Congo Grands Lacs

L. Michel: des militaires de l’UE pour sécuriser les humanitaires


Le Commissaire européen à l’aide humanitaire et au développement,
Louis Michel, qui revient d’un voyage de 48 heures entre Kinshasa (RD Congo)et Kigali (Rwanda), avait fixé rendez-vous à la presse à son arrivée à 6h30 (du matin). En fait l’avion était un peu…
en avance. Donc la conférence de presse, improvisée, a commencé quelques minutes après 6h00, au milieu du hall d’arrivée de l’aéroport de Zaventem. Avec en toile de fond, les vacanciers qui
revenaient de leurs séjours lointains. Autant dire qu’à cette heure là, les journalistes présents n’étaient pas très frais et se comptaient sur les bout des doigts – à part les médias belges
télévisés (Rtbf, Rtl, Vrt…), Belga – seuls Radio France et votre serviteur… Mais Louis Michel s’est prêté – avec tout le temps qu’il fallait au jeu des questions réponses. Extraits…

Après 48 heures d’allées et venues, pensez-vous qu’une solution est possible ?
Oui. Je crois à une solution politique. J’ai parlé à Kabila (président du Congo) et à Kagamé (son homologue
rwandais). Ils sont tous les deux d’accord pour négocier, avec tous les parties concernées – le Burundi, l’Ouganda, les organisations régionales -. Il y a une dynamique positive qui peut
s’enclencher. L’élément qui change, c’est que Kinshasa est prêt à discuter avec tout le monde, y compris le CNDP (le mouvement du général rebelle tutsi Laurent Nkunda). Mais pour réussir l’accord
de paix, un « Nairobi 2 » (*), il faut éviter de répéter les erreurs du passé. Il faudra surtout avoir un « monitoring » international, pour suivre, pas à pas, les progrès de l’accord. Avec des
moyens et un agenda. La communauté internationale ne peut pas se désengager de cette région qui est un facteur de stabilité non seulement pour le Congo mais pour toute la région et en Afrique.

Le Congo comme au Darfour ?
Je me refuse à faire ce genre de comparaisons. Il n’y a pas de gradation dans laes valeurs d’atteinte aux droits de l’homme. Mais on peut dire que la
situation est comparable. Je vois quand une différence. Je crois qu’avec un peu plus de volontarisme des parties, de la communauté internationale, on pourrait parvenir une solution. Je ne suis pas
sûr qu’au Darfour, ce soit possible comme çà l’est au Congo. (…) On sait ce qu’il faut faire, on connaît les données, de l’accord, où est le cadre, le copromis, qu’on arrête alors de faire
semblant qu’on ne le sait pas.

Faut-il donc une intervention militaire de l’Union européenne ?
S’il s’agit d’une intervention militaire pour régler le conflit, je n’y crois pas. L’avantage d’une force militaire
tournerait à l’inconvénient. Cette présence militaire serait considérée comme partie prenante au conflit. S’il s’agit, en revanche, d’une force militaire qui consiste à sécuriser le travail des
humanitaires, des ONGs – comme le propose Bernard Kouchner et le gouvernement belge  -, je suis pour. C’est essentiel. Il faut permettre aux ONGs d’assister ces dizaines de milliers de
personnes qui manquent de tout. La situation est dramatique. Il ya des dizaines de milliers de personnes qui manquent de tout. L’armée congolaise s’est enfuie, et on assiste à une recrudescence
dela pratique du pillage et des extorsions en tous genres. Il faut absolument aider ces populations. Il faudra sans doute aussi renforcer la Monuc. Je ne suis pas un spécialiste de cette question,
mais je crois qu’avant d’avoir des hommes supplémentaires, il faut surtout des moyens logistiques en plus.

Les moyens de l’Europe sont-ils suffisants pour l’aide humanitaire ?
Les opérateurs humanitaires sur le terrain savent bien qu’ils n’ont qu’un coup de fil à donner et que dans l’instant
on peut décider. La Commission a versé 800 000 euros et je peux débloquer 3 millions d’euros supplémentaires. Ca peut aller très vite. Car les contrôles se font ex-post (a posteriori). J’aimerai
bien qu’on ait la même rapidité pour l’aide au développement. Mais cela ne semble pas possible.

La force des Nations-Unies, la Monuc, semble impuissante, le Rwanda paraît impliqué ? Quel est votre sentiment ?
Il faut éviter d’incriminer qui que ce soit. Les Casques bleus font un
travail difficile. il faut les soutenir. De façon générale, tout ce qui consiste à exalter les antagonismes, à pointer du doigt un coupable éventuel, est dangereux. Il ne faut pas exciter la haine,
mais faire converger les points de vue..

(*) Un accord avait été signé à Nairobi en novembre 2007 entre le Congo et le Rwanda notamment pour « éliminer la menace » constituée par les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de la
Libération du Rwanda (FDLR) réfugiés depuis quatorze ans dans l’ex-Zaïre.

Photo © NGV
(Cette interview est la version longue d’un article paru dans Ouest-France dimanche)

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Au Congo la diplomatie UE s’active, les militaires en coulisse

La solution sera avant tout « diplomatique ». C’est le leitmotiv actuel de tous les responsables européens qui, sur tous les tons, expliquent qu’au Congo, la place reste à la diplomatie. Bernard
Kouchner et David Milliband, les ministres français et britanniques seront ainsi sur place aujourd’hui, à Kinshasa et Kigali. Tandis que le commissaire européen à l’action humanitaire, Louis Michel
revient ce matin, d’une tournée de 48 heures. Son compatriote, le ministre des Affaires étrangères belge, De Gucht, se rend à Kigali. Pendant ce temps, le Haut représentant de la diplomatie de
l’Union, Javier Solana s’active au téléphone, ayant successivement les principaux responsables politiques de la région (Kagamé au Rwanda, Kabila au Congo)…  Tout le monde se retrouvera, ce
lundi, à Marseille pour une réunion informelle, « Gymnich » un peu spécial normalement consacré à la préparation du sommet avec les Usa, qui se retrouve avec le sujet du Congo en thème principal de
réunion.

La solution militaire au second plan. Cela veut-il dire que toute solution militaire est exclue ? Non. Certes le papier d’option présenté par la présidence française n’a pas été accepté en
l’état aujourd’hui par le COPS (comité de politique et de sécurité). C’est un fait avéré. Cela ne veut pas dire que demain… ce sera pareil. Tout dépendra de l’évolution sur le terrain… et de la
pression médiatique. Même si certains Européens semblent très réticents (Allemands notamment), le souvenir du Rwanda voisin en 1994 pèse sur plusieurs consciences. Et les Européens ne pourront
échapper trop longtemps alors à leurs responsabilités. Le délégué du CICR sur place parle d’une situation catastrophique sur le plan humanitaire dans le Nord Kivu.

L’aide européenne. Concrètement, le Haut représentant a été chargé de plancher sur d’autres solutions que le diplomatique et la Commission europénne sur le soutien humanitaire. Un possible
soutien militaire à la Monuc sur une base plus nationale pourrait être envisagé. Avec une variante : l’envoi d’éléments des Battlegroup déjà constitués (français, belge, voire britannique, on peut
observer l’engagement du ministre britannique, Milliband, sur la question). Le tout sur une opération limitée en durée et en mission – procurer l’aide humanitaire à la population, tenir l’aéroport
de Goma… – qui évite de trop s’immiscer et s’impliquer dans un conflit congo-congolais. Par ailleurs l’Union européenne pourrait offrir à la Monuc, de la capacité d’analyse et de renseignement,
via les spécialistes du centre satellitaire de l’UE de Torrejon.

Quoi qu’il en soit, en matière militaire, l’effet important étant l’effet de surprise, il importe maintenant d’être assez silencieux sur les préparations en cours. Et s’il y a urgence, les éléments
européens seront déployés et on « régularisera » ensuite. 

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Le Battle group franco-allemand partira-t-il au Congo?


Après la France, hier, par une déclaration de Bernard Kouchner, la
Belgique – par la voie de son ministre des Affaires Etrangères, Karel de Gucht, dans une interview dans la Libre Belgique – a estimé nécessaire l’envoi d’un Battlegroup de l’UE au Congo,
près de Goma. Le sujet est désormais ouvertement sur la table à Bruxelles.

Discussion en urgence. Une réunion des 27 ambassadeurs du Comité de politique et de sécurité (COPS) de l’UE a ainsi été convoquée pour ce vendredi (le COPS qui se réunit habituellement le
vendredi n’avait pas prévu de réunion à la veille de Toussaint). Toutes les solutions – y compris l’envoi de forces militaires – sont sur table. Le point a aussi été ajouté à l’ordre du jour de la
réunion (normale) Conseil des ministres des Affaires étrangères et de la défense du 10 novembre. Entretemps, pour résoudre certaines difficultés politiques, les Chefs d’Etat et de gouvernement
pourraient se pencher sur la question, lors de leur réunion au sommet le 7 novembre.

La force de réaction rapide de l’UE. L’Union européenne dispose – sur le papier – d’une force de réaction rapide de plus de 3000 hommes. Deux battlegroups (groupements tactiques en français)
d’au moins 1500 hommes sont effectivement de permanence au niveau européen, chaque semestre (d’ou leur nom : GT1500 ou BG1500). Pour ce second semestre, sont de permanence : un groupe Britannique
et un autre constitué autour de la Brigade franco-allemande (avec des éléments belges, espagnols et luxembourgeois). Un Battlegroup est normalement fait pour être « projeté » dans son entier.
Puisqu’il est autonome, en moyens de soutien, de transport et logistique. C’est donc le Battlegroup « franco-allemand » qui serait le plus susceptible d’être envoyé. A priori…

Le problème du Bundestag. Mais l’Allemagne n’est pas très enthousiaste sur une solution militaire : toute projection hors d’Europe de militaires allemands nécessite en effet un accord du
gouvernement et surtout un mandat du Bundestag. Et ceux qui se souviennent de l’opération européenne au Congo en 2006 savent que pour faire venir les Allemands, cela n’avait pas été facile et qu’il
avait fallu une certaine « pression » politique.

Un Battlegroup au coeur allemand. Le Battlegroup « franco-allemand » comprend environ 2300 hommes – 1600 Allemands, 400 Français et 250 Belges, 40 Espagnols et 20 Luxembourgeois -
commandé par le chef de la Brigade franco-allemande, le général allemand Andreas Berg. Le coeur du Battlegroup est formé de plusieurs compagnies du bataillon de chasseurs de la Bundeswehr
(JgBtl292), qui intègre également une compagnie du 110e régiment français d’infanterie. S’y ajoutent des éléments du bataillon de commandement et de soutien (BCS – unité mixte franco-allemande), du
bataillon d’artillerie blindée 295 (PzArtBtl295) ainsi que du génie 550 (PzPiKp550) renforcés d’éléments belges, du 3e Régiment français de Hussards « Esterhazy » (*), chargé de l’éclairage. La
composante médicale du Battlegroup (Medevac) est fournie par les Belges, avec un détachement de quatre hélicoptères Agusta.

(*) Le régiment « Sarkozy »: Par tradition, les régiments de hussards portent le nom de leur fondateur et premier commandant, en l’occurence, le comte Valentin Ladislas Esterhazy, appartenant
à une des plus vieilles familles nobiliaires hongroises, qui fonda ce corps en février 1764. Même si la révolution française a supprimé les noms de régiment, la tradition a été conservée. Ce
régiment est aussi souvent dénommé, au sein de l’armée, « régiment Sarkozy », par référence à l’identité hongroise du président de la république.

Le Battlegroup britannique est formé à partir de deux bataillons :
– Le 2e RRF (2e bataillon du Royal Regiment of Fusiliers) du 1er juillet au 1er octobre. Jusqu’à récemment, ce bataillon était basé à Chypre et servait de bataillon de réserve en Irak et en
Afghanistan. En 2007, il a été déployé en Afghanistan par deux fois, la première avec deux compagnies, la deuxième avec une compagnie.
– auquel succédra le 4 RIFLES (4e Bataillon « The Rifles ») du 1er octobre au 31 décembre 2008. Le 4e Rifles est basé à Bulford. Et son précédent engagement opérationnel a été en Irak (en 2007).

(Photo : © NGV – certification de l’Etat-Major du Battlegroup francoallemand – mai 2008)

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La situation dégénère au Congo, un Battle group UE en renfort ?



Ce n’est bien sûr pour l’instant
qu’une éventualité. Mais elle est actuellement au coeur de certains scénarios de la présidence française. (Le ministre des Affaires étrangères, français, Bernard Kouchner vient de confirmer
officiellement cette possibilité).

En effet, la mission de l’Onu au Congo (Monuc) – qui avait pris le relais de la mission de l’UE (RD Congo) – est soumise à une pression intense. Les forces de l’ONU sont à la limite de leurs moyens
comme l’a affirmé, mardi, le représentant spécial du Secrétaire général en RDC, Alan Doss, dans une conférence de presse. « La situation est très tendue ». « Il semblerait que le Congrès
national du peuple (CNDP) souhaite attaquer Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, et Rutshuru, à 100km de là, et d’autres centres de population. En vertu de notre mandat, nous essayons
d’empêcher que cela ne se produise », a-t-il expliqué (entretemps, le CNDP est passé à l’action, l’armée congolaise des FARDC s’est repliée, et la population civile fuit la ville).

La Monuc a atteint ses limites et demande des renforts

« Des combats ont eu lieu près des camps de déplacés, qui étaient protégés par la MONUC et les forces gouvernementales. Certaines positions occupées par les FARDC ont été abandonnées, ce
qui a fait peser une pression supplémentaire sur la MONUC », a ajouté Alain Doss. Certains membres des FARDC ont même « perdu le contrôle et se sont mis à tirer sur des agents humanitaires qui
essayaient de mettre des personnes déplacées à l’abri
». « Nous avons fait savoir au gouvernement que cela était inacceptable », a-t-il insisté.

Il a aussi expliqué que la Brigade du Nord-Kivu n’était pas aussi nombreuse qu’on pouvait le penser, pour couvrir un territoire grand comme la France, sans routes et peu de voies de communication.
Et a demandé l’octroi de deux bataillons d’infanterie légère ainsi que de quelques unités des forces spéciales et de police pour la renforcer. Cette demande a été examinée par le Conseil de
sécurité de l’ONU, sans prendre vraiment de décision.

En attendant une décision définitive, le Battlegroup serait l’instrument le plus approprié

Si une décision de renfort s’avère nécessaire, elle devra cependant être effectuée très rapidement, vu la situation sur le terrain. L’armée congolaise a – pour l’instant quitté Goma (selon l’AFP) -
et la population civile fuit. C’est le type même de situation pour lequel un battlegroup de l’Union européenne est amenée à répondre.

Un des Battlegroups de permanence étant composée de français, espagnols, et allemands – qui connaissent bien la région, pour avoir composé les effectifs principaux de l’opération Eufor RD Congo en
2006 – il pourrait être naturel – de plus sous présidence française de l’UE – d’utiliser cet instrument, qui n’a jamais été utilisé jusqu’ici.

On sait que l’Allemagne, qui est la nation cadre de ce battlegroup, est souvent réticente, à l’envoi de ses troupes hors du territoire européen. Mais il faudra aussi poser la question du fondement
de l’existence de ce type d’instrument : si dans cette situation, le Battlegroup n’était pas utilisé, il serait vraiment légitime de se demander quand il le sera, et à quoi sert de mettre en place
une telle type de force de réaction rapide, pour ne pas l’utiliser quand la nécessité l’impose.

NB : La MONUC est présente sur quatre fronts, dont le Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et dans la Province orientale, où l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army), groupe armé
connu pour ses activités sanglantes dans le nord de l’Ouganda était encore récemment active.

(Photo : Marie Frechon / Monuc)

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Mission intérimaire de l’UE au Congo: échec et… mat ?

Une position belge teintée d’amertume


« Mon sentiment est qu’il n’est pas possible
de monter une opération maintenant. »
Karel de Gucht, le ministre des Affaires étrangères belge, l’a confié, avec un peu d’amertume, à quelques journalistes, mardi soir, après le traditionnel
dîner entre membres européens de l’Otan. L’éventualité d’une mission intérimaire de l’UE a donc fait long feu… du moins
pour l’instant. « Il y a un véritable drame humanitaire qui se produit au Congo » précise le Ministre belge. « Mais pas de possibilité d’intervention ».

Pourquoi mourir pour le Congo? Le Ministre qui s’est entretenu avec ses homologues britannique (Miliband),
néerlandais (Verhagen) et français (Kouchner) et devrait s’entretenir avec le suédois à Helsinki (Bildt) en est désormais convaincu. Aucun pays n’est prêt à
assurer le « lead » de l’opération. « Il est clair que (même) la France n’est pas prête à prendre le lead de l’opération. Elle serait sans doute partie pour participer à une telle mission mais de
façon limitée ou en soutien logistique »
. Et sans engagement d’une nation cadre, pas de mission. Une mission intérimaire de l’UE aurait, en effet, impliqué environ 2 à 3000 hommes. Beaucoup
moins que ceux que les pays étaient prêts à engager. « Beaucoup de pays sont en surtension avec l’Afghanistan ». Dans d’autres pays (l’Allemagne n’est pas citée, mais point besoin d’une
grande enquête pour le savoir), l’attention pour le Congo est proche de 0, tant au niveau politique que médiatique, confie un diplomate.

Un soutien à la Monuc faute de mieux. Les Européens pourraient cependant fournir à la MONUC certaines fonctions de soutien comme le transport (C130 ou hélicoptères), les services de
renseignement (des drones, bien utiles dans le Kivu,  et l’interprétation des données), ou une aide à la réforme de sécurité (« à condition qu’il y ait un engagement plus net de l’Etat
congolais, pour le suivi »
). Mais, pour la Belgique, « il n’est pas question de fournir de troupes au sol à la Monuc. Notre contribution aurait pu se faire uniquement dans le cadre
de l’Union européenne »
précise le Ministre, qui fera rapport à ses collègues du gouvernement fédéral dans un Kern (cabinet restreint) ce mercredi matin.

Une position française divisée sur l’opportunité d’intervenir



Avant tout envoi européen,
la Monuc doit se réorganiser
… Ce mardi après-midi, lors d’une séance à la commission des Affaires extérieures (Afet) du Parlement européen, le ministre français de la Défense, Hervé Morin
avait scellé le sort d’une mission intérimaire en déniant toute velléité d’intervention (comme il l’avait déjà fait lors d’une interview précédente) et insisté sur la nécessaire réorganisation de la Monuc, sur plusieurs points essentiels :
1° La répartition des hommes. « Certains hommes de la Monuc sont actuellement sur Kinshasa. Où il ne se passe strictement rien. Cela me paraît normal que nous demandions d’abord à la Monuc – qui
a 60 aéronefs et 16000 militaires – de se réorganiser, de mieux répartir ses troupes. »

2° Le commandement et l’usage de la force. « Il y a un « problème de commandement et d’organisation. La Monuc intervient sous le chapitre VII des Nations-Unies et peut donc utiliser la force mais
se retrouve à ne pas pouvoir l’utiliser car les pays fournissant des troupes ne le veulent pas. Il y a là une contradiction majeure. C’est à la Monuc de mettre en œuvre ses troupes conformément au
mandat donné par des Nations-Unies. »

Un hiatus gouvernemental. Sans ces deux mesures, préalables, le ministre français ne voit pas d’intervention européenne possible. « Il y a comme une contradiction à vouloir envoyer des
forces pour en encadrer d’autres. On peut s’interroger sur la pertinence du dispositif. »
Maintenant, a-t-il reconnu, les Européens ont proposé leur aide pour faciliter l’assistance
humanitaire. Et « la France a toujours indiqué qu’elle pouvait participer à la mise en œuvre du commandement, envoyer des cadres, pour la Monuc.
Apparemment entre Hervé (Morin) et Bernard (Kouchner), pourtant tous deux membres du même gouvernement, et tous deux fidèles de Nicolas Sarkozy, il y a comme une approche qui n’est pas tout à fait
identique.

(Crédit Photos : (De Gucht) diplomatie belge – (Morin) Roland Pellegrino/ECPAD

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Une force intérimaire de l’UE au Congo ?

C’est désormais non pas la volonté de la France ou de la Belgique. Mais une demande quasi-officielle du secrétaire général des Nations-Unies aux pays de l’Union européenne. L’Union européenne
doit envoyer une force « intérimaire » en république démocratique du Congo (RDC, l’ex-Zaïre) a demandé Ban-Ki-Moon, contactant plusieurs pays européens, notamment l’ancienne puissance coloniale (la
Belgique) et la présidence de l’Union européenne (France).

Une concertation d’urgence. Du coup Bernard Kouchner s’est fendu d’un nouveau communiqué : « J’ai demandé qu’un nouvel exercice de concertation se tienne d’urgence à Bruxelles,
notamment pour examiner les suites à donner à la demande des Nations unies »
. Le COPS examine cette question dès ce mardi. Les ministres des affaires étrangères pourront également en parler,
directement, dans les couloirs de l’Otan, mardi et mercredi (réunion du Conseil atlantique). Le COPS se réunira à nouveau vendredi. Et les Ministres se retrouveront, cette fois-ci sous la
bannière de l’Union européenne, lundi 8 décembre… 

Au pire, une coalition de bonnes volontés. L’idée est d’avoir entretemps, pendant « quatre à six mois, une opération proprement dite européenne sous commandement européen », a précisé ce
week-end le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, à la RTBF, qui espère ainsi convaicre 3 ou 4 autres pays membres (*). Toute ressemblance bien sûr avec un battle group serait
surranée ! A défaut d’une mission en tant que telle de l’UE, de Gucht préfère mettre en avant une « coalition de bonnes volontés ». Mais, comme il l’avait confié à New York, il y a quelques jours,
à quelques confrères, la Belgique est, en revanche, plus « réticente », à engager des
troupes belges, dans son ancienne colonie, comme Casques bleus, en raison notamment de la structure de cette force onusienne et de ses règles d’engagement (les circonstances dans lesquelles les
militaires peuvent faire usage de la force).

Ce sera la troisième tentative du couple franco-belge, uni pour l’occasion. Bernard Kouchner avait, le premier, avec les Belges, tiré la sonnette d’alarme, il y a quelques semaines,
demandant l’intervention du battle group. En vain ( Lire « Je n’ai pas réussi à convaincre »). Les Français avaient tenté une deuxième tentative, en demandant aux Européens de s’engager
dans un pont humanitaire. Nouvel échec (lire « la victoire de la vision britannique« ).

Saisissez la nuance… et tout le travail diplomatique qu’il y a derrière ! Après les appels de l’archevêque de Kinshasa, de députés du Nord-Kivu, des principales ONGs présentes et de 16 personnalités, tandis que la situation
reste très tendue sur le terrain où la population est prise en otage du conflit, il sera difficile désormais aux Européens de laisser tomber le Congo ! D’autant qu’une difficulté supplémentaire
est venue s’ajouter sur le renforcement de la Monuc. Le gouvernement de RDC a vertement fait savoir aux Nations-Unies qu’il ne voulait plus de forces indiennes dans l’est du pays. Or l’Inde est
(avec le Malawi) un des seuls Etats à avoir promis des renforts… et que les preuves de crime de guerre s’accumulent.

Crimes de guerre. Comme l’a confirmé, vendredi, Jean-Baptiste Mattei, représentant de la France auprès des Nations unies à Genève et qui s’exprimait au nom de l’UE, précisant – lors d’une
réunion d’urgence du Conseil des droits de l’homme de l’Onu consacrée au Congo, vendredi – que les deux camps procédaient à des exécutions et à des actes de torture dans la province du Nord-Kivu.
Et Navi Pillay, haut commissaire de l’Onu pour les droits de l’homme, « a relevé une détérioration constante de la situation des droits de l’homme », ajoutant que les violences sexuelles
de la part de soldats congolais semblaient augmenter « dans leurs formes les plus brutales ».

(*) Selon mes informations, outre la France et la Belgique, les Pays-Bas et la Suède (éventuellement la Finlande) pourraient soutenir une telle initiative. L’idéal serait qu’un autre « grand pays
de la défense (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni) rejoigne ces « volontaires ».

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China enfant soldat, un témoignage



Enrôlée à neuf ans dans les rangs de la National Resistance Army
(NRA), en Ouganda, China Keitetsi ne quittera son uniforme que dix ans plus tard. Aujourd’hui, elle jette un regard âpre sur ce passé d’enfant soldat.

(article paru dans Ouest-France en juin 2004)

Chaussures de sport, jean, chemise blanche, cette jeune femme de 28 ans pourrait ressembler à toutes celles de sa génération. La casquette de travers, souriante, on ne s’imagine pas pointant une
arme. Et, cependant, sa voix douce et triste, son regard dur et amer, peut en dire long sur ce qu’elle a vécut.

Un passé de sang et de colère. Malgré son jeune âge, China Keitetsi a déjà, en effet, une sérieuse expérience des armes. Elle avait presque 10 ans quand elle décide de quitter la maison
familiale. Battue et méprisée par son père et sa belle-mère, elle fuit à la recherche de sa vraie mère. En chemin, elle est hébergée par des hommes de la National Resistance Army (NRA), le
mouvement rebelle dirigé par Yoweri Museveni. Elle ne les quittera plus.

Son fidèle « jouet » : l’Uzi. « Quand je me réveillai — raconte-t-elle dans son livre —, je vis des enfants, petits et grands, marchant aux cotés d’un homme en uniforme militaire. … J’espérai
jouer avec eux. » Elle est incorporée. « Le lendemain, nous apprîmes à nous mettre à l’abri et à attaquer à la baïonnette. Toutefois, comme l’AK-47 était plus grand que la plupart des enfants,
ceux-ci s’exerçaient le plus souvent avec un morceau de bois. ». Au bout de quelques semaines, celle qui a été rebaptisée China, à cause de ses yeux bridés, reçoit un uniforme et un Uzi – la
version israëlienne des Kalachnikov, un peu plus courte. Ses nouveaux jouets… « Moi et d’autres enfants fûmes choisis pour former une unité de commando spéciale, ce qui nous permit enfin de
participer aux réelles actions militaires. Je croyais encore qu’il s’agissait d’une sorte de jeu et trépignais d’impatience » Elle déchante rapidement. « C’était tout sauf un jeu ».

La violence est le pain quotidien. Les filles sont doublement victimes, abusées par leurs collègues masculins. China reste cependant. Que faire d’autre ? « Nous n’avions rien vers quoi nous
tourner. Nous ne pouvions pas renoncer.» Elle marchera ainsi jusqu’à la prise du pouvoir par la NRA. Museveni devient chef de l’Etat. La guerre ne cesse pas. Elle tente bien le retour à la vie
civile mais ne se réadapte pas. De camp en camp, elle devient garde du corps de plusieurs officiers puis sert dans la police militaire. Dans ce contexte troublé, elle rencontre  cependant
l’homme qui la marque de son amour, le père de son enfant né en 1991, Moses Drago. En août 1995, craignant pour sa vie, elle passe au Kenya puis en Afrique du sud. Elle accouche d’un deuxième
enfant, une fille. Au bout de quelques années d’une période difficile, faite de petits boulots, de rencontres pas toujours heureuses, elle franchit le pas.

Quitter l’Afrique. Le bureau du Haut Commissariat des réfugiés lui délivre un visa. Elle s’envole pour le Danemark. A Copenhague, les premiers pas seront surréalistes. « J’ai été choquée —
me raconte-t-elle — de voir que les gens de mon âge n’ont  pas d’enfant, vont à l’école, n’ont pas tant de responsabilités à penser. Je ne savais pas quoi leur dire. Et au Danemark, même un
chien à une maison, des parents.». Il fallait aussi se réadapter à une vie ordinaire. « Quand tu es dans l’armée, ton boss te dis quoi faire, quoi penser, ce qu’il faut ressentir. Jour après jour,
c’est la même chose. Ici il faut penser par toi-même, prendre les décisions, apprendre, tout apprendre ».

A commencer par les émotions. « Dans l’armée, je devais sourire en saluant « yes Sir ». Maintenant quand je souris, je le sens. Je suis heureuse aussi de pouvoir pleurer. » Petit à petit lui
vint l’idée d’écrire le livre, une sorte de thérapie. « Cela a été comme une prise de conscience, de tous ces morts qui m’entourent, de tous les crimes commis. En Afrique, j’étais habitée par le
sentiment de vengeance. Tout cela m’a quitté car en venant en Europe, j’ai vu le prix de la vie. » C’est un succès. Elle est reçue aux Nations-Unies, par Nelson Mandela, devient un symbole vivant
pour l’Unicef engagée dans une campagne contre les enfants soldats… Ce qui n’est du goût de tout le monde, notamment du gouvernement  ougandais de Museveni, qui tente de l’intimider. Il lui en
faut davantage pour lui faire peur. Nombre de ses compagnons de route sont morts, face dans la boue, quand ce n’est pas du Sida. « Si j’étais morte, le gouvernement ne se serait jamais soucié de
moi ».

Aujourd’hui, son plus grand désir est ailleurs : ramener ses enfants au Danemark. « Ma fille vit en Afrique du Sud avec sa famille, mon fils est en Ouganda avec sa tante. J’espère qu’en décembre,
ils seront tous les deux avec moi. C’est facile à dire, plus difficile à faire… (silence). Je suis seule. Mes sœurs, mes parents sont morts. Il est temps de prouver à moi-même que je peux être
une mère ».
.
• China Keitetsi, « La petite fille à la Kalachnikov. Ma vie d’enfant soldat », Ed. Complexe / Unicef / Grip, 17,90 euros, 280 pages (en librairie le 16 juin)

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Opération Artémis Congo, un succès. Défauts de jeunesse de la PESD

(publié dans Agence Europe, septembre 2003). L’opération Artémis au Congo est un succès même si la coopération européenne en matière de défense souffre encore de défauts de jeunesse

L’Union européenne a dressé, mercredi, devant la presse, le bilan de la mission Artémis. Menée à Bunia du 12 juin au 1er septembre, cette opération a vu la participation de 17 pays européens -
assistés du Brésil, du Canada et de l’Afrique du sud – et l’engagement de 2000 hommes au total (avec les relèves) dont 400 étaient situés sur la base arrière à Entebbe (Ouganda). Elle est désormais
relayée par la Mission des Nations-Unies au Congo (Monuc) ; les derniers soldats présents à Bunia, 300 français, ayant regagné leur base samedi dernier.

Succès opérationnel et politique. “Nous considérons cette opération comme un grand succès », s’est félicité Aldo Ajello, le représentant spécial de l’Union européenne pour la région
des Grands lacs, “d’un double point de vue, humanitaire et politique”. “A l’arrivée des premiers soldats, il y avait peu de gens dans la ville, un grand nombre de soldats, des enfants
bien souvent, aux yeux vitreux et armés de kalatchnikov qui les dépassaient
” a-t-il témoigné. « Quelques semaines plus tard, j’y suis retourné avec Javier Solana (le secrétaire général du
Conseil et Haut représentant pour la politique extérieure), les gens étaient revenus, il n’y avait plus d’armes en ville, du moins d’armes visibles, et les enfants soldats avaient disparu. Il y a
une semaine, la situation s’était encore améliorée et la venue du contingent de la Monuc, fort de 5000 hommes et surtout d’hélicoptères indiens de combat, qui va se déployer en Ituri produit déjà
une forte impression sur les milices”
. ["L’Union européenne a fait la preuve de sa réactivité et de sa capacité militaire à s’engager dans une opération qui était une réponse urgente à une
situation dramatique."
] D’un point de vue politique, “le blocage du processus de paix a été levé, l’hypothèque de l’intervention de pays étrangers (Ouganda et Rwanda) a été éloignée.
Toutes les institutions sont là et fonctionnent. Un chef d’Etat major, quatre vice-présidents ont été nommés. L’assemblée parlementaire a été mise en place. Une unité de police intégrée de 3000
hommes, composée de toutes les composantes du gouvernement est en cours de constitution pour être envoyée en Ituri
”.

Mais un succès précaire. Aldo Ajello a cependant reconnu que ce succès était précaire. “Effectivement les milices continuent d’engager. Mais ce n’est pas étonnant. A chaque fin de
conflit, c’est le même phénomène. Chacun tente de se positionner face au pouvoir, pour montrer sa force… Il est donc urgent de former rapidement une nouvelle armée congolaise et simultanément de
procéder à la démobilisation des milices et leur réintégration “soit dans l’armée, soit dans la vie civile.
Si le représentant spécial a assuré que “tous les criminels de guerre seront
poursuivis devant la nouvelle Cour pénale internationale”
, il a aussi souligné “que subsiste un problème pour les faits remontant avant 2002.” Point qui pourrait trouver une solution
dans l’avenir. L’Union européenne reste, de toute façon, engagée dans la région en apportant un soutien financier de 205 millions d’euros au processus de paix et technique (structuration et
formation de forces de police, appui judiciaire par la formation de juges et de gardiens de prison, appui à l’administration).

Intervention rapide mais faiblesses pour les opérations futures. Tirant une leçon de cette opération, le chef de l’état-major militaire de l’UE, le lieutenant-général Rainer Schuwirth, a
pour sa part fait remarqué que cette opération “a montré la capacité de l’Union européenne à intervenir rapidement et fortement”. Un propos partagé par le général français Bruno Neveux ,
commandant de l’opération Artémis. Le chef d’état-major militaire a mis en avant deux points qui pourraient être des faiblesses lors d’opérations futures : “la question des transports
surtout quand le théâtre d’opérations est éloigné de l’Europe et “les moyens de transmission et de communication”.

Quartier général à Paris a bien fonctionné. Quant à la nécessité d’un quartier général européen, basé à Tervuren, c’est le général Neveux qui semblait plus mitigé. Sans vouloir prendre
partie, “cette décision relève d’une décision politique”, le commandant de l’opération Artémis a plutôt souligné “que le concept de nation cadre a parfaitement fonctionné. Il a offert
la structure pour lancer une opération en liaison avec toutes les institutions à Bruxelles
.” La France a, en effet, fourni les commandants de l’opération ainsi que l’ossature des états-majors
correspondants et pu tirer partie du soutien apporté par ses différentes bases dans plusieurs pays d’Afrique (Tchad, Libreville, Entebbe). Pour la première fois, un état-major européen de niveau
stratégique, “l’Operation Headquarters” (OHQ) avait d’ailleurs été mis en place à Paris.
 
Depuis 1999, l’Ituri, région située à l’ouest de la république démocratique du Congo (ex-Zaïre) près de l’Ouganda, est le théâtre d’affrontements violents qui ont fait quelque 50 000 morts et 500
000 déplacés.

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