Défense UE (droit doctrine politique)

Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

La salle du conseil européen (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le constat était clair. A écouter nombre des interventions des responsables européens, industriels ou politiques réunis pour la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense, hier (31 janvier) ) Bruxelles, le constat semble clair. On arrive à une impasse sur le « pooling and sharing » s’il n’y a pas une impulsion politique supplémentaire, venue du haut. Le constat a été posé, les réflexions ont été menées, les premiers projets présentés… Mais comme l’a résumé Olof Skoog, qui préside le COPS, le comité politique et de sécurité, « l’approche bottom up (*) va avoir des limites ». Il avait auparavant expliqué que « notre rôle au COPS est de garder le momentum, d’envoyer un message aux capitales, de pousser à un débat stratégique sur les capacités. » Et cela ne suffit pas apparemment…  Il faudra bien à moment donné que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se saisissent de la question pour, sinon débattre en profondeur de ce thème, au moins donner un signal qui pourra ensuite être décliné dans chaque capitale, au sein des gouvernements, des administrations et des Etats-Majors. Si personne le revendique ostensiblement, c’est un fait qui ne peut être passé sous silence.

Des blocages multiples

On peut bien sûr imputer les blocages, lourdeurs, forces d’inertie dans les hiérarchies intermédiaires. On peut invoquer également que toutes les administrations sont bousculées par les différentes coupes budgétaires, qui interviennent parfois plusieurs fois par an, et ne permettent pas de prévoir au-delà de quelques mois ce qui peut se passer. Il y a également le calendrier électoral dans de nombreux pays ou la faiblesse des gouvernements dans d’autres. On peut aussi observer que l’agenda des chefs d’Etat et de gouvernement s’est jusqu’ici (depuis 4 ans !) focalisé sur quelques points : le sauvetage des banques d’abord, de la Grèce ensuite, l’endettement et la surveillance budgétaire après en passant par la régulation financière. Mais on peut aussi remarquer que le mot « croissance économique » a commencé à faire irruption aux cotés de ces préoccupations toutes financières, figurant officiellement ainsi en tête des préoccupations des 27 lors du dernier sommet, le 30 janvier. Comme l’a expliqué alors à B2, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg: « Nous pensons tous que la consolidation des finances publiques est importante, car il n’y aurait avoir de croissance sans considération des finances publiques. Mais maintenant nous admettons que les politiques d’emploi et croissance doivent venir compléter cette politique ». Autrement dit, les esprits semblent plus mûrs. L’inscription à l’ordre du jour de la question de Défense s’impose a priori.

C’est rationnel

Interrogée par B2, lors de cette réunion, le 31 janvier, la présidente de l’Agence européenne de Défense, Claude-France Arnould, s’est voulue prudente sur ce point — « Ce n’est pas à l’EDA de le dire » —, ne souhaitant pas déborder de son rôle. Mais elle n’a pu s’empêcher de reconnaitre que la nécessité était là : «c’est rationnel. » « C’est vraiment aux Chefs d’État et de gouvernement de se prononcer. (…) Il y a quasiment toutes les raisons que ce sujet monte au niveau européen. » Dans des domaines « aussi sensibles » pour déclencher la coopérations, il faut une « impulsion au plus haut niveau » a-t-elle expliqué, prenant en exemple le traité franco-britannique de Saint Malo. Certes « Tous les gouvernements sont aujourd’hui sous contrainte budgétaire ». Des contraintes prises en compte.  Mais les chefs de gouvernement « vont avoir une discussion aussi sur la croissance. L’industrie de défense constitue un important levier de croissance. C’est un moteur technologique (qui représente) de l’emploi, de l’investissement, de l’exportation…».

Le moment est opportun

Quant à la date, « Si ça pouvait être avant Chicago, ce serait bien sûr bienvenu… », a conclu CF Arnould. Cela peut paraitre difficile avec la contrainte de calendrier actuel qui pèse actuellement sur les 27, le prochain sommet formel étant prévu pour le 1er mars. Mais les sommets européens deviennent aujourd’hui monnaie courante. Et le moment paraît plus qu’opportun. A Herman (Van Rompuy) de jouer maintenant…

Lire aussi : Une informelle défense, quand même, au 1er semestre, mais à Bruxelles

(*) Cette approche consiste à pousser des projets – par le bas – venus des différents Etats majors pour essayer de faire rencontrer les besoins, de proposer des projets aux responsables politiques pour permettre ensuite leur mise en oeuvre.
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Une informelle défense, quand même, au 1er semestre, mais à Bruxelles

(BRUXELLES2, exclusif) « No« . Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE, a répondu, poliment mais fermement non, à la proposition chypriote d’organiser une réunion informelle des ministres de la Défense au premier semestre (durant la présidence danoise). Depuis le Traité de Lisbonne, la conduite de la politique de défense et de sécurité commune est du ressort de la Haute représentante et non de la présidence tournante, explique-t-elle en substance, selon les premières informations recueillies par B2. Et ce n’est pas le job d’une présidence tournante de la réunir, surtout celle dont ce n’est pas le tour de l’organiser.

Réunion le 18 avril ?

Il pourrait cependant y avoir une réunion informelle, à Bruxelles. Ce pourrait, le 18 avril, avant le sommet de Chicago. Une réunion qui serait alors orientée sur « le long terme stratégique, notamment sur les capacités ». Organiser la réunion dans la capitale européenne a effectivement beaucoup d’atout, à la fois pratique et politique. Mais cela fait perdre, à mon sens, beaucoup l’aspect informel et un peu l’intérêt de cette réunion. Son objectif n’est en effet pas tant de rassembler chacun autour d’une table, avec un horaire, et un agenda, mais justement de pouvoir casser les habitudes, en réunissant tous les ministres dans un même lieu (hotel et petit déjeuner compris), si possible un peu inhabituel, avec des horaires souples, de façon à chasser le ton officiel, de permettre toutes les conversations. C’est dans des conversations au petit déjeuner, au gouter ou à l’apéritif voire au digestif que peuvent s’esquisser les compromis ultimes, les idées intéressantes ou les projets nécessaires pour le futur. A défaut d’autre pays pour héberger cette réunion, on pourrait la tenir au vert, dans un castel à Dinant, ou au bord de la mer, par exemple, sur une plate-forme off shore, ou dans une péniche, voire dans une caserne… Pourquoi pas Beauvechain. Vite, une idée Mr De Crem !

Lire aussi : L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

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L’oubli de l’Europe de la défense. Hollande proche du nul

L’oubli de l’Europe de la défense. Hollande proche du nul

Francois Hollande à l'émission "Des paroles et des Actes"

(BRUXELLES2) Singulier oubli. Dans ses « 60 propositions », François Hollande, le candidat socialiste à la Présidence de la République, a fait une impasse remarquable sur l’Europe de la Défense. Celui qui rappelle régulièrement sa ferveur européenne et avoir « appelé à voter pour la Constitution européenne » ne semble pas vraiment mettre au coeur de ses préoccupations internationales ce projet européen. La proposition « défense » est d’ailleurs la bonne dernière de ses propositions.

Si le candidat a montré au Bourget ou sur le plateau récemment de France Tv – à l’émission Des Paroles et Des Actes face à Alain Juppé, un certain brio, une présence et une étoffe de présidentiable, c’est indéniable, la faiblesse du projet socialiste en matière diplomatique et de défense est patent… et inquiétant.

Le projet socialiste met de coté l’Union pour la Méditerranée, projet sarkozien, aujourd’hui mort-né. Mais pour autant, il ne remet par l’Europe au coeur du projet avec les pays du Sud, c’est la France et elle seule qui est à l’oeuvre. Un peu léger !


C’est la proposition la plus novatrice du candidat Hollande en matière de défense, même si elle parait difficile à tenir. Plus aucune troupe française d’ici fin 2012, signifie engager dès maintenant un retrait accéléré. C’est un sévère coup de canif dans la solidarité entre alliés de l’OTAN. Quant au déclenchement de nouvelles négociations entre Israël et la Palestine (soulignons qu’on ne parle plus de Territoires occupés), c’est effectivement souhaitable. Mais on ne sait pas vraiment quelles initiatives pourraient être acceptables par les deux parties. Il serait, là aussi, souhaitable d’impliquer les autres pays de l’Union européenne. 

On peut remarquer que cette proposition n’est pas très éloignée de celle de Nicolas Sarkozy. Sauf à rétablir le service national, le lien armée-nation parait plutôt une notion politique d’apparence pour contrebalancer les paragraphes sur l’action contre le terrorisme ou la dissuasion nucléaire. L’ambition de limiter l’OTAN à la sécurité collective, elle ne signifie pas automatiquement une sécurité territoriale. Quand il y a une opération en Afghanistan, c’est bien au nom de la sécurité collective. Quand au rôle de l’Union européenne, pourtant au coeur de la clause de solidarité et de la clause de défense mutuelle présentes dans le Traité de Lisbonne, elle est totalement absente de cette proposition.

Télécharger sur le site de B2 les 60 propositions

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Petite ambition, petite mission

(BRUXELLES2, billet) La mission Sud Soudan à Juba dont les 27 ont approuvé le concept de gestion de crises (*) peut prêter à sourire. Il s’agit en effet de « renforcer la sécurité de l’aéroport international à Juba ». Et on peut se dire que pour ce type de mission qui relève davantage de la coopération technique, que d’une « réelle » mission de maintien de la paix, même soft, type « observation » ou « formation », ou de la gestion de crises, il n’y a pas vraiment besoin de tout le dispositif nécessaire aux opérations de l’Europe de la Défense. C’est un fait que personne ne cherche à contester aujourd’hui. A « petite ambition, petite mission », pourrait-on dire.

Une vertu : faire tourner la machine

La seule vertu de ce type de mission est de ne pas laisser l’instrument mis en place non sans difficulté dans le passé, inutilisé. C’est bien faible. Et on attend impatiemment que l’Union européenne traduise dans des faits plus tangibles son ambition affichée d’avoir une place dans le monde tout comme ses obligations internationales. Sinon la politique étrangère européenne risque bientôt de ne plus être qu’une machine à déclarations et à sanctions. C’est sans doute déjà un résultat. Mais ce n’est pas vraiment pour cela qu’on a mis en place toutes les dispositions et structures du Traité de Lisbonne.

(1) Lire : Le concept de gestion de crise de la mission à Juba approuvé

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L’OpsCenter sur les rails: les grands principes adoptés lundi. Et quelques détails…

L’OpsCenter sur les rails: les grands principes adoptés lundi. Et quelques détails…

(BRUXELLES2, exclusif) Le centre opérationnel de l’UE (OpsCenter) n’est pas encore… opérationnel. Mais, histoire de faire avancer le « schmilblick », les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne adoptent ce lundi (23 janvier) les grands principes qui régiront le fonctionnement de l’OpsCenter. B2 a pu lire ses conclusions en avant-première. Et obtenir également d’autres détails sur la mise en place de ce premier centre de commandement des opérations militaires établi à Bruxelles. L’appel à candidature pour le chef de cet OpsCenter vient ainsi d’être lancé aujourd’hui vendredi (20 janvier), traduisant la volonté de la plupart des Etats membres d’aller assez vite sur ce dossier.

Coordination de trois opérations

Le centre aura pour vocation de coordonner toutes les opérations de la Corne de l’Afrique. Il s’agira donc non seulement de coordonner l’opération militaire de formation des soldats somaliens en Ouganda (EUTM Somalia) et la future opération de renforcement des capacités maritimes des pays de la région de l’Océan indien et de l’Afrique de l’Est (EUCAP Corne de l’Afrique) mais aussi de s’occuper de l’opération de lutte anti-piraterie (EUNavfor Atalanta). La conduite simultanée de trois opérations requiert un « niveau renforcé de la coordination et l’interaction, notamment entre acteurs civils et militaires » précisent les conclusions du Conseil.

Un rôle variable selon les opérations

C’est pour EuCap où l’OpsCenter jouera le rôle principal : il fournira un « soutien direct » au commandant des opérations civiles pour la « planification opérationnelle comme pour la conduite de la mission ». Pour EUTM Somalia, il fournira un soutien au commandant de mission et renforcera la « coordination stratégique entre la mission et les autres actions » ; son rôle pourra aussi augmenter dans le cadre de la 3e phase d’EUTM (EUTM3) qui ne devrait pas commencer avant la fin de l’année. Pour l’opération Atalanta, l’Ops Center aura surtout comme mission de faciliter l’interaction ; il aura ainsi une fonction de super officier liaison.L’OpsCenter aura aussi des fonctions transversales : « renforcer les synergies civiles et militaires », assurer la liaison « entre les différentes missions/opérations et les structures (politico-diplomatiques) de Bruxelles ».

Dans ces différents rôles, le commandant du Centre aura un rattachement hiérarchique variable : il sera ainsi placé sous la responsabilité du commandant d’opération concerné : selon le cas, le chef d’EUTM Somalia (le colonel irlandais Michael Beary), le commandant d’Atalanta (le contre-amiral britannique Duncan L. Potts) ou le commandant des opérations civiles de l’UE (ou CPCC, le diplomate allemand Hansjörg Haber) pour la mission EUCAP.

Une décision encore « à écrire »

La décision fixant le fonctionnement, la chaîne hiérarchique et le commandant de l’OpsCenter doit encore être écrite. Elle n’a pas pu être préparée à temps pour le Conseil des Affaires étrangères pour différentes raisons, à la fois pratiques et de fond. Le fait que le conseil des Ministres ait été avancé d’une semaine et la monopolisation des diplomates « affaires extérieures » des 27 (groupe Relex) par le dossier iranien (voir ) a empêché d’avoir le texte prêt à temps. Il faut aussi remarquer que la première décision sur l’OpsCenter datait… Elle n’avait pas été mise à jour depuis la création de la CPCC – l’Etat-Major des opérations civiles de l’UE – et du SEAE – le service diplomatique européen. Un certain travail préparatoire, « plus complexe qu’il n’y parait de prime abord » comme le rapporte à B2 un expert des opérations de défense de l’UE, est donc nécessaire. Cette décision devrait être approuvée ultérieurement, au besoin par procédure écrite.

Le recrutement du commandant est lancé 

Les « 27″ (*) ont lancé aujourd’hui l’appel à candidature pour le chef de l’OpsCenter. La proposition initiale de voir le centre placé sous le commandement du chef d’Etat-Major de l’UE (actuellement le général Van Osch) a été refusée par la plupart des Etats membres qui préféraient désigner un commandant en leur sein. Les différentes candidatures seront examinées au sein du comité militaire de l’UE qui émettra ensuite une recommandation. Ce recrutement pourrait s’opérer rapidement ; l’avis du comité militaire est attendu pour début février.

Personnel mixte

L’OpsCenter devrait compter environ une trentaine de personnes selon nos informations. Certains agents proviendront de l’Etat-Major militaire de l’UE ou des Etats membres. Ceux-ci se sont engagés à mettre à disposition le personnel nécessaire pour cet OpsCenter, un peu comme ils le font pour la mise en place d’un quartier général d’opérations (OHQ). L’organisation de l’OpsCenter devrait d’ailleurs être similaire à un mini-OHQ, avec une répartition des postes en J1, J2, J3… Une fois proposé par leurs Etats membres, le personnel sera ensuite sélectionné par la voie des panels.

Localisé au sein de l’Etat-Major de l’UE

L’OpsCenter devrait être localisé au sein des structures de gestion de crise de l’UE, « au Cortenberg », colocalisé ainsi avec l’Etat-Major militaire et l’Etat-major civil (CPCC) de l’Union européenne. Le problème est de lui trouver « un peu de place » rapporte un expert du dossier. « La place dévolue à l’OpsCenter » – qui n’a pas été occupée durant des années de manière opérationnelle – est « aujourd’hui occupée par la Situation Room » du service diplomatique européen. Il faudra peut-être se serrer un peu…

(*) Précisons que le terme de 27 est choisi par commodité. Le Danemark ne participe pas à la planification et conduite des opérations militaires.  

Lire aussi :

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Une conférence sur la gestion de crises à Copenhague

(BRUXELLES2 à Copenhague) Opt-out ou pas, le Danemark s’intéresse à la gestion de crises à l’européenne. La preuve ? Elle organise une conférence consacrée à une approche globale face à la crise, le 28 février à Copenhague, conduite conjointement avec le think tank britannique ECFR (European Council on Foreign Relations). Le Traité de Lisbonne a placé la majorité des instruments de l’UE (prévention de crises, gestion de crises, développement post-conflit…) sous une même de commandement unique, en la personne du Haut représentant / Vice président de la Commission, comme le rappelle le fil conducteur de cette conférence. Ce qui permet vraiment à l’UE d’avoir une vraie approche globale sur les crises. Mais il faut encore passer à la pratique. Ce sera l’objectif de cette conférence : explorer les voies concrètes pour améliorer la capacité de l’Union européenne sur les crises, en ayant une meilleure compréhension des politiques et capacités des autres acteurs (ONU, OTAN, Union africaine, OSCE…) et en s’assurant que l’UE a les structures et processus internes corrects pour répondre à la crise de façon efficace.

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L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

Le ministre Demetris Eliades a écrit à C. Ashton pour lui proposer la tenue d'une réunion informelle des ministres de la Défense (Credit : Gouvernement de Chypre

(BRUXELLES2, à Copenhague) La proposition vient d’être lancée : Chypre a proposé d’organiser à la place du Danemark la réunion informelle des ministres des la Défense. Le Danemark – qui bénéfice d’un opt-out en matière militaire – a en effet décider de ne pas organiser ce type de réunions. Ce qui est une première. Tous les regards se sont alors tournés vers la Haute représentante de l’UE qui, dans le cadre du Traité de Lisbonne, conduit la politique de sécurité. Mais, pour l’instant, la réponse reste très floue. « Nous voyons le sujet » m’a répondu, de façon elliptique, un de ses portes-paroles.
Chypre qui assure la présidence de l’UE au second semestre, a donc décidé de prendre le taureau par les cornes.

Le ministre chypriote de la Défense, Demetris Eliades, a adressé, début janvier, une lettre à Catherine Ashton, proposant donc d’organiser cette rencontre. Une lettre qui semble rencontrer le souhait de plusieurs Etats membres (*). Cette rencontre se déroulera précise la lettre selon « le format traditionnel », c’est-à-dire avec la présence d’un représentant de l’OTAN. Ce qui est pour Chypre une certaine avancée. La date n’est pas encore précisée. Elle sera fixée à une « date qui conviendra » à l’agenda de la Haute représentante. Ce qui semble probable, c’est que la réunion informelle des ministres ne précédera pas la réunion formelle mais la suivra. Vu le délai imparti, il parait difficile de respecter l’échéancier traditionnel. Cette proposition semble cependant mettre la Haute représentante dans l’embarras : en acceptant cette initiative, elle risque de se fâcher avec les Turcs alors que la collaboration avec Ankara est nécessaire sur quelques sujets délicats notamment l’Iran ou la Syrie.

Un moment politique

Les sujets ne manquent cependant pas en ce moment en matière de défense européenne qu’il s’agisse des problèmes de génération de force, des contraintes fiscales et économiques qui pèsent sur tous les budgets de défense, des projets de « pooling and sharing » lancés par l’agence européenne de défense (et ceux qui peuvent l’être) ou d’éventuelles nouvelles opérations (au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, en Libye, au Sud-Soudan)… Et tenir une réunion informelle dans les mois qui viennent ne serait pas de trop. Faire autrement, serait aussi un trop mauvais signe donné par la Haute représentante et un nouveau « loupé » dans le domaine de la Défense européenne. C’est un geste symbolique comme un acte politique. Si l’UE veut avoir un peu de leadership, elle ne peut s’épargner ce type de réunions ministérielles.

(*) Pas uniquement des pays qui ont signé la lettre de Weimar d’ailleurs… Les Pays-Bas ou la Suède sont aussi sensibles à ces réunions et en souhaitent la tenue.

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Et le Danemark réintègrera l’UE et sa politique de défense (Maj)

Et le Danemark réintègrera l’UE et sa politique de défense (Maj)

(BRUXELLES2 à Copenhague) Le ministre danois des Affaires européennes, Nicolai Wammen, l’a confirmé lors de son mot d’introduction aux journalistes européens en visite à Copenhague. Le gouvernement danois a bien l’intention de lever deux de ses trois opt-out existants : en matière de défense, d’une part ; de justice et d’affaires intérieures, d’autre part.

Réintégration totale de la défense européenne, partielle de la politique de justice/intérieur

Concernant la défense, le ministre l’a confirmé à B2, il s’agira d’une « levée totale de l’opt-out ». En clair, le Danemark réintègre totalement la politique européenne de défense et de sécurité commune en matière d’opérations militaires – qu’il s’agisse du processus de décision ou de son financement – ou de renforcement des capacités – notamment la participation à l’Agence européenne de défense. Une « vraie réintégration » – qui supposera donc d’intégrer des officiers danois dans les différentes structures de défense de l’Union européenne. Un peu à la manière dont la France a réintégré les structures de commandement de l’OTAN. La levée de cet opt-out est celle qui suscite le moins de discussion au sein des partis politiques danois, mis à part les eurosceptiques du Dansk Folkeparti (le parti du peuple danois) qui est « opposée à une armée européenne » et « vouloir préserver le fait que le parlement danois donne l’autorisation à l’envoi de troupes à l’étranger ». « Une question de responsabilité » selon la députée Pia Adelsteen (*). Ainsi que l’a souligné, le 10 janvier, Jens Joel, député social-démocrate, membre du comité des Affaires européennes du Parlement européen, il y a comme une « incohérence aujourd’hui. Pourquoi les Norvégiens – qui ne sont pas membres de l’Union européenne – peuvent participer à une opération anti-piraterie de l’UE et pas les Danois. Il faut corriger cela ».

Concernant la politique de justice et d’affaires étrangères, la levée de l’opt-out sera plus légère ; il s’agit de remplacer l’opt-out (dérogation totale) par un opt-in : le Danemark manifestant à chaque décision son souhait, ou non, d’y participer et d’accepter ses implications (selon le même statut qu’a l’Irlande ou le Royaume-Uni aujourd’hui).

Seul opt-out que le Danemark ne compte pas quitter : celui sur l’Euro. Il n’en est pas question, a précisé le ministre des Affaires européennes. « C’est le referendum improbable » a renchéri son collègue des Affaires étrangères. Même le parti socialiste libéral qui milite en faveur de l’Euro, a reconnu que rejoindre l’Euro n’était pas possible actuellement, a expliqué Sofie Carsten Nielsen du parti social-libéral (membre de la coalition au pouvoir).

Quand ? à la fin de la présidence

Rien n’a encore décidé sur quand exactement cela se passera et sous quelle forme – un ou deux référendums… Ce qui est sûr c’est que c’est un engagement qui figure dans le programme de la coalition social-libérale/social-démocrate/socialiste. Et que cette réintégration ne se déroulera pas durant la présidence danoise de l’UE qui a commencé depuis le 1er janvier et dure jusqu’au 30 juin 2012. « Si la présidence se déroule bien, et que nous sommes dans une bonne disposition au niveau européen, la levée des opt-out pourrait se produire dans la foulée de la présidence » a précisé à B2 un officiel danois.

(Maj : mardi 10 janvier avec les remarques des parlementaires du comité des Affaires européennes du Parlement danois)

(*) On peut souligner que la participation à la PeSDC n’empêche jamais une autorisation du parlement national. Les pratiques néerlandaise et allemande le prouvent.

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Le problème de l’Alliance, est européen et politique, dit le MinDéf britannique

Le problème de l’Alliance, est européen et politique, dit le MinDéf britannique

Les Britanniques constituent la seconde force engagée dans l'opération de l'ISAF en Afghanistan, le ministre de la Défense P. Hammond en visite

(BRUXELLES2) La leçon de l’inflexion stratégique américaine a été immédiatement tirée par le … ministre britannique de la Défense. Présent à Washington, le jour-même de la présentation par Barack Obama et Leon Panetta, Philip Hammond a tenu, le 5 janvier, dans un discours prononcé à l’Atlantic Council, à poser ses marques sur la réforme future de l’OTAN. Il explique aussi tout l’intérêt pour les Etats-Unis de garder un oeil sur l’Europe comme de continuer à investir dans l’Alliance Atlantique ; mais il engage aussi les Européens à faire, sans concession, leur examen de conscience, pour réformer le fonctionnement de l’OTAN. De quoi engager publiquement le débat pour le sommet de l’Alliance à Chicago.

Le Royaume-Uni, fille ainée de l’Alliance Atlantique

Le ministre a tout d’abord vigoureusement répété son attachement et sa croyance en l’avenir de l’Alliance atlantique. Son discours n’est pas pour rien intitulé « NATO the case for collective defence in 21st Century ». La « défense collective est la seule réponse pratique dans le monde où nous vivons » – explique-t-il – au moment où se posent des contraintes économiques et fiscales. Le fait que d’autres régions du monde voient leur puissance et leur influence augmenter est plutôt une raison de « renforcer l’Alliance Nord Atlantique que de l’affaiblir ». Et l’exemple de la Libye l’a prouvé, l’OTAN reste « le seul mécanisme de coordination réaliste » quand une action multinationale est requise. Faisant appel aux mannes de l’amitié anglo-américaine (de la Magna carta signée il y a 800 ans à Runnymede à la participation de Churchill à la conférence d’Arcadia en 1942), il a répété que la déclaration de Truman en 1949 — sur la sécurité et le bien-être de chacun (qui) dépend de la sécurité et du bien-être de tous — était toujours d’actualité « aujourd’hui » encore. Les intérêts communs l’emportent sur les quelques divergences, a-t-il affirmé. Et de citer la présence de la Royal Navy dans le Golfe d’Arabie pour garder et de l’intérêt britannique à voir sauvegarder les voies maritimes. L’occasion aussi de durcir le ton à l’égard de l’Iran – « toute tentative de fermer le détroit d’Hormuz serait illégale et condamnée à l’échec ». Mais l’essentiel n’est sans doute pas là.

Le problème est européen et politique, non pas américain et militaire

Le ministre britannique a reconnu sans ambages : oui il y a un problème européen dans l’Alliance. « Nous devons reconnaître que ce problème existe dans l’objectif de le résoudre ». Et toute une série de questions, soulevées déjà par Robert Gates et Leon Panetta, sur le futur de l’Alliance sont pertinentes, selon lui : « pourquoi l’Alliance doit lutter pour déployer des capacités alors qu’existent une force importante numériquement ? Voyons nous le début d’une alliance à deux vitesses avec certains alliés moins volontaires que d’autres pour participer aux opérations ? Et…  une question à 64.000 $ « combien de temps l’opinion publique de nos nations va investir proportionnellement plus dans la capacité de défense pour subventionner la défense de ceux qui investissent moins ». « C’est le problème des Européens, pas des Américains. C’est un problème politique, pas militaire » a-t-il asséné.

Revoir les procédures de l’Alliance

Ce n’est pas une « question d’argent », mais de « priorités », et de faire tomber des barrières. Reprenant une idée déjà développée à Gand par un de ses prédécesseurs, il défend l’idée d’un examen collectif, au sein de l’OTAN, « des réductions déjà planifiées, de leur impact sur les capacités actuelles et de voir comment ces capacités peuvent être soutenues ». Il faut aussi examiner comment les Alliés peuvent agir mieux ensemble pour les opérations hors article 5. Il semble étrange – souligne-t-il – que les nations qui ne font pas partie de l’OTAN peuvent utiliser le quartier général du Shape pour conduire des opérations de l’UE – dans un processus appellé Berlin Plus – alors que les Alliés de l’OTAN ne peuvent entreprendre de telles opérations s’il n’y a pas de consensus à 28. Enfin, il faut voir comment les non-membres peuvent contribuer aux opérations de l’OTAN. « Nous devons capitaliser les expériences de la Liby et l’Afghanistan qui ont montré combien de façon intelligente l’OTAN peut être utilisée pour incorporer les contributions extérieures ». Il défend, enfin, les différentes initiatives multilatérales : le nouveau groupe nordique des Nations – qui inclut outre le Royaume-Uni, les pays baltes et nordiques, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas – ; le traité franco-britannique ; les autres partenariats (le Royaume-Uni a signé 3 traités de défense, 26 protocoles (MoU Memorandums of Understanding) (*)

Le débat pour le prochain sommet de Chicago est engagé.

(*) On remarquera l’ordre dans lequel Philip Hammond place les différents partenariats…

Lire également :

télécharger le discours dans : Docs de B2

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Les Américains revoient leur stratégie. Pacifique toute…

Les Américains revoient leur stratégie. Pacifique toute…

(Crédit : DOD / Erin A. Kirk-Cuomo)

(BRUXELLES2) Diminution du budget de défense, révision des orientations, nouvelle stratégie militaire… l’évènement de la semaine aura été sans conteste l’annonce par le président américain en personne, Barack Obama, jeudi (5 janvier), de ses nouvelles orientations en matière de défense. Les Etats-Unis se trouvent en effet à un tournant stratégique. Ils mettent fin à des conflits engagés sous les précédentes législatures : retrait d’Irak, mort de Ben Laden, transfert entamé en Afghanistan, diminution des effectifs en Europe. La présence du président Obama le matin même de la présentation au Pentagone indique son implication dans ce processus de réforme ou, au minimum, qu’il en endosse toutes les implications au moment où s’amorce cette année électorale. « Cette stratégie est destinée à préserver le leadership mondial américain, à maintenir notre supériorité militaire et garder la foi dans nos troupes, les familles des militaires et les vétérans » a-t-il affirmé.

Régime slim fast pour les forces armées

La défense devra économiser 487 milliards de $ dans les dix ans à venir, soit un peu moins de 50 milliards $ par an jusqu’à l’exercice fiscal 2022 (37 milliards € au taux de change de 1 € pour 1,30 $). Le budget pour l’exercice fiscal 2013 devrait être présenté dans les semaines à venir.

Menaces : vers le Pacifique toute

Le terrorisme, l’Iran, la Corée du Nord, la Chine et le Moyen-Orient sont parmi les premières préoccupations de l’armée américaine a précisé le ministre de la Défense Leon Panetta dans une interview à la chaine publique PBS. La région « Asie Pacifique » est naturellement l’objet de toutes les attentions américains qui comptent mettre le paquet sur leur façade « est ». Les Américains entendent « maintenir une force présence maritime dans le Pacifique, maintenir une présence militaire en Corée du Sud, poursuivre la rotation des déploiements de Marines en Australie », mais surtout « examiner d’autres opportunités similaires pour renforcer notre présence (là-bas) et montrer que nous sommes une puissance du Pacifique ».

Une force plus rapide, plus agile

L’armée de demain devra être « flexible, adaptable, agile qui devrait faire face à une myriade de défis » a précisé Léon Panetta. Cette force sera « différente de la force de la guerre froide, de celle des années 1990 postérieures à la guerre froide ou de la force de ces dix dernières années engagée dans des conflits terrestres d’envergure ».

Cela signifie ne plus pouvoir être présent partout. « Quand vous êtes plus petit et plus allégé, vous ne pouvez avoir une large présence à travers le monde » a-t-il détaillé. « Une force plus petite efficace a besoin d’être mobilisable rapidement, disposer d’une technologie avancée, et pouvoir compter sur des partenaires ». Etre mobilisable suppose d’avoir de forts soutiens logistiques et une composante robuste de réserve. « Avoir des équipements technologiques suppose d’investir dans la recherche et l’innovation, ce qui a un coût, et les partenariats requièrent des efforts des autres nations, qui sont aussi sous la contrainte financière ». Il a tenu cependant à rassurer : les « Etats-Unis ont toujours les moyens de faire face à un plus d’un ennemi (à la fois) et de gagner ». Ils ne vont pas être sur un seul front. En Amérique latine et en Afrique, le ministre veut « utiliser des méthodes innovantes pour assurer une présence américaine. (…) Autant que possible nous développerons des approches peu couteuses et peu consommatrices en hommes, approche dite « low-cost » et « small-footprint » », un peu à la manière de ce qui se pratique en Ouganda-Somalie ou au Sahel.

Une opportunité stratégique de rééquilibrer les relations en Europe

L’Europe occupe juste un paragraphe dans le document d’orientation (*). Ce n’est pas que les Etats-Unis s’en désintéressent. L’Europe reste le « partenaire principal » dans la recherche d’une sécurité mondiale. Mais ce n’est plus un sujet de préoccupation principale. Même s’il reste « des défis de sécurité et des conflits non résolus en Europe et en Eurasia », le document prône donc une évolution. « Plusieurs pays européens sont devenus producteurs de sécurité plutôt que consommateurs. Combiné avec le retrait en Irak et en Afghanistan, cela crée une « opportunité stratégique pour rééquilibrer l’investissement militaire US en Europe, en centrant son attention plutôt que les conflits actuels sur les capacités futures ». Certes l’article 5 (clause de solidarité) reste d’application, et les Etats Unis promettent de « soutenir une capacité et une interopérabilité renforcée pour les opérations en coalition », un peu à la manière dont les Etats-Unis ont participé à l’opération de l’OTAN en Libye. Mais ils travailleront aussi avec les « alliés de l’OTAN pour développer le « pooling and sharing » et la spécialisation dans des capacités dont on a besoin au XXIe siècle ».

(*) « Europe is home to some of America’s most stalwart allies and partners, many of whom have sacrificed alongside U.S. forces in Afghanistan, Iraq, and elsewhere. Europe is our principal partner in seeking global and economic security, and will remain so for the foreseeable future. At the same time, security challenges and unresolved conflicts persist in parts of Europe and Eurasia, where the United States must continue to promote regional security and Euro-Atlantic integration. The United States has enduring interests in supporting peace and prosperity in Europe as well as bolstering the strength and vitality of NATO, which is critical to the security of Europe and beyond. Most European countries are now producers of security rather than consumers of it. Combined with the drawdown in Iraq and Afghanistan, this has created a strategic opportunity to rebalance the U.S. military investment in Europe, moving from a focus on current conflicts toward a focus on future capabilities. In keeping with this evolving strategic landscape, our posture in Europe must also evolve. As this occurs, the United States will maintain our Article 5 commitments to allied security and promote enhanced capacity and interoperability for coalition operations. In this resource-constrained era, we will also work with NATO allies to develop a “Smart Defense” approach to pool, share, and specialize capabilities as needed to meet 21st century challenges. In addition, our engagement with Russia remains important, and we will continue to build a closer relationship in areas of mutual interest and encourage it to be a contributor across a broad range of issues.

Strategic guidance dans: les Docs de B2

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Arnaud Danjean : l’Europe doit apprendre à s’assumer toute seule

Arnaud Danjean : l’Europe doit apprendre à s’assumer toute seule

(BRUXELLES2, bilan 2011, exclusif) Dans cette fin de l’année, B2 a pu s’entretenir avec Arnaud Danjean, le président de la sous-commission Défense du Parlement européen, pour dresser un panorama des enjeux en matière de défense après une année riche en « surprises stratégiques » et rebondissements. L’eurodéputé français estime que l’année finit mieux qu’elle a commencé pour la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais qu’il reste encore beaucoup de travail. L’Europe doit aujourd’hui apprendre à s’assumer toute seule et à prendre leurs responsabilités. L’approche globale voulue par les rédacteurs du Traité de Lisbonne n’est pas encore pleinement d’application. Car il reste encore une timidité à aborder et développer le volet sécuritaire de l’action européenne.

• Comment voyez-vous cette année ?

Le processus de la PSDC est toujours vivant. C’est déjà un résultat. Le bilan est sans doute moins maigre qu’on aurait pu le penser en début de présidence. Nous avons eu le rapport de juillet (NB : un rapport qui doit beaucoup à Pierre Vimont, le directeur du Service diplomatique et de son conseiller, Yves de Kermabon qui ont poussé dans ce sens) ainsi qu’un débat lors du dernier conseil. Ce débat a prouvé qu’il y avait une réelle volonté politique – ce dont on pouvait douter encore il y a quelques mois. Des Ministres ont pris le relais, pas seulement Français mais aussi Polonais et Allemand. Le poids des contraintes budgétaire et stratégique reste là. La crise libyenne a préempté certains débats. Aujourd’hui on se réveille avec nos vraies contraintes : l’effort de rationalisation (avec le pooling and sharing) est inévitable et la donne stratégique. Les Etats-unis sont nos alliés. Mais ils ont le regard tourné ailleurs. Gates l’a dit, Panetta également, Obama était en Asie récemment. Aujourd’hui, la défense européenne doit s’assumer toute seule.

• Quand vous dites « s’assumer toute seule », comment le voyez-vous ?

Les Etats-Unis sont notre ultime allié, à la fois l’allié avec lequel on va s’engager sur un conflit de haute intensité et de longue durée – comme en Afghanistan – et l’allié ultime pour la défense de notre territoire. On voit mal aujourd’hui un engagement massif extérieur ou une mobilisation maximale sur le territoire. Mais il y a des crises de moyenne intensité aux marges du continent européen (comme monde arabe…) ou sur le territoire européen ; et, là, la réponse ne peut qu’être qu’européenne. Aujourd’hui, les Etats-Unis nous disent clairement : « débrouillez-vous » ! Politiquement, diplomatiquement et, le cas échéant, militairement, les Européens doivent prendre leurs responsabilités.

• Les Américains estimant que le Moyen-Orient ou l’Asie requiert toute leur attention, il y aurait alors une certaine répartition des tâches ?

Dans l’arc de crise (qui court de l’Asie à l’Afrique), on peut en effet se dire que les Européens doivent prendre en charge le Sahel, l’Afrique, le monde arabe. Les Américains seront là, au besoin, mais en soutien, comme pour la formation des soldats somaliens. Ce sont les Européens qui forment. Et les Américains paient les salaires ou assurent certaines fonctions logistiques. La question, maintenant, est de savoir : est-ce que l’UE est prête à donner corps à la fameuse approche globale ?…

• Cette approche globale, c’était un des objectifs du Traité de Lisbonne. Cela n’est pas encore au point ?

Non. L’approche européenne ne paraît, pour l’instant, pas si globale. Les instruments communautaires « classiques » – le développement et instruments financiers – restent privilégiés. Dès qu’on aborde l’aspect sécuritaire, sans parler de l’aspect militaire, on voit tout de suite soulever certaines questions : faut-il utiliser la PSDC ou non ? Déployer quelques experts ou du matériel plus lourd, via des missions PSDC ou via l’instrument de stabilité ? Il y a un vrai débat qui n’est pas commencé, qu’il faut entamer. On le voit bien sur le Sahel, pour la Corne de l’Afrique…

• On a eu deux documents stratégiques du SEAE ?

Oui. Pour l’instant, il y a beaucoup de mots. Mais sur le volet sécuritaire, rien n’est tranché. C’est une très bonne chose que ces priorités soient inscrites sur le planning. Mais je suis un peu inquiet sur la mise en œuvre. Or, sans l’aspect sécuritaire surtout dans les zones comme la « Corne de l’Afrique » et le « Sahel », on ne pourra espérer avoir une approche globale.

(NDLR : Une question fondamentale. Lors de la dernière rencontre avec Catherine Ashton, les Nigériens et Mauritaniens ont réclamé en priorité à l’UE, des véhicules, des capacités de transmission, voire des armes, et n’étaient pas vraiment preneurs de la formation des juges que voulaient proposer les Européens).

• A vous entendre, l’UE est trop timide ?

Oui. L’important, maintenant, est d’agir. La balle est dans le camp de l’UE. La timidité de la Haute représentante sur les opérations n’est pas justifiée. Elle doit proposer des choses. Pour le Sahel, on peut avoir une mission PSDC, éventuellement avec une phase transitoire au début. Car une mission PSDC a une certaine lenteur de mise en œuvre et de génération de force. Catherine Ashton a raison sur ce point : trouver 50 personnes aujourd’hui de haute compétence n’est pas simple. Mais, spontanément, Me Ashton n’a pas pris la mesure de la dimension « sécurité et défense commune ». Elle insiste beaucoup sur la diplomatie préventive, la médiation…, moins sur les capacités de sécurité et de défense de l’UE. On l’a bien vu sur la Libye ; la planification n’a pas été vraiment engagée. Me Ashton nous a dit : les États membres n’étaient pas tous volontaires. Au Parlement européen, nous lui répondons : « Il ne faut pas prendre prétexte des hésitations des États membres pour ne pas faire ou faire a minima ; il ne faut pas sur-anticiper les réticences des États membres ».

• Il y a eu des évolutions entre les Conseils de juillet et de décembre ?

La petite « explication de texte » avec les Britanniques en juillet n’a pas été inutile. C’est ce qui a permis de déboucher, en décembre. A minima, sans doute, mais on a débouché. A Paris, il y avait certains doutes sur le fait de ne pas avoir le Royaume-Uni à bord, deux ans après Lisbonne. Mais une des bonnes surprises de la discussion a été de la voir se terminer à 26 (même si existaient des réticences parmi les États membres).

• Que retenez-vous de cette discussion ?

Il ne faut pas avoir peur de poser des questions de vérité à un moment du processus, on peut rechercher le compromis minimal à 27. Mais il y a un jour où il faut poser ses responsabilités. Si, demain, il y a une crise majeure, on risque de retrouver dans la même situation qu’en Yougoslavie, il y a 20 ans. On n’est vraiment pas passé loin dans le cas de la Libye. On ne peut pas faire comme si tout était réglable à 27. Il faut que chacun prendre ses responsabilités.

• L’Europe de la Défense – comme l’Europe économique – semble fonctionner davantage à plusieurs vitesses, n’est-ce pas dangereux ?

L’Europe à plusieurs vitesses existe depuis le début. Il existe plusieurs vitesses en matière migratoire, en matière de défense (avec l’opt-out du Danemark), en matière agricole — rééquilibrage —, régionale…). En matière de sécurité et de défense, on est à plusieurs vitesses, de façon objective. Ce n’est pas un argument pour empêcher ceux qui veulent avancer d’avancer. Ceux qui vont de l’avant vont permettre d’imprimer le tempo.

• Et le Royaume-Uni ?

Le Royaume-Uni est pragmatique. S’il y a des opérations qui marchent, si c’est pertinent, bien conduit, les Britanniques en seront. Ils nous rejoindront. Je crois beaucoup à la vertu des opérations menées en commun. Les Britanniques ont sans doute mal mesuré la portée du discours de Gates et du changement de cap américain – L’Europe n’est plus la préoccupation principale des Américains. Ce qui, combiné à la contrainte budgétaire, va peser énormément à l’avenir.

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Conflit gelé entre la Turquie, Chypre et la Grèce : et l’Europe ?

(BRUXELLES2) Il est remarquable de voir qu’aujourd’hui l’Union européenne ne s’implique pas davantage dans un des derniers conflits « gelés » qui concerne un de ses Etats membres, à savoir la situation en Grèce et à Chypre et leur relations respectives avec la Turquie. Sur le statut de Chypre et la réunification de l’ïle, on sait certes que des négociations sont en cours sous l’égide de l’ONU. Et il serait peut-être dommageable pour l’UE de jouer les troubles fêtes. En revanche, rien n’empêche l’UE de lier ses négociations d’élargissement avec la Turquie avec le règlement du conflit avec Chypre et de tensions larvées mais persistantes avec le voisin grec. Cela permettrait sans doute à la Grèce qui maintient une présence militaire hors du commun avec la taille du pays, de pouvoir souffler et réduire son effort militaire ; une nécessité aujourd’hui en pleines difficultés budgétaires.

Récemment, j’ai posé la question au commissaire chargé de l’Elargissement, Stefan Füle. Il a botté en touche estimant que … « vous savez le chapitre PESC (politique étrangère et de sécurité commune) n’est pas formellement ouvert. Et ce sujet est de la compétence du SEAE. Du côté, de la Commission européenne, on a un processus en cours, visant créer une meilleure atmosphère. (Sur les autres sujets), cela ressort de la compétence du Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité commune, Catherine Ashton qui va vous donner une meilleure réponse. » C’est un peu court comme réponse. Mais en même temps assez symptomatique de la façon assez automatique dont est conduit le processus d’élargissement.

En la matière ne faudrait-il pas appliquer la « jurisprudence Merkel » sur la Serbie ? A savoir que tant que le pays n’a pas réglé ses problèmes avec ses voisins, tout processus nouveau d’élargissement est bloqué. En tout cas une réflexion est nécessaire sur les relations entre l’UE et la Turquie et son implication dans la stabilité des pays de la région.

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A l’agenda de la présidence danoise, pas d’informelle Défense

(BRUXELLES2) C’est une première. Il n’y aura pas d’informelle des ministres de la Défense durant la présidence danoise. Celle-ci bénéficie d’un opt-out en matière de défense. Et malgré l’existence d’un Haut représentant qui, normalement, gère l’agenda des ministérielles, la présidence reste toujours maitre des réunions informelles. Seule aura donc lieu la réunion formelle des ministres de la Défense – qui aura lieu selon le format traditionnel, le même jour que celle des ministres des Affaires étrangères, le 23 avril.

Affaires étrangères et Conseil européen

Le gymnich – la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères – aura lieu les 9 et 10 mars à Copenhague. Tandis que les réunions formelles des Affaires étrangères auront lieu à Bruxelles (ou Luxembourg selon le mois) : le 29 janvier, le 27 février, le 26 mars, le 23 avril, le 21 mai et le 25 juin. Quant à la réunion du Conseil européen, trois sont d’ores-et-déjà programmées : le 1er et 2 mars, le 25 mai et le 28 et 29 juin. Mais plusieurs autres réunions peuvent s’ajouter d’ici là. Le 1er mars paraît bien lointain dans un rythme accéléré de crise budgétaire et économique, accentué par la pression des marchés.

Calendrier à télécharger dans les docs de B2

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