Cote d’IVoire

Les quelques minutes nécessaires en Côte d’Ivoire

(BRUXELLES2 à Paris) En Côte d’Ivoire, comme en Libye, le déclenchement de l’opération aussi s’est joué à quelques minutes, comme l’a précisé le ministre de la Défense Gérard Longuet au colloque « regards sur une année d’engagements opérationnels » qui se tient aujourd’hui à Paris. Les Français n’intervenaient en effet qu’en soutien d’une mission de l’ONUCI (la force de l’ONU). Il fallait donc que la réalité opérationnelle suive la réalité politique et juridique.

Or, les hélicoptères ukrainiens n’avaient pas d’instrument de vol de nuit et ne pouvaient voler que de jour. La réunion commençait à 17h locales… Il fallait faire vite, que la lettre arrive suffisamment tôt pour que les hélicoptères ukrainiens de l’ONU ouvrent les hostilités. Puis les Français pouvaient suivre… 

L’erreur tactique de Gbagbo

« L’erreur tactique de Gbagbo a été de concentrer toutes ses armes lourdes sur un seul site » explique le ministre qui détaille les conditions de l’intervention finale. « Nous avons inventé le clapet anti-retour. » Comme les troupes de Ouattara semblaient un peu hésiter à s’engager, « un régiment d’infanterie de marine a été placé sur le bd de France. Et nous avons fermé » (Nb : sans possibilité de revenir en arrière). Mais les Français se sont arrêtés juste avant la prise de Gbagbo « On les a laissés aller. On s’est arrêté à la porte, confirme le ministre. Et on a laissé les Ivoiriens régler les problèmes entre eux.  »

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Une mission d’évaluation du service diplomatique en Côte d’Ivoire

La question du retour des réfugiés - ici une mission du HCR au Liberia - comme du désarmement et de la réconciliation des différentes milices est au coeur du processus de reconstruction en Côte d'Ivoire (crédit : HCR mars 2011)

(BRUXELLES2) Une mission exploratoire du service diplomatique européen (SEAE) est partie pour la Côte d’Ivoire et devrait être à pied d’oeuvre complètement demain. Dirigée par le directeur du département « réponse de crises », Agostino Miozzo, et le directeur du département Afrique, Nicholas Wescott (qui connaît bien la Côte d’Ivoire pour avoir été ambassadeur britannique jusqu’à peu dans ce pays, résident au Ghana), elle comprend une palette d’experts européens selon le format de celui employé à « Benghazi ». Les experts viennent, en effet, d’un peu partout : du service diplomatique, des instruments de la politique étrangère (FPI), de la DG Développement, de la DG Affaires humanitaires (ECHO), et de la direction de planification et gestion des crises (CMPD).

Politique, économie, humanitaire, services de sécurité…

L’objectif de la mission est de faire le tour des dossiers dans lequel l’Union européenne peut être impliquée, qu’ils soient politiques (nouveau gouvernement, réconciliation…), militaires — le processus de désarmement, démobilisation et réconciliation (DDR), et la réforme des structures de sécurité (RSS), qualifiés de « domaines d’engagement prioritaires »—, humanitaires ou économiques. A l’ordre du jour figurent, en effet, la levée des sanctions et le paquet d’aides que l’Union européenne pourrait dégager, et de façon plus générale, le « relèvement » de la Côte d’Ivoire et les droits de l’homme. L’enquête sur les auteurs des massacres durant les derniers évènements devrait également être abordée.

Durant les deux jours sur place – 29 et 30 avril – la mission a prévu ainsi de rencontrer les autorités légales du pays – le Président Alexandre Ouattara et le Premier ministre – mais aussi la société civile et, « si possible », l’opposition politique.

L’objectif n’est cependant pas d’aboutir à des décisions mais de présenter suffisamment d’éléments pour des décisions à venir tant au niveau de la Commission européenne ou de la Haute représentante de l’UE que des ministres des Affaires étrangères des 27.

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L’UE demande à la France et l’ONUCI de continuer leur soutien en Côte d’Ivoire

(BRUXELLES2) La Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a salué, dans une déclaration, l’arrestation de Laurent Gbagbo par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire et a appelé la mission de maintien de la paix ONUCI, et les forces françaises Licorne à « continuer leur soutien pour aider le gouvernement à rétablir la sécurité au lendemain de la crise ». De son coté, l’UE est prête à s’engager à « promouvoir des actions soutenant le retour de la paix dans le pays ». « Nous fournirons par la suite un soutien à long terme à la Côte d’Ivoire afin de promouvoir la prospérité en vue de garantir la stabilité et d’aider à la reconstruction du pays. » a-t-elle ajouté. En attendant, il est « primordial que la loi et l’ordre public soient rétablis au plus vite (…) Tous les auteurs de violations des droits de l’Homme doivent rendre compte pénalement de leurs actions. »

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La France intervient en Côte d’Ivoire, seule, avec l’ONU. Les Européens regardent…

(BRUXELLES2) La France a décidé après un échange de lettres entre l’Elysée et le siège des Nations-Unies à New-York (1), de mettre la force Licorne à disposition de l’ONUCI pour des actions offensives contre le camp Gbagbo. Seule… sans les Européens.

Objectif : neutraliser les armes lourdes... et Gbagbo

Ban Ki Moon avait demandé cette aide, dans une lettre datée du 3 avril : « Il est urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les casques bleus. L’ONUCI a identifié de multiples emplacements concernant ces armes. Etant données la nécessité de lancer les opérations contre tous ces emplacements de façon simultanée et les moyens militaires limités de l’ONUCI, je vous serais reconnaissant de bien vouloir autoriser, de façon urgente, la force « Licorne », qui est mandatée par le Conseil de sécurité pour appuyer l’ONUCI, à exécuter ces opérations conjointement avec l’ONUCI. » Cela faisait plusieurs jours que la France réclamait une action plus offensive de l’ONUCI. Au dernier sommet européen, Nicolas Sarkozy avait demandé qu’Abidjan « soit interdit aux armes lourdes, on parle d’hélicoptères et de mortiers qui pourraient être utilisés. Ce n’est pas possible. Il faut que les forces de l’ONU fassent leur travail ».

Des Européens, l’arme au pied

Ce qui est étonnant est l’absence de réaction (la passivité) des Européens sur la situation. On ne peut donc mettre cet attentisme sur le compte d’une division politique puisque l’UE a adopté, sur ce sujet, une position consensuelle, résumée en cinq phrases par Catherine Ashton, le 1er avril : « Alassane Ouattara est le Président démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo (doit) se retirer immédiatement et se livrer aux autorités légales. Toutes les parties (doivent) faire preuve de retenue et protéger la population civile. La mission des Nations unies en Côte d’Ivoire doit pouvoir pleinement exercer son mandat de proté́ger la population civile. Les responsables de violations des droits de l’Homme devront répondre devant la justice internationale. »

Mais rien de plus ! Les Européens ont continué à vaquer à leurs occupations laissant la France se débrouiller en Côte d’Ivoire. Et Paris n’a pas, non plus, vraiment chercher à impliquer ses partenaires européens. Certes les liens entre la France et la Côte d’Ivoire sont anciens. Et les ressortissants et intérêts français sont de loin les plus nombreux sur le terrain par rapport aux ressortissants et intérêts européens. Impliquer d’autres Européens aurait également pris du temps alors que la situation sur le terrain obligeait à réagir rapidement si l’on ne veut pas avoir un enlisement du conflit.

La réalité est également plus prosaïque (et égoïste). Peu de pays européens semblent prêt à risquer la vie de leurs soldats dans un conflit, en Afrique noire, qui semble lointain. Et les moyens militaires et financiers sont aujourd’hui soumis à une double contrainte : opérationnelle et budgétaire. Entre l’Afghanistan (qui prend l’essentiel des forces vives) et la Libye, les pays qui pouvaient intervenir (Royaume-Uni, Italie, Espagne, Belgique…) n’ont plus beaucoup de forces disponibles. Nombre de pays ont des limites d’intervention constitutionnelles pour les interventions à l’étranger (Allemagne, Finlande, Autriche, Irlande…). Et quasiment aucun pays n’échappe à un programme de restrictions budgétaires, plus ou moins drastique.

(1) Télécharger la lettre de Ban Ki Moon à Sarkozy, et la réponse de Sarkozy

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Sainte Licorne, priez pour nous (Maj)

patrouille Licorne / Onuci (crédit : DICOD / Ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) « La situation est préoccupante. Et est très confuse sur place« . Voici en quelques mots le constat fait par un haut responsable du service diplomatique européen chargé, sous le sceau du sacro-saint anonymat, de briefer rapidement les journalistes sur la situation en Côte d’Ivoire. Ce diplomate reste assez disert cependant sur les recommandations ou mesures prises pour favoriser l’évacuation des Européens sur place. L’UE laisse, en fait, à chaque Etat membre le soin de gérer les consignes laissées aux concitoyens comme les moyens à mettre en place. « C’est une prérogative nationale » rappelle le diplomate, qui  préfère ainsi ne pas donner d’indication sur une éventuelle évacuation générale, « pour le moment ».

Prudence sur les … regroupements

La prudence reste de mise cependant. « Chaque Européen doit rester chez soi et éviter les rues et autres endroits qui ne sont pas sécurisés » ou la sortie du pays pour « ceux qui peuvent prendre des avions civils ou spéciaux« , rappelle ce diplomate qui a été en poste dans la région. Paradoxalement, il ne rejoint pas l’ordre de regroupement donné aux Français, estimant que cela pourrait être dangereux. NB : Est-ce un distinguo par rapport aux ordres donnés par les Français ou simplement un ‘petit décalage » par rapport aux dernières informations ? Je pencherai (personnellement) pour la seconde hypothèse.

NB : Au camp militaire français de Port Bouët à Abidjan, sont accueillis actuellement 1850 ressortissants, selon l’Etat-Major des armées. La moitié sont des Français (il y a environ 12.000 nationaux à Abidjan), le reste des Européens, des Libanais et des Américains.

Licorne, sauve-nous !

Clairement, en fait, il semble que les Européens se déchargent sur l’ONUCI, chargée de protéger les civils (mais sans illusion sur leur pouvoir réel) et surtout sur les Français de la force Licorne – « chargée spécifiquement de protéger les ressortissants » – pour faire le travail de protection, de regroupement, voire d’évacuation. Aucun agent du SitCen n’a ainsi été déployé sur le terrain, confirme ce diplomate européen. Et selon les informations recueillies, par ailleurs, l’essentiel des informations transitent par le réseau CoOl (Consular on Line). Le déclenchement de la MIC (cellule de coordination de la Protection civile) n’est pas, pour l’instant, d’actualité.

Quant au déploiement d’un battlegroup européen en renfort des Français, c’est hors de question. Rien que d’évoquer cette idée, mon interlocuteur rigole à gorge déployée… Et c’est tout. La réalité est crue. Les Suédo-Finlandais et Germano-Autrichiens – de permanence ce semestre – peuvent continuer à faire « joujou » dans leurs montagnes ou dans leurs campagnes pour s’entraîner et faire semblant qu’ils serviront un jour. Ils ne partiront pas, voire jamais, sauf s’ils forcent la Haute représentante. Celle-ci ne croit pas aux vertus de cet instrument.

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Massacres ethniques et entraves à l’aide humanitaire, la CE rappelle les belligérants à l’ordre

La situation en Côte d’Ivoire est une vraie crise humanitaire, estime-t-on du coté de la commissaire européenne chargée de l’Aide humanitaire, K. Georgieva. Plus de 120.000 réfugiés affluent dans les régions pauvres déjà sur le bord d’une crise humanitaire. La commissaire a donc lancé un appel solennel « à la fois à Laurent Gbagbo et au Président élu Alassane Ouatarra, à protéger les civils, à ne pas entraver l’assistance des travailleurs humanitaires et à éviter la Côte d’Ivoire de sombrer encore plus dans une guerre civile la guerre ». « Les organisations humanitaires qui sont là pour aider les gens dans le besoin doivent être autorisés à poursuivre leur travail de manière impartiale et neutre. » a-t-elle ajouté. La commissaire ne cache pas non plus être « alarmée » par les rapports reçus qui indiquent des « chasses à l’homme et (des) massacres ethniques ». NB : Le respect des populations civiles semble, en effet, être le cadet des soucis des différents belligérants.

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L’évacuation des ressortissants européens de Côte d’Ivoire prête à commencer (MAJ)

Arrivée à l'aéroport d'Abidjan (crédit : DICOD / Etat major des armées)

(BRUXELLES2) L’évacuation des ressortissants étrangers en Côte d’Ivoire peut commencer. Plusieurs Transall ou C130 français pourraient effectuer un pont aérien vers les villes proches, notamment Lomé, la capitale togolaise, distante d’Abidjan d’environ 600 km. C’est la France qui assure le rôle de nation-cadre dans la protection et l’évacuation des ressortissants européens en Côte d’Ivoire. Des mesures préparatoires ont été prises ces derniers jours pour mener à bien cette opération.

Des soldats français – avec des soldats de l’ONUCI – ont ainsi pris le contrôle de l’aéroport Félix Houphët Boigny tant au niveau de la sécurité des pistes que le contrôle aérien. Et, dans la nuit de samedi à dimanche. 300 hommes supplémentaires (deux compagnies et des éléments de commandement) sont venus renforcer les hommes de la Force Licorne, la portant à environ 1500 personnes. Le président français a ordonné le regroupement « sans délai » de tous les ressortissants français, préalable avant leur évacuation. Environ 1650 ressortissants (700 Français, 600 Libanais et d’autres étrangers) ont déjà été accueillis sur le camp de Port Bouet qui a une capacité de 2500 personnes. Des soldats français à de véhicules blindés patrouillent dans la zone 4 d’Abidjan où résident de nombreux étrangers.

Plusieurs pays ont également acheminé des moyens militaires en renfort ou pris d’autres mesures. La Belgique a ainsi dépêché 10 militaires des forces spéciales et 2 médecins « trieurs ». Les Britanniques, qui n’ont pas d’ambassade sur place, ont recommandé à leurs concitoyens de se rapprocher des forces françaises pour leur sécurité. Les Allemands ont réduit le personnel de leur ambassade.

NB : il y a environ 12.000 Français en Côte d’Ivoire, 70.000 Libanais et environ 1300 Européens (environ 500 Italiens, 280 Belges, 180 Britanniques, 140 Espagnols, 50 Allemands).

En novembre 2004, 8.330 ressortissants français – sur un total d’environ 15.000 – avaient été rapatriés en France, dont 5.430 par les moyens gouvernementaux. Les opérations de retour avaient couté 6,2 millions d’euros, selon un rapport de l’Assemblée nationale.

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La maîtresse de Gbagbo porte plainte contre l’Union européenne

(BRUXELLES 2/ Exclusif) Nadiany Bamba, la seconde femme de Laurent Gbagbo, dirigeant ivoirien non reconnu par la communauté internationale, a déposé plainte devant le Tribunal de l’Union européenne contestant les sanctions prises à son égard (interdiction de visas et gel des avoirs) prises en janvier. Celle qui est également la directrice du groupe Cyclone (qui édite le quotidien « Le Temps » proche du pouvoir) ne conteste pas le motif de la décision européenne : avoir fait « obstruction aux processus de paix et de réconciliation par l’incitation publique à la haine et à la violence et par la participation à des campagnes de désinformation » lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2010. Elle en conteste la forme : « violation des droits de la défense et droit au recours effectif, atteinte manifeste au droit de propriété« .

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Les sanctions financières contre les dirigeants ivoriens tombent

Les 27 ambassadeurs de l’Union européenne sont tombés d’accord, aujourd’hui, sur une série de nouvelles sanctions contre les dirigeants ivoiriens. La décision doit paraître au journal officiel demain. Elle confirme les interdictions de visas pour 85 responsables ivoiriens (les 19 déjà listés début décembre + 59 ajoutés au lendemain de Noel, avec quelques noms supplémentaires). Elle prévoit en outre un gel des avoirs en Europe pour ces individus ainsi que 11 entités aux mains du gouvernement Gbagbo, comme la radio et télévision ivorienne, le port autonome d’Abidjan ainsi que celui de San Pedro, la société pétrolière nationale Petroci ainsi que son équivalent pour le raffinage, la banque nationale d’investissement, les sociétés gérant les ressources naturelles (caoutchouc, cacao-café). On touche là au coeur de la richesse ivoirienne. NB : le département d’Etat américain avait annoncé jeudi dernier (6 janvier) avoir pris des mesures de gel des avoirs contre plusieurs dirigeants ivoriens.

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Les ambassadeurs du COPS au chevet de la Côte d’Ivoire

L'Amsterdam et le Tonnerre en opération de ravitaillement au large de la Côte d'Ivoire (crédit photo : marine néerlandaise)

Les ambassadeurs du Comité politique et de Sécurité (COPS) de l’Union européenne se pencheront, à nouveau, ce mardi sur la situation en Côte d’Ivoire. Ce sera une des premières réunions, sous le nouveau format (celui de Lisbonne) avec l’ambassadeur suédois Olof Skoog qui présidera la réunion au nom de la Haute représentante. Il s’agit, entre autres, d’examiner la réponse à apporter à la demande indirecte de l’ONU, transmis par la France, d’un renfort pour l’ONUCI. Les précédentes réunions (à Noel) n’ayant pas permis d’aboutir sur le sujet.

Craignant « l’asphyxie » des troupes de l’Onuci, le secrétaire général de l’ONU avait en effet demandé, juste avant Noel, à la France de bien vouloir positionner dans la région un porte-hélicoptères et des capacités logistiques navales pour briser le blocus logistique autour de l’hotel du Golf (où est réfugié le président élu Ouattara) et le siège de l’Onuci, ainsi qu’assurer le ravitaillement de l’hotel.

Une coordination européenne est nécessaire

Pour la France, il est important que dans « l’Union européenne puisse jouer tout le rôle qui est le sien » et que la Haute représentante joue « un rôle de coordination en encourageant les contributions Etats membres » pour les faire connaitre au département des opérations de maintien de la paix de l’ONU. L’hexagone a précisé un diplomate français n’envisage de contribuer au soutien de l’ONUCi avec des moyens navals que sous deux conditions : « en cas de dégradation de la situation » et « dans la mesure où ces moyens seraient complétés par des partenaires européens« . Autrement dit pas question pour la France d’intervenir toute seule.

Les Pays-Bas ont déjà anticipé cette demande en envoyant un navire de soutien logistique, l’Amsterdam, à même de remplir une partie des missions demandées par l’ONU. Il est actuellement sur le chemin du route vers les Pays-Bas, après avoir réapprovisionné en fuel et eau, le navire français, le BPC Tonnerre. Selon nos informations, l’Italie comme l’Espagne sont prêts à soutenir une action coordonnée européenne, sans automatiquement mettre à disposition des moyens.

Quant au Royaume-Uni, sans se prononcer formellement, il a pris une position publique vigoureuse en retirant ses accréditations à l’ambassadeur du camp Gbagbo. Ce qui a entrainé une riposte immédiate. L’ambassadeur britannique auprès de la Côte d’ivoire, qui réside en fait au Ghana, s’est vu retirer son accréditation par le gouvernement Gbagbo. L’intéressé Nicholas Wescott n’est pas un inconnu de ce blog. Il a été officialisé, début janvier, comme le directeur « Afrique » du service diplomatique européen. Il sera ainsi aux premières loges pour gérer le dossier ivoirien….

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Cote d’Ivoire : réunions d’urgence du COPS entre Noel et Nouvel an

Les 27 ambassadeurs du COPS de l’Union européenne avaient été prévenus avant Noel de ne pas partir trop loin et surtout de rester joignable. Précaution justifiée. Dès le lendemain de Noel, deux deux réunions « de crise » du COPS ont été convoquées successivement, mardi et mercredi (28 et 29 décembre). Etaient présents sinon les ambassadeurs en titre au moins les numéros 2. Sur l’ordre du jour, trois sujets essentiellement. Tout d’abord, déterminer une nouvelle liste de personnalités interdites de visas. Une liste d’environ 60 noms est en confection qui vont s’ajouter aux 19 noms déjà couchés sur papier avant Noel. Ensuite, se mettre d’accord sur une position diplomatique commune : comme ne pas reconnaître les ambassadeurs du camp Gbagbo. Il s’agit également de préparer les décisions pour le gel des avoirs. Enfin, examiner quelques mesures de sécurité, notamment pour renforcer l’ONUCI (la force de l’ONU en Côte d’Ivoire).

Une demande d’aide de l’ONU

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, a en effet écrit, le 23 décembre, aux Européens (Français et Britanniques), ainsi qu’aux membres du Conseil de sécurité, pour leur demander de pourvoir une aide à l’Onuci. La ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a à son tour pris sa plume pour demander à la Haute représentante de l’Union de bien vouloir prendre coordonner les offres que pourraient faire les Européens.

Précisions également que l’Amsterdam, navire de soutien et de ravitaillement de la marine néerlandaise, devrait être à pied d’oeuvre au large des côtes ivoiriennes le 3 janvier.

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Côte d’Ivoire : « les crimes ne resteront pas impunis » dit l’Europe

(Texte complet) « La Haute Représentante est extrêmement préoccupée par la dégradation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire, en particulier les rapports de violences contre des civils, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, ainsi que des violations du droit de rassemblement pacifique et d’expression. » a expliqué sa porte-parole dans un communiqué diffusé mercredi soir (*).

La Haute représentante « met en garde ceux qui commettent des violations des droits de l’homme ou s’en prennent à l’ONUCI, et ceux qui y incitent. L’UE appelle à l’arrêt immédiat de ces violences et souligne la nécessité que les populations civiles et les défenseurs des droits de l’Homme soient protégés. Elle souligne la nécessité que ces crimes ne restent pas impunis. »

Elle indique les premières sanctions déjà prises. « Les premières mesures prises par l’UE à l’encontre de 19 personnalités ivoiriennes sont entrées en vigueur aujourd’hui à 12:00. »

Lever le blocus de l’ONUCI et de Ouattara

L’UE insiste également « sur la levée du blocage de l’hôtel du Golf de sorte que le Président Ouattara et les membres de son gouvernement puissent exercer leur liberté de mouvements, y inclus l’accès aux bâtiments officiels  et à  la Radio Télévision Ivoirienne.  D’une manière générale, la liberté de circulation doit être respectée. »

Le président Gbagbo doit partir, « sans délai »

Le communiqué réitère sa position sur le résultat des élections. L’UE rappelle que le résultat de l’élection présidentielle en faveur du Président Ouattara ne peut pas être soumis à une quelconque nouvelle évaluation ni remis en cause. Il importe au contraire que la passation de pouvoir prenne place sans délais et sans autre préalable. Le seul dialogue possible est celui qui permettrait le respect du résultat de l’élection et la passation effective du pouvoir.  L’UE salue les déclarations  sans équivoque du SG des NU et s’aligne sur le consensus international qu’elles représentent; elle salue également la convocation d’une session spéciale du Conseil des Droits de l’Homme et du Sommet extraordinaire de la CEDEAO. »

(*) Ce procédé de communiqué du porte-parole et non de la Haute représentante elle-même se justifie généralement pour des raisons de rapidité (il n’y a pas de temps matériel d’avoir un accord formel des Etats membres), des raisons politiques (un ou plusieurs Etats ne partagent pas nécessairement la vue du communiqué ou n’en partage pas l’opportunité sans s’y opposer) ou pratiques (absence de la HR). Communiqué diffusé en français, fait assez rare pour être signalé.

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Les sanctions possibles contre la Côte d’Ivoire. L’UE à la remorque des Etats-Unis

Toute la journée depuis hier, le message a été ressassé par les responsables européens. L’Union européenne a « fait tout ce qu’elle pouvait faire et le plus rapidement possible ». Seulement ce soir, l’UE malgré son avance prise dans certaines décisions (sur les visas) est rattrapée d’une part par la situation sur place, d’autre par la volonté américaine d’augmenter d’un degré la pression sur Gbagbo en annonçant étudier avec les pays de la région comment renforcer la mission de l’ONUCI. Du coup, les Européens se retrouvent un peu hors course, en refusant d’envisager cette option.

Voici le tour d’horizon des sanctions envisagées ou possibles.

Les sanctions politiques

La décision d’interdiction des visas. Décidée le 13 décembre, elle est entrée en vigueur le 22 décembre à 12h précise la porte-parole de Me Ashton (*). Elle concerne 19 personnalités, dont Laurent Gbagbo et une de ses femmes, ainsi que ses proches. Cette liste pourrait « s’allonger si nécessaire » confirme-t-on coté européen. Aux Etats-Unis le porte parole a déjà annoncé que cette liste pourrait contenir des dizaines de noms. Il a également précisé que cette mesure s’appliquait aux visas déjà délivrés mais apparemment pas aux enfants de Gbagbo (une de ses filles vit aux Etats-Unis).

• L’interdiction de contact. Les Européens n’ont officiellement de contact qu’avec le gouvernement Ouattara. Le principe est de ne prendre aucun contact avec les personnalités du camp Gbagbo. De même, seuls les ambassadeurs reconnus par Ouattara seront accrédités, pas ceux du camp Gbagbo.

Les mesures économiques

Le gel des avoirs. Il concerne à la fois le gel des avoirs détenus sur le sol européen et le gel des mouvements. Cette décision est complexe et nécessite un délai. Les experts européens reconnaissent qu’il est possible que des fuites se produisent avant cela. En attendant la Banque mondiale a gelé l’attribution de ses fonds.

Les avoirs ivoiriens à la BCEAO. C’est dans cette action que les Européens misent essentiellement pour asphyxier le camp Gbagbo. Transférer le compte officiel et les avoirs au nouveau gouvernement serait primordial. Ouattara connait bien la banque, il en a été un des présidents. NB : si la parité fixe du CFA à l’Euro est garantie par le Trésor français, les réserves de la BCEAO demeurent propriété de la banque.

Le gel des relations industrielles. Cette option n’est pas évoquée. La richesse de la Côte d’Ivoire repose essentiellement sur deux produits : le cacao et le pétrole. Si des sanctions financières sont prises, la logique voudrait qu’il soit « illégal d’avoir des relations commerciales (et donc des transferts de fond) avec les autorités ».

La suspension des accords de Cotonou et de l’aide au développement. Elle n’est pas à l’ordre du jour coté européen. Pour deux raisons. D’une part, cela supposerait d’entamer des consultations avec le gouvernement concerné, donc des contacts avec le camp Gbagbo. D’autre part, il existe un gouvernement légitime, représenté par Ouattara. Et celui-ci a nommé l’ancien Premier ministre de Gbagbo, Guillaume Soro. D’une certaine façon, il y a ainsi continuité du pouvoir. De son coté, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a annoncé mercredi à Paris avoir gelé les prêts à la Côte d’ivoire.

Les mesures militaires

La coopération consulaire. Une coopération consulaire est actuellement engagée entre tous les pays qui ont une ambassade sur place (France, Allemagne, Belgique…). C’est normalement l’ambassade de l’Union européenne sur place qui a la responsabilité de coordonner les moyens européens. Mais son effectif a été réduit au plus strict minimum. 3 personnes resteraient durant la période de Noel.

• L’évacuation des citoyens européens. Si évacuation, il y a lieu, c’est la France, pays qui a le plus de ressortissants et le plus de moyens sur place, qui assurera la coordination des moyens européens. Il y a pour l’instant une « recommandation » de quitter le pays, mais pas « d’ordre d’évacuation« , la nuance est importante. De plus, l’arrivée du bateau néerlandais, le Hr Ms Amsterdam, ainsi que la présence du BPC Tonnerre, qui ont tous deux une grosse capacité d’accueil.

L’intervention militaire autonome. Elle n’est pas à l’ordre du jour. L’Europe répondra aux besoins quand ils seront exprimés. « Nous sommes dans une logique de réponse à un besoin. On ne va pas déployer une force pour déployer ou tester un concept. Ce sont aux Nations-unies de déterminer leurs besoins » explique un spécialiste du sujet.

Le soutien à l’ONUCI. L’objectif sera de toute façon de renforcer les forces de l’ONU (Onuci) plutôt que de déployer une force ex nihilo. La résolution des nations-unies prolongeant la mission jusqu’à juin 2011 n’a pas été facile à obtenir et avoir une nouvelle résolution serait difficile et long. Plusieurs options sont ainsi possibles :

  • 1) un transfert des forces présentes au Liberia.
  • 2) un renfort des pays de la CEDEAO qui disposent d’une force en attente (stand by), de 2700 hommes, qui sera complétée par 3700 autres prochainement, commandée par les Nigériens, entraînée par les Français, certifiée par les Européens (lors du processus / exercice Eurorecamp), financée par l’UE, les USA et d’autres contribueteurs. La CEDEAO avait d’ailleurs déjà déployé en 2003, ses forces durant les élections et avait ensuite passé le relais à l’ONUCI. Dans ce cas, les pays africains pourraient demander aux Européens un soutien financier (que l’UE peut fournir), voire un soutien logistique. Pour en savoir plus, lire la fiche de Madeleine Odzolo Modo sur le site opérations de paix. La CEDEAO se réunit en sommet exceptionnel à Abuja, au Nigeria, vendredi 24 décembre.
  • 3) Un soutien direct. Cette option n’a pas la préférence des Européens, du moins du coté du cabinet Ashton.

Les Américains et le gouvernement ivoirien pour le langage de la force

Coté américain, on prend cependant la situation très au sérieux. Et le porte-parole du Département d’Etat a consacré à ce sujet une bonne partie de son briefing quotidien, mercredi. « Nous savons que la force des Nations-unies en Cote d’Ivoire a eu un grand effet stabilisateur et nous avons des discussions avec d’autres pays de la région pour voir comment renforcer les forces de maintien de la paix » a expliqué Philip Crowley. « Ce qui montre clairement que le président Gbagbo n’a pas d’autre choix que de partir« . Dans l’esprit de Washington, c’est clair : « It could be that that kind of reinforcement could be another way to send a clear message to President Gbagbo« . Apparemment coté européen, on ne comprend pas ce langage de la force, pourtant réclamé par le premier ministre légitime, G. Soro.

(*) Aucune décision n’est pas parue au JO mercredi matin. Et a priori, selon le principe de légalité, qui plus est en matière de privation de liberté publique, une décision ne peut être prise de manière rétroactive. Maintenant, l’accès à un territoire reste toujours soumis au bon vouloir de l’Etat d’accueil.
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