Défense UE (droit doctrine politique)

Leçons du conflit Géorgien pour l’Europe de la Défense. 1ère Esquisse

1° L’Europe de la défense (PESD) : un galon de plus ? Dans l’affaire géorgienne, l’Otan est apparue, ici, discréditée. Trop partiale, reflétant trop le point de vue américain. L’exemple
théorique, jusqu’ici, cité dans plusieurs séminaires sur la défense est devenu réalité, dans le conflit russo-géorgien : 1) l’Onu est paralysée son fonctionnement intergouvernemental et
multinational et l’antagonisme russo-américain (comme un retour au scénario classique de la guerre froide); 2) l’Otan est neutralisée par son statut de quasi-belligérant ; 3) Les autres
organisations régionales (Osce, Conseil de l’Europe…) n’ont pas de moyens d’intervention autre que la parole ou le droit (donc pas de moyens militaires). Seule reste ainsi en scène l’Union
européenne dont l’absence de pensée unique en matière de politique étrangère – si souvent décriée- est ici un gage de sa capacité à intervenir. Non pas parce qu’elle est neutre – une organisation
politique n’est pas neutre -, mais parce qu’elle se doit d’être impartiale, du fait de ces différences de sensibilité internes. Une Union qui a prouvé dans le passé cependant qu’elle avait quelques
capacités (même si elles sont limitées) d’intervention militaire (Tchad), militaro-civile (Kosovo) ou de surveillance des frontières (Transnistrie-Moldavie-Ukraine). Ce qu’on appelle la politique européenne de défense et de sécurité (PESD). Du coup, les priorités de la
présidence française en matière de défense (lire interview de H. Morin) retrouvent quelque lustre, notamment celui de renforcer
les capacités de planification de l’Etat-Major de l’UE. NB : on peut remarquer, avec un peu d’ironie, que parmi ceux qui réclament à corps et à cri une force de maintien de la paix, plus militaire,
figure un des pays les moins enclins à soutenir l’Europe de la défense  (les Britanniques) ou ceux qui ont très peu de moyens à fournir (les Baltes).

2° L’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à l’Otan : pas pour demain ?
Deux points de vue peuvent s’opposer. Soit on justifie – a priori – l’utilité plus que jamais de faire adhérer ces deux
pays à l’Otan, le plus rapidement possible, pour les protéger d’une nouvelle « agression » russe. Soit au contraire, c’est le réal politisme qui parle. « Il faut comprendre que sur ce continent,
il y a nous et la Russie »
expliquait à son entrée au Conseil des Ministres exceptionnel du 13 août, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, évoquant ainsi publiquement ce que
chacun pense tout bas : un partage des zones d’influence. Tendance : L’Otan étant un organisme où l’unanimité est nécessaire pour une adhésion, la deuxième option semble plus réaliste.

3° Le bouclier antimissile : à compléter d’urgence ? C’est sans doute la conséquence la plus rapide. Là aussi deux points de vue peuvent s’opposer. D’un coté, on peut dire que l’utilité du
bouclier anti-missile est plus que jamais importante aujourd’hui, non pas dans sa version « protection contre l’Iran » mais « protection contre le voisin russe ». Polonais et Américains ont intérêt à
faire taire leurs divergences. D’autant plus rapidement que les élections approchent aux Etats-Unis et qu’un changement de majorité pourrait amener un changement de priorité. De l’autre, on
pourrait dire : ne fachons pas nos amis russes, une fois de plus, et abandonnons ce projet. Tendance : le bouclier antimissile étant un projet uniquement américain, où la décision n’est pas
multilatérale, mais bilatérale, c’est la première option qui semble plus plausible. Un point de vue qui semble se vérifier sur le terrain (voir autre article).

Autre conséquence, l’augmentation des budgets militaires. Déjà les Russes ont indiqué que ce budget devrait être revu à la hausse. Plusieurs milliards de roubles, selon le quotidien
Vedomosti. Il faut prévoir l’achat de drones – dont l’armée russe manque – et de missiles Topol pour assurer son autonomie stratégique. Le conflit avec la Géorgie a montré combien les Géorgiens
avaient un meilleur armement selon les Russes. Rien que l’équipementet la modernisation des troupes présentes dans le Caucase couterait 1,382 milliard d’euros. Tendance : de cette nouvelle relance
de la course aux armements, il n’est pas sûr que les Américains sortent vainqueurs, comme ils en étaient sortis de la précédente.

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Déclaration de Petersberg (UEO). Bonn – 19 juin 1992

Déclaration de Petersberg : Conseil de l’Union de l’Europe occidentale (UEO), Bonn, 19 juin 1992

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des Etats membres de l’UEO se sont réunis à Bonn le 19 juin 1992 et ont rendu publique la déclaration de Petersberg qui comprend les trois
parties suivantes :

> I. Sur l’UEO et la sécurité européenne.
> II. Sur le renforcement du rôle opérationnel de l’UEO.
> III. Sur les relations entre l’UEO et les autres Etats européens membres de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique.

I. SUR L’UEO ET LA SÉCURITÉ EUROPÉENNE

Développements dans le domaine de la sécurité en Europe, du désarmement et de la limitation des armements.

1. Les ministres ont évoqué les changements marquants survenus en Europe dans le domaine de la sécurité depuis leur dernière réunion ordinaire, en novembre 1991. Ils ont souligné l’importance
d’un renforcement du rôle et des institutions de la CSCE pour la paix et la sécurité en Europe. Ils se réjouissent à la perspective des décisions qui seront prises à Helsinki concernant
l’ouverture de nouvelles négociations sur les mesures de limitation des armements et de désarmement ainsi que l’intensification des consultations régulières et de la coopération sur les questions
de sécurité. Compte tenu de l’établissement d’un nouveau forum de la CSCE pour la coopération en matière de sécurité, ils ont estimé d’importance primordiale les décisions visant au renforcement
des moyens de la CSCE pour la prévention des conflits, la gestion des crises et le règlement pacifique des différends. Ils sont favorables à la proposition en cours de discussion à la réunion de
suivi d’Helsinki, visant à ce que la CSCE adopte le statut d’accord régional, aux termes du chapitre VIII de la Charte des Nations unies. Les ministres ont estimé que la CSCE devrait avoir le
pouvoir de lancer et de mener des opérations de maintien de la paix sous sa propre responsabilité.

2. Alors que l’UEO développe ses capacités opérationnelles conformément à la Déclaration de Maastricht, nous nous déclarons prêts à soutenir, au cas par cas et conformément à nos propres
procédures, la mise en ouvre efficace des mesures de prévention des conflits et de gestion des crises, et notamment les activités de maintien de la paix de la CSCE ou du Conseil de Sécurité des
Nations unies. Ceci se fera sans préjudice des contributions que d’autres pays participant à la CSCE et d’autres organisations pourraient apporter à ces activités.

3. Les ministres se sont félicités des décisions prises par le Conseil de la CSCE à Berlin et à Prague concernant les relations entre la CSCE et d’autres organisations européennes et
transatlantiques se renforçant mutuellement, y compris l’UEO. Ils ont déclaré que l’UEO est, en liaison avec l’Union européenne, prête à participer pleinement à la construction d’une architecture
européenne de sécurité. Ils ont de même réaffirmé leur conviction que l’Alliance atlantique constitue l’une des bases indispensables de la sécurité de l’Europe. Ils ont favorablement accueilli le
processus de réforme en cours à l’OTAN qui vise à établir un nouveau partenariat transatlantique solide.

4. Les ministres se sont réjouis de l’accord conclu à la Conférence extraordinaire sur les FCE tenue à Oslo le 5 juin 1992, permettant l’entrée en vigueur du Traité FCE, qui a été et qui demeure
un important objectif de leur politique en matière de limitation des armements. Sa mise en ouvre effective et intégrale accroîtra la stabilité et ouvrira la voie en Europe à un nouvel ordre de
sécurité basé sur la coopération. Les ministres invitent les nouveaux États parties à ce traité à assurer sa ratification d’ici au sommet d’Helsinki de la CSCE. Ils attachent une grande
importance à la conclusion en temps utile pour ce sommet d’un accord sur la limitation des effectifs des forces terrestres et aériennes (FCE, I bis) et à la mise en ouvre du Traité  » Ciel ouvert
« . Les ministres ont réaffirmé leur volonté de voir l’accord  » Ciel ouvert  » entrer en vigueur à bref délai et ont invité d’autres États de la CSCE à adhérer au Traité conformément à ses
dispositions.

5. Les ministres se sont félicités des mesures récemment prises par les États concernés pour permettre l’entrée en vigueur du Traité START et de l’important accord sur les nouvelles réductions
d’armements stratégiques auquel sont parvenus les États-Unis et la Russie le 17 juin 1992 à Washington.

6. Les ministres ont rappelé que la présence de forces étrangères sur le territoire d’un Etat souverain exige le consentement explicite de cet État. Ils ont souligné qu’il était important
d’établir rapidement, dans le cadre des négociations en cours, des calendriers pour le retrait des troupes étrangères des Etats baltes.

7. Les ministres ont exprimé leur conviction qu’une Convention sur les armes chimiques peut être conclue dans les prochains mois. Ils sont convaincus que cette convention peut jouer un rôle
important et ouvrir la voie au plan mondial à une limitation multilatérale des armements, et demandent à tous les États membres de la Conférence du désarmement d’apporter leur soutien au
consensus qui se dégage. Ils réitèrent leur détermination d’être parmi les premiers signataires de cette Convention et demandent à tous les autres pays de les suivre dans cette voie.

8. Les États membres de l’UEO réaffirment leur résolution de contribuer plus avant à l’établissement d’un nouvel ordre de paix en Europe qui, conformément à la Charte de Paris, sera fondé sur la
coopération. Les ministres ont souligné à cet égard la contribution précieuse du COCONA. C’est dans le même esprit que l’UEO a invité les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de
huit États d’Europe centrale à une réunion ministérielle extraordinaire qui doit se tenir ce jour. L’UEO et les pays invités entendent renforcer la consultation et la coopération dans le cadre de
la nouvelle structure européenne de sécurité.

Mise en œuvre de la déclaration de Maastricht

9. Les ministres ont souligné l’importance fondamentale du Traité sur l’Union européenne et attendent avec intérêt la poursuite de l’élaboration de la politique étrangère et de sécurité commune
lors du Conseil européen de Lisbonne. Ils ont examiné les progrès réalisés pour développer le rôle de l’UEO en tant que composante de défense de l’Union européenne et comme moyen de renforcer le
pilier européen de l’Alliance atlantique, conformément à la Déclaration adoptée par les États membres de l’UEO en décembre 1991 lors du Conseil européen de Maastricht.

10. Les ministres ont réaffirmé l’importance pour l’UEO d’instaurer d’étroites relations de travail avec l’Union européenne et l’Alliance atlantique, conformément à la Déclaration de Maastricht
de l’UEO. Ils ont adopté un rapport sur les mesures pratiques nécessaires à leur développement. Ils ont invité le Conseil permanent à proposer au Conseil des Douze et au Conseil de l’Atlantique
Nord des mesures concrètes visant à faciliter la mise en place d’une étroite coopération entre les secrétariats respectifs.

1l. Les ministres ont entendu un rapport du Secrétaire général sur les progrès accomplis en vue du transfert du Conseil et du Secrétariat général de l’UEO de Londres à Bruxelles. Ils ont chargé
le Conseil permanent et le Secrétaire général de prendre les dispositions nécessaires pour que le transfert puisse être effectué au plus tard en janvier 1993.

12. Les ministres ont entendu un rapport du Chef d’état-major des armées allemand sur les réunions des Chefs d’état-major des armées. Les ministres ont décidé que les Chefs d’état-major des
armées se réuniraient deux fois par an avant les Conseils des ministres ordinaires, et de façon ad hoc chaque fois que cela sera nécessaire. Les ministres sont également convenus qu’à la suite du
transfert du Conseil et du Secrétariat à Bruxelles, les délégations nationales pourront être renforcées par des délégués militaires qui devront mettre au point et soumettre des avis au Conseil,
communiquer à la cellule de planification le point de vue des Chefs d’état-major des armées et suivre l’aspect militaire de ses travaux.

13. Les ministres de l’UEO se sont félicités de la décision prise par les ministres de la Défense du GEIP, réunis à Oslo le 6 mars 1992, d’analyser le rôle futur du GEIP dans la nouvelle
architecture de sécurité européenne. Il s’agit là d’une évolution favorable qui correspond pleinement à l’objectif fixé par les États membres de l’UEO à Maastricht d’étudier plus avant une
coopération renforcée en matière d’armement, en vue de créer une agence européenne des armements de l’UEO. Les ministres de l’UEO proposent que des experts des pays membres de l’UEO et du GEIP
étudient minutieusement cette problématique et effectuent un premier examen du rôle et des fonctions d’une éventuelle agence européenne des armements, et qu’un rapport soit soumis pour
examen.

14. Les ministres de l’UEO ont favorablement accueilli la décision prise le 25 mai 1992 à Bruxelles par les ministres de la Défense de l’Eurogroupe, d’étudier la possibilité, entre autres options
et si les conditions requises sont satisfaites, de transférer à l’UEO, en tout ou en partie, les fonctions actuelles de l’Eurogroupe pour lesquelles il existe encore un besoin.

15. Les ministres ont noté avec satisfaction les progrès considérables qui ont été accomplis en ce qui concerne la mise en place du Centre satellitaire expérimental de l’UEO à Torrejon (Espagne),
témoignage concret du renforcement du rôle opérationnel de l’UEO, et se sont réjouis à la perspective de l’inauguration officielle qui aura lieu dans le courant de l’année. Ils ont également noté
que le contrat pour l’étude de faisabilité du système principal a été octroyé à un consortium d’entreprises des États membres de l’UEO dirigé par une entreprise allemande.

Activités des groupes de travail

16. S’agissant de la vérification, les ministres ont noté avec satisfaction que des règles de fonctionnement ont été établies au sein de l’UEO pour les équipes multinationales FCE, et qu’elles
ont été ensuite adoptées par l’Alliance.
Il s’agit là du premier exemple, depuis la Déclaration de Maastricht, de l’introduction de positions conjointes concertées au sein de l’UEO dans le processus de consultation de l’Alliance.

17. Notant les progrès accomplis jusqu’ici, les ministres ont donné leur accord de principe pour que soit menée une étude de faisabilité visant à déterminer le moyen le plus économique de mettre
en ouvre le Traité  » Ciel ouvert  » dans le cadre de la coopération entre les Etats membres. Ils ont chargé le groupe d’experts de déterminer les points de départ de l’étude, de définir les
options méritant un examen plus approfondi et d’étudier la question des coûts, afin de pouvoir décider, lors de leur prochaine réunion ordinaire, qu’il convient de poursuivre l’étude. Ils ont
souligné que l’UEO est disposée à coopérer ultérieurement avec des tiers, et à cet égard, se sont félicités des contacts qui ont été noués avec d’autres alliés européens, ainsi qu’avec la
Fédération de Russie. Ils sont convenus que des experts devront étudier la possibilité d’une coopération intensifiée avec la Fédération de Russie qui pourrait inclure une étude de faisabilité
conjointe et/ou un survol d’essai.

18. Les ministres ont réaffirmé l’importance des travaux du sous-groupe Méditerranée sur la sécurité en Méditerranée. Ils ont donné mandat à l’UEO d’instaurer progressivement un dialogue avec les
pays du Maghreb, compte tenu de l’évolution de la situation politique dans ces pays comme dans la région.
Institut d’études de sécurité de l’UEO

19. Les ministres ont pris note avec satisfaction des activités de l’Institut d’études de sécurité de l’UEO à Paris. Ses publications, séminaires et colloques ont beaucoup contribué à une
meilleure compréhension de l’évolution en cours de l’identité européenne de sécurité et au renforcement des relations entre l’UEO et d’autres pays européens.

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II. SUR LE RENFORCEMENT DU ROLE OPÉRATIONNEL DE L’UEO

1. Conformément à la décision de développer l’UEO en tant que composante de défense de l’Union européenne et comme moyen de renforcer le pilier européen de l’Alliance atlantique figurant dans la
Déclaration des États membres de l’UEO rendue publique à Maastricht le 10 décembre 1991, les États membres de l’UEO ont poursuivi l’examen et la définition des missions, structures et moyens
appropriés, couvrant en particulier une cellule de planification de l’UEO et des unités militaires relevant de l’UEO, afin de renforcer son rôle opérationnel.

2. Les États membres déclarent qu’ils sont prêts à mettre à la disposition de l’UEO des unités militaires provenant de tout l’éventail de leurs forces conventionnelles en vue de missions
militaires qui seraient menées sous l’autorité de l’UEO.

3. Toute décision de recourir aux unités militaires relevant de l’UEO sera prise par le Conseil de l’UEO conformément aux dispositions de la Charte des Nations unies. La décision de participer à
des opérations spécifiques restera du ressort national et sera prise par les États membres conformément à leurs Constitutions spécifiques.

4. Outre une contribution à la défense commune dans le cadre de l’application de l’article 5 du Traité de Washington et de l’article V du Traité de Bruxelles modifié, les unités militaires des
États membres de l’UEO, agissant sous l’autorité de l’UEO, pourraient être utilisées pour :
– des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants ;
– des missions de maintien de la paix ;
– des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix.

5. La planification et l’exécution de ces missions seront pleinement compatibles avec les dispositions militaires nécessaires pour assurer la défense collective de tous les alliés.

6. Les unités militaires proviendront des forces des États membres de l’UEO, y compris des forces ayant des missions OTAN dans ce cas, après consultation avec l’OTAN – et seront organisées sur
une base multinationale et interarmées.

7. Tous les États membres de l’UEO désigneront sous peu les unités militaires et les états-majors qu’ils seraient prêts à mettre à la disposition de l’UEO pour ses diverses missions éventuelles.
Lorsque des formations multinationales tirées des forces des pays membres de l’UEO existent déjà ou sont prévues, ces unités pourraient être mises à disposition pour emploi sous l’égide de l’UEO,
avec l’accord de tous les pays participants.

8. Les États membres de l’UEO se proposent de mettre sur pied et d’organiser l’entraînement des capacités appropriées qui permettront le déploiement terrestre, maritime ou aérien des unités
militaires de l’UEO en vue d’accomplir ces missions.

9. Une cellule de planification sera mise en place le 1er octobre 1992, sous réserve des considérations pratiques; elle relèvera du Conseil. Elle sera implantée avec le Secrétariat général dans
un immeuble approprié à Bruxelles. Le Conseil a nommé aujourd’hui le général Caltabiano (de l’armée de l’air italienne) au poste de Directeur. La cellule sera chargée :
– de préparer des plans de circonstance pour l’emploi de forces sous l’égide de l’UEO ;
– de préparer des recommandations pour les dispositions nécessaires en matière de commandement, de conduite des opérations de transmissions, y compris les instructions permanentes pour les
états-majors qui pourraient être choisis ;
– d’établir un inventaire actualisé des forces et des groupes de forces susceptibles d’être affectés à l’UEO pour des opérations spécifiques.

10. Le Conseil des ministres a approuvé le mandat de la cellule de planification.

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III. SUR LES RELATIONS ENTRE L’UEO ET LES AUTRES ÉTATS EUROPÉENS MEMBRES DE L’UNION EUROPÉENNE OU DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE

A – Suite à la déclaration rendue publique le 10 décembre 1991 à Maastricht, avec le Traité sur l’Union européenne, les ministres de l’UEO ont rappelé les principes fondamentaux sur lesquels
devront être fondées les relations entre les États membres et les Etats membres associés de l’UEO :
– Règlement par des moyens pacifiques de leurs différends mutuels, conformément aux obligations découlant du Traité de Bruxelles modifié, du Traité de l’Atlantique Nord et de la Charte des
Nations unies, aux engagements pris aux termes de l’Acte final d’Helsinki et de la Charte de Paris, ainsi qu’aux autres principes et règles de droit international généralement reconnus ;
– Abstention du recours à la menace ou à l’emploi de la force, dans leurs relations mutuelles, conformément aux dispositions de la Charte des Nations unies.
Ils ont aussi souligné que les garanties de sécurité et les engagements de défense contenus dans les traités qui lient les États membres au sein de l’Union de l’Europe occidentale et qui les
lient au sein de l’Alliance Atlantique se renforcent mutuellement et ne sauraient être invoqués par ceux qui souscrivent à la partie III de la Déclaration de Petersberg dans les différends
survenant entre les États membres de l’une ou l’autre des deux organisations.

B – Dans leur déclaration de Maastricht du 10 décembre 1991, les États membres de l’UEO ont proposé que les États qui sont membres de l’Union européenne soient invités à adhérer à l’UEO aux
conditions qui seront convenues conformément à l’article XI du Traité de Bruxelles modifié, ou à devenir observateurs s’ils le souhaitent.
Simultanément, les autres États européens membres de l’OTAN sont invités à devenir membres associés de l’UEO d’une manière qui leur permette de participer pleinement aux activités de l’UEO.
Conformément à la partie III de la Déclaration de Petersberg, les ministres ont décidé qu’il convient, en formulant l’invitation adressée aux pays souhaitant devenir membres de plein droit,
observateurs ou membres associés, de préciser les points suivants :

Membres

Les États membres de l’Union européenne qui ont accepté l’invitation à adhérer à l’UEO s’engagent :
– à respecter, conformément aux principes et aux valeurs auxquels adhèrent tous les États membres de l’UEO, le Traité de Bruxelles de 1948 modifié le 23 octobre 1954, ses protocoles et textes
associés, et les accords conclus par les États membres en vertu des dispositions dudit Traité;
– à prendre acte en les approuvant des accords, décisions et règlements adoptés conformément aux dispositions dudit Traité et des déclarations adoptées à partir de celle de Rome du 27 octobre
1984:
– à développer l’UEO en tant que composante de défense de l’Union européenne et comme moyen de renforcer le pilier européen de l’Alliance Atlantique, conformément à l’engagement pris le 10
décembre 1991 dans la déclaration sur le rôle de l’UEO et sur ses relations avec l’Union européenne et avec l’Alliance Atlantique, jointe au Traité sur l’Union européenne et
– à accepter dans son intégralité la teneur de la partie III de la Déclaration de Petersberg qui formera un élément du Protocole d’adhésion.

Observateurs

Les États membres de l’Union européenne qui ont accepté l’invitation à devenir observateurs :
– pourront bien que n’étant pas parties au Traité de Bruxelles modifié assister aux réunions du Conseil de l’UEO sous réserve des dispositions prévues à l’article VIII du Traité de Bruxelles
modifié; à la demande de la majorité des États membres ou de la moitié des États membres dont la Présidence, la présence aux réunions du Conseil pourra être limitée aux membres de plein
droit;
– pourront être invités aux réunions des groupes de travail;
– pourront être invités, sur demande, à prendre la parole;
– auront les mêmes droits et responsabilités que les membres de plein droit pour les fonctions relevant d’instances et d’institutions auxquelles ils appartiennent déjà et qui seraient transférées
à l’UEO.

Membres associés

Les autres États européens membres de l’Alliance Atlantique qui ont accepté l’invitation à devenir membres associés, pourront, bien que n’étant pas parties au Traité de Bruxelles modifié,
participer
pleinement aux réunions du Conseil de l’UEO – sous réserve des dispositions prévues à l’article VIII du Traité de Bruxelles modifié – de ses groupes de travail et des organismes subsidiaires,
compte tenu des dispositions suivantes :
– à la demande de la majorité des Etats membres ou de la moitié des Etats membres dont la Présidence, cette participation pourra être limitée aux membres de plein droit;
– ils auront la possibilité d’être associés à la cellule de planification par une procédure de liaison permanente;
– ils auront les mêmes droits et responsabilités que les membres de plein droit pour les fonctions relevant d’instances et d’institutions auxquelles ils appartiennent déjà et qui seraient
transférées à l’UEO
– ils auront droit à la parole mais ne pourront pas bloquer une décision faisant l’objet d’un consensus entre les États membres;
– ils pourront s’associer aux décisions prises par les États membres; ils pourront participer à leur mise en ouvre à moins de décision contraire prise par la majorité des Etats membres ou par la
moitié des Etats membres dont la Présidence;
– ils participeront sur la même base que les membres de plein droit, aux opérations militaires de l’UEO pour lesquelles ils engagent des forces;
– ils accepteront dans son intégralité la section A de la partie III de la Déclaration de Petersberg qui formera un élément du document d’association;
– ils seront raccordés au système de télécommunications (WEUCOM) des États membres pour les messages relatifs aux réunions et activités auxquelles ils participent;
– ils seront invités à rapporter une contribution financière aux budgets de l’Organisation.

Activités spatiales

Pour des raisons pratiques, les activités spatiales demeureront restreintes aux membres actuels jusqu’à la fin de la période expérimentale concernant le centre satellitaire se terminant en 1995.
Pendant cette phase, les nouveaux membres et les membres associés seront tenus informés des activités spatiales de l’UEO. Des dispositions appropriées seront prises pour permettre aux membres
associés de participer aux activités spatiales ultérieures au moment où seront adoptées les décisions relatives à la poursuite de ces activités.

Mandat

C – Les ministres ont chargé le Conseil permanent de prendre des dispositions pour entamer les discussions avec les États concernés.
Les ministres ont confirmé leur souhait de conclure les accords nécessaires avant le 31 décembre 1992.

Source : ministère des Affaires étrangères, Documents d’actualité internationale, n° 18, La Documentation française, 15 septembre 1992, pp. 359-363.

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Prévoir les opérations futures : les « concepts » de l’Etat-major

Plusieurs concepts militaires viennent d’être remis à jour par l’Etat major de l’Union européenne (EMUE) et approuvés par le comité militaire de l’UE (l’instance suprême militaire de l’UE). Un
travail classique, effectué régulièrement, qui mérite une attention… en 2008, plus que jamais. Si certains documents sont très techniques, d’autres sont en effet plus stratégiques, particulièrement
ceux concernant la « planification militaire » et la « génération de force ».

Une histoire de concepts
Ces « concepts » ont été élaborés par l’Etat-major de l’UE dès 2000 et surtout après l’opération militaire au Congo en 2003. Certains viennent d’être remis
à jour en juin 2008 (voir *) : planification militaire aux niveaux politique et stratégique (25 septembre 2001 *), génération de force (26 septembre 2002 *), réaction rapide militaire (24 janvier 2003), transport et mouvements stratégique (16 février
2006*), nation cadre (25 juillet 2002), planification globale (3 novembre 2005), soutien à l’Etat d’accueil lors des opérations de gestion de crises (15 juin 2006), soutien logistique (*),
réception, stockage, transfert et intégration RSOM&I (20 septembre 2006 *), Battlegroups – groupements tactiques (5 octobre 2006), soutien médical et de santé (juillet 2007), réaction rapide
maritime (15 novembre 2007), réaction rapide aérienne (21 décembre 2007), information militaire (février 2008), contrôle et commandement militaire (16 juin 2008), information géospatiale (*). Le
travail de remise à jour de ces concepts doit continuer durant toute l’année 2008.

Trois zones possibles d’action future
Si de nouveaux engagements de troupes européennes ne sont pas programmés, de nouvelles zones sont suivies de très près, selon nos informations, par l’Etat-major, au titre de l’anticipation de
crises : Moyen-Orient (notamment si un plan de paix s’affirme entre Palestine et Israël), Irak (si les troupes américaines se désengagent), dans la zone ex-soviétique (Abkhazie-Géorgie par exemple
; si une décrispation russe se produit) et l’Afrique, la zone d’opération « naturelle » de l’UE et où de nombreux conflits sont sous-jacents.

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Défense européenne: comment se passe la « génération de forces » ?

Le processus de « génération de forces » est celui qui permet à l’Union européenne de réunir les forces nécessaires auprès des Etats membres pour l’envoi d’une opération militaire à l’extérieur de
l’UE. Sans « offres significatives des Etats membres, une opération ne peut être lancée ». De même les limitations imposées par les nations participantes à leur engagement militaire « peut aussi
mettre en danger le lancement de l’opération (comme) le succès de l’opération ».

Qui initie le processus ?
Si c’est normalement au Commandant d’opération (OpCdr) de fournir le degré de détail nécessaire pour la génération de force à travers le Concept d’opération (Conops) et le Plan
d’opération (OpPlan), l’Etat major de l’UE fournit une estimation initiale des capacités requises. Si une réaction rapide est nécessaire, la désignation rapide du Commandant d’opération et
l’activation simultanée des Quartiers généraux de force, sur le terrain (FHQ) et de l’opération (OHQ), l’identification des structures de commandement et des capacités requises permet « d’accélérer
le processus ». Les mécanismes prévus dans les concepts de réactions rapides, aérienne et maritime, peuvent servir de cadre pour la création de forces additionnelles. De même, les «
Battlegroups » en alerte peuvent en bénéficier pour l’identification des équipements et capacités nécessaires.

Le processus de génération de comprend trois phases: l’identification, l’activation, le déploiement.

1) La phase d’identification doit commencer le plus tôt possible. Durant la préparation du concept de gestion de crise (CMC), des réunions de contribution indicative, conduites par
l’Etat-Major, peuvent donner aux Etats membres une indication anticipée des moyens requis, sur la base de premières évaluations militaires et d’analyses.
• Les engagements pris lors de ces réunions ne sont pas obligatoires. Dans tous les cas, les Etats membres doivent fournir des indications avant que le Conseil ne sélectionne une option stratégique
militaire (MSO). Les consultations avec les Etats tiers doivent aussi intervenir à ce stade pour les informer des intentions de l’Union européenne.
• Les Etats participants doivent indiquer le plus tôt possible toutes les restrictions d’emploi. Un « nombre significatif de limitations pourrait en effet entraîner l’augmentation de la taille de
la force requise ». Toute demande d’engagement rapide d’éléments de force – par exemple la reconnaissance et le renseignement (Istar), la cellule civilo-militaire (Cimic), l’action « psychologique
» (PsyOps ou propagande) – nécessite des consultations préalables avec les Etats membres. Ce travail sera pris en compte ensuite par le Commandant d’opération pour l’élaboration du Conops.

2) La phase d’activation. Dès l’approbation du Conops, et sur la base d’une déclaration provisoire de besoins (PSOR), le commandant d’opération entame l’activation de la force. Ce
processus démarre « aussitôt que possible et peut être conduit simultanément avec les étapes finales de la phase (précédente) d’identification ». Un tableau récapitule les spécificités requises,
leur  lieu d’implantation, la taille de l’unité, leur armement, leur durée d’engagement et le commandement. Pour cela, il fait suivre aux Etats concernés un message d’alerte d’activation
EU Actwarn») Ce message donne les dates clés, en particulier pour les conférences de génération de force. Les Etats membres doivent répondre à ce message en faisant une offre informelle,
incluant leur intention de prendre un rôle leader dans une zone. Le rôle des conférences de génération – présidées par le commandant d’opération – consiste ensuite à confirmer le niveau et les
spécificités des contributions nationales.
• Le commandant d’opération active alors un deuxième message « d’activation des demandes » (« EU Actreq ») avec toutes les données nécessaires sur les forces engagées (géographique,
logistique, agenda, règles d’engagement), message auxquels les Etats membres doivent répondre, cette fois, par des engagements « formels », dans ce qu’on appelle le message de préparation de force
EU Forceprep »). Si nécessaire, le Commandant d’opération peut conduire une série de « conférences d’équilibrage de forces » pour combler certains manques ou obtenir des engagements
supplémentaires.
• Dès que le commandant d’opération estime que ses besoins sont remplis, ou que les manques existants ne sont pas critiques pour l’exécution de la mission, il publie la « liste des forces de
l’UE
», ce qui confirme les engagements des Etats participants. Cette liste est incluse dans le Plan d’opération. L’approbation de l’Oplan par le Conseil autorise le Commandant d’opération à
donner l’ordre d’activation (« EU Actord »)
• Si les offres ne satisfont pas à ce qui est nécessaire, le commandant d’opération en fait rapport au Cops. De même s’il ne s’estime pas en position de remplir sa mission.
Durant toute cette phase, l’activation et la mise en place « simultanée » des quartiers généraux d’opération (OHQ) et de force (FHQ) est une « priorité ».

3) La phase de déploiement. Initiée par l’ordre d’activation, cette phase inclut le rassemblement des forces, leur déploiement et également le transfert d’autorité des Etats membres vers le
commandant d’opération. C’est, en effet, un des atouts des opérations militaires de l’UE : les forces engagées ne sont plus soumises à l’autorité de leurs Etats membres mais de l’UE (sauf
exceptions dûment fixées lors des ces phases préalables). Ce transfert constitue «l’étape finale» du processus de génération de forces.

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L’Europe plus vulnérable qu’en 1990, selon le Livre blanc (français)

Plutôt pessimiste, le Livre blanc (français) sur la
défense
, publié en juin, évalue les menaces auxquelles doit faire face la France et l’Europe. Il considère ainsi que « La population et le territoire européens sont aujourd’hui plus
vulnérables que dans les années 1990, c’est-à-dire davantage exposés à des menaces directes ».

Parmi les vulnérabilités nouvelles, il cite :

• Le terrorisme. Le djihadisme reste l’une des « principales menaces contre l’Europe et ses ressortissants dans le monde ». Outre les explosifs, et les attentats suicides, « une
action d’urgence est nécessaire » face au risque d’utilisation d’armes non conventionnelles même rudimentaires.

• La menace des missiles. D’ici 2025, l’Europe se trouvera à portée de nouvelles capacités balistiques, donnée nouvelle à laquelle il faut se préparer ».

• Les attaques contre les systèmes d’information. Le potentiel très élevé de déstabilisation de la vie courante, de paralysie de réseaux critiques implique « une attention
nouvelle pour le renforcement des défenses (comme) pour les capacités de rétorsion ».

• L’espionnage et les stratégies d’influence. Des manœuvres visant à « obtenir des informations protégées sur notre stratégie de sécurité, notre diplomatie, nos technologies
civiles et militaires » ou de désinformation générale visant l’affaiblissement d’une entreprise ou d’une personne, pouvant atteindre des communautés étrangères, la poursuite des échanges
mondialisés sont propices à des activités de renseignement offensif comme au développement de stratégies d’influence destinées à amoindrir notre rôle dans le monde ». ces risques imposent de
développer des capacités de « contre-ingérence mais aussi de puissance douce reposant notamment sur la présence dans les médias et internet ».

• Les grands trafics criminels. Les organisations criminelles telles que les cartels de la drogue disposent désormais de moyens financiers et logistiques comparables à ceux de
certains États (700 à 1 000 milliards de dollars par an selon le FMI).

• Les nouveaux risques naturels et sanitaires, « susceptibles d’engendrer une désorganisation des échanges économiques » et des risques technologiques accrus (urbanisation et
évolution démographique).

• L’exposition des ressortissants à l’étranger. L’évolution des communautés françaises et européennes à l’étranger, leur nouvelle répartition géographique et l’instabilité de
certains pays hôtes les rendent plus vulnérables aux risques, notamment sanitaires, et aux agressions (terroristes ou autres).

Le Livre blanc mentionne aussi plusieurs « tendances inquiétantes » :

Les revers de la mondialisation. « La mondialisation va de pair, paradoxalement, avec une montée des nationalismes, du fanatisme religieux, ou des réactions de reprise en main autoritaires
». Elle nourrit aussi des  inégalités économiques et sociales flagrantes. La croissance économique de nouvelles puissances engendre le développement de la consommation d’énergie. Simultanément
les technologies permettant la fabrication de missiles (balistiques, croisière) ou de drones se sont largement diffusées. (…) L’accélération de la circulation de l’information et avec elle du
rythme de l’action dans tous les domaines rend infiniment plus complexe la gestion de ces crises » (…) l’immédiateté qu’ils engendrent entraîne la diffusion rapide de toutes les formes de crises,
politiques, économiques et financières. »

• L’évolution des formes de violence : le terrorisme a changé d’échelle le 11 septembre 2001. « (Il) est devenu capable de frapper au coeur de tous les pays, à une échelle de
violence sans précédent, avec un degré de préparation internationale et d’intensité dans l’action jamais atteint auparavant par des groupes terroristes ». Par ailleurs, la privatisation de la
violence armée se développe. « Parallèlement à la généralisation du phénomène des milices dans les États plus fragiles, des sociétés militaires privées se créent en marge ou aux côtés des forces
régulières ».

• L’augmentation des dépenses militaires dans le monde. De 867 milliards de $ en 1998, elles ont atteint 1204 milliards en 2006 (soit le niveau du début 1990). Un accroissement
dû en grande-partie à l’augmentation des dépenses aux Etats-Unis mais aussi en Asie du sud (Chine, Inde). L’Europe est, avec l’Amérique du Sud, le continent qui a le moins augmenté ses dépenses en
proportion (le Royaume-Uni étant le principal facteur d’augmentation).

• Les grandes crises non résolues. Balkans mis à part, « Une géographie conflictuelle majeure se dessine, depuis la Méditerranée orientale jusqu’à l’Inde ». Au Moyen-Orient, il
existe quatre sources de conflit : Israël-Palestine, Liban (Syrie-Iran), Irak, Iran. Les opérations se prolongent en Afghanistan, créant le sentiment que la puissance occidentale est exposée et
vulnérable ». La situation au Pakistan apparaît de plus en plus fragile. Sur le continent africain subsistent de nombreux conflits et des situations de guérilla : corne de l’Afrique, région des
Grands Lacs ou espace sahélien. En Asie, des risques de conflits non résolus, liés à l’Histoire, sont susceptibles de porter atteinte à grande échelle, s’ils ne sont pas prévenus, à la sécurité
internationale : Corée, Taiwan et Cachemire.

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Dans le monde, quatre « zones-clés » pour la sécurité européenne.

L’Etat-major de l’Union européenne, basé à Bruxelles, surveille de très près plusieurs zones dans le monde qui pourraient requérir une intervention militaire européenne pour une mission de paix ou
de stabilisation en 2009. Trois zones sont particulièrement suivies : l’Abkhazie-Géorgie, si une décrispation russe se produisait, le Moyen-Orient, notamment si un plan de paix s’affirme entre
Palestine et Israël ou l’Irak si les troupes américaines se désengagent, et l’Afrique, zone d’opération « naturelle » de l’UE et où de nombreux conflits sont sous-jacents.

Une situation à rapprocher des « menaces », décrites dans le Livre blanc (français) sur la défense, publié en juin, qui distingue quatre zones à risque :

L’arc de crise – de l’Atlantique à l’Océan indien. « Le risque, nouveau, d’une connexion des conflits se dessine, entre le Proche et le Moyen-Orient, et la région du Pakistan et de
l’Afghanistan. L’existence de programmes en général clandestins d’armes nucléaires, chimiques et biologiques aggrave ce danger, alors que les pays de ces régions acquièrent en grand nombre,
ouvertement ou non, des capacités militaires appuyées sur des vecteurs aériens et des missiles. La déstabilisation de l’Irak, divisé en communautés rivales, risque de s’étendre au Moyen-Orient. »
Conclusion: L’Europe et la France sont probablement appelées à s’engager davantage encore à l’avenir dans l’ensemble de la zone, pour aider à la prévention et au règlement des crises ».

La sécurité en Afrique subsaharienne. « La France et l’Europe ne peuvent se désintéresser du continent qui leur est le plus proche » d’autant que l’Afrique dispose de nombreuses ressources
et est « de plus en plus convoitée ». Parmi les risques, les conditions de vies liées à une urbanisation croissante, absence de structures sanitaires, raréfaction de ressources alimentaires
locales, guerres endémiques…

Le continent européen. « La Russie n’est pas encore allée jusqu’au bout de l’évolution amorcée pendant les années 1990. La construction de relations équilibrées reste un objectif majeur
dans les années à venir. la stabilisation des Balkans doit appeler non une prise de distance, mais, au contraire, un redoublement d’attention. »

L’effet de conflits majeurs en Asie. « Les sources de conflits hérités de la seconde moitié du XXe siècle et toujours non résolus créent un risque d’autant plus grave que trois grands États
nucléaires disposent de frontières communes, non reconnues internationalement (Inde-Pakistan, Chine-Inde). Un conflit en Asie aurait un impact important : économique sur un continent en croissance,
énergétique – par la demande d’approvisionnement ; stratégique (routes maritimes…).

D’une façon générale, on ne peut que conseiller la lecture de ce Livre Blanc, dont on peut souligner une certaine clairvoyance dans l’analyse des risques et surtout une volonté bien affirmée de
dépasser la stricte vision hexagonale pour  englober l’ensemble de l’UE. Ce qui assez rare dans les documents français de ce type pour être noté. Voir notamment un petit résumé des « vulnérabilités nouvelles » (qui pointe au passage le dérapage persistant en Afghanistan).

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Les priorités Défense de la présidence française: qu’en pensent les Européens?

Si le sommet franco-britannique de Saint-Malo, il y a dix ans, a permis de créer de toutes pièces une politique européenne de Défense et de Sécurité, celle-ci reste encore à géométrie très
variable. Le progrès est souvent le fait d’un petit groupe de pays qui choisissent d’avancer sur un sujet ponctuel (avion A400M,
hélicoptère H90, formation de pilotes…).

• Renforcement des moyens. L’ambition française de donner davantage de moyens aux structures européennes (quartier général européen, agence européenne de défense…) est soutenue par ses
alliés traditionnels (Belgique, Espagne…), les Nordiques et les « neutres » (Autriche, Irlande) mais aussi – ce qui est nouveau – par les pays d’Europe de l’Est (Pologne, Roumanie). En revanche, le
Royaume-Uni – surtout au niveau du Foreign Office – y reste, par principe, hostile ; même si ses ressortissants occupent souvent des postes clés dans la politique européenne (Etat-Major, entourage
de Solana…).

• Financement commun. Seule une petite part des opérations militaires est financée par tous les Etats membres (cotisation calculée en fonction du PIB). L’Allemagne, et généralement
les pays « riches », sont réticents à étendre la part du budget « commun ». Le Royaume-Uni est coincé par son engagement en Afghanistan et en Iraq qui lui coûte de plus en plus cher (cf. rapport de la chambre des Communes).

• Capacités militaires. La plupart des pays, y compris le Royaume-Uni, sont d’accord pour mieux coopérer pour partager certains moyens (hélicoptères, avions, centres de formation) ou expériences. L’Europe permet en effet de trouver une solution à la carte, face à des
budgets nationaux étriqués. Reste à passer aux actes…

• Marchés de défense. La France, l’Italie, la Suède et l’Allemagne étaient plutôt réticents à la proposition de la Commission d’abolir les frontières intérieures pour les marchés de défense.
La mise en place de plusieurs verrous à cette ouverture pourrait changer cet état d’esprit.

• Coopération Otan-Ue. Le renforcement de la coopération passe par la signature d’accords d’information qui est bloquée par la Turquie d’un coté, Chypre de l’autre, à cause de problèmes
politique (la séparation de l’ile).

• A 27 ou à 26 ? Le Danemark ne participe pas à la politique de défense. Mais le royaume nordique songe à revenir sur cette position en organisant un référendum pour réintégrer l’Europe de
la Défense. Mouvement inverse en Irlande où après le Non au référendum, on réfléchit aux moyens de « sortir » au moins
symboliquement de l’Europe de la Défense.

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La coopération Otan-Ue: ca ne marche pas

C’est un haut gradé de l’Union européenne, qui l’a affirmé, lors d’un séminaire de la présidence française de l’UE, consacré à la coopération Otan – UE, à Paris le 7 juillet. « Non nous n’avons pas
de coopération efficace avec l’Otan, en Afghanistan et au Kosovo ». Un point de vue partagé d’ailleurs par nombre de diplomates européens et des Etats membres. Et le militaire d’expliquer « Quand
nous irons à l’enterrement d’un policier turc ou européen qui aura été tué sur le terrain en expliquant que la cause de la mort est un manque de coopération entre nos deux organisations, il faudra
que ce jour-là le plan média du Ministre concerné soit très bien construit pour expliquer ces choses »…

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Les « priorités Défense » de la présidence française, Hervé Morin

A la veille de la Présidence française de l’UE, à Paris, Hervé Morin, le Ministre de la Défense français a exposé – à quelques journalistes spécialisés sur les affaires européennes (dont j’étais) ses priorités. Un entretien intéressant. Jugez-en…

Une Europe à 27 Etats membres, porteur…

J’ai pu rencontrer tous mes homologues (dans leur pays ou lors de rencontres internationales). De cette consultation générale, j’en sors optimiste. Contrairement à ce qu’on croyait, les pays qu’on range habituellement parmi les Atlantistes sont  aujourd’hui les plus en faveur de la politique européenne de la Défense. Et le consensus
dégagé sur nos propositions est réellement porteur.

L’Europe de la défense et l’Otan, complémentaires…

La position de Nicolas Sarkozy sur l’Otan a été la clé d’une évolution. Tant que l’Europe de la défense était considérée comme un moyen de contourner l’Otan, nous n’avancions pas. Par ce geste, nous avons levé une partie du doute que certains Etats avaient sur l’Europe de la défense. Au fil de mes rencontres, avec mes homologues, je sors convaincu que, pour la plupart de nos partenaires, l’Alliance atlantique est le système de sécurité qui convient, qui ne coûte pas cher, et a fait ses preuves depuis 1949. Ce qui, pour eux, vaut tout le reste. Cette idée de complémentarité est donc fondamental.

Les capacités militaires, insuffisantes ?

Nous devons renforcer la mutualisation de nos moyens. Il y a la mise en place d’une maintenance en commun de l’Airbus A400M avec le Royaume-Uni (à 100%) et l’Allemagne (de façon plus partielle), l’Espagne vient de nous rejoindre. C’est important pour nous de garder ce potentiel en commun pendant 40 ans et de ne pas avoir de divergences au fil des années (NB : comme pour le Transall). On veut aussi faire émerger une flotte aérienne commune européenne, comme pour le C17, avec un droit de tirage pour les pays qui participent.

Coté aéronaval, pourquoi ne pas avoir en permanence un porte-avions en mer qui reste sous l’autorité opérationnelle du pays propriétaire mais est mis à disposition au niveau européen (le tout formalisé si nécessaire dans un traité) ? Il y a aussi la mise en place d’un « trust fund » pour rénover la flotte des hélicoptères, notamment ceux d’Europe centrale, et ainsi dégager des capacités supplémentaires. Enfin, avec le lancement du dispositif (satellitaire) post-Hélios, et huit pays qui y participent, on peut avancer sur des thèmes comme l’espace, un système européen d’alerte avancée ou de détection de missile.

L’Agence européenne de la Défense, à renforcer…

L’Agence doit trouver un souffle et un élan nouveaux, avec le lancement de programmes de recherche, qui nous mène progressivement vers des programmes communs européens, comme la sécurité en milieu urbain, les hélicoptères lourds… Il est évident aussi qu’elle doit bénéficier d’un budget pluriannuel. L’Europe dépense sept fois moins d’argent pour la recherche et le développement que les Etats-Unis. Et ces dépenses sont assurées à 70% par la France et le Royaume-Uni. Il y a là un risque de gap technologique considérable. Nous avons donc intérêt à mutualiser nos moyens, déjà plus faibles que les moyens américains.

La mutualisation des forces, obligatoire…

Nous avons plusieurs forces multinationales. Mais toutes ces forces ne sont quasiment jamais mises en œuvre. Nous avons, par exemple, un Etat-major à l’Eurocorps, de 1000 hommes, équipés, entraînés, qui ne demandent qu’à partir, et ils ne partent quasiment jamais… Cela aurait pu être un formidable Etat major de force pour le Tchad. Il faut donc pouvoir utiliser plus facilement ces outils, plus naturellement, lors des générations de force. Autre problématique : les groupements tactiques GT1500 (Battle group), il faut revoir les règles d’engagement, qui sont telles aujourd’hui que ces groupes ne pourront jamais être utilisés. Il faut les assouplir.

La stratégie européenne de défense, une partie de notre « conscience »…

Ce n’est pas seulement un exercice intellectuel, c’est une partie de notre conscience commune européenne. C’est donc un exercice majeur. Nous avons un avenir commun, nous devons assurer notre sécurité en commun. Face aux menaces qu’on a définies, on doit en tirer les conséquences sur les moyens et capacités.

La situation a changé par rapport à 2003. Nous étions 15 Etats membres et, désormais, nous sommes à 27. Il y a des risques supplémentaires : de prolifération nucléaire, de cyber-attaque (un vrai risque aussi sur les personnes humaines, par exemple pour les hôpitaux), des réseaux terroristes puissants. Nos cités sont ainsi plus vulnérables aujourd’hui que du temps de la guerre froide.

Un Centre de commandement européen, une question de « cohérence »…

Nous ne visons pas à créer un centre de commandement d’opération (OHQ) comme à l’Otan. Il s’agit simplement d’avoir une cinquantaine d’officiers, capable de mener une opération robuste mais modeste. Il n’y a pas de doublon avec l’Otan. Car l’Europe est, parfois, seule à même de faire certaines missions, en Afrique par exemple… Nous devons tout faire simplement pour qu’elle soit en capacité de le faire. Avoir cinq OHQ, comme actuellement, a non seulement un coût. Mais cela présente aussi des difficultés pratiques. Il faut équiper l’OHQ, faire venir les hommes, ce qui prend nécessairement un minimum de temps. Il faut, ensuite, que chacun acquiert l’habitude de procéder ensemble. Et le jour où l’opération se termine, chacun se disperse, et on perd une partie de la compétence acquise en commun. Alors que ce serait si simple d’avoir un OHQ à Bruxelles, et moins cher… Enfin, quelle est la cohérence avec les « Battle groups » ? L’Europe a une force de réaction rapide, capable de partir en quelques jours. Mais elle n’a pas le centre de commandement, mobilisable dans le même temps.

Conséquences du Non irlandais sur les priorités de la Présidence de l’UE, cela « change le climat »…

Les priorités françaises ne sont pas liées au traité de Lisbonne. Certes il n’est pas possible de faire la coopération structurée. Mais on ne peut pas dire que tout s’arrête. C’est davantage le climat qui change. Alors il y a deux façons de réagir : soit c’est la déprime, soit, au contraire, on se dit qu’on peut faire le maximum. C’est dans ce dernier état d’esprit que je suis.

Si le traité de Lisbonne entre en vigueur, contenu de la Coopération structurée permanente…

Pourquoi pas une Délégation générale de l’Armement au niveau européen, un programme de renforcement des capacités et de recherche commun, une organisation des forces en commun. Mais cette coopération ne marchera qu’entre pays qui ont la même ambition et parlent le même langage. Ce ne doit pas être une structure supplémentaire mais une ambition supplémentaire.

L’Europe, une conviction…

Je suis un Européen convaincu. On peut croire que l’Europe ne va pas assez vite. Mais quand on regarde en arrière, même dans les rangs des Européens les plus convaincus, on ne parlait pas il y a quelques années d’Europe de la défense, juste de l’UEO, comme d’un bras armé.

(article paru également dans Europolitique le 2 juillet 2008 – crédit photo : NGV  / Bruxelles2 – intertitres du rédacteur)

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« Coopérer une nécessité », Alexander Weis (Agence européenne de Défense)

Quelques jours avant la présentation publique du Plan de développement de capacités, le 8 juillet, Alexander
Weis, le directeur de l’
Agence européenne de Défense (une agence de l’UE créée en 2004) a bien voulu me recevoir (1) pour présenter les
défis à venir…



Comment définiriez-vous le travail de
l’Agence ?

L’Agence, c’est le lieu où les Etats parlent avec les autres et où les coopérations prennent forme. Nous avons comme mission de contribuer au développement des capacités militaires, des armements,
de l’industrie. Pas dans la théorie, dans la pratique. Il s’agit d’améliorer les capacités des Etats membres pour mener à bien les opérations militaires de la PESD. Sans capacités, pas
d’opération.

Les stratégies ne suffisent donc pas ?
Les stratégies ne fournissent pas de capacités. Elles fournissent des mots, des directions communes. C’est important mais pas suffisant. Il faut ensuite les traduire dans la réalité. C’est assez
facile d’être d’accord sur des mots. C’est plus difficile d’être d’accord sur des actions concrètes, avec leurs implications financières.

Que dites-vous à ceux qui disent que l’Agence a un fonctionnement virtuel ?
C’est faux! Nous sommes une petite équipe, certes. 100 personnes en tout, y compris le personnel administratif.
Et nous sommes jeunes ; nous n’avons été créé qu’en 2004. Mais nous travaillons. Et nous progressons rapidement. Simplement, notre approche est pragmatique. Nous avons des projets et les menons à
terme, sans tapage. Si on veut que nous faisons davantage, c’est simple, il nous faut des personnels et des financements supplémentaires. On ne peut pas nous comparer avec une administration de 10
000 personnes. Pour moi, c’est ça la bureaucratie!

Vous n’estimez donc pas nécessaire d’augmenter le personnel ?
Si. Mais on ne doit pas, comme cela existe dans d’autres organisations, créer des groupes de travail où l’essentiel travail consiste à trouver du travail au groupe. L’Agence a besoin concrètement
de 15 personnes de plus l’année prochaine. A plus long terme, davantage sans doute, mais cela dépendra des projets confiés.

Il faut donc un budget pluriannuel ?
Oui C’est essentiel. Nous travaillons sur des programmes d’actions de trois ans, sans avoir de budget sur la même période. Ce n’est pas logique ! Je compte faire une proposition en 2009 pour les
années 2010-2012.

Le Plan, que vous présentez le 8 juillet, c’est une réponse au déficit de capacités  ?
Oui. Aucun État européen ne peut plus supporter, seul, les investissements nécessaires pour sa défense nationale. C’est clair ! Il faut absolument générer des coopérations, des synergies
supplémentaires. Ce plan, c’est la meilleure réponse, très   des des projets à court ou long terme entre les États membres. Nous ne devons pas en effet construire une Europe de la défense à
Bruxelles seulement, mais discuter avec les États et travailler ensemble.

Quel exemple concret de coopération proposez-vous ?
Par exemple, nous voulons développer des coopérations pour faire face aux attentats par explosifs improvisés (Improvised Explosive Devices). C’est un énorme défi qui recouvre plusieurs aspects :
des moyens passifs de protection des personnels, de l’entraînement, les méthodes de reconnaissance, d’enquête et d’investigation, etc.

Quelle contribution l’Agence peut apporter au déficit de capacités d’hélicoptères qui reste criant en Europe ?
Effectivement. Quand on voit que l’opération Eufor Tchad/RCA a dû être reportée à cause du manque de disponibilité des hélicoptères, c’est une urgence! Contrairement à ce qu’on croit, le problème
ce ne sont pas les machines; elles existent. Mais peu sont adaptées aux opérations extérieures : les équipages ne sont pas formés à certaines situations, il manque certains équipements.
Nous travaillons dans trois directions. A court terme, nous voulons mettre au point un programme de formation tactique commun spécifique (vols de désert, de nuit, en montagne…) ; nous ferons une
proposition au 2e semestre 2008 (avec démarrage en 2009). A moyen terme, nous procédons à un inventaire des hélicoptères auxquels il manque certains équipements pour les opérations (électroniques,
protection balistique, capacités de vol de nuit) et comptons proposer aux Etats membres un programme de rénovation (upgrade) des hélicoptères. A quoi il faut ajouter l’initiative franco-britannique
hébergée à l’Agence. A plus long terme, nous voulons mettre en application la déclaration franco allemande faite au Bourget en 2007, c’est-à-dire concevoir et développer un hélicoptère de gros 30
tonnes (type Chinook CH-47) avec livraison à l’horizon 2018.

Pour les futurs avions A400M, comment voyez-vous système de « pool » est possible?
Ce que nous voulons faire, c’est identifier précisément les besoins et développer un mécanisme de
partage original. On ne peut pas se contenter de faire un simple « copier coller » du système utilisé pour les C-17 (à l’Otan). Ce dispositif devient de plus en plus cher. A priori, nous ne
comptons donc pas recourir à un système de leasing privé mais plutôt à un partage des ressources entre États. Nous ne sommes pas encore fixés. C’est justement l’objet de notre travail: étudier
toutes les possibilités et proposer la meilleure aux États. Premiers résultats : début 2009. Ce sera aux États membres ensuite de décider.

Le projet d’une armée européenne, vous y croyez ?
Ce n’est pas dans mes attributions. A titre personnel, je vous répondrai qu’en connaissant les vues différentes sur la Défense et des
capacités des Etats membres, on peut dire que peut-être dans… 20 ou 30 ans, cela pourra se réaliser.

La présidence française de l’UE, vous en attendez quoi ?
Beaucoup. Ils peuvent compter sur nous.

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde
(entretien réalisé en tête à tête fin juin, publié le 4 juillet dans Europolitique/Europolitics)

Pour Alexander Weis, le renforcement du potentiel militaire européen comprend quatre éléments :
1° les « Headline goals » 2010 (Objectifs majeurs 2010) répondant « aux 158 déficits de capacité identifiés pour la conduite des opérations PESD ».
2° Des projets de coopération : « 340 projets nationaux recensés dans la base de données de l’Agence et 90 projets communs cernés ».
3° Le retour d’expérience en opérations, « l’opération Congo nous a beaucoup appris, c’est une vérification de notre analyse selon la réalité du terrain ».
4° Une « vision à long terme, pour se préparer à 2025″.

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L’Irlande quitterait l’Agence européenne de défense

Selon certains informations qui circulent, le gouvernement irlandais songe à un package de propositions pour permettre d’inciter les Irlandais à repasser aux urnes (au printemps ?) et mettre un
bulletin OUI au traité de Lisbonne.

Ce dispositif prendrait la forme de plusieurs déclarations :
– une réaffirmation de la neutralité de l’Irlande au niveau militaire,
– refus d’une harmonisation fiscale au plan européen,
– volonté de garder un commissaire,
– préservation de certains particularités du droit de la famille, tels l’avortement.

Coté défense, ces déclarations seraient doublées par la mise en oeuvre d’un opt-out, sur certains aspects de la poltique européenne de défense (PESD) :
– non participation à l’Agence européenne de défense.
– non participation à l’Etat-major de l’UE.
L’Irlande continuerait, en revanche, à participer aux décisions sur les missions PESD. Ce qui permet de pouvoir peser sur leur lancement (vote à l’unanimité) ou de participer, au cas par cas, à
certaines missions, sans formalité supplémentaire.

(Cet opt-out pourrait nécessiter un « protocole » additionnel, voire aucun protocole (déclaration + décision annoncée à l’Etat major et à l’Agence européenne de défense) Dernière solution qui a
l’avantage de ne pas devoir resoumettre cette question à l’approbation des autres 26 Etats membres. Le protocole a en effet même valeur que le Traité et doit être signé et ratifié par les 27 Etats
membres)

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B. Klich (Pl): La Pologne veut une Europe de la défense intégrée

En marge du Conseil des Ministres de la Défense, rencontre au petit matin avec Bogdan Klich, qui connaît bien la maison européenne pour l’avoir fréquentée depuis plusieurs années (il était
député européen jusqu’à prendre son poste de Ministre). Le ministre polonais de la Défense affiche pour son pays un ferme engagement européen, que ce soit au niveau des opérations, de la doctrine
de sécurité, des structures communes – comme l’Etat major – ou des futures institutions mises en place par le Traité de Lisbonne.

Originaire de Cracovie, son diplôme de médecine et… d’histoire de l’art tout comme ses études de philosophie et d’histoire, témoigne de l’éclectisme de Bogdan Klich. Proche de Jan
Kulakowski, il est un de ses conseillers quand celui-ci négocie l’adhésion de la Pologne à l’UE (1989-1999), il devient dans le gouvernement de Jerzy Buzek, vice-ministre à la Défense nationale
(1999-2000) quand la Pologne adhère à l’Otan. Elu député à la Diète polonaise, il est vice-président de la commission des affaires étrangères et siège à la commission défense (2000-2004). Il est
élu ensuite au Parlement européen, toujours aux commissions affaires étrangères et défense, avant d’être nommé dans le gouvernement de Donald Tusk au portefeuille de la Défense.

Au Tchad, à l’Eurocorps, on voit de plus en plus de Polonais dans les missions et corps européens, un signe de changement de politique ?
Le nouveau gouvernement a effectivement décidé
de faire évoluer sa politique de sécurité, et d’avoir davantage d’équilibre entre son pilier atlantique et son pilier européen, pour renforcer l’un comme l’autre. Nous sommes bien conscients que le
pilier européen présente toujours un visage sommaire. Mais nous pensons qu’il doit être de plus en plus fort, dans le futur. Notre volonté politique est donc de s’investir pleinement dans ce
renforcement et de participer aux opérations militaires. Car ils sont parties intégrantes de notre sécurité nationale.

Les Polonais quittent l’Irak. Vous estimez que la mission est terminée ou c’est aussi un changement de politique ?
Effectivement, à la mi-octobre, nos soldats, présents en Irak, seront
à la maison. C’est une promesse de notre Premier ministre. Ne resteront sur place qu’un effectif réduit d’environ 30 personnes, des formateurs. Nous estimons que les objectifs fixés en 2003 de
l’ancien gouvernement ont été atteints. Et nous avons d’autres missions à remplir, pour soutenir les missions internationales des organisations dont nous sommes membres (UE et Otan), en Afghanistan
et au Tchad. Ces nouveaux engagements ne sont pas connectés à des intérêts stratégiques directs de notre pays mais contiennent un message politique : nous sommes intéressés pour supporter des
mécanismes davantage intégrés au niveau européen en matière militaire que ce soit à l’Otan ou à l’UE.

• Des mécanismes davantage intégrés, cela signifie quoi ?
Il ne s’agit pas seulement de renforcer ces effectifs d’un point de vue militaire mais aussi d’effets politiques. Nous voulons
pousser à avoir des mécanismes plus communs, plus intégrés, dans ces deux organisations. Entre la simple coordination des politiques et des mécanismes communs, La Pologne a choisi. Nous sommes
fermement en faveur de cette deuxième option, que ce soit au sein de l’Otan ou de l’UE

Quels renforts la Pologne est prête à envoyer en Afghanistan ?
Nous allons fournir 400 hommes de plus (en plus des 1200 déjà présents), d’ici la fin octobre, ainsi que 8 hélicoptères
qui ne serviront pas que pour nos troupes mais aussi pour les Canadiens. Et nous avons décidé de davantage concentrer nos troupes, sur une seule zone dans la province de Gahzni (dans le sud-est du
pays).

Comment voyez-vous le partage des tâches avec l’Otan ? Quelles sont les priorités de développement de la PESD ?
L’Otan reste un pilier principal de notre défense. Mais la Pesd n’a pas
encore atteint tous ses objectifs tels que définis en 1999 au Conseil de Cologne.  Il faut d’abord compléter nos capacités et avoir les capacités opérationnelles pour permettre de répondre à
tous les types de crises prévues par les missions de Petersberg (missions humanitaires, de maintien de la paix, interposition…). Cela ne nécessite pas seulement d’atteindre les objectifs cadres
(headlines goals). Mais aussi de faire évoluer le cadre institutionnel comme le permet le Traité de Lisbonne, avec le mécanisme de réciprocité et la clause de solidarité, par exemple.

La Pologne est-elle toujours réticente sur la coopération structurée permanente, prévue par le futur traité ? Etes-vous prêt candidat pour y participer ?
Nous étions effectivement un
peu hésitant, dans la première mouture de cette Coopération renforcée permanente, présentée lors du débat constitutionnel. Car nous étions face à un concept fermé, avec seulement quelques Etats
sélectionnés y participant. De façon générale, la Pologne n’est pas en faveur d’un club restreint d’Etats à l’intérieur de l’UE. Un groupe pionnier, oui. Un noyau dur, non ! Le concept finalement
retenu, et qui figure dans le Traité de Lisbonne, a été assoupli, élargi. Et nous en sommes donc un ardent supporter. La Pologne est prête et candidate à y participer, dès le début de sa mise en
place.

Cela signifie qu’il faut renforcer l’Etat-major, aller au-delà ce qui a déjà été décidé en novembre dernier ?
Nous allons déjà voir comment l’extension des capacités de prévision et de
planification, décidée, est appliquée. On attend le rapport d’ici la fin de l’année. Mais si cela s’avère nécessaire, oui, il faudra aller au-delà. Pour nous, c’est clair, nous appuyons dans cette
direction du renforcement de cet Etat-Major.

• L’implantation du bouclier anti-missiles en Pologne ne peut-elle pas être source de divergences ?
La question a été posée. Et le sommet de Bucarest, en avril dernier, a répondu : Oui,
nous, Européens, sommes intéressés d’avoir un tel système. Politiquement, l’évaluation est donc positive. Mais cela ne signifie pas qu’on ait approuvé l’implantation en Pologne. Il reste à aboutir
en pratique et donc négocier un accord avec les Américains, qui soit équilibré. Pour la Pologne, la contribution à la modernisation de l’armée est fondamentale. Ce n’est pas une approche
commerciale, de marchand de tapis. Mais un nécessaire équilibre entre les avantages et les coûts du système. L’installation du système anti-missiles apporte une garantie de plus de sécurité  à
l’Europe centrale. Mais d’un autre coté, nous aussi exposés davantage. Et ce n’est pas notre budget national qui devrait prendre en charge ce risque supplémentaire. C’est cela notre condition
finale du Oui ou Non : quelle contribution pourrons-nous obtenir à notre sécurité nationale.

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Le premier chef de la chaîne de commandement civil au rapport



Kees Klompenhouwer, le nouveau
et premier Directeur « de la capacité civile de planification et de conduite » (CCPC)
est venu présenter au Comité politique et de sécurité (COPS), le 14 mai, la nouvelle organisation du commandement civil de l’UE.

Un véritable Etat-major civil
Il ne faut pas se leurrer sur les termes apparemment anodins de la fonction. Cette chaîne de commandement intégrée est ni plus ni moins un quartier général européen gérant toutes les missions «
civiles » de l’Union (un Etat-major). Et son directeur, premier à occuper ce poste dans sa nouvelle configuration, est un réel chef d’Etat major composé d’une soixantaine de personnes. Enfin, quand
on parle de missions « civiles » de l’UE, il serait plus exact de parler d’une mission de gestion de crise.

Qu’est-ce qu’une mission civile de défense ?
Au sens de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), est en effet « civile » une mission qui n’a pas une visée proprement militaire mais dont l’objectif reste de procurer de la
sécurité au pays concerné : en formant, en restructurant, en assistant les forces existantes qui constituent pour un Etat l’essence même de sa souveraineté (police, justice, douanes, armée,
frontières).

Cela ne signifie nullement que les militaires en soient exclus (exemple au Kosovo ou en Guinée), que l’usage des armes soit prohibé (au Kosovo, une force de réserve de 500 gendarmes mobiles et
carabinieri devrait être déployée) ou que leur implantation se fasse dans des territoires pacifiés ou pacifiques. L’UE a ainsi une dizaine de missions « civiles » de sécurité en Europe, Afrique,
Asie et Moyen-Orient, de différents types : surveillance des frontières (Rafah-Palestine, Moldavie-Ukraine), formation et renforcement de la police (Afghanistan, Bosnie, Congo, Palestine), réforme
des forces de sécurité (Congo, Guinée), renforcement de l’Etat de droit (Iraq et Kosovo).

Que fait le directeur du CPCC – le chef d’Etat-major civil ?
Sous le contrôle politique et la direction stratégique du COPS et du Haut représentant, le directeur du CCPC assure le commandement de toutes les opérations civiles de l’Union au niveau stratégique
(sauf Eubam Moldavie-Ukraine). En cette qualité, il donne « des instructions » au chef de mission, auquel il « fournit par ailleurs des conseils et un soutien technique ». Il a autorité directe sur
toutes les opérations civiles en cours, en liaison avec le COPS. Et tous les chefs de mission doivent en référer à lui. Il a une « mission  générale de veiller à ce que le devoir de vigilance
de l’UE soit rempli correctement » et à la mise en oeuvre adéquate et effective des décisions du Conseil et du COPS.

Le « chef » en quelques mots
Néerlandais (et français), né en 1954, Klompenhouwer est un diplomate expérimenté (27 ans de carrière), spécialiste des Balkans. Conseiller de défense à la représentation permanente des Pays-Bas à
l’Otan puis ambassadeur à Belgrade (1999-2002), il était jusqu’ici directeur Europe Est et Sud-est au Ministère des affaires étrangères à La Haye. Biographie officielle: télécharger ici

(Article paru dans Europolitique)

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