(B2 Pro) Initiative d’intervention, Asile, Zone euro… Le ‘Oui mais’ de Angela Merkel aux propositions d’Emmanuel Macron

(B2) « L’Europe doit être capable d’agir tant à l’extérieur qu’à l’intérieur pour être prise au sérieux dans le monde. L’Europe a envers ses citoyens non seulement une promesse de paix mais aussi de sécurité. Et nous devons la renouveler ». C’est l’eng…

Indépendance, autodétermination, l’Europe revient à une position traditionnelle

(crédit : présidence estonienne de l’UE)

(B2) En ne cautionnant pas ni ne soutenant d’une manière ou d’une autre l’autonomie catalane, l’Europe est en passe de changer de position idéologique sur l’autodétermination comme sur l’autonomie régionale. Finis les soutiens express ou en sous-main aux indépendances fractionnant les États, mise sous le boisseau l’idée d’une Europe des régions. L’Europe s’aligne sur une position très traditionnelle en matière de souveraineté et de respect des frontières, assez proche somme toute de la position traditionnelle de… Pékin. Explications…

Une position pro indépendantiste ?

Dans les années 1990-2000, et même dans les années 2010, au niveau international, l’Europe a souvent soutenu les mouvements sécessionnistes : en Slovénie ou en Croatie (vis-à-vis de la Yougoslavie), au Kosovo (vis-à-vis de la Serbie), en Érythrée (vis-à-vis de l’Éthiopie) ou encore au Soudan du Sud (contre le pouvoir de Khartoum). Lorsque la Tchécoslovaquie s’est séparée en 1991, Bruxelles n’a rien fait pour contrer le mouvement, alors qu’elle avait déjà amorcé un rapprochement avec la CEE. Sur le Somaliland (face à la Somalie), elle a été beaucoup plus prudente, à l’annonce d’un changement.

Le retournement libyen

Le retournement européen, on peut l’observer clairement sur la question libyenne. Lors du conflit civil de 2011, les Européens se sont montrés plutôt hostiles à toute séparation entre l’Est et l’Ouest. Une position qui a tenu malgré des préférences très différentes entre Européens – surtout Italiens–, les uns soutenant plutôt Tripoli, les autres plutôt Benghazi.

L’interventionniste russe

Entretemps, plusieurs événements ont changé la donne. Tout d’abord, l’interventionnisme russe, en 2008 d’abord en Ossétie du Sud et Abkhazie (provinces géorgiennes) puis en 2014 en Crimée et dans les provinces de l’Est de l’Ukraine, montre tout le danger ou la versatilité du droit à l’autodétermination.

Un faible résultat des indépendances portées par l’Europe

Ensuite, les premiers résultats des nouveaux régimes ou nouveaux États portés à bout de bras par l’Europe (Kosovo et Sud Soudan notamment) n’ont pas été vraiment éclatant. Le Kosovo est rongé par une corruption ambiante et des querelles politiques sans fin, malgré un soutien humain et financier notable. Le Sud Soudan s’est enfoncé dans la guerre et l’anarchie, sans compter l’Érythrée tombée dans une vraie dictature.

Tous ces éléments n’ont fait que renforcer ce retour européen au dogme du respect des frontières internationales. Un point consacré par le président du Conseil européen Donald Tusk qui a affirmé dans un tweet de réaction à l’auto-proclamation de l’indépendance de la Catalogne que « cela ne change rien pour l’UE. L’Espagne demeure notre seul interlocuteur » (1).

La fin d’une idée régionaliste

L’affaire catalane est en passe de faire taire également les prétentions européennes à une Europe des régions. Cette idée, développée dans les années 1990 et 2000, imaginait un exécutif européen dialoguant certes avec les États mais ne s’interdisant pas non plus de discuter avec les régions, prônant même un dialogue en direct, notamment avec la gestion des fonds structurels.

Cette tendance avait déjà perdu du terrain depuis la crise économique de 2008-2010 où l’on a vu l’intérêt d’avoir des structures étatiques plus solides. Mais aussi devant le risque d’émiettement européen très réel avec des tendances centrifuges dans plusieurs pays (au nord de l’Italie, en Espagne, en Belgique, au Royaume-Uni, voire même en Allemagne avec la Bavière, etc.). Une résurgence de cette tendance « girondine » (régionaliste) reste néanmoins perceptible, ainsi que l’a montré l’accueil en grande pompe de la dirigeante écossaise au lendemain du Brexit.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, n’a pas dit autre chose lors d’un déplacement en Guyane, selon l’AFP. « Il faut éviter les fissures parce qu’il y a suffisamment de fissures, de fractures. Nous n’avons pas besoin d’autres fissures et d’autres fractures. […] je ne voudrais pas que demain l’Union européenne se compose de 95 États ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Il a ajouté comme un écho à l’inquiétude européenne sous-jacente face à un durcissement de la position de Madrid : « J’espère que le gouvernement espagnol privilégiera la force des arguments et non les arguments de la force ».

La doctrine Juncker vs Macron comparée. Un couple s’est formé…

Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron à Tallinn, en prise forte, sous le regard, perdu, de Theresa May (UK). En arrière plan, Charles Michel (BE) et Xavier Bettel (Lux) admiratifs de ce nouveau couple (crédit : Commission européenne)

(B2) Entre le discours de l’état de l’Union prononcé par Juncker le 13 septembre (lire : Juncker appelle à l’audace. Ses propositions pour l’Europe politique) et les propositions de Emmanuel Macron à la Sorbonne le 27 septembre (lire : L’Europe de 2024 selon Macron : souveraine, stratégique, autonome), il existe de singulières « convergences » que ce soit sur le commerce ou la justice, la sécurité et la défense ou le marché unique, et les institutions.

C’est la conclusion à laquelle arrive le Centre européen de stratégie politique (ESPC), le think-tank de la Commission, dans un papier (non signé), qui se livre à une courte étude comparée, secteur par secteur, des deux discours et des propositions qu’ils contiennent. Sur nombre de secteurs, les différences sont infimes ; on peut davantage parler de « nuances » ou de « compléments » plutôt que de contradictions d’ailleurs.

Les principales différences se marquent sur la zone euro : Macron propose un budget et une assemblée pour la Zone Euro, ainsi qu’un ministre doté de larges compétences, ce qui nécessite une modification des Traités. Un point qui ne rebute pas le président français, au contraire. Sur la défense, on note aussi que le président français va plus loin proposant une force commune, dotée d’un budget et d’une culture stratégique commune (article à suivre).

(NGV)

Télécharger l’étude de l’ESPC

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