Haut représentant

Haut représentant : un vice de conception à corriger

(BRUXELLES2 – bilan 2011) Quelle que soit la personnalité qui l’occupe, le poste de Haut représentant versus Lisbonne souffre aujourd’hui d’un vice de conception. On a souvent parlé du triple agenda du poste qui exige soit d’être surhumain, soit d’être très organisé. On a moins parlé de la confusion des rôles, au plan constitutionnel s’entend comme au plan politique.

On peut en effet se demander si le principe de principe de séparation des pouvoirs est vraiment respecté. En tant que membre de la Commission, le Haut représentant est membre de l’exécutif, se doit d’appliquer la réglementation et les décisions approuvées par le Conseil et le Parlement, se doit de poursuivre les manquements et infractions à la législation communautaire et peut saisir la Cour de justice. En tant que membre du Conseil, elle se situe plutôt du coté délibératif du pouvoir. Que se passera-t-il (ce qui s’est déjà produit dans le passé) quand la Commission et le Conseil auront des vues différentes. Par exemple en matière budgétaire.

Cette situation a des implications politiques, voire psychologiques, qui troublent le fonctionnement au quotidien d’un haut représentant. Faire à la fois preuve de dynamisme et d’audace pour prendre l’initiative (quand on est à la Commission), présider les débats de la façon aussi neutre que possible (quand on est au Conseil), représenter tous les Etats membres à l’extérieur de façon dynamique, avoir l’entregent médiatique suffisant pour permettre de tenir « haut » la place européenne. Tout cela est quelque peu contradictoire.

Il faudra, un moment donné, voir comment ce hiatus peut être résolu. De façon pratique, ne faudra-il pas un moment examiner la possibilité de doter le Haut représentant d’adjoints, avec un profil politique. Par exemple, pour les affaires de « sécurité ». L’exemple américain où on voit Hillary Clinton flanqué « d’assistants » thématique ou géographique pourrait être une piste de réflexion utile. Aujourd’hui, le Traité ne dit rien sur ce point. Ce n’est pas qu’il l’interdit, il est silencieux. Ce qui laisse, malgré tout, une marge de manoeuvre. Concrètement, il existe différentes astuces – comme par exemple le poste de représentant spécial – qui permettraient de pallier ce vide juridique.

Demain, le Parlement européen comme les Etats membres ne pourront faire l’économie plus profonde sur le poste de Haut représentant tel qu’il existe dans le Traité de Lisbonne, afin de le redimensionner, de l’étayer et de le démultiplier pour le rendre pleinement efficace.

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Deux ans avec Cathy… Plus que trois ans !

(BRUXELLES2, bilan 2011) Trois ans… Je sais, c’est long ! Mais dites-vous bien que nous avons déjà réussi à tenir deux ans. Deux ans, en compagnie de la Baroness Catherine Ashton dont le manque d’initiatives n’est pas pour autant synonyme d’efficacité. Deux ans, où la place de la Baroness à la table du Conseil a souvent plus d’importance que des considérations stratégiques sur la place de l’Europe. Deux ans, qui n’ont pas démontré une fougue de travail inébranlable, non plus ; ce qui n’empêche pas le mépris, ni les trépignements ou les savons passés à des collaborateurs. Deux ans, où on peut se demander où sont passés les projets et actions accomplies dans les dix années précédentes par ses prédécesseurs. Et où on pourrait même être conduit à avoir des doutes : Est-ce que le projet du Traité de Lisbonne – issu d’une lente maturation entamée dans les années 1990 avec le traité Maastricht – était bien pertinent ?

Le SEAE : un tigre dans un moteur sous-utilisé

Le jour n’est pas encore venu de tirer le bilan définitif. Mais deux ans est un temps suffisant pour faire une première évaluation. Et on ne peut pas dire que le passage de la Britannique au poste de Haut représentant soit un succès éclatant. Au contraire. Quand j’interroge l’un ou l’autre, il se trouve peu de monde pour en donner un exemple positif. La machine diplomatique européenne marche aujourd’hui. Cahin-caha, certes. La structure du service diplomatique européen peut être critiquée avec son empilement hiérarchique et son organisation en board qui ne montre pas encore une pleine efficacité (voir article séparé). Mais le SEAE existe. Et s’il fonctionne, c’est bien plus souvent grâce à la bonne volonté et au savoir-faire de quelques uns, de fonctionnaires dévoués, de diplomates consciencieux, de chefs d’unité expérimentés que d’une direction politique chatoyante, clairvoyante et stratégique. Pour en avoir rencontré plusieurs d’entre eux, ainsi que des chefs de délégation, durant ces deux dernières années, on reste frappé par leur talent (oui il n’y a pas d’autre mot :-) ). Il y a là, dans les entrailles du service diplomatique européen, toute une force et une compétence qui ne demandent qu’à s’exprimer. Malheureusement, on a l’impression que la Haute représentante se contente de faire patiner le moteur en première, et peine à passer la deuxième… Elle ne fait pas « suffisamment confiance sauf à ceux qui sont proches d’elles », précise un fin observateur de son parcours. « Elle est le reflet d’un système apathique, faible et sans moyens » résume, justement, un ambassadeur d’un Etat membre.

Le complexe de la « citadelle assiégée »

Les relations de Catherine Ashton avec les médias sont limitées. Ses apparitions en salle de presse (du Conseil) ou en VIP Corner sont limitées au strict minimum. Et, bien souvent, le nombre de questions est également limitée. Problème de timing, expliquent ses portes-paroles. … Ou « pour éviter de laisser trop de champ libre à de possibles bourdes » complètent certains experts. Il y a ainsi très peu de rencontre « off », de discussion libre, le temps d’une marche dans un couloir, ou en aparté même 2 minutes. Les journalistes britanniques correspondants à Bruxelles ne sont pas mieux lotis. Au contraire : « en deux ans, pas une seule interview dans un quotidien britannique, ni un seul briefing ou entretien en tête-à-tête avec un correspondant à Bruxelles » témoigne un de mes collègues. Ce qui est à l’inverse des usages. Un commissaire ou un responsable politique européenne « chouchoute » souvent sa presse nationale. L’expérience d’interview collective – une seule à ma connaissance ou – de diners – deux seulement – avec quelques journalistes a été stoppée. Ce n’est pas faute d’efforts des portes-paroles de Catherine Ashton. Mais, apparemment, celle-ci ne le souhaite pas. « Elle y est ouvertement hostile » rapporte ce collègue britannique. Seule la BBC rarement et Euronews (la voix de son maitre) ont le plaisir de l’accueillir souvent. Le complexe de la « citadelle assiégée » domine. Le journaliste est d’ailleurs perçu comme un élément ennemi duquel il faut se méfier. Certaines articles par trop critiques sont d’ailleurs cachés pour ne pas risquer déplaire. La presse n’est pas tenue informée et même soigneusement tenue à l’écart de certaines initiatives, pourtant positives, comme cette réunion des ambassadeurs de l’UE ou la réunion des différents portes-paroles des missions de défense, début décembre. Résultat, nous avons une Haute représentante invisible, autiste, dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle pense… ni si elle pense.

La « diplomatie publique » en berne

Ceci n’est pas un point de détail. Une des voies majeures de la diplomatie est son expression publique. Et les médias, particulièrement les journalistes basés à Bruxelles, sont un des relais possibles de cette diplomatie. Plus généralement, le poste de « diplomatie publique », pourtant un des vecteurs du « soft power« , reste à l’état de projet. Aujourd’hui, encore, personne n’a été vraiment désigné pour occuper le poste de la Diplomatie publique, pourtant prévu dans l’organigramme d’origine transmis au Parlement européen en juillet 2010. Le mot même a disparu du dernier organigramme. Seul demeure un poste de conseiller « communication stratégique » réduit au minimum, puisqu’il est en fait occupé par le porte-parole en titre Michael Mann. En se privant de ce rouage, la Baroness se prive, sciemment, d’un de ses « outils » de pouvoir possibles.

Le « bazar » de la Baroness

Dans l’inventaire et le bilan de la nouvelle structure mise en place par le traité de Lisbonne, il faut pointer le doigt sur un sujet passé pudiquement sous silence. A savoir, le cabinet de la baroness. Un joyeux b…azar, si j’en crois tous les échos qui m’en sont rapportés depuis plus de deux ans. Avec une part d’intuition politique, parfois judicieuse, mais aussi un sombre empilement de dossiers qui requièrent l’accord de la Haute représentante et traînent, traînent. Les exemples de communiqués qui restent à l’état de brouillon ou de décisions qui doivent être remaniées – car, entre le moment où ils ont été écrits et leur approbation, la donne a changé – ne sont pas rares. Lady Ashton pratique ainsi le centralisme dans ce qu’il a de pire, le ralentissement et le manque d’efficacité, voire l’opacité. « Sa capacité à s’intéresser à un dossier » est souvent proportionnelle à la personne qui a su lui présenter, explique un diplomate, et non à l’importance ou l’urgence d’un dossier. Il y a ainsi des dossiers très suivis comme les Etats-Unis, le Soudan ou la Chine. D’autres délaissés comme le Sahel jusqu’à encore très récemment.

Le brouillard sur certaines activités

La plupart des réunions tenues par la Haute représentante, ou un membre de son cabinet, ne font pas l’objet d’un « debriefing », ou d’une note aux services, ou aux chefs de délégation concernés. Contrairement à une pratique acquise dans nombre de ministères des Affaires étrangères et également au sein de la Commission européenne. Ce qui fait que la plupart des chefs d’unité, de responsables de dossier, jusqu’aux plus hauts responsables ne sont parfois pas informés, … sauf par leurs interlocuteurs étrangers (!), des propres initiatives ou informations communiquées à leur Chef ou par elle. Les chefs de délégation ne sont pas toujours conviés aux rencontres que la Haute représentante effectue lors de ses déplacements à l’étranger. Ce qui est reçu non seulement comme une marque de défiance mais diminue aussi, aux yeux des interlocuteurs des pays tiers, la qualité du représentant de l’UE dans le pays. C’est un « perdant-perdant ».

Quelques tabous

De fait, et cela commence à devenir de moins en moins un secret, l’actuelle détentrice du poste n’a pas la puissance de travail de son prédécesseur, Javier Solana ou, même, de certains de ses collaborateurs. Ses passages « shopping » ou tourisme qui filtrent lors de ses déplacements – aux Etats-Unis, en Egypte – et même à Bruxelles, le jour où des réunions importantes se déroulent, laissent transparaître une faible appétence pour sa fonction et ne sont pas du meilleur goût.

Le fait de continuer à vivre à cheval entre deux capitales — Londres, où sa famille est restée basée, et Bruxelles, son lieu de travail où elle a loué un appartement ‘de passage’ (dans un immeuble près du square Ambiorix) — ne facilite pas la tâche et la mobilisation des troupes. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait conforme avec les règles en vigueur dans les institutions (il est ainsi exigé des fonctionnaires européens qu’ils résident à proximité de leur lieu de travail). Cela explique aussi certains retards… à l’allumage. (*)

Enfin, le monolinguisme de l’intéressée persiste. Elle arrive certes à bafouiller trois ou quatre phrases de français – du genre « je vous remercie beaucoup de votre question, je vais vous répondre en anglais  » – avec un accent délicieux (il est vrai). Mais c’est tout. Pour la responsable d’une des premières diplomaties au monde, c’est un peu léger… et cela limite d’autant les relations directes avec d’autres hauts dirigeants.

L’attentisme érigé en vertu

Le mot clé de Ashton n’est pas aujourd’hui : foncez. Mais « add value », « benchmarking », « études d’impact », « évaluations »… Un des prédécesseurs de Lady Ashton, Neil Kinnock, avait été à la manoeuvre pour la réforme de l’administration européenne. Avaient été alors introduits des principes – à peu près identiques – de notation, d’évaluation … – en obligeant les responsables à gérer une série de tâches administratives supplémentaires, au nom de l’efficacité de la gestion des ressources et d’une certaine rationalisation financière. De multiples procédures, souvent lourdes, ont été mises en place. On en connait le résultat : la machine européenne a été sérieusement ralentie.

Des initiatives au compte-goutte

La Haute représentante a érigé de même le principe de prudence, en dogme. Le « moins d’initiatives possibles, le plus tard c’est le mieux, et en communiquant le moins« , est devenu la règle. L’Union européenne paraît ainsi souvent à la remorque des Etats-Unis ou d’initiatives nationales, alors que c’est parfois elle qui pourrait impulser le mouvement. La politique de défense et de sécurité européenne est le terrain de manoeuvres par excellence de cette absence d’initiatives : opération ratée en Libye, attentisme en Côte d’Ivoire, au Libye, au Congo, lenteur de mise en place de l’opération de renforcement des capacités maritimes dans la Corne de l’Afrique, etc. Et ne parlons pas de la politique de défense et de sécurité. Ce n’est que sous la pression de plusieurs Etats membres et de certains responsables au SEAE ou européen (cf. notamment Barroso) qu’une avancée a été rendue possible sur le centre d’opérations. Un engagement si faible qu’un diplomate le résume ainsi : « trouver quelqu’un de moins engagé que Cathy, ce sera dur ».

Un bon punching boal

Mettre sur le dos de l’actuelle Haute représentante tous les problèmes serait cependant erroné. On ne peut dénier ainsi à la Baroness sa tenacité, un certain bon sens politique qui la conduit parfois à éviter de s’embarquer dans des discussions trop absconses. Elle a face à elle aussi des Etats membres volatiles. La position de la France ou de l’Allemagne comme de l’Italie ne sont pas toujours extrêmement lisibles : le chef de gouvernement n’ayant pas toujours le même avis que son ministre des Affaires étrangères et celui-ci n’étant pas toujours d’accord avec son homologue de la Défense… Les autres institutions européennes – comme la Commission européenne ou le président du Conseil européen Herman Van Rompuy ainsi que le Parlement européen – ne facilitent pas toujours la tâche ; les premiers en défendant « mordicus » leurs compétences, le dernier en exigeant différentes avancées, parfois irréalisables sans augmentation conséquente du budget ou révision drastique du système de fonctionnement de l’UE.

Demain, cela ne risque pas de s’arranger. En tant que commissaire britannique, Catherine Ashton se devra d’être davantage présente à la Commission pour y défendre et y représenter l’intérêt du Royaume-Uni, sur des dossiers sensibles comme les agences de notation, les services financiers ou le cadre budgétaire pour les 7 années à venir (perspectives financiers 2008-2014). Ce qui fait que la Haute représentante aura, encore moins, de temps disponible pour la politique étrangère et de sécurité.

Tout bâtir à partir de quelques lignes

Pour installer sa nouvelle fonction, la Haute représentante n’a à sa disposition que quelques lignes, somme toute assez lapidaires, dans le Traité. Rien n’a vraiment été prévu en pratique pour développer cette nouvelle institution. Comme l’explique souvent Catherine Ashton, « on fait décoller l’avion alors que celui-ci n’est pas terminé, et que les mécaniciens sont encore occupés à mettre en place les dernières pièces, ou le train d’atterrissage ». Elle n’a pas tort… Aucune préparation intensive, aucune période de transition (comme pour la mise en place de l’Euro), aucune montée en puissance progressive (comme pour la Banque centrale européenne issue de l’Institut monétaire européen) n’ont été ménagées. On a demandé au SEAE et à la nouvelle Haute représentante d’être opérationnelle immédiatement. Et, pour tout dire, on doit se demander s’il ne faudra pas réfléchir rapidement à une adaptation, sinon en droit du moins en pratique, de la structure mise en place (lire article séparé).

Allez… trois ans, c’est une paille… Prenez votre mal en patience, n’espérez pas trop, profitez-en pour voir du pays. Et ne ressassez pas sans cesse : si ca avait été X ou Y, vous vous faites du mal inutilement… Répétez après moi : Vive la Baronne ! :-)

Lire également : cet article fait partie d’une série d’articles « bilan de l’année » à venir dans les jours prochains, sur le SEAE, le Traité, les dépenses de défense….

(*) Petit exemple des cafouillages que cela entraîne. Alors que la chute de Moubarak s’accélère, le 11 février 2011, l’intéressée est déjà partie de Bruxelles (ou n’y est pas rentrée plutôt filant directement sur Londres après un voyage à Washington). Elle semble difficilement percevoir l’intensité de l’accélération de l’histoire. Et il faut toute la conviction de quelques uns pour la convaincre de revenir. Elle doit être donc rattrapée in extremis, pour être amenée directement à la Commission, au VIP Corner, où elle tient un lapidaire point de presse, le vendredi à 18h50, sans commune mesure avec l’évènement. Jusqu’au dernier moment, ses collaborateurs n’ont pas su si la Haute représentante serait là à temps, et n’ont pu prévenir la presse qu’à 17h30. A ce moment, nombre de responsables européens (au Parlement européen notamment) ont déjà commenté la chute de Moubarak.
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L’erreur Ashton ?

(BRUXELLES2, commentaire) La dernière sortie de Gérard Longuet (lire : Un missile venu de Paris pointe sur Ashton) est révélatrice. Il est difficile aujourd’hui de trouver quelqu’un qui soit satisfait et content du travail mené par Catherine Ashton. Pour résumer, il y a ceux qui l’ont ouvert, ceux qui l’ouvrent et ceux qui vont l’ouvrir. Entre ceux qui ne disent rien et maugréent en douce dans leur coin et ceux qui râlent sec, personne ou presque ne défend réellement la Haute représentante de l’UE. Et si je devais – sur ce blog – répercuter ce que chacun commente et raconte – souvent au plus haut niveau des ministères ou des administrations, je devrai ouvrir une rubrique… quotidienne :-) et ne faire que ca.

Bien sûr, on pourra prétexter qu’il y a de la jalousie, que les Etats membres ne sont jamais contents, … Certes, il y a un peu de çà. Mais, soyons honnêtes, il y a un réel problème « Ashton » aujourd’hui sur la Défense surtout. Même ceux qui ont soutenu sa candidature – car c’était une femme ou une socialiste -, qui n’attendent aucun poste ou aucune fonction, ne peuvent s’empêcher d’être énervé. Car c’est un fait. Depuis plus de 18 mois que la Haute représentante de l’UE a été nommée, à part un ou deux coups en matière de politique étrangère (Benghazi, la Serbie et le Kosovo,…), on ne sent aucune impulsion, aucune initiative en matière de politique de défense commune. Au contraire, il y a plutôt une lente désagrégation.

Ce n’est pas simplement une affaire de communication ou de savoir-faire, c’est un vrai problème fond. Comme le commente un vieux loup des affaires étrangères, qui provient du même parti (socialiste) qu’Ashton et n’est ni Français, ni Belge ou Italien, « Ashton, elle aurait dû apprendre avant. (…) C’est la pire personne que l’on a actuellement dans le leadership européen » Fermez le ban.

Reste que maintenant, personne n’est prêt à prendre le risque de déclencher une crise. « On ne va pas rouvrir la boite de Pandore des nominations. Il faut tenir encore 3 ans et demi » estime notre observateur. La Haute représentante « tient », en effet, plusieurs des Etats membres quelques nominations « cadeaux » qui mobilisent beaucoup d’attention dans les capitales. Résultat : les coups d’escarmouches et d’égratignures vont continuer. Car il y a un réel problème Ashton qui demeure…

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Un missile venu de Paris pointe sur Ashton

(crédit : ministère Fr de la Défense)

(BRUXELLES2) Il y avait eu la sortie remarquée du ministre des Affaires étrangères belge, Steven Vanackere, il y a quelques semaines. Puis le calme. L’entourage de Catherine Ashton croyait l’affaire calmée. Une mise au point avait été assurée par la Haute représentante de l’UE devant les Ministres. Et chacun y avait été de son compliment. « Nous te soutenons Cathy » avait résumé Alain Juppé notamment comme son homologue belge… Las ! Cela repart. C’est au tour du ministre de la Défense français, Gérard Longuet, aujourd’hui de se lâcher….

« On ne s’est pas donné toutes les chances »

C’était ce matin à Paris, lors d’un déjeuner avec plusieurs confrères journalistes. Et l’ambiance était détendue. Au fil de la conversation, G. Longuet pointe un petit missile Milan au-dessus de Catherine Ashton: « On ne s’est pas donné toutes les chances avec le choix de la Haute représentante », a-t-il expliqué selon mon confrère de l’AFP. « Le sentiment que l’on a, c’est que la personnalité de Mme Ashton fait que l’on se satisfait parfaitement des opérations civiles et qu’elle est très contente d’être invitée (au début) des réunions des ministres de l’Otan. Mais on ne la sent pas responsable de la mise en place d’une machine de planification et de commandement spécifiquement européenne ».

Difficile le contredire. C’est une réalité. Catherine Ashton aujourd’hui se soucie, comme de sa première chemise, de la politique européenne de Défense commune, et encore moins des missions militaires. Dans son for intérieur, elle estime que si il y a nécessité, l’OTAN est là et peut très remplir cette tâche. On est ainsi à 100 lieues de sa feuille de route.

Lire également : Le futur de Cathy Ashton est-il en pointillé ?

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Sikorski veut être un bon adjoint de Lady Ashton

Radek Sikorski vendredi à Varsovie face à la presse (© NGV)

(BRUXELLES2 à Varsovie) Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski, entend être durant les six mois de la présidence polonaise, un bon « adjoint » pour Lady Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères.

Mieux utiliser la troika ministérielle

« Catherine Ashton a un agenda impossible. Elle a le portfolio de deux commissaires, doit coordonner l’action des ministres des Affaires étrangères (et de la défense) et faire sortir de zéro un véritable ministère européen des affaires étrangères » a-t-il expliqué. Et « même si ce n’est pas prévu dans le Traité Lisbonne, la troika ministérielle pourrait soutenir la Haute représentante dans des domaines où elle estime que c’est précieux. »

Le Kazakhstan, l’Afghanistan, la démocratisation

R. Sikorski présidera ainsi au nom de la Haute représentante le conseil de coopération Kazakhstan. Il planifie de l’assister si elle demande davantage. Par exemple lors du voyage en Inde, Pakistan, et Afghanistan. L’Afghanistan un pays qu’il connait bien pour y avoir voyagé depuis 25 ans. « Je serai un bon adjoint pour Ashton » promet-il. « C’est une position pragmatique permettant de rendre plus efficace et cohérente notre politique étrangère commune. Et cette position est tout à fait en ligne avec la ligne de notre présidence qui veut pousser à démocratisation de notre voisinage ».

Lady Ashton aurait à notre sens tout intérêt à structurer cette coopération, à laisser davantage les ministres des Affaires étrangères jouer un rôle, plutôt que les utiliser au coup par coup, en risquant à chaque fois d’être débordée.

Lire également :

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Mon conseil à Cathy : un peu de courage et d’initiative (D’Alema)

(BRUXELLES2) Avec quelques journalistes, j’ai pu rencontrer ce matin Massimo d’Alema, qui est souvent à Bruxelles. L’ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre italien a redit sa conviction européenne d’homme de gauche, estimant que « La gauche peut redonner un souffle à l’Europe » et dénonçant le repli sur soi mené par plusieurs gouvernements européens « La droite a joué sur la protection des intérêts nationaux, le sentiment de peur, de perte des privilèges, contre les immigrés, contre les Chinois… Mais ils ne sont pas capables de donner une réponse, de protéger. »

En Libye, les pays ont préféré jouer solo que Europe

En matière de politique étrangère, il estime que l’on jette un peu le tort sur Catherine Ashton, un peu trop facilement. « Ce n’est pas un problème de M. ou Me Pesc. Etre porte-parole d’une politique étrangère sans politique, c’est très dur. Nous souffrons de la faiblesse du projet européen. Les pays forts préfèrent discuter entre eux, au niveau intergouvernemental. » Et de prendre l’exemple de la Libye. Cela n’a pas été discuté au niveau européen. « L’intervention en Libye a été discuté entre Paris et Londres. Cela aurait été possible de le discuter à Bruxelles. Nous l’avions déjà fait dans le passé sur le Liban, quand nous avons lancé une mission européenne sous drapeau des Nations-Unies. » Mais cela n’a pas été fait. Et c’est dommage. « Cela aurait certainement facilité la situation » entre européens, explique-t-il « Si on décide d’être dans le monde avec un drapeau européen c’est possible.

Pour défendre l’Europe : accepter d’avoir quelques problèmes avec les capitales

S’il avait un conseil à donner à Me Ashton ? : « Un peu plus de courage et d’initiative politique ». Je comprends que ce n’est pas facile. Mais il faut accepter d’avoir quelques problèmes avec la capitale d’un pays ou l’autre. Elle devrait davantage utiliser le Parlement européen, les institutions, pour y rechercher un soutien. » Et d’ajouter : « Solana était dans une situation plus difficile, encore, au niveau institutionnel. Et, parfois, il a été capable de construire une politique européenne, dans les Balkans, par exemple. On peut s’inspirer du modèle du passé. »

(*) D’Alema préside la fondation européenne d’études progressives (FEPS) qui organise aujourd’hui et demain à Bruxelles une rencontre internationale Call To Europe.

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Le logiciel système de Catherine Ashton

(crédit : Chambre des Lords)

(BRUXELLES2) Lady Ashton était, devant la chambre des Lords, le 14 juin, pour être entendue par ses pairs. Une audition intéressante à plus d’un titre car elle jouait en quelque sorte « à domicile », ainsi que son chef de cabinet « bien connu » à la chambre des Lords. La Haute représentante y a livré sa ligne politique, son logiciel système en quelque sorte, en appuyant sur les points qui parlent à l’âme britannique.

On cerne ainsi une personnalité aux antipodes de l’impression brouillonne, qui a parfois pu ressortir à l’extérieur. Une femme déterminée, sûre d’elle, voire têtue, qui n’hésite pas à employer le « je » très souvent. « Moi et les Etats membres », « Moi et Hillary (Clinton) », « Mon » initiative… Elle est maître de son domaine et entend le faire savoir. Pour asseoir un pouvoir contesté (son image du pilote dans l’avion est assez illustrative), elle brandit le Traité de Lisbonne, à plusieurs reprises : Tout le Traité mais rien que le Traité, dans une lecture sans doute très méticuleuse. Revers de cette médaille, la Baroness considère qu’avant elle, c’était un peu le désert, qu’elle a hérité d’une situation qui lui pose des problèmes (en termes de budget, de personnel… lire ici). Et qu’elle doit tout faire. Quant à sa ligne politique, elle est claire et confirme ce qu’on avait pu percevoir depuis le début : un tropisme affirmé pour l’économie plus que pour la politique, pour les grands pays du monde et les Etats-Unis (cités à plusieurs reprises comme un exemple de la politique extérieure de l’Union) que les zones difficiles.

Le Traité et un stylo

Quand elle arrive comme Haut représentant, « on m’a donné le Traité – et un stylo ». Et c’est tout. Ce rôle important, qui regroupe plusieurs fonctions antérieurement occupées par plusieurs personnes (commissaire européen, Haut représentant, présidence tournante du Conseil des Affaires étrangères, de la Défense comme du développement), « existait juste sur le papier, sans aucune description, de ce que pourrait être le travail en pratique ». Et aucun « adjoint n’était prévu ». « J’ai un peu l’impression de devoir voler dans un avion, dont on doit, en même temps, construire les ailes, et que quelqu’un tente de vous couper l’aileron de direction (ou décapiter) ».

Parler d’une voix… quand c’est possible

Sa définition du service diplomatique européen et de la PESC vaut également le détour. « Je suis en train de créer un service pour les Etats membres et pour les institutions qui permette à l’Europe, quand elle souhaite parler d’une seule voix, de pouvoir parler d’une seule voix de façon plus efficace qu’elle ne pouvait le faire dans le passé ». Et Catherine Ashton réfute énergiquement tout « manque d’ambition » comme de « s’aligner sur le plus dénominateur commun ». La dynamique change au Conseil des Affaires étrangères, souligne-t-elle. « Depuis mon arrivée, 11 nouveaux ministres ont pris leurs fonctions qui ont seulement connu moi en tant que présidente. »

Droit d’initiative

La Baronne revendique d’ailleurs son droit d’initiative. « C’est dans le Traité ». Un droit d’initiative qu’elle estime utilisé de façon efficace. « C’est à mon initiative, par exemple, que nous avons imposé des sanctions sur la Syrie ». de même, elle a « entièrement réécrit (avec son collègue Füle) la politique de voisinage » européenne. Il y a une « combinaison d’actions. Nous prenons beaucoup d’initiatives mais nous sommes aussi conscients que ces initiatives nécessitent, au final, d’être soutenues par 27 Etats membres, pour qu’elle soient aussi efficaces que possible ».

Et aux Etats qui seraient inquiets de la présence des délégations de l’UE, elle a donné ces instructions à ses diplomates : « Vous avez le Traité, tous les Etats membres ont approuvé le Traité, l’ont signé, aussi faite le travail, mais dans le sens de ce que dit le traité et dans une voie pratique qui puisse aussi être au bénéfice des Etats membres sur le terrain ». Ce faisant, elle dénie la toute puissance de l’Union. Dans plusieurs pays, les délégations de l’UE ne comptent qu’une personne du SEAE, le reste est du personnel de la Commission européenne chargée notamment des problèmes de développement

La primeur de l’économie et la politique

Ashton voit son rôle de Haut représentant à la politique étrangère comme pouvoir « faire que l’économie rencontre la politique. » Et de s’expliquer : « quand j’étais commissaire au Commerce, je parlais d’un demi-milliard de personnes, pour faire de bons accords de commerce. (…) Ce que nous ajoutons aujourd’hui est la possibilité d’arriver à des accords sur nos vues politiques communes, ainsi l’économie rencontre la politique sur le terrain dans nos relations avec les grands Etats (Russie, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud…) ou de plus petits Etats dans le monde, ou nous recherchons d’influencer ou soutenir certains pays, comme dans les Balkans, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. »

Cette primauté de l’économie se retrouve quand elle cerne le rôle du chef de délégation. Un « coordinateur » de l’action européenne. « Quand nous sommes en négociation avec certains pays importants avec qui nous avons une relation, nous ne souhaitons pas nous retrouver ayant une conversation politique qui pourrait être difficile au même moment où nous essayons de conclure une discussion sur des questions commerciales qui peuvent être à notre bénéfice pour toute l’Union européen. C’est important que le chef de la délégation contrôle l’agenda et le calendrier et soit au courant de la globalité de notre relation ».

L’ouverture des marchés, « gage de la stabilité », donne aussi lieu à de longs développements, en s’appuyant sur quelques exemples comme le Pakistan ou l’Ukraine. On voit ainsi que Catherine Ashton parle de son passé de commissaire au Commerce, elle y met une fougue et une passion qu’on ne lui connaît pas, automatiquement, sur d’autres terrains.

La différence de vues, normale dans l’UE

Sur les questions de politique étrangère sensibles, comme l’a montré l’exemple récent de la Libye, en fine politique, elle ne voit pas vraiment de problème aux différences de vues qui ne concernent « pas seulement l’Allemagne et la France » comme le lui demandait un Lord. « Ce n’est pas vraiment une surprise qu’il y ait des différences de vues. Ce qui est bien avec l’Union européenne est que vous pouvez avoir de tels débats, d’avoir tous les pays assis autour de la table et continuer de travailler pour essayer d’avoir une vision commune aussi efficace que possible ».

A noter : la Baroness passe en revue la situation en Bosnie – où on « doit développer l’idée de la perspective européenne » – dans les Balkans, en Syrie, l’Égypte et la Tunisie – où le redémarrage économique est lent, surtout avec le tourisme – l’Ukraine, la Moldavie et les conflits gelés à l’est de l’Europe ainsi que l’Iran..

La politique de défense : on ne peut pas faire plus … et c’est une bonne chose

Concernant la défense, elle insiste sur le fait que c’est une « compétence des Etats membres à titre individuel ». Après avoir cité en exemple l’opération Atalanta – qui marche très bien – et le projet de lutte contre les engins explosifs artisanaux en Afghanistan – sans citer l’agence européenne de défense – elle confirme préparer l’après Kadhafi. « Je suis particulièrement préoccupée par le vacuum qui pourrait être créé si Kadhafi s’en va et que l’Otan stoppe sa mission ». Et l’UE doit – sous mandat de l’ONU, se réparer à « construire la machine politique permettant à la population d’avoir le dialogue, un référendum, une constitution ». Sur le reste, circulez ! « Le jour où nous aurons le potentiel de faire plus pour la politique de défense n’est pas encore venu et c’est ce que je veux dire au Parlement européen. C’est aux Etats membre de décider parce que la défense est une question de souveraineté. Et je pense que c’est une bonne chose. »

Le script de l’audition dans les docs de B2

Lire : Le mot d’ordre d’Ashton à ses services : économiser 10%

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Le mot d’ordre d’Ashton à ses services : économiser 10%

(BRUXELLES2) « Personne plus que moi est consciente de la nécessité de faire des économies » a expliqué récemment Catherine Ashton à l’adresse des parlementaires britanniques de la Chambre des Lords, le 14 juin, qui l’interrogeaient sur son budget. « J’ai donné l’ordre d’arriver à des économies de 10% sur le budget que je contrôle. »

Un ordre — nous avons pu vérifié — qui a bien été répercuté en interne. Il est même martelé pourrait-on dire. Impossible de l’oublier. Chaque service ou unité étant prié de trouver les 10% d’économies de budget et postes budgétaires. Ce qui a parfois des conséquences inégalitaires. Les services qui fonctionnaient, parfois en double à la Commission et au Conseil n’auront pas trop de difficulté ; ce qui sera plus difficile pour les services déjà sous-dotés (notamment les services de gestion de crises).

Un souci d’économies à tous les étages

Ce souci d’économies est effectivement général dans l’esprit de la Haute représentante. « Nous devons considérer l’usage le plus efficace des ressources que nous avons, en cherchant tous les moyens d’économiser – par exemple en utilisant les vidéoconférences plutôt qu’en voyageant. J’ai commencé aussi à réviser ce que nous avons outre-mer. Nous avons des locations, des propriétés. Tout cela je l’ai hérité. Nous devons effectuer un sérieux travail de révision sur ce dont nous avons besoin, où, ce qui est le plus efficace et comment être sûr d’avoir le bon personnel à la bonne place. »

L’héritage ne permet pas de marge de manoeuvre

Concernant le personnel, elle affirme être coincé. « Je ne peux pas contrôler le budget administratif. Tout simplement car quand le service a été créé, du personnel m’a été apporté par les différentes institutions. J’ai hérité d’eux. Ils étaient là disponibles, des personnes de grande qualité. Mais il n’y a avait pas de marge de manœuvre sur le nombre et ils devaient tous être payés ». Problème supplémentaire : le budget n’était pas à la hauteur des personnels transférés. « Le montant transféré avec eux ne correspond pas au montant où je les paie. (…) Il faut augmenter le budget simplement pour pouvoir les payer au montant qu’ils s’attendent d’être payés. C’est un flat budget pour ce qui me concerne. Je ne leur donne pas d’extra. (…) Je n’ai pas de marge de manœuvre. Je ne peux pas les envoyer ailleurs, ils sont miens pour le temps qui reste et je dois les payer. »

Le Batiment, question de priorité

Quant à la question du bâtiment, c’est une priorité. « Un des premiers jalons » qui permettront plus d’efficacité et la Haute représentante espère le résoudre rapidement. « Le personnel est réparti dans huit bâtiments. Ce n’est pas bon pour travailler ensemble. » Et cela coute cher également. « J’espère faire des économies d’échelle (…) en rassemblant tout le monde dans un seul bâtiment »

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Visite incognito au PSE

(BRUXELLES2) Je ne résiste pas à cette image captée par notre photographe préféré, Thierry Monasse. L’arrivée de Catherine Ashton au sommet des dirigeants du PSE – le parti socialiste européen. Les lunettes noires, ce devait être pour le soleil éclatant (eh oui…) qui a régné aujourd’hui sur la Belgique :-)

C’est une tradition juste avant un sommet européen, les principaux partis politiques européens se réunissent, en effet, avec les dirigeants du moment. Et c’est aussi une tradition que les responsables des institutions européennes (commissaires, …) participent à ces réunions – qui sont souvent l’occasion de discussions informelles, permettant de déminer en amont quelques problèmes délicats. C’est parfois là, avec les parlementaires européens que sont sceller des accords ou des compromis nécessaires. Contrairement à ce qu’on prétend souvent, les commissaires ne sont pas des êtres neutres – ils ont le devoir d’être indépendants (ce qui est différent) et – comme l’a rappelé régulièrement un porte-parole de la Commission « un(e) commissaire reste un personnage politique qui conserve, donc, la capacité de s’exprimer ou de participer à des réunions politiques ».

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Le rôle de la présidence de soutien, attractive ou utile ?

Les ministres J. Martonyi (Hu) et Vanackere (Be) (Crédit Conseil de l'UE, 21 mars 2011)

(BRUXELLES2) Le changement de rôle du Haut représentant a amené non pas la disparition totalement de la présidence tournante mais un recalibrage de sa fonction, ce qu’on appelle la présidence de soutien. Terme trouvé essentiellement sous les présidences espagnole et belge qui ont inauguré ce dispositif.

Dans une note rédigée pour le PISM – l’Institut polonais des relations internationales – Agata Gostynska et Dorota Liszczyk soulignent que la « présidence de soutien » ne semble pas seulement « optimale » dans la perspective du nouveau traité mais aussi « attractive » pour les participants au processus de décision. Elle « garantit la présence de la présidence sur la scène internationale et complète les efforts des institutions impliquées dans l’action extérieure ». Deux domaines lui semblent particulièrement indiqués : l’action consulaire et les politiques de contrôle aux frontières, d’asile et d’immigration, « particulièrement importantes » aujourd’hui avec les développements dans le voisinage européen.

Une présidence importante dans les matières consulaires

Une « concertation étroite » dans le domaine consulaire paraît nécessaire. Normalement la coordination des activités consulaires de l’UE repose sur le concept de Nation-Cadre (Lead State). Mais «  les Etats membres ne montrent pas trop d’intérêt à assumer cette fonction, c’est à la présidence tournante qui l’assume d’ordinaire. En pratique, cela peut entraîner la nécessité de coordonner des actions dans des domaines où la présidence n’ont pas suffisamment de ressources ou de présence opérationnelle » écrivent les auteurs. La présidence tournante a donc plus qu’intérêt à coordonner étroitement son action avec le service diplomatique européen.

NB : Ajoutons que la montée en puissance pour le SEAE de la thématique consulaire de l’UE qui n’a normalement qu’une compétence, limitée, est mathématique au fil des présidences. De nombreux pays (Baltes, Chypre, Malte… mais aussi Bulgarie, Roumanie, Slovaquie) ont une couverture très limitée en matière de relations extérieures.

Télécharger ici « The model of the supporting presidency »

Lire également : Comment la présidence Esp. va se coordonner avec Miss Ashton

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Le budget voyages de la Haute représentante explose

(BRUXELLES2) Avec les récents déplacements, la Haute représentante aurait consommé presque la totalité de son budget voyages annuel, entre 2/3 et 3/4 selon nos informations, alors que nous sommes à peine à la moitié de l’année.

C’est explicable, m’a précisé son entourage (un peu gêné tout de même). Pour pouvoir mener ses voyages, à temps, et grouper plusieurs pays dans un seul voyage, Catherine Ashton emprunte un avion taxi qui est tout sauf peu onéreux. Et bien souvent, elle ne part pas toute seule, avec l’officier de sécurité idoine et un chargé de mission. Mais la délégation comporte souvent 6-7 personnes. Résultat : c’est plus cher. Il y a aussi d’autres explications qui n’ont pas été avouées. Ainsi le choix de l’hôtel se situe plutôt au niveau du 5 étoiles luxe que d’un 3 ou 4 nuits basiques. Raison officielle : la sécurité. Mais ce qui dans certains pays, comme à New York, est relativement onéreux. Or, Catherine Ashton s’est fait une religion d’assister le plus régulièrement possible aux assemblées générales des Nations-Unies. Initiative sans doute louable car il s’agit de rencontrer un maximum de personnalités dans un minimum de temps, précise son entourage, même si la perte en ligne et l’effet dispersif des rencontres soit aussi sensible.

Même si elle peut être justifiée, cette consommation de crédits peut apparaître cependant délicate à plus d’un titre, surtout en période de difficultés budgétaires. D’une part,  le prédécesseur de Lady Ashton, Javier Solana, ne lésinait pas sur les déplacements. Il passait même son temps dans l’avion… mais sans doute dans des conditions moins luxueuses. Et le sujet est assez sensible notamment au Parlement européen. On se souvient que la Cocobu (commission de contrôle budgétaire) avait, en 2009, manifesté plus que sa mauvaise humeur pour différentes raisons, notamment le budget voyages du Haut représentant, en retardant le vote de la décharge sur le budget 2006.

Si le budget « voyages » est si limité qu’il risque d’être explosé, plutôt que de jouer les « filles de l’air », la Haute représentante ne devrait-elle pas jouer la transparence ou négocier d’autres solutions de transport et/ou d’hébergement. Il existe peut-être d’autres solutions que l’avion taxi et l’hôtel 5 étoiles, notamment dans les résidences des ambassadeurs de l’UE. On peut même se poser la question si l’affrètement en permanence d’un avion par les institutions européennes (Barroso, Van Rompuy, Ashton…) – au besoin auprès des Etats membres – ne serait pas justifié et moins couteux que des locations au coup par coup d’avions privés. Après tout, de nombreux Etats membres ont une flotte gouvernementale à entretenir. Et un coup de pouce financier de l’Europe serait peut-être bienvenu.

Lire également : Le Parlement mécontent du manque de transparence du budget PESC/PESD

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Un + Un = Trois

(BRUXELLES2) C’est la nouvelle équation européenne. Les ministres des Affaires étrangères se sont entendu, hier, pour permettre une présence de l’Union européenne (UE) à haut niveau à différentes réunions. Il s’agit d’assurer la représentation de la Haute représentante de l’UE qui ne peut physiquement être partout : à Bruxelles ou au Parlement européen, dans les capitales, à l’ONU ou en visite à l’étranger… Selon ce qu’en a précisé un ministre participant à la réunion, cette tâche reviendrait en priorité aux « ministres (affaires étrangères ou défense) de la présidence en cours ou plutôt du trio de présidences ». NB : le trio de présidences actuel est constitué de l’Espagne, la Belgique, la Hongrie ; le trio futur de la Pologne, du Danemark et de Chypre.

Au nom de la Haute représentante

Cette représentation a déjà commencé. A Yamoussoukro, samedi (21 mai), c’est ainsi le ministre belge Steven Vanackere qui assurait la représentation de l’UE pour l’investiture du président ivoirien, Alassane Ouattara. Et demain, jeudi (24 mai), c’est le ministre polonais de la Défense, Bogdan Klich, qui assurera le compte-rendu de la dernière réunion des ministres de la Défense, « au nom de la Haute représentante… ». (Maj) Finalement c’est Pieter de Crem, le ministre belge de la Défense, qui a été mandaté pour cela.

Représentation n’est pas information

Il faut cependant distinguer cette représentation officielle des autres rencontres ou déplacements qui s’effectuent « en concertation » avec la Haute représentante. Par exemple, avant sa visite à Benghazi le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, s’est entretenu avec des responsables du service diplomatique « pour avoir certaines informations » et « s’entendre sur les messages à délivrer sur place ». Il en a été de même quand le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelati Laabidi, a rencontré son homologue chypriote, Marcos Kyprianou.

Cette disposition est une première adaptation pratique, mais nécessaire, du dispositif mis en place par le Traité de Lisbonne qui est, effectivement, impossible à tenir pour une personne seule. Il pourrait permettre de mettre fin aux sempiternelles remarques sur l’absence de l’UE à telle ou telle rencontre ou, pire, à une chaise vide. Mais, de fait, aussi c’est un certain retour de poids des présidences tournantes, qui avaient été exclues (injustement à mon sens) de leur rôle de représentation de l’UE. On ne dira jamais assez combien l’exercice d’une présidence européenne est un outil de pédagogie européenne dans la plupart des Etats membres. On réinvente ainsi la « troika européenne » qui avait certains avantages…

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Le conseil des ministres de la Défense… au rang des invisibles

En abandonnant le champ de la communication, la Haute représentante laisse le champ libre aux critiques. Comme un gardien de but qui abandonne la cage de but avant un pénalty (crédit : Fotolia)

(BRUXELLES2) La réunion du conseil des ministres de la Défense s’est terminé par un couac, hier. Encore ! Vers 19h30, à la fin du conseil, les ministres sortent un par un et, selon leur habitude, s’arrêtent (ou non – c’est selon leur humeur) devant les journalistes pour donner leur impression. C’est le cas du Français Gérard Longuet, du Polonais Bogdan Klich… Mais, contrairement aux usages, le président en exercice du Conseil (en l’occurence, Cathy Ashton, la Haute représentante) n’est pas descendu pour rendre compte à la presse de la tenue du Conseil. Ce n’est pas la première fois que la Haute représentante refuse de tenir une conférence de presse ou l’abrège au plus court.

Ce qui est plus notable cependant, c’est qu’aucun responsable du SEAE ou officier de presse ne s’est senti tenu d’informer la dizaine de journalistes qui était restée là, malgré tout, des résultats du Conseil. C’est en contradiction flagrante avec les règles de transparence que s’est fixées le Conseil des Ministres de l’UE, sous l’impulsion des présidences finlandaise et suédoises notamment (*), et avec les usages jusqu’ici suivis par chaque présidence tournante.

Cette pratique n’est pas tout à fait anodine. On sait que l’Europe de la défense n’était pas une priorité pour la Haute représentante. On connait sa volonté de ne pas donner aux ministres de la Défense un rôle trop important et formel (en témoigne la façon expéditive dont la réunion a été tenue et ses absences répétées). On a, maintenant, avec une succession d’autres faits (aucune opération, aucune impulsion, le minimum de compte rendu), une nouvelle preuve de sa volonté de détricoter le travail patient, effectué par ses prédécesseurs, pour bâtir une politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC), et au-delà de ne pas traduire dans les faits une partie des novations du Traité de Lisbonne.

Cette pratique est aussi symptomatique d’une relation, qu’on peut qualifier de « mauvaise », entre la presse et Lady Ashton. Les critiques se multiplient à son encontre. Souvent à juste titre. Parfois juste par ignorance. Et cela ne risque pas de s’arranger. Surtout si la Haute représentante s’en plaint ouvertement devant les Ministres. Pourtant, le service diplomatique européen (SEAE) trouve peu à peu sa place, son rythme. Il s’implique, de plus en plus, dans des questions très politiques. Les premiers résultats sont là comme le soulignait, à juste titre, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Mais nombre de ses actions sont méconnues malheureusement… tout simplement pour des problèmes d’ego. C’est dommage…

Contrairement à ce que pense l’entourage de Lady Ashton, la presse n’est pas, en effet, une ennemie de la Haute représentante, elle relate ce qui se passe, ce qui transpire, selon les informations mises à sa disposition ou qu’elle obtient. En coupant les lignes d’information, la Haute représentante se tire, tout simplement, une balle dans le pied. Elle permet que s’expriment encore plus facilement les critiques, tout simplement en leur donnant le monopole de l’expression. C’est comme un gardien de but qui quitterait la cage avant le pénalty. C’est mathématique…

Lire également :

* Usages formalisés dans le « guide de l’information du Conseil » : « Le président du Conseil tient, après chaque session ministérielle — et souvent aussi lors d’interruptions des travaux —, des conférences de presse pour informer les journalistes des décisions et des conclusions du Conseil. Il se fait accompagner régulièrement par le ou les membres concernés de la Commission européenne. » « Par ailleurs, tout au long de la session du Conseil, les porte-parole de la présidence et du Haut représentant, les membres du service de presse, les porte-parole des États membres et de la Commission tiennent la presse au courant du déroulement des travaux. »
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