Défense UE (droit doctrine politique)

Un triangle de Weimar amer et divisé (maj)

(BRUXELLES2) Le triangle de Weimar – c’est-à-dire la Pologne, l’Allemagne, la France – n’a de triangle que le nom. On pourrait plutôt parler d’une construction géométrique de lignes entrecroisées qui, si elles partent du même point, divergent ensuite. On ne peut certes pas parler d’opposition frontale. Les trois partenaires partagent, à peu près, le constat — la nécessité de renforcer la politique européenne de défense et de sécurité —, les objectifs à long terme — comme un quartier général commun ou des battlegroups plus effectifs —. Mais c’est à peu près tout. Sur les priorités à court terme, il est difficile cependant de trouver un point commun.

Trois monologues

Quand on réunit autour d’une table des représentants polonais, français et allemand, on a ainsi l’impression d’assister trois monologues plutôt que d’un dialogue trilatéral. Pour résumer, je pourrais dire que Paris est tout affairé à ses amours d’adolescent avec Londres et à se voir considérer par Washington comme le bon élève actif. Berlin fait un travail introspectif et, sous l’impulsion de son ministre des Affaires étrangères, Westerwelle, retrouve quelques accents d’un pacifisme intransigeant qu’on croyait appartenir au passé. Tandis que Varsovie craint de rester tout seul sur son front est. Le fossé semble cependant particulièrement plus important entre la France et ses deux autres partenaires qu’entre ceux-ci.

Au-delà du manque de dialogue des responsables politiques des trois pays, il existe effectivement des préoccupations nationales divergentes, que constatent les chercheurs. La France – explique un chercheur de l’IFRI – est préoccupée par le « désarmement structurel, sa position sur la scène internationale et son influence ». Pour elle, l’arc de crise va du Sahel au Pakistan en passant par le Golfe Persique. L’Allemagne, en revanche, est plus axée sur la « prévention de crises, le multilatéralisme efficace », le respect de la Charte des Nations-Unies, les outils civils de la PSDC, comme le souligne un expert allemand de la Défense. Pour la Pologne, « la présence américaine en Pologne (Nb : avec les Patriot) est très importante (…) les « Etats-Unis présentent une garantie plus sûre pour nous que l’Union européenne ». Comme le remarque un chercheur du SWP (l’institut allemand pour les affaires de sécurité et internationales), il y a une « baisse d’ambition importante de l’Allemagne et de la France également (comme du Royaume-Uni) ». Constat largement partagé : le manque une réelle volonté politique. « Nous manquons au niveau de l’UE, d’un vrai leadership, d’une personnalité autonome capable de dire à l’opinion publique certaines vérités ».

Approche Civilo-militaire ou synergie civile et militaire

Si tout le monde semble d’accord sur la nécessité de développer une composante civile à l’action européenne, il y a des divergences sur la mise en pratique de cette idée. La proposition allemande d’ajouter une notion civile aux battlegroups n’a pas vraiment été retenue. Idée que soutiennent pourtant les Polonais, « Il faut concevoir un battlegroup Plus, avec une composante civile prévue depuis le début ». Pour les Français, officiels comme chercheurs, il faut d’abord résoudre la question de l’usage de la force. Le fait par exemple qu’un soldat allemand puisse être tenu pour responsable devant un tribunal civil pour certains actes commis en opération est difficilement concevable.

Trop de « pooling and sharing » tue le pooling and sharing

« Le temps passe et nous ne suivons pas » explique notre chercheur allemand. « 300 projets sont actuellement évalués à l’agence européenne de défense. Mais il n’y a que 7 personnes à l’agence européenne de défense (deux permanents et cinq experts des Etats membres). A ce train-là, ils auront besoin de 5 ou 6 ans pour évaluer le tout. » Et il sera trop tard. « Il faudrait définir 10 projets concrets à mener dans les années à venir ».

Le coup de froid de l’accord franco-britannique

L’accord franco-britannique a jeté un froid supplémentaire sur une coopération qui peinait à trouver ses marques. Bien que les représentants français défendent sa valeur « d’exemple » pour les autres, son caractère ouvert à d’autres coopérations… ils n’ont pas vraiment pu convaincre. Chacun connaît les tenants et aboutissants de cette coopération, centrée sur l’instrument nucléaire. Et il paraît difficile de se joindre à ce couple.

Les Allemands sont particulièrement déçus de ne pas voir leurs propositions d’implanter un centre commun de commandement de force (FHQ) à Ulm ou d’ajouter une once de civil aux actions militaires reprises et soutenues par les Français. Comme le remarque un officiel Allemand. « Nous avons toutes les raisons de tomber dans une dépression profonde »

Malgré tout…

Mais il y a des lueurs dans ce tableau assez noir. D’une part au niveau de la vision stratégique, il y a des analyses communes, comme la crainte des Etats faillis et la sécurité globale (partagée par l’Allemagne et la France). D’autre part, il y a la volonté d’arriver à des progrès « concrets ». Un mot répété à de nombreuses reprises par tous les participants. La nécessité d’engager les battlegroups est aussi vitale. « Les battlegroups ne doivent pas rester dans les casernes mais être déployés » a précisé un représentant du ministère polonais de la Défense. « La Libye aurait mérité une utilisation opérationnelle de ces groupements tactiques ».

Et il existe aussi des évolutions, les points de vue sont intéressants. On entend ainsi, coté polonais,  une ode (il n’y a pas d’autre mot) à l’opération anti-pirates Atalanta ou reconnaître qu’en Libye, la « France et Royaume-Uni ont bien agi et que l’Allemagne et la Pologne se sont trompés » (Nb : en ne soutenant pas dès le début le CNT). Et un responsable allemand célébrer la réussite d’EUTM Somalia. « On ne pensait pas que cela marcherait aussi bien ».

La Pologne a évolué

« Il y a un changement d’état d’esprit en Pologne » explique un responsable polonais à la Défense, sur les principales questions. « Est-ce que l’UE a besoin d’éléments militaires durs ? Nous disons : Oui, il faut des capacités militaires. Y a t il suffisamment d’instruments non militaires pour aller plus loin. Nous disons : Non. ». La Pologne défend aussi l’idée d’un OHQ : « Nous sommes maintenant un défenseur actif de la capacité de conduite, et estimons qu’elle est différente de ce qui peut se passer au SHAPE ».

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Les séminaristes du Triangle de Weimar

(BRUXELLES2) Après un premier séminaire, organisé à Ulm (Allemagne), sur les structures de commandement, deux autres séminaires des pays du « Triangle de Weimar »  sont organisés ces prochains jours : l’un sur les battlegroups le 5 juillet au Palais d’Egmont (Bruxelles) par la présidence polonaise de l’UE, l’autre sur la mutualisation à Paris le 13 juillet.

Les battlegroups

Organisé par le ministère polonais de la Défense avec l’institut de recherche d’Egmont, le principal objectif de ce séminaire est « d’initier une discussion directe et ouverte sur la manière d’améliorer la flexibilité et l’utilité des Battlegroups, pour permettre ainsi d’avoir une réponse plus efficace aux menaces et de répondre aux attentes de l’UE comme un partenaire mondial ». Il s’agit de voir comment améliorer les capacités militaires des Battlegroups et leur participation des activités civilo-militaires, quels sont les problèmes pratiques qui se posent (transport, logistique, financement commun…). Sont notamment invités les pays qui avaient, en 2004, proposé le concept de Battlegroups (France, Allemagne, Royaume-Uni) ainsi que la Suède qui avait fait durant sa présidence des propositions pour l’amélioration du fonctionnement des battlegroups.

Et la mutualisation

Le 13 juillet, ce sera autour de la France – et Paris – d’accueillir, à la veille du défilé du 14 juillet, auquel seront conviés certains des participants, un séminaire autour du pooling and sharing. Pardon :-) , le titre du séminaire est (en français) : « mutualisation et coopération : un défi sans alternative ». L’objectif des organisateurs est de « pouvoir proposer des pistes concrètes de relance de la coopération européenne en matières de capacités de défense ». Après une entrée en matière du ministre français de la Défense, Gérard Longuet, les « séminaristes » pourront suivre trois panels : le premier sur « La nécessité de coopérer : faire plus et mieux avec moins, c’est faire ensemble », le second sur « Coopération : quels obstacles faut-il lever? » avec des cas concrets comme la coopération au sein des pays de Visegrad ou EATC. Après un déjeuner en forme d’alerte sur « Le risque de déclassement stratégique de l’Europe », le dernier panel de la journée sera consacré aux « facteurs clés du succès ? ». Notons la participation de deux représentants des gouvernements allemand et polonais, Christian Schmidt et Zbigniew Wlosowicz.

Le programme dans les docs de B2

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Un colloque Ihedn sur l’éthique et les valeurs morales dans la PSDC

(BRUXELLES2) L’institut des Hautes études de la Défense nationale (IHEDN) organise le 7 juillet à Bruxelles un séminaire dédié « Ethique et valeurs morales » dans la politique de sécurité et de défense commune.

Il est découpé en plusieurs sessions:

  • Comment connecter la CSDP à l’éthique et aux valeurs morales –  perspectives stratégiques
  • La PSDC a-t-elle sa propre éthique ? Retour d’expériences et idées ou voies d’amélioration dans un contexte mondial.
  • Etude de cas. Rapport de recherche sur la formation à l’éthique dans les forces armées européennes ? Les robots ont-ils une ethique ? Après le Traité de Lisbonne, l’UE peut-elle un acteur neutre ou doit-elle s’engager ?
  • CSDP against the current global thinking on ethics in technology, research and procurement
  • Can we find a universal point of view in European values?

Inscription obligatoire, dans la limite des places disponibles, en cliquant ici

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Sarko tacle Gates

(BRUXELLES2) Robert Gates en a pris pour son grade aujourd’hui à Bruxelles. Interrogé par un confrère, Nicolas Sarkozy a fait une attaque en piqué sur les récentes déclarations faites à Bruxelles de l’ancien Secrétaire d’Etat à la Défense sur les capacités militaires des Européens. « Il partait à la retraite. Et visiblement ça lui faisait pas plaisir. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose que l’expression d’un peu d’amertume. » Mais surtout le président français s’élève en faux contre Robert Gates dont il conteste l’analyse. « C’est une déclaration injuste, qui tombe mal pour eux et ne correspond à aucune réalité. (…) Il n’a pas regardé de très près ce qui passait en Libye. Les Américains ne font pas l’essentiel du travail en Libye. C’est particulièrement déplacé pour Robert Gates de dire çà et totalement faux ! » Et paf, retour à l’envoyeur …

Lire également :

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Changer le mode de présidence des conseils de Défense, c’est possible

photo de famille à Majorque (crédit : présidence espagnole de l'UE, février 2010 )

(BRUXELLES2, opinion) Le modèle issu du Traité de Lisbonne — beau sur le papier, qui voit un seul personnage concentrer la présidence des conseils des ministres des Affaires étrangères comme de la Défense, avoir le rôle de commissaire européen et être le missi dominici (haut représentant) de l’Union européenne — est difficile à assumer dans la pratique. La Haute représentante a commencé à aménager sa représentation, en demandant au coup par coup à des ministres des Affaires étrangères (Lire : Un + Un = Trois). Elle doit, à mon sens, poursuivre dans cette voie, particulièrement en matière de défense. Et de façon plus décisive et déterminée. Après 18 mois de mandat, alors que différentes échéances en matière de PeSDC sont là, et que la présidence polonaise paraît vouloir prendre le sujet à coeur, le moment est venu.

Le principe du « pair » mieux accepté

Pourquoi en matière de défense et pas d’affaires étrangères. Les questions de défense sont des sujets très sensibles, touchant à la souveraineté nationale de chaque état, de façon épidermique souvent (en France, au Royaume-Uni mais pas seulement en Allemagne), à la nature même de l’Etat. Une sensibilité exarcerbée en période de restructuration ou d’intervention armée (qui ne cesseront pas tout de suite). Précisons aussi que la défense a, depuis toujours, fonctionné sous forme de coalition gouvernementale. Il sera ainsi toujours délicat à une personne qui n’est pas issue du « sérail », et qui provient d’une institution permanente, proche de la Commission européenne, de vouloir en diriger l’action. Sur ces sujets, un Etat acceptera, sans doute plus facilement, qu’un de ses pairs impose un rythme de travail, une coordination des travaux, une certaine… impétuosité.

Rien ne l’interdit

Rien n’empêche, aujourd’hui, d’associer plus étroitement le ministre de la Défense de la présidence tournante aux réunions qu’il pourrait ainsi coprésider, voire présider si Catherine Ashton est occupée par ailleurs. Rien dans les traités ne l’interdit. Chacun sait également – c’est un secret de polichinelle – que les questions de sécurité et défense commune ne sont pas (du tout) la tasse de thé de la Haute représentante. Même si celle-ci s’en défend (assez mollement il faut le dire), elle ne pousse pas ces dossiers de façon « proactive ». Elle attend plutôt des initiatives et un certain consensus des Etats. Son absence lors des premiers conseils de défense. Et sa façon expéditive de mener les débats lors des derniers en est un exemple illustratif de ce manque d’appétence.

Alors autant aller au bout du principe au moins dans les années à venir. Rien n’interdit ensuite de revenir sur ce principe. Car ne sera qu’une pratique, la règle de la présidence par le Haut représentant restera posée dans les Traités et pourrait être réimposée si nécessité ou si la conjoncture l’impose.

Redonner un souffle d’air

Confier de façon délibérée à la présidence tournante le soin de s’occuper des conseils de défense aurait un avantage. Il donnerait à la Haute représentante davantage de temps pour se consacrer aux autres sujets, il redonnerait un souffle d’air à ce domaine qui manque d’une claire volonté politique et de visibilité. Il permettrait de jouer à la présidence tournante, qui est trop négligée (le concept de présidence de soutien » est un peu faiblard) un rôle réel, et non celui de la roue de secours. Il permettrait à celle-ci de s’y préparer à temps. Ce qui est largement plus efficace que le dispositif actuel. Voir le représentant de la présidence tournante prendre le relais, au pied levé (comme Pieter de Crem l’a fait dernièrement devant la sous-commission défense), de la Haute représentante défaillante, n’est pas vraiment une solution.

Gagner en permanence et en cohérence

Paradoxalement, on gagnerait en permanence. Et on ne perdrait pas en cohérence. Au contraire. Surtout si la présidence tournante est étroitement soutenue et associée par les services correspondant du service européen d’action extérieure (Etat-major militaire, civil, structure de planification, diplomatie…). On l’oublie, souvent. La grande novation du traité de Lisbonne n’est pas la triple casquette donnée au Haut représentant mais le rassemblement en un seul service de plusieurs services auparavant éparpillés. C’est la force du SEAE qui donnera la cohérence à la politique de défense. Et pas une présidence souvent aux abonnés absents…

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Agir au long terme sur les conflits : l’UE mise sur la médiation

(BRUXELLES2) « Revigorer les efforts de l’UE dans la prévention des conflits et leur résurgence », c’est l’objectif affiché par les 27 ministres des Affaires étrangères dans des conclusions adoptées, lundi (20 juin), à Luxembourg.

Les capacités d’alerte du SitCen renforcées

Les 27 veulent voir notamment renforcer les capacités d’alerte précoces du SitCen, en anticipant davantage les crises. Il s’agit de « mieux intégrer les capacités (et sources d’information) existantes à l’intérieur de l’UE, y compris des Etats membres, les informations provenant du terrain, des délégations de l’UE ou des ONG, pour obtenir ainsi une « analyse plus solide des risques de conflit ». NB : Ce renforcement des moyens du SitCen devrait être assez limité, et davantage provenir de redéploiement de postes, ou de « synergies » (un mot très à la mode) obtenues par le regroupement des services que par la création de nouveaux postes.

Développer les moyens de médiation

Davantage doit être fait également pour diminuer les « risques de déclenchement ou de résurgence des conflits », notamment en renforçant les capacités de médiation de crise, en formant des médiateurs et leur staff, en augmentant leur disponibilité. Les partenariats devraient aussi être renforcés avec les organisations internationales (ONU, OSCE, OTAN, Union africaine…) et certains pays, « comme les Etats-Unis », pour opérer sur le long terme dans la prévention structurelle des conflits.

Télécharger les conclusions
Le concept de médiation, voir « les docs de B2« 

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Rasmussen enfonce le clou. Les Européens doivent mettre la main à la poche

(BRUXELLES2) Profitant d’un déplacement à Londres, A.F. Rasmussen a profité de l’occasion pour répéter le message serriné par le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, à Bruxelles, vendredi dernier : les Européens doivent mettre « la main à la poche » pour assumer leur défense. Dans une interview au programme « Newsnight » de la BBC, le secrétaire général de l’OTAN, il dit partager son inquiétude. « L’OTAN est plus que jamais souhaitable et nécessaire ». Ce n’est pas seulement une question pour l’OTAN – souligne-t-il – mais aussi pour l’Europe. « Si l’Europe veut jouer un rôle plus significatif sur la scène mondiale dans le futur et prendre part aux missions de gestion de la sécurité internationale. Alors l’Europe a besoin aussi de capacités militaires critiques et de consacrer à la défense des investissements d’un certain niveau ».

Un message qui tombe à pic à Londres où plusieurs haut responsables de l’armée et députés britanniques demandent au gouvernement de revoir les coupes budgétaires induites par la révision stratégique. Mais un message difficile à faire entendre dans nombre de capitales confrontées à des difficultés budgétaires et économiques sans précédent depuis 30 ans (crise pétrolière de 1974), voire 80 ans (crise de 1929), et à justifier face à une opinion publique qui ne comprend pas et n’approuve pas certains engagements extérieurs comme l’Irak et l’Afghanistan.

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La leçon de Bob, que faut-il en retenir ?

Robert Gates à une réunion de l'OTAN en octobre 2010 (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) L’analyse et les critiques de Bob Gates à l’égard de l’OTAN et des alliés (lire ici) sont fort justes. Mais elles sont légèrement lacunaires… si je peux me permettre.

Afghanistan : une guerre menée selon l’impetus Us

La guerre en Afghanistan a été menée effectivement, surtout par les Américains. Mais ceux-ci l’ont mené à leur guise, selon leur stratégie, et leur rythme, se souciant comme d’une guigne des vues (et des avertissements) de leurs alliés. Les Européens ont prêté main forte, malgré tout, souvent avec réticences, en multipliant les caveats. Cet investissement a, malgré tout, coûté cher aux armées européennes qui sont aujourd’hui exangues de cet engagement. Exangues au point de vue des équipements, même si elles ont tiré profit au niveau des tactiques, exangues au point de vue politique, surtout par rapport à leurs opinions publiques. L’Afghanistan agit d’ailleurs aujourd’hui comme un épouvantail pour éviter de nouveaux engagements. Et les Américains persistent dans l’erreur en prônant un désengagement très lent. Robert Gates serait, alors, un peu le pyromane qui se plaindrait que les pompiers n’arrivent pas assez vite à sa rescousse.

Le biberon américain au continent

Même hors opération, les Américains ont tout fait hier pour « biberonner » les Européens . La présence de forces en nombre, encore aujourd’hui, en Europe en témoigne. L’existence d’un programme visant à favoriser les investissements dans du matériel US à moindre coût a aussi développé un comportement d’accoutumance aux aides diverses US, proche de celui d’un toxicomane. Les responsables américains ne se sont pas aussi faute de prêter main forte à leurs industriels pour casser toute vélléïté d’autonomie industrielle des Européens. Ce qui n’a pas franchement aidé les Européens à investir. Encore aujourd’hui, en déployant – et imposant – un bouclier anti-missiles made in US, ils perpétuent cette idée que rien ne sert d’investir dans la défense puisque les Américains étaient là.

US cherche partenaire européen plus actif

Aujourd’hui, c’est un fait, les Etats-Unis sont demandeurs d’une Europe plus active, plus entreprenante, qui assure non seulement sa propre sécurité mais la sécurité des pays voisins de ses frontières. C’est somme assez récent. George Bush lors de sa dernière apparition sur le continent au sommet de l’OTAN à Bucarest, en 2008, en avait donné le « la ». Sans doute les Européens n’ont-ils pas prêté toute leur attention à ce « son » nouveau, venu de Washington. Il n’y a pas effectivement aujourd’hui d’alliés plus objectifs de la construction de la maison commune européenne que les Etats-Unis. Certains dirigeants du continent devraient en prendre de la graine.

Des Etats devenus quasi-neutres

Coté européen, les rangs des « capables » se clairsèment. Hormis l’Afghanistan, certains Européens disposant de forces armées pas négligeables – Pays-Bas, Allemagne, Pologne – sont devenus, de fait, des pays quasiment neutres dans l’intervention, à la fois pour des raisons politiques et budgétaires. Tandis que d’autres en sont réduit à jouer les utilités – Italie, Espagne, Grèce… – ou sont devenus totalement inexistants – Roumanie, Bulgarie, Portugal… -, difficultés financières obligent.

La crise budgétaire, opportunité ou enterrement de première classe

On dit souvent que la crise budgétaire peut être une belle opportunité. Ce n’est pas faux à condition de le faire intelligemment. Or, actuellement, les restructurations des armées que mènent chaque pays européen semblent, pour l’instant, menées en ordre dispersé, dans le genre « sauve qui peut »… Le « pooling and sharing » est davantage un bon mot qu’une réalité, chacun cherchant, en fait, à faire prendre par l’autre les tâches qu’il ne veut plus assumer. Et personne ne songeant à avertir ses voisins des projets qu’il a avec d’autres. Une coordination des restructurations et coupes doit être assumée, et vite, pour éviter qu’apparaissent ou s’agrandissent les « vides » et autres lacunes qui sont autant de brèches dans notre capacité de réponse.

Un imperium politique

L’avertissement de Robert Gates, même partial et partiel, ne doit donc pas être pris à la légère par les dirigeants européens, en haussant les épaules comme d’habitude. Il importe de réagir, en adulte, de façon responsable et coordonnée. Tant au niveau de l’OTAN que de l’Union européenne, il importe que l’Europe prenne en charge un peu plus sa défense, et cesse de se comporter en enfant gâté et insouciant. Les responsabilités doivent être prises au plus haut niveau. Et si possible avec un peu de débat démocratique. Un Livre blanc, une commission d’enquête parlementaire, un conseil européen consacré à ce sujet apparaissent ainsi comme un minimum. Mais il faudra ensuite vite passer aux exercices pratiques.

Une nécessaire remise en ordre

Des remises en ordre politique, stratégique, industrielle et institutionnelle doivent être opérées rapidement. Même si le prix pourra en paraître douloureux.

Coté équipement, faut-il investir uniquement dans le tout technologique ou avoir des équipements plus basiques, mais opérationnels, immédiatement, et moins chers ? Coté industries, doit-on conserver trois, quatre, cinq entreprises qui font à peu près la même chose, et se font concurrence, entre eux, et dans le monde ? Doit-on conserver des bases militaires étendues dans chaque pays ?Coté personnel, les militaires doivent-ils continuer à faire des tâches indues, telles les patrouilles « anti-terroristes » dans les gares, à l’efficacité plus que douteuse. Et doit-on continuer à mobiliser quelques dizaines hommes et femmes juste pour faire une parade lors du déplacement de trois officiers généraux ? Coté forces, doit-on garder des aviations de chasse dispersées ou ne faut-il pas avoir quatre à cinq bases, bien placées sur le territoire européen…. Bref ! comment faire moins avec mieux.

Coté institutionnel, il serait temps que l’OTAN et l’UE se tirent la bourre en cherchant à dupliquer l’une ce que l’autre fait mieux ? Quand se rendra-t-on à l’évidence qu’un petit QG civilo-militaire à l’échelle européenne serait plus rentable qu’une demi-douzaine de QG nationaux à peine opérationnels ? Combien de temps la Haute représentante de l’UE va considérer que la défense n’est pas sa tasse de thé et pas sa priorité tandis que le Parlement européen se contente d’une « sous-commission » pour la défense ? Etc.

Merci Bob !

Ceci ne sont que de petits exemples. Chacun à son niveau doit réagir et vite. Robert Gates a raison de sonner l’alarme. Les dirigeants à la fibre européenne bien trempée – comme pouvaient l’avoir Clinton ou Bush – appartiennent au passé. Les USA voient plus l’Asie comme une terre à investir que l’Europe. Mais les menaces à nos frontières ne sont pas de la théorie…

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Le dernier missile de Bob à l’Europe : finie la Dolce vita aux frais de la princesse US

(BRUXELLES) Robert Gates est resté un peu plus que prévu à Bruxelles après la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN. Et certains ont pu regretter cette nuit de plus dans la capitale européenne. Les oreilles de nombre de certains ont dû siffler quand Bob a commencé à parler au SDA, le think tank bruxellois dédié aux questions de défense et sécurité, dirigé par Giles Merritt. Quittant son poste dans quelques semaines, après une longue vie professionnelle, comme directeur de la CIA sous Bush I, secrétaire à la Défense sous George Bush junior puis Obama, Bob’ ne s’est pas embarrassé de formules de politesse et a attaqué bille en tête, les Etats-Unis un tout petit peu, l’OTAN ensuite et surtout les alliés européens, accusés de jouer les parasites, de dilettantisme et d’avoir la belle vie sous le parapluie sécuritaire américain. Objet essentiel de son discours : Européens réveillez-vous, le tonton prodigue américain sera moins généreux à l’avenir…

Des erreurs stratégiques en Afghanistan chez les Américains, chez les Alliés…

Robert Gates commence par reconnaître cette évidence : l’erreur magistrale des Américains dans les premières années en Afghanistan. « Ce n’est un secret pour personne depuis longtemps. L’effort militaire en Afghanistan a souffert d’un manque de focus, de ressources et d’attention, une situation exacerbée par la priorité donnée par les Etats-Unis à l’Irak. » Tandis que chez les alliés, la « multitude des caveats nationaux qui liaient les mains des commandants alliés, l’incapacité de certains alliés de remplir leurs contributions ou les contributions largement disparates de différents Etats membres » ont généré de nombreuses « frustrations » et une « diplomatie du mégaphone ».

Mais pas de retrait prématuré… : Arrivés ensemble, nous repartirons ensemble

Malgré tout, les membres de la coalition ont augmenté leurs efforts – de 20.000 ils représentant aujourd’hui 40.000 hommes. Et, le succès semble à portée de main. Robert Gates appelle donc à ne pas relâcher l’effort et se ruer vers la sortie. Alors que le retrait américain doit commencer cet été, il estime que la plupart des forces arrivées pour le « surge » resteront sur place. Et demandent aux alliés d’en fait autant. « Trop de choses ont été accomplies, à beaucoup trop de frais, pour laisser l’élan filer alors que l’ennemi est sur la défensive. Nous ne pouvons pas nous permettre de voir des pays contributeurs de troupes retirer leurs forces selon leur propre agenda d’une manière qui porte atteinte à la mission et augmente les risques vers d’autres alliés. » Et de tracer ainsi une feuille de route : nous sommes arrivés ensemble, nous repartirons ensemble. Ce qui en anglais sonne (mieux) comme un slogan : « in together, out together ».

En Libye, des alliés incapables

C’est la réalité. Et Robert Gates le développe avec force arguments. L’OTAN – ou plutôt les alliés non américains de l’OTAN- souffre aujourd’hui « de lacunes importantes en matière de capacités et de volonté politique ». L’Afghanistan l’a mis en évidence, la Libye l’a prouvé. En Afghanistan, alors que l’Europe a plus de 2 millions de soldats en uniforme, « l’OTAN a lutté, parfois désespérément, pour soutenir un déploiement de 25 – de 40.000 soldats, et pas seulement sur le terrain mais aussi dans des postes aussi cruciaux que l’aviation de transport, le renseignement, la surveillance et reconnaissance, etc ». En Libye, alors qu’il y a « un large soutien politique, qu’il n’y a pas de troupes au sol sous le feu, que cela touche un pays voisin de l’Europe, et atteint ses intérêts vitaux », c’est encore plus « clair ». « L’opération en Libye a mis à nu des lacunes capacitaires graves de l’OTAN et d’autres lacunes institutionnelles. (…) Franchement — lâche Bob — bon nombre de nos alliés se sont mis à l’écart non pas parce qu’ils ne veulent pas participer mais tout simplement parce qu’ils le ne peuvent pas. Ils n’ont pas la capacité militaire, simplement ! »

Robert Gates avec Jaap de Hoop Scheffer qui jouait le rôle de modérateur (crédit : SDA)

Un centre d’opérations qui fonctionne à moitié de sa capacité et des alliés à court de bombe

Tout le monde en prend pour son grade. « Les moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance manquent. Les avions de combats les plus avancés sont peu utilisés faute de pouvoir identifier, traiter et frapper les cibles dans une campagne intégrée. Le centre aérien d’opérations de l’OTAN en Italie a besoin de spécialistes de repérage de cibles qui viennent en majorité des Etats-Unis » – une arrivée providentielle qui ne sera plus disponible dans les futures urgences. « Nous avons ainsi le spectacle d’un centre d’opérations qui pourrait gérer plus de 300 sorties par jour et qui ne peut en traiter qu’au maximum 150 (!). … « En outre, au bout de 11 semaines seulement d’opérations contre un régime pauvrement armé dans un pays peu peuplé , plusieurs de nos alliés commencent à être à court de munitions, demandant aux USA, une fois encore, de combler la différence. »

Vers une OTAN à deux vitesses : les bons élèves et les touristes

Robert Gates estime que son inquiétude d’une « OTAN à deux vitesses » est aujourd’hui bien là : « entre des membres qui se spécialisent dans le « soft », l’humanitaire, le développement, le maintien de la paix, et la discussion et ceux qui mènent le « hard », les missions de combat ; entre ceux qui sont volontaires et capables de payer le prix et de supporter le fardeau des engagements de l’Alliance, et ceux qui apprécient les avantages de l’adhésion à l’OTAN – garanties de sécurité et de billets d’accès au quartier-général -, mais ne veulent pas partager les risques et les coûts. »

Bien entendu, personne n’est cité. Mais Robert Gates est transparent quand il loue l’effort fait par certains pays comme le Danemark, la Norvège (qui effectuent 1/3 des frappes), la Belgique ou le Canada… ou ceux qui consacrent plus de 2% à leurs dépenses (France, Royaume-Uni, Grèce et Albanie). On peut sans coup férir que les « touristes » visent des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Pologne ou la Turquie.

Le Tonton Us va couper les vivres au « Tanguy » européen s’il ne se prend pas en charge

Robert Gates ne se fait pas faute d’avertir les Européens. Les Américains ont atteint leur maximum supportable — ils participent aujourd’hui à plus de 75% des dépenses militaires de l’OTAN contre 50 % du temps de la guerre froide —. Et ce maximum ne peut que diminuer dans l’avenir. D’autant que les Européens n’y mettent pas du leur en diminuant leurs budgets « moins 15% cette dernière décade » !

Pression fiscale, regard vers l’Asie, changement de génération…

Les Américains se tournent davantage vers l'Asie dorénavant que vers l'Europe. Ici, Robert Gates devant le TajMahal lors d'une visite en Inde (Crédit : US Defense, janvier 2010)

D’une part, la pression fiscale joue également aux Etats-Unis. Des choix doivent donc être opérés dans les engagements outre-mer, notamment au niveau des programmes d’aide et de soutien à l’armement, avertit le secrétaire d’Etat à la Défense. Et, il existe un certain « manque d’appétence et de patience au Congrès à dépenser des fonds de plus en plus précieux pour des nations qui ne sont apparemment pas disposés à consacrer les ressources nécessaires ou de faire les changements nécessaires pour être des partenaires sérieux et compétents dans leur propre défense ». D’autre part, l’attention stratégique des Etats-Unis est attirée vers l’Asie notamment. « Les engagements et investissements de défense vont croître dans les prochaines années » sur ce continent. Enfin, se produit un phénomène de changement de génération. « Les futurs dirigeants politiques américains – ceux pour qui la guerre froide n’a pas la même expérience que pour moi – peuvent considérer que le retour sur investissement de l’Amérique dans l’OTAN ne vaut pas le coût »… Autrement dit le bébé Europe devenu grand, doit apprendre à s’assumer et quitter le nid familial américain. Et vite !

Robert Gates sait que les Européens ne pourront pas de sitôt réinvestir massivement dans la défense. Mais ils leur conseillent au moins de le faire plus intelligemment qu’aujourd’hui. Les pays membres de l’OTAN (hors USA) dépensent collectivement 300 milliards $ par an. « Judicieusement et stratégiquement alloués, ils permettrait d’acquérir une quantité significative de capacité militaire utilisable. » Les pays membres doivent examiner de « nouvelles approches pour renforcer les capacités de combat – dans les marchés, la formation, la logistique, le soutien. Les Etats membres de l’OTAN doivent faire davantage pour partager (pooling) les actifs militaires ». Au passage, le secrétaire d’Etat à la Défense fusille les initiatives « Smart Defense » qui ne sont « pas la panacée » et plaide pour que « les nations soient plus responsables (et acquittent) leur juste part à la défense commune. ». Un Européen convaincu n’aurait pas dit mieux !

Le texte de l’intervention de Robert Gates (en anglais). Les extraits ont été traduits par mes soins.

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La bataille des QG à l’OTAN : le premier round est achevé. Reste à exécuter

réunion des ministes de la Défense de l'OTAN (crédit : OTAN, 8 juin 2011)

(BRUXELLES2) Le plan adopté à Lisbonne en novembre prévoyait le dégraissage d’un peu moins de la moitié des quartiers généraux de l’OTAN, sans fixer les centres promis à la fermeture. C’est désormais chose faite. Non sans difficulté… Les ministres de la Défense ont, en effet, entériné la liste des QG qui resteront et ceux qui fermeront, principalement lors d’un dîner tenu mercredi soir à l’Alliance à Bruxelles. Mais pour s’y retrouver dans les chiffres, il faut être divin… Le nombre de QG se réduit de 11 à 7 (sans compter les transferts). Le nombre des agences passe de 14 à 3 (ou 5 plutôt). Le nombre des centres d’opérations aériennes combinées (CAOC) passe de 4 à 2… (2,5 plutôt).

Les effectifs de ces QG vont fondre de 13.000 à 8.800. Précisons que nous parlons ici de postes budgétaires ; « il n’y avait pas, en effet, 13.000 postes pourvus car les Etats ne trouvaient pas toujours les candidats ou préféraient les garder pour leurs Etats-Majors nationaux », comme me l’a confirmé un responsable de l’OTAN.

QG : ceux qui perdent, ceux qui gagnent

Coté des QG, la répartition relève d’un subtil arrangement autant politique qu’opérationnel, afin de ne fâcher personne. Tout est fait pour que personne ne soit trop mécontent, aux dépens de l’efficacité, parfois…

Le Portugal perd son commandement de force interarmées (JFC), basé à Lisbonne, et commandé depuis peu deux ans par un Français (le général Philippe Stoltz) ; mais reçoit, en échange, deux structures, la Striking Force NATO (STRIKFORNATO) et le NATOCIS (Communications and Information Systems), qui vont déménager d’Italie.

Les Pays-Bas garde leur commandement conjoint (JFHQ) à Brunssum (Pays-Bas) de même que l’Italie à Naples (Italie), ce dernier servant de commandement pour l’opération « Unified Protector » en Libye. L’Italie perd, en revanche, le commandement maritime de Naples. Mais garde un centre de commandement et de contrôle sur les éléments aériens déployables (DACC), transformation en gros de son CAOC de Poggio Renatico (*). Vous suivez ! :-)

L’Allemagne garde un commandement : celui de la composante Air (AIRCOM) à Ramstein mais perd celui de la composante terre (LANDCOM) à Heidelberg ; celle-ci déménage à Izmir en Turquie. Elle garde aussi un des deux CAOC (*) à Uedem.

La Turquie qui perd un commandement de composante Air récupère ainsi un autre commandement, une concession très politique et stratégique assez prévisible avec l’allié turc, « une manière de l’arrimer un peu plus à l’OTAN » explique un responsable de l’Alliance.

Le Royaume-Uni garde le commandement de la composante Mer (MARCOM), à Northwood, un commandement qui sert au QG anti-piraterie de l’OTAN.

L’Espagne perd le commandement de la composante Terre de Madrid. Mais elle récupère un des CAOC qui concrétise un élément précurseur déjà présent à Torrejon.

Malgré quelques rumeurs de déménagement – plus destinés à faire un peu peur que réellement fondés -  le commandement allié « Opérations » (ACO / SHAPE) reste près de Mons (Belgique). La Belgique, comme son voisin luxembourgeois, se voient plutôt renforcés dans la répartition du siège des agences.

Le commandement allié « Transformation » (ACT) reste à Norfolk (USA). Avec trois centres spécialisés : le Joint Analysis and Lessons Learned Centre (JALLC) à Monsanto près de Lisbonne (Portugal), le Joint Force Training Centre (JFTC) à Bydgozcz (Pologne), le Joint Warfare Centre (JWC) à Bergen (Norvège),

(*) Il y avait jusqu’ici 4 CAOC fixes — à Uedem (Allemagne), Finderup (Danemark), Poggio Renatico (Italie) et Larissa (Grèce) – et deux déployables – à Uedem et Poggio Renatico (Italie).

Le nouveau dispositif d’agences

Une nouvelle structures d’agences est établie autour de 3 pôles, voire de cinq pôles :

  • l’agence de soutien de l’OTAN (NSA) sera à Capellen au Luxembourg, sur le site de l’actuelle NAMSA (NATO Maintenance and Supply Agency) ;
  • le siège de la NCIA (NATO Communications and Information) sera à Bruxelles ainsi qu’une petite équipe désignée pour l’Agence des marchés publics ;
  • une nouvelle organisation NATO Science and Technology (S&T) sera créée d’ici juillet 2012, basée en Belgique, composée d’un chef scientifique et, d’un bureau programme pour la S&T collaborative, et du Centre de recherche sous-marin (NURC), basé en Italie.
  • l’agence de normalisation de l’OTAN reste en place mais fera l’objet d’un audit d’ici le printemps 2014.

Quant aux agences chargés de gérer des programmes multinationaux comme l’Eurofighter (NETMA) et l’hélicoptère NH90 (NAHEMA), elles deviendront des bureaux de programme de la nouvelle Agence des marchés publics de l’OTAN et resteront en place, dans leur emplacement actuel, près de leurs partenaires industriels. La Nahema à Aix-en-Provence.

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Les 2e ateliers de la citadelle, c’est jeudi à Lille

(BRUXELLES2) La deuxième édition des « Ateliers de la citadelle » – organisée par la mission Lille Eurométropole défense sécurité – aura lieu le jeudi 9 juin autour du thème « La guerre redevenue pensable, la guerre rendue possible ? Etat des lieux – Etat des forces ». ‘B2′ sera présent. Le grand témoin de cette journée sera le Général Philippe Morillon, ancien chef de la Forpronu en 1992-1993, dont l’intervention pourrait prendre une nouvelle teneur alors que le général serbe Ratko Mladic a été arrêté, après plus de 15 ans de cavale. Et Jean-Raphaël Notton, président de l’Union IHEDN, assurera la modération des séances.

A la première table ronde, sur l’Etat des lieux (le matin), on retrouvera : Nicole GNESOTTO, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)
, le général allemand Georg NACHSTHEIM, commandant adjoint le corps de Réaction Rapide de Lille ; le secrétaire général adjoint de l’OTAN, Jamie SHEA, chargé de la Division des Défis de Sécurité Emergents ; Henri HUDE, responsable du pôle « Ethique et Déontologie » au Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan
 ; Jacques DEWATRE, ancien directeur de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE)
 ; Frédéric RAMEL, directeur scientifique de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM)
.

A la seconde table ronde, sur l’Etat des forces (l’après-midi), seront présents : le général français Vincent DESPORTES, ancien directeur de l’Ecole de Guerre
 ; Hervé COUTAU-BEGARIE, directeur de Recherche à l’Ecole de Guerre
 ; Jean-Pierre MAULNY, directeur adjoint de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)
 ; André DUMOULIN, chercheur à l’Ecole Royale Militaire de Bruxelles
 ; Colonel Michel GOYA, directeur du domaine « Nouveaux conflits » à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM).

Attention entrée uniquement sur invitation. Voir le programme et s’inscrire

Lire également : Mladic arrêté, la voie de l’UE est libre pour Belgrade (Maj)

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La défense, priorité très discrète de la présidence polonaise de l’UE (Maj)

Bogdan Klich, le ministre polonais de la Défense et ses homologues de Visegrad, le 12 mai dernier (Crédit : ministère polonais de la Défense)

(BRUXELLES2) Le maître mot de la Pologne qui va prendre la présidence de l’UE, le 1er juillet, est l’intégration européenne. Elle a ainsi défini trois grandes priorités : « l’intégration européenne comme source de croissance », « une Europe plus sûre », et « une Europe bénéficiant de l’ouverture ». Ce regroupement reste assez « littéraire », pour ne pas dire artificiel. Ainsi le chapitre « l’Europe plus sûre » regroupe à la fois une meilleure gouvernance économique (avec la réforme des marchés financiers), la politique agricole commune, la sécurité énergétique et… la défense. Cette dernière thématique est d’ailleurs réduite à une portion congrue dans ce programme général.

Discrétion obligatoire…

Quelques phrases pour mentionner que la Pologne compte agir pour « renforcer les capacités militaires et civiles de l’UE » et « consolider un dialogue direct entre l’UE et l’OTAN ». Cette discrétion ne doit pas cependant leurrer. Elle tient, d’une part, à la présence sur l’agenda de la présidence polonaise de sujets sans doute plus cruciaux pour le pays, comme la bataille pour le budget européen, pour la préservation de la politique agricole commune ou la sécurité énergétique. D’autre part, il ne faut pas oublier l’impact de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne qui enlève à la présidence tournante tout poids sur la politique étrangère et de défense. D’où cette relative discrétion.

… ne signifie pas manque d’ambition

Cela n’empêche le ministre de la Défense polonais, d’effectuer une tournée de ses homologues. Il a reçu le Français, G. Longuet, lors d’une longue visite à Varsovie à la mi-mai, ainsi que le président du comité militaire de l’UE, peu avant, et s’est déplacé en Suède comme en Bulgarie en avril, pour y rencontrer ses homologues.. La réunion entre ministres de la défense de Visegrad (tchèque, slovaque, hongrois), le 12 mai, a aussi permis de conclure à un accord de mise en place d’un battlegroup des quatre pays concernés pour 2016 (avec la Pologne comme nation-cadre).

Quatre priorités définies pour la politique de défense

Quatre priorités ont ainsi été définies au ministère polonais de la Défense : renforcer la coopération entre l’OTAN et l’UE, rendre plus efficace l’utilisation des battlegroups de l’Union européenne, améliorer la coordination dans l’utilisation des capacités civiles et militaires et développer la coopération avec les pays tiers, selon ce qu’en a expliqué le ministre de la Défense, Bogdan Klich, à de multiples reprises. A cela s’ajoutent les deux « non paper » qu’a signé la Pologne récemment, dans le cadre du triangle de Weimar avec les Français et Allemands, qui promeut notamment l’idée d’un QG autonome pour les opérations européennes de maintien de la paix, ainsi qu’avec les Belges et Hongrois, sur la coopération structurée permanente et les avancées du traité de Lisbonne (clause de solidarité, fonds de lancement…).

Pas d’illusion

La présidence polonaise ne se fait pas d’illusion. Elle n’attend que des avancées assez modestes, en retrait par rapport à sa volonté affichée il y a un an. La raison ? Comme l’a expliqué un haut responsable polonais à B2, « on sent un net manque de volonté politique des principaux partenaires : le Royaume-Uni et la France, qui ont choisi de coopérer ensemble, ou de l’Allemagne. » Et de concéder : « Nous ne pouvons pas aller de l’avant tout seuls ».

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Le Centre satellitaire de l’UE chargé de gérer la fin de l’UEO

(BRUXELLES2) Les suites de la dissolution de l’Union pour l’Europe occidentale (UEO) seront gérées, à compter du 1er juillet, par … le Centre satellitaire de l’UE

Ce n’est pas la vocation première du Centre de gérer des ressources humaines ; il a davantage pour vocation de faire le recueil et l’analyse de cartes satellites pour les missions de maintien de la paix déployées par l’Union européenne ou pour le compte du service diplomatique (si celui-ci le demande). Mais il fallait bien un organisme qui puisse gérer pour le compte des dix (anciens) Etats membres de l’UEO (Allemagne, Belgique, Grèce, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni). Et le Centre satellitaire est un des deux organismes – avec l’Institut d’études de sécurité à Paris – qui est issu de l’UEO avant d’être rattaché à l’Union européenne.

Le Centre satellitaire, situé à Torrejon (Espagne) se voit ainsi confier certaines tâches liées au personnel de l’UEO: la gestion des pensions des anciens membres du personnel, la gestion du plan social, la gestion du contentieux entre l’UEO et les anciens membres de son personnel ainsi que la mise en oeuvre des décisions de la Commission de recours compétente, l’assistance aux dix États membres dans le cadre de la liquidation des avoirs de l’UEO. Il va devoir recruter le personnel nécessaire pour effectuer ces tâches et bénéficiera d’un budget supplémentaire. Un fonds de lancement de 5,3 millions d’euros va être constitué (somme inférieure au budget annuel de l’ancienne organisation) ; chacun des dix Etats membres étant prié d’avancer au moins un cinquième de sa contribution avant la fin juin.

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