Operations

La mission frontières en Libye : trop tard, trop faible ?

(BRUXELLES2) Il n’est pas évident que la mission EUBAM Libya (qui va se décider cette semaine) pourra avoir « une vraie valeur ajoutée ». C’est le sentiment de l’eurodéputée allemande Franziska Brantner (Verts), spécialiste des questions de défense et sécurité pour son groupe, qui s’est confié à quelques journalistes (dont B2). Et d’expliquer. « Au départ, j’étais pour une mission de la PSDC (politique de sécurité et défense commune). Mais maintenant je suis très sceptique. Cette mission arrive un peu tard. Elle est un peu sous-dimensionnée. » Et ses objectifs « On aurait peut-être été plus vite en envoyant quelques experts financés par la Commission européenne » au titre de l’instrument de stabilité, par exemple. « Aujourd’hui, le problème le plus préoccupant est plutôt  la question du désarmement et de la démobilisation (DDR). Ce sont les milices qui, de fait, contrôlent certains points de passage. »

Former sans vraiment connaître la situation

Pour F. Brantner, la future mission EUBAM Libya n’embrasse pas toutes les questions. Ce n’est pas seulement un problème de garde des frontières. « Il y a un contexte politique très complexe, où les Touaregs ne reconnaissent pas la frontière. » Et elle ne paraît pas très au fait de certaines questions. « En Libye, la situation est très volatile dans le sud. » Mais « les équipes d’évaluation n’ont pas été dans le sud », et ne pourront y aller tout de suite apparemment (comme le prouvent quelques télégrammes diplomatiques dont B2 a eu connaissance, détails sur le Club). Résultat, les Européens risquent bien « de former des gens à une situation qu’ils ne connaissent pas. » En fait, l’eurodéputée l’impression que ce n’est pas tant la gestion politique de ses frontières par la Libye qui intéresse les Européens. « C’est la frontière maritime et le contrôle de l’immigration – empêcher que les migrants franchissent la Méditerranée – qui nous intéresse le plus. On est ainsi davantage dans une mission de type Frontex » que de stabilisation.

Faiblesse européenne

De façon plus générale, l’eurodéputée regrette le faible engagement sur place. Alors que l’Union européenne avait ouvert, très vite, un bureau de liaison à Benghazi, celui-ci est fermé aujourd’hui. « Ce qui est une erreur. Car le responsable du bureau avait développé un réseau important sur place. » Et la délégation ouverte à Tripoli avec tambours et trompettes, n’a plus aujourd’hui de chef de délégation en titre. « Elle compte juste deux personnes. Ce qui est bien peu. » D’autant que, sur place, les différents acteurs européens (Italiens, Français, Britanniques…) sont « en compétition ». L’objectif semble ainsi davantage de « conquérir des marchés » ou de placer des pions au niveau national que « de jouer européen ».

Perte de crédibilité dans le Maghreb

Pour l’Union européenne, il y a ainsi une perte de crédibilité. Mais ce n’est pas limité à la Libye. Les pays environnants aussi sont concernés. L’eurodéputée estime que « l’Union européenne a perdu beaucoup de crédibilité dans le Maghreb, suscité beaucoup d’espoirs, promis beaucoup mais peu réalisé ». Le “more pour more” est un « leurre ». « En fait, rien n’a vraiment changé ». « Les activistes des ONG de droits de l’homme en Egypte et Libye, sont amers. Ils nous demandent “qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ?” ».

PrintFriendlyFacebookShare

L’oeil nécessaire du psychiatre en Afghanistan

(BRUXELLES2) Le livre est paru il y a déjà quelques mois. Mais je n’avais pas pris le temps de lire. Dans “Dix semaines à Kaboul. Chroniques d’un médecin militaire”, Patrick Clervoy, tient un journal de bord de son séjour à l’hopital des forces internationales de l’ISAF à Kaboul (le KiA) et de ses déplacements au gré des urgences ou réunions à Kandahar, Tagab… Celui qui attend de la littérature romantique peut passer son chemin. Les phrases sont courtes, hachées. Parfois sans vie, comme un récit distant. Mais très vite on est pris dans l’action. Car derrière la sécheresse des mots apparait des destins d’hommes et de femmes engagées.

La vie de l’hôpital des forces internationales à Kaboul demeure rythmée par les “Nine Lines”, ces messages qui annoncent en neuf lignes l’arrivée d’un blessé dont l’état est critique (Alpha), grave (Bravo) ou qui peut attendre (Charlie). Les soldats, engagés, victimes directes ou collatérales (celles qui ont vu mourir ou disparaitre un de leurs collègues), passent devant le médecin, ont parfois des difficultés à révéler une histoire, souvent refoulée depuis des mois. Patrick Clervoy est en effet le médecin psychiatre du contingent français. Une présence qui s’est imposée au fil des évènements. Depuis la tragédie d’Uzbin, en 2008, le soins psychologiques directement auprès des troupes se sont imposées au même titre que le réanimateur ou le chirurgien.

Une guerre en deux temps

L’auteur le rappelle. Chaque guerre « génère des troubles psychologiques qui évoluent en deux temps: immédiatement au moment de l’exposition aux combats, puis, insidieusement , plusieurs années après ». Et de rappeler quelques chiffres qui, bien souvent, font froid dans le dos. Car ils ne sont pas toujours glorieux. « Dans les premiers mois de la guerre de Corée, les troupes américaines ont fait face à un taux très levé de pertes psychiatriques, un quart du total des blessés. Lors de la guerre du Kippour, sur les 1500 premiers soldats israéliens évacués, 900 le furent pour des troubles psychiatriques. » Cela c’est pour le premier temps.

Pour le second, ce n’est pas mieux. « La guerre des Malouines, en 1982, fit 214 morts parmi les Britanniques, en trois semaines. En plus de trente ans, 260 vétérans de cette guerre s’étaient donné la mort. Le suicide a emporté un nombre supérieur de vétérans qu’il n’était tombé de combattants au moment des combats. »

Autre chiffre, pour saisir l’ampleur du problème. Ce que les médecins des armées ont appelés le mild trauma brain injury ou mTBI (commotions cérébrales modérées). « En 2008, 300.000 vétérans américains étaient recensés comme souffrant de mTBI. Le nombre sera probablement plus du double après que les forces se seront retirées (…) en 2013. Comme le contingent américain constitue les deux tiers de la coalition, on peut anticiper que plus d’un million de vétérans souffrira de cette pathologie » parmi les forces de la coalition qui se sont déployées en Afghanistan. On comprend mieux ainsi cette phrase du psychiatre qui sonne comme un avertissement. « Que vont devenir les militaires que j’ai vus ici ? Pour certains, le moins possible j’espère, le parcours sera difficile. »

• Dix semaines à Kaboul. Chroniques d’un médecin militaire”, Patrick Clervoy. Editions Steinkis. Novembre 2012. 296 pages. Prix : 19,90 €.

PrintFriendlyFacebookShare

Eubam Libya sur les rails. Officialisée la semaine prochaine…

(BRUXELLES2) Il aura fallu plus de deux ans après le début de l’offensive occidentale en Libye pour que l’Union européenne lance, enfin, une mission d’assistance aux frontières (EUBAM Libya). Si cette mission avait été demandée ardemment par certains pays, elle avait suscité la réticence de plusieurs autres (Royaume-Uni notamment) estimant notamment que le gouvernement libyen n’était pas consolidé. La position officielle du SEAE s’était ralliée à cette dernière position. Finalement l’évolution politique en Libye (la constitution d’un gouvernement) mais également l’évolution sécuritaire avec l’augmentation de la menace terroriste aux pourtours de ce pays (attentat d’In Amenas en Algérie, offensive djihadiste et touareg au Mali notamment) ont convaincu les plus réticents de la nécessité de boucler rapidement cette mission.

La décision cadrant cette mission est prête depuis plusieurs semaines (ainsi que les lecteurs membres du Club le savent déjà, EUBAM Libye, le projet de décision est prêt. Détails). Le budget est adopté et le chef de mission désigné. Il ne manque plus, en fait, pour adopter formellement ce texte et donc permettre le déploiement de la mission qu’une “pièce” extérieure au dispositif européen : un Ok de Westminster. On attend en effet l’avis de la commission parlementaire britannique sur les questions européennes. La décision serait alors donc prête à être adoptée la semaine prochaine.

Selon nos informations, la mission aura un objectif  à court terme : « aider les autorités libyennes à se doter des capacités nécessaires pour améliorer la sécurité aux frontières libyennes terrestres, maritimes et aériennes » et un objectif à plus long terme : « définir une stratégie plus large de gestion intégrée des frontières ». La mission sera commandée par un Finlandais, Antti Hartikainen, et un Britannique devrait être son adjoint. Elle devrait démarrer en juin pour une durée de 24 mois. Dotée d’un budget de 30,3 millions d’euros, elle disposera d’environ 165 personnels : 83 personnels détachés par les Etats membres, 27 contractuels internationaux et 54 contractuels locaux (+ le chef de mission).

Lire aussi :

Et sur le Club de B2 (pour les membres- s’abonner ici) :

PrintFriendlyFacebookShare

Elections au Mali : on maintient … un peu, on reporte le reste ?

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) C’est au détour d’une phrase que le président par intérim Dioncounda Traoré arrivé àa officialisé un assouplissement du calendrier électorale. Lors de sa conférence de presse à la Commission européenne, ce mardi (14 mai), en prélude à la conférence internationale sur le Mali, il a indiqué être « décidé à organiser ces élections, en tout cas l’élection présidentielle avant la fin du mois de juillet, c’est un pari que nous allons tenir, que nous sommes obligés de gagner ». Interrogé sur la fiabilité de la date du 28 juillet, le président a expliqué « à notre avis elle sera maintenue. Nous ferons tout pour que le 28 juillet l’élection présidentielle commence ».

Premier report et premier abandon

Cette déclaration a deux conséquences. Tout d’abord, le calendrier est, une première fois, retardé par rapport à la date initiale et malgré le discours volontariste des autorités maliennes mais aussi des acteurs internationaux comme celles de l’envoyé spécial de l’ONU, Romano Prodi, on ne peut que douter du respect de cette date du 28 juillet. De plus, Traoré n’a parlé que de l’élection présidentielle, l’idée d’organiser le scrutin législatif au même moment semble donc prendre du plomb dans l’aile. Et l’idée d’un découplage semble avoir la faveur de certains experts au niveau européen. Ce qui confirme l’impression que B2 avait eu en se rendant sur place (lire sur le Club de B2 : Les élections en juillet au Mali : des obstacles et des risques)

La réconciliation par la décentralisation?

Le président malien s’est expliqué sur le processus de réconciliation qui doit être lancé. Un élément important serait la décentralisation et le président veut « faire en sorte que cette décentralisation devienne effective » mais que cela n’entraine « pas de discrimination particulière entre Nord et Sud. « Nous pensons que les problèmes peuvent trouver une solution dans la décentralisation. Elle n’a pas toujours été mise en œuvre comme nous le souhaitions et elle n’a donc pas fonctionné comme on le voulait » a-t-il affirmé. Il pose cependant des limites « nous sommes prêts à discuter de tout sauf de l’intégrité du Mali et de la laïcité » tout en faisant une distinction implicite entre les populations du Nord et les populations Touaregs au détour d’une phrase.

PrintFriendlyFacebookShare

Un diner pour le Mali et des premières contributions

 

(BRUXELLES2) C’est par un diner de travail ce mardi soir (14 mai), que président du Conseil européen, Herman Van Rompuy,  a reçu les chefs d’Etats ou de Gouvernement qui participeront demain à la Conférence de Haut niveau des donateurs pour le développement du Mali qui se tiendra à Bruxelles. Objectif : « échanger des vues avec les dirigeants de la région sur les besoins au Mali et dans le Sahel ».

Engagement européen

Le président du Conseil européen entendait affirmer plusieurs points. Tout d’abord « l’engagement ferme et dans la durée de l’Union européenne pour soutenir le Mali », ensuite « le rôle essentiel que les Etats de la région jouent et devront continuer à jouer » et « l’ampleur régionale et pluridimensionnelle des efforts européens qui s’inscrivent dans une stratégie globale pour le Sahel ».

Les premiers chiffres des dons

Plus tôt dans l’après-midi, le président de la Commission, José-Manuel Barroso a annoncé que l’Union allait engager « 520 millions d’euros pour le Mali entre 2013 et 2014 » ce qui « représente plus d’un quart » de ce qui est attendu à la fin de la conférence de demain. Le Mali évalue, en effet, ses besoins à environ 2 milliards d’euros. Mais le président malien Traoré a déjà expliqué à Bruxelles devant la presse que « si on arrive à 1,5 ou 1,6 milliards on pourra dire que le compte y est. De toute façon, dans une semaine ou dans un mois, il est évident que l’UE et la communauté internationale injecteront plus que ça ». Des sources diplomatiques françaises parlent d’une contribution de l’ordre de 280 millions d’euros pour la France.
À lire aussi sur B2  : les articles sur EUTM Mali
PrintFriendlyFacebookShare

La « folie » syrienne

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) « 66% des réfugiés sont des enfants. On ne peut pas tourner le dos à cette tragédie, il faut agir maintenant pour éviter la perte d’une génération entière de jeunes enfants syriens ». Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire est venue devant la presse, ce mardi (14 mai), après un voyage de 3 jours (samedi 11 à lundi 13) au Liban et en Jordanie. Ce n’est pas la première fois que la commissaire pousse un cri d’alarme. Et on craint bien que ne soit pas la dernière! Lors de son intervention, la commissaire a rappelé que le nombre des réfugiés explose et que le règlement de la crise est encore bien loin. Elle a annoncé un soutien supplémentaire financier, notamment aux pays qui accueillent les réfugiés. Même si…

Une goutte d’eau dans la mer

« Je savais, en les annonçant, que ces 65 millions d’euros ne seraient qu’une goutte d’eau dans la mer » a déclaré Georgieva à propos des fonds supplémentaires qui vont être alloués à la situation en Syrie faisant grimper le montant total Commission et Etats-membres « à plus de 800 millions d’euros, ce qui fait de l’UE le principal donateur ». Elle note que depuis son dernier voyage il y a 4 mois, « les réponses sont plus importantes mais que les besoins sont sans cesse plus importants (que ce soit) en éducation, services sanitaires, eau ».

Des réfugiés toujours plus nombreux au Liban et en Jordanie, la communauté internationale doit se réveiller

La commissaire a dénoncé « la souffrance des millions de Syriens dont la plupart sont des enfants et la pression sans cesse plus importante sur les communautés locales ». Il est « crucial » que la « communauté internationale se réveille ». La situation dans les pays d’accueil, Liban et Jordanie « s’est encore détériorée ». Les chiffres sont « extrêmement alarmants : 2000 nouveaux réfugiés chaque jour en Jordanie !». Le camp le plus important du pays Zaatari « est devenu la 5ème ville du pays » alors même que « seulement 25% des réfugiés sont dans des camps ». Le total pour les deux pays serait d’un million et demi de réfugiés, « ce qui représente 10% des populations libanaises et jordanienne ». Si le flux se poursuit, ils pourraient représenter « 20 à 30 % des populations du Liban et de la Jordanie. Je vous le demande, quel pays membre de l’UE pourrait accueillir une telle vague de réfugiés ». À cela s’ajoutent les 5 millions de déplacés internes.

Une pression dangereuse pour les pays d’accueil

« On observe une concurrence accrue pour les logements, les emplois, les prix des denrées alimentaires, les Libanais et les Jordaniens sont encore accueillants. Mais il y a déjà des conflits à certains endroits » explique la commissaire. Le processus semble impossible à circonscrire. « Il est extrêmement difficile d’arrêter cette vague d’immigration et de demander aux populations de retourner dans leur pays ». La situation est particulièrement compliquée au Liban « c’est encore pire, car il y a déjà les réfugiés palestiniens. Il y a aussi les Palestiniens qui étaient en Syrie et qui sont maintenant dans des camps insalubres où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. (parfois) jusqu’à 9 personnes sur 2 m2 ».

Pour faire face à cette situation, « il faut aller plus loin, et financer encore plus. Je vais parler avec mes collègues à la Commission pour voir comment augmenter l’aide humanitaire mais aussi comment soutenir les communautés locales ». Sur les 1,5 milliards d’engagements de dons récoltés lors de la conférence organisée par le Koweit « bien peu ont été véritablement investis ».

Des sanctions plus ciblées

La Commissaire s’est aussi prononcée en faveur des mesures visant « à affiner le régime des sanctions pour permettre à plus d’aide humanitaire de pénétrer en Syrie » ce que réclame le Liban, « nos interlocuteurs nous disent qu’il faut continuer à aider à l’intérieur du pays pour éviter que les Syriens quittent leur pays ». « Il est clair que l’économie de la Syrie s’est écroulée » affirme-t-elle mais « il faut d’autres moyens pour soulager » faisant référence aux décisions prises sur le pétrole en avril par le Conseil des ministres des Affaires étrangères.

Un Genève 2 pour mettre fin à la “folie”

En ce qui concerne le règlement de la crise à long terme, Georgieva a plaidé pour un Genève 2, « il ne faut pas abandonner l’idée d’une solution politique, Lavrov et Kerry ont discuté du besoin de mettre en place un Genève 2, c’est tout ce qu’on a l’accord Genève ». « On se réjouit de tout effort pour mettre fin à cette folie, je dis bien cette folie ». Cette vision pessimiste est sûrement alimentée par les rencontres de la Commissaire sur le terrain, « les gens avec qui je parle, ne s’attendent pas à une solution rapide, il y a tellement de sang qui a coulé qu’amener toutes les parties à la table des négociations ne sera pas facile. J’ai rencontré un groupe de femmes qui ont, toutes, perdu des frères, des maris. Et cette question de la solution politique pour elles, est très difficile car il est difficile d’oublier »

La « folie » syrienne fossoyeuse du droit humanitaire

Georgieva a aussi appelé à « faire pression sur les deux cotés pour faire respecter les droits de la guerre. Les gens qui travaillent dans les organisations humanitaires parlent d’impunité et d’atrocités et cela mine les efforts de construction d’un droit international humanitaire. On fête les 150 ans de la Croix Rouge et en même temps cet acquis, bâti sur des morts européens, est détruit par ce qui se passe devant nos yeux et c’est sûrement la première priorité à l’intérieur du pays ».

PrintFriendlyFacebookShare
Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Le Major Mignolet, chef du détachement belge, à coté de l’hélicoptère A 109

(BRUXELLES2 – suite du reportage à Bamako) Ce n’est sans doute pas le point essentiel de la mission européenne de formation de l’armée malienne. Mais c’est un des éléments constitutifs nécessaires : les hélicoptères belges A109, équipés en module Medevac, sont là en cas de besoin pour procéder à l’évacuation médicale d’un des militaires blessés ou malades lors de la mission.

En stand bye 24h/24

Logée sur le tarmac même de l’aéroport dans des locaux d’Air Mali, l’équipe “medevac” belge compte une trentaine de personnes – dont 6 pilotes – et deux hélicoptères.

Il s’agit, en effet, non seulement d’avoir les effectifs nécessaires pour l’astreinte mais aussi de permettre de faire tous les entretiens et/ou réparations nécessaires sur les engins, y compris les plus grosses révisions (comme celle des 100 heures). Un des deux hélicoptères sortait ainsi de sa révision de 100 heures lors de mon passage. Les militaires ont d’ailleurs emporté le stock de pièces nécessaires dans cet objectif. Le fait d’être basé sur l’aéroport a un avantage : « pouvoir bénéficier de tous les services et prestations de l’aéroport » m’explique le major Mignolet commandant du détachement belge (le Red Card Holder comme on appelle le responsable chargé de vérifier que les conditions de la mission sont remplies).  Cela permet de pouvoir « aussi compter sur l’assistance nécessaire » des autres dispositifs (civils ou militaires) présents sur l’aéroport. De nombreux avions militaires font la navette avec l’Europe, soit pour amener des équipes pour EUTM Mali, soit pour le compte de la Misma ou de Serval.

La Medevac de permanence

Les équipes – pilote et mécano – se relaient par trois jeux d’effectif afin d’assurer la permanence. Avec un impératif : être en l’air en 30 minutes le jour, 45 minutes la nuit, immédiatement après l’alerte. Le rayon d’action de l’hélicoptère est de 115 nautiques soit 210 km sans ravitaillement. Ce qui permet de faire l’aller et retour Koulikoro, sans problème, voire d’aller plus loin s’il y a un ravitaillement. Ce qui « permet de couvrir une zone où il n’y a pas de combat ».  zone possible jusqu’à Mopti.

L’air ou la route

A priori, l’évacuation vers le Role 2 se fait par la route. L’hélicoptère intervenant, plutôt en moyen secondaire, dans le cadre d’un rapatriement vers l’Europe (via l’aéroport de Bamako). A Koulikoro, les Belges ont choisi de se poser sur la plage, qui a « un accès plus facile car il est plus dégagé et dégage moins de poussière que à l’intérieur du camp ».

La voie routière est certes possible entre Koulikoro et Bamako. Mais il faut compter environ 2 heures de route (1h30 éventuellement) sur une route un peu caillouteuse et encombrée contre 15-20 mns en hélicoptère. Ce qui rend la voie des airs plus pratique si la meteo le permet. Dans tous les cas, le choix appartient au responsable médical (le JMed) qui choisit le moyen le plus adéquat – la route ou l’air – et, en dernier lieu, au commandant d’opération.

Seul hic (au moment où je me trouvais), le survol de Bamako n’était pas encore autorisé, toujours en négociation avec les autorités maliennes. Le SOMA – statut de la mission – signé par les Européens ne comprend pas cet aspect. C’est un accord spécifique, ad hoc, qui doit être négocié.

Médicalisation sur place

L’assistance médicale à bord est faite par l’infirmier. Le médecin est normalement déjà sur place : le médecin du Rôle 2 à Koulikoro, le médecin de l’Etat-Major (bulgare) si c’est à Bamako.

La technique médicale des Européens est différente de celle pratiquée par les Américains. Ceux-ci ont tendance à faire intervenir plus systématiquement l’hélicoptère, à évacuer le blessé le plus rapidement vers une structure hospitalière, selon la technique “rush and run”. Les Européens préfèrent rapprocher les médecins du blessé et choisir ensuite le moyen le plus adéquat.

Une certaine mutualisation des moyens médicaux

Les hélicoptères sont réservés normalement pour la mission européenne EUTM Mali pour lequel ils sont dédiés. Mais, au besoin, étant un des seuls hélicoptères disponibles sur Bamako, ils peuvent intervenir pour tout rapatriement médical “jugé utile” par le chef de mission pour des “alliés” ou “amis”. Ainsi ils pourraient intervenir au profit de Maliens blessés lors d’entraînement ou dans d’autres endroits, voire des forces africaines ou des forces françaises de Serval. De la même manière, les Européens disposent, en cas de besoin, de l’hôpital français de l’opération Serval. De façon informelle, les moyens médicaux sont ainsi mutualisés et peuvent servir, en cas d’urgence, pour l’un ou l’autre. L’application, ni plus ni moins, du serment d’Hippocrate, comme l’a précisé un médecin militaire à B2.

Des conditions de vol bien différentes de l’Europe

La difficulté ou plutôt la différence avec les autres mission (en Europe) est patente. « Nous avons beaucoup moins de repères qu’en Europe. Si on s’écarte de l’axe du fleuve Niger, on volera aux instruments de navigation ou à l’estime, un peu à l’ancienne, avec la carte. Et, comme les distances sont longues il y a peu de place pour l’erreur. De nuit, il y a très peu de luminosité fournie par le sol. » Il faut donc tenir compte… de la lune. Conditions inexistantes en Europe.

La chaleur (qui produit une moindre portance entre 25 et 40%) comme la poussière sont aussi deux constantes importantes dont il faut tenir compte. Notamment dans les phases de décollage et atterrissage. « C’est plutôt l’effet collatéral de la poussière pour ceux qui sont au sol » qui est primordiale. « Nous on s’est habitués à ces conditions d’atterrissage » où la poussière rend la visibilité nulle. Mais pour l’entretien de l’aéronef, cela joue également « Les hélico souffrent. Le plexiglas, les zones de compresseurs (alu) ». Une poussière très « différente du Bénin » où les équipages belges ont déjà été déployés. Plus légère sans doute, plus sableuse…

L’entretien nécessaire

Après chaque journée de vol, il y a l’entretien journalier de l’hélicoptère, qui prend 1 ou 2 heures, avec le nettoyage et la vérification du jeu de commandes, et autres tests. La révision des 100 heures est plus conséquente, l’hélicoptère est démonté et remonté, une opération qui prend de 4 à 5 jours. Le très grand entretien (toutes les 600 heures) ne se fait pas sur place mais en Belgique, sur la base de Beauvechain. Mais il n’y a pas trop d’inquiétude, la moyenne de vol est de 50 heures par mois. Hormis les temps d’intervention, les pilotes doivent continuer à voler et s’entrainer. « Nous avons un syllabus d’entrainement pour les pilotes » sinon ils perdent certaines qualifications…

PrintFriendlyFacebookShare

Un boss de la mafia balkanique arrêté

(BRUXELLES2) L’unité d’enquête pour le crime organisé d’EULEX au Kosovo a arrêté mardi (7 mai), le trafiquant Naser Kelmendi à Pristina (Kosovo). Cette arrestation a eu lieu sur la base d’un mandat d’arrêt émis par le procureur spécial EULEX et en se fondant sur une enquête du Bureau pour les enquêtes spéciales de la mission européenne. L’opération « a été conduite en coordination avec les procureurs locaux », précise-t-on à Eulex.

Naser Kelmendi est accusé de crime organisé et notamment de trafic de drogue. Il avait été arrêté dimanche (5 mai) avant d’être relâché puis de nouveau arrêté, moins de 48 heures après (mardi 7 mai). Il est considéré comme l’un des « boss » de la mafia locale et était notamment inscrit sur la liste des criminels internationaux les plus dangereux selon les États-Unis depuis 2012.

PrintFriendlyFacebookShare