Industrie Marchés

Le Rafale décolle à l’export, enfin ! (Maj3)

Le Rafale décolle à l’export, enfin ! (Maj3)

Un Rafale lors de l'opération Harmattan en Libye (crédit : ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2) Une cocarde orange, blanche, verte viendra bientôt orner les avions de Dassault. Et celui-ci va pouvoir se vanter d’une prise de choix. Il devrait fournir, en effet, 126 avions Rafale à l’aviation de chasse indienne ; les forces armées indiennes l’ont confirmé aujourd’hui (31 janvier).

L’avionneur français vient de remporter le mega marché passé par un des pays qui a une des plus grosses croissances d’armement. Le tout pour un coût affiché de 10,4 milliards $. Ceci est un double succès pour Dassault : d’abord au niveau économique qui va permettre de doter ses usines d’un plan de charge pendant plusieurs années, mais aussi au niveau politique. Pour un avion qui n’avait jamais réussi à vendre un avion à l’export, s’ouvrir une telle porte est un moyen de sortir de l’isolement.

L’armée de l’air indienne avait sélectionné six avions dans un premier tour : le russe Mig 35, les Américains F-16 et F-18 (fabriqués l’un par Lockheed Martin, l’autre par Boeing), le suédois Gripen (de Saab), l’EuroFighter Typhoon (d’Eads) et le Rafale. Seuls ces deux derniers avions avaient été retenus dans le dernier round. 18 avions seront achetés directement, les suivants (108) seront fabriqués sur place en partenariat avec un constructeur indien (Hindustan Aeronautics Limited HAL) .

Des transferts de technologie

L’Inde est un vieil acheteur du « Made in France » puisqu’il s’est déjà équipé en Mirage 2000 (mais également en avions Mig, de fabrication russe, et Jaguar, issu d’une coopération franco-britannique). Un argument qui a certainement joué. De même que la préférence de l’armée de l’air pour cet avion. Mais pas seulement. Apparemment Dassault a fait une offre suffisamment intéressante, plus basse que son concurrent européen, Eurofighter, de 4 à 5 millions de $, comme le rapporte le quotidien économique indien Economic Times. Et surtout il a consenti aux indispensables transferts de technologie qui vont permettre aussi à l’Inde de fabriquer un « Rafale indien » et de préserver son industrie de défense.

Un contrat à conclure encore

* Un choix dont l’Elysée s’est rapidement félicité. « Le Rafale a été sélectionné grâce à la compétitivité de son coût global sur la durée de vie de l’appareil, après une pré-sélection en avril 2011 sur la base de ses qualités opérationnelles de premier plan. (…) La réalisation du projet Rafale illustrera la profondeur et l’ampleur du partenariat stratégique entre la France et l’Inde. » Soyons prudents cependant. Car tout n’est pas encore finalisé. La négociation du contrat va s’engager « très prochainement avec le soutien total des autorités françaises. Il inclura d’importants transferts de technologie garantis par l’Etat français » est-il confirmé

L’élimination des avions américains tient aussi au fait que le vieil ennemi, et voisin pakistanais, se fournit essentiellement en avions « made in USA » ; dès lors pour les Indiens ce n’était pas un gage de sûreté d’approvisionnement. Il reste à espérer que cet appel d’offres ne sera pas contesté ou annulé comme cela a été le cas à plusieurs reprises dans des marchés passés par les autorités indiennes, notamment en matière d’aviation.

Lire aussi :

(Maj avec les déclarations de l’Elysée et une petite remarque) Un site qui date ? On peut remarquer que le site du groupe Dassault reste incomparablement discret sur l’avion Rafale. Encore aujourd’hui, il affiche dans sa première page dédiée à sa filiale « aviation », une photo de Mirage en formation et de Rafale (même les « meilleurs » s’y laissent prendre :-) …). Ce n’est pas une preuve extraordinaire de la confiance dans le nouvel avion. Un paradoxe alors qu’il est expliqué quelques lignes plus haut que l’entreprise est « toujours à la pointe des solutions les plus innovantes ». Pas son site web apparemment.

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Carton jaune pour l’Allemagne et les Pays-Bas (Maj2)

(BRUXELLES2) Deux bons élèves de la Zone Euro traînent des pieds pour appliquer la directive européenne sur les marchés publics de défense (2009/81). Celle-ci devait être transposée avant le 20 août 2011. Mais l’Allemagne et les Pays-Bas n’ont toujours rien fait, a « déploré » aujourd’hui la Commission européenne. Les « pères la rigueur de l’Euro » semblent pris en défaut de faiblesse. Comme le remarque l’exécutif européen, la plupart des autres Etats membres ont déjà soit transposé, soit sont en bonne voie de le faire. Il a donc adressé à Berlin et La Haye un « avis motivé », le second stade de la procédure d’infraction. « En l’absence de réponse satisfaisante des autorités nationales dans les deux mois, la Commission pourra saisir la Cour de justice de l’UE et réclamer le paiement de sanctions financières. »

Nécessité d’une bonne transposition

Pour la Commission « Si la directive n’est pas intégralement mise en œuvre dans tous les États membres, les entreprises et les contribuables ne peuvent bénéficier d’un accès plus facile à un marché transparent et ouvert, et donc plus concurrentiel, dans le secteur de la défense. » Et d’ajouter : « Ces règles sont adaptées aux spécificités des marchés de l’équipement dans le domaine de la défense et de la sécurité. Les règles en question auraient dû être mises en œuvre au plus tard le 20 août 2011. La mise en œuvre correcte de la directive en temps utile est nécessaire pour atteindre cet objectif. »

La moitié des Etats ont déjà transposé

Selon les informations recueillies par B2, des procédures d’infraction ont été lancées automatiquement en septembre contre les Etats membres en retard. Le passage à l‘avis motivé sera effectué pour ceux qui n’ont pas donné une indication claire pourquoi ils sont en retard et quand la transposition sera accomplie. Actuellement, la moitié des Etats membres ont déjà transposé la directive – de façon complète ou presque complète – et ont ainsi notifié à la Commission européenne leurs dispositions : République tchèque, Danemark, Grèce, Espagne, Finlande, France, Italie, Chypre, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni. Cela ne signifie pas une parfaite conformité à la directive ; cet examen de conformité est entamé au fur et à mesure des notifications.

NB : on ne peut que remarquer le délai relativement court – à peine cinq mois – dans lequel la Commission est passée au 2e stade de la procédure d’infraction. C’est un signe de la volonté marquée de la Commission de ne rien laisser au hasard et de s’assurer d’une bonne application de cette directive, qui est le premier texte dans le domaine de la défense. Il faut replacer cette position dans un contexte plus général, où le secrétariat général lance de façon plus systématique, quasi automatique, les premières lettres d’avertissement pour les directives non transposées, afin de maintenir la pression sur les Etats. Cela peut ressembler aussi à un message téléguidé par certains responsables nationaux qui ont quelque difficultés à faire passer leur réforme à leurs propres troupes.

(Maj : détails sur les Etats ayant déjà tranposé et sur les notions de mises en demeure et d’avis motivé)
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Trois mini-drones déployés par l’ONU pour les secours d’urgence

(B2) L’office satellitaire des Nations-Unies (UNOSAT) l’a confirmé la semaine dernière. Il va acquérir trois drones pour ses opérations de secours d’urgence ou civiles. Le premier arrivera d’ici fin 2011, commandé à la firme suisse Swinglet CAM, le second est commandé pour 2012 tandis que l’achat d’un troisième est planifié pour 2013. Ils pourront être utilisés par exemple sur une zone très limitée pour recueillir certaines images,  au plus près du terrain, mais aussi pour permettre le déploiement des secours, par exemple pour installer un relais « internet sans fil » et créer ainsi une zone Wifi que pourraient utiliser les équipes de secours. Résultat de plus d’une année de recherche et de tests expérimentaux, ces mini-drones sont assez différents des drones utilisés par les militaires (Predator ou autres). Ils sont très légers – moins d’un kilogramme – et de petite taille – 80 cms. Ils ne peuvent rester en l’air que 30 minutes et sont donc plutôt prévus pour recueillir des images ou évoluer sur une petite zone. Une idée pour les Européens ?…

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Le programme de drone Mâle ouvert aux Européens?

(B2) Le projet de drone à longue endurance (MALE) projeté entre Français et Britanniques devrait associer d’autres partenaires européens a expliqué Gérard Longuet, le ministre français de la Défense, lors d’une entrevue avec les journalistes de l’aéronautique

« Je pense que ce projet franco-britannique doit accepter l’idée que (…) nous sommes engagés dans la construction européenne et nous ne pouvons pas ignorer délibérément des pays qui font encore des efforts de défense et qui ont des capacités industrielles », explique-t-il, ainsi que le rapporte Usine Nouvelle.

On sait que Français et Britanniques étaient opposés sur la nature de l’appel d’offres à passer : européen pour les Français et mondial pour les Britanniques.

Lire: Longuet veut ouvrir le projet des drones MALE à d’autres industriels – Aéronautique.

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Des Patriot à destination de la Corée du Sud interceptés en Finlande

(B2) C’est une odyssée un peu surprenante qui a permis de mettre à jour un circuit commercial de missiles Patriot, transitant d’Allemagne à la Corée du Sud. La tempête jouant, le Thor Liberty qui les transportait avait demandé à pouvoir s’abriter dans un port finlandais, à Nötö, le 9 décembre puis à Kotka. Profitant de l’escale, les autorités finlandaises ont alors découvert que le cargo transportait des marchandises peu ordinaires – 69 missiles Patriot et leurs accessoires, ainsi que 150 tonnes d’explosif. Tous matériels qui ne disposaient pas d’une autorisation préalable en matière de transit d’armes – comme l’explique le quotidien Helsingin Sanomat – et ont donc été d’abord déchargés puis mis à l’abri sur une base militaire des forces finlandaises.

Après vérification, il s’avère que l’Allemagne a bien vendu à la Corée du Sud, ces missiles. Et sa réexportation a été autorisée. Le navire a ainsi pu repartir vendredi (6 janvier), d’abord vers Tallin (pour faire le plein de fuel) puis vers le Pacifique et Shangai, Mais l’enquête continue. Le capitaine ukrainien et un autre responsable du navire ont été brièvement arrêtés pour interrogatoire. sa première destination. Ils pourraient être inculpés pour avoir mis en cause la navigabilité du navire : les explosifs étaient posés simplement sur des palettes hors de toute précaution de sécurité habituelle pour ce type de chargement. Les douanes soupçonnent également un délit à l’exportation.

Le quotidien précise que depuis 2000, la Finlande a accordé 22 autorisations de transit pour du matériel militaire. Elle n’en a refusé que deux : pour des fusils autrichiens vers l’Inde et pour des sous-marins russes vers la Chine. De son coté, la Corée du Sud a demandé l’assistance de la marine américaine pour s’assurer que le passage du bateau dans les zones de piraterie intensive puisse se faire de la façon la plus sûre possible, relate l’agence locale Yonhap.

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Du Rafale aux drones, Dassault perd des soutiens…

(crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Infoutu de vendre le merveilleux avion à l’export alors que les Européens arrivent à placer l’Eurofighter et les Suédois le Gripen (en Suisse), Dassault peut se faire un peu de mourron. Car les soutiens nationaux commencent à être moins enthousiastes, que ce soit pour la fabrication du Rafale ou son option d’importer un drone israélien.

La chaîne du Rafale interrompue en 2018 s’il ne trouve pas de client à l’export

Cela a été sensible lors de la dernière intervention du ministre de la Défense, Gérard Longuet, sur LCP-FranceInfo-LeMonde, le 7 décembre. Le ministre a eu cette phrase qui en dit long sur une certaine confusion. « Si Dassault ne vend pas son appareil à l’étranger, la chaîne sera arrêtée » non pas en 2013 car il reste des commandes à assurer pour l’armée française mais en « 2018 ». Tout ne sera pas perdu pour l’industriel cependant a tenu à rassurer le ministre. Car dans le prix d’un avion « l’achat représente un tiers et la vie deux tiers. Lorsqu’on a un Rafale, sur sa durée de vie, on paiera deux fois le prix normal. Donc l’industrie sera servie. » a-t-il expliqué avant de défendre « Le Rafale est un avion réellement polyvalent qui permet le combat aérien, surveillance, frappes au sol. » Et s’il ne se vend pas c’est peut-être tout simplement une question de « savoir où on place son ambition » a-t-il ajouté.

La bataille des drones

Mais l’attaque majeure est venue du Sénat qui a choisi de frapper … au portefeuille. Dans son rapport sur le budget 2012, voté début décembre, le Sénat a, en effet, revu le choix effectué par le ministère de la Défense. Une révision effectuée – faut-il préciser – de façon non partisane puisque l’amendement a été proposé par des députés PS (Daniel Reiner), comme UMP (Xavier Pintat). Il a estimé qu’en comparant le projet de drone israélien Heron TP fabriqué par IAI et adapté par Dassault et celui du drone amériain Reaper, il y avait matière plutôt à opter pour le second, ce à la fois pour des raisons économiques que militaires.

Le drone Heron TP d’IAI (promu par Dassault) est un drone de surveillance produit à 7 exemplaires, qui n’est pas encore opérationnel dans l’armée israélienne. Pour le rendre apte au combat, il faudrait aussi modifier la liaison satellitaire (satcom) qui le relie au segment sol. La francisation, effectuée par Dassault, revient à 370 millions d’euros pour sept véhicules aériens et deux stations sol, maintien en conditions opérationnelles compris pour dix ans et francisation incluse. Mais ce drone ne pourrait pas être disponible « dans le meilleur des cas », pas avant 2015, voire après. Il est « 30 % plus cher, 20 % moins performant » a reconnu lui-même le ministre de la Défense Gérard Longuet lors des auditions.

Le drone Reaper de l’industriel américain General Atomics, « produit à plus de 150 exemplaires,  est un drone de maraudage et de combat ». Son coût est de 209 millions d’euros. Avec la francisation qui peut être effectuée par EADS, on arrive à « un coût total à 297 millions d’euros pour sept véhicules aériens et deux stations sol, maintien en conditions opérationnelles compris pour dix ans. Et sa disponibilité pourrait être un peu plus rapide : entre deux ou trois ans » selon que l’on « francise » ou non l’appareil.

Le choix du Sénat

Entre les deux programmes, il n’y a pas photo selon le Sénat. L’option du ministère de la Défense choisir le drone Héron TP, sans appel d’offres, est « difficile à comprendre : elle est financièrement désavantageuse, militairement contestable et industriellement hasardeuse, puisque selon l’offre de mai 2011 la Société Dassault ne serait responsable outre l’intégration de la satcom et des capteurs supplémentaires, que de l’importation, de la certification et des essais en vol. En outre, elle ne permettrait de satisfaire le besoin opérationnel qu’après la fin du contrat de maintien en conditions opérationnelles du drone Harfang, engendrant de ce fait une rupture capacitaire. » Du coup le Sénat a voté à la majorité de ses membres une coupe de 80 millions d’euros, laissant sur le programme 146, 289 millions d’euros pour acheter le drone Reaper (209 millions d’euros) et traiter les obsolescences du drone Harfang (29 millions d’euros). Les 80 millions d’euros économisés ne seront pas perdus pour la défense, ils seront affectés au programme de drone du futur.

Le mauvais choix du gouvernement

Non contents d’avoir opérés cette recomposition, les principaux artisans de cet amendement, UMP comme PS, cosignent un article publié dans le Monde aujourd’hui, intitulé « le mauvais choix du gouvernement », les sénateurs descendent en flamme le drone Heron. « Il est grand, lent et vulnérable face à des conditions météorologiques dégradées. Il a été conçu pour évoluer au-dessus du territoire réduit d’Israël afin d’écouter et d’observer à ses frontières. Il n’est pas armé et ne pourra jamais emporter un armement polyvalent en raison de son architecture. Enfin, il est produit à moins d’une dizaine d’exemplaires et n’est technologiquement pas abouti. »…

Lire également :

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La fin de l’affaire des Casa tchèques

Le chef des armements tchèque aux commandes du C295, novembre 2009 (Crédit : ministère tchèque de la Défense)

(BRUXELLES2) La Commission européenne a clos jeudi (24 novembre) l’affaire des Casa tchèques. « Bruxelles » reprochait aux autorités tchèques d’avoir attribué en 2009 le contrat d’achat de 4 avions de transport militaire Casa, directement, sans recourir à des procédures d’appel d’offres au niveau européen. Elle avait d’ailleurs annoncé avoir saisi la Cour de justice européenne en octobre 2010 (voir les achats tchèques de Casa C-295M jugés illégaux par la Commission).

Cette décision de retrait est justifiée selon la Commission. Car la « République tchèque a assuré que les pouvoirs adjudicateurs limiteront à l’avenir l’utilisation de la dérogation aux procédures de passation des marchés publics pour les achats militaires » (article 346 du TFUE) à des cas exceptionnels où cela est nécessaire pour la protection des intérêts essentiels pour sa sécurité ». Par ailleurs, la République tchèque a reconnu « que les États membres qui font usage de cette dérogation sont tenus de prouver que cette mesure est nécessaire pour la protection de leurs intérêts essentiels de sécurité si la Commission ou une autre autorité compétente l’exige ». Cette clarification est inscrite dans la transposition de la nouvelle directive 2009/81 sur les marchés publics de défense et met la législation tchèque « en conformité » avec la position de la Commission.

Un recul plus politique que juridique

Ce recul est surtout justifié par le principe de la réalité, plutôt que par des raisons juridiques. La Commission « continue de considérer que l’achat d’avions en 2009 aurait dû être soumise aux procédures d’appel d’offres à l’échelle européenne »… Mais « le contrat d’approvisionnement public en question a déjà été entièrement exécuté. En conséquence, la saisine de la Cour européenne de justice serait sans objet ». (Nb : il faut préciser que la jurisprudence constante de la Cour comme de la Commission n’est pas celle là, elle considère que pour apprécier un manquement, il faut se placer à la date de l’avis motivé et que même s’il y a régularisation ensuite, le manquement a existé). Ce qui importe, poursuit la Commission « c’est que dans le futur, tous les contrats seront désormais soumis à des règles de l’UE. » En fait, il semble bien que la Commission n’ait jamais été jusqu’au bout de sa menace de saisine de la Cour… (aucune trace de saisine ne figure dans le fichier de la Cour de justice) et ait surtout utilisé ce moyen pour convaincre la république Tchèque de bien transposer la directive défense.

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Dassault : la défaite du « faire tout seul » ?

Crédit : ministère français de la Défense

(BRUXELLES2, réaction) L’exclusion du Rafale du marché à conclure (60 appareils) aux Emirats, et la réintroduction de son concurrent européen Eurofighter par « surprise » fera encore couler beaucoup d’encre. La décision de Dubai de considérer le proposition de l’industriel français comme « non compétitive et irréalisable » sème l’embarras, tout comme celle du Brésil qui semble s’éloigner du Rafale. Pas seulement car il met au tapis notre production nationale, toujours infoutuede trouver un seul client à l’étranger. Cette fois le Rafale ne perd pas face à la force de frappe américaine et ses F-16, F/A-18 voire F-22… américains. Il perd face à un concurrent européen, l’Eurofighter Typhoon, que les Français ne se privent pas régulièrement de dénigrer comme n’étant pas très performant. Seulement, il se vend.

L’argument du « made in France » et du désavantage compétitif $/euro ne parait pas très crédible. On peut se poser la question de savoir si un avion construit en coopération entre « petits » Etats (*) n’a pas plus de chance de se vendre, de résister aux différentiels de marchés qu’un avion construit, et utilisé, solo. Tout simplement car les efforts se combinent. Pour vendre l’Eurofighter, on trouve certes les Britanniques mais aussi les Italiens, les Espagnols ou les Allemands. Tous ont un intérêt à promouvoir « leur » avion sur le Rafale. La France a-t-elle vraiment aujourd’hui, et demain plus encore, les moyens de maintenir un industriel d’aviation de chasse, autonome, déconnecté du marché ?

(*) La plupart des pays européens, séparément, deviennent des « petits » sur le marché mondial

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Une task force « défense » à la Commission européenne

(BRUXELLES2) Michel Barnier, le commissaire européen chargé du Marché intérieur, vient de le confirmer officiellement il y a quelques minutes à Bruxelles. La Commission européenne a mis en place en son sein, une « task force défense » qui permettra de regrouper tous les services de la Commission européenne s’occupant de défense (*), tout comme l’Agence européenne de défense et le service diplomatique européen. Première réunion demain (8 novembre) Il faut avoir « une réponse cohérente et ambitieuse pour organiser les marchés face aux défis de la sécurité » a expliqué le commissaire devant un parterre choisi, composé d’ambassadeurs et d’industriels de la Défense, réuni pour le « Security and Defense Day ».

Préserver une base industrielle commune

Cette task force aura quatre tâches :

  • 1° Suivre la bonne application des directives défense.
  • 2° Créer un débat sur la politique industrielle, garder une capacité de veille stratégique. « Nous avons eu une ambition industrielle au début de la construction européenne, les industriels l’ont eu en créant Airbus, nous l’avons eu avec l’espace, pour Galileo, j’aimerai que les Européens retrouvent cette audace industrielle » a déclaré le commissaire, s’exprimant « à titre personnel ». « L’Europe ne doit pas renoncer à être une terre de production et ne rester qu’une terre de consommation. Je ne vois pas pourquoi nous serions plus naïfs que les Américains chez eux ou les Chinois. »
  • 3° accentuer les efforts de normalisation et de recherche. « Le lien est de plus en plus ténu entre défense et sécurité, les technologies sont similaires et les industries qui le produisent sont identiques, il faut éviter de payer 2 fois pour les mêmes produits » a indiqué Michel Barnier.
  • 4° veiller à notre sécurité d’approvisionnement.

L’outil militaire plus que jamais nécessaire

Dans un vibrant plaidoyer, qui dépasse son strict mandat de commissaire (il a d’ailleurs pris bien soin de préciser qu’il parlait « à titre personnel »), Michel Barnier a lancé un appel à garder une politique européenne de défense et une politique européenne tout court. « L’outil militaire reste nécessaire pour les pays. La coopération européenne est sans doute difficile. Mais elle est indispensable. Aucun pays, du plus grand au plus petit, ne peut plus se défendre tout seul. » a-t-il fait observer. Il a mis en garde aussi les Etats membres de l’Union européenne comme les Etats-Unis « L’Alliance atlantique repose sur deux pieds (Mais) aujourd’hui le pied européen est fragile. Nous avons besoin d’Europe et non pas de moins d’Europe. La bonne voie sinon la seule (pour les politiques de défense) est de mutualiser davantage nos moyens nationaux. »

Mutualiser : la seule voie

Il y a au moins « trois bonnes raisons pour coopérer – a détaillé ensuite le commissaire – : faire face aux défis de sécurité ; préserver une base industrielle permettant de produire chez nous ces outils militaires ; créer un marché de défense et de sécurité suffisamment large pour que nos industries européennes restent compétitives chez nous et dans le monde. » Voilà en quelque sorte la feuille de route « politique » de la nouvelle task force.

(*) Cette task force, selon nos informations, sera co-présidée par deux haut fonctionnaires – de la DG Marché intérieur (Pierre Delsaux) et de la DG Entreprises (Daniel Calleja Crespo) -, et associera plusieurs autres DG (Intérieur, Transport, Commerce…), ainsi que le service diplomatique (SEAE) et l’Agence européenne de défense.

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L’exportation d’armes soumise à une clause droits de l’homme

(BRUXELLES2) Les exportations de produits « susceptibles d’être utilisés à des fins civiles et militaires » (dits produits à double usage), comme les produits chimiques, les appareils ou les logiciels de télécommunications, seront, eux aussi, à une règle de moralité.
Dans une résolution, adoptée aujourd’hui (27 septembre) par le Parlement européen à une écrasante majorité (567 voix pour, 89 contre et 12 abstentions), les députés ont voulu interdire l’octroi d’autorisations générales de l’UE pour les exportations vers certains pays (comme la Chine, l’Inde, la Russie et la Turquie) de technologies de télécommunication « pour une utilisation impliquant une violation des droits de l’homme, des principes démocratiques ou de la liberté d’expression (…) au moyen de technologies d’interception et de dispositifs de transfert de données numériques pour le contrôle de téléphones portables et de messages textuels ainsi que la surveillance ciblée de l’utilisation de l’Internet (notamment par le biais de centres de surveillance et de portails d’interception légale) ». Les exportations de biens à double usage sont également interdits dans les pays pays soumis à un embargo sur les armes imposé par le Conseil de l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ou par les Nations unies.
Jusqu’à ce jour, les exportations de ces produits n’étaient soumises à aucun système d’autorisation de l’UE et le soin de décider de contrôles unilatéraux à l’exportation revient aux États membres, explique le service de presse du Parlement européen.
Certains parlementaires voulaient aller plus loin en établissant un système de notifications préalables à l’exportation. Mais « malheureusement il n’y avait pas de majorité dans cette Assemblée pour un tel amendement » a expliqué le rapporteur, le député autrichien social-démocrate Jörg Leichtfried.
NB : La liste des articles à double usage nécessitant l’autorisation d’exportation a été mise à jour par le Parlement le 13 septembre 2011, avec l’adoption du rapport de Vital Moreira.

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Le PRS de Galileo, un service très réservé. Son règlement adopté

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Alors que les deux premiers satellites de Galileo, le GPS européen, doivent être lancés le 20 octobre prochain, le Parlement européen a adopté, mardi (*), un pan important du système européen de navigation par satellite pour les applications les plus stratégiques, j’ai nommé : le service public réglementé (ou PRS). Ce règlement devrait être en place à la mi-octobre. Tandis que la mise en oeuvre opérationnelle de Galileo est prévue de façon échelonnée à partir de 2014. Galileo offre cinq services distincts: ouvert, commercial, sécurisé, recherche et sauvetage et le service public réglementé (PRS).

Des caractéristiques particulières

Le PRS sera proposé dès 2014 avec des caractéristiques très particulières. Offrant des signaux puissants et cryptés, il est adapté aux services qui « exigent de la solidité et une fiabilité absolue », selon les attendus de ce règlement. Il est en effet « à la fois le plus sécurisé et le plus sensible » et devra « assurer, au profit de ses usagers, une continuité de service même dans les situations de crise les plus graves. » En clair, des applications sensibles comme la protection des infrastructures critiques, la police, la défense, la sécurité et les services d’urgence.  Eh oui… rien n’interdit à ce que le GPS européen, Galileo, ait des utilisations en matière de défense. Au contraire. Même si cela reste un « système civil sous contrôle civil », c’est-à-dire « réalisé selon des normes civiles à partir d’exigences civiles et sous le contrôle des institutions de l’Union ».

Un service très réservé

Le PRS ne sera pas ouvert à tous. Il sera « strictement réservé » à quelques utilisateurs. Les États membres, le Conseil, la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) pourront y avoir accès « de façon discrétionnaire et de manière illimitée et ininterrompue dans toutes les parties du monde ». Chaque État membre pourra être en mesure de décider souverainement « quels sont les utilisateurs du PRS autorisés et quelles sont les utilisations qui en découlent, y compris celles liées à la sécurité, en conformité avec des normes minimales communes ». Il désignera alors une Autorité PRS responsable pour la gestion et la supervision de tous les usagers autorisés. La fabrication des récepteurs nécessitera une autorisation européenne, alors que les exportations d’équipements et de technologie seront soumises à des prescriptions strictes.

Conditions d’utilisation

La réglementation fait une distinction claire entre les participants, tels que les États membres, le Conseil, la Commission (ainsi que les agences de l’UE, les États tiers et les organisations internationales) et les usagers du PRS, tels que les entreprises, autorités et personnes physiques autorisées par les participants à développer, à détenir ou à utiliser les récepteurs. Les usagers devront respecter des impératifs de sécurité et appliquer des clés de chiffrement lors de l’utilisation.

Concernant la tarification, sujet délicat, une solution de compromis a été trouvée, la Commission est chargée « d’analyser s’il serait judicieux de mettre en place une politique de tarification pour le PRS, y compris pour les pays tiers et les organisations internationales, et de faire rapport au Parlement européen et au Conseil ».

Les accords avec les pays tiers sous condition

Un État tiers ou une organisation internationale ne pourra devenir un usager du PRS que sous trois conditions :

  • un accord sur la sécurité des informations définissant le cadre d’échange et de protection des informations classifiées qui offre un degré de protection au moins équivalent à celui des États membres;
  • un accord fixant les conditions et modalités de l’accès au PRS par cet État tiers ou cette organisation internationale. Cet accord pourrait notamment porter sur la fabrication, à certaines conditions, de récepteurs PRS, à l’exclusion des modules de sécurité ;
  • le respect de certaines conditions. Ces accords devraient « être négociés en tenant pleinement compte de l’importance du respect de la démocratie, de l’État de droit, de l’universalité et de l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de la liberté de pensée, de conscience, de religion, d’expression et d’information, de la dignité de la personne humaine, des principes d’égalité et de solidarité ainsi que de ceux consacrés par la Charte des Nations unies et le droit international. »

Télécharger le texte dans les docs de B2

(*) Rapport adopté à une large majorité : 556 voix pour, 71 contre et 30 abstentions.

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Marché des drones à Dassault. Un beau looping par-dessus l’Europe

Maquette du futur drone franco-britannique Telemos (crédit : Dassault)

(BRUXELLES2) L’attribution par le gouvernement d’un premier marché de drones nouvelle génération à Dassault (le drone israélien Héron « francisé » (*)) est-elle tout à fait conforme au droit européen des marchés publics ? Se poser la question aurait pu paraître surannée il y a quelques années ; elle est aujourd’hui pleinement actuelle. Et il faudra se poser la question pour tous les marchés de défense et de sécurité. Un élément est frappant en tout cas : le peu d’informations disponibles publiquement, sur la nature du contrat signé, et les raisons qui justifient de ne pas respecter la procédure d’appel d’offres publique ou restreinte.

J’ai posé la question à la DGA : je n’ai eu qu’une réponse assez expéditive, me renvoyant au communiqué de presse et à la décision du Comité ministériel d’investissement du 20 juillet. Peut-être que les experts de la Délégation générale à l’Armement seront – lors de l’université d’été à Rennes dont ils sont les invités d’honneur – plus loquaces. Je n’en suis vraiment pas sûr. :-) Car il y a bien des interrogations possibles sur l’attribution de ce marché à un industriel (Dassault) plutôt qu’à un autre (EADS). Quelques éléments de réflexion…

Le principe et ses exceptions

Tout marché n’est pas soumis à la directive européenne sur les marchés publics de défense. Loin s’en faut. La directive européenne de juillet 2009 (aujourd’hui transposée en France par la loi du 22 juin 2011) a prévu plusieurs exceptions. Certaines sont liées au format du marché qui obéit à d’autres règles internationales : en vertu d’un accord avec au moins un Etat tiers, pour le stationnement de troupes à l’étranger, ou dans le cadre des missions d’une organisation internationale (article 12). D’autres sont liées à l’objet du marché (articles 13). Trois d’entre elles – fixées aux article 13a, 13b, 13c -, pourraient a priori s’appliquer sur le marché « Dassault ». Les autres (marché financier, immobilier, achat de gouvernement à gouvernement…) ne paraissent d’emblée pas applicables.

  • a) divulgation contraire aux intérêts essentiels de sa sécurité ;
  • b) activités de renseignement : un peu juste comme justificatif ;
  • c) programme de coopéra­tion fondé sur des activités de recherche et développement, mené conjointement par au moins deux États membres en vue du développement d’un nouveau produit et, le cas échéant, aux phases ultérieures de tout ou partie du cycle de vie de ce produit.

L’exception 13b paraît un peu juste pour justifier de passer outre aux règles européennes. Le marché ne remplit pas non plus tous les critères de l’exception 13c qui serait plutôt destinée à couvrir le futur projet franco-britannique de drone Male. Reste donc l’exception 13a.

L’exception pour confidentialité générale

Cette disposition est, en fait, la transcription concrète de l’exception générale fixée dans le Traité à l’article 346 qui précise qu’un Etat membre ne peut « être obligé de fournir des renseignements dont il estimerait la divulgation contraire aux intérêts essentiels de sa sécurité ». Comme le précise un des attendus de la directive, « certains marchés sont à ce point sensibles qu’il serait inapproprié d’appliquer la présente directive, en dépit de sa spécificité ».

Une liste de marchés est ainsi donnée : « protection des frontières ou à la lutte contre le terrorisme ou la crimina­lité organisée, cryptage ou activités secrètes ou d’autres activités tout aussi sensibles menées par la police ou les forces de sécurité ». Dans ses lignes directrices, la Commission européenne a précisé que cette liste n’était pas limitative mais uniquement « indicative ». La construction d’un drone peut remplir ces critères. Mais tout dépend de son usage en fait. Car poursuit la Commission, cette liste indique que l’exception de l’article 13a a surtout été introduite pour couvrir des contrats « de sécurité non-militaires ». A priori, la construction du drone ne se retrouverait donc pas automatiquement dans cette catégorie.

Le respect de certains principes est obligatoire… dans tous les cas

Dans tous les cas – et de façon générale – toute exception doit être interprétée et appliquée de façon restrictive. Un article 11 (dénommé : « utilisation des exclusions) le précise de façon bien claire au cas où on l’aurait oublié : « Aucune des règles, procédures, aucun des programmes, aucun des accords, aucune des dispositions et aucun des marchés visés dans la présente section ne peuvent être utilisés aux fins de se soustraire aux dispositions de la présente directive. » Et c’est au contractant d’apporter la preuve qu’il remplit les conditions.

Dans le cas particulier, cette exception doit obéir au principe de proportionnalité. Autrement dit, il faut se poser la question de savoir si pour préserver le principe de confidentialité, d’autres mesures tout aussi efficaces, tout en respectant le principe d’appel d’offres.

Enfin, même si un adjudicateur public remplit tous les critères pour ne pas appliquer la directive sur les marchés publics, il doit – selon la jurisprudence consacrée par la Cour de justice de l’UE appliquer le principe de non-discriminations et de transparence (**).

Force est aujourd’hui de constater que la décision du comité ministériel d’investissements du 20 juillet « d’entre(r) en négociations avec la société Dassault Aviation en vue de fournir un nouveau système de drones MALE (moyenne altitude-longue endurance) aux armées françaises, en 2014 » ne paraît pas remplir tous les critères exigés par la directive sur les marchés publics de défense, sinon dans sa lettre au moins dans son esprit.

Lire également : La directive Marchés publics défense applicable : quelles conséquences (Maj)

(*) « Lors du Comité ministériel d’investissement (CMI) du 20 juillet 2011, Gérard Longuet ministre de la Défense et des Anciens combattants a annoncé l’entrée en négociations avec Dassault Aviation pour fournir un nouveau système de drones MALE. Cette acquisition est destinée à remplacer le système de drones actuellement utilisé par l’armée de l’air (le système Harfang) en attendant l’entrée en service, à l’horizon 2020, d’une nouvelle génération d’appareils, développée dans le cadre de l’accord de coopération franco-britannique de novembre 2010.»
 
(**) « Les entités adjudicatrices les concluant sont, néanmoins, tenues de respecter les règles fondamentales du traité en général et le principe de non-discrimination en raison de la nationalité en particulier » « L’obligation de transparence qui incombe au pouvoir adjudicateur consiste à garantir, en faveur de tout soumissionnaire potentiel, un degré de publicité adéquat permettant une ouverture du marché des services à la concurrence ainsi que le contrôle de l’impartialité des procédures d’adjudication » (cf. notamment arrêt Telaustria, 7 décembre 2000)
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La directive Marchés publics défense applicable : quelles conséquences (Maj)

(BRUXELLES2) La directive sur les marchés publics de défense est désormais pleinement applicable. Le délai fixé au 21 août pour que les Etats transposent ce texte, qui pose un des premiers fondements législatifs d’un marché européen des biens de défense, est donc dépassé. Ce qui a plusieurs conséquences. L’une est formelle (une lettre « d’information), l’autre  d’ordre juridico-politique (la procédure ne manquement), la dernière d’ordre juridico-économique (la plainte)

Des lettres de demande d’information envoyées

De façon automatique, ces jours-ci devrait partir un courrier du secrétariat général de la Commission vers les Etats qui n’ont pas notifié leurs instruments de transposition. Quasiment tous les Etats devraient recevoir cette lettre de demande d’information, sorte de lettre de rappel informelle avant la procédure formelle en manquement.

Qui a transposé ? Actuellement peu d’Etats ont notifié la transposition. Si la plupart ont entamé un processus de transposition, soit celui-ci n’est pas terminé, soit les Etats n’ont pas jugé utile de procéder à cette signification. Au 22 août, selon nos informations, six Etats ont fait une notification : trois de manière complète, trois de manière partielle. Seule la Grèce avait, avant l’été, déjà effectué cette formalité (un bon point à signaler particulièrement tant la Grèce est accablée par ailleurs de tous les maux). Le Danemark et la Lituanie ont plus récemment accompli cette formalité. La France, le Royaume-Uni et la Lettonie ont, eux, fait une notification partielle. En France, le processus législatif est terminé avec publication de la loi au journal officiel (le 23 juin 2011). Reste la partie réglementaire. Au Royaume-Uni, c’est l’application à Gibraltar qui pose encore problème (comme souvent dans le texte communautaire).

La procédure en manquement

Une fois cette procédure « d’information » réalisée pourront démarrer les procédures de manquement, soit pour défaut de transposition, soit pour transposition non conforme. Cette date va signifier aussi qu’un examen plus concret des législations « notifiées » pour vérifier qu’elles sont totalement conformes à la législation communautaire. Ce processus – qui prend normalement plusieurs années – a peu de conséquences économiques du moins dans les premières phases. Sauf exception, ce n’est qu’au bout d’une seconde procédure juridictionnelle qu’une amende ou/et astreinte peut être infligée.

La plainte

Dans tous les pays (Etats qui ont transposé comme ceux qui ne l’ont pas fait), toute partie prenante (tiers qui pourra revendiquer un intérêt à agir) pourra se prévaloir des dispositions de la directive contre l’État concerné. Par exemple, ce pourra être une entreprise dont un concurrent a obtenu le marché sans appel d’offres. La personne lésée pourra alors porter plainte devant la Commission européenne ou une juridiction nationale pour non-respect de la législation communautaire. Seules les dispositions de la directive européenne directement applicables peuvent être ainsi invoquées ; c’est-à-dire – selon la jurisprudence de la Cour de justice – les dispositions qui sont, « inconditionnelles et suffisamment précises » et qui « confèrent des droits aux particuliers« . Le plaignant peut, en outre, attaquer l’Etat responsable en réparation et demander des dommages et intérêts s’il peut prouver un préjudice à la non-application ou la mauvaise application de la directive.

Bref à partir d’aujourd’hui, le danger guettera à tous les tournants les pouvoirs publics qui prendraient à la légère les nouvelles dispositions européennes. Avec indemnisation possible à la clé.

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