Battlegroups. Des trous dans le planning

(B2 – exclusif) La force de réaction rapide de l’Union européenne continue de subir des avatars. Le dernier planning connu est riche d’enseignements. Les ‘trous’ ou faiblesses demeurent

Exercice de qualification du battlegroup de Visegrad en Pologne le 17 mai (crédit : Ministère polonais de la défense)

Les États membres répugnent toujours à s’engager pour tenir la permanence. Rappelons que selon la doctrine européenne, il est nécessaire d’avoir deux groupements tactiques 1500 (GT 1500) de permanence chaque semestre. L’objectif est loin d’être atteint.

Une permanence de façade début 2020

Ainsi, au premier semestre 2020, un seul groupement tactique 1500 (GT 1500 l’autre nom du battlegroup) sera d’astreinte : le Helbroc dirigé par la Grèce, avec la Bulgarie, la Roumanie, avec la participation de la Serbie et de l’Ukraine. Autant dire, vu les faiblesses financière et logistique des pays qui y participent, une disponibilité quasi zéro pour une intervention extérieure.

Des trous dans la raquette en 2021 et 2022

Pour les deux années suivantes, en 2021 et 2022, sur les huit ‘slots’ à remplir, deux seulement sont effectifs. L’un par l’Italie (au 2e semestre 2021), l’autre par l’Espagne (au 2e semestre 2022). C’est-à-dire un seul battlegroup de permanence. Aucun slot n’est rempli au 1er semestre 2021 et au 1er semestre 2022. Cela veut dire que la réponse rapide européenne n’existera pas. Sauf changement.

Certes cela parait loin. Mais traditionnellement c’est au moins avec un ou deux ans d’avance que les pays annoncent leur engagement. Il faut ensuite parfaire la composition de celui-ci avec les autres nations et commencer les entraînements et certifications qui s’étalent au moins sur neuf mois précédant la prise de fonction.

Visegrad et France de permanence à partir du 1er juillet

Enfin, dans l’immédiat, au second semestre 2019, deux battlegroups sont disponibles. Cela parait formidable. Mais quand on regarde dans le détail, on peut être assez inquiet. Le premier battlegroup est dirigé par le Visegrad, donc avec une profondeur d’action très limitée au plan géographique et tactique (pour être poli).

Le second est assumé entièrement par la France, sans aucun autre soutien. Ce qui le rend plus pointu, autonome et rapide d’action, mais ne répond plus au concept de bataillon multinational. Vu les capacités françaises déjà à flux tendus (les besoins au Sahel restant au plus haut notamment), son départ nécessiterait un très fort engagement politique, d’autant que le système français d’alerte rapide (Guépard) se superpose au système européen. A moins que Paris ne profite de cette proximité pour « habiller » fort habilement une opération nationale en une opération européenne.

Ce qui serait déjà un succès pour cette force européenne en attente qui n’a jamais été employée depuis sa création en 2007, malgré les besoins et plusieurs sollicitations.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(B2 Pro) La Commission propose une exonération de TVA pour les forces armées européennes. Non sans conditions

(B2) La Commission européenne a proposé, mercredi 24 avril, une modification des directives TVA et accises pour exempter certains achats des forces armées. Une exemption encadrée Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’une volonté clairement exprim…

Mettre en place un Conseil de sécurité européen ? Une idée à travailler

(B2) Berlin insiste régulièrement sur un point souvent oublié dans la rhétorique sur l’armée européenne : la mise en place d’un « Conseil de sécurité de l’UE ». Un point qui mérite un peu d’attention

(crédit : MOD portugais)

Avec mes amis de ‘La faute à l’Europe‘ (J. Quatremer, Y. A. Noguès, K. Landaburu, H. Beaudoin), qui reçoivent ce week-end Michèle Alliot Marie, alias MAM, l’ancienne ministre de la Défense (sous Jacques Chirac) et ministre des Affaires étrangères (sous Nicolas Sarkozy), nous parlons ‘défense’, ‘Europe puissance’ et notamment de ce Conseil de sécurité européen (video).

@bruxelles2 pèse le pour et le contre d’un Conseil de sécurité européen à l’image de @ONU_fr pic.twitter.com/JfbkGh4Kot

Une proposition franco-allemande

Cette proposition ne nait pas de nulle part. Elle figurait en dernier lieu dans la déclaration de Meseberg adoptée par les deux dirigeants Emmanuel Macron et Angela Merkel en juin 2018. L’objectif est d’avoir un « débat européen dans de nouveaux formats » et « d’accroitre la rapidité et l’efficacité de la prise de décision de l’Union européenne [en matière] de politique étrangère » (lire : Défense, Sécurité, Migrations, Développement, l’accord franco-allemand de Meseberg).

Une explication merkelienne

Au Parlement européen, en novembre 2018, la chancelière Angela Merkel souligne l’importance d’« une enceinte au sein de laquelle des décisions importantes pourront êtres prises », avec une « présidence tournante » (lire : « Une armée (européenne) montrerait au monde qu’entre (nous) il n’y aurait plus de guerre » (Angela Merkel). Le format serait limité précise-t-on du côté allemand : « un petit cercle d’États se relayant et représentant l’ensemble de l’UE [pour] travailler plus promptement et intensément au règlement des crises en cours. » (1)

Une certaine réserve française

Du côté français, on ne peut pas dire que le projet suscite une grande mobilisation. A l’Élysée, la prudence est de règle : « C’est une idée [de] la Chancelière. Ce pourrait être une proposition commune, mais cela mérite encore [d’être travaillé] » lâche en ‘off’ un Élyséen, à quelques journalistes (dont B2) en novembre 2018. Et d’ajouter : « Nous n’avons pas de détails proposés par le gouvernement allemand : est-ce un forum pour discuter ou pour décider des questions de politique étrangère ? Ce n’est pas encore une position qui est mûrie. » (3)

Une idée mal perçue dans les milieux européens

Dans les couloirs européens, cette idée est à peine commentée. « Je suis un peu sceptique sur la création d’une nouvelle structure. Est-elle vraiment nécessaire. N’a-t-on pas déjà pas assez de structures » s’interroge un bon connaisseur des questions sécuritaires interrogé par B2, résumant assez bien le sentiment à Bruxelles, perplexe et qui a, à peine, réfléchi sur l’idée.

Un vide béant de réflexion stratégique

Cette proposition répond pourtant à un réel besoin. L’Union européenne souffre aujourd’hui d’un vide béant d’absence de direction politique au plus haut niveau, d’anticipation stratégique et de réactivité en cas de crise majeure. Parler d’autonomie stratégique ou de réflexion sans avoir une instance capable de décider est un leurre.

Des leaders européens absents collectivement

Certes, en théorie, le Conseil européen doit se pencher une fois par an au minimum sur les grandes questions de sécurité. Mais cette disposition du Traité de Lisbonne est restée plutôt lettre morte. Force est de constater que ces dernières années, sur toutes les crises majeures — Libye, Syrie, Irak, Ukraine, crise migratoire, coup d’état en Turquie, etc. — les Chefs d’État et de gouvernement européens, collectivement, ont été ‘à la ramasse’.

Un manque d’anticipation certain

Pour en attester, il suffit de reprendre la liste des crises récentes. Les 28 ont-ils à la veille de signer l’accord d’association avec l’Ukraine clairement évalué les conséquences de cet acte sur les relations avec la Russie, donné leur accord en bonne et due forme ? Ont-ils planifié un dispositif de gestion de crise soit diplomatique, soit militaire en cas d’intervention russe (largement prévisible) ? Lors de la déroute du printemps arabe en Syrie, ont-ils anticipé la crise des réfugiés et des migrants à venir ? Après l’intervention franco-britannique en Libye, qui laisse un pays déchiré et un État failli, ont-ils envisagé et débattu de la solution à apporter à la crise, en commençant par résoudre leurs différends ? Lors du coup d’Etat en Turquie, y-t-a-il eu une réunion de crise par rapport à un pays le plus proche ? Non, non !

Des questions posées trop vite abordées

Au mieux, les ‘Leaders’ ont discuté une ou deux heures pour s’accorder sur les traitements collatéraux de la crise (rupture des liens diplomatiques, aide humanitaire, sanctions…). La plus longue discussion au cours de ces dernières années a été consacrée à définir l’intensité des sanctions mises en place sur la Russie. Mais rarement pour tenter de résoudre leurs différends, trouver des solutions ou bâtir des feuilles de route. Au pire, ils ont préféré ne pas trop se pencher sur la question.

Une réforme facile à mettre en place

Si l’on met de côté certains aspects proposés par A. Merkel, avoir un Conseil de sécurité de l’Union européenne est possible dans le cadre existant.

Pas de modification de traité

Ce projet ne nécessite pas de modification des traités constitutifs. Il suffit juste de changer les usages. On peut décider (par exemple) de consacrer une demi-journée lors de chaque Conseil européen aux grandes questions internationales ou (autre exemple) dédier une de ses quatre réunions annuelles aux questions internationales. Il serait même possible de tenir une ou deux fois par an un Conseil européen informel dans un pays tournant (permettant à un chef de gouvernement de coprésider la réunion).

Juste changer les usages

Rien n’empêche d’ailleurs quelques pays plus proches en matière d’approche sécuritaire — France, Allemagne, Belgique, Espagne, Italie — de tenir régulièrement des conciliabules préparatoires à l’image des réunions G6 des ministres de l’Intérieur (un petit cercle conjoint). Rien n’empêche aussi de joindre à ces réunions des Chefs, une réunion parallèle des ministres de la Défense ou des Affaires étrangères, voire des ambassadeurs, pour mettre en musique immédiatement les mesures décidées par les Chefs. Toutes ces dispositions, tout à fait possibles dans les traités existants, permettraient de se rapprocher du modèle prôné par A. Merkel.

Un dispositif diplomatique et technique prêt à répondre

Au-dessous du niveau politique, le dispositif européen en cas de crise est plutôt complet et prêt à travailler. On a ainsi des ambassadeurs des 28 (le Comité politique et de sécurité), qui siègent en permanence à Bruxelles, avec au minimum deux réunions par semaine (sans compter les petits déjeuners, goûters et autres dîners informels) permettant d’échanger et affiner des positions communes. En cas d’urgence, une réunion du COPS peut être improvisée. Ces diplomates, discrets mais parfaits connaisseurs de leurs sujets, sont tenus d’être là, 24h/24 sur le pont. J’en ai été témoin à plusieurs reprises. Des réunions ont eu lieu le dimanche, au mois d’août, à 6 heures du matin ou à 22 heures le soir.

Un dispositif de veille et d’analyse

On a aussi un dispositif de veille du renseignement (l’IntCen) (dirigé aujourd’hui par un Allemand ancien des services de renseignement) qui produit régulièrement des notes d’analyses. Ces notes — environ 1400 par an — sont plutôt bien appréciées de leurs destinataires, selon mes informations. On peut ajouter à cela des dispositifs de réaction de crise — cellule de protection civile à la Commission européenne, état-major militaire de l’UE (EUMS), commandement des missions civiles (CPCC) etc. — qui existent et ne demandent qu’à produire des résultats. Tous ces dispositifs peuvent au besoin être renforcés et rendus plus performants.

(Nicolas Gros-Verheyde)


  1. Proposition à ne pas confondre avec celle de Olaf Scholz, le ministre allemand des Finances (SPD) proposant de transformer le siège français au Conseil de sécurité de l’ONU. Lire : Un siège permanent à l’ONU pour l’UE. Est-ce une si bonne idée ?
  2. Sur l’initiative européenne d’intervention, les mêmes seront largement plus prolixes. Or l’un ne va pas sans l’autre. Sans un dispositif de décision en haut lieu, on pourra faire tous les échanges possibles entre tous les officiers les plus doués possibles, cela n’aboutira pas.
  3. La question d’une présidence tournante du Conseil européen, reviendrait à la situation ante Traité de Lisbonne. Faisant fi du président ‘permanent’ du Conseil européen, elle n’est pas constitutionnelle aujourd’hui.

La prise d’astreinte française au battlegroup 2019 se prépare

(B2) La France va prendre l’astreinte de la force de réaction rapide de l’Union européenne le 1er janvier prochain pour douze mois. Une durée double de la période ordinaire, pour cause de… Brexit. Elle s’y prépare

Afin de préparer cette prise de mandat, la France a commencé à former les officiers alliés qui prendront part à cette alerte. 13 Espagnols, 2 Grecs, un Belge et un Italien ont commencé ainsi à prendre leurs marques avec 15 de leurs collègues français en banlieue parisienne, au début du mois, vient d’annoncer l’état-major des armées. Une formation qualifiante, dispensée par l’Institut français pour l’enseignement stratégique et opératif (IFESO)

L’équipe des officiers embryon du PC de commandement du battlegroup français (crédit : ministère français de la Défense / DICOD / EMA)

Adossé au CPCO au Mont Valérien

Situé au sein du fort du Mont Valérien à Suresnes, adossé au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), le QG d’opération est une structure non-permanente apte à commander l’envoi d’un groupement tactique de l’UE (battlegroup) dans le cadre d’une opération de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune), durant toute l’année 2019 et non pas de six mois comme d’habitude. La France a, en effet, repris le créneau que devait assurer le Royaume-Uni mais qui, départ de l’UE oblige, il a renoncé à assurer.

Le commandement sur deux battlegroups de permanence

Au premier semestre, seront de permanence un groupement tactique espagnol (avec les Italiens et Portugais) et un groupement tactique français (avec les Belges). Au second semestre, le groupement tactique sera armé surtout par les Français. A signaler qu’un autre groupement tactique sera de permanence, constitué des pays de Visegard (Polonais, Tchèques, Hongrois et Slovaques) avec un QG d’opération situé en Pologne (1). La montée en puissance de l’OHQ du Mont Valérien devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2018 afin d’être pleinement opérationnel début 2019.

Une force théorique… pour l’instant

En théorie, cela permet à l’Union européenne de dépêcher dans un rayon de 6000 km une force d’environ 1500 à 2500 hommes, par exemple à des fins d’interposition en cas de conflit, d’évacuation de citoyens européens ou de soutien à une opération humanitaire. Encore faut-il que les Européens le veulent. Jusqu’ici, ils ont toujours refusé de le faire… même quand l’occasion s’est présentée.

Commentaire : un retour dans les commandements européens

Pour la France, 2019 (année électorale européenne) pourrait être le signe d’un retour dans les missions et opérations de la PSDC. A la prise de commandement pour les battlegroups, il faut en effet ajouter la prise de commandement de l’opération EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine par un officier supérieur français (lire : Brexit oblige, le commandement de l’opération EUFOR Althea va passer à un Français), ainsi que le transfert de Londres à Brest du MSCHOA — le centre de sécurité maritime pour la Corne de l’Afrique, à destination de la marine marchande (lire : Piraterie maritime. Le MICA de Brest prêt à héberger le MSCHOA et prendre le relais de Northwood) —, sans oublier la prise de commandement de la mission de formation de l’armée centrafricaine (EUTM RCA) à la moitié de l’année.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un scénario sur une sécession en Afrique

Réunis en groupes de travail, les officiers de l’état-major européen ont d’abord établi la cartographie des acteurs stratégiques concernés par le referendum d’indépendance d’une région africaine fictive. Une crise dans laquelle l’Union européenne va devoir engager rapidement une force de stabilisation. Le tout en anglais. « L’établissement d’une planification commune passe par une maîtrise indispensable de l’anglais, langue de travail courante », assure le chef d’escadrons Hugues, J5 au CPCO. « Mais il faut surtout savoir tirer parti de l’expertise de certains officiers maîtrisant particulièrement le processus de planification européenne, tout en prenant en compte les expériences opérationnelles de chacun. »

L’objectif de la formation était en effet de parfaire la connaissance des officiers sur la planification. Des instructions communes, détaillant la méthode de planification européenne, ont alterné ainsi « avec des phases de mise en situation réalisées sur le thème d’exercices proposés par les instructeurs ». Au fil de la semaine, l’état-major a ainsi construit la directive de planification stratégique (strategic planning directive), premier document produit par un QG d’opération au lancement d’une crise. Pour clôturer le tout, les ‘stagiaires’ ont planché devant le général de division Daniel Grammatico, directeur des opérations de l’état-major de l’UE (EUMS) et le contre-amiral Jean Hausermann chef ‘Plans’ au CPCO.


(1) Un QG qui ne figure cependant pas dans la liste des QG d’opération, de niveau stratégico-militaire, agréé au niveau de l’UE.

Un nouveau chef des missions civiles de gestion de crise

(B2) Le général des Carabinieri italiens Vincenzo Coppola vient d’entrer en fonction comme nouveau nom à la tête du commandement des missions civiles de crises (CPCC). Une bonne nouvelle

Vincenzo Coppola (Crédit : SEAE)

L’Italien Vincenzo Coppola, à l’expérience certaine dans les Balkans et la lutte contre les mafias, a pris les commandes du commandement civil de la gestion de crises (CPCC *) et a remplacé le Britannique Ken Deane. Cela clôture en beauté une carrière de 40 ans, tant au niveau italien qu’au niveau européen (Lire notre portrait réalisé en avant-première : Le commandement des missions civiles de crise confié à l’Italien V. Coppola (Carabineri)).

Un élément essentiel de la politique de sécurité européenne

« A un moment où le monde considère de plus en plus l’Union européenne comme un partenaire responsable dans le domaine de la sécurité, […] les missions civiles de la PSDC constituent un élément essentiel de la politique étrangère de l’UE », a déclaré le nouvel arrivant, promettant de « mettre à profit [son] expérience professionnelle en gestion de crise internationale et dans l’environnement de sécurité et de défense européen au sens large pour [en faire] bénéficier » dans ses nouvelles fonctions.

Le commandement des missions civiles : une petite équipe

Le commandement des missions civiles de gestion de crise de l’UE comprend environ 80 personnes. Ce qui est somme toute assez peu pour conduire et diriger la douzaine de missions dispersées sur trois zones essentielles — Europe, Moyen-Orient, Afrique — qui comptent environ 2000 hommes et femmes, policiers, douaniers, magistrats, spécialistes de la sécurité. L’Union européenne a aujourd’hui une douzaine de missions dites ‘civiles’ chargée de conseiller, former, et/ou aider à restructurer les forces de sécurité intérieure dans plusieurs pays de ‘crise’ : de l’Ukraine (EUAM) à la Libye (EUBAM), en passant par l’Irak (EUAM), la Palestine (EUPOL et EUBAM), le Kosovo (EULEX), la Moldavie (EUBAM), la Géorgie (EUMM), la Somalie (EUCAP), le Niger (EUCAP) et le Mali (EUCAP et EUSTAMS). Deux de ses missions ont une vocation ‘exécutive’ : la mission ‘État de droit’ EULEX Kosovo et la mission d’observation EUMM Georgia.

Rétablir un certain lien de confiance

Le général aura fort à faire pour rétablir un lien de confiance, non seulement au sein de ses équipes mais aussi avec les États membres, assez ébranlés par la gestion chaotique dans les derniers mois, de son prédécesseur, Ken Deane. Cet ancien policier britannique, ayant servi en Irlande du Nord est sorti par la petite porte. Le service diplomatique européen a joué la discrétion, alors qu’une enquête interne a été ouverte pour harcèlement sexuel et que son intempérance à l’alcool tenait du secret de polichinelle. Aucun geste officiel saluant son travail ni même la mention de son nom dans le communiqué saluant l’arrivée de V. Coppola. Ce qui est plutôt rare et témoigne du soulagement de la direction du SEAE de voir partir un homme arrivé avec de grandes ambitions à Bruxelles qui s’est enfermé dans des chicaneries et des rancœurs personnelles, qui n’étaient sans doute pas à la hauteur du poste qu’il occupait.

Un vent de changement dans les structures de gestion de crise

Ce changement à la tête du commandement des missions civiles illustre un renouvellement complet des responsabilités à la tête des structures de gestion de crises de l’UE. Ainsi, la Finlandaise Sofie From-Emmesberger a remplacé le Belge Walter Stevens à la tête du COPS (lire : Une Finlandaise prend la tête du COPS), le comité politique et de sécurité, la cheville ouvrière de la doctrine de l’Europe de la défense et de la diplomatie européenne. La direction de la planification des missions et opérations militaires (CMPD) doit aussi changer de chef, pour remplacer Gabor Iklody. Tandis que le comité militaire de l’UE doit changer de tête : le général italien Claudio Graziano, chef d’état-major de la défense italienne, devant succéder au général grec Mikhael Kostarakos (lire : Un général italien à la tête du comité militaire de l’UE à partir de 2018).

(Nicolas Gros-Verheyde)

* Civilian Planning and Conduct Capability

Un nouvel entrepôt pour les missions de gestion de crises de l’UE. C’est signé

La signature de la convention entre D. Eliasson (à gauche) et H. Hardeman (à droite) (crédit : MSB)

(B2) L’évènement est passé plutôt inaperçu dans le maelstrom de la situation internationale. Mais c’est une petite brique dans ce qu’on appelle « l’opérationnalisation » de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne qui vient d’être posée.

Un nouvel accord signé avec la Suède

Hilde Hardeman, la directrice du Service des instruments de politique étrangère (FPI) de la Commission européenne et Dan Eliasson, le directeur général de l’Agence suédoise pour la protection civile (MSB), ont signé lundi dernier (28 mai), un contrat confiant à MSB la gestion de l’entrepôt stratégique de l’UE pour les missions civiles de gestion de crises comme pour les représentants spéciaux de l’UE. Objectif : stocker du matériel, l’acquérir éventuellement et l’acheminer vers le lieu de la mission aussi rapidement que possible. « Afin de lancer une mission rapidement et de la gérer de manière efficace et sûre, il est essentiel de disposer du bon équipement, de raccourcir le temps de réponse et de s’assurer que le personnel des missions dispose des conditions nécessaires pour travailler efficacement et en toute sécurité » souligne-t-on du côté européen.

Un premier essai en forme d’échec

Cette signature est l’aboutissement assez lent d’une réflexion au niveau européen. Un premier contrat pour un entrepôt avait été signé en 2013 avec une société allemande (lire : L’Union européenne aura son entrepôt permanent pour la gestion de crises). Mais cette première version s’est avérée loin d’être efficace. Ce dispositif n’a été utilisé qu’une fois… (pour la mission européenne EUBAM Libya à la mi 2013). Et encore. Les questions alors sont nombreuses : Est-ce que le contrat était trop limité ? Les conditions mises au déploiement trop strictes ? Le fournisseur pas adapté au contrat ou peu sérieux ? … sans doute un peu de tout, selon nos informations (lire : Faut-il revoir le fonctionnement de l’entrepôt ?). Le choix d’un fournisseur privé était sans doute une erreur. Tout comme toutes les conditions entourant son utilisation (uniquement pour les nouvelles missions, pour certains matériels uniquement…). En réalité, tout avait été prévu pour… ne pas vraiment utiliser l’entrepôt.

Un opérateur plus expérimenté

Une leçon a été tirée de ces erreurs. Les Européens ont désormais choisi un opérateur public, expérimenté, qui a un certain rayon d’action au niveau international : la Suède et son bras opérationnel pour les interventions de sécurité civile, MSB (lire : Un nouvel entrepôt pour les missions de gestion de crises, en Suède (V2)). « Créée en 2009, l’agence MSB a acquis, stocké, géré et transporté des équipements de et vers des opérations en Suède et dans le monde entier, pour entre autres l’UE et l’ONU » indique son directeur Dan Eliasson. « L’année dernière, en 2017, nous avons effectué 125 missions internationales (et 39 nationales). » « C’est grâce à leur expérience, leurs connaissances et leurs capacités que nous avons décidé de confier à MSB la gestion de l’entrepôt de l’UE pour les opérations civiles et de gestion des conflits » confirme Hilde Hardeman, la chef du service des instruments de politique étrangère (FPI) de la Commission européenne. « C’est une mission très importante. »

Tout le matériel ou presque pour une mission

Le nouvel entrepôt stratégique contiendra, entre autres équipements, des véhicules, des équipements informatiques, des téléphones satellitaires, des fournitures médicales, des médicaments et des casques. Il aura ainsi la capacité de lancer une nouvelle mission de 200 personnes dans les 30 jours. Il sera situé à Kristinehamn, où MSB a déjà mis en place des entrepôts de stockage et de logistique pour les opérations suédoises de protection civile dans le pays ou dans le monde. Sa superficie totale sera de 5000 mètres carrés. MSB favorisera également une « prise en compte accrue de l’environnement à prendre dans les missions », précise son directeur. L’accord signé avec l’UE prévoit en effet que « MSB pourra recevoir des déchets toxiques et les éliminer de façon écologique ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire notre fiche détaillée (B2 pro) L’entrepôt de gestion de crises (fiche)