Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

Un contrôle médical pour les pilotes… du bateau européen ?

Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

Jean-Claude Juncker en conversation avec la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager à la réunion de la Commission du 15 avril (crédit : CE)

(BRUXELLES2) Ne doit-on pas instaurer un minimum d’information médicale sur l’état de santé des principaux dirigeants européens ? La question, qui pouvait paraître superflue ou théorique il y a quelques années, se pose aujourd’hui de façon très concrète.

Le voyage de Kiev annulé officiellement pour raison médicale

L’annulation du voyage prévu en Ukraine du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, le 30 mars dernier, est passée, relativement (et volontairement), inaperçue. Seule explication donnée, par son porte-parole, sur twitter : des « examens ambulatoires mineurs pour des calculs rénaux ». Certains pourraient mettre en doute ce motif, d’autant plus que cette visite à Kiev était présentée tout sauf de la routine. Et ce précédent interpelle sur le fonctionnement européen.

Un motif mineur pour une visite majeure ?

La visite à Kiev était, en effet, annoncée comme majeure, et symbolique, à plus d’un titre. Tout d’abord, c’était le premier déplacement bilatéral du président de la Commission. Ensuite, et surtout, aller à Kiev, un pays proche de l’Union européenne en butte à un conflit depuis près d’un an, revêtait une portée politique non négligeable. Ce conflit place en effet, pour la première de son histoire, l’Union européenne en confrontation directe avec la Russie, d’un point de vue politique et économique, que ce soit par l’accord d’association signé avec l’Ukraine (accord que n’accepte pas la Russie), par l’intervention militaire russe et par les sanctions économiques importantes prononcées par l’Union européenne. L’enjeu ne paraissait donc pas mince. Et le motif avancé – des « examens mineurs » – prête d’autant plus à interrogation.

Une maladie diplomatique…

Première explication, la maladie est diplomatique. L’attitude du gouvernement ukrainien — de plus en plus guerrière et toujours réticent à octroyer une large autonomie aux régions de l’Est — pourrait-elle justifier cette position ? Le fait que la Haute représentante, Federica Mogherini, qui devait accompagner le président de la Commission, et a été retenue à Lausanne par les négociations sur le nucléaire iranien, pourrait être une explication. Mais ce retard pour des négociations hautement compliquées était plutôt prévisible. La visite n’a d’ailleurs pas été reportée d’une semaine mais tout simplement au sommet UE-Ukraine prévu fin avril.

… ou une maladie plus réelle

Seconde explication, la maladie est plus importante que mentionné. Ce n’est pas l’heure de se lancer dans une exégèse médicale : si les examens sont « mineurs » pourquoi ne pas reporter les examens plutôt que la visite, pourrait se demander le quidam. La question de la santé du principal dirigeant européen reste cependant quelque peu « taboue » à Bruxelles (comme l’avait été en France celle de Pompidou ou de Mitterrand). Personne n’ose l’évoquer ouvertement même si les rumeurs courent du rond-point Schuman (le siège de la Commission européenne) à la place du Luxembourg (le siège du Parlement). Certains mentionnent un problème plus complexe et récurrent, d’autres des suites opératoires, etc. Tous remarquent une faiblesse de commandement à la barre du bateau « Europe ». Ce qui pose un double problème : de transparence et de fonctionnement politique. Jean-Claude Juncker n’avait cependant pas lui-même exclu cette hypothèse, dès sa nomination en présentant le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, sur un ton mi-plaisanterie, mi-sérieux : « Il sera ma main droite, il sera plus qu’un collaborateur, (il sera) mon suppléant à chaque fois que je ne pourrais pas être là physiquement, et mentalement, aux réunions du collège. » En l’espèce, cependant, le vice-président Timmermans n’a pas remplacé le président Juncker, c’est tout le voyage qui a été annulé.

Revoir le système

Quelle que soit l’hypothèse, on peut se demander, de façon générale, si le système de gouvernance européen ne devrait pas être amélioré. Même si les responsabilités d’un président de la Commission européenne ne sont pas les mêmes que celles d’un chef d’Etat ou de Gouvernement, au point de vue de l’exercice de souveraineté, ce rôle n’est pas négligeable. Et les conditions de la nomination de la Commission Juncker – qui se rapprochent du suffrage universel indirect – prêtent d’autant plus à l’analogie. Il ne serait donc pas anormal que des examens médicaux réguliers soient publiés de façon volontaire, et régulière, comme le font certains responsables politiques. Cela aurait aussi le mérite de faire taire les rumeurs, parfois malsaines. Ce serait tout autant une question de transparence de l’autorité européenne à l’intention des citoyens.

(Nicolas Gros-Verheyde)

AfficheSemaineFrancophonie

Respectez l’usage du Français Svp

AfficheSemaineFrancophonie(B2) L’association des journalistes européens de la section France (AJE – France) a adressé aujourd’hui, en cette journée internationale de la francophonie, aux différents responsables européens, notamment Jean-Claude Juncker (Commission européenne), Federica Mogherini (Haut représentant) et Donald Tusk (Conseil européen), une lettre pour les alerter sur l’abandon constaté de l’usage du français dans la communication de la Commission européenne comme du Service européen d’action extérieure et du Conseil européen. « Cette situation nous inquiète au plus haut point », disons-nous.

Si le français reste encore (scrupuleusement) respecté lors des briefings quotidiens de la Commission européenne, il n’en est pas de même dans la publication des différentes communications (officielles ou à la presse) comme sur les différents sites internet européens qui sont, majoritairement voire exclusivement, rédigés en anglais. Certains sites sont intégralement en anglais comme celui de la DG « Growth ou Internal Market » ou « Migration and Home Affairs », comme celui de l’agence Frontex. Certains communiqués sont exclusivement disponibles en anglais – même quand ils visent des zones francophones —. Il en est de même de nombre de rapports des institutions. Point d’autant plus inquiétant quand ces questions concernent des sujets de préoccupation première pour nos concitoyens.

Cette situation est dommageable à plus d’un titre, non seulement pour la presse mais aussi pour l’idée européenne qui ne peut être limitée à une seule langue.

Nous ne nous appesantirons pas sur l’obligation découlant des traités qui a déjà été tranchée par la Cour de justice notamment pour les concours. Notre propos est davantage sur la mécanique journalistique et l’importance d’être compris par les citoyens.

1. Le passage en plusieurs langues oblige à bien comprendre la mécanique européenne. L’utilisation d’une seule langue ne le permet pas. Au contraire, elle encourage la mise en place et la conservation d’un « jargon » qui n’a qu’un lointain rapport même avec la langue anglaise.

2. En n’utilisant qu’une seule langue, les institutions favorisent une concentration des médias et des journalistes anglophones au détriment d’une diversité médiatique européenne et de la constitution d’un espace public accessible. Elles privilégient les personnes qui sont d’un pays parlant anglais ou y ont fait leurs études, au détriment des autres. Ce qui ressemble à une discrimination.

3. En ne favorisant qu’une seule langue, l’Union européenne introduit un différentiel de compétitivité entre les médias anglo-saxons et les autres. Quand il s’agit de citations de responsables européens, utilisées en grand nombre dans nos articles, les premiers feront un couper-coller (2 secondes), les autres devront comprendre, traduire, transposer (ce qui prend plus de temps). A l’heure d’internet cela traduit un net déficit en faveur des premiers.

4. L’usage quasi-monopolistique de l’anglais part d’un postulat que l’ensemble des citoyens européens maitrise totalement cette langue. Ce qui est faux. Dans de nombreux pays, l’anglais n’est réellement maitrisé à 100% que par une minorité de la population. Et, sur internet, sauf dans quelques milieux, la recherche préférentielle se fait dans sa langue maternelle et non en anglais.

5. Le résultat est doublement pénalisant pour les idées européennes : celles-ci paraissent l’apanage d’une minorité technocratique et élitiste, le discours anti-européen (professé dans la langue nationale) paraît supérieur au discours pro-européen. Ces éléments doivent être renversés.

C’est pour cela que nous vous demandons : le respect de la pratique jusqu’ici suivie, la disponibilité dans les trois langues de travail (français, anglais, allemand) de toutes les communications à la presse faites par la Commission européenne (2 langues de travail pour la PESC). Vous nous répondrez sans doute : la raréfaction des moyens. Cet argument n’est pas recevable. Certaines institutions comme la Cour de justice européenne ou le Parlement européen arrivent à traduire un nombre autrement plus conséquent de textes. Et vous disposez en interne de suffisamment de ressources maitrisant les deux langues pour, à défaut, de fournir une « traduction officielle » fournir une « traduction de courtoisie » comme le font les organismes internationaux.

Télécharger la Lettre de l’AJE / Visitez le site de l’AJE

La politique de la PSDC a disparu … du site web du Conseil de l’UE

(B2) Le nouveau site Web du Conseil de l’Union européenne a toutes les caractéristiques des fausses bonnes nouveautés. Il est plus beau, plus facile à consulter sur le 2.0, il en a oublié le principe même d’un site institutionnel : donner toutes les informations sur sa politique, de façon pratique, facile à retrouver et … complète. De nombreuses pages aboutissent encore, plusieurs semaines après la mise en place du nouveau site, à des « impasses ». Certaines politiques ont tout simplement disparu. Essayez de trouver où se trouve la politique de sécurité et de défense commune : j’ai fait le test. Résultat : disparu corps et bien ! La rubrique « policies » (politiques) ne mentionne même plus la PSDC !

Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les "turpitudes" européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

Martin Schulz dénonce une fraude du Front national au budget européen

Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les "turpitudes" européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

Marine Le Pen qui adore pointer du doigt les « turpitudes » européennes, cette fois pris dans le pot de confiture ? (Crédit : PE)

(BRUXELLES2) Le Parlement européen a officiellement confirmé lundi soir l’information du Monde : la saisine de Office européen de lutte antifraude (OLAF) pour d’éventuelles irrégularités financières de la part du Front National dans la gestion des salaires de ses assistants. C’est le président de l’institution, Martin Schulz, qui a saisi lundi l’OLAF.

Un soupçon d’emploi fictif

La cause du courroux du président du Parlement : le dernier organigramme du Front national, sorti fin février, recense la présence de 20 assistants de parlementaires européens (4 accrédités et 16 locaux) à des postes officiels alors que « ceux-ci doivent nécessairement et directement travailler à l’exercice du mandat parlementaire des députés européens ». En gros, des emplois fictifs…

Trois chefs d’irrégularité

Plus formellement, trois irrégularités sont relevées, selon le Parlement européen :

1° « Parmi les assistants locaux concernés, 10 ont conclu un contrat de travail qui indique comme adresse d’exécution l’adresse du siège du Front national à Nanterre. »

2° « La description de leur fonction contractuelle avec le député diffère en tout point de la nature des fonctions détaillées dans l’organigramme du Front national ou sur le site internet du parti ».

3° « Selon cet organigramme, certains assistants ne travaillent pas pour le député auquel ils sont liés par un contrat de travail ». Ainsi « 9 autres assistants d’élus au Parlement européen ont indiqué comme adresse d’exécution de leur contrat de travail comme assistant local l’adresse du siège du parti à Nanterre »

Un financement déguisé d’un parti politique ?

Pour le Parlement européen, ce fonctionnement est totalement contraire au statut des Députés européens. Les « Mesures d’application » du statut prévoit (article 43) que les salaires versés aux assistants par le Parlement « ne peuvent servir directement ou indirectement à financer des contrats établis avec des groupes politiques du Parlement ou des partis politiques ». Il précise (à l’article 33 al. 2) que « seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés » par le budget du Parlement européen.  » Ces dépenses ne peuvent en aucun cas couvrir des frais liés à la sphère privée des députés. » 

Affaires judiciaires en vue

L’OLAF doit désormais enquêter. Cet organe, indépendant mais rattaché à la sphère européenne, peut saisir la justice, pénale, au besoin de l’Etat concerné par la fraude (France en l’occurrence ou Belgique, le cas échéant). On peut gager que cette affaire se terminera aussi devant la justice, le Front national semblant bien décidé à défendre son point de vue. Marine Le Pen a donné le ton, dès hier, estimant que « Manuel Valls mobilise ses amis socialistes contre le Front National. Le président du Parlement européen sort la grosse caisse. Une plainte sera déposée contre lui pour dénonciation calomnieuse. » Une seconde partie pourrait se jouer, cette fois devant le tribunal ou la Cour de justice européenne contre les mesures prises. C’est alors un contrôle de légalité du règlement du Parlement européen, du pouvoir de son président, comme de conformité aux règles générales de droit, qui seront en jeu (des questions plus juridiques mais tout aussi importantes)

(NGV)

(*) L’assistant accrédité est basé dans un des trois lieux de travail du Parlement Européen (Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg). Il bénéficie d’un contrat de droit européen établi directement avec le Parlement. Il assiste normalement le député dans son travail parlementaire quotidien. L’assistant local est, lui, basé dans un des Etats Membres de l’UE. Il est engagé sous contrat d’emploi de droit privé établi avec le député et soumis à la législation de cet Etat. Il a normalement pour objectif d’assurer la permanence dans la zone électorale du député et d’assurer l’interaction entre l’électorat et l’eurodéputé

Effaceur

La Commission s’emmêle le stylo sur sa « Communication » défense !

Effaceur(BRUXELLES2) Le communiqué de la Commission annonçant la nomination de Michel Barnier comme « conseiller spécial pour la politique de défense et de sécurité européenne » auprès du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker est un régal … d’erreurs. 

En une phrase, il rassemble une série d’approximations, pour le moins inattendues pour un tel sujet, et qui vaudrait un « 0 » immédiat à tout étudiant en classe européenne. On y apprend en effet que Michel Barnier a supervisé une « Communication sur les marchés européens de défense (oh !) présentée par la Commission en Septembre 2014 (oh oh !) au Conseil européen (ah bon !) ». (télécharger ici).

Un Conseil européen… des ministres !

En fait de Conseil européen, ce n’est pas un sommet de chefs d’Etat et de gouvernement que veut mentionner la Commission mais un conseil des ministres de la Compétitivité (*). Et ce n’est pas vraiment le lieu d’ailleurs où s’est fait l’essentiel du débat sur la communication Défense de la Commission.

Une communication, quelle communication ?

Cette « communication » n’a d’ailleurs pas été adoptée en 2014, mais en juillet 2013 et présentée aux ministres, dans plusieurs formats à l’automne de la même année (Compétitivité en septembre, Défense en novembre). Ce document a d’ailleursconstitué la « contribution » de la Commission au Conseil européen de décembre 2013.

Des marchés de défense ou une politique industrielle de défense

Ce document dépassait d’ailleurs le cadre strict des « marchés de défense », une précision qui n’est pas que scripturale. Dénommée « Vers un secteur de la défense et de la sécurité plus compétitif et plus efficace« , son ambition était bien d’avoir une stratégie de défense pour la politique, de créer une politique industrielle de défense, et non pas seulement de s’en tenir à l’approche « marchés ». C’est d’ailleurs ce qui a suscité débat et polémiques, tant au sein de la Commission qu’au sein des Chefs d’Etat et de gouvernement. Rappelez-vous David Cameron qui dénonçait le fait que la Commission veuille gérer une flotte de drones… (lire : David Cameron sonne la charge (héroïque)).

Feuille de route ou communication

Cette communication a donné lieu ensuite à un rapport de mise en oeuvre, une « feuille de route », adoptée par la Commission en juin 2014. Schéma assez classique au sein de l’institution européenne qui adopte un document politique puis le décline en un plan d’actions plus concret. C’est ce rapport qui a, ensuite, été présenté au conseil des ministres européens de la Compétitivité le 25 septembre 2014 (ce dont sans doute visait le communiqué) non comme un sujet principal. Cette présentation n’a pas vraiment débouché sur de grandes considérations (ce n’est pas d’ailleurs le rôle du rapport). Les conclusions du Conseil classent d’ailleurs ce rapport dans les « any others business » et y consacrent à peine quelques lignes, très simples :

  • The Council took note of a presentation by the Commission of the report « A New Deal for European Defence » (11358/14), which establishes a roadmap for the activities set out in the communication « Towards a more competitive and efficient defence and security sector » (12773/13).

Tout cela, ce sont des détails. Mais c’est un peu gênant pour une institution réputée sérieuse et qui n’hésite pas à se faire la donneuse de leçons. Finalement Cameron avait peut-être raison de ne pas vouloir donner le gouvernail sur la défense à la Commission. Imaginez un pilotage de drones avec le même taux d’erreurs. Et on se retrouverait à bombarder l’Alaska ou Canterbury 😉 voire à espionner la reine en train de chasser les moustiques dans sa demeure d’été. Damned !

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi sur le Club : Michel Barnier revient comme « pilier » Défense pour la Commission Juncker

(*) Un collègue charitable a signalé ce petit « malentendu technique » (pour être diplomatique) de façon très aimable à la Commission européenne. Celle-ci ne l’a même pas remercié s’entêtant à affirmer que, bien sûr, il y avait eu un Conseil européen, en septembre ! Aucune correction n’a été apportée. Le communiqué que j’ai téléchargé, en fin d’après-midi aujourd’hui, en témoigne.

I. Seminatore par lui-même dans son acte de candidature à la présidence italienne

Le pamphlet islamophobe d’un drôle de bonhomme auxquels plusieurs Européens apportaient leur caution (maj)

I. Seminatore par lui-même dans son acte de candidature à la présidence italienne

I. Seminatore par lui-même dans son acte de candidature à la présidence italienne

(BRUXELLES2) La dernière production de l’IERI, l’institut européen de relations internationales, dirigé par l’Italien Irnerio Seminatore, — Islam et Occident – Deux civilisations incompatibles (télécharger ici) — révèle toute la dérive du bonhomme. Dire comme le note Marcel Sel sur son blog que cela « éclabousse toute l’Europe » est sans doute exagéré. Mais il est sûr que certains responsables européens vont s’empresser, dès demain, de gommer tout lien avec cet institut … qui avait réussi, malgré l’indigence de certains papiers, à gagner la confiance (à défaut de l’estime) de plusieurs responsables européens à la Commission européenne, au Parlement ou SEAE.

Une guerre des civilisations mal digérée

Dans un charabia, assez habituel auquel le « directeur » nous avait habitué, Seminatore est cette fois-ci plutôt clair, utilisant, dans un style de « guerre des civilisations » mal digéré, une diatribe qui ne frôle pas avec seulement les écrits habituels des anti-immigration mais tombe carrément dans une islamophobie assumée, et pour tout dire d’un racisme primaire. « Toutes les formes de coexistence expérimentées jusqu’ici ont été un échec, car l’Islam européen est devenu une sous culture intransigeante et hostile, ne cohabite pas avec d’autres confessions, ne partage en rien le bien commun, s’ oppose au siècle, vit en isolement communautaire et n’accepte pas le monde » écrit Seminatore. Et, plus loin, il renchérit : « L’immigration extra-européenne et musulmane sont le lit et le terreau de ce meurtre et obéit à un dessein d’occupation physique, idéologique et culturel qui est à la racine de ces provocations récurrentes et extrêmes. » etc.

En conclusion, il appelle à des actions qui semblent devoir se dérouler en marge de l’Etat de droit « En conséquence, l’Occident, comme constellation démocratisée et pacifiée d’États de droit, lorsqu’il est attaqué, dont porter sa lutte hors du système du Jus Publicum, car la lutte est toujours décidée hors du champ de la Constitution et du droit, hors des institutions intergouvernementales et supranationales, hors de l’interdépendance économique, de la diplomatie et de la gouvernance, dans le domaine originel du terrible et du sang, de la loi biblique et de la vengeance de Dieu. » Des écrits qui sonnent étrangement comme une métaphore de l’idéologie nazie et devraient entraîner normalement des poursuites judiciaires chez celui qui a déclaré il y a peu sa candidature à la présidence de la République italienne pour succéder à G. Napolitano !

Des séminaires, bien chaperonnés

Considéré par certains par un hurluberlu, un peu gaga mais inoffensif, pour d’autres, comme un vecteur intéressant pour faire passer certaines idées, Seminatore était arrivé à attirer, à agglutiner à ses séminaires, sessions et rapports, nombre de responsables européens, en particulier de la Commission européenne, du Conseil ou du Service diplomatique européen (SEAE), qui n’hésitaient pas à parrainer ses sessions de formation ou mettre leur nom sur ses séances universitaires. Des responsables très silencieux aujourd’hui. Son « conseiller scientifique » est Pierre-Emmanuel Thomann, ancien représentant de la région Picardie à Bruxelles. Ses papiers étaient cependant assez souvent un fatras, entre réflexion géopolitique, longues discussions pseudo historiques et philosophiques, ou idées assez fumeuses, qui contenaient souvent de longues digressions sur l’antiquité, notamment à Rome ou Athènes dont était fan le directeur de l’IERI.

Un prix « civisme » parrainé par le bureau de Paris de la Commission européenne !

Étonnamment, le directeur de l’IERI suscitait une certaine confiance. Portant beau, âgé, il adorait être des réunions solennelles où se retrouve le beau monde de la défense européenne (UE) ou euro-atlantique (OTAN), que ce soit aux manifestations des Amis de l’Europe (Security Defence agenda), de l’institut européen d’études de la sécurité ou à certaines « auditions » du Parlement européen, qu’il pouvait ainsi « draguer » pour ses séminaires. Il était obstiné d’ailleurs, et avec l’aide de plusieurs stagiaires, n’hésitait pas à vous relancer au besoin pour assister à ces séances. J’ai ainsi été sollicité à plusieurs reprises, pour présider un de ses groupes, j’ai toujours refusé « ne sentant pas vraiment le bonhomme ». Un diplomate français, avec qui j’avais discuté sur le bonhomme, avait marqué son étonnement devant cette méfiance, estimant que le détour par l’IERI valait le coup. Apparemment d’autres pays, d’Asie centrale notamment (Kazakhstan, Ouzbékistan…), avaient aussi estimé que l’IERI pouvait un vecteur intéressant de « dialogue ». Seminatore est d’ailleurs chevalier de l’ordre Do’Stlik de l’Ouzbékistan (du moins c’est ce qu’il prétend). Ses écrits avaient aussi trouvé place dans plusieurs publications ou sites — comme la Revue « Défense nationale » (à laquelle il collaborait régulièrement jusqu’à peu encore, voir ici, avant que la nouvelle direction de la Revue ne décide d’interrompre la collaboration) ou le site Diploweb de Pierre Verluise (ici) — pourtant réputés pour leur sérieux.

L’IERI venait d’ailleurs, en décembre dernier, le prix spécial du jury « Civisme, Sécurité et Défense » décerné par l’association Cidan, un prix placé sous le patronage de la représentation en France de la Commission européenne (et soutenu financièrement *), qui avait été délivré de façon solennelle lors de la conférence sur la sécurité à Berlin par Robert Walter, député britannique (conservateur) et chef de la délégation britannique au Conseil de l’Europe, ancien président de l’assemblée parlementaire de l’UEO et aujourd’hui organisateur des rencontres de Berlin, à la tête de l’association européenne de sécurité et défense qu’il avait créée dans la foulée de la dissolution de l’UEO…

(Nicolas Gros-Verheyde)

La remise du prix "civisme" à Seminatore (2e à droite) (crédit : Cidan)

I Seminatore (2e à droite) aux côtés de Robert Walter (ancien président de l’assemblée parlementaire de l’UEO et organisateur de la conférence sur la sécurité de Berlin) lors de la remise du prix « civisme » à Berlin. A gauche, on reconnait Hans-Peter Bartels, député SPD et président de la commission Défense du Bundestag (crédit : BSC / CIDAN)

(Maj 26.1 et 27.1 avec détails et réactions) Les instances européennes sollicitées par B2 n’ont pas voulu répondre (Bureau de la Commission européenne de Paris, Robert Walter, …) ou se sont dédouanées de tout soutien. Au Service diplomatique européen (SEAE), on souligne que « parler à des think-tanks » ne signifie « pas être engagés par leurs écrits et prises de positions », précisant que « l’IERI n’a reçu aucun financement du SEAE ». Au CIDAN, en revanche, on dit ne pas comprendre la polémique, on confirme à la fois le prix européen reçu par l’IERI – qu’il méritait pour son « Académie diplomatique européenne » – et on s’affirme même pas très éloigné de certaines idées défendues par I. Seminatore.

(Maj 2.2) La représentation de Paris de la Commission européenne nous a fait savoir qu’elle avait soutenu financièrement le prix du CiDAN en 2014 à hauteur de 3000 euros (2000 euros pour  la mise en place du concours à hauteur de 2000 euros et 1000 euros pour la réalisation du trophée). Mais qu’elle n’avait pas participé au jury pour l’attribution du prix. « Aucun soutien (financier direct) n’a été accordé à l’IERI ».


(Maj 28.1) M. Seminatore nous adressé ci-dessous un droit de réponse. Il menace de saisir la justice mais ne respecte ni la procédure très simple du droit de réponse, ni le contenu du droit de réponse. Néanmoins, nous pensons utile de reproduire tel que ce qui, pour nous, n’est pas très digne d’un « think-tank ». Chacun jugera.

« la seule réponse convenable est une saisine de la justice pour diffamation peronnelle et institutionnelle. (…) En effet, vous avez abusé de votre droit de journaliste et de chroniqueur et vous avez porté atteinte à la liberté de la presse en opérant deux transpositions indignes, illicites et coupables : celle d’attribuer à l’IERI, les opinions et les mises au point, signées à mon nom en ce qui concerne l’article  » Islam et Occident: deux civilisations incompatibles »;la deuxième de  mentionner dans la nébuleuse des personnalités évoquées par votre papier, une série de noms,non concerné par mes idées, voire même d’idées opposées. Cette double opération de transposition de responsabilités intellectuelles s’appelle amalgame et faute. Elle  est contraire à la loi, à l’éthique professionnelle et à la moralité commune. Elle est également passible d’être traduite en justice comme attaque « ad hominem » et comme atteinte au débat d’idées . En effet, il n’ existe pas en matière d’opinions, la notion de faute collective ou de ligne politique commune sauf dans les partis totalitaires. Pourtant, vous avez extrapolé, diffamé et sali, une série d’ institutions et de noms, sous la fausse accusation de parrainage et/ou de bienveillance à mon égard. Cette indigne opération porte atteinte à mon honorabilité et à celle d’hommes et de femmes qui ont participé aux activités de l’IERI. Le délit d’opinion n’existe que dans votre tête de » gauchiste » invétéré et constitue un facteur de désinformation, d’intoxication et de dévoiement de la presse, à laquelle vous n’apportez que votre indignité d’homme et de chroniqueur. »

M. Seminatore met en fait en cause tout simplement la liberté de la presse. Ce qu’il souhaite voir éteindre, c’est le droit qu’a la presse et le journalisme de mettre le doigt sur certains agissements ou écrits, d’exprimer son désaccord ou la critique. Il ne répond à aucun moment sur le fond. Il nous accuse de « fautes ». Or, premièrement, il ne peut prétendre que ces écrits ne sont pas attribuables à l’IERI. Ils se trouvent sur le site de l’IERI, en bonne place, signés de lui-même qui est – il l’atteste dans son droit de réponse – président de l’IERI. Deuxièmement, il veut s’abriter – comme il l’a souvent fait – derrière un certain nombre d’organisations ou de personnalités, pour éviter la critique dont il pourrait être l’objet. Or, sur le site même de l’IERI, il revendique de nombreux parrainages, partenariats et autres appuis.

Avramopoulos Wiki

Avramopoulos et Jourova : le maillon faible de la Commission Juncker ?

Avramopoulos Wiki(BRUXELLES2) La Commission européenne a normalement deux hauts responsables qui sont en première ligne dans la lutte anti-terroriste : le Grec Dimitris Avramopoulos, commissaire chargé de la Migration et des Affaires intérieures, et la Tchèque Vera Jourova, son alter-ego chargée de la Justice et des droits des Consommateurs. Deux personnes qui semblent aujourd’hui totalement absentes du débat politique européen aujourd’hui. Au point que c’est le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, qui a été envoyé au charbon devant la presse, mercredi. Avec un résultat pas très bon, il faut le reconnaître, et des réponses peu à la hauteur de la gravité du sujet (Lire : Face au terrorisme, Frans Timmermans temporise. On en reparle en mai !). L’exécutif européen semble vouloir jouer profil bas sur la question de la lutte anti-terroriste. Est-ce dû à ses responsables ?

Avramopoulos plus préoccupé par la politique grecque

Le Grec Dimitris Avramopoulos est très politique. Il parle beaucoup, en général bien. Et son discours est convainquant. Mais il n’a jamais été un « bourreau de travail » et répugne à se plonger dans les dossiers. En Grèce, d’après mes informations, il a réussi à entretenir avec la plupart des partis de bonnes relations, au point que le parti de gauche Syriza pouvait penser à lui pour le poste de président de la République. Un poste qui lui irait comme un gant, un poste honorifique, consensuel, et sans difficulté technique. Ce projet, évoqué un moment, semble avoir fait long feu (pour le moment). Le parti « Nouvelle démocratie » de Antónis Samarás veut éviter tout ce qui apparaitrait comme une position de compromis en donnant à Syriza un label de gouvernabilité. Mais, malgré ses démentis, faibles, Avramopoulos ne semble pas avoir renoncé à jouer un rôle à Athènes. En début de semaine, invité au débat des ministres des Affaires étrangères, lundi, sur la lutte anti-terroriste, il a filé au plus vite. L’ordre du jour a été bousculé pour lui permettre d’intervenir devant les Ministres et de partir ensuite. Mais il n’a pas assisté ensuite au débat des ministres qui était pourtant consacré à son dossier…

Jourová : une absence justifiée

La Tchèque Vera Jourová est arrivée à la Justice par défaut. C’est une réalité. Ce n’est pas le dossier qu’elle ambitionnait ni celui que la République tchèque ambitionnait. A Prague, le dossier « justice » a d’ailleurs été largement perçu comme un sujet mineur par rapport à celui de la « Politique régionale » ou des « Transports ». A tort, sans doute, comme je l’avais expliqué sur la télévision tchèque, au moment de sa nomination. Son audition avait été assez laborieuse (lire :  Cinq commissaires en balance). Et, depuis sa nomination, Jourová, n’a pas vraiment été très active ni indiqué qu’elle avait pris, à bras le corps, les dossiers, mis à part celui des Roms. A sa décharge, il faut mentionner un problème personnel, une maladie (hépatite) qui l’a immobilisée de nombreuses semaines, après sa nomination. Elle n’est revenue à ses fonctions que récemment. Il serait donc plutôt inconséquent de tirer des conclusions hâtives, d’autant que son audition au Parlement européen.

Une rupture négative ?

Quel qu’en soit la cause, la Commission semble souffrir d’une atonie politique. Ce qui tranche singulièrement avec le passé. Le ou les postes de commissaire(s) ont souvent été occupés par des personnalités qui ont réussi à tracer leur sillon sur ce sujet, soit en s’imposant dans le jeu médiatique, soit en ayant acquis une certaine technicité sur des sujets, parfois les deux. Dans la Commission précédente, le duo Cecilia Malmström – Viviane Reding a sans doute une des (rares) réussites de cette Commission Barroso. Et, auparavant, l’Italien Franco Frattini comme le Français Jacques Barrot ou le Portugais Antonio Vitorino (en poste en 2001) avaient illustré sur le sujet, chacun à leur manière, une compétence ou une prestance que n’a pas (encore) réussi à acquérir la Commission Juncker. Aujourd’hui, cela ne semble pas être le cas. Du coup, on entend beaucoup plus Gilles de Kerchove, le coordinateur anti-terroriste. « Un peu trop » semble-t-il au gré de certains responsables de la Commission européenne même si ceux-ci ne l’avoueront jamais officiellement.

Commentaire : La faute n’en incombe pas à l’intéressé… Elle est plutôt à rechercher dans l’organisation de la Commission. Certes la « lutte contre le terrorisme » n’est pas dans l’ADN de l’exécutif européen. Mais alors que les sujets évoqués sont importants et graves, touchent à toutes les politiques européennes, le sujet semble délaissé. Incompréhensible. Est-ce Avramopoulos et Jourova, Timmermans ou Jean-Claude Juncker lui-même, voire Federica Mogherini ? Contrairement aux autres responsables, la Haute représentante de l’UE, a très vite pris la mesure du sujet, même si elle était absente lors du premier échange de vues « terrorisme » de la Commission européenne (en déplacement à Washington). Il serait peut-être temps que l’exécutif européen désigne très clairement, en son sein, un pilote politique, un coordinateur de son action qui semble aujourd’hui dispersée et hésitante.

TuskMogheriniVanRompuySallePress@UE140830

2014, année du renouvellement européen

TuskMogheriniVanRompuySallePress@UE140830(BRUXELLES2) Cette année 2014 aura été au niveau européen, avant tout, celle du renouvellement des structures européennes. Durant plusieurs mois, l’Union européenne a été en période électorale. Il s’agissait de renouveler non seulement les parlementaires européens mais derrière eux, tout un dispositif politique : les commissions parlementaires, creuset de la loi européenne du côté de l’assemblée parlementaire, les commissaires et leurs cabinets, nerfs de la guerre de l’initiative européenne. La Commission européenne a été, en effet, pour la première fois, issue indirectement du suffrage universel. Et les postes de « tête » (président de la Commission, du Conseil européen, Haut représentant) ont découlé indirectement des rapports de force politiques nés des élections.

Le système de « Spitzenkandidat » mis au point au Parlement européen par les principaux partis politiques (parti populaire, parti socialiste, libéral et verts) a fonctionné pleinement. Le pari n’était pas évident. Mais c’est finalement le candidat (Jean-Claude Juncker) du parti arrivé en tête (PPE) qui a été nommé à la tête de la Commission européenne, générant pour la première fois un vote au Conseil européen, d’habitude habitué aux formules plus consensuelles (Lire : Jean-Claude Juncker sera-t-il, bien, élu président de la Commission ?).

Vote qui a abouti, fait aussi majeur, à la mise en minorité du Royaume-Uni, qui avait jusqu’ici réussi à bloquer tout candidat un tantinet trop européen (Dehaene en 1994, Verhofstadt en 2004 par exemple). Et, c’est le candidat (Martin Schulz) du second parti en tête (PSE) qui a pris la tête du Parlement européen. Un résultat qui n’était pas automatiquement prévu dans le système des Spitzenkandidat (du moins officiellement).

Un bémol doit cependant être apporté à cette novation : l’atonie du système européen durant de longs mois – qui était au ralenti entre février et novembre 2014 – oblige à réfléchir pour aménager ce dispositif, plus démocratique, mais aussi paralysant (lire :Nomination à la Commission. Une procédure très justifiée mais bien trop lente).

Un changement d’ambiance politique

Quoi qu’il en soit triangle du nouvel exécutif – issu du choix respectif des citoyens et des Etats membres – paraît à la fois plus dynamique et plus efficace que le précédent. Entre Barroso-Ashton-Van Rompuy et Juncker-Mogherini-Tusk, il n’y a pas photo (Lire : Barroso accroche son portrait. Au revoir et sans regret). Le niveau de force politique plus important. Restera à savoir si chacun trouvera ses marques, notamment entre Federica Mogherini (Lire : La diplomatie européenne retrouve un chef d’orchestre) et Donald Tusk. L’ancien Premier ministre polonais cherchant à prendre ses marques davantage au niveau international que ne l’était son prédécesseur.

Du côté de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a rapidement lancé son plan d’investissement à 300 milliards d’euros (lire : Le plan à 300 milliards de Jean-Claude Juncker. Comment çà marche ?). Un plan aux effets discutés ou discutables mais qui a un mérite incontestable. L’Europe n’est plus totalement focalisée aujourd’hui sur le chiffre du déficit ou de la dette de tel ou tel pays. C’est désormais la faisabilité et l’efficacité d’un tel plan.

Ce seul fait est déjà, en partie, le premier élément de réussite du plan d’investissement : changer la donne et le climat politique. Le nouveau délai donné à la France pour assurer le respect du pacte de stabilité en témoigne. La manière dont il a été obtenu comme les réactions qui ont suivi montrent qu’il y a un changement de mesure (Lire : La France échappe aux sanctions. Comment cette décision a été prise ?).

 

 

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre : 2014, année des menaces… et ce n’est pas fini

En Italie, au centre de contrôle de l'espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

L’ancien commissaire Jacques Barrot est mort. Européen de 7 à 77 ans!

En Italie, au centre de contrôle de l'espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

En Italie, au centre de contrôle de l’espace de Fucino, pour le lancement des satellites Galileo (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’ancien commissaire européen, Jacques Barrot est décédé ce matin à Paris. Victime d’un malaise dans le métro parisien, au M° Sablon à Neuilly, selon l’AFP, il n’a pu être réanimé par les secours. Il était âgé de 77 ans.

L’homme de multiples portefeuilles

Il était arrivé à la Commission européenne d’abord comme commissaire à la politique régionale, pour prendre le relais de Michel Barnier, de mars 2004 jusqu’à novembre 2004, dans la Commission Prodi, et avait été ensuite nommé au Transport dans la Commission Barroso I. En mai 2008, il change de portefeuille prenant en charge la « Justice et les Affaires intérieures », pour remplacer au pied levé Franco Frattini, retourné dans son pays pour devenir ministre des Affaires étrangères, ce jusqu’à la fin de la Commission Barroso I en février 2010 (lire : Jacques Barrot prend du galon). Un dossier qui l’avait passionné.

La Justice et les Affaires intérieures, son dernier bébé

Son dernier portfolio, la Justice et les Affaires intérieures l’avait incontestablement rempli d’espoir tant les enjeux étaient importants. « Le secteur de la justice et des affaires intérieures est dans sa période d’adolescence en train de devenir un champ européen dans sa maturité » expliquait-il alors. « On ne peut pas réussir un marché unique si on ne fait pas un espace de citoyenneté et judiciaire commun. Si on veut faire surgir, réveiller la citoyenneté européenne, il faut incontestablement passer par un espace judiciaire. »

Européen dans l’âme

Critiqué au départ pour son âge, ou son absence de linguistique anglophone, il avait su se faire sa place, et susciter à plusieurs reprises les applaudissements des parlementaires, souvent critiques par ailleurs, menant une politique résolument pro-européenne. Un engagement qui n’était pas feint. « C’est vraiment un choix personnel » expliquait-il aux journalistes lors de sa nomination en 2004. « J’avais failli être nommé commissaire sous Delors. (…) Bien sûr, cela m’oblige à couper les liens avec mon territoire de Haute Loire, auquel je suis attaché et l’Assemblée nationale. C’est rude de quitter un territoire, un territoire que j’ai pu industrialisé grâce au Feder (le Fonds régional européen). (Mais) Je vais devenir indépendant au sens européen. »

Passionné par ses dossiers

A chaque dossier nouveau, il s’impliquait avec passion, déblayant, débroussaillant, négociant au mieux de ce qu’il considérait pour l’intérêt européen. Modéré dans les attitudes, il savait parfois s’emporter, n’hésitant pas à parler franc, même très franc… Sur la politique régionale, il accusait les Néerlandais d’avoir négocié au rabais, refusant le passage à la majorité qualifiée dans le prochain traité. « Cela va m’emmerder sérieusement » dit-il alors.

Le « Non » au référendum, une douche froide

La nouvelle du « Non » au  référendum en France l’avait laissé pantois, un rien amer, mais cherchant à comprendre. « Il faudra décanter les attitudes, les comprendre. C’est indispensable » disait-il à chaud, alors. « Le message reste confus. Le non est d’abord hétéroclite. Il est ensuite très hexagonal. Il y a incontestablement une extrême sensibilité aux peurs, une difficulté à s’adapter à la mondialisation, mais aussi une certaine méprise entre mondialisation et Europe ». 

Pas dupe de certaines difficultés

Si Jacques Barrot soutenait sans ambiguïté le Traité de Lisbonne, il n’en était pas moins clairvoyant sur certaines difficultés. « Avec le président du Conseil — un organisateur — ; le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, qui est la voix de l‘Europe et a un rôle très important, le président de la Commission européenne —  qui doit donner l’impulsion —, et la présidence tournante – qui continue de jouer un rôle puisque le Conseil des Affaires générales va être présidé par la présidence tournante  —, c’est un quatuor qui va nécessiter une bonne entente et ne va pas être facile à organiser. » De plus, ajoutait-il « Il faudra une bonne entente entre le président Commission européenne et son vice-président ». Et ajoutait-il en esquisse de croquis du portugais, président de la Commission : « José-Manuel Barroso est intelligent, plein de compétences. Mais à certains moments car il est politique et habile, il peut être tenté par l’exercice solitaire du pouvoir. »

Un régulateur avant l’heure

Dans une Commission aux tonalités franchement libérales, où le maitre mot était « libéraliser et déréguler », il détonnait par ses prises de positions « sociales », pour ne pas dire gauchistes, comme il avait avoué lui-même un jour, à quelques journalistes (dont moi-même), tel un enfant savourant un bonbon interdit. « Vous savez, ici, à côté des travaillistes et autres socio-démocrates, je suis à gauche, voire très à gauche ! ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

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DonaldTuskPresident@UE141201

Un Polonais roué aux commandes

DonaldTuskPresident@UE141201

Donald Tusk, heureux, face à la presse (Crédit : CUE)

(BRUXELLES2) L’Europe change de président aujourd’hui. Le Polonais Donald Tusk remplace le Belge Van Rompuy à la tête du Conseil européen. Un changement de nationalité mais aussi de style. Autant Van Rompuy se plaisait dans la discrétion, préférant un rôle d’artisan en coulisses entre les Chefs d’Etat et de gouvernement des « 28 » à celui de « Président de l’Europe ». Sa capacité à pouvoir imposer un « compromis » n’avait d’égal que son talent à s’effacer le moment venu pour laisser d’autres revendiquer un « succès ». Autant l’ancien Premier ministre Tusk est un virtuose de la communication. Et il lui sera difficile de rester trop discret. Il a pour lui une certaine expérience. Avec l’Allemande Angela Merkel, c’est même un des vétérans des Sommets européens.

Libéral

Originaire de Gdansk, le berceau de Solidarnoc, après des études d’histoire et un activisme dans la mouvance du syndicat, Donald Tusk cofonde le Congrès libéral démocrate. Déjà… le mot « libéral ». Il heurtera ensuite à Bronislaw Geremek au sein de UW – l’union pour la liberté – et part fonder la Plate-forme civique. Durant ses 7 années de gouvernement, il impulse une ligne plus libérale et plus européenne que les frères Kaczyński au pouvoir.

Européen

Il réussit à replacer Varsovie au cœur de la construction européenne, lui redonnant toute sa place. Il apaise les tensions avec Berlin, inutilement agitées par son prédécesseur et commence, même, durant ce temps à renouer avec Moscou. Cette nomination « est implicitement un soutien à la Pologne. Elle ratifie les changements de l’Europe » reconnait un diplomate émérite à Bruxelles. Ce sera « à lui d’imposer son style. La fonction est neuve, il n’y a eu qu’un seul titulaire, cela ne signifie pas qu’il y a un modèle ».

Et atlantiste

L’ancien Premier ministre polonais est un activiste aussi convaincu du rapprochement avec les Etats-Unis. En 2011, lors de la présidence polonaise de l’Union, il le disait déjà. « Nous ferons tout pour avoir une bonne relation transatlantique dans la relation mondiale. (C’est nécessaire) quand on regarde objectivement la répartition des pouvoirs dans le monde ». Il défendait également le rôle de l’OTAN et la présence US en Europe, garante de sa sécurité, disait-il. (Lire : « La présence américaine en Europe garantit notre sécurité » D. Tusk).

Pressé d’agir

Tusk n’a pas attendu d’être en place, pour lâcher son premier message par twitter reprenant la formule de Jules César. « Veni, vidi… and we’ll see, what happens. Brussels, here I come ! » Autrement dit « Je suis venu, j’ai vu et nous verrons ce qui va se passer. Bruxelles, j’arrive ! » Une auto-ironie qu’il aime à pratiquer. Lors de sa désignation fin août, il avait promis de « polish my English », un jeu de mot avec le terme « polonais » en anglais. Promesse tenue. Il pratique désormais l’anglais, jurent ses proches. Et il apprend… le français.

Fin manoeuvrier

L’homme est habile et déterminé. Donald Tusk a réussi à avoir ce qu’il voulait, un poste haut placé, dans le trio de tête, pour la Pologne (lui-même), ainsi qu’un portefeuille conséquent à la Commission européenne : Marché intérieur, Entreprises et Espace confiée à l’ancienne présidente de la Diète Bienkowska. De fait, si sa nomination a pu causer chez certains, une petite surprise, Tusk avait à quelques confrères avoir déjà pensé à ce poste depuis … 2 ans déjà. L’offensive, venue notamment de Pologne et des Pays baltes, contre la russophilie de l’Italie et de sa candidate au poste de Haut représentant, ne tient pas au hasard…

Adepte de la scène internationale

En tant que président du Conseil européen, le Polonais devrait occuper tout le terrain, et pas se cantonner uniquement à l’économique ou la gestion des « 28 ». Là aussi, il devrait y avoir une rupture avec l’époque « Van Rompuy ». Le Belge, entretenait des relations avec les Chefs d’Etat ou de gouvernement étranger. Mais à sa manière, assez discrètement, laissant tout le champ libre à la Commission européenne comme à la Haute représentante. Les divergences restaient on ne peut plus discrètes. Aujourd’hui le couple Tusk-Mogherini, pourrait connaitre quelques « mises en accord » plus bruyantes. D’ailleurs, le nouveau président du Conseil européen n’a pas attendu pour se positionner sur ce terrain.

L’ennemi est désigné…

Dès la passation de pouvoirs avec Van Rompuy ce lundi, et la remise de la sacro-sainte clochette du Conseil, servant à battre le rappel de l’heure, il a attaqué bille en tête. « Nous avons aussi affaire à des ennemis, pas seulement à des  sceptiques. La politique est de retour en Europe. L’Histoire  aussi. » Et d’ajouter : « L’Europe doit assurer la sécurité de ses frontières et soutenir ceux, qui aux alentours, partagent nos valeurs ». Et sa première communication publique a été de rendre compte – par communiqué – d’une conversation tenue avec le président américain Barack Obama : « Il est important que la Russie retire ses troupes de l’est de l’Ukraine ».

(Nicolas Gros-Verheyde) version longue d’un article paru dans Ouest-France ce matin

(crédit : PE)

Nomination à la Commission. Une procédure très justifiée mais bien trop lente

(crédit : PE)

La procédure prévue pour la nomination de la Commission souffre d’imperfections, comme ces escaliers en collimaçon qui ne se rencontrent pas… sauf à l’arrivée (crédit : PE)

(BRUXELLES2) Nous arriverons dans quelques jours au bout de la séquence entamée début 2014 avec la campagne électorale pour le renouvellement du Parlement européen. Le  jeu politique auquel on a pu assisté, lors des auditions des commissaires, est très sain d’esprit à la fois pour la démocratie mais aussi pour le sens politique qu’il donne à la construction européenne. Même si les manoeuvres auxquelles il donne le flanc prêtent à l’ironie (lire : Opération Pacification au Parlement. 1 Victime collatérale).

La machine européenne au ralenti

Mais il y un fait tout aussi politique. Depuis le début de l’année, la machine européenne tourne au ralenti. Aucune proposition notable n’est plus mise dans le circuit législatif. Aucune décision d’envergure n’est prise. Seules les affaires courantes (concurrence, aide d’Etat, aide humanitaire, etc.) sont gérées. Tous les processus de réforme, d’initiatives européennes sont gelés. Même si le domaine de la politique étrangère est moins touché par ce ralentissement, certaines décisions – comme la réorganisation de l’organigramme du Service diplomatique européen, la refonte du règlement financier, des décisions budgétaires sont repoussées à plus.

Ne plus tarder

Cette vacance de pouvoirs, tolérable pour quelques mois, ne peut durer indéfiniment. Il est loisible, peut-être, que la future Commission compte quelques « poids faibles » ou que d’autres sont un peu placés à contre-emploi. Mais, globalement, cet exécutif est plutôt meilleur que le précédent. Et il faut tenter cette chance, sans commencer à rechercher la meilleure « dream team » pour l’Europe. Quitte à ce qu’il y ait des adaptations en cours de route (comme dans tout gouvernement).

Un mode de désignation peu adapté

De façon plus globale, il va falloir tirer les leçons de la mécanique décisionnelle qui s’est mise en place. Ce dispositif ,où durant quasiment un an l’Europe ralentit son mode d’action et de décision, entre en léthargie, pose question. Est-il adapté à une ère moderne où les évolutions politiques vont très vite, à un temps où le sentiment d’appartenance à un continent est on ne peut plus fragile, et à un moment où des menaces sécuritaires existent à nos frontières.

Une mécanique de désignation de la Commission trop lourde

Attendre le résultat des élections pour que chaque Etat membre désigne son commissaire, puis attendre la désignation du président de la Commission, une première audition pour attendre sa confirmation, puis les nominations des commissaires par le président, les auditions et enfin la confirmation (dans un second vote) de la Commission dans son entier, est bien trop lourd. Il va falloir revoir l’ensemble du processus de désignation. C’est-à-dire garder sa vertu démocratique, dont le moment « fort » tourne (désormais) autour l’élection au Parlement européen. Mais réduire les phases de latence avant et après, notamment en matière de désignation des commissaires, et en particulier du Haut représentant. En clair, accélérer le processus de désignation…

Quelques idées

Quelques idées peuvent être mises sur la table. Par exemple la création d’un collège complet et non plus seulement d’une tête de liste, au sein des groupes politiques. Il s’agira alors pour chaque parti en cours aux élections européennes de présenter un ticket « Président de la Commission – Haut représentant » (voire Président du Conseil). Une liste ne pourrait pas passer intégralement. Car la mise en place de la Commission nécessite un consensus entre plusieurs partis. Mais on pourrait ainsi avoir un vivier de minimum 2-3 commissaires par pays par poste, dans lequel il s’agira de puiser.

Un compromis est, dans tous les cas, nécessaire. Car si la Commission européenne doit être davantage politique (composée d’hommes politiques), elle ne peut pas et ne doit pas être partisane (composée de politiciens), sauf à être décrédibilisée. Autre idée : obliger ou permettre que chaque Etat membre désigne, avant l’élection européenne, ou au plus tard le lendemain de celle-ci, son commissaire ou ses prétendants au poste de commissaire. La désignation de plusieurs candidats permettant soit de pallier une défection ou une remise en cause, soit d’avoir le meilleur profil de candidat face à un poste disponible.

Dans tous les cas, il importe de réfléchir et de changer les modalités de désignation de la Commission. Un gel politique de près d’un an est totalement irréaliste et irresponsable.

(Nicolas Gros-Verheyde)