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Mission Eulex Kosovo: Derniers documents approuvés, la mission peut être lancée

Les 27 ont approuvé, le 13 février, le plan d’opération (OpPlan) pour la mission « Eulex (Etat de droit) Kosovo » — un des derniers éléments de programmation
nécessaires pour le lancement d’une mission dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) — et la décision de lancement de la mission. Ce texte devait être adopté
formellement, par la procédure écrite simplifiée, dite procédure de silence, qui se termine le 15 février à minuit.

Un lancement très politique. La décision de lancer la mission, avant la proclamation par les Kosovars de leur indépendance répond à un double impératif. Politiquement, il évite aux pays
réticents de devoir se prononcer indirectement sur le Kosovo en tant que nouvel Etat et permet de maintenir le consensus européen atteint au Sommet de décembre. Juridiquement, il permet de
continuer à se baser l’opération sur la résolution 1244 de l’Onu applicable au Kosovo, « partie intégrante de la Serbie ». Tous les Etats ont approuvé ce schéma, Chypre pratiquant une « abstention
constructive ».

Préparation. Cette décision était, en fait, préparée depuis longtemps, depuis de longs mois. Les dernières réunions n’ont été faites que pour « finaliser les derniers aspects » du plan
opérationnel et la stratégie vis-à-vis de l’opinion publique. L’OpPlan avait ainsi été présenté en dernier lieu au Comité politique et de sécurité (COPS) le 8 février, puis examiné pour certaines «
retouches » par les groupes de travail » (comité Civcom chargé des aspects civils de la gestion de crise), et la procédure écrite a été lancée par le Coreper, le 13 février. 

Calendrier. Les deux actions communes — établissant la mission « Eulex » et fixant le mandat du représentant spécial de l’UE – adoptés le 4 février – ainsi que la décision de lancement de
l’opération devaient être publiées au JOUE avant lundi. Le Conops, adopté le 4 février et l’OpPlan, classés « confidentiel défense » ne seront pas publiés. Le mandat d’action de « Eulex » sera très
large — plus large que jamais aucune mission européenne n’a eu —, puisqu’il donne le droit, dans certains cas, au chef de mission ou au représentant spécial de l’UE de revoir ou d’annuler les
décisions des institutions du Kosovo.

Montée en puissance. La mission va se déployer de façon graduelle, aux cotés de la mission de police, justice et douanes des Nations-Unies (UNMIK). Le relais officiel devrait être assuré
vers le 15 juin, date prévue pour la déclaration de « pleine capacité opérationnelle ». Plus d’une centaine de personnes sont déjà présents sur place, dans le cadre de la mission préparatoire
(EUPT). D’un point de vue formel, la mission EUPT devrait être prolongée jusqu’à la déclaration de « pleine capacité opérationnelle ». Ce afin de préserver
notamment la continuité des contrats et appels d’offres lancée par la mission préparatoire.


Effectif.
La mission sera dirigée par le français Yves de Kermabon ; Roy Reeve, qui assurait la direction de l’EUPT, devenant son adjoint. Elle
sera composée d’environ 1900 personnes ; chiffre pouvant être augmenté à 2200. Les 27 ont, en effet, reconnu la nécessité d’une réserve supplémentaire de 300
personnes pour certaines tâches (maintien de l’ordre, police des frontières et douanes) et dégagé le budget adéquat au niveau communautaire. Cette réserve pourra être déclenchée, si le chef
d’opération le demande ; le COPS devra approuver cette demande. Tous les Etats membres devraient participer à la mission « Eulex », y compris les plus réticents à l’indépendance (Chypre, Espagne,
Slovaquie, Roumanie…). Seul ferait défaut selon nos informations (Malte). Cinq Etats tiers devraient aussi participer : Norvège, Suisse, Croatie, Turquie et Etats-Unis. Différents documents doivent
être encore finalisés, surtout avec les Etats qui ne disposent pas d’accord cadre avec l’UE (Etats-Unis…).
La plupart du personnel a été sélectionné, lors
d’une deuxième phase de recrutement mené en janvier. Un troisième appel à contributions devrait être fait pour compléter les effectifs manquants et recruter la réserve supplémentaire de 300
personnes.

(texte paru dans Europolitique, février 2008)

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Karl Von Wogau, président de la sous-commission Défense au Kosovo

L’eurodéputé allemand Karl von Wogau (PPE-DE), président de la sous-commission Défense du Parlement européen, s’est rendu avec deux autres députés de la Commission, du 6 au 8 février 2008, au
Kosovo. Quelques jours avant la proclamation de l’indépendance. La délégation du PE a rencontré différents responsables: de la future mission « Eulex » de l’UE (Roy Reeve), de la mission civile de
l’UE (Jonas Jonsson et Renzo Daviddi), de la Kfor (Général Gerhard Stelz), d’ONGs et des autorités locales. Récit…

« A Pristina, il faisait froid et gris. Cela a un peu renforcé l’atmosphère générale de déprime qui nous a frappée en arrivant dans le pays, en traversant les villes et les villages. Les bâtiments
ne sont pas très gais. Beaucoup de gris, de béton, des ruines. Souvent les constructions, qui semblent avoir été entamées il y a dix ans, ne sont pas terminées. Il manque le toit, des murs, la
maison est inhabitable. Les rues laissent une impression de saleté, bouteilles et déchets plastiques sont en nombre.

De tous nos entretiens, un problème est ressorti : à coté de la question de la sécurité politique, c’est la situation économique et sociale qui est le plus problématique. En effet, si chacun
pressent qu’il peut y avoir des tensions, localement, l’indépendance pourrait se dérouler sans grand éclat de violence. Ou du moins cela restera contrôlable. Les minorités serbes peuvent être
protégées. Les forces de la KFOR nous ont confirmé avoir suffisamment de moyens pour cela. « Le principal risque est de retrouver le pont de Mitrovica bloqué non par des Albanais ou des Serbes mais
par… les équipes de télévision » nous a confié un militaire. Plus sérieusement, l’incertitude demeure, une fois les lampions de la fête éteints, et les caméras parties. Que va-t-il alors se passer
pour les Serbes ? On perçoit bien que Belgrade soutient la minorité serbe, en versant des subsides aux personnes, en mettant en place des structures parallèles (sécurité sociale, écoles…), pour les
convaincre de rester, voire de revenir (pour ceux qui sont partis). Mais notre impression est que les Serbes qui vivent à l’extérieur ne vont pas revenir volontairement dans le pays. Ce même
sentiment prévaut d’ailleurs aussi pour les Albanais expatriés, qu’on ne voit pas revenir, avec l’absence de perspective économique du pays.

Pour la plupart des habitants, il y a en effet peu de perspectives. Beaucoup de personnes n’ont pas de travail (NB: le chômage atteint entre 50 et 80% selon des statistiques peu fiables). La
formation scolaire est une catastrophe (NB: 50% de la population a moins de 20 ans et les écoles manquent d’enseignants). Il y a aussi un manque crucial d’infrastructures générales. Le problème
d’énergie est récurrent, avec une fourniture variable durant la journée. Certes, nombre de Kosovars pensent qu’après l’indépendance, cela va changer, que les entreprises vont venir, et que le pays
deviendra un pays florissant. Mais, du coté des représentants internationaux, on considère que c’est un rêve. Passé le moment de l’indépendance, c’est davantage l’incertitude sociale et économique
qui pourrait régner et être une réelle menace pour le pays, sans compter l’influence de la criminalité organisée. On peut se légitimement se demander : qu’a vraiment fait le pays, et les instances
internationales, ces dernières années, pour en arriver à une situation aussi grave économiquement ? Et que fera l’Europe, si l’influence du crime organisé grandit ? Faudra-t-il aider un
gouvernement corrompu ?

Certes les représentants de l’UE cherchent à se démarquer de l’administration de l’ONU en indiquant qu’ils ne sont pas là pour la remplacer, ni administrer le pays, mais juste apporter un soutien
aux autorités locales. – sauf en matière de criminalité organisée, où l’UE sera en première ligne. Ils espèrent profiter du fait que les Kosovars voient dans cette arrivée, le début d’un chemin
vers l’Europe. Nous avons été frappés par la bonne préparation européenne, notamment de la mission « Eulex, Etat de droit ». Mais certains problèmes demeurent, notamment dans les relations entre
les forces de l’Otan et de l’UE. Les Turcs ont ainsi bloqué la signature d’un document commun régulant l’échange d’informations entre les différentes forces. Des instructions ont donc été données à
chaque troupe, mais de façon séparée, avec un risque d’interprétation différente.

Le plus important, à moyen et long terme, pour l’Europe nous paraît de: maintenir la sécurité et de donner des perspectives. Il faut améliorer l’infrastructure générale – surtout en matière
d’électricité – , la formation et de l’éducation. L’exemple du Lycée Loyola – que nous avons visité – et le travail qui y est fait est très encourageant. Que de jeunes kosovars, garçons et filles
apprennent ensemble, voilà le futur du Kosovo.

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Gén Jumelet (Kfor): on reste optimiste même si tout déraper rapidement

Entretien avec le général Olivier Jumelet, commandant la Task force Nord de la Kfor (publié dans Europolitique)

• Comment jaugez-vous la situation de la sécurité avec les évènements politiques qui s’annoncent ?
Pour l’instant, c’est calme. Nous n’avons pas de souci particulier. De façon générale, on reste assez optimiste. Tout devrait se passer correctement. La situation demeure cependant sensible pour
des raisons politiques, car la population n’a pas de visibilité sur son avenir, et a besoin d’en avoir. On peut sentir une certaine impatience, une certaine nervosité dans la population, quelle que
soit son origine. Ca peut donc déraper, s’enflammer, rapidement. Mais on ne sait pas ni où, ni quand, ni sous quelle forme. Nous restons donc très vigilants car n’importe quoi peut déclencher une
flambée de violences. Un accident de bus scolaire ou des jeunes un peu éméchés peuvent suffire…

• Une incursion de l’armée serbe est-elle plausible ?
Nous n’avons pas d’indication et pas d’inquiétude non plus. Les Serbes n’en ont pas les moyens. Ils seraient repoussés immédiatement.
Et ils le savent parfaitement.

• Et de groupes armés ou paramilitaires ?
Nous n’avons pas de pression de groupes armés venant de Serbie ou d’Albanie. La Garde du Saint Roi Lazare (coté serbe) et l’AKSh (l’Armée
nationale albanaise) sont plus des chimères qu’autre chose. Ces pseudo groupes n’ont pas vraiment de consistance même s’ils essaient d’exister avec des déclarations. On ne peut cependant négliger
que des Serbes ou Albanais venant de l’extérieur tentent de créer des désordres. Mais ils le feront pour appuyer des Kosovars. Le principal risque se situe donc à l’intérieur.

• Ce risque existe ?
Je ne pense pas que la population ait envie de s’autodétruire ou poussée suicidaire. On craint davantage des actions individuelles ou de petits groupes, qui créent une étincelle et met le feu aux
poudres. On sent pas une réelle volonté d’en découdre. Il y a plutôt une défiance réciproque. Ils disent : ils vont nous attaquer, et pas on va les attaquer.

• Et à Mitrovica ?
C’est pour nous une préoccupation constate car les deux communautés sont face à face. Mais il existe aussi d’autres zones de ce type : à Pristina ou au sud Enclaves assez importantes serbes en . On
a tendance à croire que tous les Serbes sont au Nord de l’Ibar. Or il n’y a que 40 000 Sebes au nord de l’Ibar. Et il y a 100 000 dans tout le pays qui peuvent présenter un risque soit parce qu’il
sont agressés, soit parce qu’ils peuvent réagir.

• Comment voyez-vous la présence de la Kfor : courte, longue ?
Je la vois pour plusieurs années. C’est la mission de la Kfor de créer un espace de sécurité de créer. Si on peut le
conforter, tant mieux, c’est un des buts. C’est très long. (Presque 10 ans). Quand la Kfor partira, cela voudra dire que le Kosovo sera sur des rails. Cette région ne posera plus de problème. C’est
un atout aussi pour le Kosovo. Il faut aussi voir que la présence internationale est une source de revenu pour le Kosovo. En travaux, emploi de personnel local, chaque force représente une petite
économie pour le Kosovo. Ce qui explique aussi qu’elle soit bien vue.

• La relation entre les militaires de différentes nationalités ne doit pas être facile ?
Ca se passe bien. On est tous militaires. La relation entre un militaire danois, américain, est assez simple car il y a une acceptation commune de ce qu’est la hiérarchie et du commandement. Chaque
armée a sa culture, sa particularité. Il y a un esprit différent dans la manière de commander et de réagir. Mais ne sont pas des différences fondamentales. Les vrais fondamentaux militaires restent
identiques.

• Il y a des différences, ce n’est pas tout à fait une armée européenne ?
Effectivement, les armements sont différents. Il ne peut y avoir mutualisation des stocks de munition. Chaque nation a donc sa chaîne logistique propre. Ce n’est pas le plus économique. Les statuts
aussi sont différents. Et l’application des règlements militaires également. Il y a évidemment au départ, une certaine acclimatation nécessaire des troupes qui arrivent. Mais cela se passe sans
difficulté d’autant que les relèves sont échelonnées. Chaque nation a son plan de relève…En attendant, ca fonctionne. On s’arrange pour faire travailler chacun ensemble et avoir la meilleure
coordination. Peu importe le cheminement de la balle dans le fusil, ce qui compte est l’effet produit par les armes. Mais clairement si on voulait fonder une armée européenne, il faudra peut être
quelques siècles pour y arriver.

• Comment se passe la coopération avec la police kosovare, le KPS ?
S’ils ont besoin de nous, on vient en soutien. Pour le maintien de l’ordre, c’est le KPS qui est en première ligne. Mais ils nous clairement dit que si flambée de violence, il y a, ils peuvent
tenir 15 minutes mais pas plus. Les planifications de l’Onu nous sont communiquées. Et nous expliquons, comment nous pouvons intervenir en cas de problème. Nous faisons des exercices en commun.
Mais nous sommes pas là pour chercher trafiquants de cigarettes. Eventuellement nous nous intéressons aux trafiquants d’armes car ils sont plus dangereux pour sécurité.

Et avec les Serbes ?
Nous avons de bons contacts avec les Serbes qu’on voit régulièrement. Il y a des rencontres d’Etat major à Etat major.
On produit la sécurité. Et on ne fait pas de répression. Ils le savent, le comprennent et le voient.

• La mission PESD européenne va simplifier la coordination ?
Si cette force européenne est déployée, ce sera intéressant. Certainement. Cette force pourra être plus homogène que ne l’est l’UNMIK police et avoir plus de chance d’être acceptée par la
population, avec une volonté peut être plus forte pour le KPS soit opérationnel. Car c’est cela, finalement, l’objectif : avoir une police locale, formée et autonome.

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(reportage) Sur le pont « Austerlitz », le 3e RIMA veille



Mitrovica
. Le 3e régiment d’infanterie de
marine de Vannes commence à prendre ses quartiers à la « Concession », le bâtiment qui surplombe le pont principal de Mitrovica et sert, aussi, accessoirement de centre culturel et… de boîte de
nuit aux habitants ! « Section par section, on vient prendre les consignes auprès de nos homologues de la brigade franco-allemande » explique le lieutenant Léo Suret, tout juste arrivé. Avant
d’assurer la relève, officiellement prévue fin janvier, la garde est ainsi assurée en doublon durant plusieurs jours. « Ce qui nous donne toutes les cartes en main, pour bien maîtriser la solution
ensuite ». Pour ce jeune lieutenant, frais émoulu de Saint-Cyr Coëtquidan, l’école des officiers de l’armée, et tout juste arrivé au régiment, « c’est une chance » de partir aussi vite en mission
extérieure à un moment aussi crucial.

Les « projecteurs braqués sur nous ». L’ancienne province serbe de Yougoslavie, placée sous administration provisoire de l’Onu, pourrait en effet proclamer son indépendance en février ou mars.
Et toute la question va être de savoir comment réagira alors la minorité serbe du Kosovo. « Nous savons bien que tous les projecteurs sont braqués sur nous. » explique le lieutenant. La rivière
Ibar qui sépare Mitrovica en deux, au nord les Serbes essentiellement, au sud les Albanais, marque en effet une sorte de frontière impalpable. Et le pont principal de Mitrovica, renommé par les
Français « pont Austerlitz », est « symbolique. » S’il n’est pas le seul pont, « c’est le plus névralgique car il met en présence directement les deux communautés ». Les hommes du 3e Rima vont
d’ailleurs valider leur formation entamée en Bretagne, de « contrôle de foule », sur le terrain, avec les gendarmes et carabinieri, italiens.

« Ne pas se fier au calme apparent ». La Brigade franco-allemande qui tient le terrain l’a, en effet, averti. Il ne faut pas se fier au calme apparent. « Cela peut être calme. Ca se tend le
matin et çà prend feu l’après-midi ». La surveillance est donc quotidienne. D’abord de visu, du haut du toit, où on a une vue directe sur le pont et ses alentours ; ensuite, grâce aux caméras
braquées en permanence et aux écrans de contrôle. Enfin, les patrouilles quotidiennes – parfois par moins 10 ou 20° — permettent de tâter le pouls de la population. Toute la difficulté de cette
mission est, justement, de ne pas se laisser surprendre. Le plus grand enjeu, explique le lieutenant Suret : « motiver les hommes et éviter la monotonie ».

(article paru dans Ouest-France)

© Photo : NGV

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Reportage au nord Kosovo. Un œil vers Belgrade, l’autre vers Pristina



« Ne pas se fier au calme au calme
apparent, c’est toute la difficulté de cette mission »
raconte le capitaine Ucheida, de la brigade franco-allemande, qui termine sa mission de 4 mois. Quand il transmet la consigne au régiment
d’infanterie de marine (français) qui les relève, c’est cette consigne qu’il veut faire passer. « Cela peut être calme. Ca se tend le matin et çà prend feu l’après-midi ».

Logés à « La Concession », le bâtiment et qui continue de servir centre culturel… et de boite de nuit le vendredi soir!, les militaires ont là un poste d’observation de choix. Ils
surplombent le principal pont de Mitrovica (renommé Pont « Austerlitz » par la Kfor) gardé nuit et jour par les hommes du KPS (la police kosovare) et de l’Unmik Police (Onu).

Mitrovica ville de séparation ?
Un tel déploiement de force peut paraître superflu, tant la ville respire la vie. Mais Mitrovica c’est une ville symbole, une ville frontière. Ville symbole car c’est là, qu’éclate les incidents
qui firent au total 19 morts et plusieurs centaines de blessés. Car la rivière Ibar sépare le « Kosovo albanais », au sud, du « Kosovo serbe », au nord. Cette frontière n’est pas vraiment parfaite.
En effet, une nette majorité (100000 environ) des « Kosovars d’origine serbe » (K.O.S. dans le langage « politiquement correct » de l’Otan) vivent dans d’autres régions, à Pristina ou au sud du
pays, en zone américaine. Ce nord Kosovo, terres arides d’extraction de minerai et de montagne, aux routes imprati

cables l’hiver, n’abrite que 60 000 serbes. Seules quelques dizaines de Kosovars d’origine albanaise (K.O.A.)
sont restés, à Mitrovica, dans les zones d’habitation mixtes — les tours ou le quartier de la Petite Bosnie — et dans quelques enclaves villageoises albanaises. Ce Nord vit tourné vers Belgrade.
Les affiches électorales montrent les différents partis politiques de la campagne présidentielle. Et les bureaux de vote ont été ouverts pour l’élection présidentielle en Serbie. En revanche,
presqu’aucun votant – 43 dans le secteur de Nothing Hill selon le capitaine Petit – n’ont voté aux récentes élections législatives au Kosovo.

Le KPS – la police kosovare – exerce partout. Mais elle est « serbe » au nord, et très majoritairement albanaise dans le reste du pays. L’énergie provient de Serbie au nord, du Kosovo au
sud. Les policiers serbes reçoivent d’ailleurs aussi un salaire de Belgrade. Les retraités serbes une pension… Les voitures affichent les plaques serbes «  KM » pour « Kosovo i Metohija » (nom
serbe du Kosovo), les Kosovars ont un signe « KS » entre plusieurs chiffres. Même les réseaux de téléphone mobile sont séparés : serbe au nord (avec le 38 comme indicatif), kosovar ailleurs (avec
le 377, l’indicatif de… Monaco, les Telecom de la Principauté gérant, ici, le réseau). Si la séparation est bien visible, les imbrications sont plus discrètes. La Serbie fournit de l’électricité
aussi au Kosovo. Quelques véhicules circulent sans plaque : habitants d’une enclave qui reviennent voir leur famille, Albanais ou Serbes en transit dans l’autre « zone », ou véhicules volées. La
police a décidé de fermer les yeux. Tel village « albanais », situé dans les hauteurs (les sommets culminent autour de 2000 mètres), l’hiver, ne peut circuler qu’en passant par la « zone serbe »,
donc devient une véritable enclave.


« High visibility, low
profile ». C’est la doctrine de l’Otan
. Autrement dit se montrer un maximum, mais garder un profil non agressif. Les soldats circulent sans gilet pare-balle mais ceux-ci restent dans les
véhicules). Le fusil mitrailleur est-il avec un chargeur, bien visible. Mais il n’est pas enclenché (la balle n’est normalement pas engagée dans le canon). Et il se porte dans le dos, en temps
ordinaire. Pas question de déambuler dans les villages l’arme à la hanche. Durant nos trois jours de patrouille, aucun soldat européen n’aura dérogé à cette règle. Les Américains restent une
exception. « Ils sont traumatisés par ce qui se passe en Irak et croient que c’est partout l’Irak » confie un militaire.

Le KTM (Kosovo Tactical Reserve Maneuver Battalion) a été placé en alerte dans la zone nord. Le bataillon de réserve de la Kfor, composé du 2ème Bataillon d`infanterie (portugais) dirigé par
le Colonel Magalhaes, patrouille régulièrement à MItrovica. Objectif : aujourd’hui : le « Barbecue » (monument à la gloire des héros miniers de l’ex-Yougoslavie qui domine la ville) en passant par
« Montmartre » (le quartier résidentiel de Mitrovica) et retour par « Passy ». A chaque entrée de zone, arrêt, la robuste radio militaire des Portugais crépite. La patrouille se signale à son PC de
compagnie. Seul hic : la radio portugaise n’est pas reliée au PC français de la Concession à quelques mètres de là. Si problème il y a, ce sera aux quartiers généraux de communiquer entre eux et
d’assurer le relais… Les Portugais relèvent méthodiquement toute affiche politique ou annonçant un rassemblement. Photographie numérique, relevé typographique et résumé sont consignés sur un carnet
et feront l’objet d’un rapport qui montera au Quartier général. « Nous notons aussi les véhicules étrangers – cela remonte à Interpol ». ainsi que les prix. Toute augmentation soudaine peut être un
signe de tension » explique le sous-Lieutenant Laroche, chargé de l’information à la Task force Nord.



« Nothing Hill » le dernier camp avancé de la
Kfor,
plus rudimentaire que les autres. Effectivement nous sommes un peu au milieu de nul part. Une patrouille mixte franco-américaine, prend le relais, avec qui nous allons faire les derniers
kilomètres qui séparent de la Serbie. Un détachement de la Garde nationale de l’Iowa, d’ordinaire stationné au sud du Kosovo, a pris son tour de garde au nord. Par rotation, « afin de mieux
connaître le terrain », chaque Task force de l’Otan dépêche dans la zone une compagnie. « Que ce soient les Américains est un hasard » précisent les militaires. Mais l’intérêt stratégique n’échappe
à personne. Montrer aux Serbes sur leur frontière — pardon la « limite administrative » — que les Américains, neuf ans après les frappes de l’Otan sont toujours là. Les Serbes savent pertinemment
que frapper un Américain n’a pas le même poids que frapper un Européen.
 Et effectivement, les grands gaillards de la Garde nationale de l’Iowa, au pas lent et décontract

é, malgré tout, avec l’écusson aux 50 étoiles sur l’épaule, ne passent pas vraiment inaperçus dans ce village de Lezak, plutôt
vide. La population vaque à ses obligations. Un œil apparemment distrait, l’autre en éveil. La politique n’est pas loin. Le serbe rencontré, qui travaille au « relais » électrique, fait le signe
des trois doigts, en guise d’au-revoir, le signe de ralliement des radicaux serbes. Message bien reçu. Un autre, chargé de « distribuer le courrier », entame une conversation qui vire à la
polémique. Les mots plus rudes (« enculés d’Albanais ») succèdent aux mots convenus, que l’interprète se garde bien de traduire, lissant la conversation. La patrouille décroche pour éviter toute
provocation supplémentaire. L’homme a, apparemment, d’autres fonctions que de distribuer le courrier…



Gate 1
, c’est comme son nom l’indique, la porte d’entrée principale entre Belgrade
et la Serbie, au nord, et Pristina et le Kosovo au sud. Ce sera sûrement un des enjeux principaux de sécurité des prochaines semaines. Qui tiendra ce poste assurera l’intégrité territoriale de la
province. Certes, on ne dit pas « frontière » officiellement on parle de « limite administrative nord ». Mais la réalité est similaire. Un poste de douanes, des policiers de l’Unmik d’un coté, du
KPS de l’autre. Et deux visions du contrôle. A l’entrée sans le territoire, c’est le KPS qui officie. L’accueil est plutôt débonnaire, un rapide coup d’œil, le plus souvent doublé d’une poignée de
main quand c’est un voisin ou une connaissance. A la sortie, le contrôle est plus sévère. Le douanier de l’Unmik – un Ghanéen lors de notre passage – est plus rigoureux. Apercevant les soldats de
la Kfor, un passager fait le signe des trois doigts, tout hilare. Inutile de préciser qu’aucune plaque kosovare ne hasarde à Gate 1. Fin du périple…

La Kfor en quelques mots. Forte de 16 000 hommes aujourd’hui, la force de l’Otan (kfor) a été déployée à partir du 12 juin 1999, après un accord militaro-technique avec les Serbes sur leur
retrait militaire (le 9 juin) et la résolution de l’Onu (le 10 juin). Depuis 2006, elle est organisée en cinq Task Forces multinationales (MNTF), quadrillant tout le territoire, commandée par une
nation-cadre : Etats-Unis (est), Irlande (et Royaume-Uni, au centre), Turquie (alternativement avec l’Allemagne, sud), Italie (Ouest), France (nord). Elle comprend deux forces – non sectorisées –
le KTM (bataillon de réserve) et la MSU (force de police) qui ont vocation à intervenir dans tout le Kosovo. Depuis le 1er septembre 2007, la KFOR est commandée par le général de corps d’armée
français Xavier Bout de Marnhac. Le quartier général est basé à Pristina à « Film city ».

Cité photo : NGV – janvier 2008

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Kosovo : retour de reportage

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Je reviens de quelques jours au Kosovo – un reportage dans la partie nord
essentiellement – entre Mitrovica et la frontière avec la Serbie – avec les militaires français, portugais, italiens et américains. Intéressant de voir ce qui se passe sur le terrain – une
situation calme, en apparence, mais où les communautés vivent néanmoins séparées, où n’importe quel incident peut néanmoins déclencher l’insurmontable. Intéressant également de voir comment la
mission européenne « Eulex » monte en puisssance.  Vous pouvez lire un premier article paru dans Ouest-France. Deux autres articles plus complet sont également parus dans Europolitique.
(ici patrouille franco-américaine à Lesak, au nord du Kosovo)

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Eulex Kosovo déclaré opérationnel le 5 décembre ? Chiens y compris…



La
mission européenne sur l’Etat de droit, « Eulex », au Kosovo devrait être déclarée opérationnelle, ce vendredi 5 décembre. Le démarrage officiel étant prévu le 9 décembre (le lundi 8 est, en effet,
férié au Kosovo, pour le Eïd al-Adha, la fête du sacrifice).

Capacité initiale atteinte. 1000 experts internationaux sont déjà arrivés dans le nouvel Etat indépendant. Et plus de 300 autres – policiers essentiellement – sont déjà présents au Kosovo (à
la Minuk ou la Kfor) et devraient basculer sous bannière européenne à cette date. La capacité initiale opérationnelle (IOC) sera ainsi atteinte. Eulex comptera alors plus de 1400 personnes + 400
agents locaux.

Déploiement au nord. Eulex devrait immédiatement être déployée dans tout le Kosovo, y compris au Nord, m’a-t-on assuré au Conseil de l’UE. Même si tous les effectifs ne pourront l’être
immédiatement, le besoin au nord se fait particulièrement sentir pour les magistrats (la mission de la Minuk à Mitrovica se termine le 3 décembre normalement) et les douaniers, chargés notamment de
veiller à « Gate 1″ et de mettre fin au trafic en tout genre qui pourrait proliférer dans une zone de non-droit. Les Kosovars ne devraient pas s’opposer au déploiement de cette force, malgré leur
opposition au plan en six points de Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU. Ils ont, en effet, fait savoir à plusieurs
reprises qu’Eulex était bienvenu au Kosovo.

Des hommes … et des chiens

Les forces de police constituent une bonne partie des effectifs de la Mission. Celle-ci devrait compter environ 750 personnes, la majeure partie étant opérationnelle. Dépendant d’un petit
commandement de 25 personnes, deux grosses unités de maintien de l’ordre – formant l’IPU (integrated police unit, chargée d’assurer un environnement sûr) et la FPU (formed police unit) -, d’environ
220 personnes. Elles seront complétées de forces spécialisées : l’unité de protection rapprochée (CPU) – pour les personnalités ou VIP -, l’unité d’intervention, l’unité de protection des témoins
(WSU) – unité capitale s’il en est -, le service de déminage et anti-explosif improvisé (I/EOD). Le tout, sans oublier une unité très spéciale de la police européenne… le « K9″ composée
d’environ 20 personnes… et de chiens. Dressés à détecter un peu tout (explosifs, drogues…).



Camps Laszlo (Pristina) et Plana (Mitrovica) comme bases. Les forces de police seront basées en deux endroits essentiellement. Les Français, rejoints par les Roumains (qui sont
actuellement à Pec) seront stationnés au camp de Plana, près de Mitrovica (qui servait déjà pour la KFOR comme base hélicoptères, hopital chirurgical et réserve opérationnelle de contrôle des
foules ou CRC et était avant le début du conflit… un centre de réeducation pour enfant délinquant). Les carabinieri italiens et les 108 policiers Polonais qui sont en train d’arriver (ici sur la
photo) commandés par le Lieutenant Colonel Pawel Kurowski seront stationnés au camp Laszlo (nom du camp hongrois), près de Pristina. (NB : avec le gage d’une très bonne
cantine, tenue par les Italiens, la pizza est excellente et les pates…).

Les derniers brassards bleu à bande jaune marqués « EU Police » et les bérets bleus distinctfs des opérations civiles sont distribués au fur et à mesure des arrivées… (voir la vidéo de la visite de
Yves de Kermabon, le chef de mission Eulex au camp Laszlo)

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Janez Jansa (Slov): « L’intérêt de l’Europe, que les Balkans adhèrent »

En marge du Sommet européen de mars, j’ai pu rencontré Janez Jansa, le Premier ministre slovène. Objectif: expliquer comment il aborde la présidence par la Slovénie, au 1er semestre 2008, de
l’Union européenne et notamment la question de l’élargissement et des Balkans.



• Sacré enjeu, la présidence de l’Union, pour premier nouvel Etat membre issu de l’élargissement ?
JJ – Oui. C’est un gros défi (challenge) pour la Slovénie. Mais nous pouvons suivre un
bon exemple, celui du Luxembourg qui a très bien accompli sa présidence. Nous avons commencé à travailler très tôt sur cette question, immédiatement après les dernières élections (2004). Nous avons
de la chance. Dans notre pays, il y a une unité politique sur la question.

Vous êtes aussi et surtout le seul pays issu du démembrement de la Yougoslavie, à l’heure où se profile l’élargissement aux Balkans. Cette proximité vous permet-elle de proposer une solution
?

JJ – Nous n’étions pas membres de l’Union européenne quand l’agenda de Thessalonique pour les Balkans occidentaux a été adopté. L’intérêt de la Slovénie est le même que les autres pays : que les
Balkans deviennent membres de l’Union quand ils auront rempli toutes les conditions. Bien sûr, à cause de l’histoire et notre position géographique, nous comprenons mieux les positions de chacun,
l’intérêt à adhérer de chaque pays d’un coté, la signification de l’élargissement de l’autre. Les Etats sont à des étapes différentes : entre la Macédoine qui a le statut d’Etat candidat, la Serbie
ou le Monténégro qui en sont à la première étape de l’accord de stabilisation et le Kosovo qui attend un statut final. Avec une telle situation, on ne peut pas fixer de date objectif pour
l’adhésion.

• Cependant, peut-on donner un horizon : il faut donc de nouvelles perspectives financières, après 2013 ?
JJ – Bien sûr. Il n’est pas possible de dire quand la Serbie aura l’accord de
stabilisation. Pour la Croatie et la Macédoine, les négociations seront plus rapides. La situation du Kosovo sera résolue à la fin de l’année. Et après on pourra parler (d’adhésion). La Bosnie
Herzégovine est dans la situation la plus complexe, si complexe que l’on ne peut encore vraiment parler sérieusement d’adhésion.

• Comment est le principal atout de la Slovénie dans cette présidence ?
JJ – Nous sommes un pays du milieu, de la moyenne, si on prend en compte, par exemple, le Produit intérieur brut et d’autres indicateurs macro-économique. Nous pouvons donc comprendre à la fois les
uns et les autres, les nouveaux Etats membres et les anciens, les petits et les grands, trouver les bons compromis pour le développement économique et les solutions sociales.

• La Slovénie est-t-elle prête à gérer des questions mondiales comme le Proche, la guerre en Afrique (Congo), des drames type Darfour
JJ – Nous n’avons pas d’illusion pour résoudre ces crises. On ne peut pas contribuer tout seul. Notre présidence s’inscrit dans un groupe de trois pays et une action coordonnée. Le sommet
Ue-Afrique a ainsi été placé sous la présidence portugaise, qui continuera à suivre ce sujet, de façon coordonnée, durant notre présidence.

(entretien réalisé en face à face le 9 mars 2007)
Crédit photos : Ngv (sommet européen mars 2008 – J.Jansa en tant que président du Conseil)

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Syndrome des Balkans : pas plus d’effet qu’une cigarette

(article publié dans France-Soir 2001)

La communication très maitrisée de l’Otan.
Quand il est question de cancers ou d’autres maladies chez ses soldats envoyés dans les Balkans, l’Otan n’entend pas laisser la communication
lui échapper. Résultat… le pire ! Quand le général-major Van Hoof est venu hier rendre compte à la presse de la réunion qu’il présidait du comité des chefs des services de santé militaires
(Comeds) des 19 pays membres de l’organisation militaire, il est apparu entouré des hommes en bleus et noirs de l’organisation militaire. Au point que le général, qui n’est cependant pas connu en
Belgique pour être un adepte de la langue de bois – au contraire c’est même un des premiers à s’être sérieusement penché sur la question de la maladie des Balkans – a été sérieusement dompté par la
discipline Otanienne. Fait symptomatique, face à la presse, alors que la plupart des questions se dirigeait vers le général belge, le porte-parole de l’Otan, Mark Laity, s’est arrogé le droit de
répondre, ou engageait un médecin-colonel (plus sûr) de l’armée américaine d’apporter ses commentaires.

Officiellement le général Van Hoof dément
Solidement encadré, le général Van Hoof n’a ainsi pu que se fendre d’un démenti, bien innocent. « Nous ne trouvons pas dans les données disponibles une maladie atypique liée aux Balkans, il
s’agit de plaintes très générales ». « D’après les donnés disponibles, a-t-il ajouté, nous ne pouvons identifier aucune augmentation de cancers sanguins ou de mort chez les militaires qui sont
allés en mission dans les Balkans par rapport aux soldats non déployés ».

Il y a un syndrome dont les causes ne sont pas expliquées
Une opinion  qui n’est pas, d’après nos informations, aussi consensuelle. Avant même cette réunion un haut responsable militaire ne nous confiait-il pas que tous les symptômes spécifiques
(fatigue chronique, perte de mémoire, problèmes de peau récurrents…) objet des plaintes des soldats revenus des opérations en ex-Yougoslavie forment bel et bien un « syndrome » dont les causes ne
sont pas expliquées. D’ailleurs, sous couvert d’un discours policé, le général van Hoof a tenu à adresser un net avertissement aux forces militaires de l’Atlantique-Nord : « Il est important
d’écouter les inquiétudes de la santé des militaires » a-t-il déclaré « et de procéder à toutes les  analyses médicales, y compris des études indépendantes de la situation
». Aussi a-t-il
annoncé « le lancement d’une étude épidémiologique et l’élaboration « de principes communs de sécurité des soldats pour les opérations » de maintien de la paix.

Pas plus d’effet qu’une cigarette
En attendant de connaître cette réalité, il faut se réjouir d’une grande découverte, à la Pif-gadget, de l’Otan. Le plus sérieusement  du monde, le colonel de l’US Army David Lam a asséné sa «
réalité scientifique : Celui qui fume une cigarette sur un an court autant de risque de radioactivité que celui qui détient un obus-flèche de 30 mms à 15 cms du corps ». Le tabac, la
nouvelle arme atomique de l’Otan !

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Le « syndrome des Balkans » a atteint Bruxelles.

(article paru dans France-Soir 2001)
Le « syndrome des Balkans » a atteint Bruxelles. Cet ensemble de symptômes inexplicables et de cancers inexpliqués dont souffrent certains soldats revenus des missions de paix dans les Balkans a
occupé la journée des trois institutions principales de la capitale européenne. A la Commission, au conseil des ministres et à l’Otan, les réunions se sont donc succédées. Comme si tout d’un coup,
les États européens et américains prenaient conscience que les armes modernes, même « propres », peuvent aussi faire des victimes dans le propre rang des.. militaires. Mais les principaux
responsables politiques et militaires ont surtout convenu qu’il était urgent de… continuer à se réunir.

Des réunions à la pelle. Convoqué à la demande de l’Italie, le comité politique de l’Otan n’a pu ainsi se résoudre à décréter un moratoire sur l’usage des armes à l’uranium appauvri. Des
études relatives à cette matière et à ses effets sur la santé pourraient cependant être engagées sous la responsabilité des États membres et d’organisations extérieures. Le principal organe
décisionnel de  l’OTAN, le Conseil de l’Atlantique-Nord, se réunit mercredi pour en discuter. Lundi suivant, ce sera au tour des chefs des services de  santé des forces armées d’aborder
la question. La seconde réunion de ce mardi, conduite sous l’égide des Suédois, réunissait les ambassadeurs des quinze États membres. Dire qu’elle n’a débouché sur rien serait un euphémisme.

La Commission européenne dans le jeu. De fait, dans la guerre de communication, c’est la Commission européenne qui semble avoir pris l’avantage. En demandant à un groupe d’experts
indépendants de rendre d’ici février un avis scientifique sur l’éventualité  d’un lien entre l’utilisation de ces munitions et l’apparition de cancers chez des militaires ayant servi dans la
région, l’institution communautaire entend prendre ses responsabilités. Son porte-parole Gunnar Wiegand estime en effet que  »plusieurs centaines voire plusieurs milliers’‘ de membres de
son personnel et de personnes sous contrat se trouvaient dans les Balkans lorsque ces munitions ont été utilisées au cours de la décennie passée. Dans cette réunionnite aiguë, peu d’experts ont
cependant mentionné les travaux déjà menés sur la question, par les Pays-Bas depuis 1997, et plus récemment par les Belges. Ils prouvent sinon un lien direct avec des armes à uranium enrichi, du
moins un ensemble de symptômes inexplicables lié à l’envoi de troupes dans les Balkans qui atteindraient environ 5 % des militaires revenus de la région. Un homme aurait pu, peut être expliquer
cette situation, Javier Solana. Mais le « Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune » plus connu comme secrétaire général de l’Otan jusqu’à 1999,
durant les frappes sur la Yougoslavie, a choisi de se taire. C’est çà la transparence vous dit-on !

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Y-aurait-il un syndrome des Balkans ?

(article paru dans France-Soir 2000) Y-aurait-il un syndrome des Balkans, comme il y a aurait un syndrôme du Golfe ?

Les témoignages de plusieurs soldats belges revenus de Bosnie, de Croatie ou du Kosovo le laisseraient supposer. Marc de Ceulaer, que nous avons rencontré, est de ceux-là. Parti à
Visocko, en Bosnie, dans le cadre des opérations de maintien de la paix en 1996, il souffre aujourd’hui de graves problèmes de santé, bien réels, mais dont les médecins n’arrivent pas à cerner la
cause. « Quand je suis revenu, je ne me sentais pas très bien, j’étais constamment fatigué, j’avais des troubles de mémoire, j’avais des saignements de nez. J’ai été voir le médecin de l’unité.
Il m’a dit c’est psychologique. De petites tâches brunes apparaissaient sur tous mes membres, puis disparaissaient sans raison. J’ai consulté un dermatologue. Les analyses dans un laboratoire
spécialisé ont confirmé un problème pathologique mais sans pouvoir préciser la cause.
» Depuis, aidé de son syndicat (En Belgique les militaires, professionnels, peuvent se syndiquer), Marc de
Ceulaer tente désespérément de déterminer l’origine du mal. Est-ce la pollution de l’eau du fait de l’utilisation de pesticides en abondance par exemple ? « Dans le camp de réfugiés voisin, des
réfugiés étaient malades avec des problèmes de peau identiques
». Un peu simple peut-être.

Une pollution chimique plus complexe alors ? « Sur le sol il y avait constamment de la poussière noirâtre que nous inhalions » se rappelle Marc de Ceulaer. Et d’autres soldats envoyés en
Croatie souffrent également de maux divers, parfois mortels
. « C’est après s’être assis sur des sacs de sable dans une cave pour se protéger des mortiers qu’Éric Vande Ven avait ainsi
constaté que son bras était complètement brûlé. Soigné sur place, un an plus tard, il constatait l’apparition de petites tâches.
» Depuis ce caporal-chef du 5e de ligne est décédé. Diagnostic
: « cancer de la peau ».

L’uranium appauvri pourrait-il être en cause comme le soutiennent certains spécialistes ? Peut-être pas dans tous les cas mais il y a des faits troublants. « Ces symptômes ressemblent
étrangement à ceux des sauveteurs qui ont travaillé sur l’accident du Boeing à Amsterdam.
» remarque Albert De Villers, président de Syndic. De plus, ajoute Marc de Ceulaer, « Au Kosovo,
près du poste-frontière de Jankovic, nos collègues sur place ont relevé des traces d’amiante blanche au sol
».

1/6e des militaires ont problèmes de santé. L’armée a d’abord minoré cette « contamination par l’amiante de quelques soldats » puis, face à l’accumulation de témoignages, a décidé
de réagir de façon plus vigoureuse. Les 12 000 militaires belges envoyés depuis 1992 dans les Balkans sont depuis plusieurs semaines invités à se présenter devant l’un de leurs 24 médecins du
travail. Les premiers résultats (sur 2000 soldats) parlent d’eux-mêmes ! « Entre 15 % et 20 % de ces soldats se plaignent de problèmes de santé » a ainsi révélé le chef d’état-major du
Service médical, le médecin général-major Roger Van Hoof, dans les colonnes du quotidien flamand de Morgen. Inquiétant !

Du coté français : no problem
L’armée française reste fidèle à sa qualité de Grande muette. Aucune trace de risques à l’amiante n’a été retrouvé au Kosovo, affirme le service de communication des armées. « J’ai un rapport
sous les yeux de Kumanovo qui n’en parle pas
» nous a assuré le médecin-chef Estripeau. « Je ne dis pas qu’il y a pas de problème mais s’il y en a, ces éléments ne sont pas parvenus aux
médecins sur place
». Honnêteté scrupuleuse mais quelque peu détonnante. D’après nos informations, les militaires belges auraient transmis un échantillon de poussière contaminée « à un
officier françai
s » présent sur place qui aurait promis de « faire une intervention ». Cet échantillon se serait-il perdu ? Ou le mythe Tchernobyl, de l’invincibilité française face
aux éléments, aurait-il encore frappé ?…

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Kouchner plaide pour le Kosovo

(Article paru dans France-Soir, octobre 1999) Bernard Kouchner était hier au Parlement européen à Bruxelles pour une séance exceptionnelle des commissions
des affaires étrangères et du budget consacrée à la situation du Kosovo. Une visite de courtoisie tout d’abord, permettant ainsi de rendre sa pareille à la présidente du Parlement européen, Nicole
Fontaine qui avait tenue, à peine nommée, à faire son premier déplacement extérieur, au début septembre, au Kosovo.
Des retrouvailles aussi qui ont permis à ce grand séducteur, qui a été quelques années député européen, de pouvoir de la tribune adresser quelques bises du bout de la main à d’aimables
collègues – pendant que Nicole Fontaine peinait à retrouver les bribes et les quelques feuilles de son discours perdues – , ou de piquer une colère à moitié feinte comme il en a le secret, après un
député espagnol qui le taraudait sur le peu de réalité du désarmement de l’UCK. Au-delà de toutes ses raisons qu’il trouve bien futiles, maintenant qu’il est à la tête de l’administration
intérimaire des Nations unies pour le Kosovo (l’UNMIK), Bernard Kouchner était présent pour au moins une raison sérieuse : convaincre les parlementaires de le soutenir auprès de leurs «
gouvernements respectifs et du Conseil de l’Union européenne » dans sa recherche de fonds.

Des financements sont nécessaires. Le chef de l’UNMIK, veut ainsi éviter d’affronter tout seul, comme en juillet dernier, lors d’une réunion à Bruxelles, « une vague de colère des ministres
de l’économie et des finances du G8 qui ne voulaient pas payer et pensaient que l’ouverture au marché suffisait ». Notre tâche est importante, a plaidé à plusieurs reprises Bernard Kouchner, « il
faut que les maisons soient reconstruites », il faut pouvoir « payer un tant soit peu, 200 deutschs mark (environ 700 francs) ce n’est pas grand chose, les juges, les médecins des hôpitaux, les
instituteurs
» le temps que le Kosovo retrouve un budget autonome. Car sinon « ce n’est pas la peine d’avoir fait tout cela ». Or « pour le moment nous avons reçu beaucoup de
promesses mais pas réellement de finances
» a asséné l’ancien ministre français de la santé, avant de conclure sur un thème qui lui est de plus en plus cher, la politique. « J’aimerai bien
consulter les Kosovars, dans ce qui constitue leur vie quotidienne, leur faire redécouvrir les vertus de la démocratie. Car si on ne veut pas faire du Kosovo un Etat colonial avec un gouvernement
colonial, il faut gouverner avec la population
. » a-t-il ainsi conclu, avant de se dépêcher pour reprendre l’avion qui l’attendait vers Pristina.

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