Clip

La salle de danse devient … un PC 24/24 pour la protection civile européenne

La salle de danse devient … un PC 24/24 pour la protection civile européenne

(BRUXELLES2) La salle est flambant neuve. Et Claus Sorensen, le directeur général de la DG Echo (Aide humanitaire) et Protection civile, n’est pas peu fier. Dans quelques jours, la trentaine de permanenciers et experts de la MIC – la cellule de protection civile de la Commission européenne – prendront leurs fonctions ici. Dans ce qui était un espace inutilisé au 1er étage dans l’immeuble de la DG Pêche et Taxud et était même à l’origine… une salle de danse tombée en désuétude, cela deviendra le centre européen de réponse d’urgence (CERU).

L’endroit est spacieux, fonctionnel. Ecrans au mur – pouvant afficher cartes, schémas, timing… – ordinateurs, téléphones… tout ce qui est nécessaire pour une salle de crise s’y trouve. Il est prévu pour fonctionner 24 heures / 24, 7 jours / 7. L’astreinte de nuit et de week-end étant assurée sur place par 2 personnes. Il est effectivement le loin le temps où dans un petit bureau de la DG Environnement, quelques personnes géraient le dispositif MIC voire l’ancienne salle de crise à Beaulieu qui était vraiment un peu à l’étroit. Pour pouvoir observer et suivre la situation, les spécialistes disposent des données satellites des dispositifs européens de veille sur les catastrophes naturelles Copernicus et GMES.

Salle principale, backup et salle “secret”

Outre la grande salle, deux autres petites salles – backup – permettent soit de suivre la “crise principale”, soit de gérer deux mini-crises. Une hypothèse qui n’est pas d’école comme le précise, Peter Billing, le chef d’unité adjoint à la réponse urgente de crises de la DG ECHO. « En 2011, nous avons dû gérer simultanément une grande crise en Libye, et deux autres le séisme-tsunami au Japon et le séisme à Van en Turquie ».

A l’arrière se trouvent d’autres salles, plus calmes, prévues pour les réunions, pour la gestion logistique – transport, les formations. Une salle de réunion a été prévue pour pouvoir accueillir les experts des Etats membres au besoin ainsi qu’une grande salle de briefing pouvant accueillir médias et télévisions. Enfin, une cuisine et même un divan pour pouvoir se reposer…

Au fond du dispositif, une salle apparemment anodine… Des murs à peine peints, bruts, comme une salle de stockage. C’est en fait une salle type cage faraday, répondant aux normes “top secret”, avec porte blindée, permettant à des personnels de pouvoir entrer en communication avec les dispositifs “protégés”. Utile en cas d’alerte terroriste.

Coordination avec les salles spécialisées

Le dispositif sera servi en temps ordinaire par le personnel de la MIC auxquels pourront s’adjoindre au besoin des personnels spécialisés de la DG Sanco (en cas d’épidémie ou de risque particulier d’épidémie), de la DG Energie (en cas de risque radiologique ou sur les réseaux électriques), de la DG Move (en cas de problème de transport routier, ferroviaire ou aérien), voire des personnels du SEAE comme les personnels de l’Etat-Major de l’UE pour la partie “transport”. Des accords ont été passés en ce sens avec à peu près toutes les DG (Sanco, Home, Move, Recherche…) ou sont en passe de l’être.

Avec le SEAE, « des pourparlers sont en cours » explique fort diplomatiquement Sorensen. D’après nos informations, le “cours” est lent… Et le fait que la cellule de crise de la Protection civile soit « le réceptacle de toutes les crises » comme l’ambitionnent ses promoteurs et ce qui est inscrit dans le projet de décision sur la “clause de la solidarité”

Un exercice aujourd’hui

Aujourd’hui, un exercice grandeur nature a lieu, mettant en oeuvre une inondation en Moldavie, aux frontières de la Roumanie. 2400 personnes évacués, 1 mort, environ 5000 personnes affectées, 778 maisons inondées dont 106 détruites. 2 ponts sous l’eau comme certaines routes Un village et la moitié d’un autre entièrement dévastés et qui seront à reconstruire…

Un test grandeur réelle demain ?

Mais demain (16 mai), ce pourrait être une catastrophe naturelle, concrète qui sera à gérer. Les spécialistes de la Protection civile suivent avec attention ainsi le cyclone tropical Mahasen 13 qui se rapproche du Golfe de Bengale à une vitesse d’environ 100 km/h et pourrait causer de gros dégâts. 7,2 millions de personnes pourraient être concernées dont certaines en Birmanie, sont très vulnérables, car vivant déjà sous des abris précaires, ayant déjà été “déplacés”, des réfugiés de l’intérieur. Le gouvernement de Rangoon a conseillé à chacun de fuir la région et même utilisé la menace d’utiliser la force pour les récalcitrants. 160.000 personnes sont ainsi concernées particulièrement.

PrintFriendlyFacebookShare
Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako

Le Major Mignolet, chef du détachement belge, à coté de l’hélicoptère A 109

(BRUXELLES2 – suite du reportage à Bamako) Ce n’est sans doute pas le point essentiel de la mission européenne de formation de l’armée malienne. Mais c’est un des éléments constitutifs nécessaires : les hélicoptères belges A109, équipés en module Medevac, sont là en cas de besoin pour procéder à l’évacuation médicale d’un des militaires blessés ou malades lors de la mission.

En stand bye 24h/24

Logée sur le tarmac même de l’aéroport dans des locaux d’Air Mali, l’équipe “medevac” belge compte une trentaine de personnes – dont 6 pilotes – et deux hélicoptères.

Il s’agit, en effet, non seulement d’avoir les effectifs nécessaires pour l’astreinte mais aussi de permettre de faire tous les entretiens et/ou réparations nécessaires sur les engins, y compris les plus grosses révisions (comme celle des 100 heures). Un des deux hélicoptères sortait ainsi de sa révision de 100 heures lors de mon passage. Les militaires ont d’ailleurs emporté le stock de pièces nécessaires dans cet objectif. Le fait d’être basé sur l’aéroport a un avantage : « pouvoir bénéficier de tous les services et prestations de l’aéroport » m’explique le major Mignolet commandant du détachement belge (le Red Card Holder comme on appelle le responsable chargé de vérifier que les conditions de la mission sont remplies).  Cela permet de pouvoir « aussi compter sur l’assistance nécessaire » des autres dispositifs (civils ou militaires) présents sur l’aéroport. De nombreux avions militaires font la navette avec l’Europe, soit pour amener des équipes pour EUTM Mali, soit pour le compte de la Misma ou de Serval.

La Medevac de permanence

Les équipes – pilote et mécano – se relaient par trois jeux d’effectif afin d’assurer la permanence. Avec un impératif : être en l’air en 30 minutes le jour, 45 minutes la nuit, immédiatement après l’alerte. Le rayon d’action de l’hélicoptère est de 115 nautiques soit 210 km sans ravitaillement. Ce qui permet de faire l’aller et retour Koulikoro, sans problème, voire d’aller plus loin s’il y a un ravitaillement. Ce qui « permet de couvrir une zone où il n’y a pas de combat ».  zone possible jusqu’à Mopti.

L’air ou la route

A priori, l’évacuation vers le Role 2 se fait par la route. L’hélicoptère intervenant, plutôt en moyen secondaire, dans le cadre d’un rapatriement vers l’Europe (via l’aéroport de Bamako). A Koulikoro, les Belges ont choisi de se poser sur la plage, qui a « un accès plus facile car il est plus dégagé et dégage moins de poussière que à l’intérieur du camp ».

La voie routière est certes possible entre Koulikoro et Bamako. Mais il faut compter environ 2 heures de route (1h30 éventuellement) sur une route un peu caillouteuse et encombrée contre 15-20 mns en hélicoptère. Ce qui rend la voie des airs plus pratique si la meteo le permet. Dans tous les cas, le choix appartient au responsable médical (le JMed) qui choisit le moyen le plus adéquat – la route ou l’air – et, en dernier lieu, au commandant d’opération.

Seul hic (au moment où je me trouvais), le survol de Bamako n’était pas encore autorisé, toujours en négociation avec les autorités maliennes. Le SOMA – statut de la mission – signé par les Européens ne comprend pas cet aspect. C’est un accord spécifique, ad hoc, qui doit être négocié.

Médicalisation sur place

L’assistance médicale à bord est faite par l’infirmier. Le médecin est normalement déjà sur place : le médecin du Rôle 2 à Koulikoro, le médecin de l’Etat-Major (bulgare) si c’est à Bamako.

La technique médicale des Européens est différente de celle pratiquée par les Américains. Ceux-ci ont tendance à faire intervenir plus systématiquement l’hélicoptère, à évacuer le blessé le plus rapidement vers une structure hospitalière, selon la technique “rush and run”. Les Européens préfèrent rapprocher les médecins du blessé et choisir ensuite le moyen le plus adéquat.

Une certaine mutualisation des moyens médicaux

Les hélicoptères sont réservés normalement pour la mission européenne EUTM Mali pour lequel ils sont dédiés. Mais, au besoin, étant un des seuls hélicoptères disponibles sur Bamako, ils peuvent intervenir pour tout rapatriement médical “jugé utile” par le chef de mission pour des “alliés” ou “amis”. Ainsi ils pourraient intervenir au profit de Maliens blessés lors d’entraînement ou dans d’autres endroits, voire des forces africaines ou des forces françaises de Serval. De la même manière, les Européens disposent, en cas de besoin, de l’hôpital français de l’opération Serval. De façon informelle, les moyens médicaux sont ainsi mutualisés et peuvent servir, en cas d’urgence, pour l’un ou l’autre. L’application, ni plus ni moins, du serment d’Hippocrate, comme l’a précisé un médecin militaire à B2.

Des conditions de vol bien différentes de l’Europe

La difficulté ou plutôt la différence avec les autres mission (en Europe) est patente. « Nous avons beaucoup moins de repères qu’en Europe. Si on s’écarte de l’axe du fleuve Niger, on volera aux instruments de navigation ou à l’estime, un peu à l’ancienne, avec la carte. Et, comme les distances sont longues il y a peu de place pour l’erreur. De nuit, il y a très peu de luminosité fournie par le sol. » Il faut donc tenir compte… de la lune. Conditions inexistantes en Europe.

La chaleur (qui produit une moindre portance entre 25 et 40%) comme la poussière sont aussi deux constantes importantes dont il faut tenir compte. Notamment dans les phases de décollage et atterrissage. « C’est plutôt l’effet collatéral de la poussière pour ceux qui sont au sol » qui est primordiale. « Nous on s’est habitués à ces conditions d’atterrissage » où la poussière rend la visibilité nulle. Mais pour l’entretien de l’aéronef, cela joue également « Les hélico souffrent. Le plexiglas, les zones de compresseurs (alu) ». Une poussière très « différente du Bénin » où les équipages belges ont déjà été déployés. Plus légère sans doute, plus sableuse…

L’entretien nécessaire

Après chaque journée de vol, il y a l’entretien journalier de l’hélicoptère, qui prend 1 ou 2 heures, avec le nettoyage et la vérification du jeu de commandes, et autres tests. La révision des 100 heures est plus conséquente, l’hélicoptère est démonté et remonté, une opération qui prend de 4 à 5 jours. Le très grand entretien (toutes les 600 heures) ne se fait pas sur place mais en Belgique, sur la base de Beauvechain. Mais il n’y a pas trop d’inquiétude, la moyenne de vol est de 50 heures par mois. Hormis les temps d’intervention, les pilotes doivent continuer à voler et s’entrainer. « Nous avons un syllabus d’entrainement pour les pilotes » sinon ils perdent certaines qualifications…

PrintFriendlyFacebookShare
L’Europe souffre mais tient… (maj)

L’Europe souffre mais tient… (maj)

Il n’y a pas que les fonctionnaires européens qui font grève… La population aussi semble vouloir faire une “grève d’Europe”

(BRUXELLES2) Depuis cinq ans que dure la crise, l’Union européenne a montré une certaine résilience, à la fois politique et financière. Certains pariaient sur le départ de la Grèce de l’Euro et derrière le délitement de la monnaie unique. Ils ont perdu. D’autres prédisaient l’effondrement de l’Union européenne, ce n’est pas le cas. Les Cassandre, qui ont confondu leurs désirs avec la réalité, en sont pour leurs frais. Il n’est pas inutile de s’en rappeler ce 9 mai, fête de l’Europe.

Les structures politiques, relativement faibles, et souvent hésitantes, ont tenu

Après cinq années de crise, les structures politiques sortent d’ailleurs plutôt renforcées qu’affaiblies. Le président du Conseil européen, instance dont on pouvait s’interroger au départ sur son utilité, a prouvé son utilité. La Commission européenne, endormie, a dû se “secouer les puces”. Le processus de dérégulation – un effet de mode et une volonté idéologique plutôt qu’une nécessité économique – a été gelé. Et la machine de régulation, donc d’harmonisation, est repartie. Si le rythme continue, les années 2012-2015 devraient rester dans les annales européennes comme un moment d’intégration comme on n’en avait pas connu depuis 20 ans.

Mais tout n’est pas rose. Le dispositif européen reste encore largement déséquilibré privilégiant le financier sur l’économique, l’économique sur le social. Son système politique reste au milieu du gué. Les structures issues du Traité de Lisbonne n’ont pas toutes prouvé leur efficacité. Chacune des institutions n’occupe pas pleinement le rôle qui lui est est dévolue. La Commission, notamment, doit ainsi retrouver une force proposition, dynamique et “intelligente” et non idéologique (*). Le système de “réaction de crise” dépend encore trop de l’ambiance, des personnes, de la volonté. Et il reste des “trous” d’organisation dans le dispositif où l’exécutif entremêle avec le législatif, et le politique avec le technique.

L’éloignement des Européens et du monde

Enfin, et surtout, la structure européenne apparait parfois très très éloignée de la réalité quotidienne. Ce qui pose un sérieux problème… Car le sentiment européen s’effiloche à l’intérieur comme à l’extérieur. Résultat, la puissance européenne s’affaiblit… On peut prendre deux indicateurs, très distincts pour rendre compte de cette évolution : l’attitude de la population (via les derniers sondages d’Eurobaromètre, automne 2012) et les réserves de change (à travers les statistiques du FMI).

(*) sa dernière proposition de ponctionner les comptes chypriotes qui vient, en grande partie de l’équipe d’Olli Rehn, est plus qu’une erreur. C’est une faute politique qui aurait dû être sanctionnée

* * *

L’image brouillée de l’Europe et un manque de confiance croissant

Dans la population, l’image de l’Union européenne s’est brouillée et dégradée à un niveau très inquiétant. La chute est brutale. Il y a cinq ans, l’image de l’Europe était positive majoritairement (entre 45 et 52 %). Seule une petite minorité (un sixième de la population) en avait une image négative. Et ceux qui en avaient une image floue représentaient un tiers de la population.

En 2012, les lignes négative et positive se rejoignent. Ceux qui ont une image négative et ceux qui ont une image positive sont à égalité. Et ceux qui sont indifférents (ou s’en foutent) progressent de façon nette au point de prédominer. NB : Eurostat utilise le mot “neutre”, c’est un peu usurpé, être neutre c’est au mieux être indifférent. Pour avoir une bonne appréhension du problème, on peut addtionner les taux des négatifs et des “neutres”. On s’aperçoit ainsi qu’il y a 5 ans, les “positifs” dépassaient les “neutre” + “négatifs”. Aujourd’hui, la situation est renversée : les “neutres” + “négatifs” représentent plus du double des “positifs”. Le problème est donc conséquent et rapide.

La question de la confiance dans l’Union européenne confirme cette évolution. Les lignes “confiance/non confiance” se croisent dans l’année 2010. Le nombre de personnes (57%) qui n’ont pas vraiment confiance est quasiment le double du nombre personnes qui ont confiance (33%). C’est dans les pays en crise (Espagne, Portugal, Grèce, Chypre…) souvent pro-européens, que la chute est la plus brutale. Mais l’évolution atteint aussi d’autres pays et non des moindres : les Allemands, les Français, jusqu’aux Belges sont en panne d’Europe.

L’évolution est brutale. Il y a cinq ans, 65 % des Espagnols avaient confiance en l’UE ; aujourd’hui ils sont 72 % à ne plus croire à l’Europe, contre seulement 20 % qui y adhèrent encore.

Selon les chiffres d’Eurostat, la défiance est aujourd’hui majoritaire dans 20 pays de l’UE (les principaux). On peut ainsi distinguer trois groupes de pays où la défiance l’emporte : ceux qui avaient un certain eurosceptiscime ancré (Royaume-Uni 69%) sont rejoints voire dépassés par ceux où existe la crise (81% en Grèce !, 72% en Espagne, 64% à Chypre).

Même l’Italie traditionnellement “euroenthousiaste” franchit la barre des 50% de défiance (53% défiants contre 31% confiants). Ce sentiment existe aussi dans les pays “riches”, moins touchés par la crise, qui craignent de s’appauvrir et de payer (59% de défiance en Allemagne, 55% en Autriche). Même la Belgique, pourtant doté d’un solide sentiment europhile, commence à douter : 51% de défiance contre 46%.

L’Union européenne ne jouit, en fait, aujourd’hui d’une confiance majoritaire que dans sept Etats (ratio confiance / défiance) : Bulgarie (60% / 24%), Lituanie (49% / 37%), Pologne (48% / 42%), Danemark (48% / 46%), Estonie (46% / 38%),  Malte (46% / 34%) et Roumanie (45% / 40%). NB : Des pays qui, il faut le reconnaitre, ont un poids secondaire tant en population (1/6e à peine du total) qu’au plan économique ou politique.

Ce n’est plus suffisant… S’il n’y a pas un redressement rapide de l’opinion publique le projet européen qui visait à “unir les Etats et les hommes” a du plomb dans l’aile. Il ne marche plus que sur une jambe, donc clopine, et cet état des lieux ne peut jamais durer bien longtemps…

Autre indicateur : les réserves de change

La monnaie unique, l’Euro (€) a cessé d’être une monnaie “refuge”. Si on examine les statistiques de réserve de change du FMI (*) en les mettant en ratios (pourcentage), on perçoit bien les évolutions et renversements de tendance qu’a produit la crise. Le taux de réserves de change en euro en 2012 chute juste au-dessous de 24% soit à peu près le même taux qu’il y a dix ans (2002), voire avant l’instauration de la monnaie unique. En 1995-1996 (si on prend le volume cumulé DeutschMark-Franc-GulderNl-Ecu), il avoisinait déjà les 24% (*) ! Toute la montée progressive de l’Euro (qui a atteint un point culminant de 27,6% en 2009) est ainsi effacée.

Le Dollar ($) qui cédait constamment du terrain depuis l’apparition de la monnaie unique, passant ainsi d’environ 71% des réserves de change dans les années 2000 à 62% dans les années 2010, stabilise cette position autour de ce chiffre (61,9% en 2012). Il ne regagne cependant pas vraiment du terrain. Ce qui est un signe, en soi, pas totalement négatif pour l’Euro qui pourrait, à la faveur de la croissance, regagner du terrain.

La Livre sterling (£) qui avait progressé entre 2002 et 2007 (passant de 2,8% à 4,7%) stabilise aussi sa place autour de 4%. Les réserves de change libellées en autres monnaies qui avaient chuté à l’introduction de la monnaie unique (de 4,7 % en 1995 à 1,6% en 2000) et étaient relativement stables depuis (autour de 1,80%) augmentent rapidement depuis 2008, progressant ainsi d’un point par année (de 2% à 6%).

(*) A l’instauration de la monnaie unique, le taux de réserves de change était de 18% mais ce taux était rapidement monté dans les années suivantes à l’étiage naturel des pays constituant la zone euro.

NB: Calculs effectués à partir des chiffres 2012 de la base “Cofer” sur la base des réserves “affectées”. Il faut savoir que seule un peu plus de la moitié des réserves mondiales sont “affectées” : les réserves affectées ont eu tendance à se réduire de façon importante depuis les années 2000 – passant ainsi de 78% en 2000 à 55% aujourd’hui. Ce chiffre est relativement stable ces trois dernières années. Et 2012 est même la première année où il n’a pas diminué mais réaugmenté très légèrement (55,6% contre 55,3% en 2011)

Lire aussi :

A noter : Les étudiants de l’École Normale Supérieure et de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne organisent le 25 mai une journée de réflexion sur le thème des crises traversées actuellement par l’Union européenne et comment l’UE pourrait sortir de ces crises par le haut. Intitulé “le projet Européen est-il pour autant au point mort ?”, le colloque se déroule le samedi 25 mai à partir de 10h à l’Assemblée Nationale dans la salle Victor Hugo, Immeuble Jacques Chaban Delmas au 101, Rue de l’université, Paris VIIe. L’évènement est gratuit mais l’inscription est obligatoire : http://www.weezevent.com/leurope-ne-meurt-jamais

PrintFriendlyFacebookShare
Quand “Berlin Plus” a des ratés… le DSaceur aux arrêts de rigueur ?

Quand “Berlin Plus” a des ratés… le DSaceur aux arrêts de rigueur ?

Le général Shireff lors du VIP Day organisé au camp Butmir à Sarajevo avec les autorités bosniennes (Crédit : Eufor Althea)

(BRUXELLES2, exclusif) Le General Sir Richard Shirreff, commandant adjoint des forces alliées en Europe (OTAN) et également commandant des opérations d’Althea, semble avoir déparé. Apparemment décidé coute que coute à préserver un avenir d’une opération, condamnée à la fermeture. Il entend ainsi développer une nouvelle fonction de gestion des surplus d’armement et de munitions (Lire aussi : La mission Eufor Althea se cherche un nouveau débouché). Quitte à prendre quelques aises avec les procédures habituelles.

De nombreux Etats membres – on le sait – sont partisans d’une fermeture à terme de cette mission EUFOR qui, au plan militaire, n’a plus de nécessité. Mais cela n’a, selon nos informations, pas empêché le DSaceur de chercher à contourner cette opposition en obtenant, sur place, auprès de la “communauté internationale” présente sur place un assentiment. Un terme assez vague qui regroupe des ambassadeurs de plusieurs pays et des représentants d’organisations internationales comme l’OSCE et le PNUD.

Une quinzaine d’Etats membres ont clairement exprimé une position négative vis-à-vis de cette tentative de contournement de l’instance politique – le COPS – qui a normalement compétence pour orienter et définir les missions de gestion de crise. Le DSaceur n’en a apparemment pas tenu plus compte que son premier galon… Il a donné instruction à son commandant de force, le général autrichien Didier Heidecker, de faire une présentation “officielle” aux acteurs locaux le 11 avril dernier. Une protestation des ambassadeurs allemand et français en poste à Sarajevo n’y a rien fait.

L’affaire s’est envenimée quelques jours plus tard, quand un conseiller politique (POLAD) de nationalité française, s’est vu refusé l’accès au camp Butmir, le siège de EUFOR Althea. Le comportement du commandant d’opérations a donc fait monter la moutarde à plus d’un représentant militaire à Bruxelles. Et l’affaire prend un tour d’incident diplomatique rarissime dans les annales européennes…

COMMENTAIRE

On ne sait pas encore la décision que pourra prendre la Haute représentante de l’UE, qui a la responsabilité politique des opérations militaires. Dans un Etat membre, cette attitude d’insubordination a un nom… Et un tel comportement ne peut normalement être laissé sans sanction. Sanction qui devra être aussi diplomatique que possible, pour éviter tout froissement de susceptibilités, mais effective pour éviter que l’autorité, désormais amoindrie, du commandant d’opérations ne rejaillisse sur toute l’opération. Ses décisions pourraient, en effet, être infirmées.

Une faute grave

Dans l’Union européenne, le mandat d’une opération militaire – comme civile – est défini de façon assez étroite et soumis à un contrôle politique tant du Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère que des ambassadeurs des Etats membres réunis au sein du COPS. Si une certaine appréciation de la conduite des opérations est laissée au commandant d’opération, celle-ci ne peut aller cependant jusqu’à réécrire le mandat et s’adjoindre des tâches qui ne sont pas prévues par celui-ci. Il est ainsi plutôt anormal qu’un commandant d’opérations prenne les marques internationales d’un mandat qui n’a pas reçu un aval – au moins tacite – de ses mandants. Ce contrôle politique, parfois précis, distingue d’ailleurs les opérations de l’UE de celles de l’OTAN, où le “Saceur” dispose parfois d’une plus large autonomie opérationnelle (ne serait-ce que par le fait qu’il obéit à deux lignes de commandement différentes, celle de l’OTAN et celle du Pentagone). Apparemment, le général britannique Schirref n’a pas vraiment compris qu’il se situait dans un autre cadre, ne travaillait ni pour le bd Leopold (comme DSaceur) ni pour Londres mais qu’il était sous l’autorité hiérarchique des “27″ (le Danemark ne participe pas aux opérations militaires) et du Rond Point Schuman. Et que la Bosnie-Herzégovine des années 2013 n’était pas l’Irak ou l’Irlande du nord des années 1990 !

L’avenir de la Bosnie-Herzégovine

Le commandant d’une opération en Bosnie doit avant tout être un “général diplomate” plutôt qu’un commandant au sens strict. L’adhésion effective de la Croatie le 1er juillet prochain, l’entrée de la Serbie dans le processus de négociation dans le même délai, sont des indicateurs précis, qu’une page de l’histoire se tourne dans ces régions. Donner à une force militaire multinationale dans un pays aussi proche que la Bosnie-Herzégovine – de nouvelles missions – pose d’ailleurs un problème général. Quel signe veut-on donner aux Bosniens ? à l’ensemble de la région ? Et au-delà, ne faudra-il pas demain déployer des forces multinationales pour désarmer la mafia en Sicile, les mouvements autonomistes en Corse, la corruption rampante en Bulgarie… la question mérite d’être posée. Et ce n’est sûrement pas à un général d’y répondre tout seul…

Un dispositif suranné

Plus généralement, cet “incident” pose le problème de l’avenir du dispositif “Berlin Plus” qui consiste à s’en remettre aux structures de l’OTAN pour des opérations européennes. Cette “dépendance” était nécessaire dans le début des années 2000. Car l’UE n’avait pas alors vraiment de structure et d’expérience de gestion de crises. Ce lien était même recherché. Car, dans les Balkans, il était impératif d’éviter toute divergence entre les deux organisations. Elle était, également, facilitée par la personnalité du Haut représentant de l’UE d’alors, J. Solana, qui avait été secrétaire général de l’OTAN et disposait au sein de celle-ci d’une certaine autorité morale. Aujourd’hui, presque dix ans après le transfert d’autorité de la SFOR (Otan) à EUFOR (UE), elle ne se justifie plus. Exactement pour les mêmes raisons ! L’UE a acquis une certaine expérience, une autonomie certaine et dispose désormais d’une structure adéquate de gestion des crises. Elle agit dans les Balkans en premier rang avec un dispositif puissant puisqu’il repose sur un bras politique (le processus d’adhésion à l’UE) et un bras financier (les programmes communautaires et de préadhésion), le dispositif militaire de stabilisation devenant ainsi de plus en plus accessoire et modique au fur et à mesure que les pays issus de l’ex-Yougoslavie entrent dans ce processus d’intégration.

Simplification nécessaire

Enfin, elle dispose d’une palette de commandants d’opération, expérimentés et diplomates, qui suffisent. L’expérience acquise incite ainsi à opter pour un dispositif simplifié de commandement. Pour une mission de taille réduite – comme l’est la mission EUFOR Althea aujourd’hui (moins de 600 hommes) – et dont le champ de la mission est bien circonscrit, à la fois géographiquement et fonctionnellement (soutien et formation à l’armée bosnienne), il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir deux généraux au commandement : un pour l’opération et un pour la force. Un seul suffit ! L’exemple des missions EUTM Somalia ou EUTM Mali qui n’ont qu’un commandant de mission qui rapporte directement devant le comité militaire plaide en faveur de cette simplification. Rationaliser la chaîne de commandement éviterait ainsi des complications non nécessaires.

PrintFriendlyFacebookShare
Donnant donnant. Les 10 préconisations de Paris pour l’Europe de la défense

Donnant donnant. Les 10 préconisations de Paris pour l’Europe de la défense

(BRUXELLES2) Le Livre blanc présenté aujourd’hui à Paris consacre quatre pages à la politique européenne de défense. Un espace qui n’est pas juste de pure forme et contient en filigrane la volonté d’opérer un changement dans la PSDC que ce soit au plan politique ou opérationnel, qu’on peut résumer en une dizaine de points.

Dès les premières lignes, la couleur est affichée. « Le contexte actuel rend possible et urgente une relance pragmatique de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ». Mais ce développement ne peut pas être qu’incantatoire. La politique de sécurité et de défense commune n’est pas « une fin en soi (…) mais un instrument au service des intérêts essentiels de l’Union européenne ». Cela doit être un échange donnant donnant. Si la France « se tourne vers l’Union européenne avec la volonté d’y apporter sa connaissance des crises et ses propositions concernant les réponses à leur donner », elle souhaite « en retour bénéficier de celles de ses partenaires européens » et de structures européennes « renforcées » (voir notamment le point 6).

1. La mission de l’Union européenne : stabiliser le voisinage. C’est un « intérêt de sécurité majeur » avec la nécessité pour les Européens « d’agir préventivement sur les foyers de crises émergents ». Cinq zones d’actions sont définies : 1) les pays de la zone allant du Sahel à l’Afrique équatoriale, 2) le processus de paix au Proche-Orient, 3) la réussite des transitions politiques dans certains pays arabes, 4) le règlement des conflits du Caucase, 5) la consolidation de la paix dans les Balkans notamment au Kosovo ; et la lutte contre « toutes les formes de terrorisme ».

2. Le cadre européen a vocation à « devenir le cadre de référence dès lors qu’il s’agit de mobiliser toute la gamme des instruments civils et militaires requis pour mettre en œuvre une approche globale des crises ».

3. Une impulsion politique. Dans cet ensemble, l’impulsion doit « venir du plus haut niveau politique de l’Union, celui du Conseil européen ». Aux chefs d’Etat et de gouvernement « de déterminer le rôle que l’Europe entend jouer sur la scène internationale et la nature de l’ordre mondial que les Européens souhaitent promouvoir dans les enceintes internationales et auprès des autres États ».

4. Un Livre blanc européen. Les Français reprennent une notion chère aux parlementaires européens, l’idée d’un « Livre blanc de l’Union européenne », qui définirait « plus clairement les intérêts et les objectifs stratégiques de l’Union ». Sauf inconnue, on devrait retrouver cette notion dans les conclusions du Sommet européen à la fin de l’année.

5. Une réorganisation et des réformes sont nécessaires. L’Union européenne n’a « pas encore tiré parti de tous les moyens dont la Commission et les États membres disposent » pour apporter une réponse globale aux crises. Une « meilleure coordination des moyens civils et militaires », est nécessaire et les procédures de l’Union doivent être « adaptées à son rôle opérationnel ».

6. Un Service extérieur renforcé. La France souhaite « un Service d’action extérieure au rôle renforcé, notamment dans la gestion des crises » tout comme voir les « atouts » des agences de l’Union européenne (comme par exemple l’Agence européenne de défense, ou le centre satellitaire de Torrejon) mieux utilisés.

7. Une plus grande réactivité. La France souhaite que l’Union renforce « la réactivité et les capacités d’intervention des forces » mises à la disposition de la PSDC. Formation commune, entraînement, disponibilité et génération de forces mieux coordonnée entre États européens sont des « domaines où les progrès sont urgents et accessibles ».

8. Utiliser tous les instruments du Traité.  La France veut « mieux utiliser les institutions et cadres de concertation existants et tirer parti de toutes les possibilités ouvertes par les traités, y compris la coopération structurée permanente et les coopérations renforcées. »

9. Une volonté et des capacités de projection. La « volonté de se projeter » n’a de sens que si elle repose sur la « possibilité, pour les États qui y souscrivent, « de mobiliser des moyens civils et militaires crédibles ». La France s’engage à disposer des capacités critiques dans certains secteurs « renseignement, surveillance, ravitaillement en vol, transport stratégique, etc. », tout en réaffirmant sa volonté de « mutualiser les programmes correspondants avec les États les plus capables d’y contribuer ».

10. Mutualisation et partage des capacités. La France répète son souhait « résolu (de) s’engager dans l’initiative de mutualisation et de partage capacitaire (pooling and sharing), confiant à l’Agence européenne de défense (le soin) d’identifier des programmes qui pourraient être développés en commun, de tester leur faisabilité et d’organiser leur montage ». Les coopérations, avec un ou plusieurs États, de programmes d’armement dans le cadre de l’OCCAR doivent être envisagées « non pas comme des alternatives ou des substituts, mais comme des leviers supplémentaires pour susciter une dynamique capacitaire européenne ».

Enfin, la France affiche un objectif plus général « que se poursuive et s’intensifie la construction européenne en matière de sécurité intérieure » avec élaboration d’une « stratégie davantage intégrée ». Deux exemples sont données : la « protection des infrastructures critiques européennes » et « la coordination politique en cas de crise majeure » (protection civile) .

PrintFriendlyFacebookShare
Belgrade et Pristina scellent leur accord sur le nord du Kosovo

Belgrade et Pristina scellent leur accord sur le nord du Kosovo

Le Protocole d’Accord Belgrade-Pristina sur le nord du Kosovo paraphé (Crédit : B2 / EBS)

(BRUXELLES2) Le moment est “historique”. Ce mot est si souvent galvaudé qu’on n’ose l’utiliser. Mais c’est la réalité. Et pour le service diplomatique européen, sa chef, Catherine Ashton, et l’Union européenne, c’est incontestablement un succès. Belgrade et Pristina ont décidé de mettre fin à la guerre des mots et des pouvoirs, voire plus, qui les opposait depuis 2008 et la déclaration d’indépendance de l’ancienne province serbe, voire depuis 1999 où, sous protection de l’OTAN, le Kosovo avait obtenu une autonomie de fait de la Serbie.

Tout cela sous l’égide de négociations menées sous l’égide de Bruxelles, avec la complicité active de certaines capitales, notamment de Berlin ; en posant à l’été 2011, un réel ultimatum à Belgrade – avant toute décision sur le processus d’adhésion de la Serbie, celle-ci « doit démanteler les structures parallèles dans le nord du Kosovo » – la chancelière Angela Merkel a assurément mis la pression.

Si cet accord est respecté, c’est ainsi un des derniers points noirs de l’Europe – après le nord de l’Irlande et le pays basque – qui devrait être pacifié. Il restera encore la Transnistrie, l’Ossétie-Abkhazie et le Nagorno Karabakh. Mais cela est un peu plus loin…

Un conflit qui n’a pas été que verbal

Plusieurs personnes y ont perdu la vie. Citons (récemment) : un habitant albanais tué par un engin explosif en avril 2012 ; un Serbe pris à partie en novembre 2011 (lire : Incident grave au nord Kosovo, 1 mort, 3 blessés, Eulex enquête) ; un policier kosovar en juillet 2011 lors de l’attaque des postes frontières (lire : Flambée au nord du Kosovo) ; un policier ukrainien de la MINUK mort en mars 2008 lors d’affrontements violents entre des manifestants serbes et les forces internationales où de nombreux soldats de la KFOR furent également blessés (lire : 3 nouvelles condamnations au Kosovo du nord)

Cette signature est un poids en moins pour les deux parties comme pour les Européens

La déclaration de Catherine Ashton, un peu avant 17h, venue devant les portes du Service diplomatique européen (il n’y a pas de perron) annoncer que les négociations entre Belgrade et sont bel et bien « conclues » est donc un soulagement pour tout le monde. Le nord du Kosovo, peuplé en majorité de Serbes, restait en effet une épine dans le pied à la fois pour Pristina – qui ne pouvait assurer son autorité dans le nord – que de Belgrade – qui se voyait empêché de commencer sa route d’adhésion vers l’Union européenne – comme des Européens et de l’OTAN – qui devaient maintenir sur un petit territoire de km2 une présence militaire et policière importante face à une situation instable qui pouvait dégénérer à tout moment. Et lundi, les ministres des Affaires européennes des 27 pourraient ainsi donner leur feu vert de principe à l’entrée de la Serbie dans le processus d’adhésion à l’Union européenne.

Tout n’est cependant pas encore réglé

Il va falloir que chacun des Premiers ministres concernés aille soutenir devant ses supporters et son opinion publique qu’il n’a rien cédé et que l’accord est bon pour leur peuple. Certains détails doivent encore être précisés. Il faudra voir aussi comment le nord du Kosovo réagit à cet accord. De façon formelle, Hashim Thaci et Ivica Dacic se sont d’ailleurs bien gardés de signer l’accord en commun. Ni même de le signer tout court. Il s’agit bien d’un “paraphe”, de la fin d’une négociation, et non d’une signature en bonne et due forme. C’est d’ailleurs de façon séparée que le Kosovar et le Serbe sont venus “parapher”, dans une salle séparée, avec C. Ashton, ce protocole d’accord qui existe en deux exemplaires. Mais qu’importe. Comme l’a rappelé la Haute représentante de l’UE, « le texte a été paraphé par les deux Premiers ministres. Je tiens à les féliciter pour leur détermination durant ces mois, et le courage qu’ils ont montré. C’est très important, un signe pour s’éloigner du passé et pour tous deux se rapprocher étroitement de l’Europe ».

Les différentes dispositions de l’accord ainsi que le déplacement à l’OTAN sont détaillées pour les abonnés du Club de B2.

Lire aussi :

PrintFriendlyFacebookShare
Fiers d’être là

Fiers d’être là

Le lieutenant colonel Sanogo commandant le bataillon “Warraba” (© NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2) Pour le lieutenant-colonel Yacouba Sanogo (*), qui vient du 35e régiment de blindés basé à Kati, et commande les “Lions”, « c’est une grande chance » d’être là. « Le pays a besoin de nous » Or l’armée malienne n’est pas vraiment opérationnelle « Nous n’avons pas assez de bonne formation et pas de bon équipement ». « Une fois que nous aurons les deux, nous serons vraiment mobilisés » et « prêts à monter dans le nord à Kidal » bien sûr « pour sécuriser la zone, faciliter le retour de l’administration » mais aussi où le gouvernement voudra bien nous envoyer ». Le nord, une région qu’il connait déjà. « On a tous l’expérience du nord. Depuis dix ans on est en crise et on a tous été dans le nord ». L’officier supérieur de 45 ans qui n’est pas encore à l’aise devant les médias. Notre interview participe d’ailleurs de sa formation. Un de ses mentors viendra discrètement après notre interview pour faire le point avec lui, lui rappeler les principes « quelles que soient les questions des journalistes, tu reviens à ton message, c’est cela l’important, ton message ».

Fiers d’être là

Les officiers intermédiaires ne veulent d’ailleurs pas répondre aux journalistes directement, sans l’autorisation de leur service de presse. « Je ne parle pas. Je respecte les ordres ». C’est cela aussi l’apprentissage … Cependant à la pause, de façon anonyme, un de ces sous-officiers, avec une solide expérience, près de 20 ans de service a accepté de se confier.

Une certaine habitude des formations pour les plus anciens

Ce n’est pas la première fois que les armées occidentales viennent les former, ils l’ont été par les Américains, les Français… « Nous avons déjà vu certaines choses » Vieux routier, il note au passage certaines nouveautés qui apparaissent dans la formation, comme la manière de fouiller des personnes à un check point « Ca c’est une chose nouvelle ». Une manière de noter ainsi les évolutions de nos armées, l’Afghanistan est passé par là (A suivre : le syndrome afghan). Dans tous les cas, il est très content d’être là, avec ses hommes, de pouvoir reformer une armée, ayant le sentiment d’appartenir à une élite, qui teste. « Nous sommes les précurseurs » affirme leur chef, le ltt colonel Sanogo.

Très volontaires

Ce sentiment est confirmé par les formateurs. Les Maliens sont « très volontaires. Ils veulent apprendre. C’est vraiment un plaisir de faire leur instruction ». D’autant qu’on ne part pas de zéro. « Ils ont eu une instruction initiale, voire complétée par des stages à l’étranger. » Et en à peine une semaine, depuis leur arrivée, « on sent les progrès, c’est net. » Mais il y a cependant tout une série de points à reprendre, notamment la cohésion de groupe. « Ils en sont conscients d’ailleurs. Et sont très intéressés ». En témoigne le nombre de questions qui jalonnent les différents ateliers et exercices. A suivre…

(*) Un homonyme mais pas plus avec le capitaine auteur du coup d’Etat.

PrintFriendlyFacebookShare
Les bases françaises en Afrique européanisées ? (maj)

Les bases françaises en Afrique européanisées ? (maj)

Les containers du camp Licorne à Port Bouet : on se croirait dans un port (Crédit : NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2 à Abidjan) Piraterie pour Djibouti, destitution du président en Centrafrique, crise politique en Côte d’ivoire, avancées rebelles au Mali… les évènements des derniers mois qui se sont succédé ont prouvé l’utilité d’unités militaires prépositionnées soit pour venir au secours de forces de Nations-Unies, soit pour assurer la stabilité d’un pays ou lutter contre une menace particulière.

Le réseau des différentes bases françaises (voir ci-dessous) en Afrique a, particulièrement, prouvé son utilité dans le passé, mais surtout récemment. C’est un fait attesté par tous les observateurs comme les officiers supérieurs français, la force Serval au Mali n’aurait pas pu se déclencher aussi rapidement et efficacement sans les forces prépositionnées en Côte ivoire, au Sénégal, au Tchad ou au Gabon. Mais il importe aujourd’hui de préserver son outil … à une heure de restrictions générales.

Un apport, indéniable, dans les opérations et dans la connaissance du continent

Pour avoir visité trois de ces bases, et constaté leur apport pratique dans certaines opérations – que ce soit d’évacuation ou de déploiement d’opérations françaises comme européennes (EUFOR Tchad par exemple), leur apport est effectivement indiscutable. Aux notions opérationnelles de prépositionnement des forces, bien présentes à l’esprit, j’en ajouterai un qui est la formation, l’acclimatation au climat, à l’esprit, aux coutumes des pays africains. Cela facilite d’autant plus l’action rapide le cas échéant.

La France peut-elle soutenir l’effort seule ?

Mais il faut aussi s’interroger sur l’avenir. Deux questions se posent. D’une part, les restrictions budgétaires qui peuvent amener à revoir le dispositif. D’autre part, la légitimité politique. Un problème qu’il ne faut pas négliger. Si aujourd’hui les pays africains sont plutôt demandeurs, leur pérennité n’est pour autant pas assurée. Comme l’explique un officier supérieur français, vieux routier de l’Afrique, « ses présences ne seront légitimes que dans l’adossement à des structures régionales (africaines). Ce ne sont pas les évacuations de ressortissants français » qui peuvent le justifier aux yeux des Africains.

Equation budgétaire et politique

On est devant cette équation : les maintenir apparaît indispensable mais la France n’en a plus les moyens seuls. On pourrait donc s’interroger si on ne devrait pas leur donner une couleur européenne. C’est fait, aujourd’hui, de manière ad hoc quand une base accueille des Européens déployés en mission (par exemple pour la base de Port Bouet qui vient d’accueillir les C130 Belges). Mais cette couleur « européenne » pourrait être plus permanente. Cela aurait plusieurs avantages.

Le double intérêt de l’européanisation

Au niveau politique, ils sont multiples, et dans les deux sens. Cela marquerait pour l’Europe sa présence, comme pour la France, qu’il ne s’agit pas seulement d’une présence historique mais de liens de partenariat privilégié.

Au niveau tactique, cela permettrait à différents contingents, de venir « tâter » le terrain africain, à moindres frais, s’entraîner dans différents lieux, leur permettre de s’acclimater, un peu comme le font les unités françaises. Cela permettrait aussi une meilleure interopérabilité en terrain extérieur aux forces européennes qui sont appelées de plus en plus à se déployer en Afrique (*).

Concrètement…

Chacun peut vouloir garder son autonomie. Mais il est plus facile sur certaines emprises de dédier un bâtiment ou un secteur européen, Ainsi les autres pays européens ne veulent pas être « mêlés » à des opérations proprement françaises et les Français pourront garder leur marge d’autonomie d’action discrète. L’association des autres pays européens peut être faite au niveau des 27 mais sans doute de façon plus facile avec quelques pays, au besoin en recourant à une structure ad hoc, type EATC. Cette ouverture pourrait aussi être utilisée pour stocker du matériel ou des équipements.

Une participation financière d’entretien des bases pourrait être ainsi demandée. Même s’il ne faut pas rêver. Chaque État serre au plus juste ses moyens. Mais, en même temps, on peut s’interroger par exemple pourquoi des militaires allemands ou espagnols (pour les supports aériens) sont logés de façon quasi-permanente à l’hotel à Djibouti (**) là où existe une base française qui pourrait, au besoin, dédier un bâtiment à l’accueil des différents Européens qui servent dans les différentes opérations anti-piraterie (CTF-465) ou anti-terroriste (CTF-150).

Le réseau français, 

Au niveau européen, la France dispose d’un réseau de bases inégalé. Entre les départements et territoires d’outre-mer (La Réunion, Martinique, Guyane, Polynésie) et les bases dans les pays tiers : Emirats arabes Unis et Djibouti, sur l’Océan indien et la façade est de l’Afrique ; Gabon, Sénégal, Côte d’Ivoire sur la façade Ouest de l’Afrique et Tchad au centre — véritable « porte-avion du désert » comme le dénomme un officier — elle dispose d’une structure permettant d’intervenir sur les trois continents. « C’est très intéressant pour dirigeants des pays de disposer de telles bases permettant d’intervenir » souligne ainsi un officier supérieur en poste à Djibouti. Mais la France n’est pas la seule à disposer d’emprises « intéressantes » : les iles des Antilles néerlandaises face au Venezuela, comme les bases militaires britanniques à Chypre face au Moyen-Orient, peuvent aussi être des vecteurs intéressants opérationnels, un jour…

(*) L’Union européenne a aujourd’hui des missions de l’Europe de la Défense, militaires ou civiles, présentes dans sept pays, bientôt dix. De l’est à l’ouest : Djibouti-Seychelles-Kenya (EUNAVFOR Atalanta et EUCAP Nestor), Ouganda-Somalie (EUTM Somalie), Sud-Soudan (EUAVSEC), Libye (EUBAM), Niger (EUCAP Niger), Mali (EUTM Somalie), Congo (EUSEC et EUPOL Congo).
 
(**) Si les Allemands ont choisi un hôtel de confort raisonnable (le Sheraton), les Espagnols jusqu’à encore récemment étaient logés au Kempinski, l’hôtel de luxe de la ville. On peut se demander vraiment si des économies ne pourraient pas être faites ! (Maj) Ajoutons que les Italiens et Suédois logent dans le même hotel. NB : de source espagnole, on précise que la négociation d’un tarif préférentiel avec l’hôtel aboutit à un prix de revient inférieur à celui de l’hôtel choisi par leurs homologues allemands. Avis à la concurrence ;-)
PrintFriendlyFacebookShare