Congo Grands Lacs

Congo : l’avertissement, un peu tardif, de l’UE

(BRUXELLES2) L’Europe va « réévaluer son soutien aux prochaines étapes du processus démocratique congolais ». C’est le sens du communiqué que vient de faire diffuser la Haute représentante au nom de l’Union européenne après la publication (le 16 décembre) par la Cour Suprême de Justice des résultats définitifs des élections présidentielles en RD Congo. Un communiqué un peu tardif puisque c’est aujourd’hui que le président reconnu vainqueur des élections Joseph Kabila a été investi dans ses fonctions ; une cérémonie boudée par les principaux pays européens qui n’étaient représentés que par leur ambassadeur et qui s’est déroulée sous haute protection de la police et de l’armée, comme le rapporte radio Okapi.

Sérieuses préoccupations

L’UE « réitère (en effet) sa préoccupation quant aux déficiences sérieuses et l’absence de transparence dans la compilation et la publication des résultats », rapportées entre autres par la Mission d’observation électorale de l’UE, et qui « affect(e)nt la confiance dans le processus électoral ».

Les recommandations de l’UE

Des leçons doivent être « tirées sans attendre » pour que la compilation des résultats pour les élections législatives « soit faite dans des conditions garantissant transparence et crédibilité ». L’UE encourage ainsi « résolument » la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et les autorités congolaises à 1) tenir compte des préoccupations des missions d’observation, 2) à mettre en œuvre leurs recommandations et 3) à s’ouvrir à la coopération avec l’opposition.

La nécessité de justice

L’UE demande aussi que « lumière soit faite sur les violations alléguées des droits de l’homme rapportées dans le contexte électoral » et, « s’il y a lieu, que les responsables soient traduits en justice ». Elle réitère la « première responsabilité des autorités congolaises d’assurer la sécurité des citoyens ».

L’arrêt de la violence

Elle demande à « toutes » les forces politiques de « préserver la paix. Toute action de violence doit être proscrite en même temps que le droit légitime de s’exprimer doit être préservé. » Une position qui peut être aussi entendu comme un message au pouvoir mais aussi à l’opposition, pas inutile alors que l’opposant officiellement battu, Etienne Tshisekedi refuse la sentence de la commission électorale. Il a appelé l’armée à lui obéir et arrêter Joseph Kabila. Des manifestations ont lieu encore à Kinshasa. Et à Bruxelles, le quartier « congolais » de Matongue (à Ixelles), à deux pas du Parlement européen, est le théâtre depuis plusieurs jours à des manifestations à l’appel de partisans de l’opposant Tshisekedi qui dégénèrent assez régulièrement en échaufourées avec la police (*).

Commentaire : on peut se demander comment les Européens vont réagir si la situation dérape dans une situation à l’ivoirienne. Il serait sans doute nécessaire de faire une « planification prudente » des moyens possibles d’intervention plus robustes à la fois en terme diplomatique et d’assistance électorale, voire de nature économique (sanctions), ou militaire, si la situation le nécessitait. On ne pourra pas prétexter pour le Congo la « surprise stratégique » comme cela a été le cas pour le « printemps arabe ». Et il ne serait pas « normal » que l’UE n’y soit pas dûment préparée. Les hésitations et louvoiements que l’on a connus lors de la crise libyenne ne devront plus être de mise.

(*) Au point que le bourgmestre d’Ixelles comme son voisin d’Etterbeek (commune où se trouvent la plupart des institutions européennes) a interdit tout rassemblement de plus de 10 personnes.
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Koen Vervaeke chargé des Grands lacs au Service diplomatique

(BRUXELLES2) Le Belge Koen Vervaeke a été nommé coordinateur pour la région des grands Lacs (Congo, Rwanda, Burundi). Un poste spécialement créé pour pallier la disposition du représentant spécial de l’UE dans cette région. La Belgique, notamment, ancienne puissance tutélaire, avait averti du risque de perdre ainsi une possibilité de contact unique dans une région plus que troublée.

Koen Vervaeke, a été nommé récemment directeur Afrique de l’Est et Australe et Océan indien au service diplomatique de l’UE (SEAE), après avoir été pendant plusieurs années le représentant spécial de l’UE auprès de l’Union africaine. C’est un « vieux » routier de l’Afrique mais a aussi été proche du pouvoir pour avoir exercé pendant plusieurs années au cabinet de Louis Michel quand celui-ci était ministre des Affaires étrangères (gouvernement de Guy Verhofstadt).

Il exercera ses fonctions de coordinateur en plus de son poste de directeur. L’objectif pour l’UE est « d’assurer la paix et la réconciliation dans une zone marquée par des conflits » récents et sanglants, et qui couvent toujours sous la cendre. Il aura mandat de prendre contact et coordonner l’action de l’UE « avec les organisations régionales, les acteurs internationaux et non gouvernementaux ». Il agira en tant que représentant de l’UE dans le Groupe de contact des Grands Lacs et fera rapport aux Etats membres par l’intermédiaire du groupe de travail Afrique et le Comité politique et de sécurité (COPS).

Son mandat couvre « l’ensemble des opérations et des instruments (de l’UE) pour aborder les questions qui posent une menace pour la stabilité de la région, y compris l’exploitation illégale des ressources naturelles, la réforme du secteur de la sécurité et la violence sexuelle ». Il devrait ainsi être le référent n°1 au SEAE pour les missions EUPOL et EUSEC, déployées au Congo Rdc et respectivement chargées de l’assistance à la police et au secteur de la sécurité congolais.

Le service diplomatique de l’UE inaugure ainsi un poste d’un nouveau genre : le « coordinateur spécial » qui permet de désigner un responsable principal au SEAE pour une zone de conflits, sans recourir au procédé du représentant spécial – un peu plus lourd à mettre en oeuvre et qui nécessite l’accord des Etats membres – et en préservant l’unité de structure du service, sans rajouter un échelon de hiérarchie supplémentaire. Plutôt intelligent a priori. A voir à l’usage, si un « directeur » trouve suffisamment de temps et d’énergie pour être sur le terrain.

Lire aussi :

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L’OpPlan de la mission EUSEC Congo modifié. On recrute

(BRUXELLES2) Le chef de la mission EUSEC Congo, le général A. Martins, a lancé un appel à candidatures aux Etats membres pour une quarantaine de postes.  Certains sont ouverts à des contractuels (Analyste, Expert en Génie, Directeur Administratif, Finance, Soutien, Expert Marchés publics). La plupart des autres sont pour des militaires détachement (Conseiller auprès du Ministre de la Défense, Conseiller auprès du Chef d’Etat-major Général, Chef Conseil Régions Militaires, Expert Droits de l’Homme/Genre, Gestionnaire Logistique, porte-parole, expert en formation ou conseiller dans les régions militaires, logicsticien…).

Une différence importante. En effet, pour les postes détachés, « seules les propositions reçues via les canaux officiels des EM seront prises en considérations » est-il précisé. Tandis que pour les personnels sous contrat, c’est le chef de mission qui assure le recrutement directement (contact : recrutement@eusec-rdc.eu). Délai : avant le 4 novembre. Les postes sont situés à Kinshasa pour la plupart, mais certains sont dans les régions (Goma, Bukavu, Lubumbashi). Durée de l’engagement ou du contrat : 1 an en général. Télécharger la liste des postes

Redéfinition de la mission

Le plan d’opération de la mission EUSEC Congo a été revu, fin septembre, fixant dorénavant 5 objectifs à la mission :

  • l’appui et le conseil au niveau stratégique à Kinshasa et dans les Régions militaires,
  • la consolidation de l’administration et la mise en place d’un système de gestion des ressources humaines s’appuyant sur les travaux en cours,
  • la modernisation de la logistique,
  • la relance du système de formation, particulièrement des cadres, avec notamment le soutien au projet d’Ecole d’administration et d’Académie militaire à Kananga et d’Ecole de la logistique à Kinshasa,
  • les activités liées à la lutte contre l’impunité dans les domaines du respect des droits de l’Homme et du genre, y inclus les violences sexuelles.
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Eusec Congo recrute quelques officiers pour courte durée

(BRUXELLES2) Les ambassadeurs du COPS sont tombés d’accord pour recruter quelques officiers supplémentaires pour de la mission européenne d’assistance à la réforme de sécurité au Congo (EUSEC RD Congo). Le chef de mission souhaitait, en effet, un renfort temporaire de la mission afin de pouvoir finaliser le projet distribution des cartes d’identité militaires (Projet CIM) au plus tard le 30 septembre 2011. Le renfort est limité en nombre – 5 à 6 officiers et/ou sous-officiers supérieurs – et dans le temps – pour une durée de trois mois. Un appel à candidatures pour des experts nationaux détachés a donc été lancé.

Ces officiers auront pour tâche d’assurer le contrôle dans un des centres de distribution au Nord Kivu, Sud Kivu ou en Province Orientale. Selon la fiche de poste, il s’agit notamment d’assister, de conseiller et de soutenir les équipes FARDC dans les opérations de recensement et de distribution des cartes d’identité militaires (CIM) ; de superviser l’opération de distribution des CIM et de contrôler la bonne application des procédures de distribution par l’ensemble du personnel FARDC.

Nationalité d’un des 27 Etats membres. Français obligatoire (c’est assez rare pour être signalé :-) et Anglais pratiqué (pour la liaison avec la Monusco). Date limite : le plus vite possible. Modalités : par votre autorité hiérarchique ou par le biais de la représentation permanente de l’UE à Bruxelles.

Précision importante : malgré sa forte tonalité militaire, EUSEC Congo est une mission « civile » de l’Union européenne. Du fait de sa spécificité, elle est placée directement sous l’autorité « politique et stratégique » des ambassadeurs du COPS (le Comité politique et de sécurité) et non sous l’autorité du commandant des opérations civiles.

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Crash d’un avion de l’ONU au Congo : 32 morts dont 2 Belges (MAJ)

(crédit : MONUSCO)

(BRUXELLES2/maj: 20h) Les chiffres les plus divers ont circulé. Mais le bilan est désormais définitif.  32 personnes – équipage, casques bleus et experts internationaux – ont trouvé la mort lundi dans l’accident sur l’aéroport international de Kinshasa d’un avion affrété par la mission des Nations-Unies au Congo (MONUSCO). 33 personnes se trouvaient à bord (29 passagers et 4 membres d’équipage). 1 seule – un jeune officier Congolais – est rescapée. Mais il est dans un état critique (dans le coma d’après les dernières indications).

Les circonstances de l’accident restent encore à éclaircir. Les boîtes noires sont en examen. L’accident s’est produit vers 14h locales quand l’avion se trouvait en phase d’atterrissage, alors que les conditions météo n’étaient pas optimales (grosse pluie). L’avion de type Bombardier CRJ-100 ou CRJ -200 d’Airzena airlines (la compagnie géorgienne) venait de Goma (Nord Kivu) via Kisangani (Province orientale). Il s’est écrasé et disloqué en plusieurs morceaux épars sur la piste.

Parmi les victimes : 2 Belges, 1 employé d’ACF France, le chef de la mission électorale de l’ONUCI

D’après le « manifeste » (la liste des passagers de l’avion) que B2 a pu consulter (*), plusieurs experts électoraux étaient du voyage, 2 agents de l’office des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), deux agents du PNUD, plusieurs experts de la Monuc (militaire, police, aviation…), des agents d’ONG (International Rescue Committee, ACF France). Du coté des nationalités, on peut confirmer le décès de 4 Géorgiens et Arméniens (l’équipage), 3 Sud-Africains, 1 Sénégalais, 1 Haïtien, 1 Guinéen, 2 militaires Bengalis, plusieurs Congolais et 2 Belges.

Le décès des Belges a été confirmé par le ministère belge de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Commissaire principale, Kristina Bonnez avait rejoint la police belge en 1982. Elle avait notamment participé à la mission de l’UE au Soudan, en 2006, dans l’équipe d’assistance de la police (EUPAT) de la mission AMIS. Le second belge est Jeroen Bervoets, fils de l’ancien secrétaire général d’Agalec (le parti écolo flamand).

Parmi les victimes figurait également : Ahmedou El Becaye Seck, l’ancien chef de la mission électorale en Côte d’Ivoire (ONUCI), le Dr Touré, spécialiste de la mortalité infantile et de la reproduction (pour ICR) ainsi que, semble-t-il, un ancien vice-gouverneur congolais.

(*) Selon la pratique en vigueur, nous ne donnons pas l’identité des personnes avant que ce nom ait été publiquement confirmé par des sources officielles ou de la famille.

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Eupol Congo recrute une douzaine d’experts

La mission de police de l’Union européenne au Congo recrute une douzaine d’experts. Deux postes sont ouverts aux « contractuels » : expert en justice militaire et agent pour les marchés publics. La plupart des postes sont ouverts par détachement d’agents des Etats membres : expert interpilier, expert en formation, en organisation, en ressources humaines, en justice civile, en protection de l’enfance, conseiller et formateur de police judiciaire, formateur en maintien de l’ordre, etc. Date limite pour poser candidature : 1er février. Mais les postes sont à pourvoir aussi rapidement que possible (ASAP).

Télécharger le formulaire de candidatures

Mission Descriptif des jobs Date limite
Formulaire de candidature Contact email
EUPOL RD CONGO PDF (5) 1 February 2011 doc_logo cpcc.eupolrdcongo@consilium.europa.eu
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Entretien avec le nouveau chef d’EUPOL Rdc (Congo)

Crédit : Conseil de l'Union européenne

J’ai pu rencontrer Jean–Paul Rikir le nouveau chef de la mission de police EUPOL Congo (1), avec un collègue du quotidien belge Le Soir, dans les couloirs du Conseil de l’Union européenne. Un échange de vues qui complète celui que j’avais pu avoir avec son prédécesseur, le superintendant Custidio, l’année dernière (2) et permet de découvrir sans doute une des missions les moins connues de l’UE. La situation au Congo reste toujours contrastée. Et réformer la police une longue histoire.

La mission EUPOL Congo a été prolongée et vous en prenez la direction, quel en est l’objectif maintenant ?

Le mandat précédent portait sur l’aide à la conception de la réforme. Notre mandat sera surtout de mettre en œuvre cette réforme, de suivre tous les projets décidés lors de la précédente phase, et également apporter un appui à la formation des cadres de la police congolaise. Nous formons des formateurs, pas directement les policiers congolais.

Les ambassadeurs du COPS viennent de vous rendre visite, que vous ont–ils demandé ?

Ils nous ont demandé des résultats concrets, des actions concrètes lors de ce mandat d’un an de « mise en œuvre ».

Comment est dirigée la réforme de la police congolaise, EUPOL y participe ?

A Kinshasa, le comité de suivi de la réforme de la police, le CSRP réunit tous les acteurs concernés par la réforme : Congolais, EUPOL, Monusco, et ceux des autres pays qui font de l’aide. Il y a deux niveaux à ce CSRP. Le comité politique, dirigé par le ministre de l’intérieur avec les 7 ministres, le commandant police, les représentants de la société civile, les chefs de mission de l’UE et mission internationales… Et un comité technique, dirigé par un ancien membre de la police congolaise et ayant comme adjoint l’adjoint d’EUPOL autour de 7 projets (ressources humaines, infrastructure logistique, violences sexuelles…). NB : détails sur le CSRP

Pourquoi la réforme de la police semble si difficile à entrer en pratique?

Le Congo est un État qui a besoin de réformes dans beaucoup de secteurs : l’armée, la fiscalité, les ressources minières, la santé. Tout est à refaire. La réforme de la police n’est qu’une parmi d’autres. Et quand vous regardez comment dans nos sociétés occidentales où tout est cadré, une réforme, pourtant préparée de la fusion police gendarmerie (en Belgique) a mis du temps à entrer en vigueur, on ne peut pas demander à nos collègues congolais d’aller plus vite.

Votre prédécesseur parlait d’un changement de culture nécessaire au sein de la police congolaise…

J’en suis convaincu. Le problème dans la police ce ne sont pas seulement les institutions mais le changement de valeur. C’est le plus difficile, ce changement de mentalités.

Etre un ancien gendarme vous aide ?

Oui énormément. Le fait d’être un ancien gendarme, me permet de mettre dans leur peau. Ce qu’ils vivent — le passage d’une police militaire (même si elle ne l’était plus tout à fait) à une police civile — je l’ai vécu il y a 10 ans. Et nous avons été quelques uns à fréquenter les mêmes écoles. Je retrouve ainsi certains collègues qui ont été sur les mêmes bancs, à Liège par exemple. Cela aide. Et puis, il y a aussi des valeurs communes, entre collègues. Un policier parlera et comprendra toujours plus facilement un autre policier.

Comment se passe la collaboration avec l’autre mission de l’UE, déployée dans le pays EUSEC ?

Nous avons certaines fonctions qui sont mutualisées. On se réunit aussi souvent ensemble pour évaluer en commun la situation. Certains postes d’expertises sur le terrain sont aussi communs(paramédics, chargés de missions sur les violences sexuelles ou les droits de l’homme).

Et l’existence de partenariats bilatéraux ne vous gêne pas ?

Nous n’avons sans doute pas X millions à mettre sur table comme la coopération britannique. Mais nous avons du personnel. Il y a une certaine complémentarité entre toutes ces missions. Pour vous donner une image, on tire tous sur des ficelles. Mais ce qui prime, c’est de tirer dans le même sens. Pour ma part, j’entretiens les meilleures relations avec Program governance, la société privée chargée par les Britanniques de mener le programme.

On sait que c’est souvent un problème, avez–vous l’effectif nécessaire ?

Nous sommes actuellement 35 sur 49 postes budgétés. Il reste 14 à pourvoir. C’est une mission moyenne, bien dimensionnée pour son objectif, présente à Kinshasa et Goma. Une équipe pluridisciplinaire qui va sur le terrain, escortée par la MONUSCO.

Vous n’avez pas mentionné Bukavu. Il n’y a plus de poste ?

L’antenne de Bukavu disparaît, effectivement. Mais nous restons à proximité, de l’autre côté du lac à Goma. Cela ne va pas entrainer de diminution des activités dans le Sud Kivu. Il faut 40 minutes par hélico de la MONUC et 4 heures par le bateau plus lent pour aller d’un bord à l’autre. Mais on n’a pas suffisamment d’effectif, et maintenir une présence permanente à Bukavu nous obligeait à jongler en permanence (quand un était en congé ou déplacement, il fallait envoyer un autre en renfort pour toujours avoir 2 personnes sur place).

Toujours aussi difficile de combler les postes donc. Pourquoi selon vous ?

On a toujours des difficultés à attirer du personnel pour ces missions. C’est vrai qu’il est plus difficile de convaincre de partir au Congo qu’en Géorgie ou en Palestine. Mais il y a aussi des questions plus concrètes dans nos pays. Il y a des candidats. Ce n’est pas vraiment le problème. Ce sont les chefs qu’il faut convaincre. Il faut publier les emplois, laisser partir les candidats, et valoriser l’expérience au retour. Si les militaires sont habitués à la projection, à travailler hors des frontières, ce phénomène est plutôt nouveau pour la police qui ont vocation à davantage travailler à l’intérieur des frontières et peu l’habitude de la projection. C’est assez récent somme toute, moins de dix ans, en fait, depuis que la politique européenne de sécurité et de défense existe…

Les violences sexuelles perpétrées restent un problème au Congo : que peut faire la police ?

C’est une technique de guerre pour déstabiliser l’ennemi ; une atrocité commise par les troupes en campagne, quel que soit le bord, c’est la guerre. Et le policier n’y peut rien. On est sur un autre terrain. Pour la violence sexuelle domestique, il faut faire entrer dans le système congolais, la femme comme égale de l’homme, une question culturelle, seule la formation et discussion pourra amener.

Le Congo semble encore le théâtre de violations des droits de l’homme de la part du pouvoir comme cet opposant (Armand Tungulu) mort en prison ? Quelle est la possibilité d’EUPOL d’agir sur de tels actes ?

Je ne veux pas parler de bévue ou de bavure mais ce qui s’est passé là est absolument regrettable. Tout le monde le regrette : c’est l’Afrique, c’est le Congo…. Mais concernant EUPOL, il faut bien voir que nous nous avons un mandat non exécutif. Nous ne participons pas directement aux interrogatoires.

Mais en tant que policier n’est-il pas gêné ?

Comment pourrait-il en être autrement. Evidemment qu’un homme décédé en prison, après un suicide dit-on, cela me gêne. Pas seulement en tant que policier. Tout simplement en tant qu’être humain. Maintenant je suis persuadé qu’une police réformée devrait avoir de meilleurs résultats. La transformation d’une police militaire en une police civile, un meilleur contact entre la police et le citoyen permettra d’éviter ce genre de choses à l’avenir.

Lire également

(1) Nouveaux chefs à EUPOL et EUSEC RD Congo

(2) Entretien avec Adilio Custidio, chef de la mission Eupol Congo

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Nouveaux chefs à EUPOL et EUSEC RD Congo

Deux nouveaux chefs vont être nommés dans les missions européennes déployées en république démocratique du Congo (RDC). Ces nominations doivent être avalisés, ce vendredi au COPS, le comité politique et de sécurité de l’UE. Le général portugais Antonio Martins dirigera la mission EUSEC (assistance à la réforme de sécurité) tandis que le commissaire divisionnaire belge Jean-Paul Rikir dirigera la mission EUPOL (assistance à la réforme des forces de police).

Crédit : ministère portugais de la Défense

Un para portugais à la tête d’EUSEC Congo

Habitué des missions internationales, Antonio Martins est aujourd’hui le commandant de la Zone Militaire des Açores‏ (depuis 2008). Né en 1953, il a commencé sa carrière militaire en 1974 au Régiment de Chasseurs Parachutistes, année historique de la révolution des Oeillets. Il a ensuite suivi les cours de l’Académie Militaire de Lisbonne et l’Institut d´Etudes Supérieures Militaires à Lisbonne. Instructeur parachutiste à l’Ecole des Troupes Aéroportées, commandant de Compagnie de Parachutistes et commandant de la compagnie d´Appui et Services au 31e Bataillon de Parachutistes de Tancos, c’est un parachutiste chevronné avec plus de 1000 sauts certifiés. Il a aussi occupé plusieurs postes d’Etat-Major : chef du G1 de la Brigade Indépendante Aéroportée et Chef du G3 des Troupes Aéroportées de Tancos. Au chapitre des missions internationales, notons qu’il a été chef d’équipe de la première mission « Défense » qui soit, la Mission d’Observation de la Communauté Européenne en Yougoslavie (1991). Il retourne dans les Balkans ensuite, avec avec son bataillon en Bosnie Herzegovine pour une mission de l’OTAN-SFOR, dans les années 1999-2000. Il a été un des premiers officiers de la mission EUSEC Congo, en juin 2005, comme conseiller au général chef des Forces Armées de la RD Congo pour le processus de réforme de secteur de la défense.

JP Rikir avec Javier Solana lors de sa visite à EUPOL Copps (Palestine) début 2007 - Crédit : Conseil de l'UE / EUPOL COPPS

Un « gendarme » belge à la tête d’EUPOL

Pour Jean-Paul Rikir, la mission EUPOL au Congo n’a vraiment rien de nouveau. Il en est l’actuel chef adjoint depuis novembre 2008, plus particulièrement chargé de la réforme de la Police nationale congolaise (PNC) et de son interface avec la justice (police judiciaire).

Né à Welkenraedt (est de la Belgique) en 1959, c’est un ancien gendarme, formé à l’école des officiers de la gendarmerie en 1981 et à l’université de Liège en criminologie, il sert d’abord à l’escadron d’infanterie des 4e et 5e groupes de gendarmerie mobile (1983 à 1986) avant de diriger le peloton du POSA (les unités anti-criminalité de la gendarmerie) de Liège – Luxembourg (1986 à 1993). Il devient alors chef du service achats de la gendarmerie puis directeur de ce service au sein de la Police fédérale, après la fusion police gendarmerie (1993 à 2008).

Fonction interrompue une première fois par une mission sur le terrain international, en novembre 2005 (jusqu’en mars 2007), au sein de la mission européenne de police en Palestine (EUPOL COPPS), comme responsable de l’administration et des finances. Tâche peu facile dans le contexte de soupçon de corruption ambiant comme de la victoire du Hamas aux élections en janvier 2006.

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Nouvelle orientation pour la mission Eusec au Congo

Le comité politique et de sécurité (COPS) a approuvé une nouvelle orientation pour la mission européenne d’assistance pour la réforme du secteur de la sécurité (EUSEC) au Congo. Mission qui est prolongée jusqu’au 30 septembre 2012. A sa création, en mai 2005, cette mission était conçue essentiellement pour supporter le processus d’intégration des ex-combattants dans une seule force, les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dans un contexte difficile la pacification de l’est du Congo et soutenir le processus de réforme en cours dans l’armée. Ces objectifs ne sont pas encore tout à fait atteints mais engagés. Entretemps un nouveau plan de réforme des FARDC a été proposé, s’étalant de 2009 à 2025. C’est ce processus que la nouvelle mission EUSEC devra accompagner avec de nouveaux objectifs : la modernisation de la logistique, la relance du système de formation, et la lutte contre les violences sexuelles (1).

Dans cette première phase, EUSEC a mené un travail, discret mais nécessaire, de recensement et d’identification des membres des forces armées (avec distribution de cartes d’identité), de remise en place de la chaîne de paiement (nécessaire pour s’assurer que chacun reçoit bien sa paie) et de différents appuis, notamment en matière de réseau (informatique…). Un volet important a été consacré à soutenir la remise en place du circuit de formation avec la réhabilitation et la remise en route de certains locaux de l’école d’application du Centre supérieur militaire (CSM) de Kinshasa – un projet essentiellement soutenu par les Britanniques – et d’une école de sous-officiers à Kitona. L’objectif est maintenant de recréer une école d’administration / logistique et l’académie militaire pour officiers, à Kananga dans la province du Kasaï occidental.

Réduction de la voilure

Général Padiri et Général Michel à l'ouverture à Lubumbashi (crédit : Conseil de l'UE / EUSEC T.Slätis)

Au niveau de la structure de la mission, celle-ci reste sensiblement identique avec une direction, un département soutien administratif et logistique, un département d’experts, un département de conseil et d’assistance. La cellule projets – déjà mise en place – a été entérinée et surtout renforcée. La plupart du personnel sera basé à Kinshasa, mais le déploiement à l’est de la RDC de certains experts est également prévu.

Le nombre de personnes affectées à la mission pourrait diminuer passant de 60 experts internationaux (dont 50 détachés par les Etats membres) et 55 employés locaux à 50 experts internationaux (dont 40 détachés par les Etats membres) et 36 employés locaux.

Le budget de la mission est de 12,6 millions d’euros sur la première année (jusqu’à septembre 2011).

Pas de fusion des deux missions de l’UE

L’Union européenne voulait aller plus loin et fusionner ses deux missions EUSEC et EUPOL (police) mais les autorités congolaises s’y sont opposées, préférant avoir 2 profils différents pour répondre aux interlocuteurs congolais. Coté européen, on est cependant tout disposé à mettre en commun certaines expertises, « mutualiser certaines fonctions » (comme il est mentionné dans le projet de décision) pour éviter les redondances. Il s’agit également de mettre en application le nouveau dispositif issu du Traité de Lisbonne, en travaillant plus étroitement avec l’ambassadeur de l’UE sur place. Ainsi le chef de la mission EUSEC agira comme « conseiller défense » de l’ambassadeur.

(1) Selon le projet de décision, la mission a 5 objectifs :

  • le maintien de l’appui au niveau stratégique;
  • l’appui à la consolidation de l’administration et à la mise en place d’un système de gestion des ressources humaines s’appuyant sur les travaux en cours;
  • l’appui à la modernisation de la logistique;
  • l’appui à la relance du système de formation, particulièrement des cadres, avec notamment le soutien au projet d’École d’administration et d’Académie militaire à Kananga et aux études pour l’École de la logistique à Kinshasa;
  • la poursuite à leur mesure des activités liées à la lutte contre l’impunité dans les domaines du respect des droits de l’homme y inclus les violences sexuelles.
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Les violences sexuelles continuent au Congo. Bis repetita

Au Congo (RDC), les jours se suivent, les rapports se succèdent, et on l’a l’impression d’un « bis repetita » permanent. « Au moins 170 femmes ont été violées par des hommes armés présumés appartenir à la coalition May-May Checka -Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) fin juillet – début août à Luvungi, dans le Territoire de Walikale » (au nord-Kivu), rapporte ainsi dernièrement l’ONG International Medical Corps (IMC), cité dans le dernier bulletin de situation du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Ce n’est pas le premier bulletin faisant état de viols en masse. Et sans doute pas le dernier…

Tragédie congolaise

Pour le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Congo, Roger Meece, « les gens qui vivent dans cette zone sont victimes depuis des années d’une violence extrême. Des millions de personnes sont mortes, et des millions d’autres ont été victimes de violences sexuelles », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse tenue par vidéoconférence le 25 août. Ces incidents n’avaient pas été rapportés, tout de suite, à la force de l’ONU présente dans le pays, précise-t-il. « Ils n’ont été rapportés à la Mission que le 12 août » soit plus de 10 jours après les faits. Explication : souvent, « les villageois ont peur des représailles, ou alors ils sont paralysés par un sentiment de honte après ce qu’on vient de leur faire subir, à eux-mêmes ou à leurs proches ».

Le conflit – ou plutôt cette succession de conflits, qui ont surgi après le génocide rwandais de 1994 en RDC (république démocratique du Congo) – est responsable de 5,4 millions de morts. Et selon l’ONU, au moins 200.000 femmes et filles ont été victimes d’agressions sexuelles ces 12 dernières années. Rien que sur le premier trimestre 2010, on recense 1244 viols rapportés, selon le Haut commissariat pour les réfugiés (UNHCR). Un chiffre qui serait en diminution (!) cependant par rapport aux années précédentes.

Une « arme de guerre »

Cette vraie guerre « silencieuse » -  qui ne suscite pas grande émotion – et qualifiée de « Africa’s World War » dans une étude publiée, en avril dernier, par l’ONG Oxfam et l’université américaine d’Harvard. Ces experts qui ont étudié, dans le détail, plus de 4000 cas de viols dans le sud-Kivu, parle d’une « vraie arme de guerre« . « Les femmes de tous âges sont frappées. Elles ne sont en sécurité nulle part« . Perpétrées à près de 50% par des militaires en armes, le mécanisme du viol est aussi de plus en plus perpétré par des civils – notent-ils – témoignant ainsi d’une « normalisation » de cette violence et d’une « érosion » des barrières habituelles de la société (2). Une autre étude menée par l’United States Institute of Peace (USIP), et publiée en juin, tentent de cerner les motivations des violeurs. Chez les Mai-Mai, ainsi, « les violences sexuelles sont une motivation pour combattre » à la fois, un sentiment contradictoire également de pouvoir exploiter les civils (3).

A noter que l’UE a étendu en octobre 2009, le mandat de la mission de police EUPOL Rdc à cette question des violences sexuelles (4).

Pour compléter :

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Les Etats-Unis vont participer à Eusec Congo

Les  Etats-Unis pourraient participer aux missions de l’Union européenne au Congo (RDC) : EUSEC (forces de sécurité) et EUPOL (police). Trois Américains
viendraient renforcer la lutte contre les violences sexuelles et le renforcement de l’Etat de droit. Le Comité politique et de sécurité (COPS) pourrait se prononcer aujourd’hui. Une première
offre avait été faite formellement en novembre 2008 et acceptée en décembre de la même année par le COPS. Mais elle n’avait pas abouti concrètement. C’est la première participation d’un pays
tiers à EUSEC Congo.

Cette offre n’est pas isolée. Les Américains s’engagent de façon décisive au Congo. Hillary Clinton, lors de son voyage dans le pays, en août 2009, avait insisté
sur la nécessité de mettre fin à « l’impunité des auteurs de violences sexuelles« , particulièrement dans ‘armée congolaise. Le commandement US pour l’Afrique (Africom) a décidé d’appuyer
ainsi la formation à Kisangani d’un bataillon « modèle », de 800-1000 hommes, ceux qui vont être les futurs cadres de l’armée congolaise. Lire également :
Les Sherlock Holmes
américains à la découverte de l’UE…

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Entretien avec Adilio Custidio, chef de la mission Eupol Congo

Quand on entend parler de la république démocratique du Congo (RDC) aujourd’hui, on a l’impression d’un pays qui n’avance pas, avec tout autant de violences qu’il y a quelques années. Mais ce n’est pas le sentiment d’Adilio Custidio, le chef de la mission EUPOL en République démocratique du Congo (ex-Zaïre), avec qui j’ai pu m’entretenir assez longuement, en solo, dans une salle du Conseil de l’UE. « En 2001, le pays était divisé en trois, avec un climat de guerre généralisé. On est aujourd’hui dans le cadre d’un État de droit, en cheminement, qui n’est pas encore structuré, avec des institutions qui fonctionnent tant bien que mal et ont sans doute du mal à s’imposer mais qui ont le mérite d’exister. Il y a une amélioration très nette par rapport à la situation d’il y a cinq ou sept ans », précise celui qui est arrivé à ce moment là, a dirigé la mission EUPOL au Congo depuis le début après avoir servi dans la force de police civile de l’Onu.

© NGV / Bruxelles2

Depuis les accords de Sun-City et de Pretoria (2002) sur la mise en place du gouvernement de transition, l’UE a apporté un appui à la mise en place de la police, notamment l’unité de police intégrée (UPI), d’abord par un projet de la Commission européenne qui a été relayé et complété par une mission de la PeSDC. « Quand on est arrivés, le travail a été un peu compliqué car tout le matériel n’était pas arrivé. Les élèves n’étaient pas fournis par les entités gouvernementales », explique Adilio Custidio. La mission est devenue opérationnelle en juin 2005, l’objectif était ensuite de former la police congolaise, aux élections, puis de faire approuver les termes de la réforme. Mais, encore aujourd’hui, elle n’a pas encore tout l’effectif nécessaire. « Il existe toujours de petits problèmes pour avoir le personnel requis. La mission compte ainsi une trentaine de personnels sur 59. Il y a toujours une certaine inadéquation entre la volonté politique et la réalité du terrain. C’est le gros problème des missions civiles. »

Quelle est la principale difficulté pour vous ?

« Les polices ont été formatées pour défendre un régime, pas automatiquement pour faire appliquer la loi, ce n’est pas par décret, uniquement, qu’on peut changer cela. C’est une réforme culturelle, qui prend du temps. Il ne suffit pas de changer la capacité de réponse, et les résultats ne sont pas immédiats. Il n’est que de voir combien de temps il faut à nos pays (par exemple la réforme des polices en Belgique). Il faut laisser mûrir pour qu’il perçoivent les changements à intégrer. Le danger est d’importer une réforme toute faite. Ils diront oui à tout. Mais ils ne feront que ce qu’ils veulent. C’est notre expérience qui parle. La réforme, ce sont les Congolais qui doivent la faire eux-mêmes. Ce sera peut e tre plus long. On leur apporte un instrument, c’est tout. »

Où en êtes-vous de l’implantation de la réforme ?

« On a terminé en juin 2008 la mise en place de l’instrument de réforme, la seconde étape du cadre juridique de modèle pour la police (la loi d’orientation est au parlement, avec un cadre stratégique mis en place par les Congolais, et un plan triennal). Ce cadre réglementaire et légal n’est pas le plus important mais, sans lui, on ne peut rien faire. Car on n’a pas, avec nous, apporté de modèle tout fabriqué. Ce sont les Congolais eux-mêmes qui l’ont travaillé. Cela a mis plus de temps. On serait allé plus vite sans doute avec un modèle. Mais au bout du compte, cela n’aurait pas été très efficace. Si qu’on fait une formation sans s’occuper de cette base légale, dès qu’on arrête l’assistance et l’appui financier, cela s’arrête. »

Le point qui reste à améliorer ?

« Les ressources humaines sont pauvres. Ils ont des officiers très valables. Mais il reste une « insuffisance d’encadrement ». Il faut voir que nous remontons de loin. En 2001, ils n’avaient pas reçu de formation depuis 17 ans (donc 25 ans maintenant). Nous avons dû faire des formations spécifiques, en urgence parfois pour les élections. Maintenant il faut reprendre tout de A à Z. Ce n’est pas vraiment un processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), c’est une réorientation professionnelle. Pour cela, il faut de l’argent, et des compensations, préparer la relève, établir les profils standardisés. »

Quelles formations estimez vous nécessaires ?

« On réfléchit à la mise en place d’une académie de police. Une seule existait et a été reconfigurée sur les officiers de police judiciaire. (…) On fait aussi de la formation au maintien de l’ordre. On a formé avec le GTZ (NB : la coopération allemande), une unité d’intervention de la police judiciaire. »

La police congolaise, ce sont combien d’hommes ? Le recrutement est il satisfaisant ?

« On comptabilise au niveau des forces, 103.408 personnels. Du moins, c’est ce qui y est dit. Le problème, c’est qu’il n’y a aucune base sur lequel se fonde ce chiffre. Le recensement est donc fondamental, pas seulement au niveau quantitatif, mais aussi qualitatif. Il faut mettre en place un outil de gestion des ressources humaines. Mais c’est plus complexe, plus long, et donc plus coûteux à mettre en place. »

La mixité des forces ?

« Au niveau de police, certains recrutements « non officiels » se sont produits. Chacun des groupements (NB : ethniques) avait un quota. Mais la police n’a pas le meme problème d’intégration que l’armée ; les chiffres sont plus réduits. Autant c’est un gros problème pour armée, autant il reste limité pour la police.»

Considérez -vous le Congo comme un pays à risques au plan intérieur ?

« Il faut justement distinguer. Une chose est la violence militaire et l’autre la violence dans le pays. Le Congo, en matière de droit commun, n’est pas un pays à problèmes. Du moins, ce n’est pas un problème généralisé. Mais il y a une tendance à une croissance de la criminalité de droit commun. La police, même sous-équipée, sous-formée, a réussi à prouver son efficacité. Car elle applique, de façon automatique, les principes de police de proximité. Les policiers vivent en symbiose avec le milieu. »

D’autres pays ont des programmes bilatéraux, cela ne rend -il pas plus difficile votre tache ?

« Oui. Certains pays ont mis en place des programmes à titre bilatéral. Mais ils s’aperçoivent parfois que cela ne suffit pas et recherchent un cadre multilatéral (NB : on peut remarquer que pour les Congolais, la priorité n’est pas automatiquement la coordination mais les équipements, ou les financements). Le Président congolais souhaite une approche plus globale et par des approches sectorielles. Il estime que c’est une priorité. »

Sans votre mission, le Congo ne s’en sortirait-il pas tout seul ?

« La bonne question est de savoir est : et si on ne le fait pas, qu’est-ce qui va se passer ? Le Congo est un pays riche mais qui n’a pas les conditions pour que cette richesse soit exploitée à son profit, la stabilisation militaire comme la sécurité intérieure sont essentiels. La police et l’armée sont les deux seules institutions qui permettent une telle garantie. Si la justice suit, on aura ainsi une approche globale. »

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Les eurodéputés inquiets sur la situation au Congo

Le Parlement européen est plutôt inquiet de la situation au Congo, et de « dérapages » dans certaines provinces de l’Est du pays, notamment de massacres délibérés, par
des soldats congolais, d’au moins 270 civils dans les villes de Nyabiondo et de Pinga (Nord-Kivu) et d’affrontement ayant entraîné la fuite de 115 000 personnes.
Il a tenu un débat sur le sujet, mercredi. Le conflit congolais est, en effet, un des plus mortels que l’Afrique ait connu.
En un peu plus de dix ans, depuis 1998, 5,4 millions de personnes seraient mortes et quelque 45 000 personnes décèdent encore
chaque mois. Il y a 1,4 déplacés à l’intérieur du pays, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), dont 980 000 au Nord-Kivu.
La
situation ne semble pas, en effet, s’aéliorer.
Le Parlement demande ainsi aux Etats membres de l’UE d’apporter  une « juste contribution » aux 7,1
milliards $ jugés nécessaires par l’ONU.
La Verte Isabelle Durant a, elle, plaidé pour une révision des règles d’engagement de la MONUC en RDC. Pour elle,
« il est trop facile de discréditer totalement la MONUC, de la rendre responsable de la situation aux yeux de la population civile épuisée par tant d’années de guerre et de massacres. Ce n’est
pas son mandat qu’il faut revoir d’urgence, ou exiger son total retrait. Ce qu’il faut revoir, ce sont ses règles d’engagement, ses directives opérationnelles de façon à ce que, en aucune manière
la MONUC ne puisse apporter un support à des unités de l’armée congolaise qui ont commis des violations des droits de l’homme, ou qui sont suspectées de compter dans leurs rangs des hommes impunis
après leurs exactions.
 » souligne-t-elle.

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