Cote d’IVoire

Côte d’ivoire : une aide humanitaire d’urgence européenne

La Commission européenne doit annoncer le déblocage d’une première aide humanitaire pour la Cote d’ivoire pour un montant de 5 millions d’euros. Objectif : assister les réfugiés qui arrivent dans les pays avoisinants. Depuis quelques jours, la décision était préparée d’avance, par la commissaire à l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva, « au cas où ».

Le travail est compliqué par la donne politique. D’une part, il s’agit de ne pas mettre notamment en porte-à-faux les partenaires locaux qui travaillent avec l’Union européenne dans le pays. D’autre part, au Liberia, il faut négocier avec un gouvernement réticent à mettre en place des camps (curieux renversement de situation : jusqu’ici ce sont les Liberiens qui trouvaient refuge en cote d’Ivoire).

La première préoccupation des humanitaires va être ainsi la « protection » des réfugiés. Les « informations qui remontent du terrain sont pour l’instant encore imprécises sur le nombre de réfugiés », explique un proche du dossier. « Nous avons envoyé des experts aux postes frontaliers pour évaluer la situation. » Avec le départ de la plupart des expatriés de la délégation de la CE à Abidjan, ce sont les employés locaux et les délégations du Liberia (ou de Guinée) qui ont donc pris le relais.

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Le blocus des casques bleus continue à Abidjan. L’ONU appelle à l’aide.

Intervenant devant l’assemblée générale des Nations-Unies cet après-midi (heure New-York, +6 h. Bruxelles), le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon n’a pas caché son pessimisme face à la situation, notamment à Abidjan où les forces de l’ONU (l’ONUCI) sont soumises à vive pression. « L’intention de M. Gbagbo et les forces de sécurité qui lui sont fidèles est clairement d’étrangler la Mission des Nations Unies et d’étouffer le gouvernement du président élu Ouattara. Nous ne pouvons pas permettre cela », a répété le secrétaire général.

« Que ceux qui peuvent nous aider … »

Evoquant le blocus auquel ont à faire face les forces de l’ONU sur place, il a exhorté les États membres, qui sont en mesure de le faire, « d’aider et de soutenir l’ONUCI afin que la mission peut continuer à recevoir des fournitures« .  « Face à ce défi direct et inacceptable à la légitimité de l’Organisation des Nations Unies, la communauté internationale ne peut rester. La communauté internationale doit agir … et agir de manière décisive « , a déclaré Ban Ki Moon.

Sécurisation des populations civiles en octobre 2009 à Blolequin (Crédit : Onuci)

Appel à la haine sur les radios et mercenaires

Le premier bilan dressé par l’ONU, et pour l’instant très provisoire, parle de « au moins 50 personnes tuées, 200 blessés, 470 arrêtés et détenus arbitrairement, et de nombreuses disparitions« . Mais tous les ingrédients d’une aggravation sont présents. La tactique est malheureusement classique. Elle comprend « enlèvements, meurtres et propagation de discours de haine à la radio et télévision d’Etat« , a expliqué Ban Ki Moon qui a également mis en cause la présence de « mercenaires dans le pays, notamment d’anciens combattants du Libéria, recrutés pour cibler certains groupes de la Côte d’Ivoire de la population« .

Situation critique pour l’ONUCI

« La situation de l’ONUCI est à un stade critique sur le terrain » a confirmé Alain Le Roy, le secrétaire général adjoint chargé des opérations de paix, à certains journalistes. « Ce que nous observons aujourd’hui, c’est une stratégie du camp de M. Gbagbo à la fois pour étrangler et  provoquer l’ONUCI. (…) Tous nos fournisseurs ont été menacés d’arrêter leurs livraisons à l’ONUCI, de sorte que le blocus contre nos gens« .

Les appels à la haine diffusés sur les radios et télévisions « incitent (également) à la violence contre le personnel de l’ONUCI« . Dans le même temps, on entend « beaucoup de provocation » comme ces « Jeunes Patriotes à qui on a donné des armes, des AK47, pour essayer de provoquer l’ONUCI« . Il y a « beaucoup de rapports de violations des droits de l’homme par les forces fidèles à M. Gbagbo. Nous sommes très préoccupés« .

Réfugiés qui commencent à arriver

Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) a, de son coté, renforcé ses moyens d’urgence pour faire face à l’afflux de réfugiés dans les pays voisins. Environ 6.000 ivoriens ont fui vers l’est du Liberia et 200 sont déjà arrivés en Guinée, la plupart du temps des femmes et des enfants qui témoignent de « mauvais traitements« . « Nous nous attendons à 30.000 réfugiés » explique Adrian Edwards, porte-parole du HCR à Genève.

L’ONUCI en quelques mots

NB : La force militaire de l’ONUCI comprend environ 8.000 hommes, provenant essentiellement du Bangladesh (qui fournit près de la moitié du contingent), du Pakistan et de la Jordanie. Le Bénin, le Ghana, le Maroc, le Niger, le Sénégal, le Togo y participent également ainsi que la France qui est le seul Etat européen (et même occidental à participer à cette force). Elle est commandée par le Général bengali Abdul Hafiz. Un habitué des missions de l’ONU. Il était, de janvier à mars 1992, chef du Bureau de liaison militaire à Zagreb. Puis a été chargé de la planification et de la coordination pour le déploiement des troupes bangalis, en Somalie, au Mozambique, au Rwanda, en Bosnie et à Haïti de 1993 à 1994.

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Un navire de guerre néerlandais de retour de l’Océan indien se déroute vers la Côte d’Ivoire

L’équipage du navire de ravitaillement néerlandais Hr. Ms Amsterdam qui était sur le chemin du retour après une mission anti-piraterie au sein des forces de l’OTAN (Ocean Shield) comme européenne (EUNAVFOR Atalanta) ne fêtera pas Noel à la maison, comme prévu. Il a reçu l’ordre de se dérouter vers la Côte d’Ivoire, à la demande du gouvernement français, vient de confirmer le ministère néerlandais des Affaires étrangères. C’est en effet la France qui est chargé de coordonner toute action pour la sécurité des citoyens des États membres dans la région.

L’évacuation des ressortissants européens s’accélère

L’Amsterdam apportera ainsi un soutien maritime aux moyens français déjà déployés sur place, notamment pour approvisionner les navires, et « si nécessaire en fera un appui aux opérations de sécurité » précise-t-on à la Haye.

Il y a peu de Néerlandais en Côte d’Ivoire : 32 ressortissants sont recensés et 18 ont déjà quitté le pays. Les Pays-Bas ne sont pas représentés directement à Abidjan. Mais l’ambassade néerlandaise au Ghana a dépêché des représentants dans le port ivoirien d’Abidjan afin d’apporter une aide consulaire à ses ressortissants.

Le Hr. Ms Amsterdam (A836) est un des deux navires les plus modernes de la flotte néerlandaise. Avec 17.060 tonnes et 160 mètres de long, il se déplace à 21 noeuds et peut contenir environ 10.000 de fret (dont 9.000 de fuel bateau et diesel avion). Il est doté de canons 50 mm et de Goalkeeper 30 mm, ainsi que de 3 ou 4 hélicoptères (NH 90 ou Westland Lynx).

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Côte d’Ivoire : les Européens font les gros yeux mais n’utilisent pas leurs bras

La Côte d’Ivoire était à l’ordre du jour du COPS, le Comité politique et de Sécurité de l’Union européenne, aujourd’hui. Mais les Européens ne devraient pas franchir le rubicon de la solution de force. On en reste aux décisions proposées par Cathy Ashton, la Haute représentante de l’Union européenne, et avalisées par les ministres des Affaires étrangères le 14 décembre, à savoir : dans un premier temps, interdiction de séjour pour les dirigeants ivoiriens et, dans un deuxième temps, gels des avoirs. Cette décision est intervenue en un temps record. Mais elle montre la limite de cette « gentille » diplomatie sur le terrain qui peut être efficace sur le long terme. Mais est inefficiente sur le court terme.

Les gros yeux des Européens

Les Européens font ainsi les gros yeux à Laurent Gbagbo qui n’en a cure. Lui, sa femme ainsi que 17 autres dirigeants ivoiriens sont interdits de séjour en Europe. Mais le président auto proclamé de Côte d’Ivoire prend ses vacances ailleurs et le fait savoir. Quant au gel des avoirs, il devrait intervenir d’ici plusieurs jours. La décision est « plus complexe » explique-t-on coté européen. Mais d’ici là, le dirigeant ivoirien devrait avoir pris ses précautions. En attendant, le chef de gouvernement a le pouvoir et la libre disposition de la force et est prêt à l’utiliser comme il l’a montré ces derniers jours. L’objectif pour lui n’est pas à moyen terme, mais à très court terme : écraser la rebellion.

Pas d’usage de la force, même pour évacuer les Européens

Or, recourir à la force, l’Union européenne ne le veut pas. Ce n’est pas qu’elle ne peut pas (elle dispose de certaines forces). Mais cette option n’a même pas été évoquée sur la table du COPS. Du coté de Catherine Ashton, on explique que tous les moyens employés sont pacifiques. Et qu’il n’est « pas question et pas justifié » d’utiliser les battlegroups en pareille circonstance. « Ces battlegroups n’ont jamais été utilisés. Et ce serait vraiment contre productif de les utiliser aujourd’hui« , explique un de ses proches. Ils ne sont pas nécessaires sur place pour évacuer les Européens. « C’est à chaque Etat membre de prendre ses mesures. Et chaque ambassade a pris ses dispositions et plans d’urgence. La grande majorité des résidents sur place sont Français. Et la France a pris les mesures. » Quant à venir renforcer les forces de l’ONU sur place (ONUCI), autant rêver, ce n’est pas du tout l’état d’esprit de Cathy Ashton qui songe plutôt aux fêtes de Noel et de fin d’année pour souffler un peu… (la prochaine réunion du COPS est programmée pour … le 7 janvier).

En opérant un déni d’existence des battlegroups, le cabinet de Lady Ashton commet une lourde faute. Il ne répond pas à une crise existante, avec tous les moyens de l’UE disponibles. Il laisse les Etats membres et, en particulier, la France se débrouiller avec ses ressortissants. Il réitère l’erreur d’Haiti : l’attentisme face à la crise. Sauf que cela fait désormais un an que l’équipe Ashton est en place. L’excuse du « je n’ai pas de bureau » ne tient plus aujourd’hui. Face à la crise, la voix de la diplomatie européenne est pour l’instant très faible et même plutôt atone. Et cependant, elle est plus que jamais nécessaire. Une intervention européenne aurait plus qu’un avantage. Ne pas laisser la France, ancienne puissance coloniale, dans un face à face délicat avec le pouvoir ivoirien. Montrer aux Africains que l’UE peut agir, avec détermination si nécessaire, et pas uniquement par l’aide humanitaire ou l’aide au développement. Soutenir les forces de l’ONU. Bref tenir son rang international…

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Vers une liste de dirigeants ivoiriens interdits de séjour

L’Union européenne serait sur le point d’approuver une liste de 18 noms, de hauts responsables ivoiriens qui « bloquent le transfert du pouvoir au président démocratiquement élu » selon un diplomate européen. Ils seraient interdit de visa et leurs avoirs bloqués. Un 19e nom pourrait s’ajouter sur la liste, celui du leader ivoirien Laurent Gbagbo, lui-même. Plusieurs Etats poussent en ce sens, notamment l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Mais la France semble plutôt réservée sur cette voie, selon des sources européennes, lui laissant une porte de sortie, pour s’en aller de lui-même. La publication de cette liste est attendue la semaine prochaine.

D’autres sanctions plus financières sont attendues notamment la décision de la BCEAO, Banque Centrale de l’Afrique Occidentale, de ne reconnaitre que le pouvoir légitime de Cote d’Ivoire et de bloquer ainsi l’accès au crédit de Gbagbo. Ce qui pourrait « assécher les ressources financières de Gbagbo et sa capacité de payer ses supporters » espère-t-on du coté européen. Une autre mesure pourrait être prise la semaine prochaine avec le transfert du siège de la Cote d’Ivoire à la BCEAO au nouveau gouvernement de Ouattara.

(mis à jour, lundi 12h30) Laurent Gbagbo ainsi que sa femme figurent bien sur la liste des personnes interdites de séjour et dont les avoirs peuvent être saisis a confirmé, lundi midi, le porte-parole de Cathy Ashton.

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