Terrorisme

Classer le Hezbollah sur la liste anti-terroriste, une idée bien courte

Classer le Hezbollah sur la liste anti-terroriste, une idée bien courte

(BRUXELLES2) Le gouvernement bulgare en a la certitude, c’est le Hezbollah ou du moins sa branche militaire, qui serait à l’origine de l’attentat de Bourgas qui a visé le 18 juillet 2012 un bus avec des touristes israéliens (6 morts – 5 Israéliens et 1 Bulgare – et plusieurs blessés). Il en a ainsi informé les 27 lors de la dernière réunion du COPS – le Comité politique et de sécurité de l’Union – mercredi (6 février). Une information sans autre débat pour l’instant. L’agenda du COPS était d’ailleurs déjà bien chargé mercredi dernier. Les ambassadeurs du COPS pourraient en rediscuter prochainement de même que certains groupes de travail des “27″. Avant une discussion au niveau des ministres des Affaires étrangères le 18 février prochain.
Des preuves “béton”…

Le ministre de l’Intérieur, Tsvetan Tsvetanov, avait annoncé effectivement mardi (5 février) avoir « des preuves », après une réunion du conseil de sécurité national, que deux des auteurs de l’attaque, disposant l’un d’un passeport australien, l’autre canadien et ayant résidé au Liban, « appartenaient à la branche militaire du Hezbollah ». Le troisième acteur, qui portait la bombe et est décédé lors de l’attaque n’a pas encore été identifié.

Le lendemain (6 février), le ministre des Affaires étrangères, Nickolay Mladenov dans une interview à la télévision bulgare (retranscrite Sofia news agency) que l’attentat avait bien été « organisé et inspiré par des membres de la branche militaire du Hezbollah à ce stade de l’enquête ». Le ministre estimant que la Bulgarie se devait de « poursuivre les auteurs en justice, de coopérer avec les autorités au Liban et ailleurs (…) et qu’une action commune devrait être adoptée au niveau de l’Union ». Sur Al-Arabiya allait un peu plus loin, disant que l’implication du Hezbollah « ne serait pas sans conséquences » et que l’inscription sur une liste anti-terroristes du Hezbollah était « sur la table ». Une déclaration qui avait de quoi ravir Israël qui, depuis des années, veut une telle sanction. Mais il faut parfois se méfier des preuves “béton”.

Un doute, ou plutôt des doutes…

L’enquête est toujours en cours

Les preuves réelles de l’implication du mouvement libanais sont contestées en Bulgarie, du moins à ce stade de l’enquête. C’est, en effet, le Premier ministre Boiko Borissov qui a fait cette déclaration, grillant la politesse au procureur chargé de l’enquête dont c’est normalement le rôle. Le chef de l’opposition (socialiste) Sergei Stanishev (président du PSE), a très vite réagi déniant le sérieux de cette sortie médiatique. « L’enquête est toujours en cours. Et on ne peut pas parler d’une preuve décisive en ce qui concerne les auteurs directs, et encore moins en ce qui concerne l’organisation qui est derrière cet événement tragique » a-t-il ainsi déclaré selon SNA. La campagne électorale (élections en juillet) explique peut-être le comportement des uns et des autres. Mais cela ne suffit pas.

Même son de cloche au parquet général. Pour le procureur général Sotir Tsatsarov, le parquet ne dispose « pas de suffisamment de preuves pour soulever une accusation dans le cadre de l’affaire de l’attentat de l’aéroport de Bourgas ». Selon ses propos publiés dans le quotidien Sega, « l’enquête n’est pas close, elle continue car les réponses aux commissions rogatoires adressées au Maroc, à Israël, à l’Australie et au Liban n’ont pas été encore reçues ».

La méthode ne colle pas tout à fait

A Bruxelles, aussi on a des doutes. L’attentat n’est pas signé. Ce n’est « pas dans l’habitude du mouvement », commente un diplomate européen attentif du Moyen-Orient. De même il vise généralement « « des cibles plus militaires ou plus liées au pouvoir israélien » et souvent dans le Moyen-Orient, peu en Europe (du moins dans une période récente).

Une proximité très grande entre Sofia et Tel Aviv

Ces doutes sont accentués par le positionnement géopolitique de la Bulgarie tout comme sa situation interne. On sait combien Sofia est proche d’Israël et de Washington. Une série d’accords ont ainsi été signés en juillet 2011 entre la Bulgarie et Israël portant sur les questions économiques, d’énergie. L’un d’entre eux portait notamment sur la coopération militaire entre les deux pays avec entraînement, formation et mise à niveau à la clé. Plusieurs visites ministérielles ont eu lieu de part et d’autre. Pour Israël, la mise à l’index du Hezbollah est une vieille antienne. Immédiatement après l’attentat, Israël avait d’ailleurs commencé par pointer le doigt sur l’Iran. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dénonçant « une offensive terroriste iranienne. Tous les signes mènent à l’Iran » estimait-il dans un communiqué repris par les agences de presse. Aujourd’hui naturellement Israël s’est bruyamment félicité de cette déclaration bulgare. Un peu “téléphoné” tout de même…

Un climat politique délétère

Même si cela ne devrait normalement pas jouer sur une affaire aussi grave, on ne peut s’empêcher néanmoins de faire état de certaines constantes locales. Le Premier ministre Borissov est, lui-même ou son entourage, objet de plusieurs accusations ou rumeurs de corruption. Et on sait aussi combien est important le poids de cette pratique en Bulgarie. Un ancien commissaire européen ne confiait-il pas avant de quitter son mandat qu’il n’y avait même pas de corruption au sens strict du terme, en Bulgarie, car celle-ci est au sein même de l’Etat « quand le corrupteur est lui-même le donneur d’ordres »…

Débat lancé au niveau européen

On comprend donc la prudence avec laquelle les autorités européennes ont pris la question.

Réaction très prudente de la Haute représentante

Réagissant mardi (5 février) la Haute représentante a simplement « note des résultats de l’enquête sur l’attentat terroriste du 18 Juillet à Bourgas. Les implications de l’enquête doivent être évalués avec sérieux car ils se rapportent à une attaque terroriste sur le sol de l’UE. (…). Les terroristes qui ont planifié et exécuté l’attaque Burgas doivent être traduits en justice. » La Haute représentante soulignant aussi « la nécessité d’une réflexion sur l’issue de l’enquête. L’UE et les États membres examineront la réponse appropriée en fonction de tous les éléments identifiés par les enquêteurs. »

Une des options mais pas la seule

Interrogée lors du briefing midi mercredi par un collègue italien, la porte-parole de la Haute représentante a ajouté que oui, l’inscription sur la liste des organisations terroristes est « une des options. Mais ce n’est pas la seule ». « Nous regardons et discutons la réponse appropriée. Il y a plusieurs options. » Parmi les autres options figure un « renforcement de l’action d’Europol et d’Eurojust, une action judiciaire ou l’option politique ».

Discussions tout azimut en marge du sommet européen

Selon nos informations, la Bulgarie n’a pas demandé l’inscription du Hezbollah sur les listes anti-terroristes. Jeudi soir, en marge du sommet européen, le ministère bulgare des Affaires étrangères, Mladenov, a ainsi rencontré Catherine Ashton. Rien n’a filtré de cette entrevue.  Et de même, Serguei Borissov devrait rencontrer son homologue britannique, David Cameron. Entre autre sujets, la question de l’attentat de Bourgas devrait être abordée. Mais au cabinet de Me Ashton, on se veut très très prudents. « Nous devons d’abord étudier les résultats de l’enquête » a confié à B2 un diplomate européen « et décider comment procéder. Nous ne sommes qu’au début du processus ».

Les sanctions : une question très délicate

Une décision prise à l’unanimité et pas automatique

La question des sanctions à l’encontre d’un mouvement “terroriste” n’est pas une mesure automatique. Elle ressort d’une décision prise à l’unanimité. La France est contre une telle décision (avec l’Italie et plusieurs pays méditerranéens). Les Pays-Bas (défenseur d’Israël) comme le Royaume-Uni sont pour. Donc le débat ne fait que commencer. Le point pourrait être mis à l’ordre du jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, le 18 février.

Une question de preuves

C’est un processus mixte politique et juridique qui n’intervient normalement pas en préalable d’une enquête judiciaire mais plutôt dans sa conclusion (ou si celle-ci se révèle justement bloquée). La sanction des auteurs d’un attentat passe ainsi d’abord par leur arrestation ainsi que de celles de leurs instigateurs et commanditaires et leur mise en jugement. A ce jour, il n’y a pas eu encore de mandat d’arrêt ou d’inculpation délivré apparemment, ni encore de refus de livrer ses auteurs.

Un processus éminemment politique

C’est un processus éminemment politique, dont le fondement est d’ordre non judiciaire mais politique. Il s’agit – comme le rappellent les lignes directrices en matière de sanctions de « susciter un changement de politique ou d’activité de la part du pays, de la région, de l’administration, des entités ou des particuliers visés ». Or, à supposer que l’attaque lui soit imputable, s’attaquer à un mouvement qui est au pouvoir de façon légitime dans un pays comme le Liban, placé au coeur de la tourmente syrienne, ne se prend pas à la légère. Le risque de fragilisation du pays doit être bien évalué.

Une politique de sanctions à bout de souffle ?

La politique de sanctions européenne commence aujourd’hui à atteindre ses limites. L’Union européenne a mis sur la touche le Hamas, le FPLP… Sans grand résultat. Sinon celui de se priver d’interlocuteur dans la question palestinienne. L’Iran est sur la touche, pour cause de prolifération nucléaire, la Syrie également pour cause de guerre civile. A ce train-là, c’est tout le Moyen-Orient qui va bientôt être sur les listes anti-terroristes de l’Union. Ce dans un cadre plus que tourmenté. La situation en Irak n’est pas vraiment très stable. Idem en Egypte. Les tensions se font jour en Jordanie. Bref… ce n’est pas le moment de perdre le Liban qui est déjà dans une gestion délicate d’un conflit à ses frontières et de l’accueil de milliers de réfugiés.

(*) Par exception, on peut noter l’attentat en Argentine en 1994. La campagne d’attentats en France en 1985-1986 comme l’attentat contre le Drakkar et l’aéroport à Beyrouth en 1983 lui sont également attribués. Mais on était dans une autre époque

Lire aussi : Attentat en Bulgarie : Interpol diffuse un portrait-robot du kamikaze

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Condoléances européennes après la prise d’otages en Algerie

Le site gazier d’In Amenas photographié par satellite le 8 janvier (crédit : Astrium)

(BRUXELLES2) La prise d’otages sème la consternation au niveau européen. « Au nom des 27, je présente mes condoléances aux familles des victimes de l’attaque terroriste sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie. J’exprime mon soutien aux autorités algériennes et aux gouvernements des personnes qui ont été tuées ou blessées » vient d’annoncer la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton. « Ces événements démontrent une fois de plus la menace posée par les groupes extrémistes violents en Afrique du Nord et à travers le monde. Nous continuerons de travailler étroitement avec nos partenaires internationaux pour combattre le terrorisme » a-t-elle ajouté.

Des Européens parmi les preneurs d’otages ?

Selon les dépêches, 23(+25?) otages ont été tués : 3 Britanniques (+ 3 disparus), 1 Américain (+ 2 disparus), 1 Français, 1 Algérien, 1 Roumain (+ 1 autre blessé), 12 Japonais, 1 Colombien. Par ailleurs, 5 Norvégiens, 2 Malaisiens, 2 Philippins sont disparus. 32 des preneurs d’otages auraient été tués. Ils étaient de nationalité différentes. La confusion régnant sur les différentes nationalités — on a parlé de 2 ou 3 Belges tués — pourraient être dues à ce qu’ils pouvaient porter des identités (passeports) de pays européens, identités réelles (simple nationalité ou double nationalité) ou factices. On sait que plusieurs Européens ont été repérés dans la zone sahélienne (Belges, Français notamment) ou stoppés avant leur départ.

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Une menace terroriste en Europe. C’est bien vague tout çà !

(BRUXELLES2) Edifiant. La question posée ce midi – lors du briefing quotidien à la Commission européenne – par un collègue italien était cependant tout à fait appropriée. Se demander si vu la situation au Mali et en Algérie, il y avait une coordination anti-terroriste au niveau européen, est une question que tout le monde se pose. Et je m’attendais à une réponse détaillée… Et bien non ! Aucune réponse sinon de dire que la menace est éventuelle, vague…

Premier temps, éluder

Tout d’abord, le porte-parole de la commissaire Cecilia Malmström (chargé des Affaires intérieures) s’en sort par une pirouette : « Peux-tu être un peu plus clair sur les menaces terroristes » ? Habile sur un podium. C’est la tactique d’évitement classique des portes-paroles (j’ajouterai aussi “je ne comprends pas bien ta question”, “nous verrons cela en bilatérale, etc.). Mais assez dramatique sur le fond car elle traduit une singulière méconnaissance de ce qui se passe actuellement dans le Sahara.

Deuxième temps, ne pas répondre

Le meilleur est à venir pourtant… Comme mon collègue insiste, il répond : « On est vraiment trop sur les éventuels. C’est tellement vague la situation et ta question, que je n’ai pas de réponse ». Et d’ajouter : « On ne parle pas ici d’une situation spécifique, ni d’une menace très concrète ». Pour conclure : « Pour l’instant, je ne suis pas au courant d’activité ou d’exercice préparé » au niveau européen.

Sidérant !

C’est sidérant ! Nous sommes dans un conflit engagé par un de ses Etats membres, répondant à l’appel d’un Etat africain (de plusieurs africains), soutenus par l’ensemble des 27 Etats membres. Une prise d’otages se déroule en Algérie – qui a rarement atteint cette intensité ni cette importance par le nombre d’Européens concernés et par le bilan (même non connu exactement encore, il semble bien dramatique). Plusieurs Premiers ministres (Hollande, Cameron…) disent que la situation est grave, voire très grave. La France, principal pays pour les échanges de personnes au niveau de Shengen, élève son niveau d’alerte terroriste. Et on répond que la menace est éventuelle, vague. Et que rien ne se prépare au niveau européen.

Il y a comme un problème…

Même plus qu’un problème ! Régulièrement la Commission européenne répond avec un certain… comment dire, “dilettantisme”, aux questions les plus pertinentes des journalistes. Quand elle ne marque pas ouvertement son mépris, le porte-parole se charge de vous apostropher pour vous expliquer combien votre question est “bête”, “populiste”, “bourrée d’erreur”, “n’a pas sa place ici”, etc… (j’en ai été le témoin à plusieurs reprises).

Un véritable danger ambulant

Mais ceci est un “petit” problème. Ici, nous sommes sur une question plus profonde, qui touche à un sujet grave : le terrorisme et la résilience de la société européenne face à ce phénomène. Ce genre de propos, tenu à une tribune publique, au nom d’une institution politique, est dangereux. C’est quasiment de l’incitation à une action plus forte des terroristes…

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Détentions secrètes de la CIA. Les eurodéputés demandent la réouverture d’enquêtes dans 8 pays

(BRUXELLES2) Onze ans après le déclenchement de la «guerre contre la terreur», la question des prisons secrètes de la CIA fait toujours débat. Il faut dire que la question n’a jamais totalement été éclaircie dans nombre d’Etats concernés. Des Etats toujours réticents à révéler un passé peu glorieux. Le Parlement européen a ainsi adopté, à la dernière plénière à Strasbourg (mardi 11 septembre), une résolution appelant les Etats Membres à enquêter plus scrupuleusement pour déterminer l’existence éventuelle sur leurs territoires de prisons secrètes servant à la CIA. Résolution plus symbolique qu’autre chose. Sur le plan juridique, elle n’oblige en rien les institutions nationales concernées à réagir. Symbolique au point que le rapport n’est qu’une copie, mise à jour certes, du rapport «Fava» de 2007. Mais une pression politique tout de même, qui braque à nouveau les projecteurs sur des aspects plutôt sombres et oubliés des politiques étrangères nationales.

Le secret défense ne peut être qu’exceptionnel

En éternel défenseur des droits de l’Homme, le Parlement s’est voulu insistant sur le fait que seul de véritables motifs de sécurité nationale peuvent justifier le secret et «qu’en aucun cas, le secret ne peut prendre la priorité sur les droits fondamentaux inaliénables». De manière générale, le rapport dénonce les obstacles auxquels se sont heurtées les enquêtes parlementaires et judiciaires nationales sur l’implication de certains Etats membres. «Le manque de transparence, la classification des documents, la prévalence des intérêts nationaux et politiques, la portée trop limitée des enquêtes, la restriction du droit des victimes à une participation et à une défense efficaces, l’absence de techniques d’enquêtes rigoureuses et le manque de coopération entre les autorités chargées des enquêtes dans l’ensemble de l’Union» figurent parmi ces obstacles, précisent les députés. Un vaste système secret et illégal donc, «ayant conduit à des actes de torture et de disparitions forcées», pour reprendre les termes exactes des parlementaires.

Des enquêtes doivent être rouvertes dans 8 pays

Au sein de cette résolution, certains Etats membres sont tout particulièrement appelés à ouvrir ou rouvrir des enquêtes nationales. Les recherches de l’ONU, le Conseil de l’Europe, les médias nationaux et internationaux, la société civile et surtout d’Eurocontrol, l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, ayant, depuis 2007, apporté de nombreux éléments nouveaux au dossier.

La Roumanie est tout spécialement concernée. L’enquête parlementaire roumaine avait jusqu’à présent conclu qu’aucune preuve ne pouvait être établie en la matière. Les eurodéputés invitent donc les autorités judiciaires roumaines à ouvrir «une enquête indépendante» sur les sites présumés de détention de la CIA «à la lumière des nouveaux éléments de preuve sur les liaisons aériennes entre la Roumanie et la Lituanie».

La Pologne est également visée, où un «manque de communication officielle concernant la portée, le déroulement et l’état d’avancement de l’enquête» est à déplorer. Les euro-députés ne mâchent pas leurs mots et demandent à ce que l’enquête en cours devienne une enquête «rigoureuse» dotée de «toute la transparence requise» et autorisant «la participation effective des victimes et de leurs avocats».

Les autorités lituaniennes sont également appelées à rouvrir leur enquête pénale. De nouvelles preuves affirment qu’un avion, qui transportait entre autre Abu Zubaydah à la date du 18 février 2005, aurait fait la liaison entre le Maroc, la Lituanie et la Roumanie. En tout, «cinq aéronefs liés aux activités de la CIA ont atterri en Lituanie entre 2003 et 2005», auxquels viennent s’ajouter «deux installations destinées à héberger des détenus en Lituanie (Projet n° 1 et Projet n° 2) préparées à la demande de la CIA».

Le Parlement cherche aussi à faire répondre le Portugal sur les raisons de la soudaine interruption de l’enquête en 2009 ainsi que sur le nombre «non négligeable»  de vols recensés entre Bagram (Afghanistan), Diego Garcia (base américaine dans l’océan indien) et Guantànamo et qui ont fait escale au Portugal.

Allié à jamais des Américains, le Royaume-Uni n’échappe pas à la méfiance des députés européens, qui comptent suivre de près les procédures judiciaires entamées par des dissidents libyens pour l’implication directe du MI6 «dans le transfert, la détention secrète et les tortures dont ils ont été victimes». Les juges de sa Majesté sont «invités» à mener une enquête encore plus large sur la responsabilité du Royaume-Uni dans le programme de la CIA «avec toute la transparence requise» et «en permettant la participation effective des victimes et de la société civile».

En outre, l’Italie, l’Espagne et enfin Chypre complètent la liste des pays «invités» à répondre de manière adéquate aux institutions européennes en charge de la récolte d’information, sur les restitutions extraordinaires et autres informations suspectes liées à la CIA. 12 pays au total (viennent donc s’ajouter l’Allemagne l’Irlande, la Finlande, le Danemark et la Grèce) ont été accusés d’être impliqués dans de telles opérations secrètes.

Nouvel exemple de la «guerre» institutionnelle

Le Parlement envoie également un message clair au Conseil des ministres de l’UE et à la Commission européenne. Les ministres de l’UE doit admettre l’implication de ses Etats membres mais aussi rappeler à ces mêmes Etats de ne pas se fonder sur «des garanties diplomatiques inapplicables» dans les cas d’extradition de personnes risquant de se faire torturées et jugées sur la base d’aveux extorqués. Enfin, la Commission devrait, selon le rapport et parmi d’autres mesures visant à donner davantage de contrôle aux députés, initier un programme d’échange d’informations permanent entre elle et le Parlement de manière à contrôler les services de renseignements nationaux «dans les cas indiquant que des actions communes ont été menées sur le territoire de de l’Union européenne» par ces mêmes services.

Un message envoyé haut et fort et … en choeur. 

S’exprimant à la suite de la plénière, Hélène Flautre (Les Verts/ALE), rapporteure du dossier s’est félicitée du vote de cette résolution. Résolution qui plus est, adoptée par une très large majorité, 568 voix pour, 34 voix contre et 77 abstentions. « Le vote d’aujourd’hui est une victoire pour le Parlement européen. Il fait prévaloir les fondements démocratiques de l’Union sur les considérations nationales et partisanes » avant d’ajouter «il en va de la crédibilité du projet européen ».

Propos suivi à gauche, comme à droite. La Française Marie-Christine Viergeat (gauche unitaire), également membre de la commission LIBE (Libertés civiles, justice et affaires intérieures) s’est réjoui. « L’adoption de ce rapport montre combien il reste de chemin à faire pour que les Etats membres de l’Union mettent en oeuvre sur leur territoire les principes qu’ils veulent faire appliquer aux autres. (…) Il n’y a pas de réalisme politique qui tienne en ce domaine, fût-ce dans la lutte contre le terrorisme». Tout comme la Britannique Sajjad Karim des Conservateurs et Réformistes Européens, qui avait soulevé le problème il y a plusieurs années de cela, a également applaudi. «Nous avons découvert que la CIA a mené plus de mille vols aériens secrets au dessus du territoire européen depuis 2001, beaucoup d’entre eux vers des destinations où les suspects pouvaient être victime de torture. C’est une honte pour une Union qui défend la démocratie et qui a le respect des droits de l’Homme inscrit dans ses traités». Même discours du côté du Parti Populaire Européen, «L’efficacité des mesures anti-terroristes et le respect des droits de l’Homme ne sont pas contradictoires, ils se renforcent mutuellement» a souligné la française Michèle Striffer.

A noter que la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, a soutenu l’initiative et a elle également appelé les Etats à conduire des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales. Le Parlement donne maintenant rendez-vous à tous les acteurs dans un an pour «faire le point sur le chemin parcouru et le suivi de ses recommandations.» pour citer H. Flautre.

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La lutte anti-terroriste ? Pas encore parfaitement coordonnée au sein de l’UE

Gilles de Kerchove, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme (crédit: Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) L’UE n’utilise pas son potentiel au maximum contre le terrorisme. Il faut mieux utiliser les agences spécialisées mais aussi intégrer davantage cette question aux programmes de développement de l’UE. C’est l’avis de Gilles De Kerchove, le coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, qui a présenté aux ministres de l’Intérieur réunis en conseil jeudi dernier (7 juin) à Luxembourg.

Des agences sous-exploitées

L’UE dispose d’agences spécialisées compétentes dans la lutte anti-terroriste : Europol, Eurojust, Frontex, ENISA (Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information). Mais elles sont peu connues des services concernés dans les Etats Membres. Et leur potentiel n’est donc pas utilisé pleinement. Par exemple, se demande Gilles De Kerchove, « combien d’enquêteurs dans les États membres de l’UE réalisent-ils qu’Europol peut demander au gouvernement des États-Unis d’effectuer des recherches dans le programme de surveillance du financement du terrorisme?  »

Plus de coordination est nécessaire

Il faut en particulier améliorer la coopération inter-agences. Par exemple, en 2011, sur 33 équipes communes d’enquête mises en place, seule une concernait le terrorisme. De même, si la situation s’améliore, le coordinateur européen constate qu’Eurojust n’est que très rarement invité aux réunions d’Europol. Il faudrait aussi détacher des magistrats d’Eurojust « auprès d’États tiers où le terrorisme menace gravement la sécurité intérieure de l’UE  », comme prévu initialement. Il faut également surveiller les déplacements de djihadistes européennes qui partent s’entraîner à l’étranger : pour cela, une coopération entre Europol, Frontex mais aussi le SitCen (Centre de Situation, le service de renseignements européen qui est aujourd’hui intégré au service diplomatique européen) est indispensable.

Partager les informations : une histoire de volonté politique ?

Autre recommandation : partager les données, de manière plus systématique et plus rapide. En effet, par exemple lorsqu’Europol doit partager ses fichiers, il faut l’accord des 27 Etats Membres, ce qui entraîne des délais. Le coordinateur appelle d’ailleurs les Etats Membres a montrer un peu plus de volonté politique. En effet, selon une décision du Conseil en 2005, ils sont tenus de communiquer leurs informations sur des actions terroristes seulement si celles-ci « intéressent » deux Etats Membres ou plus. Gilles De Kerchove appelle à une interprétation plus solidaire de cette condition : selon lui, toute action terroriste en Europe concerne, dans les faits, au moins deux Etats Membres.

Agir en amont : prévention et développement

Enfin, il est important d’agir en amont, dans la prévention de la radicalisation. Une des pistes pour cela serait d’intégrer davantage cette dimension aux programmes de développement de l’UE. Il s’agit de s’attaquer aux conditions de développement du terrorisme : ce-dernier, en favorisant l’insécurité et l’instabilité, empêche tout essor social et économique. Le coordinateur européen recommande ainsi des études de terrain systématiques avant chaque projet de développement. Des experts de lutte anti-terroriste et de prévention de la radicalisation doivent aussi être associés, dès la programmation, aux politiques de développement. Par ailleurs, le SEAE doit allouer des ressources supplémentaires aux délégations de l’UE dans les pays prioritaires, qui doivent également s’entretenir avec les Etats Membres sur place pour éviter le double-emploi et recenser les synergies.

Lire également :

Rapport de Gilles de Kerchove à télécharger dans les docs de B2

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Toulouse : un évènement qui oblige à s’interroger sur l’Afghanistan

(BRUXELLES2) Je ne reviendrais pas ici sur le “comment j’aurais mieux fait” la négociation ou l’assaut. Ce genre de polémiques est souvent le sport favori des différentes forces de sécurité (GIGN versus RAID, Gendarmerie contre Police, Civils contre militaires…) qui n’ont pas participé à l’opération, surtout quand elle se termine par ce qu’il faut bien appeler un échec – avec mort d’homme et surtout du principal suspect. Le genre est souvent le même : si on m’avait laissé faire, cela n’aurait pas eu lieu. Pour l’avoir vécu directement, et observé parfois (*), ces commentaires n’ont souvent qu’une faible valeur que celle du besoin d’exister et, que rarement, une réelle portée explicative. Car tous les éléments opérationnels ne sont pas pris en compte ou connus. C’est comme refaire un match au fond de son fauteuil !

Ce qui, en revanche, mérite l’attention est le parcours “supposé” du criminel. De la même façon que pour les attentats de Londres, on n’a pas affaire là à un terrorisme importé, venant frapper de l’extérieur, avec des réseaux (comme la série d’attentats qu’a connues la France dans les années 1980, imputées au GIA ou à des groupes libanais sous impulsion iranienne) mais à un terrorisme du terroir, fait maison, c’est-à-dire un homme vivant sur le territoire, apparemment bien intégré qui, pour une raison ou une autre, a été convaincu de mener un autre combat, a été endoctriné et entraîné pour cela.

On pouvait penser naïvement que l’intervention massive en Afghanistan dont le premier objectif était d’éradiquer le terrorisme visant les pays occidentaux avait atteint ses objectifs. Il n’en est rien. Si le passage de Merah dans un centre d’instruction d’Al Qaida en Afghanistan et au Pakistan n’est pas confirmé en tant que tel, il aurait cependant pu lors de ses séjours se former à certaines techniques. On pourrait alors dire que la fabrique de terrorisme que l’on visait en 2001 n’est pas encore disloquée. Et qu’il faudra désormais plus qu’attentif. Car Merah n’a pas été, en effet, “formé” dans les années 1990 ni au début des années 2000 mais bien dans les années 2010, quand l’opération militaire en Afghanistan était normalement au plus fort de sa stratégie.

Cela oblige, à mon sens, plus que jamais à poser la question de ce que l’on fait en Afghanistan, pour quel objectif, avec quels moyens ? Il ne s’agit pas de dire seulement qu’on se retire d’Afghanistan, mais ce qu’on l’y fait après. Pas comment on va stabiliser le pays ou l’amener vers de méthodes plus modernes de gouvernance. Mais comment on va s’assurer que le risque d’exportation terroriste qu’il semble toujours receler va être contré. Ce qui semble sûr en tout cas, c’est que la force internationale de sécurité (FIAS) n’a pas tout à fait réussi dans cet aspect de sa mission.

(*) On avait eu le même genre de commentaires après l’intervention sur le Tanit des commandos marine soumis à des critiques tout aussi violentes du GIGN. Les gendarmes ont mal vécu – selon mon confrère de Secret défense – d’être écartés de leur tâche d’escorte présidentielle sur un trottoir du Fouquet, un soir.
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Les listes noires de terroristes, de la politique internationale selon Yves Bot. Ah bon…

(BRUXELLES2) Fortement intéressantes, mais aussi très contestables, c’est en ces termes qu’on peut qualifier les conclusions que vient de déposer, ce matin (31 janvier), l’avocat général de la Cour de justice européenne, Yves Bot, sur le bureau des juges, concernant le règlement transposant une résolution du Conseil de sécurité autorisant des sanctions (gel des avoirs, interdiction de visas) à l’égard d’une liste de personnes soupçonnées d’appartenir au réseau de Oussama ben Laden, de Al-Qaida ou des Talibans. Dans l’argumentaire, juridique mais aussi assez politique, on sent toujours présent en Yves Bot, son passé de procureur de la République – à Bastia ou, en dernier lieu, à Paris -, poste d’autant plus sensible que c’est dans le Parquet de la capitale que sont centralisées les affaires de terrorisme international.

Ce que conteste le Parlement

Cette affaire est née suite à une plainte du Parlement européen contre le Conseil des ministres de l’UE. Le Parlement conteste, en effet, la base juridique du règlement adopté par le Conseil de l’UE. Il estime que, après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009, ce texte n’aurait pas dû l’être sur la base de la politique étrangère et de sécurité commune (article 215 § 2 TFUE) mais sur la base des dispositions relatives à la prévention du terrorisme et des activités connexes qui relèvent de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (article 75 TFUE). Les termes peuvent paraître abscons. Mais il ne s’agit pas, juste, d’un débat d’esthétisme juridique… Le choix de la procédure a une incidence concrète sur l’étendue du rôle du parlement dans l’adoption de l’acte : dans le premier cas, il est juste “informé” par le Conseil ; dans le cadre de la politique de justice, il est associé aux décisions et codécide, avec un pouvoir d’amendement, voire de veto au final.

Précisons que dans cette affaire, la France, la république Tchèque, la Suède comme la Commission européenne sont venus au secours du Conseil. Le Danemark qui avait marqué cette intention s’est ensuite désisté.

La compétence générale de la PESC

Pour l’avocat général, depuis le traité de Lisbonne, une action de l’Union sur la scène internationale visant à combattre le terrorisme international pour maintenir la paix et la sécurité au niveau international « doit être rattachée » à la PESC.  Aux termes de celle-ci « la compétence de l’Union en matière de la [PESC] couvre tous les domaines de politique étrangère ainsi que l’ensemble des questions relatives à la sécurité de l’Union, y compris la définition progressive d’une politique de défense commune qui peut conduire à une défense commune ». Et « bien que le traité de Lisbonne ait fait disparaître la structure en piliers qui existait précédemment, il n’a pas porté atteinte à la délimitation entre la PESC et l’ELSJ. Au  contraire, l’importance d’une ligne délimitant clairement ces deux domaines a été soulignée par le traité sur l’Union européenne. »

La PESC voie naturelle de transposition des résolutions de l’ONU

Pour Yves Bot, le but poursuivi par le règlement de 2009 ne « doit pas être réalisé de façon isolée » mais tenir compte des actes auxquels il se réfère et avec lesquels l’avocat général établit un lien, c’est-à-dire par ordre chronologique : la résolution 1390 du Conseil de sécurité de l’ONU en 2002, la position commune basée sur la politique étrangère et de sécurité commune (402) puis le règlement d’application (881/2002) et son règlement modifié (1286/2009). Tous ces actes visent “en réalité, un but unique, celui de lutter contre le terrorisme international” en coupant ses ressources financières.  Pour lui, c’est bien la PESC qui permet une “interaction” entre les décisions prises au niveau des Nations Unies et celles prises au niveau de l’Union. L’Union se borne à reprendre la liste arrêtée au sein du comité sanctions de l’ONU. La PESC “habilite l’Union à adopter des mesures restrictives en matière de lutte contre le terrorisme“.

Considérations pratiques

Il y a aussi dans l’analyse de l’avocat général, une considération plus pratique : la PESC est la “mieux adaptée à la variété des actions” qui peuvent être menées par l’Union afin de lutter contre le terrorisme international. Cela permet à l’Union de “prendre des mesures générales (mesures de restriction de la circulation des personnes visées, d’interdiction de la vente d’armes par exemple) sans limiter celles-ci aux seules mesures concernant les mouvements de capitaux et les paiements”.

(commentaire) Des conclusions discutables

Même si l’analyse de l’avocat général se défend d’un certain point de vue, celui du procureur qui poursuit des terroristes et veut arriver très vite à un blocage de son action, on peut cependant avoir un point de vue totalement différent. Si le but visé par le règlement vise à compléter une action internationale, sa transposition obéit bien à un objectif concret : geler les fonds sur le territoire de l’Union européenne de certaines personnes et entreprises qui peuvent commettre un acte terroriste non seulement hors de l’Union mais bien à l’intérieur de l’Union. On est bien dans un domaine de justice et de police et non sur une action diplomatique ou de défense qui sont les deux sphères d’actions de la PESC. Si on devait suivre le point de vue de l’avocat général, on pourrait généraliser ce principe à d’autres domaines. Ainsi l’application du protocole de Kyoto ne serait pas de l’environnement ou l’énergie mais du droit international, de même que la transposition des règles de l’OMI ne serait pas du maritime, ou les accords Ciel unique du transport, etc. Ce qui serait ainsi un tournant dans la jurisprudence de la Cour.

La réalité du raisonnement d’Yves Bot est qu’elle ne suit pas tant une logique juridique mais aussi des objectifs pratiques : une décision PESC est plus rapide à mettre en oeuvre, et sans risque de “perte en ligne”, qu’une décision codécidée avec le Parlement européen. Peut-on cependant tordre le droit pour atteindre ce qui ressort un des droits fondamentaux ? On peut en douter…

En revanche, il serait intéressant que le Parlement européen – s’il souhaite réellement avoir une compétence sur ces sujets sensibles qui exigent une réaction rapide – mette au point une procédure de décision spécifique à l’image de la procédure “fast track” dont s’est dotée la Cour de justice pour certaines questions sensibles. Il doit imaginer des solutions innovantes pour adopter ce type de mesures avec des délais raccourcis pour l’établissement du rapport et l’adoption en commission (en 48 ou 72 heures par exemple) ou la réunion d’un comité spécial des libertés publiques chargé de transposer ces résolutions internationales – souvent assez répétitives. Car de même que l’examen démocratique ne peut être totalement écarté, la lutte contre le terrorisme ne peut non plus souffrir des délais habituels de discussion au sein de la représentation démocratique.

Télécharger les conclusions, ici

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L’erreur de cible de l’anti-terrorisme européen

(BRUXELLES2) Il y a quelques semaines encore quand on parlait terrorisme, on pensait “barbu”, “Al Qaeda” voire mouvement d’extrême-gauche…. Ce qui s’est passé à Oslo, le 22 juillet 2011 oblige à repenser la donne. D’abord parce que, à l’échelle de la Norvège, le nombre de victimes des attentats d’Oslo et d’Uttoya est supérieur (en proportion, rapportée à la population) à ce qui s’est passé il y a presque dix ans à New-York, au World Trade Center, le 11 septembre 2001 (*). Ensuite, parce cette fois-ci “l’ennemi” vient de l’intérieur. Un bien gentil garçon, propre sur lui, plus ou moins inconnu des forces de police.

Davantage proportionnellement que les attentats de septembre 2001

A force de se focaliser sur le terrorisme extra-européen, d’obédience islamique, on en a oublié que les racines du terrorisme puisent dans plusieurs tréfonds. Il y a là – il me semble – la même erreur que celle dans les années 1980 qui à force d’être obsédé par un terrorisme d’extrême gauche intérieur, n’avait pas vu venir un terrorisme islamique extérieur et aujourd’hui un terrorisme d’extrême droite intérieur. La surveillance des extrêmes droites, des milieux anti-islamistes, a été largement délaissée, car considérée, au mieux, comme le joyeux cantonnement d’extrêmes radicaux peu dangereux. Et, cependant, nous sommes en présence d’un acte terroriste pur : s’en prenant aux fondements de l’Etat et faire peur. Le terroriste s’en prend, en premier lieu, au siège du gouvernement (comme l’avion fonçant sur le Pentagone en 2001) et, en second lieu, un symbole important, l’université d’été du parti au pouvoir, les jeunes travaillistes (comme le World Trade Center de New York).

Un acte terroriste pur

Cette fois, cependant, il sera inutile d’aller chercher des terrains d’expiation à l’extérieur comme dans les années 2000, en Irak ou en Afghanistan. On ne pourra pas bombarder des villages ou lancer des attaques commandos sur des personnes. Il faudra combattre en interne, aux Etats-Unis ou en Europe. Et, surtout, arriver à extirper le mal. Ce ne sera pas facile. Et sans doute moins aisé politiquement, d’une certaine façon, qu’envoyer 130.000 hommes en Afghanistan, dont l’objectif officiel reste la lutte anti-terroriste…

Car, comme tout acte terroriste, cet acte menace la démocratie dans un mécanisme à double détente : la peur générée par l’acte lui-même – et d’autres actes possibles – ; puis la limitation des libertés par les actions entreprises ensuite, pour “se défendre”. Il faudra trouver la juste mesure entre le renforcement des mesures nécessaires et la préservation des libertés et des démocraties. Aujourd’hui il faut bien le constater, les mesures anti-terroristes prises dans plusieurs pays – comme au Royaume-Uni, en France ou en Espagne, ne préservent pas totalement d’un acte à la Breivik.

Le laxisme sur la vente des armes

Il y a là matière à réflexion au plan de la prévention. Il faut s’attaquer au plan idéologique à ceux qui délivrent une théologie anti-islamiste – confondant le risque d’Etats ou de mouvements avec celui de toute une population – et surfent sur une immigration ouverte à tous les vents tout en maintenant une intégration plus poussée des immigrants. Il ne faut pas hésiter aussi à faire usage de la répression. Une répression qui ne vise pas les individus mais les marchandises. On semble aujourd’hui plus sévère sur les ventes des armes à l’export qu’à leur vente et circulation en Europe.  La surveillance des armes en circulation dans toute l’UE, la différence des législations et la possibilité de s’en procurer en jouant à saute-frontières… oblige les Etats membres de l’EEE (et de l’UE) à se doter rapidement d’une législation renforcée, harmonisée et beaucoup moins laxiste.

Une réaction européenne pas à la mesure de l’évènement

En la matière, la réaction européenne a été relativement faible, au plan politique. Des condoléances à la Norvège, une réunion rapide des experts anti-terroristes et l’engagement d’Europol à mieux suivre les mouvements extrêmes (une cinquantaine d’enquêteurs serait mis sur le pont). Point. Bien sûr la Norvège ne fait pas partie de l’Union européenne. Mais elle fait partie de l’Espace économique européen (EEE), avec une liberté de circulation des marchandises (des armes), des entreprises et des personnes. Elle est largement connectée, au plan idéologique et géographique avec les autres pays européens, comme la Suède ou le Danemark. Elle est membre de l’OTAN, active en Afghanistan, et a participé à plusieurs opérations de maintien de la paix de l’Union européenne. Et, contrairement à ce qu’on croit et qui est dit, ce qui s’est passé en Norvège aurait pu se passer ailleurs en Europe : aux Pays-Bas, en Allemagne, en Pologne…

(*) 77 victimes pour une population de 5 millions d’habitants. Rapportée à la France, on atteindrait près de 1000 morts !

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