Piraterie

Une attaque déjouée en Mer rouge. La piraterie en mode « veille active » ?

Une attaque déjouée en Mer rouge. La piraterie en mode « veille active » ?

la frégate Navarra en escorte d'un navire du PAM - le programme alimentaire mondial (crédit : Eunavfor Atalanta)

la frégate Navarra en escorte d’un navire du PAM – le programme alimentaire mondial (crédit : Eunavfor Atalanta)

(BRUXELLES2) Même si la situation dans l’Océan indien n’a rien à voir avec ce qui se passait il y a 2 ou 3 ans, la menace de la piraterie reste visible, comme le prouvent une attaque et une autre approche suspecte aux deux bords de la zone du Golfe d’Aden et du Golfe d’Oman, survenues ces derniers jours.

Un vraquier a, en effet, été attaqué lundi (18 août) dans le détroit de Bab El Mandeb en Mer rouge, alors qu’il naviguait entre l’Erythrée (non loin de Djibouti) et le Yemen, dans une zone située à 12.52 nord et 43.14 Est. Quatre skiffs se sont rapprochés assez près du navire, à environ 1,5 mille nautique (environ 2800 m.), relatent les sources maritimes, tandis qu’un bateau mère semblait stationner non loin de là, à environ 4 milles. Le capitaine a donné l’alarme et entamé des manoeuvres de diversion — accélération de la vitesse, évitement — et mis à l’abri le personnel non nécessaire dans une « citadelle ». Les skiffs se sont rapprochés jusqu’à 0,5 mille. Et le doute sur les intentions des occupants de ces bateaux n’était pas permis. Une échelle était visible dans un des skiffs avec 6 personnes à bord. Les gardes de sécurité privée, présents à bord du navire marchand, ont dû montré leur armes — sans qu’on puisse savoir s’il y a eu tirs directs — pour obtenir que les assaillants rebroussent chemin.

Une autre approche « suspecte » a été signalée, samedi (16 août), dans le Golfe d’Oman, entre Oman et Pakistan, par le centre de sécurité maritime de l’OTAN. Un navire marchand a été approché par 2 skiffs. Les gardes de sécurité à bord ont utilisé des tirs de fusée d’avertissement ; les skiffs ont stoppé leur approche après que les gardes aient montré leurs armes.

La force anti-piraterie de l’Union européenne (EUNAFOR Atalanta) est actuellement commandée par un Italien, le Rear Admiral Guido Rando, à bord du ITS Andrea Doria et compte 3 autres navires : le navire auxiliaire FGS Berlin, la frégate espagnole ESPS Navarra, la frégate de commandement et défense aérienne HNLMS De Zeven Provinciën, avec à bord un hélicoptère NH90 et une équipe d’abordage de marins maltais.

De son côté la force anti-piraterie de l’OTAN (Ocean Shield) est composée du SNMG1 – le Groupe maritime permanent de l’OTAN – sous le commandement du contre-amiral danois Aage Buur Jensen à bord du HDMS Absalon. Il comprend 2 autres frégates : le FGS Magdeburg (Allemagne) et l’USS Taylor (USA) et devrait également bénéficier du renfort du navire italien ITS Mimbelli.

(NGV)

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Relève italo-allemande dans l’Océan indien

(BRUXELLES2) Le destroyer italien Andrea Doriava va prendre la relève du commandement de l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta au large de l’Océan indien le 6 août.

A son bord, le commandant de la force, le contre-amiral Guido Rando qui va relever son homologue allemand, Jὓrgen Zur Mȕhlen, et l’Etat-major de la force. Celui-ci est composé de 34 officiers et sous-officiers de 11 Etats membres (Belgique, Croatie, France, Allemagne, Grèce, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, et Espagne) ainsi que de la Serbie. L’Andrea Doria, placé sous le commandement du capitaine Gianfranco Annunziata, compte un équipage de 208 hommes et femmes, dont des équipes spécialisées de fusiliers marins San Marco, et un groupe aérien d’hélicoptère, avec un hélicoptère EH 101.

C’est la troisième fois que l’Italie prend le commandement de la force Atalanta depuis le démarrage de l’opération en décembre 2008. « A cette époque, la situation dans l’océan Indien était critique. Aujourd’hui, la situation est sous contrôle, grâce à l’intervention des opérations maritimes de l’UE, de l’OTAN et de la coalition CTF151, avec une prise de conscience des navires de commerce et l’utilisation d’équipes de protection (NDLR : privées ou militaires). Mais il ne faut pas baisser la garde. La menace des pirates ne peut pas être sous-estimée. » a averti le contre-amiral Rando, avant le départ du destroyer de la base de Tarente, le mardi (22 juillet).

Outre le navire italien, la force navale anti-piraterie sera composée ces prochains mois de quatre frégates (1 Néerlandaise, deux Espagnoles et 1 Allemande) ainsi que d’un navire-ravitailleur de la marine allemande.

(NGV)

Relève espagnole dans l’Océan indien

FregateNavarre@ESP140708(B2) La frégate Navarra (F-85) devrait arriver à Djibouti, dans l’Océan indien, le 23 juillet, pour participer à l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta au large de la Somalie. Partie le 8 juillet de la base navale de Rota (Cadix), la frégate appartenant à la 41e escadrille de Escoltas, est servie par un équipage de 214 personnes (17 officiers, 28 sous-officiers et 169 marins). Le Navarra devrait rester déployée durant cinq mois, indique l’Etat-Major de la marine espagnole.

Un accord de transfert de pirates annulé

drapeau-pirates(BRUXELLES2 – exclusif) C’est un coup de tonnerre dans la lutte anti-pirates, avons-nous écrit dans notre édition Club. Dans un arrêt rendu, plutôt discrètement la semaine dernière, la Cour de justice européenne a, en effet, décidé d’annuler l’accord signé par la Haute représentante de l’UE, au nom de l’Union européenne, avec l’Ile Maurice. Un accord qui permet aux militaires et policiers européens de transférer, pour jugement, aux autorités mauriciennes les pirates ou suspects arrêtés dans l’Océan indien par les navires de la force EUNAVFOR Atalanta.

Cet arrêt est doublement intéressant car c’est le premier jugement sur les accords signés dans le cadre de la cadre de la politique de sécurité et de défense commune. C’est aussi la première interprétation du nouveau dispositif mis en place par le Traité de Lisbonne qui réserve une place plus importante au Parlement européen. Pour les juges, c’est une question de principe, sur lequel on ne peut transiger. Même s’il s’agit d’un accord signé au nom de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la représentation parlementaire aurait dû être informée. « Cette règle est l’expression des principes démocratiques sur lesquels l’Union se fonde » indique la Cour.

Alors que l’Ile Maurice s’apprête à rendre un jugement sur 12 pirates transférés pour avoir tenté de capturer le MSC Jasmin, les juges n’ont cependant pas voulu « insulter l’avenir » et ont maintenu les effets de l’accord de façon provisoire jusqu’à signature d’un nouvel accord. Cet arrêt pourrait obliger désormais le Conseil et la Haute représentante à reconsidérer leur position lors de la préparation et signature de certains accords – notamment un accord similaire avec la Tanzanie – voire même lors de l’accord Acsa, en préparation avec les Etats-Unis (lire : Je veux bien acheter US. Mais chut !).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Détails (Club) : Coup de tonnerre dans la lutte anti-pirates

Un tanker échappe aux pirates dans le Golfe d’Aden

(B2) Le Torm Sofia, un tanker appartenant à l’armateur Danois  Torm a réussi à échapper, samedi (28 juin), à un groupe de pirates dans le Golfe d’Aden. Le tanker faisait route de Sikka en Inde vers New-York, quand il a fait l’objet de ce qu’on appelle une « approche suspecte ». Il était alors à la position 13°15 Nord et 49°11 Est. Le capitaine philippin a aussitôt sonné l’alarme et l’équipe privée de sécurité qui était à bord mis en alerte. Les pirates ont abandonné la poursuite.

Bonne nouvelle. Les otages du Mv Albedo sont libres ainsi que 3 travailleurs humanitaires

Les 11 marins libérés du MV Albedo (crédit : UNODC)

Les 11 marins libérés du MV Albedo (crédit : UNODC)

(BRUXELLES2) Les 11 marins du Mv Albedo, qui étaient encore otages des pirates somaliens, sont libres. Ou plus exactement, ils se sont libérés selon les informations diffusées par l’ONU.

7 marins bengalais, 1 Indien, 1 Iranien et 2 Sri-Lankais sont ainsi arrivés à Nairobi, au Kenya samedi (7 juin) dans un avion spécial affrété par le programme des Nations-Unies de lutte contre la criminalité (UNODC). Ils ont été admis à l’Aga Khan Hospital pour un bilan de santé et des soins.

Les circonstances de leur libération ne sont pas extrêmement claires. Selon la version officielle, ils ont réussi à s’évader vendredi (6 juin) par une fenêtre ouverte et ont été secourus ensuite par les forces armées du Galmudug (Somalie). ils seraient arrivés ensuite dans un camp de l’ONU au Kenya, situé près de la frontière somalienne, selon le quotidien bengali Daily Sun.

Le gouvernement du Bangladesh a démenti avoir versé la moindre rançon. « C’est une question de principe. Aucun gouvernement ne verse de rançon dans des cas de piraterie » a déclaré le ministre des Affaires étrangères, selon le quotidien bengalais Bangladesh Today.

1288 jours de détention

L’équipage du Mv Albedo (un navire sous pavillon malaisien) avait été capturé à 900 miles de Mogadiscio, en novembre 2010, tandis qu’il faisait route de Dubai vers les Emirats arabes unis et le Kenya. Il comptait à l’origine 23 hommes. 7 ont été libérés le 1er août 2012 (7 Pakistanais). 1 Indien est décédé au cours de sa détention. Et 4 Sri Lankais ont disparu lors du naufrage de leur navire, en juillet 2013, aux mains des pirates. Les marins avaient ensuite été ramenés à terre, dans un repaire des pirates.

La fin d’un long calvaire

C’est la fin d’un long calvaire pour les marins. Les conditions de détention étaient particulièrement éprouvantes pour l’équipage qui avait été largement abandonné à son sort. Le propriétaire du navire (malaisien) avait disparu et la Malaisie refusait d’en assumer la charge. « Après 1288 jours en captivité, nous sommes ravis pour eux et leurs familles après l’épreuve et les difficultés qu’ils ont subi » a exprimé Peter Swift, le responsable de MHRP, le programme de réponse humanitaire sur la piraterie maritime. Un des Pakistanais libérés en 2012 avait mentionné les dures conditions de vie voire l’usage de la torture dont ils étaient victimes de la part de leurs ravisseurs. Les pirates nous « ont frappés à plusieurs reprises avec des tuyaux et avec la crosse de leurs fusils AK-47. Ils ont également utilisé des pinces pour arracher la peau sur les paumes des marins » expliquait Mujtaba. « Ces hommes ne sont pas humains. Quand ils nous ont frappés, ils ne cesseraient pas. Ils nous ont frappés sur la tête. Certains officiers avaient des hémorragies graves sur la tête. L’un ne pouvait pas utiliser sa main gauche, endommagée lors d’un passage à tabac. » (lire dans The National).

Les 3 travailleurs de l'ONG "Ias" peu après leur capture en 2012 (crédit : IAS)

Les 3 travailleurs de l’ONG « Ias » peu après leur capture en 2012 (crédit : IAS)

Des travailleurs humanitaires libérés

A noter que trois travailleurs humanitaires kenyans, otages depuis bientôt 2 ans, ont été libérés jeudi (5 juin). Janet Muthoni Kanga, Martin Mutisya Kioko and Abdinoor Dabaso Bor travaillaient pour l’ONG américaine International Aid Services.

Ils circulaient en voiture à Galcayo dans le Puntland le 11 juillet 2012 quand ils avaient été capturés par des hommes en armes. Plusieurs policiers du Puntland qui assuraient leur protection avaient été blessés lors de cette action, ainsi qu’un autre travailleur humanitaire qui n’avait pas été kidnappé. Les ravisseurs se sont proclamés pirates somaliens. Les circonstances exacte de leur libération n’ont pas été révélées. Dès leur libération, « les otages ont été emmenés dans un endroit sûr jusqu’à ce qu’ils soient transportés vers Nairobi, avec l’aide des Nations Unies et du Gouvernement de Galmudug » précise l’ONG. Ils ont subi des examens médicaux de routine, et dans les circonstances, en « plutôt bonne santé » ajoute-t-elle.

Pendant la durée de leur captivité, l’équipe de gestion de crise d’IAS « a pu parler aux otages sur un certain nombre de reprises, et a été en mesure d’organiser la livraison de nourriture et matériel de temps en temps ». Elle a aussi « discuté avec plusieurs personnes se disant être les preneurs d’otages. Mais, dans la plupart des cas, — fait-elle remarquer — les appelants ont été rapidement identifiés comme des fraudeurs ». « De longues discussions ont été entreprises avec les ravisseurs réels qui ont permis d’aboutir à leur libération ».

Encore 39 otages des pirates

Selon le dernier bilan diffusé par les forces européennes anti-piraterie, et la base de données « Pirates » de B2, il reste encore 39 marins aux mains des pirates : les 4 marins thaïlandais du Prantalay 12 (un autre navire thaïlandais) détenus depuis plus de 4 ans !, 7 marins indiens du Asphalt Venture (capturés en septembre 2010!) et 28 otages taïwanais, philippins, indonésiens, chinois et vietnamiens du FV Naham 3 (un navire thaïlandais). Il ne s’agit pas de les oublier…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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