Europe – pouvoir – Traités

Hollande dit “oui mais” à Merkel. Son “Initiative européenne”. Nos commentaires (maj)

(BRUXELLES2) Le président français a présenté hier (16 mai) lors d’une conférence de presse formelle, à Paris, la volonté de passer à « l’offensive » notamment au niveau européen. Son « initiative européenne » a un objectif « sortir l’Europe de la langueur qui la saisit et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre l’avenir même de l’Union européenne ». Je ne suis pas sûr que ses propositions répondent à tous ces objectifs. Elles ne sont pas totalement originales et “décoiffantes”. Mais elles ont le mérite de remettre le couple franco-allemand au coeur du jeu de la négociation.

Le constat du cycliste

F. Hollande reprend ainsi le constat du cycliste cher à Jacques Delors – qui fut un de ses mentors en politique – et veut imprimer un nouveau mouvement. « L’idée européenne exige le mouvement. Si l’Europe n’avance pas, elle tombe ou plutôt elle s’efface ; elle s’efface de la carte du monde, elle s’efface même de l’imaginaire des peuples. Il est donc plus que temps de porter cette nouvelle ambition.»

Les éléments d’une nouvelle discussion intergouvernementale

Cette initiative repose sur 4 propositions : gouvernement économique et capacité budgétaire pour la Zone Euro, plan pour les jeunes et plan d’investissements, Communauté européenne pour l’énergie. 4 points qui ne sont pas automatiquement totalement novateurs dans la position française mais figurent un peu comme les conditions d’une nouvelle négociation européenne. Car, dans le même temps, le président français dit clairement “oui” à la proposition de la chancelière allemande “d’une Union politique”. Un ton nouveau qui peut donner, selon la stratégie classique européenne donnant-donnant (‘j’accepte ce que tu demandes, tu acceptes ce que je veux’), les éléments d’une nouvelle discussion intergouvernementale.

Une Union politique : une vieille demande allemande

L’Union politique, cette “nouvelle étape d’intégration“, Berlin l’a prôné de ses voeux. Depuis plusieurs mois (plusieurs années), les principaux dirigeants allemands le serinent sur tous les tons. La France réservait jusqu’ici sa réponse, se contentant de réponses dilatoires. François Hollande répond aujourd’hui : chiche ! Allons-y … “La France est disposée à donner un contenu à cette Union politique” se donnant “deux ans pour y parvenir“. Deux ans, “quels que soient les gouvernements qui seront en place” prend-il bien soin de préciser.

  • NB : Un petit point destiné à souligner que si ce n’est pas avec Merkel version CDU-FDP, que le président négociera, ce pourrait être avec Merkel dans une autre configuration (CDU-SPD ou CDU-SPD-VERTS) ou un autre chancelier (SPD-VERTS). A quelques jours de la venue du président français aux 150 ans du SPD à Lepizig, ce n’est pas tout à fait innocent… “Ce n’est plus une affaire de sensibilité politique, c’est une affaire d’urgence européenne.”  ajoute-t-il.

Un gouvernement économique pour la Zone Euro : une vieille demande française

Ce “gouvernement économique” se réunirait, “tous les mois“, autour d’un “véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche“.

  • NB : En octobre 2011, les “27″ avaient décidé de créer cette fonction mais en l’alignant sur celle du président du Conseil européen, même date de nomination, même durée de mandat… Sans aller jusqu’à indiquer que les personnes étaient les mêmes, c’était une incitation implicite à la fusion des deux postes. Le Traité “budgétaire” (sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire) avait entériné cette création en indiquant un minimum de deux réunions par an. La proposition “Hollande” suppose donc que ce président soit différent du président du Conseil européen, ait un mandat de 5 ans (et non 2 ans et demi renouvelable une fois) et un rythme de réunions plus soutenu. Cette disjonction des deux postes aurait des avantages : éviter toute prééminence de la Zone euro sur le choix futur du président du Conseil européen ou, à l’inverse, que la Zone euro “subisse” un président “hors zone euro. Elle aurait un inconvénient : multiplier le nombre de postes. Ou alors il faudrait ce “président de la Zone euro” préside également les conseils des ministres de l’Eurogroupe.

Ce gouvernement économique aurait quatre fonctions :

- débattre « des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres » ;
- « harmonise(r) la fiscalité » ;
- commencer à « faire acte de convergence sur le plan social par le haut » ;
- engager un plan de lutte contre la fraude fiscale”.

  • NB : le gouvernement économique pour la Zone euro est une antienne française. On se souvient de la volonté affichée par le président Sarkozy sous la présidence française de l’UE en 2008 et ensuite. Mais cette idée est présente dans le corpus politique français bien avant. Le président François Mitterand l’avait déjà exprimée très clairement lors de l’ouverture à Rome, en 1990, de la conférence intergouvernementale, qui devrait présider à la mise en place du Traité de Maastricht. « Si la CIG chargée de cette union économique et monétaire parvient à cette conclusion qu’il faut une monnaie (…) elle sera fatalement contrainte d’en conclure qu’il faut un gouvernement économique de l’Europe » disait-il.

Un budget pour la zone Euro

Une capacité budgétaire “serait attribuée à la zone euro” et la possibilité, “progressivement, de lever l’emprunt” demande F. Hollande. NB : Une proposition qu’il classe dans son discours en 4e position. Nous l’avons ramené dans la logique du gouvernement économique en 2e position. Le point est, en effet, très discuté et disputé. Berlin mais d’autres capitales n’étaient pas très chauds du tout sur cette proposition, voire hostiles.

Un plan pour l’insertion des jeunes

Le cadre financier européen, le budget européen a déjà prévu six milliards d’euros pour l’emploi des jeunes.” Pour le président il faut “mobiliser tout de suite, avant même que le cadre financier ne soit en place pour 2014, une partie de ces fonds pour que nous puissions venir en soutien de tous les jeunes d’Europe qui, aujourd’hui, peinent à trouver une formation ou un emploi“. En complément, l’Europe devrait définir “une stratégie d’investissements, notamment pour les nouvelles industries et pour les nouveaux systèmes de communication“.

  • NB : on est, ici, dans un schéma assez classique européen, le Fonds social européen comme la stratégie de Lisbonne avaient déjà indiqué comme priorité l’emploi des jeunes ou les nouveaux systèmes de communications. On attend simplement de voir ce que veut dire cette “nouvelle stratégie d’investissements”.

4° Une “Communauté européenne de l’énergie”

Cette “CEA” serait destinée à « coordonner tous les efforts pour les énergies renouvelables et réussir ensemble – alors que l’Europe a des pays qui n’ont pas les mêmes politiques énergétiques – à assurer la transition énergétique ».

  • NB : C’est une promesse de campagne du président Hollande. Mais il y a une division fondamentale, tue souvent à Bruxelles, sur le nucléaire. Un point qui oppose, là encore, Berlin et Paris. On ne peut aussi qu’être sévère. Que de temps perdu ! Il y a dix ans, on laissait s’enterrer la CECA, la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier, au prétexte que le “charbon c’est le passé”. Et que les instruments communautaires existants suffisaient bien assez. La CECA avait cependant des instruments assez innovants (prélèvements sur les producteurs, réinjection dans les capacités et la formation) que n’avaient pas et n’ont toujours pas les instruments actuels européens.

(Maj) Ajout de complément d’informations sur la gouvernance économique. Et rappel du traité budgétaire.

Télécharger l’intervention du président Hollande

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L’Europe souffre mais tient…

L’Europe souffre mais tient…

Il n’y a pas que les fonctionnaires européens qui font grève… La population aussi semble vouloir faire une “grève d’Europe”

(BRUXELLES2) Depuis cinq ans que dure la crise, l’Union européenne a montré une certaine résilience, à la fois politique et financière. Certains pariaient sur le départ de la Grèce de l’Euro et derrière le délitement de la monnaie unique. Ils ont perdu. D’autres prédisaient l’effondrement de l’Union européenne, ce n’est pas le cas. Les Cassandre, qui ont confondu leurs désirs avec la réalité, en sont pour leurs frais. Il n’est pas inutile de s’en rappeler ce 9 mai, fête de l’Europe.

Les structures politiques, relativement faibles, et souvent hésitantes, ont tenu

Après cinq années de crise, les structures politiques sortent d’ailleurs plutôt renforcées qu’affaiblies. Le président du Conseil européen, instance dont on pouvait s’interroger au départ sur son utilité, a prouvé son utilité. La Commission européenne, endormie, a dû se “secouer les puces”. Le processus de dérégulation – un effet de mode et une volonté idéologique plutôt qu’une nécessité économique – a été gelé. Et la machine de régulation, donc d’harmonisation, est repartie. Si le rythme continue, les années 2012-2015 devraient rester dans les annales européennes comme un moment d’intégration comme on n’en avait pas connu depuis 20 ans.

Mais tout n’est pas rose. Le dispositif européen reste encore largement déséquilibré privilégiant le financier sur l’économique, l’économique sur le social. Son système politique reste au milieu du gué. Les structures issues du Traité de Lisbonne n’ont pas toutes prouvé leur efficacité. Chacune des institutions n’occupe pas pleinement le rôle qui lui est est dévolue. La Commission, notamment, doit ainsi retrouver une force proposition, dynamique et “intelligente” et non idéologique (*). Le système de “réaction de crise” dépend encore trop de l’ambiance, des personnes, de la volonté. Et il reste des “trous” d’organisation dans le dispositif où l’exécutif entremêle avec le législatif, et le politique avec le technique.

L’éloignement des Européens et du monde

Enfin, et surtout, la structure européenne apparait parfois très très éloignée de la réalité quotidienne. Ce qui pose un sérieux problème… Car le sentiment européen s’effiloche à l’intérieur comme à l’extérieur. Résultat, la puissance européenne s’affaiblit… On peut prendre deux indicateurs, très distincts pour rendre compte de cette évolution : l’attitude de la population (via les derniers sondages d’Eurobaromètre, automne 2012) et les réserves de change (à travers les statistiques du FMI).

(*) sa dernière proposition de ponctionner les comptes chypriotes qui vient, en grande partie de l’équipe d’Olli Rehn, est plus qu’une erreur. C’est une faute politique qui aurait dû être sanctionnée

* * *

L’image brouillée de l’Europe et un manque de confiance croissant

Dans la population, l’image de l’Union européenne s’est brouillée et dégradée à un niveau très inquiétant. La chute est brutale. Il y a cinq ans, l’image de l’Europe était positive majoritairement (entre 45 et 52 %). Seule une petite minorité (un sixième de la population) en avait une image négative. Et ceux qui en avaient une image floue représentaient un tiers de la population.

En 2012, les lignes négative et positive se rejoignent. Ceux qui ont une image négative et ceux qui ont une image positive sont à égalité. Et ceux qui sont indifférents (ou s’en foutent) progressent de façon nette au point de prédominer. NB : Eurostat utilise le mot “neutre”, c’est un peu usurpé, être neutre c’est au mieux être indifférent. Pour avoir une bonne appréhension du problème, on peut addtionner les taux des négatifs et des “neutres”. On s’aperçoit ainsi qu’il y a 5 ans, les “positifs” dépassaient les “neutre” + “négatifs”. Aujourd’hui, la situation est renversée : les “neutres” + “négatifs” représentent plus du double des “positifs”. Le problème est donc conséquent et rapide.

La question de la confiance dans l’Union européenne confirme cette évolution. Les lignes “confiance/non confiance” se croisent dans l’année 2010. Le nombre de personnes (57%) qui n’ont pas vraiment confiance est quasiment le double du nombre personnes qui ont confiance (33%). C’est dans les pays en crise (Espagne, Portugal, Grèce, Chypre…) souvent pro-européens, que la chute est la plus brutale. Mais l’évolution atteint aussi d’autres pays et non des moindres : les Allemands, les Français, jusqu’aux Belges sont en panne d’Europe.

L’évolution est brutale. Il y a cinq ans, 65 % des Espagnols avaient confiance en l’UE ; aujourd’hui ils sont 72 % à ne plus croire à l’Europe, contre seulement 20 % qui y adhèrent encore.

Selon les chiffres d’Eurostat, la défiance est aujourd’hui majoritaire dans 20 pays de l’UE (les principaux). On peut ainsi distinguer trois groupes de pays où la défiance l’emporte : ceux qui avaient un certain eurosceptiscime ancré (Royaume-Uni 69%) sont rejoints voire dépassés par ceux où existe la crise (81% en Grèce !, 72% en Espagne, 64% à Chypre).

Même l’Italie traditionnellement “euroenthousiaste” franchit la barre des 50% de défiance (53% défiants contre 31% confiants). Ce sentiment existe aussi dans les pays “riches”, moins touchés par la crise, qui craignent de s’appauvrir et de payer (59% de défiance en Allemagne, 55% en Autriche). Même la Belgique, pourtant doté d’un solide sentiment europhile, commence à douter : 51% de défiance contre 46%.

L’Union européenne ne jouit, en fait, aujourd’hui d’une confiance majoritaire que dans sept Etats (ratio confiance / défiance) : Bulgarie (60% / 24%), Lituanie (49% / 37%), Pologne (48% / 42%), Danemark (48% / 46%), Estonie (46% / 38%),  Malte (46% / 34%) et Roumanie (45% / 40%). NB : Des pays qui, il faut le reconnaitre, ont un poids secondaire tant en population (1/6e à peine du total) qu’au plan économique ou politique.

Ce n’est plus suffisant… S’il n’y a pas un redressement rapide de l’opinion publique le projet européen qui visait à “unir les Etats et les hommes” a du plomb dans l’aile. Il ne marche plus que sur une jambe, donc clopine, et cet état des lieux ne peut jamais durer bien longtemps…

Autre indicateur : les réserves de change

La monnaie unique, l’Euro (€) a cessé d’être une monnaie “refuge”. Si on examine les statistiques de réserve de change du FMI (*) en les mettant en ratios (pourcentage), on perçoit bien les évolutions et renversements de tendance qu’a produit la crise. Le taux de réserves de change en euro en 2012 chute juste au-dessous de 24% soit à peu près le même taux qu’il y a dix ans (2002), voire avant l’instauration de la monnaie unique. En 1995-1996 (si on prend le volume cumulé DeutschMark-Franc-GulderNl-Ecu), il avoisinait déjà les 24% (*) ! Toute la montée progressive de l’Euro (qui a atteint un point culminant de 27,6% en 2009) est ainsi effacée.

Le Dollar ($) qui cédait constamment du terrain depuis l’apparition de la monnaie unique, passant ainsi d’environ 71% des réserves de change dans les années 2000 à 62% dans les années 2010, stabilise cette position autour de ce chiffre (61,9% en 2012). Il ne regagne cependant pas vraiment du terrain. Ce qui est un signe, en soi, pas totalement négatif pour l’Euro qui pourrait, à la faveur de la croissance, regagner du terrain.

La Livre sterling (£) qui avait progressé entre 2002 et 2007 (passant de 2,8% à 4,7%) stabilise aussi sa place autour de 4%. Les réserves de change libellées en autres monnaies qui avaient chuté à l’introduction de la monnaie unique (de 4,7 % en 1995 à 1,6% en 2000) et étaient relativement stables depuis (autour de 1,80%) augmentent rapidement depuis 2008, progressant ainsi d’un point par année (de 2% à 6%).

(*) A l’instauration de la monnaie unique, le taux de réserves de change était de 18% mais ce taux était rapidement monté dans les années suivantes à l’étiage naturel des pays constituant la zone euro.

NB: Calculs effectués à partir des chiffres 2012 de la base “Cofer” sur la base des réserves “affectées”. Il faut savoir que seule un peu plus de la moitié des réserves mondiales sont “affectées” : les réserves affectées ont eu tendance à se réduire de façon importante depuis les années 2000 – passant ainsi de 78% en 2000 à 55% aujourd’hui. Ce chiffre est relativement stable ces trois dernières années. Et 2012 est même la première année où il n’a pas diminué mais réaugmenté très légèrement (55,6% contre 55,3% en 2011)

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Députés européens. La solution “pragmatique” était la seule possible (Trzaskowski)

(BRUXELLES2) La question d’une nouvelle répartition du nombre de députés par pays n’a pas suscité grand débat au Parlement européen lors de la dernière session plénière en mars. Le rapport Gualtiari – Trzaskowski a ainsi été adopté sans coup férir avec 536 voix pour, 111 contre et 44 abstentions. Il s’agit d’assurer la représentation européenne pour la Croatie sans perturber de façon fondamentale la représentation des autres pays. B2 a rencontré l’un des deux rapporteurs, le polonais du PPE, Rafal Trzaskowski. Parfait francophone, il est difficile de lui en remonter sur le questions institutionnelles. « C’est le sujet de ma thèse, la dynamique de la réforme constitutionnelle » explique-t-il. « J’étais présent lors de la réunion à Cambridge où s’est élaboré le fameux “compromis de Cambridge” qui évoque une règle mathématique pour répartir les sièges ». Mais Rafal Trzaskowski défend le compromis approuvé par le Parlement. « Ce n’est pas vrai de dire que c’est contre le Traité » explique-t-il notamment avant de détailler les différentes options envisagées qui ont, finalement, conduit à cette solution “pragmatique”, la moins pire des solutions. Si réforme, il y a, il estime qu’elle doit se produire dans un cadre plus général de réforme des institutions. « Il n’est pas possible de discuter la réforme d’une institution, sans revoir le fonctionnement des autres » estime-t-il. Si la représentation est davantage proportionnelle au Parlement, il faudrait envisager d’avoir au Conseil un vote égalitaire par pays.

Texte complet de l’interview réservé aux abonnés du Club

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Coup de théâtre à la Chambre. Terzi démissionne au nez de Monti

(BRUXELLES2) Le ministre italien des Affaires étrangères Giulio Terzi a annoncé aujourd’hui sa démission devant la chambre des députés. Un geste théâtral qui a surpris tout le monde, y compris son Premier ministre Mario Monti, qui n’avait pas été tenu informé. C’est à la fin d’une communication urgente qu’il faisait à la Chambre avec son collègue de la Défense, Di Paola, sur le sort des fusiliers marins détenus en Inde qu’il a annoncé sa décision. « Je démissionne car cela fait 40 ans que je considère qu’il faut sauvegarder l’honorabilité du pays, des forces armées et de la diplomatie italienne » a-t-il déclaré. « Ma voix est restée inconnue. Comme ministre, j’ai exprimé de sérieuses réserves au sujet de la décision soudaine de faire revenir le 22 mars en Inde les deux militaires ».

La conséquence d’un fiasco diplomatique

Cette sortie est une des conséquences du fiasco diplomatique dans laquelle s’est empêtré le gouvernement italien ces dernières semaines d’abord en refusant le retour à l’issue de leur permission de sortie des fusiliers marins faisant l’objet d’une enquête judiciaire en Inde (affaire du Enrica Lexie) puis en validant leur retour, après quelques jours de tension importante entre New Delhi et Rome. Le ministre des Affaires étrangères, Giulio Terzi, s’était particulièrement impliqué dans cette décision prise, apparemment, en concertation avec Mario Monti. Et il avait jusqu’ici résisté à tous les appels à la démission lancé par l’opposition.

Mario Monti assure l’intérim

C’est Mario Monti qui assurera de manière intérimaire le portefeuille des Affaires étrangères. Le gouvernement est en effet démissionnaire après les élections législatives qui l’ont privé de majorité et en attendant la formation d’un nouveau gouvernement par Luigi Bersani, le leader de la gauche, vainqueur des élections mais qui ne dispose pas de majorité cependant au Sénat.

Di Paola reste à bord

Le ministre de la Défense, Di Paola, n’entend pas suivre ce chemin. « Ce serait facile, sans frais. Mais ce serait une erreur Je n’abandonnerai pas le navire en difficulté, avec Maximilien et Sauveur (les deux militaires) à bord, jusqu’à mon dernier jour au bureau » a-t-il déclaré.

La colère de l’armée

Le chef d’Etat-Major de l’armée, l’amiral Luigi Binelli Mantelli, avait publié il y a trois jours dénonçant, dans un communiqué envoyé à la presse, le traitement du dossier par les responsables politiques. « J’espère que cette question, qui prend de plus en plus, le ton de la farce se terminera dès que possible et que nos Fusiliers, représentants de l’État, au même titre que tous les militaires opérant à l’étranger pour la paix et la stabilité, retourneront rapidement devant la juridiction italienne ». Un communiqué qui n’est pas que personnel. Il exprime la colère qui règne dans les milieux militaires, surtout la marine, qui se sent abandonné par l’Etat.

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Quand la démocratie devient un détail gênant. Une prime au populisme et aux extrêmes ?

Quand la démocratie devient un détail gênant. Une prime au populisme et aux extrêmes ?

(BRUXELLES2) Semaine après semaine, l’Europe n’en finit pas de resserrer la vis. Avec des mesures propres qui s’auto-détruisent aussi rapidement qu’elles ont été mises en place. Nombre de mesures d’austérité mises en place ne dégagent pas les ressources attendues, la baisse de la consommation et donc de la croissance annihilant les gains espérés. En revanche, elles provoquent incompréhensions, exaspérations voire hostilités. L’Europe est en train de tuer à petit feu l’idée européenne et de s’affaiblir au plan mondial. La mise en place d’une taxation sur les dépôts d’épargne à Chypre est le dernier avatar d’une politique qui n’a que peu faire des principes démocratiques et économiques. Si on voulait faire peur à tous les épargnants non seulement à Chypre mais dans toute l’Europe, on ne pouvait pas s’y prendre mieux…

Le populisme extrême gagne du terrain

Les gouvernements chutent comme des mouches face à la crise. Grèce, Italie, Bulgarie, Chypre… la liste est déjà longue. Et cela devrait continuer. Au plan social, le phénomène des immolations des exclus se poursuit en Bulgarie. Et il serait erroné de n’y voir qu’une scorie d’un malaise. Au plan politique, la constitution de grandes coalitions n’est qu’un pis aller qui laisse une marge de croissance aux oppositions les plus extrêmes. Le danger ne semble pas venir de l’extrême gauche aujourd’hui, malgré toutes les prévisions (ou les craintes). Elle vient d’un populisme, plus ou moins teinté d’extrémisme, voire carrément extrême. Aube dorée, Vrais Finlandais, Jobbik, Ukip… Ces mouvements semblent avoir le vent en poupe. Que ce soit au sud, à l’est ou au nord de l’Europe, quelles que soient les bonnes ou mauvaises raisons, le signe du repli sur soi a sonné. La victoire du populiste gentillet de Beppe Grillo en Italie – tant cité en exemple – n’est qu’un épiphénomène. Au train où vont les réformes, il n’est pas évident que ses électeurs retournent gaiement vers les partis traditionnels une fois la déception dans leur leader acquise.

Le critère d’acceptation par la population et le respect des règles démocratiques deviennent un détail

De la même manière qu’en 2008, l’exécutif européen avait tardé à prendre la mesure de l’ampleur de la crise financière ; il semble aujourd’hui ne pas mesurer l’ampleur de la crise politique et sociale qui sourd. Ce n’est pas faute de l’analyser. Je me souviens d’une conversation avec José-Manuel Barroso il y a déjà plus d’un an qui anticipait des difficultés politiques. Le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier disait encore récemment redouter une succession de crises. Et Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme. On ne peut pas qualifier ces trois personnalités de dangereux illuminés. Mais c’est comme si les dirigeants européens n’osaient pas tirer les conséquences de leur analyse, enfermés dans une analyse juridique du Traité. “On ne peut pas”, “Ce n’est pas prévu”, “pas autorisé” reviennent comme des leitmotiv. La “base légale” dicte une loi d’airain. Et les décisions se succèdent toutes aussi justifiées les unes que les autres mais hallucinantes en termes politiques. Car injustifiables pour une population. Le critère “d’acceptabilité” par la population des mesures prises est tenu pour portion négligeable. Quant au respect des règles démocratiques, il devient un “détail”, gênant, dans la procédure européenne.

Un nécessaire changement de paradigme

La situation est grave. Et, cette fois, l’Europe ne peut en rejeter la faute sur les autres. Ce sont ses propres décisions, son propre système de gouvernement qui sont en cause. Et la colère pourrait se retourner contre elle… Si la crise financière avait ses origines dans une certaine aberration financière et une dérégulation à outrance, cette crise là ne peut chercher ses origines à l’extérieur. Elle provient, pour une bonne partie, des décisions prises par les dirigeants européens. Et elle constitue un très mauvais signal dans les autres pays. Face au danger, il faut arrêter certaines politiques suicidaires, sans doute mettre de côté certains critères du pacte : fixer la réduction de la dette comme de l’inflation comme un objectif de moyen terme mais non un impératif de court terme (la Bulgarie et la Roumanie sont aujourd’hui des Etats modèles si on regarde uniquement cet indicateur !). Et jeter toutes les forces dans la bataille pour remettre en place une certaine croissance et jeter les bases non pas d’un pacte budgétaire mais d’un pacte fiscal et social (avec taux minimal et maximal pour l’impôt sur les sociétés, pour les cotisations sociales, pour l’impôt sur les plus values…) afin d’éviter des effets de dumping social/fiscal mais aussi des pertes de ressources pour les Etats.

Si les Européens n’agissent pas, de façon rapide, énergétique et innovante, mais aussi compréhensible pour ses citoyens, ils auront réussi cette gageure : sauver l’Euro mais perdre l’Europe…

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Alexander Alvaro grièvement blessé dans un accident de la route (maj)

Les pompiers après la désincarcération de l’Audi A8 de l’eurodéputé (crédit : DPA)

(BRUXELLES2) Le vice-président du Parlement européen, l’allemand Alexander Alvaro a été grièvement blessé vendredi soir (22 soir) dans un, banal, accident de la route sur l’A1, en Allemagne, juste après la sortie de Bursheid, alors qu’il se dirigeait vers Cologne et Bruxelles. Le conducteur du véhicule qui le précédait, une Opel avec trois jeunes à l’intérieur, a perdu le contrôle. (Maj) Selon les derniers éléments de l’enquête, relatés par le Bild le 3 mars, le jeune conducteur a en fait voulu éviter une autre voiture qui a fait une embardée alors qu’il le doublait. Il a alors heurté la glissière de sécurité.

Crash violent

Derrière, l’Audi A8 de l’eurodéputé, qui arrive à grande vitesse, n’a pu éviter. Le crash a été très violent, selon le récit qu’en fait le quotidien Bild. La photo de l’Audi pris après l’accident en témoigne. Les deux véhicules après l’accident sont distants de plusieurs centaines de mètres. Le bloc moteur s’est détaché. Et il a fallu 45 minutes aux sauveteurs arrivés sur place pour désincarcérer l’eurodéputé de son véhicule. Dans l’autre véhicule, le bilan est encore plus dramatique : le conducteur de 21 ans a été éjecté et tué sur le coup, les deux autres âgés de 15 et 16 ans sont grièvement blessés. L’autoroute a été fermée durant de nombreuses heures. Atteint de sévères lésions cérébrales, Alexandre Alvaro a été transporté en ambulance vers l’hôpital de Reimsheid. Pronostic réservé
Etoile montante du FDP

D’origine portugaise, Alexander est député du FDP et une des “étoiles montantes” du parti libéral. Il est l’auteur notamment d’un rapport sur la transmission des données téléphoniques aux fins de lutte contre le terrorisme ; un sujet (terrorisme, protection des données …) qui le tenait à coeur. Il a mené campagne pour le transfert du parlement à Bruxelles, prônant un seul siège pour l’institution.

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Petit tripatouillage électoral grandeur européenne ? Français, Britanniques, Espagnols au tapis (maj)

Petit tripatouillage électoral grandeur européenne ? Français, Britanniques, Espagnols au tapis (maj)

(BRUXELLES2, enquête) Chacun devrait prêter davantage attention aux travaux qui avancent discrètement au Parlement européen à Bruxelles. Objectif : déterminer le nombre de députés élus pays par pays. On peut déjà dire que les grands pays  — la  France surtout mais aussi le Royaume-Uni ou l’Espagne — sont en train de payer la facture… Nb : la commission Afco (affaires constitutionnelles) a voté, le mardi 19 février, le projet de rapport à 10 voix contre 9.

Une réévaluation quinquennale

Avant chaque élection, on réévalue le nombre de députés européens élus dans chaque Etat membre, pour tenir compte à la fois des dernières évolutions démographiques. On doit également tenir compte de l’adhésion de nouveaux Etats membres. La prochaine élection 2014 ne devrait pas faillir à cette tradition. L’entrée de la Croatie qui la dote d’une dizaine de députés tout comme l’entrée en vigueur de la réduction à 96 députés du plafond attribué au plus grand pays, oblige à faire des modifications à la règle actuelle. Des pays vont avoir plus de députés, d’autres moins car leur population a baissé. C’est la règle. Encore faut-il savoir comment interpréter cette règle. Pour une fois, c’est le Parlement européen qui a le maitre mot, le droit d’initiative, pour proposer une nouvelle répartition des sièges. Nous en sommes au stade du projet de rapport. Le débat en plénière est prévu le 13 mars, avec une seule lecture. Le Conseil européen devra ensuite se prononcer à l’unanimité.

Normalement l’évolution se fait au ratio de la population. Principe fixé par le traité. Mais bizarrement, les deux eurodéputés rapporteurs — l’Italien Roberto Gualtieri (parti démocratique / S&D) et le Polonais Rafael Trzaskowski (Plate-forme civique/PPE) — en ont décidé autrement. Avec des arguments – écrits noir sur blanc dans leur projet de rapport – qui valent leur pesant de café… – qu’on peut résumer ainsi : ne pas fâcher l’Allemagne, ni les petits et moyens pays par exemple, s’assurer d’une majorité au Parlement, semblent plutôt être leur préoccupation.

La règle est fixée par le Traité : la dégressivité proportionnelle

La représentation des citoyens est assurée de façon dégressivement proportionnelle, avec un seuil minimum de six membres par État membre. Aucun État membre ne se voit attribuer plus de quatre-vingt seize sièges.

Le Conseil européen adopte à l’unanimité, sur initiative du Parlement européen et avec son approbation, une décision fixant la composition du Parlement européen, dans le respect des principes visés au premier alinéa.

On peut remarquer trois éléments : un minimum de 6 sièges et un maximum de 96 sièges. Sans que l’un comme l’autre soit une obligation. Ensuite le principe d’une dégressivité proportionnelle. C’est-à-dire que le nombre de citoyens par siège de députés diminue régulièrement au fur et à mesure que la population augmente. En l’état des propositions faites par les députés, cette règle est violée du moins en ce qui concerne la France et le Royaume-Uni. Il n’y a pas d’autres mots.

Ces principes sont transposés dans la décision du Parlement européen précédente (dite Lamassoure/Severin). Celui-ci n’estime pas que les minima et maxima sont obligatoires mais sont souhaitables :

•    « Les chiffres minimum et maximum fixés par le traité doivent être pleinement utilisés pour que l’éventail des sièges au Parlement européen soit le moins éloigné possible de l’éventail des populations des États membres ».

Puis il fixe deux règles pour appliquer la règle de proportionnalité :

•    plus un État membre est peuplé, plus il a droit à un nombre de sièges élevé;

•    plus un État membre est peuplé, plus le nombre d’habitants que chacun de ses députés européens représente est élevé.

L’application de la règle – version 1

Pour appliquer ces principes, il faut ensuite se décider pour une méthode mathématique. Lors de la dernière Convention, le Parlement européen avait proposé la méthode dite “base+prop” ou “compromis de Cambridge”. Six sièges sont attribués à tous les États membres. Et les sièges restants sont distribués selon le principe de proportionnalité. Cette méthode représente « le mécanisme le plus “proportionnel” qui respecte le principe de la proportionnalité dégressive et elle permettrait d’atténuer considérablement la position critique de la Cour constitutionnelle allemande (surtout si elle est associée à une révision du traité abolissant le plafond de 96 sièges) » soulignent les rapporteurs.

Selon cette méthode, la France se verrait attribuer 9 sièges en plus ; le Royaume-Uni 7 sièges tout comme l’Espagne ; l’Italie 5 sièges. Tous les autres pays perdraient des sièges à l’exception de la Pologne (qui resterait stable). Cette nouvelle répartition est brutale. Mais elle reflète des changements démographiques importants.

TABLEAU N° 4: BASE+PROP – COMPROMIS DE CAMBRIDGE
États membres Population* Nbre de sièges Différence par rapport à 2009 Rapport population/nbre de sièges
Allemagne 81 751 602 96 moins 3 851 579
France 65 048 412 83 plus 9 783 716
Royaume-Uni 62 435 709 80 plus 7 780 446
Italie 60 626 442 78 plus 5 777 262
Espagne 46 152 926 61 plus 7 756 605
Pologne 38 200 037 51 749 020
Roumanie 21 413 815 31 moins 2 690 768
Pays-Bas 16 655 799 25 moins 1 666 232
Grèce 11 309 885 19 moins 3 595 257
Belgique 10 951 665 18 moins 4 608 426
Portugal 10 636 979 18 moins 4 590 943
République tchèque 10 532 770 18 moins 4 585 154
Hongrie 9 985 722 17 moins 5 587 395
Suède 9 415 570 17 moins 3 553 857
Autriche 8 404 252 16 moins 3 525 266
Bulgarie 7 504 868 15 moins 3 500 325
Danemark 5 560 628 12 moins 1 463 386
Slovaquie 5 435 273 12 moins 1 452 939
Finlande 5 375 276 12 moins 1 447 940
Irlande 4 480 858 11 moins 1 407 351
Croatie 4 412 137 11 moins 1 401 103
Lituanie 3 244 601 9 moins 3 360 511
Slovénie 2 229 641 8 moins 1 278 705
Lettonie 2 050 189 8 256 274
Estonie 1 340 194 7 plus 1 191 456
Chypre 804 435 6 134 073
Luxembourg 511 840 6 85 307
Malte 417 617 6 69 603
TOTAL 751

L’application de la règle – version 2

Pour autant les rapporteurs ne souhaitent pas reprendre cette formule. Pour des motifs très politiques. Son application « entraînerait une extraordinaire redistribution des sièges, impliquant de lourdes pertes pour les petits États membres et les États membres de taille moyenne et d’énormes augmentations pour les grands États membres ». De plus, « sans suppression du plafond de 96 sièges, cette méthode serait discriminatoire pour l’Allemagne vis-à-vis des autres grands États membres car elle augmenterait fortement le rapport population/nombre de sièges entre la France et l’Allemagne ». Et ils proposent une approche dite “pragmatique”. Au passage, ils inventent un nouveau principe « tout en respectant autant que faire se peut le principe de la proportionnalité dégressive, la redistribution des sièges pourrait se faire selon le principe “personne ne gagne et personne ne perd plus d’un siège” ». Ils arrivent ainsi à un résultat bien différent du précédent selon un calcul en deux étapes (dont je vous épargne la justification compliquée).

États membres Population* Nbre de sièges (étape 2) Différence par rapport à 2009 Rapport population/nbre de sièges (étape 2) Différence entre les 2 méthodes (B2)
Allemagne 81 843 743 96 moins 3 852 539 0
France 65 397 912 74 883 756 -9
Royaume-Uni 62 989 550 73 862 871 -7
Italie 60 820 764 73 833 161 -5
Espagne 46 196 276 54 855 487 -7
Pologne 38 538 447 51 755 656 0
Roumanie 21 355 849 32 moins 1 667 370 1
Pays-Bas 16 730 348 26 643 475 1
Grèce 11 290 935 21 moins 1 537 664 2
Belgique 11 041 266 21 moins 1 525 775 3
Portugal 10 541 840 21 moins 1 501 992 3
République tchèque 10 505 445 21 moins 1 500 259 3
Hongrie 9 957 731 21 moins 1 474 178 4
Suède 9 482 855 19 > 20
moins 1 499 098 2 > 3
Autriche 8 443 018 19 > 18
444 369 3 > 2
Bulgarie 7 327 224 17 moins 1 431 013 2
Danemark 5 580 516 13 429 270 1
Slovaquie 5 404 322 13 415 717 1
Finlande 5 401 267 13 415 482 1
Irlande 4 582 769 11 moins 1 416 615 0
Croatie 4 398 150 11 moins 1 399 832 0
Lituanie 3 007 758 11 moins 1 273 433 2
Slovénie 2 055 496 8 256 937 0
Lettonie 2 041 763 8 moins 1 255 220 0
Estonie 1 339 662 6 223 277 -1
Chypre 862 011 6 143 669 0
Luxembourg 524 853 6 87 476 0
Malte 416 110 6 69 352 0
TOTAL 751

On remarque ainsi quelques incongruités dans ce tableau des rapporteurs (que j’ai mis en bleu) : 1° Un saut inexplicable de la dégressivité pour l’Italie (inexplicable sauf à dire que le rapporteur est italien) qui se retrouve ainsi à égalité avec le Royaume-Uni alors qu’il y a un net différentiel de population (plus de 2 millions). 2° Une absence de dégressivité pour la France ; les Français sont ainsi les plus mal représentés avec 883.000 habitants pour un député, devant l’Allemagne. 3° Autre saut de la dégressivité (au milieu du tableau), entre la Hongrie et la Suède, on aperçoit un décrochage de 2 sièges alors que les pays ont une population quasi-identique NB : cette “incongruité” a été corrigée lors d’un vote en commission AFCO,  mardi 19 février, un siège a été réattribué à la Suède, l’Autriche compensant cette augmentation. ; 4° Enfin (en bas de tableau), l’Estonie se trouve à égalité de voix avec Chypre alors qu’elle mériterait un siège de plus.

A ce tableau publié par les rapporteurs, j’ai rajouté une colonne donnant la différence entre la méthode traditionnelle et la méthode “pragmatique” des rapporteurs. Les chiffres sont éloquents. Les grands pays paient cher cette méthode (sauf l’Allemagne qui est au plafond) : la France perd 9 députés, le Royaume-Uni et l’Espagne (moins 7 députés) ! L’Italie, un peu moins (moins 5 députés). Les gagnants se recrutent dans les pays moyens : la Hongrie a un beau bonus de 4 sièges ; le Portugal, la Belgique, la république Tchèque et l’Autriche ont 3 sièges en plus ; la Grèce, la Lituanie et la Suède bénéficient de 2 sièges supplémentaires. 

Commentaire : la représentation démocratique en prend un coup. Il ne s’agit plus ici d’avoir une proportion dégressive comme cela est fixé par le traité européens. Mais d’arranger ces critères en fonction de petits arrangements très politiciens. Les rapporteurs le reconnaissent : « dans les présentes circonstances et compte tenu du processus décisionnel actuel dans ce domaine, la solution proposée est la plus susceptible de dégager une majorité au sein du Parlement et l’unanimité au sein du Conseil tout en respectant autant que possible le principe de la proportionnalité dégressive ». En clair, la règle électorale n’est pas bonne, on la change. On n’est pas très loin du tripatouillage des circonscriptions dans le plus grand art… Cette méthode est non seulement amorale, inéquitable, mais aussi illégale et finalement dangereuse pour la démocratie.

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Un problème éthique…

(BRUXELLES2) Ils sont aujourd’hui nombreux les ex de la Commission européenne à aller pantoufler dans des lobbies à la fin de leur carrière. Quand je parle d’ex, je ne parle pas des politiques, les commissaires. C’est un autre registre et un autre tempo. Je parle de ceux qui sont en charge des dossiers, qui ont une autorité, une expérience, des relations, au plus haut niveau, les directeurs généraux, ou leurs adjoints ainsi certains directeurs voire chefs d’unité placés dans des postes clés. Bref ceux qui ont un excellent carnet d’adresse utile pour un cabinet de lobbying. Il suffit d’examiner quelques uns des associés de certaines sociétés de lobbyings pour s’apercevoir que ce phénomène ne se limite pas à une ou deux personnes mais est très généralisé, surtout dans certaines fonctions. Généralisation qui m’a été confirmé “off record” par un des portes-paroles de la Commission européenne.

Un recrutement sélectif de certains responsables

Le cabinet GPlus fondé par un ancien porte-parole de la Concurrence et pour le commerce, Peter Guilford, est souvent cité par ceux qui s’intéressent au lobbying. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il y a des cabinets plus discrets, mais tout aussi importants, qui pratiquent le recrutement, très sélectif, d’anciens responsables de la Commission européenne. Pour n’en citer qu’un, prenons par exemple, le cabinet Kreab Gavin Andersen, issu de la fusion de deux cabinets internationaux créés à Stockholm et New York, s’est acquis en 2010 les services de l’ancien directeur général de l’Environnement puis au Commerce à la Commission européenne, Mogens Peter CARL. Le service qui suit les carrières des hauts fonctionnaires à la Commission n’a rien trouvé à redire. Mais ce n’est pas sa seule prise. Il emploie une petite dizaine d’anciens cadres de l’institution européennes, dont l’ancien directeur anti-trust à la DG Concurrence, Sven Norberg, l’ancien DG pour l’harmonisation fiscale et les institutions financières, Ole Bus Henriksen, l’ancien DG adjoint au Commerce et ambassadeur à Genève, Roderick Abbott, l’ancien DG Entreprise, Magnus Lemmel…  Les postes détenus par ces responsables ne sont pas dus au hasard. Ils correspondent bien au core business de l’entreprise et à sa clientèle.

La Commission bonne fille, réembauche

A ce qui peut s’apparenter à une véritable fuite des cerveaux, voire un véritable pompage en règle de ressources intellectuelles, la Commission européenne reste sans mot. Mieux elle n’hésite pas à recourir à ses anciens fonctionnaires pour certaines fonctions. Comme Michel Petite, ancien DG du service juridique, redevenu avocat et consultant chez Clifford Chance. Il a notamment été en contact avec une entreprise de tabac. L’homme est intelligent, réputé pour sa rigueur professionnelle, et dispose d’un épais tissu relationnel car le poste qu’il occupait est des plus élevés de l’exécutif européen (le service juridique de la Commission voient passer et donnent son avis sur tous les projets de directive et litiges judiciaires). Non seulement il a été autorisé à exercer ses fonctions qui l’amènent à croiser des dossiers européens dont il pouvait avoir la charge. Mais il vient d’être renommé au “comité d’éthique” de la Commission … chargé de donner un avis sur les fonctions que pourrait occuper les commissaires (télécharger la décision ici).

Et ne répond à aucune question gênante

Lors d’une épique question de réponses hier (ici) au briefing de presse — avec mes collègues Spielman (de l’AFP) et Quatremer (Libé et Coulisses de Bruxelles) et Stroobants (Le Monde)— la porte-parole de JM Barroso n’a rien trouvé à redire à cette nomination. « Il n’y a aucun lien entre cette fonction là et les fonctions de M. Petite depuis qu’il a quitté la Commission européenne. (…) Et il n’y a aucune raison de le questionner les qualifications à remplir ses fonctions comme membre du comité ad hoc. » Quant au recrutement prolifique de ses anciens directeurs généraux par des cabinets de lobbying, la réponse du porte-parole de Barroso est éloquente : « C’est étonnant que tu poses cette question. M. Petite a été autorisé explicitement à exercer ses fonctions. Je suggère qu’on en arrête là. »

La nécessité d’une législation plus précise

On peut se poser la question, plus générale, de savoir pourquoi des hauts fonctionnaires se doivent d’aller travailler dans des cabinets de lobbying, alors qu’il y a tant d’autres manières d’occuper ses jours de retraite (écrire des livres, être avocat aux cotés de familles démunies, de consommateurs en détresse ou d’étrangers demandeurs d’asile ; travailler dans des mouvements ou organisations à but non lucratif, des fondations) … Une manière d’arrondir ses fins de mois peut-être. Mais aussi de garder un pouvoir d’influence qu’ils ont toujours eu dans leurs fonctions. « Ils n’arrivent pas à décrocher sans doute » m’a assuré un fonctionnaire.

Quoi qu’il en soit, il y a actuellement un laxisme de l’institution européenne envers ses anciens hauts fonctionnaires qui est plus que troublante, qui est gênante dans la conduire des affaires européennes. De fait, une suspicion, fondée ou non, va pouvoir entacher nombre de ses décisions, où on se demandera si elle n’a pas été influencée par un de ces “anciens” passés de l’autre coté de la rue. Il ne serait pas illogique d’encadrer de façon plus précise l’activité de ses “ex” en leur interdisant toute fonction lucrative ou dans un cabinet de conseil ou de lobbying quand ils sont en retraite ou en pension.

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