est attendu pour vendredi, permettant ainsi une évacuation par mer si l’espace aérien libyen est fermé. Le Hr. Mr De Ruyter, actuel navire amiral d’Ocean Shield, va donc rester plus longtemps en opération.

Royaume-Uni : le Foreign office a annoncé, mardi, l’envoi d’un avion spécial vers Tripoli. Et la frégate HMS Cumberland, qui revient de mission en mer d’Arabie (notamment protection du terminal pétrolier irakien de Al Basra) et dans le Golfe d’Aden (anti-piraterie pour la CMF) a reçu l’ordre de faire route vers les « eaux internationales de la Libye« , pour se tenir prête « à venir en aide aux Britanniques si nécessaire« . Ce sera son ultime mission… Il doit rentrer, en effet, dans son port d’attache à Devonport pour être désarmé.

Irlande : deux avions ont été envoyés, mardi en soirée, sur l’ile de Malte, un Learjet et un Casa pour procéder à l’évacuation de ses citoyens.

Espagne : le gouvernement a décidé, mardi soir, d’envoyer un avion officiel pour rapatrier ses citoyens.

Les autres pays envoient également des moyens.

La Turquie a choisi la voie maritime pour évacuer ses ressortissants après avoir envoyé dans un premier temps des avions. La compagnie aérienne Turkish Airlines attend le feu vert de Tripoli pour programmer des vols supplémentaires. En atttendant, deux bateaux d’Istanbul Ferry Lines (MF Orhan Gazi, MF Osman Gazi), d’une capacité de 1500 personnes chacun (un peu plus que la normale), ont quitté Benghazi dans la matinée du 23 février. Ils sont escortés par une frégate de la marine turque, selon le site (bien informé) Turkishnavy. Des moyens supplémentaires vont être utilisés. Trois autres ferries (dont un militaire) devraient arriver jeudi dans le port de Derna et Sirt. Sur les 25.000 ressortissants turcs en Libye, 1083 étaient déjà rapatriés, mardi, a indiqué le vice-premier ministre Cicek.

Le ministère des situations d’urgence russe a envoyé quatre avions vers Tripoli, avec une équipe médicale et de soutien psychologique : un Ilyushin Il-76TD qui a atterri à Tripoli mercredi à 21h30 a rapatrié à Moscou « 118 Russes et plusieurs étrangers », un Ilyushin 62M, un Yakovlev Yak-42. Ainsi qu’un ferry du Montenegro de 1000 personnes qui va prendre en charge des citoyens russes, serbes et turcs qui travaillent pour la compagnie de chemins de fer RSZ.

NB : devant l’abondance de nouvelles, toutes les informations sur les moyens maritimes militaires et la coordination européenne ont été regroupées ici :

Lire également :

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Accueillir des réfugiés libyens en Europe : « purement hypothétique » !

L’ouverture de la clause de protection temporaire pour accueillir des réfugiés ou personnes déplacées libyens ne semble pas d’actualité. Et les autorités européennes font tout pour éviter le sujet. Lors du briefing de la Commission européenne, alors que je posais la question, j’ai été surpris de m’entendre répondre par le porte-parole de Cecilia Malmström, la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures que ce n’étaient que des « questions purement hypothétiques » auxquelles il ne voulait pas répondre. Relancé. Il a juste ajouté : « On n’est pas devant un évènement qui le justifie. La décision ne peut pas être prise avant que les évènements se déclenchent. » ! Et d’ajouter : cette clause « n’a jamais été utilisée » (*). Une analyse lapidaire et complètement détachée du contexte politique dramatique de la Libye qui reflète cependant bien l’attitude des Etats membres aujourd’hui. Il est vrai que l’évènement déclencheur de la clause de protection temporaire est l’afflux migratoire sur un territoire européen. Et que les Etats membres veillent bien à ne pas créer d’appel d’air. « Il n’y a pas d’afflux migratoire massif » estime un porte-parole.

Il faut dire que les Européens (surtout les Italiens) sont, aujourd’hui, tellement obnubilés, on pourrait dire tétanisés, par une arrivée migratoire possible en provenance d’Afrique. Jusqu’à en oublier le contexte géopolitique et la tonalité historique de ces révoltes dans des pays. On ne peut s’empêcher de penser que cela pourrait être le cas et qu’il conviendrait d’étudier au minimum cette question qui n’est pas qu’ hypothétique, n’en déplaise à Me Malmström et à son porte-parole.

(*) Si la directive adoptée en 2001 n’a jamais été appliquée en tant que telle, la « clause de protection temporaire », en revanche, a déjà été appliquée lors des différentes guerres de Yougoslavie. C’était un des éléments de la « Réponse globale à la crise humanitaire en ex-Yougoslavie » adoptée par les ministres européens. Et la directive n’est, en quelque sorte, que l’harmonisation et la codification de la pratique antérieure des pays européens qui avaient décidé d’accueillir des réfugiés hors des républiques yougoslaves, pour « dégonfler » les camps gérés par le HCR et les ONG qui débordaient.

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En Libye : « il n’y a pas d’évènement » qui justifie la clause de protection temporaire

L’ouverture de la clause de protection temporaire pour accueillir des réfugiés ou personnes déplacées libyens n’est pas d’actualité à écouter le porte-parole de Cecilia Malmström, la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures. Celui-ci vient d’estimer, lors de l’habituel briefing de la Commission européenne, que cette « question est purement hypothétique. On n’est pas devant un évènement qui justifie cela. (…) La décision ne peut pas être prise avant que les évènements se déclenchent. » ! Et d’ajouter : cette clause « n’a jamais été utilisée » (*). Devant l’énormité de l’analyse complètement détachée du niveau politique, un autre porte-parole a tenu à préciser que l’évènement déclenchant est l’afflux migratoire sur un territoire européen, « ce qui n’est pas le cas actuellement ».

(*) La directive adoptée en 2001 fait suite aux évènements en ex-Yougoslavie : Croatie, Bosnie, Kosovo, … où la « clause » a été appliquée avant la lettre

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En Libye : un crime contre l’humanité ?

Si les informations sont confirmées, et qu’il y a bien eu utilisation d’hélicoptères voire de l’aviation, tirant sur les manifestants à Tripoli ou Benghazi, et que les morts ne se comptent pas en dizaines mais en centaines – ce qui semblait malheureusement, hier lundi, se confirmer au fur et à mesure que les informations (en faible quantité), étaient rendues publiques – les appels à la retenue des violences, à ouvrir un dialogue politique ou à respecter le droit de manifester, proclamés par l’Union européenne (et l’Union africaine plutôt discrète sur la question) sembleront bien faibles et un peu dépassés.

Un tel massacre ne peut être justifiable

C’est un véritable « crime contre l’humanité » ( les mots ont de l’importance*). Et il serait temps de le dire et de condamner en termes un plus énergétiques qu’en ânonnant sur une feuille de papier quelques messages types savamment cosignées. Il faudra aussi appeler un chat un chat, agiter le bâton et passer aux sanctions. Point besoin de tergiverser en la matière. L’heure n’est plus à la commisération ou à l’appel à la rationalité. Ce n’est pas une question de morale. C’est une question d’agir vite pour éviter tout bain de sang supplémentaire. Kadhafi et ses fils doivent comprendre que même s’ils sont assis sur un baril de pétrole, il y a des limites à ne pas franchir, et qu’ils ont franchi.

La traduction en justice doit être évoquée dès maintenant

Il sera temps également de leur montrer le chemin de la justice, avec une cour internationale, une cour ad hoc ou d’un tribunal libyen, dont il faut poser les fondements dès maintenant. De montrer que les fauteurs de troubles au pouvoir seront poursuivis, d’encourager en quelque sorte le vide autour du pouvoir. Il ne faut pas attendre comme pour la Croatie ou la Bosnie que quelques massacres supplémentaires se passent.

Il faut également cesser de se voiler la face : évacuer rapidement les citoyens européens avant qu’ils ne servent d’otages ou de monnaie de négociation au pouvoir libyen. Ouvrir les frontières en bordure de la Libye, pour accueillir temporairement certains réfugiés ; prêter assistance s’il le faut à l’Egypte et la Tunisie. L’Europe a tout à gagner à installer dans sa bordure un Etat démocratique, ou quasi-démocratique. Plutôt que cette monarchie qui n’a de révolutionnaire que le nom…

Quant aux quelques dirigeants – comme l’Italien Franco Frattini ou le Tchèque Karel Schwarzenberg – qui trouvaient encore, jusqu’à hier, bien du mérite au dirigeant libyen, ils mériteraient… quelques « baffes ».

(*) Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un « génocide » comme l’a affirmé l’ambassadeur adjoint de la Libye aux Nations-Unies qui a démissionné de ses fonctions, comme plusieurs de ses homologues de par le monde. Mais on peut aussi penser qu’il y a violation des conventions de Genève et notamment du protocole n°2 sur les conflits armés non internationaux (protocole qu’a ratifié la Libye). Et crime de guerre. Ce qui justifie alors une poursuite devant n’importe quel tribunal d’un des pays signataires.

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La Libye, terre rêvée des marchands d’armes…

Ayant reçu l’ouvrage de mon collègue du Point (et éditorialiste au Télégramme de Brest), Jean Guisnel, »Armes de corruption massive« , je m’étais promis de le lire et chroniquer ce week-end. Je l’ai lu effectivement, j’ai même été pris par l’ouvrage et… par l’actualité, qui est venue à la fois retarder et influer sur cette chronique. Un ouvrage à lire absolument ! Prévoyez un peu de temps. Ca se lit comme un roman policier. Mais ca fourmille d’indices et de personnages… .Je ne résiste cependant pas au plaisir de vous mettre en appétit avec ce chapitre sur la Libye (« Scènes de chasse en Libye »).

* * *

Jean Guisnel était là, en effet, en octobre 2006 à faire le déplacement à Tripoli avec la ministre de la Défense de l’époque, Michèle Alliot-Marie (MAM). Il s’agit en effet de fêter les grandes retrouvailles entre les deux Etats et de passer au concret : la conclusion de marchés d’armement.

Un voyage à Tripoli avec MAM

Une affaire qui ne date pas d’hier … « Malgré l’embargo qui frappe toujours la Libye, Paris autorise secrètement (en 2001) plusieurs groupes d’armement à reprendre des contacts commerciaux, dont Eurocopter, Dassault et Thales. » Fidèles à leur tempérament « gaulois », qui leur a valu quelques déboires, les industriels Français se tirent cependant la bourre : « Dassault souhaitant proposer son Rafale quand Thales préférerait une remise à niveau électronique des Mirage F-1 vendus dans les années 1970 afin d’en refaire de vrais avions de combat«   (*). Et Sagem arrive là dessus en proposant une troisième solution. L’Etat est obligé d’intervenir. En 2006, quand la Ministre de la Défense arrive à Tripoli (après un premier voyage en février 2005), elle semble en terrain de connaissance. Le « guide » l’accueille d’ailleurs en lui demandant des nouvelles… de son compagnon, Patrick Ollier, président du groupe d’amitié franco-libyenne (à l’assemblée nationale française). « Un vrai africain » comme l’a confié le leader libyen à d’autres visiteurs un peu plus tôt.

La concurrence est rude

Les Français ne sont pas alors les seuls à agir avant la levée officielle de l’embargo sur les armes. Les Américains « entament une démarche de normalisation plus radicale, préparée par les services secrets britanniques« . (…) Les Russes (fournisseurs traditionnels de l’armée libyenne) sont sur les rangs avec une offre de Sukhoi 35 Flanker Plus et Mig 29 Fulcrum. Et les méthodes ne laissent planer aucun doute : « S’il est un pays où les temps de la corruption à l’ancienne ne sont pas révolus et où les intermédiaires agissent au vu et au su de tous, ou presque c’est bien la Libye« . (…) les Italiens sont là aussi qui ne rechignent pas apparemment à verser les « ‘15% à 20% de commission’. Le gouvernement accept(ant) d’intégrer ces 15% de pots de vin dans les frais généraux de l’entreprise. Et le ministère de l’Economie (de) taxe(r) ces pots de vin à 10% » !

Il n’y a pas que la Libye à utiliser l’arme de la corruption !

Cet ouvrage ne comporte pas que ce passage. Jean Guisnel passe en revue les divers marchés (Pakistan, Inde, Angola, Irak…) où les commerçants de tous poils se sont frottés. Il décortique certaines des méthodes de corruption active et passive, comme les commissions et rétrocommissions. Et cette fameuse profession d’intermédiaire, apparemment indispensable.  Même si elle connait beaucoup d’accidents inexpliqués, de chutes par la fenêtre malencontreuses… quand cela ne tourne pas à l’explosif (plusieurs ingénieurs de la DCN en ont fait les frais au Pakistan). Il fait aussi le détail de toutes les occasions perdues pour vendre le Rafale. La faute aux autres qui ne respectent pas les règles du jeu, disent les Français. Un peu facile…

Les Allemands et Britanniques très « actifs » sur ce marché

En matière de marchés d’armements (comme dans les grands marchés publics, d’énergie ou de transport), la règle morale semble d’ailleurs élastique comme le démontrent les 300 pages de l’ouvrage. Selon l’auteur, les Britanniques avec Tony Blair ont été, en quelque sorte, les champions du « double jeu ». Bae systems ayant été pris plusieurs fois la main dans le sac a ainsi vu plusieurs enquêtes stoppées in extremis par le pouvoir politique. « C’est bien par la corruption que l’industrie de défense britannique a gagné certains de ses plus beaux marchés« , indique l’auteur. Quant aux Allemands, inutile de fantasmer, ce ne sont pas des parangons de vertus, non plus. « La corruption est tellement ancrée dans la culture commerciale que ce comportement apparaît souvent comme une donnée structurelle » écrit-il mettant en avant le système mis en place par Siemens.

• « Armes de corruption massive. Secrets et combines des marchands de canons » par Jean Guisnel, éditions la Découverte, 392 pages, 22 euros.

(*) Ces mêmes Mirage qui ont connu l’honneur de l’actualité avec l’arrivée de deux avions ce lundi, à Malte. Lire : 2 Mirage de l’armée libyenne ont pris le large… (maj3)

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Les mercenaires de Kadhafi… recrutés tout azimut ?

Le colonel Kadhafi a bien utilisé des mercenaires si on en croit les photos qui circulent sur internet. Ci-dessous. on remarque des hommes armés de RPG, à l’image des rezzous tchadiens, qui comprennent un mélange d’hommes bien blancs ou asiates et des noirs. Ce qui semblerait accréditer un recrutement tout azimut, coté européen comme coté africain. A bord, on trouve des fusils équipés de baïonnettes. Et dans le second véhicule, ce qui semble être plutôt qu’une mitrailleuse un lance grenade automatique (450 coups / minute, 30 mm, fabrication russe type AGS 17 ou AGS 30, m’a expliqué un internaute – voir ici).

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Les forces italiennes en « alerte maximale » (Maj1)

L’arrivée de deux Mirage en territoire maltais a sonné le tocsin dans l’Italie voisine, qui partage avec Malte, d’être l’un des deux territoires (européens) les plus proches géographiquement de la Libye. Les bases aériennes de Gioia del Colle (Bari) et de Trapani ont ainsi été placées en « alerte maximale ». Les équipages des Eurofighter (dans la première) et de F16 (dans la seconde), sont « prêts à décoller immédiatement, si nécessaire, pour neutraliser les menaces aériennes » indiquent les autorités italiennes. « D’autres mesures pourraient être prises dans le futur en fonction de l’évolution du risque ».

Crédit : défense italienne

Un navire d’écoute électronique

(mis à jour 23h) On a ainsi appris dans la soirée de lundi qu’un navire, l’INS Elettra, a été envoyé au large des eaux libyennes. A bord une équipe des forces spéciales italiennes. Ce navire de soutien 93 mètres de long, 15 mètres de large et de près de 3.000 tonnes, avec un équipage de 35 militaires et 65 techniciens, a une spécificité : l’écoute électronique. Ce n’est pas tout à fait le navire adéquat pour les évacuations ou les soins. Il est ainsi équipé de multiples supports d’information électronique et peut effectuer des tâches de soutien logistique et d’information pour les opérations spéciales, les opérations de recherche, collecte, l’analyse et l’évaluation des émissions acoustiques et électromagnétiques…

Lire également : 2 Mirage de l’armée libyenne ont pris le large… (maj3)

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