(B2 Pro) Afghanistan : les Européens doivent coopérer avec les Américains, mais aussi avec les Russes et les Chinois (Didier Chaudet)

(B2) Début septembre, Donald Trump annonçait la fin des négociations avec les Taliban, suite à un énième attentat. À quelques jours de l’élection présidentielle, les négociations sont-elles finies ? La paix est-elle possible ? Quel rôle peuvent jouer l…

La Roumanie paie cher son engagement en Afghanistan. L’ambassade attaquée à Kaboul

(B2) Coup sur coup, ces derniers jours les Roumains ont perdu plusieurs des leurs en Afghanistan dans deux attaques revendiquées par les talibans

(crédit : VOA)

Deux agents du ministère touchés

Un diplomate chargé de la sécurité de l’ambassade roumaine à Kaboul a été tué et un autre gravement blessé dans la nuit du 2 au 3 septembre. L’attaque de type ‘complexe’ a démarré vers 22h et s’est poursuivie une bonne partie de la nuit dans la zone où se trouve l’ambassade de Roumanie.  Au final 16 personnes sont décédées et 120 ont été blessées. Les affrontements entre les talibans et les forces de sécurité ont duré presque toute la nuit. Ce n’est qu’au matin, que la douzaine de diplomates encore dans l’ambassade a réussi à évacuer les lieux, selon hotnews citant des sources officielles.

L’ambassade roumaine ciblée

« Les attaquants ont ciblé l’ambassade », a indiqué la ministre des Affaires étrangères roumaine, Ramona Mănescu sur Radio Roumanie internationale. Celle-ci est presque complètement détruite aujourd’hui. « L’ambassade est détruite à 80% et est inutilisable » a affirmé la ministre à DC News. Les diplomates ont été transférés dans une zone sécurisée : dans une base de l’OTAN.

Nous resterons !

« Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à de telles attaques » a ajouté Ramona Manescu. « C’est vrai que nous avons été épargnés jusqu’ici, mais d’autres objectifs civils ont été visés. C’est une raison de plus d’y rester. » La ministre roumaine s’est aussi entretenue par téléphone avec la Haute représentante de l’UE Federica Mogherini. « Nous avons souligné la nécessité de coordonner nos actions communes, de renforcer la coopération et de rester cohérent dans la promotion du dialogue et de la paix pour la stabilité de la région » raconte-t-elle sur twitter.

Un militaire de Resolute support touché

Quelques jours plus tard, un militaire roumain (le caporal Ciprian-Ștefan Polschi), qui participait à l’opération Resolute Support de l’OTAN, a perdu la vie jeudi (5 septembre) après l’explosion d’une voiture piégée dans le quartier protégé de Shash-Darak (près de la Zone verte) alors qu’il était au volant d’un véhicule de service. L’attentat qui a fait au total 10 morts et 42 blessés, a fait une autre victime parmi les troupes de l’OTAN : un Américain.

Un des gros participants à Resolute Support

La Roumanie fournit un des plus gros contingents européens de Resolute Support avec environ 760 soldats derrière la Géorgie (870 hommes), le Royaume-Uni (1100 hommes) et l’Allemagne (1300 hommes) ; les États-Unis fournissant la moitié (8475) des effectifs de la mission (17.150). Et 25 soldats roumains ont perdu la vie depuis le début de l’engagement en 2003, selon le site iscasualties.org compilant les données américaines.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Afghanistan… Quand l’Europe venait au secours des Américains

(B2) 17 ans après le début de l’intervention de l’OTAN en Afghanistan, il est bon de se souvenir…

(crédit : Bundeswehr /Andrea Bienert)

Dans la balance des efforts européen et américain, et de la célébration de l’effort américain vital pour l’Europe dans les guerres 14-18 et 39-45, on oublie souvent l’effort, plus récent mais tout aussi notable, des Européens en réponse à l’appel à l’aide des Américains en Afghanistan. Une intervention mise en place dans le cadre de l’OTAN, à l’initiative des Américains et selon leurs principales orientations, après les attentats du 11 septembre 2001, mais qui a suscité un engagement net des Européens.

Un tiers des effectifs…

Selon la base de données B2 sur l’Afghanistan, les Européens ont en effet fourni (tous pays confondus, Danemark et Royaume-Uni inclus) environ un tiers des effectifs — ce qui n’est pas négligeable.

… et un quart des pertes

Ils ont subi durant les 17 ans d’intervention — dans la FIAS, la force internationale d’assistance à la sécurité (ou International Security Assistance Force IFAS) puis dans l’opération Resolute Support —, 25% des pertes : au moins 875 décès constatés exactement sur les 3557 totalisés sur l’intervention par le site icasultaties (1). Et encore, ce chiffre est un minimum car il ne prend pas en compte les militaires décédés ensuite.

Le Royaume-Uni a de loin été le pays le plus ‘engagé’ avec 455 décès, suivi par la France (90 décès) et l’Allemagne (57 décès) (2). Proportionnellement à sa taille, c’est cependant le Danemark qui a payé le plus lourd tribu (43 décès). Hors UE, c’est le Canada (avec 158 décès).

Le décompte des blessés plus difficile

Le décompte des blessés est plus difficile à recenser. D’une part car les pays ne mettent pas vraiment ces statistiques au grand jour. D’autre part car ces données sont plus complexes à compiler.

2188 blessés au combat chez les Britanniques

Pour avoir une idée, on peut prendre l’exemple de l’engagement britannique, le plus notable et le plus documenté. Sur la période 2001-2014, les Britanniques recensent 7436 blessés et malades (toutes causes confondues) admis dans leurs hôpitaux de campagne. Sur ce chiffre, il y a 5248 malades et blessés hors combat et 2188 blessés ‘en action’, dont 616 sérieusement atteints. Cela conduit à un ratio mort/blessés de 1 pour 5 si on prend uniquement ce dernier chiffre (et un ratio de pour 1 pour 16 au total). 250 soldats ont subi une amputation selon les statistiques officielles compilées par le quotidien The Guardian. Cela ne comprend pas les victimes, notamment de troubles psychologiques, qui se déclareraient ensuite.

Et 450 chez les Français

Pour la France, sur la même période selon une étude épidémiologique menée par le médecin des armées de l’hôpital Percy, Clément Hoffmann, avec plusieurs confrères (3), on recense 89 décès et 991 blessés et malades, dont 450 au combat ou par IED. Soit un ratio mort/blessés d’1 pour 5, sensiblement identique aux Britanniques.

Une estimation de 4300 blessés

Si on applique ce ratio aux pertes européennes, on atteint ainsi un chiffre d’environ 4300 blessés résultant de l’engagement en Afghanistan pour les troupes des différents pays de l’Union européenne.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Pays de l’Union européenne uniquement (Royaume-Uni inclus). Chiffres fournis par icasualties, compilés pour l’UE par B2.
  2. Les statistiques de icasualties sont parfois sous-estimées par rapport aux chiffres nationaux qui tiennent compte des décès ultérieurs.
  3. A télécharger ici