1914-1918 une vieille histoire pas encore tout à fait commune

1914-1918 une vieille histoire pas encore tout à fait commune

Les deux guerres 1914-18 et 1939-1945 recèlent d’histoires méconnues. Ici les soldats russes arrivent à Marseille en 1914 (Crédit : ECPAD, ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Le ministre délégué à la Défense et des anciens combattants, Kader Arif, était donc hier à Bruxelles pour rencontrer son homologue belge et diverses personnalités, comme l’ancien ministre (socialiste) de la Défense, A. Flahaut, européen convaincu et aujourd’hui président de la Chambre des députés.

Le ministre français est chargé notamment de préparer l’anniversaire du centenaire de la guerre 1914-1918 comme des 70 ans de la fin de la 2e guerre mondiale. Il a entamé des discussions avec nombre de partenaires européens. Inutile de dire que la tâche pour fédérer les histoires si diverses et contradictoires, même des dizaines d’années après, ne va pas de soi. Certaines dates n’ont pas la même signification partout. La fin de la guerre de 1918 signifie partout la fin de la guerre, la défaite et la victoire, mais aussi parfois le démantèlement d’un Etat, voire la fin d’une ère (pour l’Autriche), ou la création d’autres. Les évènements restent douloureux dans les mémoires des peuples.

Les deux célébrations n’ont pas la même signification. La guerre 14-18 serait plutôt l’occasion de sceller un continent, aux histoires différentes, réconcilié. « On ne va célébrer la déclaration de la guerre. Mais je pense que le 1er août on pourrait rendre hommage aux premiers soldats tombés, le caporal Peugeot (français) et le lieutenant Meyer (allemand) ». La célébration de 1945 est aussi un des derniers moments de recueillir des témoignages vivants. « Nous avons encore une mémoire de chair ». Il s’agit aussi au niveau français de célébrer la « notion d’appartenance à la nation » et de rendre hommage à ceux qui sont venus donner un coup de main et sont morts sur le continent : les néozélandais, les australiens, les africains… Le ministre voudrait ainsi célébrer la libération de la Corse (entre septembre et octobre 1943) à la fois par les « résistants corses mais aussi par les goumiers marocains ».

Et pourquoi pas un sommet européen à Sarajevo…

Pour l’instant on ne peut pas dire qu’une idée forte se dégage. Et pourtant il y aurait de quoi. Un sommet européen le 28 juin 2014, à Sarajevo par exemple, 100 ans après l’assassinat de l’archiduc qui plongea le continent dans plusieurs guerres (car il n’y eu pas une) sans merci, aurait une signification hautement symbolique, d’autant qu’elle surviendrait au terme d’une campagne électorale européenne, et à la veille d’un renouvellement de toutes les institutions.

Les histoires croisées

Il serait aussi intéressant de se remémorer ces histoires croisées, souvent oubliées coté français. Français et Britanniques organisèrent alors l’exfiltration de plusieurs milliers de soldats polonais – soit par les pays Baltes, soit par les Balkans -. Ils furent très vite réincoporés, servant en unités constituées, dès 1940. Certaines combattirent en Scandinavie, d’autres en France, voire au Moyen-Orient (la brigade des Carpates). Le 17 juin 1940 alors que Pétain a signé l’armistice, le général Sikorski refuse les ordres, de son mentor français, le général Denain, de replier ses unités sur Libourne et donne l’ordre aux troupes polonaises présentes sur l’hexagone, de tenter de passer en Angleterre pour continuer le combat. Idem au Moyen-Orient où le général Kopanski refuse l’ordre de désarmement du général Weygand et passe en Palestine… britannique avec armes et bagages.

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Il y a 20 ans, Petersberg, et ses missions

(BRUXELLES2) C’est en ce mois de juin 1992, le 19 exactement, sur les hauteurs de Bonn, dans un hôtel qui est aussi la résidence des hôtes, que le gouvernement de la république fédérale d’Allemagne, récemment réunifiée, reçoit ses homologues européens de l’UEO – l’Union de l’Europe occidentale.

Les dirigeants européens bousculés par la situation de guerre en ex-Yougoslavie et mis au pilori dans leur opinion publique pour leur inaction décident de se doter, dans la foulée du Traité de Maastricht, conclu six mois auparavant (en décembre 1991), d’une doctrine autonome d’action pour le maintien de la paix. Les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) affirment ainsi leur intention de mettre des moyens militaires à la disposition de l’organisation en cas de besoin, dans des opérations de maintien de la paix sous l’autorité politique de la CSCE ou de l’ONU.

Ces unités pourraient être utilisées « pour des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants ; des missions de maintien de la paix ; des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix » est-il ainsi précisé en plus de la contribution a? la de?fense commune dans le cadre de l’application des clauses de solidarité – qu’elle soit issue de l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique ou du Traité de Bruxelles (UEO) – . Cette de?finition des missions de Petersberg sera ensuite reprise et inte?gre?e dans le Traite? d’Amsterdam (article J.7), puis de Nice  (article 17) et enfin de Lisbonne (article 42 TUE) en étant légèrement étendues à d’autres missions. La première application de cet engagement sera la contribution de l’UEO aux opérations d’embargo contre la Serbie-Monténégro décidée par l’Onu en juillet.

Mesures opérationnelles

Cette déclaration s’accompagne d’une série de mesures opérationnelles et organisationnelles, visant plus généralement à renforcer le pilier “défense” des Européens au sein de l’UEO.

Tous les États membres de l’UEO conviennent ainsi de désigner « sous peu les unités militaires et les états-majors qu’ils seraient prêts à mettre à la disposition de l’UEO pour ses diverses missions éventuelles ». Et d’organiser également « l’entraînement des capacités appropriées qui permettront le déploiement terrestre, maritime ou aérien des unités militaires de l’UEO ».

Une cellule de planification est mise en place le 1er octobre 1992 à Bruxelles au sein du Conseil chargée de préparer des plans de circonstance pour l’emploi de forces sous l’égide de l’UEO, de préparer des recommandations pour les dispositions nécessaires en matière de commandement, de conduite des opérations de transmissions, y compris les instructions permanentes pour les états-majors qui pourraient être choisis, d’établir un inventaire actualisé des forces et des groupes de forces susceptibles d’être affectés à l’UEO pour des opérations spécifiques. C’est ni plus ni moins un embryon d’Etat-Major. 20 ans après, on n’y est pas encore tout à fait ! Ou plutôt l’instrument existe mais il est laissé en jachère…

Mesures organisationnelles

Il est aussi décidé que les Chefs d’état-major des armées se réuniraient deux fois par an avant les Conseils des ministres ordinaires, et de façon ad hoc chaque fois que cela sera nécessaire. De même certaines fonctions de l’Eurogroupe (*) pourraient être transférées à l’UEO. L’inauguration du Centre satellitaire expérimental de l’UEO à Torrejon est confirmée. Un dialogue avec les pays du Maghreb est entamé avec pour objectif la sécurité en Méditerranée,

(*) L’Eurogroupe ne désigne pas alors les ministres des finances de la Zone Euro mais les ministres de défense européens au sein de l’Alliance atlantique… Eh oui les noms restent mais changent de fonction :-)

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Le rôle de la Hongrie en 1968 dans l’opération “Danube” : minimal

(B2) Opération “Danube”, c’est ainsi que fut dénommée, assez ironiquement, d’ailleurs par les forces soviétiques, l’intervention visant à mater la révolution tchécoslovaque en 1968. En fait, ce n’est pas le 21 août 1968, mais le 18 août que commenca l’opération avec une prise de possession par les parachutistes soviétiques de l’aéroport de Prague. Les responsables à Moscou ne lésinèrent pas sur les moyens : près de 400.000 soldats et 6000 chars appuyés par 800 avions participent. Outre l’URSS, quatre pays du Pacte de Varsovie participent à l’offensive : la Pologne, la RDA, la Hongrie, la Bulgarie. Mais, l’essentiel de l’offensive est menée par les troupes soviétiques : la 7e division aéroportée de l’armée rouge, des unités parachutistes de l’armée et du KGB. Au niveau politique si les principaux dirigeants du Pacte ont approuvé, voire insisté, sur l’intervention, craignant un mouvement qui fasse tâche d’huile, le Hongrois Janos Kadar est celui qui s’opposa fermement à l’intervention dans les discussions préalables (les Roumains et les Albanais refusèrent d’y participer). Cette intervention n’est d’ailleurs pas tout à fait inopinée mais a été précédée d’une intense préparation tant au plan politique que militaire. Plusieurs manoeuvres militaires ont eu lieu aux marges ou en Tchécoslovaquie durant le printemps de Prague. Plusieurs dates ont été successivement fixées à l’intervention. Et la complicité de l’Etat-Major de l’armée tchécoslovaque a consenti au plan d’invasion, ainsi que le révèlent des témoignages et plusieurs études : aucun des plans de résistance n’a été déclenché.

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Quand l’UE(O) menait un embargo maritime conjoint avec l’OTAN. Un exemple pour aujourd’hui ?

Equipe de visite canadienne, pour l'opération Sharp Guard (crédit : OTAN)

Il y a 20 ans, l’Europe n’avait pas de politique de défense. Et c’était l’Union pour l’Europe occidentale qui était en charge de ces questions. Une organisation, qui n’avait sans doute pas la consistance de l’Union européenne actuelle mais n’en a pas moins mené plusieurs opérations. Au début des années 1990, elle assure ainsi d’abord en solo, puis conjointement avec l’OTAN, une opération de surveillance maritime et aérienne au large de l’ex-Yougoslavie de contrôle de l’embargo sur les armes décrété par les Nations-Unies.

Deux missions en solo de l’UEO et de l’OTAN

Réuni à Helsinki, le 10 juillet 1992, le Conseil des ministres de l’UEO (*) décide que les forces navales de l’UEO participeront en Adriatique à la surveillance de l’embargo décrété à l’encontre de l’ex-Yougoslavie aux Nations-Unies. Ce sera l’opération SHARP VIGILANCE jusqu’à novembre 1992 puis SHARP FENCE jusqu’à juillet 1993. L’OTAN mène également à l’époque sa propre opération (dénommée MARITIME GUARD). “C’était vraiment étrange d’avoir sur le même lieu deux opérations similaires avec des règles différentes, voire dangereux“, explique Willem van Eekelen, ministre de la défense néerlandais, secrétaire général de l’UEO jusqu’en 1994 (interviewé en 2009 par le CVCE).

Une seule mission conjointe UEO-OTAN

Le 8 juin 1993, les Conseils de l’UEO et de l’OTAN approuvent, sous couvert de la résolution 820 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le concept d’une opération conjointe en mettant en place un commandement unique pour l’opération « SHARP GUARD », prévue pour débuter le 15 juin 1993. Elle dure trois ans et se termine le 15 juin 1996. Elle vise à contrôler sur mer l’embargo sur les armes et empêcher les navires non autorisés à pénétrer dans les eaux territoriales de la Serbie-Montenegro. Elle s’accompagne d’une surveillance aérienne.

Un commandement commun est constitué, sous la direction d’un amiral italien, Carlo Alberto Vandini (commandant en chef des forces de l’OTAN à Naples). La CTF 440 compte alors une vingtaine de navires, d’une dizaine de pays (France, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Grèce, Royaume-Uni, USA, Canada, Turquie, Norvège).

Bilan

Au cours de cette opération, l’UEO déploie quatre navires et une demi-douzaine d’avions de patrouille maritime et de détection lointaine (Awacs). Coté français, plusieurs navires furent successivement engagés : la frégate Georges Leygues (2), l’aviso Destroyat ou l’aviso Drogou. Un élément d’état-major UEO restreint a assuré le contrôle de l’un des groupes navals conjoints tandis qu’un autre était détaché auprès du QG du COMNAVSOUTH à Naples. Au bilan, quelque 74.000 interpellations ont été menées, près de 6 000 bâtiments ont été inspectés en mer et plus de 1.400 déroutés et inspectés au port. Six ont été interceptés alors qu’ils tentaient de violer l’embargo.

(1) Sont membres de l’UEO 9 puis 10 (avec la Grèce) des 12 Etats membres de la Communauté européenne (la CEE sauf le Danemark, l’Irlande).

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Il y a 20 ans, les Douze étaient bien divisés sur la PESC

Nous sommes le 6 et 7 octobre. Les ministres des Affaires étrangères des Douze se réunissent à Venise, avec sur leur agenda, la création d’une politique étrangère et de sécurité commune.

Un pays s’y oppose, comme le raconte le correspondant du Monde, Philippe Lemaitre : le Royaume-Uni. Deux demeurent réticents : l’Irlande et le Danemark. Le premier en raison de sa politique de neutralité. Le second par réticence naturelle et problème interne. Mais ils ne sont pas les seuls à manquer d’enthousiasme. Le Ministre des affaires étrangères allemand, Hans-Dietrich Genscher tue la PESC dans l’œuf en refusant de s’avancer plus avant.

De son côté, la France, par la voie de Roland Dumas présente quelques idées. Une présidence du Conseil plus longue, d’un an, ou la désignation d’un vice-président ; ainsi que la fusion du secrétariat du Conseil et de la coopération politique (ce sont les termes du débat qu’on a retrouvé ensuite successivement, du secrétariat de la PESC type Solana au service diplomatique d’aujourd’hui).

Les Néerlandais et la Commission sont hostiles à ce qu’ils qualifient de « dérive intergouvernementale ». Mais ils semblent minoritaires.

Le ministre italien De Michelis préconise une fusion de l’UEO dans la Communauté. Mais la plupart des Etats y sont hostiles, préconisant une « intégration progressive ».

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Il y a 20 ans, le Conseil européen parie sur une politique étrangère commune

(Dossier) Le Conseil européen de Rome lance, le 14 et 15 décembre, les deux conférences intergouvernementales, l’une sur l’Union économique et monétaire, l’autre sur l’Union politique. Le communiqué final se félicite du « large accord qui existe » sur des principes fondamentaux tels que la vocation de l’Union à traiter des aspects de la politique en matière de relations extérieures et de sécurité, selon un « processus évolutif continu et de façon unitaire, sur la base d’objectifs généraux définis dans le traité ». La politique commune en matière de relations extérieures et de sécurité devrait viser à maintenir la paix et la stabilité internationale, à développer des relations amicales avec tous les pays, à promouvoir la démocratie, l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme, et à favoriser le développement économique de toutes les nations, en tenant compte également des relations particulières des différents Etats membres. Les Douze donnent une feuille de route, sur un cadre institutionnel »

Un cadre institutionnel reposerait sur les éléments suivants :

- un centre unique de prise de décision, à savoir le Conseil,

- l’harmonisation et, le cas échéant, l’unification des travaux préparatoires ; un Secrétariat unifié,

- un renforcement du rôle de la Commission, grâce à un droit d’initiative non exclusif,

- des procédures adéquates en matière de consultation et d’information du Parlement européen,

- des modalités permettant à l’Union de parler efficacement d’une seule voix sur la scène internationale, notamment au sein des organisations internationales et à l’égard des pays tiers.

Un processus de prise de décision :

- la règle du consensus pour définir des orientations générales ; dans ce contexte, la non-participation au vote ou l’abstention comme un moyen de ne pas faire obstacle à l’unanimité ;

- la possibilité de recourir au vote à la majorité qualifiée pour la mise en oeuvre des politiques convenues. En ce qui concerne la sécurité commune, l’extension progressive du rôle de l’Union dans ce domaine devrait être envisagée notamment pour ce qui est, dans un premier temps, des questions débattues au sein des organisations internationales : contrôle des armements, désarmement et questions connexes ; questions ayant trait à la CSCE ; certaines questions débattues aux Nations Unies, y compris les opérations de maintien de la paix ; coopération économique et technologique dans le domaine des armements ; coordination de la politique en matière d’exportation des armements et non prolifération.

Rôle sur les questions de défense et clause de solidarité

En outre, le Conseil européen souligne que, « pour l’avenir, il convient d’envisager que l’Union joue un rôle dans les questions de défense », sans préjudice « des obligations actuelles des Etats membres dans ce domaine et compte tenu de l’importance que revêtent le maintien et le renforcement des liens existant dans le cadre de l’Alliance atlantique et sans préjudice des positions traditionnelles d’autres Etats membres ».

Il faudrait également examiner l’idée d’un « engagement d’assistance mutuelle » de la part des Etats membres ainsi que les propositions avancées par certains Etats membres au sujet de « l’avenir de l’Union de l’Europe occidentale ».

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Il y a 20 ans… la Commission propose la création d’une Union politique

Commission Delors en janvier 1990 (crédit : Commission européenne)

(Dossier) Le 21 octobre 1990, la Commission européenne présente son avis sur la révision du Traité concernant l’Union politique. Un avis demandé en juin 1990 par le Conseil européen, sous présidence irlandaise. On y trouve de nombreux éléments intéressants : une Communauté unique; le renforcement de la légitimité démocratique (les relations entre institutions et la citoyenneté européenne) ; l’amélioration de l’efficacité des institutions et également les moyens d’assurer l’unité et la cohérence de l’action de la Communauté sur la scène internationale. Quand on relit ce texte, on ne peut qu’être frappé par les mesures préconisées, qui sont anticipatives, particulièrement en matière de politique étrangère et d’Europe de la Défense. On y trouve ainsi la définition de la PESC, la mise en place d’une Europe de la défense avec une clause de solidarité, des marchés industriels rapprochés, et même un mini-service diplomatique…

La politique étrangère

La montée en régime d’une « politique étrangère et de sécurité commune » (PESC) nécessite une « approche souple et pragmatique » reconnaît la Commission. Mais le traité doit cependant « indiquer les procédures et les moyens d’une politique commune menant à l’Union Européenne ». Le terme « politique commune » a été choisi à dessein. « Il serait irréaliste de parler de politique unique alors qu’à l’évidence les Etats membres ont, notamment à l’égard de certaines parties du monde, des traditions de relations privilégiées ou des positions géopolitiques ancrées dans leur histoire (et) n’ont pas encore la même évaluation de leurs responsabilités ou de leurs engagements généraux et particuliers dans les diverses parties du monde ».

La politique de sécurité

La politique étrangère commune doit également comprendre la sécurité, y compris les questions de défense, estime la Commission.

(La clause de solidarité) Le traité devrait y faire référence et, à cet égard, il pourrait reprendre l’engagement de l’article 5 du Traité de Bruxelles de 1948 sur l’UEO qui prévoit qu’en cas d’agression armée contre l’un des Etats, les autres parties ont une obligation d’aide et d’assistance.

(Le marché de défense) Le commerce et la production d’équipement de défense doivent être « complètement soumis aux disciplines du marché commun, ce qui implique notamment la suppression de l’article 223 » (NB : qui permet d’exciper des « intérets nationaux » pour se soustraire aux règles de la concurrence).

(Une conception large de la sécurité) La « sécurité dépasse la défense militaire et englobe l’ensemble des éléments qui permettent d’assurer la cohésion nationale et communautaire, depuis la sauvegarde d’un modèle commun de société jusqu’à la protection des personnes contre le terrorisme et la grande criminalité et les autres fléaux du monde moderne ».

La structure institutionnelle de la politique étrangère

(un petit service diplomatique) « La préparation des décisions doit s’inspirer de l’expérience du système communautaire proprement dit dans lequel une institution ad hoc serait tout à la fois une mémoire de l’action communautaire et le garant de la cohérence entre la politique étrangère commune et les autres politiques communes ». On ne parle pas de service diplomatique mais c’est tout comme…

« La forte spécificité de la politique étrangère et de sécurité implique que le droit d’initiative soit partagé entre la Présidence du Conseil, les Etats membres et aussi la Commission » souligne le document qui préconise donc la création d’un organisme chargé de préparer les décisions en matière de « politique étrangère et de sécurité ». Celui-ci comprendrait « l’actuel secrétariat politique » et des représentants de la Commission. Cet organisme serait placé auprès du secrétariat général du Conseil.

Les Français et les Allemands pronent une idée légèrement différente d’un super-secrétariat placé au Conseil européen.

Dans certains domaines, selon une liste décidée par le Conseil européen, les décisions seraient prises par le « Conseil des Ministres des Affaires étrangères » déciderait à la « majorité qualifiée renforcée » (par au moins 8 Etats membres). Dans les autres domaines et les questions liées directement à la sécurité, la « règle du consensus » continuerait à prévaloir. « L’essentiel est qu’une fois la position commune décidée, la Communauté parle d’une seule voix. »

Le COREPER serait réorganisé « afin qu’il puisse connaître des questions de politique étrangère avant les délibérations du Conseil » (l’idée sera reprise ensuite en 2001 pour donner naissance au COPS).

Le rôle du Parlement européen reste limité. La Commission y a tenu (NB : toute ressemblance à une situation existante est bien entendu fortuite :) ). « Il reviendrait aux responsables de la politique commune de consulter régulièrement le Parlement et de le tenir informé des implications pour la Communauté des événements de politique étrangère les plus importants ». Mais il aurait le droit par le biais de la procédure de l’avis conforme de se prononcer sur « les accords les plus importants – en particulier les accords d’association et les accords de coopération ».

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Il y a 20 ans ! Quand le service diplomatique et l’Europe de la Défense ont failli … naître

(Dossier) Automne 1990. La CEE pense à effectuer sa mue. Et on est à la veille d’une nouvelle conférence intergouvernementale (CIG), ou plutôt de deux. Le Conseil européen de Madrid en juin 1989 puis celui de Dublin en juin 1990 ont en effet fixé une feuille de route. Sur son agenda, le dirigeant européen peut trouver deux sujets de taille : la création d’une Union monétaire et d’une Union politique. Ce n’est pas un simple débat d’idées, c’est bel et bien l’élaboration de deux nouvelles politiques qui s’esquissent.

Les 6 et 7 octobre, les ministres des Affaires étrangères des 12 se réunissent ainsi à Venise, pour avancer sur la création d’une politique étrangère et de sécurité commune. Le 15 octobre 1990, le Parlement européen rappelle sa vision de l’avenir de la Communauté et la route vers une “véritable” Union européenne. Le 21 octobre 1990, la Commission européenne présente son avis sur la révision du Traité concernant l’Union politique (1). Elle avait déjà fait de même, le 21 août sur l’UEM.

Entretemps en Yougoslavie, le feu qui couvait sous la cendre commence doucement à s’embraser. En Croatie, en Bosnie, au Kosovo, la violence brutale cède le pas aux invectives nationalistes des dernières semaines (2). Les groupes paramilitaires, dirigés depuis Belgrade passent à l’action pour contrer des tentatives séparatistes.

Mais les Européens n’ont pas que cela sur le feu. La chute du mur et des barbelés entre l’est et l’ouest de l’Europe oblige à agir envers les pays d’Europe centrale et orientale. Tandis que la réunification allemande est scellée le 3 octobre 1990. Au Moyen-Orient, c’est la crise du golfe, déclenchée par l’invasion du Koweit par l’Irak début août. Une première force coalisée maritime est déployée en Méditerranée, mer rouge et dans le Golfe persique, pour imposer l’embargo décidé par le Conseil de sécurité de l’ONU. Les navires européens y participent dans le cadre d’une opération maritime propre, sous couvert de l’UEO (L’Union pour l’Europe occidentale). Les derniers Français gardés en otage en Irak sont libérés le 23 octobre…

C’est dans ce contexte, chargé que s’ouvre les 26 et 27 octobre 1990, à Rome, un sommet spécial consacré à l’UEM et l’Union politique (3). A ce moment, les deux sujets sont à égalité de débat, et nul ne sait encore vraiment si l’un ou/et l’autre déboucheront vraiment. Car certains pays soufflent le chaud et le froid. Les 14 et 15 décembre, les Douze décident d’ouvrir non pas une mais deux CIG, chacun consacrée à un dossier (4).

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