Lectures du WE

Pour découvrir le parlement européen

(BRUXELLES2) L’approche peut paraître institutionnelle. Mais le contenu est passionnant. Et je ne saurai trop recommander à ceux que la « chose » européenne intéresse de lire cet ouvrage.  Rédigé par un chercheur (Olivier Costa est au CNRS) et un praticien (Florent St Martin est assistant parlementaire au Parlement, en même temps qu’il enseigne à ScPo Lille et Paris), le livre se veut à la fois didactique pour le profane comme détaillé pour celui qui maîtrise déjà certaines questions. Sans concessions aucune. De la politisation croissante du Parlement à la question sensible de la représentation des intérêts (les fameux lobbies) en passant par le salaire des députés, leurs avantages ou le déroulement des séances plénières, on peut lire ce livre par séquence.

Ce qui est passionnant au Parlement, et est bien retracé dans le livre, est la découverte d’une institution en perpétuelle recherche d’elle-même : une organisation qui balance entre mimétisme et recherche d’efficacité ; un pouvoir législatif qui hésite entre influence et dépendance ; ou ses relations, parfois difficiles, parfois complémentaires, avec les parlements nationaux et la société civile. A lire après Noël. Un excellent ouvrage de rentrée.

•  Le Parlement européen, Olivier COSTA, Florent SAINT MARTIN (Editions La Documentation française, collection Réflexe Europe – Institutions et Politiques, 232 pages, 14 euros).
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La « guerre d’Irak » de De Villepin croquée

(BRUXELLES2) Vous voulez vous replonger au coeur de la négociation de la 1441, la résolution visant à sanctionner l’Irak en cas de non-respect de ses obligations internationales. Vous voulez saisir la vie, trépidante, harassante, d’un cabinet des Affaires étrangères à quelques moments importants de la vie internationale. Et dans l’esprit tempétueux du ministre des Affaires étrangères, Alexander Taillard de Worms (aka Dominique Galouzeau De Villepin) et de son speechwriter, Arthur Vlaminck. Alors, plongez-vous dans la lecture du 2e épisode de la BD Quai d’Orsay (ou faites-la vous offrir pour Noël…). C’est juste, hilarant, savoureux…

Il y a de nombreux moments de délice avec l’arrivée du rapport de 12.000 pages que livrent les Irakiens en réponse aux demandes de la communauté internationale. Et sa lecture par le chef de cabinet du ministre Claude Maupas (aka Pierre Vimont) qui détaille ce qui s’y trouve dans les 12.000 pages. « Ce qu’il y a de bon, c’est qu’il y a de tout là-dedans :  comment fabriquer un avion, quelques interprétations du Coran, l’itinéraire des bus de nuit… En y regardant bien, on doit même y trouver la recette de la tarte Tatin » commente avec l’humour pincé, qu’on lui reconnait celui qui est aujourd’hui à la tête du service diplomatique européen. Puis suit une discussion épique entre les conseillers défense pour savoir si les tubes repérés peuvent servir à l’artillerie, à l’envoi de roquettes ou à à une utilisation plus nucléaire.

Vous avez cet épisode où le ministre qui appelle, un par un, les membres du Conseil de sécurité pour les rallier à la position française, contre la position américaine. Ou ce voyage à Moscou, avec une discussion, comme deux vieux potes avec son homologue russe Igor Ivanov… en espagnol. Voyage précédé par ce conseil de De Villepin à son chef logistique qui tente de négocier un Airbus au lieu du Falcon étroit pour aller à Moscou : « Dites leur que vous avez affaire à un caractériel, çà marche toujours dans les négociations ». 

L’ouvrage se conclut par la chevauchée fantastique, devant l’ONU, en février 2003, avec ce discours historique qui suscitent des applaudissements nombreux. Et cette conclusion, lyrique : « … Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. (…) Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, (…), qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. » … « Ca c’est du jamais vu » commente Claude Maupas, un rien ému « Carrément ils applaudissent ! ».

• « Quai d’Orsay Chroniques Diplomatiques » Abel Lanzac (scénariste), Christophe Blain (dessinateur) - éditions Dargaud, 104 pages, 16,95 euros

 

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La France, l’OTAN et l’UE selon Pascale Andréani

(BRUXELLES2) L’opuscule édité par la Fondation Robert Schuman ne laisse pas de place au doute ou à l’ironie. L’auteur, ancien ambassadeur de France à l’OTAN et ancien porte-parole du Quai d’Orsay, défend la réintégration de la France dans les structures de commandement de l’OTAN. L’intérêt de cet ouvrage réside surtout dans sa situation dans le contexte général. Pascale Andréani évoque ainsi ce lent processus entamé par des discussions informelles entre ambassadeurs français, allemand, britannique et américains à l’OTAN fin 1990 – début 1991 sous Mitterrand, poursuivi sous Balladur, avec un premier pas formel franchi sous Chirac, puis une seconde étape sous Sarkorzy. Une réintégration plus douce qu’il n’y parait en réalité et qui a, en fait, un objectif : récolter les fruits de l’engagement français.

Rétablir la confiance des alliés et peser davantage

Un processus qui a deux causes souligne l’auteur : la « nouvelle donne internationale » – avec la fin de la menace soviétique et le 11 septembre 2011 – et la « participation de la France à toutes les opérations de l’OTAN » (Bosnie 1995, Kosovo 1999, Afghanistan 2001) « sans peser à la hauteur de son engagement » (la France qui est tout de même 4e contributeur en troupes et en financements de l’Alliance !). La réintégration dans le commandement avait donc deux objectifs : premièrement, faire participer la France à la planification et assurer ainsi « une présence du début à la fin de la chaîne de commandement », deuxièmement « rétablir la confiance des Alliés ».

Quelques propositions

Quant à l’UE, l’ambassadrice fait quelques propositions, assez limitées, et qui ressemblent presque comme une copie à la proposition du secrétaire général de l’OTAN, A.F Rasmussen. Elle considère en effet que les deux organisations doivent « plus que jamais, coopérer ». Elle préconise de « renforcer les mécanismes de consultation et de coopération informels », en multipliant les rencontres des secrétaires généraux des deux organisations et de leurs secrétariats ; de « répondre progressivement à la demande turque de participer à l’Agence européenne de défense », d’accroitre la coopération entre les deux organisations sur les « questions capacitaires, comme le propose notamment ‘l’initiative nordique‘ ».

« La France, l’Otan et l’Union européenne« , Pascale Andreani, Fondation Robert Schuman, 48 pages, 10 euros.

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L’Europe de la Défense et les opinions publiques. Le cas du Royaume-Uni

(BRUXELLES2) Cet ouvrage va bien au-delà de son titre qui peut penser que cet ouvrage est limité à une seule analyse. C’est en fait un inventaire de ceux qui font (ou ne font pas) la politique européenne de sécurité et de défense commune — les institutions européennes, les parlements (européen, national), les partis politiques, les thinks tanks — et de l’impact dans les diverses opinions publiques ou dans la presse en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France… sans oublier les valeurs, les outils de communication ou les « grands enjeux de la PesSDC » (dernier chapitre que votre serviteur a livré en propos introductif). Parmi les différents aspects, je ne saurai que conseille à ceux intéressés par la politique du Royaume-Uni de lire le chapitre rédigé par Arthur Minsat, doctorant à la London School of Economics, consacré à l’opinion publique britannique.

Une opinion eurosceptique par nature

Les Britanniques « font partie des trois seuls peuples qui, en automne 2007, ne souhaitent pas partager leurs compétences en matière de défense nationale avec l‘UE ». Ils ne sont que 40%, le second niveau le plus bas derrière… les Finlandais (à 26%). Mais ce serait un raccourci de croire que c’est une hostilité dirigée contre un corpus particulier. Il faut la situer dans le « contexte d’une culture sécuritaire propre au Royaume-Uni. Traditionnellement les Britanniques privilégient leur indépendance militaire et diplomatique envers d’autres puissances et organisations internationales, cristallisée par le terme de « Self-reliance ». »

Un « Souci de soi » qui explique que le Royaume-Uni fait partie d’organisations et d’alliances « qui sont parfois en concurrence l’une avec l’autre ». Et un scepticisme qui ne se manifeste pas qu’à l’égard de l’UE. Ainsi en 1983, 70% du public britannique avait peu ou pas confiance envers les Etats-Unis. Ce scepticisme n’a pas empêché certains gouvernements de passer outre son opinion publique, comme le relate l’auteur,  avec la décision de Tony Blair d’intervenir en Irak (contre son opinion publique, 70% des citoyens britanniques étaient contre) ou en faveur de l’européanisation de la politique de défense, consacrée à Saint-Malo en 1998. (Et on pourrait en dire autant de la décision de D. Cameron de passer un accord de coopération avec la France).

A la chambre, le débat continue de se « focaliser sur la question de la réelle complémentarité entre PESD et OTAN », avec des opinions tranchées. D’un coté, le parti travailliste qui soutient (de plus en plus discrètement en ces temps de crise) « l’idée que la PESD n’est pas concurrente » et des tories. Pour certains d’entre eux « l’idée même d’une PESD demeure iconoclaste ». Pour « une partie des conservateurs », c’est même l’ensemble des « réformes en politique étrangère prévues par le Traité de Lisbonne (qui) sont inacceptables ».

En revanche, les thinks tanks – dont on connait l’importance outre-manche – sont « en général favorables à un développement de la PESD, afin de moderniser les marchés de défense et les armées européennes. » Un essor qui « permettrait aussi d’exporter le savoir-faire britannique tant technique et opérationnel qu’une vision particulière de la PESD aux autres pays membres ». Ils militent notamment en faveur d’un « noyau dur » et d’une « PESD à plusieurs vitesses qui s’appuierait sur des partenariats avec des acteurs considérés sérieux en matière de défense ».

NB : C’est un peu à quoi on assiste aujourd’hui … même si le noyau dur aujourd’hui patine un peu, et ressemble un peu à un moteur de solex sur une grosse carcasse de tank T72.

• André Dumoulin & Philippe Manigart, (dir.), Opinions publiques et politique européenne de sécurité et de défense commune: acteurs, positions, évolutions (Ed. Bruylant, 2010).

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Comment les Belges décident d’opérations civilo-militaires ?

(BRUXELLES2) La lecture de cet opuscule est recommandée pour bien comprendre la conception belge des opérations civil-militaires, très ancrée dans le développement d’une politique européenne de défense comme dans une organisation multilatérale comme l’OTAN. Elle permet aussi de saisir comment un gouvernement belge, en « affaires courantes », peut engager le pays dans une opération comme celle menée en Libye par l’Otan (Unified Protector). La Belgique est, en effet, un des premiers et un des seuls alliés de l’UE – aux cotés des Français et Britanniques – à avoir autorisé ses avions F-16 à effectuer des frappes sur le territoire de la Libye.

Après avoir abordé le cadre théorique, les auteurs décrivent les principaux acteurs que sont le gouvernement fédéral, les Affaires étrangères et la Défense. Des acteurs plus « périphériques », comme le Palais royal, le Parlement fédéral, les partis politiques et les médias, jouent cependant des rôles qui peuvent expliquer la décision ou le refus de participation à des opérations. Après avoir planté le décor institutionnel, les auteurs mettent en lumière les lieux de résolution des conflits et les interactions entre les multiples acteurs dans la décision de prendre part aux opérations et dans leur préparation.

L’engagement en opération : prérogative de l’exécutif et rôle du Kern

En Belgique, l’engagement dans une opération dépend en effet essentiellement de l’exécutif. « Les parlementaires n’ont pas la capacité juridique d’empêcher qu’une opération soit lancée par l’exécutif gouvernemental. L’assentiment parlementaire préalable n’est pas prévu. (…) Dans tous les cas, la prise de décision n’est soumise au Parlement que pour avis ou information, la décision politique revenant au gouvernement. Cependant, l’accord tacite du Parlement est important. » On peut préciser également que cet assentiment s’exerce de façon indirecte au sein du Kern – le comité interministériel restreint qui réunit les principales composantes de la majorité. Et à l’intérieur du Kern, le triangle constitué du Premier ministre, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense est primordial. Le triangle du gouvernement Verhofstadt (avec Flahaut et Michel) convergeait sur la défense européenne. L’actuel Leterme-De Crem-Vanackere se situe au niveau de leur parti politique (CD&V).

Le rôle du Roi n’est pas à négliger

De jure, commandant des forces armées (article 167§2 de la Constitution), le Roi n’est plus le commandant « effectif » mais le chef « éminent », écrivent les auteurs. Il exerce davantage aujourd’hui une « magistrature d’influence », le Roi est le « premier conseiller du gouvernement » disait Wilfried Martens. Il dispose toujours auprès de lui d’une « Maison militaire » en charge de la politique de défense. Et Albert II a régulièrement défendu « la nécessité d’une politique étrangère et de sécurité commune ».

• « Le processus décisionnel belge en matière d’opérations civilo-militaires » ; V. Moyse, A. Dumoulin, Crisp, Courrier hebdomadaire n° 2086-2087, 64 p., février 2011

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Le Traité de Lisbonne en 27 clés

(BRUXELLES2) Le temps des polémiques et des diatribes qui ont entouré le Traité de Lisbonne (aka la Constitution européenne) semble aujourd’hui très loin. Et on a presque oublié certains débats épiques, le contenu même du Traité et les avancées qu’il permet. La réédition de ce livre, tombe donc à pic. Rédigé par Etienne de Poncins, un diplomate français, qui a été en poste à Bruxelles, en charge notamment les relations avec la presse, à Sofia (Bulgarie) et Nairobi (Kenya), il est divisé en 27 clés, 27 chapitres facilement compréhensibles par le quidam peu versé aux affaires européennes comme intéressants par l’insider au courant de certains faits et gestes. La mise à jour effectuée permet aussi de voir comment certaines dispositions ont été (ou non) appliquées.

English only, please

Les lecteurs de ce blog iront peut-être directement à la 16e clé sur le ministre des affaires étrangères, la 22e clé sur la politique étrangère ou la 24e clé sur la Défense. Ils pourront y apprendre notamment comment le cabinet de Lady Ashton a exigé que toute note qui lui parvienne soit rédigée en anglais (la Haute représentante ainsi que son chef de cabinet étant plutôt ignares en autres langues). Ils pourront aussi (re)découvrir comment les Britanniques ont bien géré la prise de possession de certains départements, notamment l’Afrique qui voit les postes de directeur du département, de sous-directeur, comme de l’unité « Corne de l’Afrique » et « Afrique de l’Est » occupés par des sujets de sa Gracieuse majesté.

La douloureuse genèse des traités

Chacun pourra relire aussi avec intérêt la « douloureuse et longue genèse de la réforme » des traités : du Traité de Nice au Traité de Lisbonne en passant par la Convention et la Constitution européenne. Et on pourra picorer au hasard des chapitres comme « la religion », les « droits fondamentaux », « les frontières », les « droits de vote » (rappelez-vous tout le débat sur Ionnina !), l’espace de « justice et de libertés », la « gouvernance économique et monétaire », ce qu’on y recherche…

Cela se lit facilement. Car E. de Poncins mêle habilement des souvenirs personnels – comme les instructions qu’on lui fit quand jeune diplomate il reçut sa lettre de mission pour Bruxelles – aux anecdotes – le cuisinier qui au sommet de Nice annonce qu’ils n’ont plus de vivres pour tout le monde, ce qui accéléra peut-être les discussions – éléments de contexte et explications plus politiques sur le fond des discussions — notamment la Convention qu’il a suivi de très près —. L’auteur y mêle quelques réflexions et points de vue qui sont empreints de la formation hexagonale du diplomate mais restent toujours également animés d’une véritable conviction européenne.

• « Le Traite de Lisbonne en 27 clés », Etienne de Poncins, éditions « lignes de repères », 19 euros.

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La politique étrangère de l’UE notée, évaluée, disséquée

(BRUXELLES2) Comment évaluer la politique étrangère européenne ? C’est autour de cette question que les chercheurs de l’European Council on Foreign Relations (ECFR), emmenés par Justin Vaïsse et Hans Kundnami, ont bati leur « scorecard 2010« .

L’intérêt de cet outil est non pas le résultat brut aujourd’hui. Mais de saisir les évolutions dans le futur. Ainsi que l’écrivent les auteurs, le « projet démarre avec 2010, qualifié d’année « zéro » pour le nouveau cadre de la politique étrangère créée par le Traité de Lisbonne. Sur cette base, il sera possible dans le futur de suivre les progrès de l’Europe ou les revers ».

Le système de notation est simple : 5 points pour l’unité d’action des Européens, 5 points pour les moyens consacrés et 10 points pour les résultats, une note sur 20 qui se traduit ensuite en une lettre, de A à E, du meilleur au moins bon. 80 dossiers, qui sont autant d’indicateurs, sont ainsi visités, répartis en six chapitres : les relations avec les USA (noté « B- »), avec la Russie (C+), avec la Chine (C+), avec l’Europe élargie (C+), la gestion de crises (B-) et les questions multilatérales (B+).

Les bons…

Parmi les meilleurs résultats, les relations avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et le partage des données (A) ou sur l’Iran (A) ainsi que la réponse après le séisme en Haïti (A-). « Malgré une confusion initiale, la réponse de l’UE fut généreuse et efficacement coordonnée. Mais l’Europe n’a pas reçu un retour suffisant pour sa contribution« . Le déploiement de la mission EUMM Georgia peut aussi être compté comme un succès même si, contrairement à son mandat, elle n’a jamais réussi à pénétrer dans les territoires auto-proclamés indépendants d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie (B+). Le bon résultat de la gestion de crises en Somalie – avec le déploiement de deux missiosn (Atalanta et Eutm Somalia) ainsi que le soutien à la force de maintien de la paix de l’Union africaine Amisom. Mais la stabilisation de la Somalie semble un objectif encore lointain (B). Au Tchad et au Soudan, les progrès sont plus limités selon les auteurs même si l’UE s’est engagé de façon notable au Darfour comme au Tchad. L’UE a cédé aux pressions du gouvernement tchadien, et le soutien à la Cour pénale internationale contre le président soudanais Bashir n’a eu que peu d’impact (B-).

… et mauvais résultats

Parmi les mauvais résultats, le rapport note la question des droits de l’homme en Chine et du Tibet (D+) ainsi que les relations avec la Turquie ou le problème chypriote (D+). Coté gestion de crises, le réponse au Kirghizistan n’a pas été à la hauteur des espérances, notamment le soutien à la mission de police de l’OSCE a été trop minime, et cette mission a été bloquée longtemps, au point qu’on pourrait parler d’un échec (C-). De même, la réponse à la crise humanitaire à Gaza a souffert du refus des responsables israéliens de répondre aux propositions européennes (C+). De même la réponse de crises en Afrique de l’Ouest est jugé insuffisante, malgré les leviers et moyens qui sont théoriquement à disposition des Etats membres (C+) comme la stabilisation de l’Afghanistan, où malgré des moyens financiers importants – l’UE est le premier donateur – les résultats ne sont pas vraiment à la hauteur (C+).

L’unité n’est pas un gage de bon résultat

Il est intéressant d’observer que l’unité d’action n’est pas automatiquement le gage d’une bonne action. La gestion de crises au Kirghizistan reçoit ainsi une mauvaise note (C-) alors que les Européens étaient plutôt unis (4/5) tandis que la gestion de crises en Macédoine (avec l’opposition grecque) ou au Kosovo (avec 5 Etats qui ne reconnaissent pas l’indépendance) recueillent respectivement un B et un B-, grâce à l’ampleur des moyens engagés ou aux résultats.

On pourra sans doute avoir des impressions différentes que les auteurs. Mais l’intérêt de cet ouvrage est multiple, notamment pouvoir dégager des tendances et susciter des réflexions. J’aurai cependant une question de méthodologie en particulier sur l’Afrique. On peut se demander s’il n’aurait pas été plus clair de disséquer crise par crise (comme cela été fait pour la Géorgie, Haïti, le Kirghizistan…) plutôt d’embrasser la gestion de crises de toute une zone – l’Afrique de l’Ouest – qui a des ressorts et thématiques différentes. Entre la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire et la problématique du Sahel, il y a toute de même quelques singulières différences.

Voir le site des auteurs, ou télécharger le rapport

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Festival du Court métrage 2011 : allez-y !

Bruxelles2 s’associe, avec plaisir, au Festival du Court métrage de Bruxelles qui se déroule du 28 avril au 8 mai. Ce festival, je le suis professionnellement (et personnellement) depuis plusieurs années. En quelques années, il a grandi, s’est diversifié. Mais il me ravit toujours. Si vous êtes donc dans la capitale belge/européenne, à ce moment, courrez-y. Ne serait-ce que pour une séance ou deux. Vous y trouverez des perles, des moments d’émotion ou de rire.

69 films seront en lice pour la compétition, dont 50 proviennent de 18 pays européens. Et, cette année, la Hongrie est mise à l’honneur. Deux séances de 1h30 pour parler de guerre, de chiffons, de tripes et d’oignons… (pour voir un extrait des films, c’est ici).

Quelques films : Sooner or later (film hongrois) : Allemagne, 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les nazis font des expériences avec une machine à voyager dans le temps, pour tenter d’arracher la victoire des griffes d’une défaite imminente. Land of the Heroes (film belge) : Irak, 1988, dans le pays ravagé par la guerre, deux enfants voudraient regarder des dessins animés à la télévision. Mais ils ont beau zapper sur toutes les chaînes, il n’y a partout que des soldats! ØNSKEBØRN/ Out of love (film danois) : Kosovo, 1999, deux enfants tentent de survivre en vendant des cigarettes dans la rue. Nawewe (film belge) : Burundi, 1994, un affrontement proche du génocide entre une rébellion majoritairement d’ethnie Hutu à une armée nationale majoritairement Tutsi. El Ambidiestro (film espagnol) : 1937, en pleine guerre d’Espagne. Un homme se réveille amnésique sur le champ de bataille. D’un côté des tranchées comme de l’autre, personne ne le reconnaît, personne ne peut lui venir en aide.  Etc. Etc.

Les séances se déroulent sur Ixelles (au cinéma Vendôme, au centre Flagey, au theâtre Mercelis) ainsi qu’au Bozar. Et, pour les abonnés à la newsletter à ce blog, une surprise. Le festival offre 2 x 2 very short pass pour tout le festival (sauf séance inaugurale et finale). Envoyez par retour d’adresse, votre demande…

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« L’Europe a-t-elle un avenir stratégique ? »

Rédigé par Nicole Gnesotto, ce (petit) ouvrage publié aux éditions Armand Colin tombe à pic. Il dresse une analyse lucide, sans complaisance mais sans lamentations également sur l’Union européenne actuelle dans son versus diplomatique et défense. Pour paraphraser le médecin malgré lui, l’Europe a un avenir stratégique mais elle ne sait pas pas…

Comme le précise l’auteure, qui a été le premier directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’UE (*) et est aujourd’hui professeure au CNAM, l’Union européenne n’est « toujours pas devenue un acteur puissant et respecté sur la scène internationale. Elle a certes adopté des embryons de politique étrangère et de défense commune, avec succès, mais son influence politique reste marginale, aléatoire ou invisible ». Même si le bilan des dix dernières peut être perçu comme positif, on reste encore loin de l’Europe puissance. « La revendication d’une « Europe puissance » restait un projet solitaire de la France et un projet dangereux pour la quasi-totalité des partenaires européens. » analyse justement Nicole Gnesotto qui ne perd cependant pas espoir. 

« l’Europe est une puissance nécessaire ».

La création d’un « acteur politique européen, le partage (NB : et non l’effacement) des souverainetés nationales au bénéfice de l’ensemble de l’Union, n’est pas un objet périmé. La création d’un pôle européen au sein de la mondialisation est même un même au contraire la seule question moderne et vitale pour l’avenir de l’Union. » Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la « mondialisation ne crée pas un nouveau système stratégique ». Elle superpose, s’ajoute à des situations déjà existantes comme la dissuasion nucléaire, les conflits régionaux…  Certaines questions restent donc actuelles, pour l’auteure, qui estime que l’Europe doit répondre à « trois préalables » : « Quelle relation souhaitons-nous établir avec les Etats-Unis ? Quel système international souhaite-t-on contribuer à mettre en oeuvre ? Comment susciter et défendre l’évidence d’un « intérêt national européen » au sein de la mondialisation ? »

• « L’Europe a-t-elle un avenir stratégique », Nicole Gnesotto, Ed. Armand Colin, 220 p., 18,50 €.

(*) Mis à jour : L’Institut de sécurité a été d’abord dépendant de l’UEO avant d’être rattaché à l’UE. N. Gnessoto est ainsi le premier directeur à l’UE. Mais le troisième directeur de l’Institut après son premier directeur, John Roper (UK), remplacé en 1995 par Guido Lenzi (Italie).

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« La Politique étrangère européenne »

Pour tous ceux qui peuvent avoir des problèmes à appréhender ce que représente la politique étrangère européenne, son circuit institutionnel, la mise en place du service européen d’action extérieure, ce petit livre édité dans la collection Que Sais-Je est indispensable. Mais, hormis les données classiques (histoire, instruments, organisation…), il aborde aussi la question de la philosophie de la politique étrangère, ses difficultés, ses terrains de prédilection, sa répugnance à aborder les rapports de force et à défendre ses « intérêts » ce qui est l’objectif d’une politique étrangère. En cela, ce petit ouvrage donne de nombreux éléments de réflexion et des pistes de débats, à la manière d’un essai. Cela tient essentiellement aux vertus de pédagogue de son auteur, diplomate, enseignant à Sciences Po et l’ENA

• La politique étrangère européenne. Maxime Lefebvre. Editions PUF, collection Que Sais-Je, 128 pages, 9 euros.

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La paix contre la justice ?

De l’ex-Yougoslavie au Soudan, du Proche-Orient au Cambodge, la question de l’intervention de la justice internationale se pose désormais à chaque conflit, suscitant immanquablement de virulentes controverses. Deux thèses s’affrontent. Les uns ne voient dans cette justice qu’une arme utilisée ou délaissée par les gouvernements selon leurs intérêts du moment. D’autres considèrent au contraire la lutte contre l’impunité comme le socle d’un État de droit et d’une société démocratique. La justice est-elle un obstacle ou une condition à la paix ? Est-elle indispensable pour reconstruire des sociétés et rétablir une paix durable ? Voilà quelques unes des questions auxquelles Pierre Hazan tente de répondre. L’ancien correspondant de Libération et du Temps de Genève signe là un ouvrage, simple et compréhensible par tous. A l’aide d’exemples, dûment expliqués, il analyse des questions aussi vitales que des politiques d’amnistie, de châtiment et de pardon.

En ex-Yougoslavie, si le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie a été instauré très vite, durant la guerre, les accords de Dayton seront conclus avec un président poursuivi pour crimes pour l’humanité et le principal gradé ordonnateur des massacres, Mladic, est toujours en fuite aujourd’hui.

En Afrique du Sud, c’est une technique interne du pardon contre l’amnistie qui a été utilisé pour pacifier une société fracturée par des années d’apartheid.

Au Chili, la poursuite du général Pinochet et des principaux responsables de la junte ne s’est fait qu’au bout de longues années et au prix de multiples procédures.

Au Liberia, le procureur international David Crane choisit délibérément de torpiller le processus de paix en cours (un de plus estime-t-il) en lançant un mandat contre Charles Taylor. Malgré quelques mois de retard, il aura finalement raison puisqu’un accord de paix sera signé et Charles Taylor arrêté…

D’autres exemples sont évoqués comme ceux du Soudan, du Liban de l’Aghanistan… Au final, l’auteur conclut ainsi qu’il « n’existe pas un modèle, mais une variété de situations historiques qui chacune, en fonction d’une pluralité de paramètres, a développé une articulation spécifique entre la recherche de la justice et celle de la paix. »

Un livre à mettre entre toutes les mains, particulièrement en cette fin d’année…

• « La Paix contre la justice ? Comment reconstruire un État avec des criminels de guerre », Pierre Hazan, Éd. GRIP/André Versaille, Bruxelles septembre 2010, 128 p. 9,90 euros.

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« L’OTAN au XXIe siècle : une agence mondiale de sécurité ? »

Quant j’ai reçu cet ouvrage, je me suis : ouille, ouille. C’est bien épais, 560 pages. Et cela semble bien sérieux. Alors je l’ai ouvert à un sujet d’actualité : « Europe et Otan, chronique d’une concurrence ». Et j’ai été tout de suite séduit. Ca se lit facilement. Professeur à Sciences Po Paris, Olivier Kempf a gardé de ses cours, cette volonté pédagogique d’expliquer mais aussi de passionner, de fidéliser ses lecteurs. Et on peut picorer dans les différents chapitres

Rien se perd… De « l’histoire de l’OTAN » au présent et aux défis futurs, on prend ainsi connaissance d’une organisation complexe, à l’histoire riche et où les incompréhensions sont multiples. Entre le leadership américain, des alliés de toujours – la Grande-Bretagne qui voit l’OTAN comme un « multiplicateur de puissance« , l’Allemagne qui est le « bon élève« , l’Italie qui a un « atlantisme de l’émigration » – aux cas particuliers – Turquie et Grèce, Espagne, ou les pays d’Europe centrale qui y voient une « garantie anti-russe » -, la France fait objectivement figure d’exception. Une exception qui est en train de s’atténuer avec la dernière décision du « retour dans l’organisation ». L’intérêt de ce livre est qu’il ne reste pas figé sur l’Organisation, mais aborde en fait toute une partie de l’histoire du continent : la « percée » de la politique européenne de sécurité et de défense, le lent « grignotage de l’empire russe » par les élargissements, les partenariats ou le « deuxième cercle de l’Alliance« , ainsi que les opérations, ses défis (le partage du fardeau, les moyens, la dissuasion nucléaire et le désarmement, le terrorisme, le bouclier anti-missiles) pour finir sur la dernière actualité, la révision des concepts qui ira jusqu’à transformer (c’est une question) l’OTAN en « une agence mondiale de sécurité ? « .

> Olivier Kempf, « L’OTAN au XXIe siècle » (éditions Artège, collection Histoire et société, novembre 2010, 562 p., 32 euros)

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Pour parcourir les 10 dernières années de politique étrangère de l’UE

Il existe aujourd’hui peu de livres, à jour, sur la politique étrangère de l’UE en français. En voici un, qui parcourt particulièrement le mandat de 10 ans de Javier Solana, le premier Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère. Un personnage attachant, pour qui l’a un peu fréquenté, qui a réussi à petits pas, à mettre en place à partir de rien, ou presque, une équipe, un Etat-Major militaire, puis un Etat-Major civil, et poser quelques actes de politique étrangère, notamment au Moyen-Orient, en Iran ou en Irak, et en Afrique. Les succès n’ont pas toujours été très visibiles. Les échecs ont été souvent commentés. Ce livre a l’avantage d’une présentation pédagogique. Il repart de la génèse – l’institution de la fonction, le choix de Solana, la mise en place des structures … – pour détailler ensuite son role : dans les opérations de gestion de crises (Concordia en Macédoine et Artémis au Congo, au début, etc…), dans la formulation d’un « socle doctrinal », l’approbation d’une stratégie européenne de sécurité (qui parait banale quand on le lit aujourd’hui mais est un réel tour de force quand on voit l’époque de son approbation, en 2003, après le « schisme irakien » entre les Européens), et enfin son action sur le terrain de la diplomatie traditionnelle (Moyen-Orient ou Iran notamment).

L’auteur, Estelle Poidevin, ancienne journaliste, travaille aujourd’hui au bureau de la Commission européenne à Paris (au service politique). Et cet ouvrage est issu d’un mémoire de master « Pratiques et Recherches internationales » à Sciences Po Paris. NB : si tous les mémoires avaient cette tenue et cette richesse, les chercheurs ont intéret à chercher un emploi ailleurs -:)

• « L’Union européenne et la politique étrangère – Le haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune : moteur réel ou leadership par procuration (1999-2009) ? », Estelle Poidevin, Editions L’Harmattan, 210 pages, 20 euros

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